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Fri, 21 Sep 2018 18:15:02 +0200

Rokhaya Diallo programmée dans un festival féministe : la mairie du XXe retire sa subvention

« Nous sommes très énervées, choquées par cette démarche à 8 jours du festival », pestent les organisatrices du Féministival. Cet événement organisé « pour valoriser la place des femmes dans l’art et la culture » doit se tenir les 29 et 30 septembre prochain à la Belleviloise à Paris. Mais voilà : la mairie du XXe arrondissement de Paris a décidé d’annuler la subvention de 500 euros qu’elle avait allouée à l’association organisatrice : Les effronté.es. Fatima-Ezzahra Benomar, qui fait partie des organisatrices, explique :

« J’ai reçu un coup de fil du directeur de cabinet de la maire Frédérique Calandra. Il était énervé. Sans aucune ambiguïté, il m’a dit que la venue de Rokhaya Diallo ne leur faisait pas plaisir. Et qu’il décidait donc de retirer la subvention. »

Ce n’est qu’il y a quelques jours que l’organisatrice au eu la confirmation de la participation de Rokhaya Diallo, après avoir décroché la subvention. Et l’organisatrice d’en conclure :

« Il est clair que la maire a un problème de fond avec Rokhaya Diallo. »

Un problème qui ne date pas d’hier

La maire, membre du Parti Socialiste, également adhérente du Printemps Républicain, a déjà eu maille à partir avec la journaliste. En 2015, Frédérique Calandra a fait en sorte de déprogrammer Rokhaya Diallo d’un festival féministe qui se passait dans sa mairie. En juin 2018, les deux femmes s’étaient même retrouvées devant les tribunaux, Frédérique Calandra ayant porté plainte pour diffamation, suite à une tribune qu’a relayé Rokhaya Diallo. « Ça me donne l’impression d’être radioactive. C’est de l’acharnement. Que je le subisse à titre personnel, c’est une chose que je peux supporter. Mais lorsque ça met les actions d’un collectif en péril, ça me scandalise », réagit Rokhaya Diallo.

Et, effectivement, le trou de 500 euros dans la trésorerie, à une semaine de l’événement, est compliqué à gérer pour les Effronté.s. « On voulait organiser un évènement gratuit, sans pour autant payer les intervenants et artistes au chapeau. Nos financements servent à payer la salle, La Bellevilloise, ainsi que toutes les personnes programmées. » Alors l’asso a lancé une cagnotte :

« On a prévenu la mairie qu’on allait devoir lancer un financement participatif pour combler le trou, et qu’on expliquerait que c’est parce qu’ils se sont retirés. Ils nous ont clairement dit qu’ils n’en avaient rien à faire. »

Du côté de la mairie, rien à déclarer pour le moment.

ines-belgacem

Fri, 21 Sep 2018 12:39:54 +0200

Médine annule ses concerts au Bataclan à la suite de pressions venues de l'extrême droite

Quelques heures après la publication de notre article, le rappeur Médine annonce qu’il annule ses deux concerts prévus au Bataclan.


Itinéraire d’une polémique

Derpuis plusieurs jours, sur Twitter, Patrick Jardin interpelle tour à tour chacun des candidats à la dernière élection présidentielle. D’Emmanuel Macron à François Asselineau. Avec un message, toujours le même : Médine ne doit pas se produire au Bataclan, les 19 et 20 octobre prochain. Pour l’homme, dont la fille Nathalie est décédée dans l’attentat du 13 novembre, la salle est un « sanctuaire » :

« Il peut déclamer ses saloperies où il veut, mais pas au Bataclan. »

Ses arguments : le rappeur « islamiste » ferait « l’apologie du Jihad » et prônerait dans ses textes le « racisme anti-blanc ». Des thèses maintes fois déminées par la presse (ici et , par exemple).

Patrick Jardin assure à StreetPress que son combat est apolitique :

« J’accepte tous les soutiens d’où qu’ils viennent. »

Mais les différentes associations de victimes refusent de le suivre dans sa croisade contre le rappeur. Et à ses côtés, on trouve essentiellement des figures nationalistes et identitaires.

Une pétition lancée par un militant RN

C’est une pétition postée sur la plateforme Change.org le 9 juin au matin, qui met le feu aux poudres. Elle est portée par le militant Rassemblement National (RN), Grégory Roose. « Je ne connaissais pas Médine », confesse à StreetPress l’intéressé :

« Au départ, c’est son pseudonyme qui m’a interpellé. Bon, après, j’ai découvert que c’était son vrai nom… Mais j’ai fait des recherches, écouté ses textes et découvert qu’il était proche des “islamistes” de l’association Havre de Savoir. »

Médine a donné une conférence et participé à un gala de charité en faveur de Gaza, à l’initiative de cette association jugée idéologiquement proche de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Il conteste en être membre.

#PasdeMedineauBataclan

Si Grégory Roose a de son propre chef pris l’initiative de cette pétition, il est rapidement soutenu par plusieurs cadres du parti. Le député RN Bruno Bilde et David Rachline relaient l’appel le jour même. Et comme le relève France Info, Marine Le Pen prend position dès le lendemain.

La polémique enfle. Damien Rieu, ancien boss de Génération Identitaire, proche de Marion Maréchal-Le Pen, multiplie les posts sur les réseaux sociaux et fédère le web nationaliste autour du tag #PasdeMedineauBataclan qui monte en trending topic.

Les Républicains (LR) s’emparent à leur tour du sujet. Eric Ciotti, Valérie Boyer et Laurent Wauquiez y vont de leur post sur le réseau social. Progressivement, l’affaire fait tâche d’huile. Aurore Bergé (LREM) monte également au créneau. Puis, le premier secrétaire du PS Olivier Faure et le Printemps Républicain (association de défense de la laïcité issue de la gauche) condamnent à leur tour les propos du rappeur, sans s’associer pour autant à la demande d’interdiction. Mais du côté des organisations politiques parlementaires, l’indignation se limite à quelques tweets vites balayés par le flot de l’actualité.

Les natios s’organisent

« C’est compliqué pour quelqu’un de droite de s’acoquiner avec les méchants », commente l’initiateur de la pétition, Grégory Roose, qui poursuit son combat. Ce dernier, en parallèle de son engagement au RN, milite au sein du Conseil national de la résistance européenne (CNRE). Aux manettes de ce nouveau mouvement (fondé en novembre 2017), on trouve Renaud Camus, connu pour être l’un des théoriciens du « grand remplacement ». Dans les sphères nationalistes, le téléphone arabe fonctionne à plein régime.

« C’est Camus qui m’a alerté », rembobine ainsi Richard Roudier, président de la Ligue du Midi. Ce dernier lui offre une tribune le 1er septembre dernier, à l’occasion de la fête annuelle de ce petit mouvement identitaire. Le général Piquemal, nouvelle coqueluche des nationalistes, radié des cadres de l’armée depuis sa participation à une manifestation anti-migrants, est aussi de la partie. Il vient accompagné de Patrick Jardin.

À l’occasion de ce raout, le père de Nathalie monte à la tribune. Son discours, filmé et relayé ensuite sur Facebook, est visionné plus de 130.000 fois. Tandis que la pétition dépasse les 30.000 signataires. Dans la foulée, Richard Roudier lance un « appel de 100 patriotes ». Parmi les signataires et soutiens, des figures des différentes chapelles nationalistes (identitaires, cathos tradis, souverainistes…) mais aussi plusieurs élus locaux du RN.

Des bus pour monter sur Paris

Les anti-Médine ne comptent pas s’arrêter là. Patrick Jardin assure avoir entamé une procédure judiciaire visant à empêcher le concert. Il prévoit également d’adresser dès la semaine prochaine un courrier à l’ensemble des parlementaires français visant à les sensibiliser à sa cause. Ce vendredi 21 septembre, à un mois du concert, il tiendra une conférence de presse devant le Bataclan. Seront à ses côtés l’initiateur de la pétition Grégory Roose, Richard Roudier et plusieurs figures nationalistes.

Clip Bataclan – Médine

Avant, promettent-ils, une grande manifestation le jour J, si le concert est maintenu. Cinq à six milles personnes feraient le déplacement, selon Patrick Jardin. « On a déjà réservé une dizaine de bus », précise de son côté Richard Roudier. Objectif non-dissimulé : obtenir l’annulation du concert pour « risque de trouble à l’ordre public ».

Autant d’événements qui n’auront finalement pas lieu puisque le rappeur a annoncé qu’il annulait les deux dates.

Edit le 21/09 à 16h30 : ajouts après la publication d’un communiqué de Médine sur twitter.

mathieu-molard

Mon, 17 Sep 2018 11:43:59 +0200

L'étrange histoire de l'ouvrier agricole qui voulait commettre un attentat pendant l'Euro 2016

Lioubomil, dans l’ouest de l’Ukraine - Dans le centre de cette petite ville de 10.000 habitants, un bâtiment gris anonyme fait office de tribunal. Derrière les portes en métal léger, ce 21 mai 2018, on statue sur le sort d’un français. À en croire les autorités ukrainiennes, Grégoire Moutaux, un Lorrain de 27 ans, inséminateur de vaches, prévoyait de commettre, pendant l’Euro 2016 de football organisé dans l’hexagone, une quinzaine d’attaques terroristes.

Le verdict tombe. 6 ans de prison ferme, pour préparation d’acte terroriste, achat illégal d’armes et tentative de contrebande d’armes d’Ukraine vers l’Union européenne. Une peine des plus clémentes, d’autant qu’il ne lui reste plus que 3 ans à purger. En effet, Grégoire Moutaux a déjà passé deux ans derrière les barreaux depuis son arrestation, et bénéficie d’une remise d’un an, en vertu de la « loi Savchenko » [texte qui prévoit une remise de peine correspondant à la moitié de la détention préventive effectuée].

À l’annonce de la sentence, le condamné reste mutique. Très vite, le grand maigre à lunettes est placé dans un fourgon pénitentiaire à destination de sa cellule de la maison d’arrêt de Loutsk, capitale de la région. Une fin très discrète pour « l’affaire Moutaux », très loin des fanfaronnades des autorités ukrainiennes au moment de son arrestation. StreetPress a tenté de remonter le fil de cette affaire où se côtoient mauvais flics, agent double et fermier dans un scénario digne d’un film de série Z.

ArmesUkraine
Il y a de la place dans un Kangoo ! / Crédits : Diego Fermin

C’était le 21 mai 2016, soit deux ans auparavant, jour pour jour. À 20 kilomètres du tribunal, un Kangoo blanc immatriculé en France se gare devant la baraque du poste-frontière ukraino-polonais de Dorohusk-Yahodyn. Sans prévenir, des agents des Services de sécurité d’Ukraine (SBU), en treillis militaires, casques et gilets pare-balles, se jettent à l’assaut du véhicule. Sur la vidéo de l’arrestation consultée par StreetPress, on voit le conducteur, visage flouté, en tee-shirt rouge, plaqué à terre. Il n’oppose aucune résistance. Son compagnon de voyage est escamoté du siège passager avec la même brutalité. Filmée de bout en bout, la fouille du Kangoo révèle un petit arsenal de guerre. 5 kalachnikovs, plus de 5.000 cartouches, deux lances-roquettes anti-chars avec 18 recharges, plus de 125 kilogrammes d’explosifs et 100 détonateurs électroniques.

Un gros boum à Paris

L’arrestation fait grand bruit, d’autant qu’elle est entourée de mystère. L’identité des deux suspects appréhendés est tenue secrète et les autorités françaises n’émettent aucun commentaire immédiat. Deux semaines après l’opération, peut-être lassé de l’absence de réaction côté français, le chef du SBU, Vasyl Hrytsak, organise une conférence de presse. Il y révèle l’identité de Grégoire Moutaux, alors âgé de 25 ans, qui « prévoyait une série d’attaques terroristes en France pendant l’Euro 2016 ».

Le chef du SBU déballe une série de preuves. Dans un enregistrement audio, on entend deux personnes commenter, dans un anglais approximatif, les armes qu’ils avaient sous les yeux à ce moment-là. L’un d’eux plaisante :

« Avec ça, on peut faire un gros bouuum à Paris. »

L’autre acquiesce. « Mais ne t’inquiète pas. On parle de 15 cibles. On fera ça à la nuit tombée, quand il n’y aura personne dans les bureaux… » Grégoire Moutaux, à en croire l’enregistrement, évoque une liste de sites : un pont, un péage d’autoroute, une mosquée, une synagogue, un hôtel des impôts, ou encore un bureau de poste…

« On voit que c’est un spécialiste, très bien entraîné », poursuit Vasyl Hrytsak en présentant des photos de Grégoire Moutaux sur un champ d’entraînement militaire :

« Vous voyez comment il garde son doigt droit le long du fusil kalachnikov? Ceux qui ont servi dans les unités spéciales y reconnaîtront la marque d’une formation d’élite. »

Le terroriste présumé aurait payé 16.000 euros pour ce chargement d’armes. « Il a payé plusieurs fois, et a bénéficié de complicités pour acheminer l’argent en Ukraine », affirme le boss du SBU. Car Grégoire Moutaux serait l’agent d’une organisation bien structurée, active en France. « C’est la première fois que notre SBU démantèle un réseau terroriste actif dans un autre pays d’Europe », se félicite Vasyl Hrytsak. « Nous avons empêché que des attaques sérieuses soient perpétrées ». Une affirmation répétée dans plusieurs communiqués officiels, ou encore lors d’une interview « exclusive » accordée à Euronews. À l’époque, le conflit hybride avec la Russie a déjà amputé le pays de la péninsule de Crimée, d’une partie du bassin minier du Donbass, et causé plus de 8.000 pertes humaines. Si le chef des services de sécurité d’un pays en guerre prend le temps de commenter personnellement une telle affaire, c’est qu’elle était belle. Trop belle ?

Des copains au Renouveau Français 

Les autorités françaises se penchent sur l’affaire. Des perquisitions sont menées à son domicile de Nant-le-Petit, mais aussi chez ses parents à Bar-le-Duc et à Brumath, où il résidait en semaine lorsqu’il travaillait pour la société Elitest. Les fonctionnaires découvrent des substances chimiques, qui auraient pu servir à la préparation d’explosifs, mais aussi… tout à fait « compatibles avec l’activité d’exploitant agricole de Grégory Moutaux ».

Ils mettent également la main sur un tee-shirt du Renouveau Français, un groupuscule d’extrême droite contre-révolutionnaire et pétainiste. Pas vraiment le genre de fringue qu’on trouve dans la grande distribution. Après enquête, il s’avère que Grégoire Moutaux connaissait certains membres du mouvement nationaliste. Mais il semble ne jamais avoir eu d’activité militante et les enquêteurs n’ont pas non plus établi « une quelconque implication » du Renouveau Français dans l’escapade ukrainienne. 

Eric Garçonnet, un éleveur voisin, est placé en garde à vue fin mai 2016. Habitué des voyages en Ukraine pour « y rencontrer des jeunes femmes via des agences matrimoniales », il avait remis une enveloppe d’argent liquide à Grégoire Moutaux à l’aéroport de Kiev. Les enquêteurs n’ont rien trouvé à son domicile, n’ont établi « aucun lien avec la mouvance de l’extrême droite ou de l’ultra droite », et n’ont même pas pu confirmer le montant contenu dans la dite enveloppe. Quand StreetPress se rend dans son étable, entre Ménil-sur-Saulx et Juvigny-en-Perthois, l’homme se planque entre ses vaches et refuse de répondre à ces « journalopes qui déforment toujours la vérité ». 

Des agriculteurs d’un village voisin nous apprennent que Grégoire Moutaux s’était lui aussi rendu en Ukraine à plusieurs reprises « pour y rencontrer des filles ». Il y aurait aussi développé le projet de s’y installer, et d’y bâtir d’une exploitation agricole. « Le terrorisme? En soi, ça ne m’étonnerait pas qu’il ait pensé à quelque chose du type », se confie l’agricultrice, sous le regard réprobateur de son mari :

« Mais de là à croire tout ce qu’ils racontent là-bas en Ukraine. C’est bien trop gros pour Grégoire, il n’aurait jamais réalisé un tel plan tout seul! »

Avant de conclure :

« En tout cas, c’est dommage. Il adore les vaches, et faisait un super boulot. Il ne doit pas en voir beaucoup, des bovins, dans sa cellule. »

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« En tout cas, c’est dommage. Il adore les vaches, et faisait un super boulot. » / Crédits : Diego Fermin

En tout état de cause, le CV de terroriste de Grégoire Moutaux est bien maigre. Contacté par StreetPress, le procureur François Pérain, révèle qu’en effet le parquet antiterroriste de Paris avait « considéré d’emblée que les informations communiquées par les autorités ukrainiennes ont été jugées insuffisantes pour justifier de sa saisine » et refilé le dossier au parquet de Nancy. L’enquête est considérée comme « terminée » (et visiblement oubliée), mais « pas clôturée », dans l’attente d’éventuelles déclarations de Grégoire Moutaux au cours de son procès. 

Motus et bouche cousue

Mais d’une audience à l’autre, le « Frantsuz » fait preuve d’un mutisme à tout épreuve. Assis dans un isoloir en verre, il se contente de réponses sommaires que sa traductrice répète en ukrainien, et refuse de coopérer avec ses avocats commis d’office. Il en change 5 fois, provoquant des suspensions de procès de plusieurs mois. Il ne cherche ni à se défendre, ni à contester les multiples vices de procédures.

Pourtant, le procureur n’a pas beaucoup d’éléments à présenter au juge. L’enquêteur en charge de l’affaire, Serhiy Sizikov, admet que les enregistrements en anglais approximatif sont les seules preuves faisant de Grégoire un terroriste en puissance. Et pour lui, pas besoin de plus. « Si ce n’était pas vrai, il n’en aurait pas parlé à une autre personne », se justifie-t-il. « Grégoire n’a pas le profil du terroriste », rétorque Oleh Lyahouk, dernier avocat du français. Dans les vidéos d’entraînement où Vasyl Hrytsak reconnaissait un mercenaire bien entraîné, lui ne voit « qu’un débutant, qui est surpris par le recul de la kalachnikov lorsqu’il tire ».

L’élément le plus troublant est a chercher du côté des armes elles-mêmes : une grande partie de l’arsenal retrouvé dans son Kangoo, ce 21 mai 2018, est inutilisable. Les Kalachnikovs étaient sans chiens, les lances-roquettes sans déclencheurs, les munitions factices, et les explosifs étaient de vulgaires moulages. Est-ce à dire que Grégoire Moutaux, spécialiste des armes à feu surentraîné, s’est fait berner au moment de l’achat ? Ou bien que les joujous ont été remplacés entre l’achat et l’arrestation ? Si oui, qu’est-il advenu de cet arsenal ? Et d’ailleurs, où est parti l’argent versé par le Lorrain ? L’enquête ne répond pas à ces questions. 

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Les explosifs étaient factices et les armes inutilisables. / Crédits : Diego Fermin

L’agent double se suicide

Autre zone d’ombre. Grégoire Moutaux est seul sur le banc des accusés. L’enquête n’a pas inclus le complice et livreur d’armes, second passager du Kangoo, celui qui plaisante d’un gros « bouuum » à Paris sur les enregistrements. Mikhaylo Zoubov, c’est son nom, était un volontaire du bataillon radical ultra-nationaliste Azov à Marioupol, sur la ligne de front, quand il a été contacté pour la première fois par Grégoire Moutaux en 2015. Celui-ci avait dès ses premières conversations critiqué « l’invasion des migrants en France », et demandé où se fournir en armes. Mikhaylo Zoubov entreprend de l’aider, et l’invite en novembre chez lui à Kharkiv, dans le nord du pays. Grégoire y fait la connaissance de sa femme et de sa fille, prend part aux exercices de tir enregistrés en vidéo, et conclut la transaction : 16.000 euros pour un chargement d’armes, que Mikhaylo promet d’aider à faire passer la frontière.

Mais à en croire l’enquête, le jeune Ukrainien n’est pas celui que Grégoire croit. En mars 2016, Mikhaylo Zoubov balance toute l’affaire au SBU, et devient un agent double dans « l’opération spéciale » menant à l’arrestation. Dans quelle mesure a-t-il poussé Grégoire à finaliser son plan, et à plaisanter d’éventuelles attaques terroristes en France? Où l’Ukrainien comptait-il se fournir en armes? Auprès de ses camarades d’Azov? Ou ailleurs? Quel bénéfice espérait-il en tirer? Mikhaylo Zoubov a emporté son secret dans la tombe. En février 2017, il étrangle sa femme et leur fille de 4 ans, et se suicide. Les raisons de ce suicide restent inexpliquées. 

Mystère et boule de gomme

Il n’empêche, Grégoire Moutaux, dont les positions radicales sont bien identifiées, a bien tenté de faire passer des armes en contrebande. L’opportunité aurait été trop belle pour le Lorrain, qui « cherchait de l’argent pour pouvoir monter sa ferme en Ukraine », justifie son avocat en titre, Oleh Lyahouk. De plus, il y a une différence nette entre le trafic d’armes, et commettre des attentats. Nul ne sait ce que Grégoire Moutaux voulait faire de cet arsenal, s’il comptait les utiliser, ou s’il comptait juste les vendre, et à qui. Engagé pour plaider une cause impossible, l’avocat ne peut que se réjouir que le dossier ait été déclassée par la justice, de « collectif » à « individuel », en raison de l’absence de preuves sur l’existence d’un réseau.

À l’issue du verdict du 21 mai 2018, le chef du SBU Vasyl Hrytsak n’a pas tenu à convoquer une conférence de presse. Les enquêteurs français ont classé l’affaire depuis longtemps, et tous semblent se satisfaire du désintérêt médiatique actuel sur l’affaire. Grégoire le premier. Son avocat tenait à faire appel du jugement, afin de faire lever les charges de terrorisme. Son client s’y oppose. Il semble déterminé à purger sa peine, au calme, sans s’encombrer d’allers-retours au tribunal. Et, une fois libéré, à rester en Ukraine pour y renouer avec son amour pour les vaches, et monter sa ferme, selon l’avocat. Peut-être qu’à ce moment-là, les réponses se feront jour.

Sébastien Gobert

Fri, 14 Sep 2018 15:36:46 +0200

Heather Young collecte des duvets dans toute l'Europe pour les donner aux réfugiés de Paris

Au quotidien, Heather Young a quelques habitudes. La distribution le soir, ce n’est jamais avant 23h. Voilà quatre ans que cette Galloise de 36 ans est arrivée en France pour venir en aide aux réfugiés. Et avec l’expérience, la bénévole a compris qu’y aller trop tôt était moins efficace :

« À cette heure-ci, la plupart des réfugiés cherchent à dormir. Tu vois rapidement qui a besoin d’une tente ou d’un duvet. C’est plus facile à gérer. »

Son visage est devenu familier aux réfugiés de Paris, mais aussi à certains sdf ou toxicos. Car Heather distribue à tout le monde, tous les jours. Elle va même plus loin, puisqu’elle approvisionne d’autres assos parisiennes en tentes, duvets, vêtements, ou encore en nourriture. Récemment, elle s’est même dégotée un entrepôt d’une centaine de m2, dont elle préfère taire la localisation pour le moment :

« Il y a des gens très dangereux qui veulent que l’on échoue. On a reçu des menaces de mort. Seules quatre personnes sont au courant pour l’instant. »

Avec cet équipement, elle et son équipe du Paris Refugee Ground Support (PRGS) vont pouvoir organiser un approvisionnement toujours plus important à Paris, mais aussi en Serbie ou à Vintimille en Italie, où ils sont en contact régulier avec les bénévoles.

Prête à augmenter la cadence

Heather s’approvisionne aux quatre coins de l’Europe. Les ressources viennent majoritairement de Suisse et d’Angleterre. Ce sont des églises, des mosquées, des groupes de charité, des associations ou encore des mécènes qui lui envoient des draps et des couvertures, des tentes ou des habits pour les réfugiés. C’est qu’en quatre ans, Heather s’est construit un énorme réseau. En 2014, scandalisée par la détresse des réfugiés de Dunkerque, la jeune Galloise décide de lâcher la ferme de ses parents pour filer dans le nord de la France. Elle se rend ensuite en Grèce, à Athènes, avec son petit ami, Kevin. Cette fois, elle veut venir en aide aux réfugiés qui traversent la Méditerranée. C’est ensuite qu’elle arrive à Paris :

« On ignorait qu’il y avait autant de réfugiés dans les rues avant de passer à Paris. »

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Heather Young a fondé Paris Refugee Groud Support (PRGS) / Crédits : Valentin Belleville

Rapidement, ils s’organisent. Heather veut faire rapatrier des tonnes d’affaires du camp de Calais, en train d’être définitivement fermé. Mais il faut trouver un lieu de stockage. À l’automne 2016, le couple déniche un immeuble à Marx Dormoy, dans le 18e arrondissement, qui leur sert de dépôt. « Six étages sans ascenseur », se souvient la bénévole, encore essoufflée. Après quelques semaines d’allers et venues du van, les voisins comprennent le manège. Ils sont forcés de partir. Le couple enchaîne plusieurs séjours dans différents squats du nord de Paris :

« On a longtemps cherché un lieu pour s’installer légalement, en payant un loyer. À chaque fois, c’était la même histoire : dès qu’on disait qu’on aidait les réfugiés, c’était non. »

Ne pas perdre espoir

Quand elle a commencé en 2016, Heather était en super forme. Deux années plus tard, la bénévole semble avoir pris dix ans de plus. Pas facile de tenir le coup devant tant de déconvenues. Mais Heather est bonne à ça. Là où beaucoup serait abattus devant des scènes difficiles à vivre, ou dégoûtés par les galères, elle se renforce, reste pragmatique et « apprend à faire avec ». Les bons moments sont rares, mais intenses. Cet hiver, il y a eu ce Soudanais qui dormait sur un matelas sous un pont. Il faisait froid, un de ses collègues a posé une couverture sur lui. Plus tard, elle est discrètement repassée :

« Je l’ai observé un instant, il caressait fièrement sa couverture, il était si heureux. Savoir secrètement que tu as procuré ce sentiment à quelqu’un dans le besoin, c’est énorme. C’est pour ça que je bosse toutes les nuits. »

Elle a tout de même pris quelques semaines de repos en août, avec son compagnon. C’est une fois rentrés à Paris que le miracle arrive : ils trouvent le fameux hangar tant désiré. Depuis, elle achemine plusieurs dizaines de kilos de ressources par jour. Certaines semaines sont plus fructueuses que d’autres. Mais peu importe, rien ne semble pouvoir arrêter Heather. Elle sait être un peu « hippie à la con », comme elle dit. Mais la jeune femme ne désespère pas de trouver toujours plus de bénévoles pour rejoindre sa petite équipe. Pour l’instant, ils sont deux fixes, elle et son copain. Parfois, quatre ou cinq volontaires leur prêtent main forte. Restent ensuite les bénévoles de la dizaine d’assos qu’ils approvisionnent.

Valentin Belleville