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le blog de corinne morel darleux

Sun, 23 Sep 2018 09:31:00 +0200

Magie des traités de libre échange : pollués payez !

Chevron-main.jpgIl y a 7 ans, le géant pétrolier Chevron, qui a racheté Texaco en 2001, avait été condamné à verser plus de 8 milliards de dollars, après 17 ans de litiges engagés par des communautés indigènes de l'amazonie équatorienne.

Depuis 1964, Texaco rejetait les eaux de formation à la surface, parsemant la forêt de centaines de mares toxiques, sans aucun filtre ni système d'imperméabilisation, polluant les rivières de plomb et autres métaux lourds.

Si ce montant n'était pas à la hauteur du préjudice estimé par certains experts, il constituait toutefois une victoire historique puisqu'il était largement supérieur à celui qu'avait dû payer Exxon Mobil en 1989 pour la marée noire en Alaska.

Nous avions appuyé la lutte déterminée de communautés indiennes de la région de Sucumbios face aux manoeuvres de la multinationale qui avait essayé de décrédibiliser la justice équatorienne et mobilisé toutes ses relations pour empêcher le jugement d'être appliqué : une décision de la Cour Permanente d'Arbitrage de La Haye avait interdit l'application de toute sentence émise par le tribunal équatorien contre Chevron. En même temps, aux États-Unis, un juge de New York avait aussi émis un ordre pour empêcher de faire payer des compensations à la compagnie.

Malgré tout, il y a 7 ans, justice avait été rendue, et on s'était réjoui du verdict...

Las. Le pétrolier a finalement réussi son coup. L'amende historique de 8 milliards vient d'être annulée par un tribunal privé international (les fameux ISDS). Et ce, alors que la Cour de justice européenne a invalidé le principe de ces tribunaux privés en mars.

Voilà, concrètement, ce que veulent dire les Tafta, Ceta et autres traités de libre échange : justice environnementale et reconnaissance des écocides piétinés par les lobbies des fossiles. Et un monde qui continue à rétrécir.

corinne morel darleux

Sat, 22 Sep 2018 16:18:00 +0200

Collapsologie et écosocialisme, suite (vidéo)

GrenobleSeminaire.pngJe vous avais déjà parlé du séminaire sur l'effondrement qui a eu lieu à Grenoble fin aout, où j'étais intervenue sur la dignité du présent, voici la suite, avec la deuxième partie du séminaire consacrée aux alternatives systémiques, où je reviens en une dizaine de minutes sur le fromage et dessert de l'urgence et de l'anticipation, sur l'importance d'aller toucher au coeur et aux tripes et pas uniquement à l'intellect, sur la vraie question qui nous est posée face à l'hypothèse de l'effondrement (on est les deux pieds dedans), sur l'intérêt de se munir d'une bonne boussole qui mêle social et environnement (avec un petit coup de griffe aux partis et mouvements politiques qui oublient le projet), de sortir de nos zones de confort politique et enfin aussi, peut-être, de passer de la logique du pouvoir à celle de la puissance d'agir...

corinne morel darleux

Fri, 21 Sep 2018 07:35:00 +0200

Pistes politiques pour une rentrée de résistance

graffiti_diois.jpgChronique publiée sur Reporterre le 18 septembre 2018 : "Après un été ressourçant, notre chroniqueuse a préparé la rentrée politique avec son groupe d’opposition du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes. Deux axes se sont dessinés : le capitalisme est incompatible avec l’écologie ; la prise en compte de l’hypothèse de l’effondrement est une responsabilité que les élus ont vis-à-vis des populations."

Diable que cet été fut apaisant et fécond ! La canicule nous obligeant à partir matinalement en montagne tant qu’il y faisait encore frais, le reste des journées était libre pour vagabonder aux côtés de poètes et d’aventuriers, laisser reposer le temps d’une sieste dans l’herbe et écrire, encore et encore, l’aube d’un livre à paraître au printemps. Ces jours heureux dans le Diois ont aussi été l’occasion de rattraper tout ce que le rythme trépidant de l’année oblige à laisser de côté : conférences et entretiens, lectures d’essais et de fictions, découvertes de nouveaux horizons avec l’explorateur Christian Clot ou l’écrivain Alain Damasio… En ont émergé de nouvelles idées et notions, comme la « dignité du présent », et l’obligation d’explorer leur articulation avec l’écosocialisme et l’hypothèse de l’effondrement, qui vient percuter les certitudes les mieux vissées.

Apaisant, de guetter la nouvelle invitée du jardin, une merlette curieuse, de compter les hirondelles avec gratitude dans le ciel du Vercors, de sauter de joie à chaque visite de libellule verte ou de luciole et de récolter des tomates à faire pâlir d’envie toute la vallée… Apaisant, ce ne le fut pas en revanche de garder un œil sur le monde alentour, bien loin de respirer des mêmes joies : canicules, sécheresses, incendies, inondations… L’ampleur des aléas de cet été a résonné tant et si bien que de bruits de fond, les dérèglements climatiques sont devenus décor quotidien, jusque dans les grands titres d’une presse qui jusqu’ici n’en faisait de cas qu’à l’occasion d’un sommet, l’oubliant l’instant d’après à la première polémique à commenter.

Il existe une envie de débattre, d’agir, et surtout de s’organiser collectivement

L’intérêt marqué pour nos débats sur l’effondrement à l’Université solidaire et rebelle des mouvements sociaux à Grenoble, la démission de Nicolas Hulot, la multiplication de tribunes et d’appels, plus ou moins pertinents, le succès des marches pour le climat du 8 septembre, le frisson qui se propage à l’approche d’Alternatiba Bayonne début octobre, tout ceci a fini de précipiter cette impression d’un tournant. Nul ne sait aujourd’hui ce qu’elle donnera exactement, mais flotte dans l’air comme une envie d’accélérer. Que ce soit pour éviter l’effondrement tant qu’il est encore temps ou d’anticiper pour en amortir le caractère violent, améliorer la capacité de résilience et préparer le monde d’après, il existe une envie de débattre, d’agir, et surtout de s’organiser collectivement. Appels à démissionner du système ou au sabotage, à la désobéissance non violente, à former un lobby citoyen ou à trouver une majorité politique pour l’écologie, triptyque fait de résistance, de non-coopération au système et d’alternatives concrètes locales : chacun est invité à agir selon ses envies, ses disponibilités, son degré d’optimisme, son mode de vie et ses priorités.

marches_en_montagne_vercors.jpg

C’est dans cette ambiance particulière qu’a eu lieu notre séminaire de rentrée des élu-e-s du Rassemblement citoyen, écologiste et solidaire (RCES) de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Deux jours sur les rives du lac d’Annecy, poste d’observation privilégié des inégalités sociales mais aussi espace de toute beauté, pour faire le bilan à mi-mandat de notre action — et de notre utilité — comme minorité d’opposition face à Laurent Wauquiez et tracer des perspectives pour la suite. Face aux projets destructeurs et aux coupes de subventions, face au clientélisme, à l’obsession libérale pour la réduction des impôts et aux discours flippants sur l’accueil des réfugiés, depuis presque trois ans maintenant, nous avons tenu bon, dénoncé et obtenu des victoires, tout en restant soudés malgré notre diversité politique [1] et le passage d’une présidentielle en plein gué. Nous n’avons pas perdu de vue pourquoi nous avions été élus, et l’avons porté.

Nul besoin d’être devin ni même écologiste pour voir que les signes de la dégradation sont déjà là

Lors de ce séminaire, nous avons planché sur plusieurs scénarios d’évolution du paysage politique français d’ici à 2021, date de la fin de notre mandat et des prochaines élections régionales. Exercice délicat sans boule de cristal… Les poids respectifs des différentes formations politiques ont été mis au débat, mais assez rapidement il est apparu que, quoiqu’il se passe du côté des partis et mouvements, le fait saillant serait l’aggravation de l’urgence climatique et sociale, couplée à l’inaction du gouvernement et à la poursuite des politiques libérales. Nous nous sommes donc rapidement concentrés sur les deux axes de fond qui vont guider nos prises de position et actions concrètes à la région : un, l’écologie n’est pas compatible avec le capitalisme et on a beau le dire depuis dix ans déjà, on le répétera sur tous les tons. Deux, nous intégrons l’hypothèse de l’effondrement : qu’il arrive ou non, nous jugeons que notre responsabilité d’élus est de le prendre en compte, et de ne pas laisser courir le risque aux populations de le subir sans préparation ni dispositifs d’adaptation.

groupe_RCES.jpg

Or, nul besoin d’être devin ni même écologiste pour voir que les signes de la dégradation sont déjà là dans notre région : écroulements dans les Alpes, des villages de la Bièvre ravitaillés en eau potable par camions-citernes pendant deux mois, des plans d’aide sécheresse aux agriculteurs dits « extraordinaires » qui se répètent tous les ans, des réacteurs nucléaires mis à l’arrêt au Bugey pour cause de fleuve en surchauffe, une pollution de l’air dans les vallées alpines qui devient une urgence sanitaire… Depuis trois ans, nous menons bataille pour que la région mette en place des politiques fortes d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, de réduction drastique des pollutions, d’économies d’énergie et de protection de la biodiversité, qu’elle donne la priorité aux actions des territoires, à la relocalisation de la production, aux PME, au tourisme doux, aux festivals ruraux, aux paysans… Et que fait la majorité LR ? Des investissements absurdes, inutiles et exorbitants dans des projets de nouvelle autoroute, dans une énième gare TGV en rase campagne ou dans des canons à neige inopérants. Elle annule la création d’un parc naturel régional, assume son soutien financier à un Center Parcs chauffé en plein hiver à 29 °C, reporte le ferroutage aux calendes grecques en s’obstinant dans un Lyon-Turin au dossier accablant, et confie l’éducation à l’environnement à la Fédération régionale de la chasse. Brillant.

Jamais nous n’avons joué avec la colère, jamais nous ne jouerons sur la peur 

Alors même, si ce n’est pas une surprise, même si on n’est que 9 sur 204 élus, et même si on a parfois le sentiment que tout est foutu, on va continuer. Pour la dignité du présent précisément, parce qu’on a été élus pour tenter de changer la donne, parce que nous croyons au mandat populaire et que des gens nous font confiance pour porter leur voix et leurs désarrois, parce que, enfin, nous ne pouvons pas nous résigner à la catastrophe sociale, écologique, et démocratique que produit le monde moderne des libéraux de tous poils — qu’ils soient « tradis », « néos » ou « ultras ».

Nous allons donc continuer à lutter contre l’artificialisation des sols, pour des mises en culture diversifiées et adaptées, des circuits d’approvisionnement locaux et des services publics que l’on vive en zone urbaine, rurale ou de montagne ; en faveur des savoir-faire techniques et manuels pour se réapproprier nos besoins quotidiens via la formation professionnelle, tout en réduisant notre dépendance aux lobbies, aux dérivés du pétrole et la vulnérabilité liée au tout numérique ; anticiper pour les combattre le repli et les réflexes individualistes qui risquent de prendre le pas en cas de pénurie prolongée, en facilitant la constitution de réseaux et en nous mettant au service de l’organisation collective ; nous allons encore dénoncer l’hypocrisie de ceux qui s’apprêtent à surfer sur la vague de mobilisation, déchiffrer le capitalisme vert et les odes au point de croissance du PIB ; sans jamais oublier que les plus précaires sont toujours les premières victimes, et que les vrais coupables — l’oligarchie, les lobbies et ceux qui les financent — doivent être nommés et visés, le tout en gardant un œil acéré sur l’extrême droite, le FN et ses faux-nez.

Jamais nous n’avons joué avec la colère, jamais nous ne jouerons sur la peur. Les « apôtres de l’apocalypse » sont ceux qui ignorent délibérément les signes qui se multiplient sous leurs yeux, qui regardent ailleurs quand des scientifiques et chercheurs lancent l’alerte. Ceux qui évoluent hors sol, pourraient agir et ne font rien, ne disent rien, par peur qu’un discours de vérité ne soit pas assez porteur. Aujourd’hui le réalisme est de notre côté, et seule la lucidité est encore en mesure de nous amener au sursaut salvateur.

 

[1] Rassemblement de FI, PG, EELV, non encarté(e)s, rassemblement dont il est difficile de dire aujourd’hui s’il fait figure de dinosaure, d’anomalie ou de précurseur.

corinne morel darleux

Wed, 19 Sep 2018 15:21:00 +0200

De l'écosocialisme et de l'effondrement, au Luxembourg (vidéo)

Voici la vidéo (40') de mon intervention du 8 septembre au Luxembourg où j'étais invitée par nos camarades de déi Lénk sur l'écosocialisme comme projet politique, et plus généralement sur les grands enjeux de l'effondrement en cours ou à venir, ainsi que la manière dont cela doit percuter les militants que nous sommes, notamment dans nos pratiques politiques et nos liens avec scientifiques, artistes et intellectuels pour sortir du huis-clos des convictions trop ancrées...

corinne morel darleux

Thu, 13 Sep 2018 11:21:00 +0200

"Devenir le premier et le plus puissant lobby du pays" (Tribune dans Le monde)

Real_Power_is_People.jpgUne tribune a été publiée il y a quelques jours dans Le Monde, rédigée par Sarah Kilani (Médecin hospitalier), Nicolas Gonzales (Professeur de sciences économiques et sociales) et Pablo Servigne (Ingénieur agronome et chercheur), tribune que les auteurs m'avaient invitée à lire et à appuyer. Je les en remercie et détaille ici les raisons de cet appui.

Si j'ai accepté avec plaisir, même si je l'aurais parfois rédigé différemment, c'est justement parce qu'avec d'autres mots ce texte pointe lui aussi l'incurie des pouvoirs politiques en place et affirme sans ambages que “la voie de la négociation et de la réforme est une impasse”. Sans aucun angélisme, ses auteurs soulignent que “effondrement rime avec faim, soif, sécheresse, guerre et maladie” et appellent à une résistance radicale, faite de démissions du système et de blocage. Ce n'est pas rien.

Loin des nombreuses tribunes vides qui fleurissent en ce moment et des appels “apolitiques” à l'union sacrée, celui-ci n'hésite pas - et Diable c'est salvateur - à pointer la responsabilité du système dominant et des lobbies économiques. Et plus que jamais il faut dire le rôle de ceux qui les dirigent, de ceux qui les écoutent, qui les financent et les autorisent, faisant passer l'urgence climatique et sociale après les intérêts particuliers d'une oligarchie qui prend la terre pour un terrain de jeu et un capital à exploiter : “une oppression de la majorité dans l’intérêt d’une minorité”.

Je reste convaincue qu'au sein de cette majorité opprimée, la précarité est un frein à la mobilisation, et que trop de gens aujourd'hui sont bien obligés de mettre toute leur énergie et leur disponibilité d'esprit à survivre : engagement ne rime pas avec misère, et c'est pourquoi écologie et social vont de pair. Mais je crois aussi de plus en plus que la dignité du présent est du ressort de tous et que chacun y a droit. Face au “vieux monde [qui] se précipite dans l’abîme avec orgueil, cynisme, déni et inconscience”, notre dignité, collective comme individuelle, passe aussi par là : relever la tête, aider d'autres à le faire, s'organiser collectivement et devenir un lobby, nous aussi, “le premier et le plus puissant lobby du pays afin de sauver ce qu’il reste à sauver”.

Enfin si j'y retrouve de nombreux amis et compagnons de route, Geneviève, Christophe, Pablo, Txetx... cette tribune est également l'occasion de se relier avec d'autres espaces, d'autres réseaux, d'autres acteurs comme Guillaume Meurice, Bill McKibben ou Rob Hopkins, mais aussi des scientifiques, biologistes, anthropologues… L’occasion de sortir des cénacles. Une respiration qui ouvre d'autres horizons.

Et puisque les auteurs nous invitent à emprunter des chemins de traverse, à dépasser les chicaneries et “s’arracher à ses certitudes, plutôt que d’accepter le défilé des moqueries, des rancœurs, des politicailleries et des haussements d’épaules” : j'en suis.

 

Tribune : « Preuve est faite que la voie de la négociation et de la réforme est une impasse »

Par Sarah Kilani (Médecin hospitalier), Nicolas Gonzales (Professeur de sciences économiques et sociales) et Pablo Servigne (Ingénieur agronome et chercheur in-terre-dépendant).

Trop occupés à railler Nicolas Hulot et à psychiatriser son cas, les éditorialistes des chaînes d’information en continu, ceux qui de nos jours font l’opinion, passent à côté de l’essentiel : ils ne semblent pas même entr’apercevoir la gravité extrême de la situation. La démission de Nicolas Hulot est la manifestation d’un constat très grave d’impuissance de la part d’un ministre d’Etat venu pourtant pour négocier et réformer, et non renverser la table.

Face aux premiers effets dramatiques du dérèglement climatique, à l’emballement incontrôlable qui s’annonce et qui a déjà commencé, face à l’effondrement de la biodiversité et à la responsabilité humaine quant à l’ensemble de ces processus, la survie de notre espèce d’ici à la fin de siècle, et nos conditions d’existence à court terme, dépendent de notre capacité à refuser l’indifférence, le cynisme, la fatalité, pour enfin penser et agir pour la transition vers un monde résilient. Cette démission doit urgemment amener chacun à s’arracher à ses certitudes, plutôt que d’accepter le défilé des moqueries, des rancœurs, des politicailleries et des haussements d’épaules.

Un homme et même un gouvernement ne peuvent transformer seuls des structures aussi puissantes, soutenues par des intérêts divergents de ceux de l’humanité, très organisées et omniprésentes dans les sphères du pouvoir. Avec la démission de Hulot, preuve est faite que la voie de la négociation et de la réforme est une impasse. Ceux qui sont réellement conscients que la situation écologique est absolument catastrophique en viennent désormais à penser que de ce côté, nous avons tout essayé.

Si les populations ne prennent pas la mesure gravissime de la situation dans les semaines et mois qui viennent (nous en sommes là) et ne se constituent pas immédiatement en force collective déterminée et active dans le but de renverser l’influence des lobbies et de ceux qu’ils représentent, nous n’avons plus aucune chance d’échapper à tous les effets en cascade du dérèglement climatique, à terme incompatibles avec notre vie sur cette planète. Mais constatant que le minimum minimorum des actes citoyens individuels n’est même pas adopté par la majorité des ménages (se chauffer moins, consommer local, pratiquer le covoiturage, composter ses déchets alimentaires, réduire drastiquement sa consommation de viande et de produits laitiers, récupérer les eaux de pluie, s’engager dans le zéro déchet…), penser que les citoyens puissent être rapidement déterminés par ailleurs à se mobiliser massivement et collectivement pour faire baisser rapidement les émissions de gaz à effet de serre semble être une chimère.

Chaque semaine qui passe sans agir rend de moins en moins réalisable la tâche de réformer nos institutions de fond en comble, pour qu’elles prennent en compte le moyen et le long terme. Et la situation est clairement en train de nous échapper. L’effondrement de nos sociétés s’annonce de plus en plus probable. Qu’on se le dise : effondrement rime avec faim, soif, sécheresse, guerre et maladie, et ceci adviendra très probablement de notre vivant si nous ne prenons pas très rapidement des décisions drastiques.

Si les populations veulent pouvoir gérer la descente énergétique et matérielle qui vient en évitant le chaos, elles doivent désormais se constituer comme le premier et le plus puissant lobby du pays afin de sauver ce qu’il reste à sauver et de maintenir un socle minimal de bien-être ; elles doivent également adopter des stratégies de blocage de tout ce qui tue le vivant et détruit les conditions de vie des humains comme des non-humains ; elles doivent dans le même temps emprunter sans attendre les chemins de traverse et ouvrir la voie du monde de demain, dans leur commune, leur département, leur région — et cela sans compter sur un monde politique intrinsèquement inapte à opérer les changements nécessaires.

Aussi « radical » que cela pourra paraître à certains, chaque individu, chaque collectif et chaque organisation qui souhaite anticiper l’avenir avec responsabilité devrait dès aujourd’hui démissionner du système économique dominant qui est une tyrannie sur la nature et une oppression de la majorité dans l’intérêt d’une minorité, un système techniciste et marchand mortifère qui ravage la biosphère dont nos vies et celles de nos enfants dépendent, et devrait s’organiser avec détermination pour devenir architectes de nouvelles sociétés résilientes, seules à même d’assurer notre survie.

Puisque les pouvoirs en place restent désespérément sourds et aveugles à ce que nous enseignent à longueur de publications les spécialistes des sciences du vivant, et puisqu’ils refusent d’entreprendre l’immense travail nécessaire, préférant s’affairer à préserver un système économique à bout de souffle, l’heure est venue pour les citoyens de sortir du déni et de redevenir maîtres de leur destin. Non seulement ils peuvent et ils doivent devenir le lobby le plus puissant, mais il leur appartient aussi de construire dès aujourd’hui les modes de vie alternatifs basés sur la notion de résilience. Le vieux monde se précipite dans l’abîme avec orgueil, cynisme, déni et inconscience ; ne le suivons pas, inventons plutôt les sociétés que nous voulons voir advenir et redonnons du sens à nos vies. Ici. Maintenant.

Les personnes suivantes ont lu ce texte et l’appuient : Geneviève Azam (économiste et membre d’ATTAC), Gilles Bœuf (biologiste, professeur des universités), Alexandre Boisson (créateur de SosMaires.org et de actu-resilience.fr), Christophe Bonneuil (historien), Yves Cochet (président de l’institut Momentum et ancien ministre de l’environnement), Olivier De Schutter (professeur à l’université catholique de Louvain et ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation), Txetx Etcheverry (coorganisateur d’Alternatiba Bayonne), Philippe Gauthier (communicateur scientifique et chercheur indépendant sur les enjeux énergétiques), Stéphanie Gibaud (conférencière, auteure et lanceuse d’alerte), Christian Godin (philosophe), Clive Hamilton (professeur d’éthique à l’université Charles Sturt, Australie), Rob Hopkins (cofondateur du Transition Network), Arthur Keller (spécialiste des vulnérabilités des sociétés industrielles et des stratégies de résilience), Freddy Le Saux (président de Terre de Liens), Bill McKibben (journaliste américain spécialisé dans l’environnement), Vincent Mignerot (écrivain, chercheur indépendant et fondateur d’Adrastia), Guillaume Meurice (humoriste et chroniqueur radio), Alexandre Monnin (directeur scientifique d’Origens Medialab), Corinne Morel Darleux (conseillère régionale LPG de la Drôme), Clément Montfort (journaliste et réalisateur), Véronique Naoum Grappe (anthropologue), Emmanuel Prados (chercheur INRIA), Maxime de Rostolan (fondateur de Fermes d’Avenir et Blue Bees), Sandrine Roudaut (auteure, éditrice), Raphael Stevens (expert en résilience des systèmes socioécologiques) et Laurent Testot (journaliste et essayiste).

corinne morel darleux

Wed, 12 Sep 2018 11:06:00 +0200

Ode à la Ferrandaise et appel à soutien

Ferrandaises.jpgLa Ferrandaise, pour moi, c'est l'histoire d'un attachement particulier qui a débuté en 2014 dans une ferme du Puy de Dôme. Est-ce parce qu'il faisait si froid dehors, parce que la grange elle était chaude, est-ce l'accueil fraternel du paysan, le regard gentiment bovin des animaux, parce qu'un chat ronronnait sur une botte de paille ou parce que les veaux dormaient debout ? J'ai eu le coup de foudre pour cette vache auvergnate, rustique et tout-terrain, si loin des standards de l'industrie agro-alimentaire et des vaches à viandes, vaches à lait, vaches à veaux, vaches à concours, monstrueuses dans les allées du Sommet de l'élevage de Clermont-Ferrand, spécialisées à coups d'hormones et de croisements pour mieux les commercialiser.

Cette ultra-spécialisation des espèces, des territoires, des continents, l'un qui fournit à manger ici, l'autre là bas qui fabrique de quoi s'habiller, à toi les poulets, à moi le soja, dans une course folle autour du monde, avec entre les deux des océans, des avions et des cargos... Les cartes postales en guise de vie, la ville pour travailler, la montagne pour le ski et la mer l'été, en oubliant au passage que des gens y vivent toute l'année, avec entre les deux du béton, du kérosène, des embouteillages géants et la grande transhumance en mode Bison futé...

Ces assignations nous rendent plus vulnérables au changement, elles nous rendent plus dépendants au pétrole, aux énergies fossiles, à une nourriture blindée de pesticides et de soja transgénique ; elles nous rendent complices de conditions de travail scandaleuses à l'autre bout du monde dans les champs, les mines, les ateliers de confection ; elles nous imposent l'indécence des lobbies qui organisent ce grand déménagement permanent du monde pour le seul bénéfice du capital investi.

Sans relocalisation des activités de production, c'est la jungle du dumping social, des activités les plus polluantes délocalisées loin des regards et des bonnes consciences, des travailleurs sans salaire minimum, sans durée légale, protection sociale ni syndicats, des marchandises qui font le tour du monde avant d'atterrir dans nos assiettes et nos placards, la concurrence du low-cost que seule permet l'exploitation et qui empêche les productions locales de se développer. 

Sans diversité des cultures, quand un pan tombe c'est tout qui s'effondre. Quand vous n'avez qu'une seule variété de fruitier, un seul modèle de tomate, un seul type de production, alors il suffit d'une maladie, d'un coup de gel, d'une bactérie propre à l'espèce pour tout emporter.
Assigner une fonction unique à chaque chose, à chaque territoire, à chaque ferme, à chaque être, c'est nous exposer à tous les risques.

veau_ferrandaise.jpgLa Ferrandaise est une anomalie du monde moderne, une ode à la diversité. Contrairement aux ouvrières spécialisées qu'on croise dans les allées des salons agricoles, elle sait tout faire : elle peut produire de la viande mais pas forcément, elle donne du lait, peut servir de vache de trait, elle est résistante à la rudesse du climat, à l'effort, au brouillard montagnard et même au capitalisme : après avoir bien failli disparaitre parce qu'elle ne rentrait pas dans les cases, elle a finalement résisté aux ravages de la course à la rentabilité. Et puis la Ferrandaise est belle, ses veaux doux et amicaux, sa compagnie apaisante, et sa vue dans un paysage de montagnes réchauffe. Et ce n'est pas le moindre des bienfaits qu'elle nous rend.


La Ferrandaise c'est l'antidote à un paquet de trucs.
Si l'effondrement vient, on va en avoir besoin.


Cliquez ici pour rejoindre la campagne de soutien sur Miimosa, avec un "pack parrain"

corinne morel darleux

Wed, 05 Sep 2018 08:17:00 +0200

Peau d'âne en Afrique, un mauvais conte chinois

donkey_kenya.jpgOn savait déjà que la Chine achète beaucoup de choses en Afrique : pétrole angolais ou nigérian, cuivre ou cobalt congolais, uranium namibien, bauxite guinéenne, métaux rares de toutes sortes et bois précieux, mais aussi des terres agricoles, et elle commence même à délocaliser ses ateliers de textile, en Ethiopie par exemple. C'est qu'en Chine le salaire horaire a triplé en 10 ans, rendant la main d'oeuvre encore trop chère pour l'appétit inextinguible des actionnaires, et l’émergence de classes moyennes aisées a d’autres conséquences inattendues. C’est ainsi que depuis une dizaine d’années, un produit qui avait quasiment disparu recommence à être commercialisé : l’ejiao. Inscrit dans la médecine traditionnelle depuis 2000 ans, même si son efficacité scientifique n'a jamais été prouvée, l'ejiao soignerait l’anémie et la libido - prétentions contredites par la commission officielle pour la santé publique et le planning familial de Chine elle-même qui a fait scandale en twittant sur le réseau chinois Weibo que l’ejiao n’était que de la peau d’âne bouillie, et même pas une bonne source de protéine... Un message vite effacé. C’est qu’au-delà des bénéfices supposés pour la santé, l’ejiao rapporte : le marché est en plein essor, de +15 à 30 % par an, le prix de l'ejiao a été multiplié par 40 en 10-15 ans, et la gamme va de 1.300 à 13.000 euros le kilo ! Le leader Dong'e Ejiao, qui représente 70 % de la production, a été nommé Chinese Brand of the Year en 2016. Une jolie success story, donc. Le problème, c'est que l'ejiao est une gélatine fabriquée à base de peaux d’ânes réduites en poudre. Et pas qu’un peu : 5000 tonnes annuelles sont consommées en Chine, soit 4 millions de peaux, et ce chiffre pourrait atteindre 10 millions de peaux par an. Résultat, le cheptel chinois a déjà été divisé par deux, et il faut désormais pour répondre à la demande s’approvisionner ailleurs : en Amérique du Sud, en Egypte, et surtout en Afrique subsaharienne. Au Kenya notamment.

Dans cette nouvelle chronique pour Là-bas si j'y suis, je reviens sur les coulisses de ce marché florissant : le massacre délibéré d'un animal domestiqué depuis 6000 ans qui, au Kenya, est le meilleur ami du paysan et des habitants des zones rurales, un auxiliaire qui est plus qu’un animal : “My donkeys put food on the table. They built this house and put my kids through school”. L'âne y est à la fois tracteur, ambulance, car scolaire ; un âne c’est un emploi, un revenu quotidien pour 15 millions de personnes là-bas. Le tout, sur fond d'intérêts géostratégiques en Afrique, où les intérêts de la dette atteignent 80% des sommes réglées par le Kenya chaque année à la Chine.

Une nouvelle illustration de la mondialisation qui tue, et du paradoxe de l’eau et du diamant : "Il n'y a rien de plus utile que l'eau, mais elle ne peut presque rien acheter ; à peine y a-t-il moyen de rien avoir en échange. Un diamant, au contraire, n'a presque aucune valeur quant à l'usage, mais on trouvera fréquemment à l'échanger contre une très grande quantité d'autres marchandises" Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776.

La peau d’âne au Kenya, si l’animal n’est plus dedans, ne sert à rien, ne vaut rien. C’est la valeur d’usage.

La peau d’âne devient ailleurs produit de luxe et de bien être, à base de marketing et de publicité (30 à 60% des coûts, tandis que la fabrication réelle des produits ne représenterait que 10%). C’est la valeur d’échange.

Et puis il y a la marge humaine, cette dignité du présent que défendait Romain Gary dans Les racines du ciel pour les éléphants, qui vaut pour les cornes de rhinocéros, les écailles de pangolin, les ailerons de requins : tous ces animaux que la société moderne n’est plus en capacité de se modérer pour laisser vivre librement. C’est la valeur de dignité, de liberté, qui échappe aux économistes et qu’Adam Smith n’avait pas théorisée.

Extrait (la version intégrale pour les abonnés se situe ici) :

Rapport de l'ONG The Donkey Sanctuary, « Sous la peau. L’émergence du commerce des peaux d’âne et ses implications sur le bien-être des ânes et les moyens d’existence »

corinne morel darleux

Tue, 04 Sep 2018 18:11:00 +0200

Le travail de développement à l'international de l'écosocialisme se poursuit !

visuel_livre_manifeste.jpgJ'ai été invitée dans cet objectif par nos camarades de Déi Lénk à leur Université d'été qui se tiendra ce samedi au Luxembourg. Ce sera l'occasion, après un exposé introductif sur notre Manifeste et les 18 thèses pour l'écosocialisme, de travailler en ateliers sur six thèmes identifiés par les organisateurs : nos trois revendications les plus importantes, le renchérissement de l'énergie, la souveraineté alimentaire, les alternatives mises en avant par les libéraux, l'écosocialisme en Europe et la planification écologique. J'aurai ensuite une heure pour réagir au nom du Parti de Gauche​ et faire part de mes réflexions sur l'état du monde et la manière dont l'accélération des dérèglements climatiques impacte - ou devrait impacter - nos réflexions et nos pratiques politiques...

Lien vers l’événement Facebook ► http://bit.ly/2PZk8l2

Par ailleurs samedi je serai au Luxembourg, mais je vous invite chaleureusement à vous joindre aux actions prévues, à la Croix Rousse à Lyon comme dans de nombreuses autres villes avec 350 France dans le cadre de la journée mondiale "Rise for climate" (Dans nos rues pour le climat) !

corinne morel darleux

Mon, 03 Sep 2018 13:35:00 +0200

Dignité du présent : des Racines du Ciel au Titanic

Fin août a eu lieu à Grenoble l'université solidaire et rebelle des mouvements sociaux. J'y participais à un séminaire sur l'effondrement en compagnie de Pablo Servigne, Nico Haeringer, Geneviève Azam, Christophe Bonneuil, Antoine Back et Jade Lindgaard. Des débats très riches, sincères et envolés, au cours desquels j'ai été très agréablement surprise de constater l'appétit et la grande disponibilité d'esprit d'un amphi archi-bondé pour les questions relatives à la collapsologie et aux débats qu'elle provoque. La première partie de ce séminaire, avant de passer aux alternatives systémiques avec l'écosocialisme, m'a offert la possibilité de reprendre des thèmes qui me sont chers, comme le recours aux fictions post-apocalyptiques et autres dystopies comme lunettes du réel, et d'exposer un nouveau concept sur lequel je travaille pour un futur livre à paraitre au printemps : la dignité du présent. Il y est question de ne pas sacrifier l'éthique en politique à des victoires futures de plus en plus hypothétiques, en s'inspirant par exemple de la "marge humaine" que Romain Gary défend dans Les Racines du Ciel - un monument des années 50 à relire de toute urgence, ou de l'élégante verticalité de l'orchestre du Titanic. En voici l'essentiel.
(Un grand merci à Christine K, grace à qui vous pouvez retrouver en vidéo l'ensemble de nos propos)


corinne morel darleux

Thu, 30 Aug 2018 12:32:00 +0200

Bayonne, An 01 ?

LAn01.jpgJe ne sais pas vous mais cette rentrée me semble particulière... En fait je la pressens déterminante, sans avoir précisément sur quoi elle débouchera. C'est encore difficile à formuler correctement, mais il flotte comme un double sentiment d'urgence et de frémissement. Un faisceau d'indices qui crée une ambiance différente, plus sincère peut-être, plus ardente. Plus confuse, mais aussi plus ouverte à l'inattendu. Comme si on commençait à basculer dans un après encore indéfini. Bref, tout cela ne relève peut-être que d'une vue personnelle, c'est encore difficile à analyser plus finement, mais c'est bien dans ce contexte troublé -et troublant- que je voudrais attirer votre attention sur l'événement Alternatiba qui aura lieu à Bayonne les 6-7 octobre (toutes les infos ici), cinq ans après le tout premier village des alternatives qui a depuis donné naissance au mouvement pour le climat qu'on connait aujourd'hui.

Alternatiba 2018 s'annonce comme un moment qui peut être crucial, vraiment : après l'été caniculaire en Europe et la multiplication des aléas climatiques tout autour du globe, la démission de Nicolas Hulot et le sentiment grandissant que rien ne viendra du sommet de l'Etat, le succès croissant des thèses de l'effondrement et de la collapsologie, le sentiment d'une prise de conscience qui s'étend, avec en toile de fond la mobilisation citoyenne qui s'organise depuis la Cop21, avec enfin la sortie d'un nouveau rapport du Giec très attendu début octobre, les organisateurs veulent en faire un moment fort. Un électrochoc. Pendant deux jours à Bayonne il s'agira de rappeler que les actes et choix politiques comptent et peuvent changer la donne, entre deux horizons très différents, +1,5 ou +3°C. Des discussions auront également lieu tout au long du week-end pour tenter de s'organiser collectivement, voir si et comment des stratégies communes peuvent être établies face à la situation d'urgence.

J'y interviendrai dans deux débats, un le samedi 6 octobre à 13h avec Yves Cochet (Institut Momentum), Nico Haeringer (350 France) et Thierry Salomon (négaWatt) sur le thème "Peut-on encore gagner la bataille ou l'effondrement est-il inéluctable ?". Le second aura lieu le dimanche 7 octobre sur le thème "Luttes et territoires, de la résistance aux alternatives" avec José Bové et Julien Milanesi sur les GPII, où j'interviendrai pour ma part sur le cas du Rojava en Syrie.

Voilà, ce que je veux simplement vous dire c'est : soyez-en. 
Venez.

Bizi prépare cet événement depuis plus d'un an, avec la générosité, la rigueur et la sincérité qu'on leur connait. Avec cette rentrée particulière, Alternatiba 2018 devient un véritable appel au sursaut collectif et à la mobilisation générale. Passez le mot, et nous pouvons être présents par dizaines de milliers les samedi 6 et dimanche 7 octobre à Bayonne. C'est possible : en octobre 2013 nous étions déjà plus de 12.000 à Bayonne, et depuis 150 collectifs se sont créés, 113 villages des alternatives ont été organisés. 
Il y a un truc à faire là, un truc épatant... On en a tellement besoin.

Alors Bayonne, An 01 ? Je n'en sais rien. Mais si on veut avoir encore une chance d'inverser le cours des choses, la bataille pour le climat et la justice sociale doit trouver et donner à voir une majorité, elle doit s'organiser et c'est peut-être une des dernières occasions d'ampleur qui nous en est donnée. Je peux me tromper, mais je pressens un temps fort. Comme une grosse intuition qu'Alternatiba 2018 comptera.

[J'en profite également pour signaler cet article intéressant de Jade Lindgaard, avec qui nous étions en atelier dimanche sur l'effondrement et les alternatives systémiques à l'Université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens à Grenoble et cet excellent dossier de Dorothée Moisan consacré à Alternatiba, paru également sur Mediapart cet été]

corinne morel darleux

Sat, 21 Jul 2018 10:06:00 +0200

Sans empire galactique ni baguette magique

amarante.jpgPublié sur Reporterre le 19 juillet : Face à l'effondrement, fondons des alliances terrestres

La dépendance de nos sociétés au pétrole et aux technologies fait redouter la « Grande Panne », qui nous plongerait dans un monde inconnu. Notre chroniqueuse partage ses réflexions sur la collapsologie et sur les possibilités de vivre après l’effondrement, notamment grâce à l’alliance terrestre des humains et des non-humains.

Depuis quelques mois, mon cheminement intellectuel sur l’écosocialisme est de plus en plus irrigué de collapsologie, une approche de la fin du monde, que l’on peut considérer comme le pendant laïc et rationnel de l’eschatologie. Sur la base de faits scientifiques, la collapsologie prédit l’effondrement du climat, des ressources naturelles disponibles, de la biodiversité, de l’organisation même de la société, et ouvre des horizons et des défis politiques passionnants. La parution remarquée du livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, lui a donné un élan inattendu. L’écho grandissant de cette hypothèse, ma rencontre avec des auteurs de la collection Anthropocène, du Seuil, dirigée par Christophe Bonneuil, et la création du collectif Les Terrestres qui s’en est suivie, tout cela m’a permis de renouer des liens entre un univers politique qui se soucie d’écologie, et un milieu universitaire engagé et résistant, loin du plomb académique que j’avais fréquenté lors de la rédaction de ma thèse. Ces deux mondes sont souvent très étanches, voire hermétiques, je ne me reconnais totalement ni dans l’un ni dans l’autre ; le croisement des deux en revanche a un potentiel fertile qui me ravit. J’y ai découvert, en profane affamée, des théories et sources d’inspiration qui m’ébranlent et me nourrissent comme je ne l’avais pas été depuis longtemps. Ajoutez à cela le grand plongeon dans la bibliothèque de science-fiction parentale qui a trouvé refuge dans mon salon, additionné d’une vaste programmation de films d’anticipation, une série de nouvelles chroniques sur les fictions post-apocalyptiques, et me voilà prise dans le filet infini des dystopies, uchronies et autres possibles.

Parmi ces découvertes, la notion d’alliances terrestres explore la manière dont humains et non-humains peuvent s’allier dans des mécanismes d’entraide et d’interdépendance, loin de la vision d’un environnement qui nous serait extérieur et qu’il faudrait protéger, plus loin encore de la vision prométhéenne d’une nature vue comme un adversaire à dominer. C’est le cas par exemple de l’amarante sauvage : une plante résistante, redoutablement fertile, comestible et riche en protéines, qui a en outre la judicieuse mauvaise manière de résister aux herbicides comme le Roundup. Une « ingouvernable ». Des paysans en lutte contre le soja transgénique et ses ravages, en Argentine et au Paraguay, s’en sont servis sous la forme de « bombes de graines » pour saboter des champs d’OGM. « En 2016, trois mois d’occupation (type ZAD) du site de construction à Malvinas ont eu raison de ce qui devait être le plus grand centre de production de semences transgéniques au monde (48.000 hectares tout de même !) et contraint Monsanto à battre en retraite », et c’est ainsi qu’est née la notion de « résistance interspécifique ».

Autant de schismes dans la pensée qui dessinent des horizons différents 

De même, on ne peut pas simplement parler de services écosystémiques que nous rendrait la nature, mais d’un ensemble systémique, dans lequel nous devons à notre tour venir en aide à la biodiversité pour nous sauver nous-mêmes. Un tout, système inclusif et complexe, fait d’interactions, dans lequel l’humain est un acteur parmi d’autres qui agissent tout autant et composent le monde vivant. Certains avancent d’ailleurs qu’il serait plus juste de sortir l’ensemble du vivant de la notion de nature : « Pour qu’homme et biodiversité se solidarisent, il faudrait les penser ensemble, et donc forcément séparés de la nature. Le vivant est culture. Il n’est pas nature. » Autant de schismes dans la pensée qui dessinent des horizons différents, d’autres manières d’envisager notre univers et le rôle que nous y tenons.

pignocchi.jpgCette approche différente de la « nature » a également été alimentée par le travail détonnant et décalé d’Alessandro Pignocchi, qui place ses mésanges punk sur les traces de Philippe Descola et de l’animisme des Jivaros Achuar, défini par l’anthropologue comme « la propension à détecter chez les non-humains — animés ou non animés, c’est-à-dire les oiseaux comme les arbres — une présence, une “âme” si vous voulez, qui permet dans certaines circonstances de communiquer avec eux ». Dans l’animisme, les êtres vivants, humains et non humains, ont une intériorité commune, que l’on peut appeler âme ou esprit. Ce sont leurs caractéristiques physiques — bouche ou bec, griffes ou ongles, marche debout ou à quatre pattes, organes — et non spirituelles, qui modifient leur mode d’expression, leurs besoins, leur rapport au monde. Dans la théorie occidentale, c’est l’inverse : s’il y a une continuité biologique entre l’être humain et l’animal, en revanche la supériorité morale et intellectuelle de l’humain est indiscutable. Disons, par extension malicieuse et en clin d’œil aux amis marxistes, que l’animisme serait une sorte de matérialisme historique revisité par les Jivaros. Alessandro Pignocchi, non moins taquin, imagine dans ses dessins nos responsables politiques convertis à l’animisme. Et cela… révolutionne la pratique. Plus ancré dans le réel et le présent, on peut également trouver trace de ces révolutions silencieuses à l’œuvre dans le slogan vu sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes, qui proclame : « Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend. »

À ce stade, je me dois de préciser que je ne suis pas devenue antispéciste ni animiste pas plus que mystique. Mais cette rupture qui en finit avec l’étrangeté de la nature me semble aussi inspirante que le jour où j’ai découvert le catastrophisme éclairé de Jean-Pierre Dupuy, ou les seuils de contre-productivité d’Ivan Illich. Ce moment lumineux où l’on comprend, par sa propre expérience, des mots écrits à une autre époque, par des inconnus. Il m’est difficile d’apprendre dans les livres, j’ai besoin de vécu. Mais quand je m’astreins à laisser en paix cet énorme mille-pattes dans ma salle de bains, en me raisonnant sur le fait qu’après tout ma maison est au milieu de son jardin, et qu’il a tout autant le droit que moi d’en profiter, je fais déjà un grand pas en avant, un grand pas de côté. En toute franchise, il y a quelques années, j’aurais appelé mon mari pour l’écraser, ce qui est doublement peu glorieux.

Nous avons besoin pour cela d’un nouvel ordre imaginaire

Je ne souscris donc pas systématiquement à tout ce que je lis et entends, mais cela alimente mes réflexions, ce qui est déjà un vrai bienfait dans un monde où les débats intellectuel et politique sont à ce point appauvris. La qualification de non humains, tout comme la notion de capitalocène et le débat avec les partisans du terme d’anthropocène, tout ceci est discutable, au sens noble du terme. Mais comme souvent en politique, le débat vaut la conclusion et l’essentiel n’est pas toujours de parvenir. Cheminer est une fin en soi, tant dans les fils de ces discussions émergent des apports essentiels à la pensée écosocialiste, au nouveau paradigme qui doit se construire sur notre rapport au monde. Nous en discutions lors d’une de ces belles soirées d’été et d’amitié avec Didier Thévenieau, professeur de philosophie : au-delà des approches purement biologiques, nous avons besoin d’aborder ce monde changeant qui est le nôtre par une approche philosophique et culturelle, sans se contenter de chercher à en fragmenter et décrire chaque caractéristique par le seul prisme des analogies scientifiques. Ce qui doit nous préoccuper n’est pas tant de savoir comment mesurer l’intelligence de tel ou tel animal, ou ses proximités génétiques avec l’être humain, pour en déterminer la valeur sur l’échelle des espèces, mais de faire la démonstration que lombrics et amarantes font partie de la biosphère nécessaire à la vie humaine. Nous avons besoin pour cela d’un nouvel ordre imaginaire, selon la formule défendue par un autre ami philosophe, Benoit Schneckenburger : dans mon imaginaire personnel, l’idée d’alliances terrestres va ainsi se nicher sans prétention dans la brise qui remet une mèche de cheveux indocile en place, dans l’action conjuguée de la pluie et du soleil qui fait rougir les tomates et transforme en jungle mon jardin, ou encore dans l’orage torrentiel qui anéantit le meeting de François Fillon.

Politiquement, beaucoup s’inquiètent du découragement que risque d’induire la collapsologie : en signant la fin du monde, n’encourage-t-elle pas le relâchement d’efforts devenus vains, la fuite en avant, tant qu’il y en a et fichu pour fichu, vers les plaisirs polluants ? Le catastrophisme éclairé a apporté des débuts de réponse à cette question. Mais de fait, le scénario d’un effondrement imminent modifie le rapport public à ce qu’on appelle la transition. Selon que celle-ci a pour objectif d’éviter la catastrophe en faisant bifurquer la société avant qu’il ne soit trop tard — ce qui était jusqu’ici la principale option — ou qu’elle vise non pas à éviter la catastrophe mais à préparer le rebond post-effondrement, les logiques sont bousculées. Les mesures à mettre en place ne sont plus forcément les mêmes, selon qu’on vise des politiques d’atténuation ou d’adaptation. Je n’y vois pas nécessairement de contradiction, et reste pour ma part partisane d’amortir au mieux les dégâts de l’ère productiviste : changer de modes de production, relocaliser l’activité, mieux répartir les richesses, atténuer nos émissions de gaz à effet de serre… Mais désormais, il nous faut aussi réfléchir simultanément au volet adaptation et l’enclencher rapidement : quel type de société serons-nous en mesure de construire, si demain la société telle que nous la connaissons s’effondre ? En combien de temps ?

Renouvelons le pari de Pascal

asimov.jpgLà réside tout l’enjeu du Plan Seldon, dans le cycle de science-fiction Fondation, d’Isaac Asimov (1951) : son concepteur, Hari Seldon, est persuadé de l’effondrement imminent de l’Empire. Cette certitude établie, plutôt que de perdre temps et énergie à essayer de l’éviter, le scientifique va consacrer sa vie à imaginer les mécanismes qui permettront de réduire la période de transition post-effondrement — caractérisée par le chaos, ou a minima l’instabilité — pour la rapporter de 30.000 à 1.000 ans. Il dispose pour ses simulations d’une science que nous ne possédons pas, la « psychohistoire », qui permet, par des calculs mathématiques, de prévoir les grandes trajectoires des masses humaines.

Nous n’avons pas de Hari Seldon, et nous ne sommes pas un empire galactique. Nous n’avons pas les instruments permettant de prévoir les décisions historiques sur un millénaire. Nous ne sommes même pas sûrs que l’effondrement soit imminent. Soit. Mais s’il l’est… Comment ferons-nous à court et moyen terme face à l’arrêt brutal de l’ensemble des serveurs Internet, des systèmes de refroidissements des centrales, dans un pays paralysé par l’absence de carburant, où les services d’urgence ne peuvent plus se déplacer, dans lequel plus rien n’est livré ? Les stocks de réserve en carburant correspondent à onze jours de consommation moyenne en France. Un supermarché classique dispose d’environ trois jours de stock alimentaire. Quel qu’en soit le facteur déclenchant — et il y a aujourd’hui plusieurs hypothèses de plus en plus probables, ne serait-ce que par l’extrême dépendance de notre société au pétrole et aux technologies —, comment faire pour vivre et non simplement survivre à la « Grande Panne », en partant de l’axiome qu’il n’y aura pas de possibilité de retour en arrière ? Si l’on examine l’hypothèse de l’effondrement, et non plus celui d’une crise à surmonter avant de revenir à un état antérieur, il y a tout un chantier à explorer, et d’urgence.

Personne n’a de baguette magique, si l’effondrement arrive il y aura des morts et des blessés. Mais on peut, on doit, commencer à préparer le monde d’après. Renouvelons le pari de Pascal. Si l’ultime stade de la catastrophe n’arrive pas, nos efforts n’auront pas été vains : nous aurons renoué avec notre caractère naturel en réintégrant l’humain dans le monde vivant ; nous aurons contribué à une organisation sociale plus digne, plus juste et plus épanouissante.

 

Dessins d'Alessandro Pignocchi

Photo d'amarante sauvage, Wikipedia (Jan Kops/CC0)

Montage "Fondation" : Journal du geek

corinne morel darleux

Fri, 13 Jul 2018 08:41:00 +0200

La bataille de l'Arctique a commencé

Après Tchernobyl, après Fukushima, on met une centrale nucléaire sur les flots et on nous explique que c’est bon pour l’environnement. Sachant que tout ça a pour objectif ultime d’extraire des énergies fossiles du sol, énergies fossiles dont on sait qu’elles sont parmi les principales responsables des gaz à effet de serre, et donc de ce fameux dérèglement climatique, mais "tout ça est bon pour l’environnement" !

Pour cette 18e chronique écosocialiste sur Là-bas si j'y suis, direction l'Arctique : d'un côté la Russie, de l'autre les Etats-Unis d'Amérique avec l'Alaska. Entre les deux, le détroit de Bering et la banquise qui fond peu à peu (+5 °C l'hiver depuis 1988), ouvrant une nouvelle voie commerciale pour les gisements faramineux de pétrole et de gaz contenus dans ces terres - l'équivalent de deux ans de consommation planétaire totale de pétrole, et de dix-sept ans pour le gaz.

On y parle d'un méthanier brise-glace nommé Christophe de Margerie, d'un Tchernobyl flottant, d'un ancien goulag, de bases militaires et de prime de risque, de thermosiphons et de modèle de croissance économique par dégradation.

La bataille de l'Arctique, extrait :

L'ensemble de la chronique accessible aux abonnés est ici.

corinne morel darleux

Fri, 06 Jul 2018 15:57:00 +0200

Messieurs Juncker, Macron et Wauquiez, pompiers pyromanes de la ruralité

chronique1dielanuit.jpgChronique du Diois publiée sur Reporterre le 3 juillet 2018

La semaine dernière, nous étions en session plénière à la Région Auvergne Rhône Alpes. En face de nous, un Laurent Wauquiez tout fier d’annoncer que la Région allait désormais pouvoir faire des avances aux agriculteurs et projets ruraux qui bénéficient des fonds européens « Leader », bloqués depuis des mois maintenant par un logiciel national défaillant, Osiris. 

De fait, cette calamité numérique a plongé un certain nombre d’acteurs ruraux dans une détresse proche de l’écœurement. Et on ne peut nier l’effet salvateur pour nos territoires de ces aides européennes, certes. Mais ne soyons pas dupes : si on en a si cruellement besoin aujourd’hui, c’est aussi parce qu’un jeu dangereux se joue ailleurs, avec les mêmes acteurs. Les pompiers pyromanes de la ruralité.

Pour mieux l’illustrer, je voudrais vous parler de ma vallée : nous sommes devenus, bien malgré nous, un cas d’école de ce qui se passe aujourd’hui dans ces fameuses campagnes, ce « terroir » dont tout le monde semble vouloir se revendiquer. Dans le Diois, il y a des trains, des écoles, un hôpital, ces « services publics de proximité » qui font que des gens viennent s'installer, qu'on y naît, circule, apprend, grandit... Et jusqu’ici ça marchait.

nokilllatruitedioise.jpg

Mais la marge est fragile : on n’est pas dans une grande ville ici. Chez nous il n’y a qu’un collège, qu’un lycée, qu’une Poste, qu’un théâtre, qu’un guichet SNCF, qu’une médiathèque, qu’un hôpital. 
Si l’un ferme, il n’y a plus rien. Supprimer un contrat aidé à l’école ou à l’espace social, fermer la chirurgie ou la maternité, c'est condamner à terme toute la vallée. Et c’est pourtant ce qui a été fait. 

Comment faut-il le dire, le clamer… L’écrire encore avec gravité : à la campagne, à la montagne, loin des métropoles et des grandes stations, on se sent les laboratoires d’une vaste entreprise de démolition. 

Depuis deux ans, nous sommes sous les feux croisés des politiques européennes, gouvernementales et de la Région. Un véritable effet ciseaux puisque les coupes franches dans les aides régionales aux associations, aux petits festivals, aux réseaux d’agriculture paysanne, s’ajoutent à la casse gouvernementale des contrats aidés, aux plans d’économies sur la santé, et désormais à la réforme ferroviaire. 

Nous sommes pris en étau entre deux logiques comptables délétères : la recherche du AA+ des agences de notation financière côté Région, qui cherche à tout prix à réduire les coûts de fonctionnement pour pouvoir annoncer fièrement des économies, sans se soucier des dégâts humains sur le terrain. Et la « règle d’or » de Bruxelles de limitation des déficits publics, docilement appliquée par Monsieur Macron qui ne vise lui aussi qu’à monter sur le podium des bons élèves de l’Union européenne et gratifier les plus riches de mesures privilégiées.

clairobscur.jpgAlors quand on nous présente des dispositifs régionaux ou gouvernementaux, ou encore ces fonds européens comme des aides généreuses qu’il faudrait applaudir et saluer… Faut-il rappeler que ce que l’Union européenne nous donne n’est que la rétribution de la contribution de la France à son budget ? Que la politique agricole commune reste foncièrement inégalitaire et ne favorise d’aucune manière la transition ? Que cette même Union européenne prévoit des accords de libre échange qui détruisent notre agriculture ? Qu’elle travaille main dans la main avec les lobbies des pesticides qui tuent la biodiversité dans nos pays ? Que ses traités empêchent une relocalisation digne de ce nom ? Faut-il encore rappeler que les services publics et les aides régionales ne sont que le juste retour de la contribution à l’impôt : de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ?

Nous ne demandons pas de cadeaux. Juste que l’État et la Région jouent leur rôle de garants de la solidarité nationale et de l’égalité républicaine ; qu’ils assurent, avant de jouer les experts financiers, leur mission originelle : préserver le cadre de société dans lequel des gens peuvent vivre bien et travailler au pays. Et s’il faut pour cela contrevenir aux injonctions de l’Union européenne, nous choisissons sans hésiter la vie. Et la sécession.

Il existe mille manières non réactionnaires d’appartenir à un territoire, d’y goûter, de s’enraciner, d’y prendre des initiatives, de semer et d’y construire des alternatives. On peut même parler d’économie disruptive, si ça peut aider : il y a de l’expérimentation, du cassage de codes et des bouleversements de marché. Des gens y travaillent ici. Mais pour ça, Messieurs Juncker, Macron et Wauquiez, il faut arrêter de sabrer nos conditions de vie. 

corinne morel darleux

Tue, 26 Jun 2018 09:27:00 +0200

Montez le son ! Compte-rendu de mandat radiophonique sur RDWA

Corinne_RDWA.jpgComme après chaque session à la Région, voici mon compte-rendu de mandat radiophonique sur la radio du Diois RDWA : 50 minutes de récit à écouter en vaquant à vos activités, pour mieux décrypter ce qui se passe dans l'institution présidée par Laurent Wauquiez. Du compte administratif et les fameuses "économies de fonctionnement" à la stratégie environnement et les fonds européens pour la ruralité, en passant par le Kurdistan... Belle écoute !

corinne morel darleux

Mon, 25 Jun 2018 16:47:00 +0200

Récits de voyage : le Rojava vu par des femmes

Recit-de-voyage.jpgMercredi 27 juin à 18h est organisé au Centre Démocratique kurde de Paris une discussion à partir de témoignages de femmes parties au Rojava.

Corinne Morel Darleux (secrétaire nationale du Parti gauche et conseillère régionale Auvergne Rhône Alpes), Mylène Sauloy (documentariste, réalisatrice du film « Kurdistan, la guerre de filles ») et Mireille Court (journaliste, réalisatrice du film « Rojava, une utopie au coeur du chaos syrien ») ont comme point commun le Rojava. Toutes les trois sont parties au Nord de la Syrie pour rencontrer et échanger avec des femmes qui y vivent, y résistent et participent à la révolution féminine en cours dans cette région du monde.

Comment les femmes mènent-elles cette bataille à la fois sur le front mais aussi, et surtout, dans la société, au quotidien, contre le système patriarcal en place ? A travers ces récits de voyage, les intervenantes nous partagerons ce qu’elles y ont vu, sentis et ressentis, de leurs rencontres avec des combattantes des YPJ à leurs échanges avec des professeures des académies de femmes en passant par leur partage du quotidien des habitantes du village de femmes Jinwar.

Evénement organisé par l’Initiative pour un confédéralisme démocratique

Voir aussi Carnets du Rojava

corinne morel darleux

Mon, 25 Jun 2018 09:58:00 +0200

Turquie : la gorge nouée

IMG_0741.JPGMalgré des irrégularités constatées, des observateurs internationaux empêchés d'accomplir leur mission, des enveloppes suspectes, des bureaux de vote qui ont été éloignés dans la partie kurde du pays, des modalités de vote et de dépouillement modifiées, malgré les espoirs de l'opposition, Recep Tayyip Erdogan est donc réélu avec plus de 52% dès le premier tour.

Le régime ultraprésidentiel qu'il s'est fait voter par referendum constitutionnel l'an dernier va désormais entrer en vigueur, affaiblissant considérablement le contre-pouvoir du parlement. Le Président aura tous les pouvoirs de l'exécutif, il n'y aura plus de Premier Ministre, il pourra gouverner par décret et contrôler le Parlement qui perd son rôle de contrôle de l'exécutif. Son parti l'AKP y aura en outre la majorité grâce à l'alliance nouée avec l’extrême droite nationaliste du MHP qui obtient 11% des voix.

Seule consolation à ce paysage sombre pour la Turquie, la liberté d'expression, la démocratie et l'avenir des kurdes : les scores du HDP. Malgré la répression constante depuis deux ans de ses élus et candidats, malgré la confiscation de son temps de parole dans les médias, son candidat à la présidentielle Selahattin Demirtas, qui a du faire campagne de sa cellule en prison, a réussi le très bon score de 8%, et le HDP dépasse la barre des 10% aux législatives, ce qui lui permettrait de remporter 67 sièges (8 de plus si le résultat est confirmé). En-deça de ce seuil des 10%, il n'aurait eu aucun siège, ceux-ci auraient été redistribués à l'AKP. Le HDP sera donc le troisième parti de l'assemblée.

En janvier, RT Erdogan déclarait lors de sa visite à Emmanuel Macron à propos des purges en Turquie : "Ce n'est pas fini (...) Nous condamnerons autant de personnes qu’il sera nécessaire de condamner". Le 10 juin dernier, en meeting, il a promis à ses électeurs de faire exécuter Selahattin Demirtas.

Ce matin c'est vers lui, vers les opposants, journalistes, fonctionnaires, enseignants, ONG, universitaires et militants, que se tournent toutes mes pensées.

corinne morel darleux

Sun, 24 Jun 2018 10:17:00 +0200

A propos du droit à l'image des lombrics

animaux_stars_cnrs.jpgKung Fu Panda, le monde de Nemo, Bob l'éponge et Sophie la Girafe sont convoqués dans cette nouvelle chronique écosocialiste pour Là-bas si j'y suis : "Les animaux menacés, une manne lucrative pour l’industrie du divertissement". On y parle d'animaux stars, de sixième extinction de masse et de droit à l'image, mais aussi des lombrics et autres invertébrés, pas assez mignons, pas assez cinégéniques, et pourtant si précieux...

Photo : Zoo Portraits, journal du CNRS

Extrait :

corinne morel darleux

Sat, 23 Jun 2018 10:05:00 +0200

Un dimanche en Turquie, pour l'espoir et la démocratie

IMG_0741.JPGCe dimanche ont lieu les élections présidentielles et législatives, anticipées, en Turquie. Je suis cette fois empêchée de m'y rendre, mais fière et de tout cœur avec nos camarades du Halkların Demokratik Partisi (HDP). La campagne autour de leur candidat Selahattin Demirtaş, depuis la cellule où il est incarcéré depuis presque deux ans, a été impressionante et j'invite chacun à lire ce très beau texte paru dans Le Monde : la puissance des mots de Selahattin Demirtaş rappellent avec sensibilité et justesse que l'on peut mêler politique et poésie, ne rien renier de ses convictions, même au fond d'une prison, et combien de causes belles et justes nous avons à porter au niveau européen.

Je signale également cet article "Turquie : Des élections à hauts risques" de Kévin Boucaud-Victoire pour Le Media, dans lequel nous revenons ensemble sur les enjeux militaires et politiques pour le maintien au pouvoir de M. Erdogan, de l'offensive sur Afrin en Syrie aux élections anticipées de ce dimanche en Turquie.

Enfin, alors que deux observateurs internationaux, missionnés pour s'assurer du bon déroulement du scrutin, un député de Die Linke et un député Vert Suédois, ont été interdits d'entrée en Turquie, je souhaite belle route à mes camarades Danielle Simonnet, Jean-Christophe Sellin et Simon Berger qui y seront pour le Parti de Gauche en tant qu’observateurs internationaux ! 

CP_PG_Turquie_elections.jpg

corinne morel darleux

Thu, 21 Jun 2018 09:56:00 +0200

Stratégie environnement énergie de la Région : climat, nature... et béton (video)

CMDsessionjuin18.jpgJe suis intervenue à la Région sur la stratégie environnement énergie, une délibération que nous attendions avec impatience.

Et, une fois n'est pas coutume, je dois dire que nous avons vu avec soulagement se dessiner l’horizon d’une région à énergie positive en 2050, avec de l’économie circulaire, la restauration de la biodiversité et de la qualité de l’air. En effet, l’ère de l’énergie abondante et bon marché est terminée. Exploiter la nature est devenu suicidaire. Nous sommes en train de détruire l’air que nous respirons, les sols qui nous nourrissent, la nature dont nous faisons partie. Cette brutale dégradation a été niée trop longtemps hélas. Il est désormais trop tard pour éviter l'impact. Je ne suis pas catastrophiste en disant cela, mais simplement lucide : la catastrophe est là. Elle se lit d’ailleurs en creux dans les actions de la Région : neige artificielle, aide aux apiculteurs, plans d’urgence sécheresse et intempéries... Dans les Alpes, la température a augmenté de 2°C depuis le siècle dernier. L’eau se fait de plus en plus rare. Les saisons s’affolent. La sécheresse s’invite en Hiver. C’est de cette réalité du climat dont nous parlons, bien loin d’une lubie de « bobo » des villes.

Aussi, la stratégie de la Région, avec ce texte, vise juste en proposant une politique d’adaptation aux changements climatiques, en plus des mesures d’atténuation qui restent douloureusement nécessaires.

Mais si les enjeux sont sérieux, il faut être sérieux jusqu’au bout : 200 millions d’euros sur 3 ans, c’est 1,8 % du budget régional… 1,8 % ! Comment peut-on égrainer si justement les priorités et l’urgence, pour ensuite y consacrer si peu d’argent ? Le bât blesse aussi sur les certificats d’économies d’énergie par exemple, qui relèvent d’une vision financière de l’environnement qui a prouvé son inefficacité avec les droits à polluer par exemple. Enfin, Monsieur Wauquiez nous avait exhorté l’an dernier à prendre exemple sur Nicolas Hulot : nous l'avons exhorté aujourd’hui à ne pas l’imiter ! A ne pas dire nature d’une main en faisant béton de l’autre. A s'efforcer de donner une vision cohérente, systémique à notre Région :

  • Peut-on financer de nouvelles autoroutes tout en affichant l’ambition d’une région « décarbonée » ?
  • Est-il sage de développer les enneigeurs pour skier, quand la ressource en eau se fait rare pour les habitants et les éleveurs toute l’année ?
  • Se donne-t-on réellement les moyens d’une région à énergie positive, sans éolien ni géothermie ?
  • Peut-on faire un plan « pollinisateurs » en passant sous silence l’impact des pesticides ?

Apparemment, selon la majorité de Laurent Wauquiez, oui. Il en va pourtant des conditions de vie dans notre région faite de vallées, de montagnes, de champs et de rivières, dont le tourisme repose sur des paysages préservés, dont l’agriculture dépend de la qualité des sols, et dont les habitants ont tout simplement besoin de respirer...

corinne morel darleux

Wed, 20 Jun 2018 10:25:00 +0200

Où en est-on avec nos partenaires européens ? (video)

A l'occasion de ma participation à la journée d'ateliers et de débats organisée par les Insoumis de Clermont-Ferrand, j'ai répondu aux questions qui se posaient concernant les partenaires de la France Insoumise en Europe : avec le réseau écosocialiste européen, puis via les Sommets du Plan B et les Conférences euro-méditerranéennes, ou encore notre travail opiniâtre au sein de la Gauche européenne avec Sophie Rauszer, nous avons au final réalisé un vrai travail de fils tissés et de dentelle pour identifier finement alliés et partenaires, en soulevant certaines contradictions, en menant bataille, mais aussi en portant un projet alternatif qui s'est construit et enrichi au fil des années. Nous avons fait vivre l'internationalisme avec une constance, sur le fond comme sur la forme, qui porte aujourd'hui ses fruits. D’un point de vue social comme climatique, les années qui viennent vont être déterminantes. Nous allons avoir besoin d'un mouvement européen solide, habile, compétent et enthousiaste, capable de tenir sur la durée. On y travaille. Il est lancé.

corinne morel darleux