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Mon, 24 Sep 2018 17:52:59 +0200

Quelles solutions pour prendre en charge les usagers de crack du 19e arrondissement ?

La démarche boiteuse, Djamel propose d’échanger son ticket-restau’ contre un billet, pour acheter son caillou à fumer. Plutôt lucide, il raconte brièvement son parcours, articulant tant bien que mal avec les quatre dents qui lui restent :

« Le crack ? Ça te met dans un état incroyable, difficile à décrire. Un mélange d’excitation et de détente. »

Comme beaucoup, il était à « la colline », un bidonville qui regroupait près de 200 usagers de drogues, principalement de crack. Construit au fil des années, ce camp de fortune à ciel ouvert situé sur l’immense échangeur de la porte de la Chapelle a été complètement évacué et démantelé le 27 juin dernier. Le lendemain, le squat s’était déjà reformé quelques centaines de mètres plus loin.

Tous ne sont pas revenus. Certains, comme Djamel, ont posé leurs affaires sur un coin de trottoir de Stalingrad, parce que « avec la Chapelle, c’est l’endroit le plus facile pour s’en procurer ». Selon la mairie de Paris, ils seraient une quarantaine d’usagers à avoir rejoint la place Stalingrad, s’ajoutant à ceux déjà présents avant l’évacuation. Peut-être un centaine au total, établis sur ce petit bout d’arrondissement.

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Crackhead ! / Crédits : Valentin Belleville

Les politiques prennent le problème à bras le corps

Au cours de l’été, une pétition circule et la mairie reçoit des plaintes de nombreux habitants agacés par la mendicité parfois agressive de ces nouveaux voisins. La grogne monte et la presse se fait écho du sujet, poussant les pouvoirs publics à réagir.

Ce lundi 17 septembre, le préfet de Paris avait convié les acteurs concernés pour tenter de trouver une solution. Autour de la table, il y a l’Agence régionale de santé, la mairie de Paris, le Caarud Boréal (le Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues, situé à Stalingrad), ou encore la mission interministérielle de lutte contre les drogues. S’il n’existe pas de solution miracle pour endiguer le problème, le Caarud Boréal, avance quelques pistes : réduire le temps administratif (obtenir une domiciliation prend minimum deux semaines à un usager de drogue), augmenter le nombre de places d’hébergements adaptés. « 99% des gens qui viennent nous chercher veulent arrêter la drogue. Mais souvent on fait face à la lenteur de l’administration. Or, un usager qui veut s’en sortir est dans une situation d’urgence », assure Carola, la coordinatrice du Caarud. Elle insiste également sur l’importance de faciliter l’accès aux soins :

« Il a besoin d’une prise en charge sociale et médicale rapide. Si son rendez-vous médical est dans 15 jours, le lendemain il ne revient pas. On a parfois l’impression qu’on se bat dans le vide. »

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La Rotonde sous le soleil. / Crédits : Valentin Belleville

Pour arrêter de se battre en vain, les structures comme le Caarud Boréal demandent plus de moyens dédiés à la prise en charge des crackeurs. Avec en priorité l’ouverture de places d’hébergements, les hôtels et les centres d’hébergements d’urgence continuant de faire défaut à Paris. L’association milite également pour l’ouverture de salle de consommation à moindre risque (SCMR) dédiées aux usagers de crack.

Des salles pour les usagers de crack

De son côté, la mairie de Paris partage les propositions des travailleurs de terrain. Mais renvoie la patate chaude à l’État et s’agace du silence de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Anne Souysis, l’adjointe à la santé à Paris, assure que ses courriers au ministère sont restés lettres mortes. Pour l’élue, l’heure doit être à l’action, la situation sanitaire se dégrade à Stalingrad :

« Depuis 30 ans, l’État n’a pas pris la mesure du problème. Des choses ont été faites pour l’injection avec la salle de consommation à moindre risque, mais il n’existe toujours pas de salle dédiée à l’inhalation. Il est plus que temps que Madame Buzyn s’exprime sur le sujet. »

Au Caarud comme à la mairie de Paris, on s’impatiente de l’inaction de l’État. Si un plan crack est dans les cartons depuis plusieurs semaines, il tarde à arriver. Le gouvernement devrait tout de même le dévoiler avant la fin du mois de septembre. Pensé à l’échelle nationale, il devrait selon Anne Souysis, « poser un cadre général assorti d’un volet légal pour permettre l’ouverture d’une salle de consommation uniquement dédiée à l’inhalation ». En effet, le cadre légal n’autorise les salles de shoots que pour les usagers de drogues qui s’injectent (comme l’héroïne) mais interdit les salles dédiées aux drogues qui s’inhalent, comme le crack. Le nouveau texte en préparation pourrait donc permettre l’ouverture de salles pour les usagers de crack.

Plus largement, les acteurs de terrain espèrent que ce « plan crack » prendra le contre pied des politiques répressives historiquement de rigueur et mettra fin aux évacuations à répétition au profit d’un dispositif de prise en charge à la hauteur du problème. Des mesures qui permettraient de réduire les consommations de rue, et ainsi de répondre en partie à la colère des riverains.

Situation fatigante

Pour l’heure, les habitants du quartier en ont ras le bol. Depuis quelques semaines une pétition tourne pour faire réagir les autorités. L’initiative vient d’un collectif de riverains excédés devant l’absence d’action politique. Signée par plus de 3 200 personnes, la pétition parle de Stalingrad comme d’une place devenue « la chasse gardée des dealers de crack et de leurs clients » et somme le Préfet de Paris de « ne pas l’abandonner aux mains des délinquants ».

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Zonage. / Crédits : Valentin Belleville

À la Rotonde, bar central de la place, Yaya assure la sécurité tous les jours avec un collègue. Il est régulièrement confronté aux consommateurs de crack. La journée, le vigile tourne assez tranquillement autour de l’établissement pour éviter les intrusions et la mendicité poussive, à la tombée du jour certaines rondes deviennent plus sportives. Le protecteur de la Rotonde use de pédagogie au maximum avec les crackeurs, mais parfois ça dégénère :

« Une fois ils étaient une dizaine autour de moi c’était chaud, j’étais tout seul j’ai pas eu le choix, j’ai sorti la gazeuse ».

Sur la terrasse de la Rotonde, Alizée prépare un mojito dans un cabanon aménagé en bar. Il y a un mois, ce kiosque était braqué par des crackeurs, tout l’alcool avec. La serveuse bosse souvent jusqu’à 7 heures du mat’ et n’a jamais eu de problème en rentrant. Pour elle, la situation est compliquée mais pas de quoi parler de climat d’insécurité : « Certains crackeurs sont sympas, intelligents, intéressants, on discute. Avec d’autres, il faut faire intervenir les agents de sécu’, manière de dire “ici c’est notre territoire, là-bas le vôtre” ». La jeune femme aimerait voir un vrai dispositif sanitaire sur la place et plus de présence associative dans le quartier.

Valentin Belleville

Mon, 24 Sep 2018 14:07:08 +0200

Saccage et tags homophobes dans les locaux de Garçon Magazine

Des tags « sale PD », des cartons de magazines arrachés et pillés, ainsi que d’autres fournitures renversées, les journalistes de Garçon Magazine ont retrouvé l’entrée de leur bureau saccagée ce lundi matin. Les faits se sont déroulés entre 16h et 22h dimanche soir, selon Tristan Barreiros, journaliste en charge du pôle numérique :

« Nous sommes habitués à relayer les agressions homophobes et à les combattre. Mais ça ne nous était jamais arrivé personnellement depuis la création du magazine en 2015. »

Depuis trois ans, Garçon Magazine, qui possède également les sites Qweek et Codes de Gay, est spécialisé dans l’actualité de la communauté gay. Basée dans le 11e arrondissement, du côté de Bastille, la rédaction est installée dans un immeuble tranquille, partagé entre habitations et petites entreprises. « Il fallait d’abord savoir où nous étions, mais aussi trouver le code d’entrée et l’étage », explique Tristan Barreiros. Dimanche soir, un de ses collègues fait un détour par la rédaction en sortant d’une soirée dans le quartier. En entrant, il tombe, avec stupeur, sur cette entrée dégradée :

« L’ascenseur a aussi été tagué d’un “sale PD”. »

Un acte homophobe

Le salarié appelle tout de suite la police, qui arrive quelques minutes plus tard. « On a été agréablement surpris d’être pris au sérieux. Il y avait encore une scientifique dans la rédaction ce matin. Même si ça ne mènera surement nulle part, on se sent soutenu par les autorités », assure Tristan. Le directeur de la publication, Christophe Soret, a porté plainte pour vol, dégradations et acte homophobe.

L’entrée de la rédaction

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Même si les auteurs des dégradations n’ont pas réussi à entrer dans les locaux, cet acte homophobe réveille un certain nombre de craintes chez les salariés des magazines. « En 2016, à la suite de la fusillade dans une boite gay d’Orlando, on faisait très attention aux gens qu’on faisait entrer dans les bureaux, à qui on donnait les codes, etc… Autant de règles qu’on a oubliées au fil des mois. On va peut être en remettre en place », explique Tristan Barreiros. D’autant plus que, les débats sur la PMA revenant dans l’actualité, les « démons et frictions devraient revenir avec », juge le journaliste. En attendant, la rédaction ressent encore davantage le besoin de dénoncer les actes d’homophobie:

« Ça ne fait que nous rebooster. »

ines-belgacem

Mon, 24 Sep 2018 11:55:47 +0200

Le Deliveroo de la cocaïne

Il fait une chaleur de taureau. La greffière et l’huissière ont retroussé les manches de leurs robes noires et, sur les bancs de la salle d’audience, le maigre public se liquéfie lentement. C’est que la salle d’audience de la 13e chambre du tribunal de Bobigny, « la chambre des stupéfiants », a cet inconvénient majeur de retenir la chaleur comme une serre de jardinier un jour de canicule.

Le 2 août 2018, au cœur de l’été, pendant que les Français se faisaient griller sur les plages, un drôle de procès s’est tenu ici. Celui d’un call-center de cocaïne. Quatre hommes comparaissent pour avoir participé à un réseau de livraison à domicile de stupéfiants dans le nord de Paris et en Seine-Saint-Denis, de janvier à juin 2018, façon Uber Eat ou Deliveroo. Sauf qu’en place de burgers et de sushis, ils apportaient à domicile de la coke, de la MDMA ou du shit. Un renseignement anonyme le 2 avril a mis la police sur leur piste. Les quatre lascars ont été arrêtés le 25 juin.

L’affaire raconte un petit morceau de notre époque. Car depuis 2014 environ, parallèlement à la vente de stup’ aux pieds des tours d’immeuble dans les cités du 93, des centres d’appel téléphonique ont vu le jour. Une « ubérisation » du trafic de stupéfiants « dans la droite ligne de l’ubérisation du monde » comme le dit un responsable du parquet de Bobigny. Et s’il n’y a pas encore d’application dédiée, le mode de commande, de livraison et de fidélisation sont les mêmes que ceux de la nouvelle économie.

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On est bien servi chez Ali / Crédits : Tommy Dessine

À la carte

Ce jour de grosse chaleur, Ali S., le patron du réseau, s’éponge le front avec son sweat-shirt comme un tennisman entre deux sets. Il a 25 ans. C’est un grand bonhomme à la peau vert olive qui parle en marmonnant comme s’il avait un paquet de Kleenex enfoncé dans la bouche. On ne comprend rien à ce qu’il dit. La présidente d’audience est obligée de lui faire répéter deux fois chacune de ses phrases.

Depuis quelques minutes, elle le questionne sur le chiffre d’affaires estimé de son business. Il prenait les appels des clients sur son portable qui voulaient se faire livrer de la cocaïne : 70 euros le gramme ; 60 euros quand le client prenait plusieurs grammes d’un coup ; 80 euros quand c’était une livraison dans le 16e arrondissement de Paris parce que là-bas, les gars ont de la thune. Pour la MDMA, qu’Ali S., appelle « la D », il fallait commander à l’avance. Il n’en avait pas toujours en stock. Pour le shit, pas moyen de se faire livrer à moins d’en commander pour 100 euros d’un bloc.

La magistrate dit :

« On connaît précisément votre chiffre d’affaires… 9.330 euros de drogue vendue sur une semaine… Sur la période des écoutes [téléphoniques], ça nous fait un chiffre d’affaires de près de 100.000 euros. »

Ali S. rentre la tête comme une tortue et marmotte une explication que personne ne comprend. La magistrate prend en exemple une autre semaine du mois de mai au cours de laquelle le call-center a fait 112 ventes, soit plus de 6.000 euros de chiffre d’affaires :

« 6.000 euros par mois nets d’impôts, Monsieur, beaucoup de monde le voudrait ! »

Ali S. refait le calcul de la juge et tente de l’embrouiller sur les montants : « Je peux pas faire 6.700 euros avec 112 boulettes, Madame ! » La juge s’agace :

« C’est pas les chiffres et les lettres, Monsieur. Ici, c’est un tribunal ! »

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Le call-center faisait de gros profits / Crédits : Tommy Dessine

C’est du lourd

Dans les nombreuses écoutes téléphoniques, elle en pioche quelques unes qui vantent la qualité de la cocaïne façon foire du vin au Super U. Un SMS envoyé aux clients : « Salut, ça va. Dispo ? J’ai du lourd ». Ou, une autre fois, à un client qui tergiverse au téléphone :

« Il faut aller à Bogota pour avoir mieux ! »

On lui demande des ristournes. Ali S. dit « non » la plupart du temps comme ce jour où Nico, l’un de ses clients réguliers demande un prix d’ami à 50 euros le gramme de CC. « C’est pour un mariage. » D’autant qu’il a acheté une vingtaine de grammes au cours de la semaine précédente. Ali S. refuse. Une autre fois, le 17 mai, deux autres clients, Manon et Tristan, demandent une remise « à 50 » quand ils paient d’ordinaire « 60 ». Manon a un bébé de sept mois mais elle jure aux policiers qui l’interrogent qu’elle a arrêté la cocaïne durant sa grossesse.

Ali S. est un malin. Il confectionne des doses de 0,9 gramme de cocaïne qu’il présente comme des boulettes de un gramme à ses clients. « Comme ça, avec dix grammes, on pouvait faire onze boulettes. » Il dit cela avec une franchise déconcertante, façon chef cuistot qui révélerait ses secrets de cuisine.

Il se fait plus évasif en revanche lorsque la conversation bifurque sur ses fournisseurs. Ali S. mâchonne ses phrases, impossible pour quiconque de saisir ce qu’il raconte. On le fait répéter. Encore. Encore. Enfin, une bribe d’histoire ressort.

Les écoutes téléphoniques ont permis de déterminer qu’il s’approvisionnait du côté de Chevilly-Larue, dans le Val-de-Marne.

« – Ils vous la [la cocaïne] vendent à combien ? A combien vous achetiez ?
– 30 euros le gramme.
– Vous achetiez par combien ?
– Par 100 grammes.
– 3000 euros alors. »

Ali S. marmotte et la juge a beau le faire répéter on ne comprend rien de plus.

Le portable d’Ali contenait 485 noms de clients quand les flics ont mis la main dessus. La magistrate lui demande comment il les a obtenus. Il répond avec, de nouveau, cette naïveté désarmante : « Bah, j’ai pris les numéros de la personne pour qui je bossais avant. » En somme, il a volé le fichier client de son ancien boss. Pour étoffer le répertoire, il fait appel à un « rapporteur d’affaires ». Un certain Jérémy à qui Ali S. promet 50 euros pour tout nouveau client.

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Pieds nickelés ou Pablo Escobar ? / Crédits : Tommy Dessine

Pieds nickelés ou Pablo Escobar ?

Depuis le début du procès, un garçon se tasse sur lui-même dans le box des accusés. Il est assis à quelques centimètres d’Ali S.. Idriss B., 21 ans, regarde la pointe de ses baskets comme un gosse dans le bureau du proviseur. Il porte un gros sweat noir avec le mot Lacoste qui lui barre la poitrine.

C’est lui qui faisait le livreur au volant d’une Audi A1 achetée sur le Boncoin. « La voiture de ses rêves », dira-t-il aux flics. Sur chaque vente, il prend une commission de 10 à 15 euros. La juge cite une journée où il vend 27 boulettes de CC, soit 270 euros dans sa poche. Le regard du prévenu quitte la pointe de ses chaussures :

« Mais ça, c’était des bonnes journées, Madame. Y’a des journées où on ne vendait que quatre boulettes… »

Il flambe. Quand la juge explique qu’il fume entre cinq et dix joints par jour, une dame dans le public laisse échapper un « putain ! » sonore qui fait sourire les gens qui l’entourent.
Un troisième homme, Karim E. M., un ami d’enfance d’Ali S., est accusé lui d’avoir pris les appels à la place de ce dernier durant quelques semaines. Le patron devait s’occuper de sa mère malade.

Le quatrième prévenu, la nourrice qui comparaissait libre, ne s’est pas présenté au tribunal. Dommage. On aurait aimé l’entendre raconter sa part de l’histoire. On l’a aperçu lors d’une audience précédente, le visage rouge d’alcool dans un costume trop grand et tout mou. Dejan G., 49 ans, d’origine yougoslave et sans le sou, était un client d’Ali S. Ce dernier dit : « C’était un ancien client. C’est lui qui s’est proposé [de faire la nourrice]. » Le patron du réseau lui verse 500 euros chaque mois pour que la nourrice paye son loyer. Il lui avance aussi de la coke. « C’est pas Cetelem mais un crédit à la consommation de drogue », s’étrangle la juge.

Dans le buffet de Dejan G., Ali S. installe un coffre fort fermé à clef pour que la nourrice ne vienne pas y piocher. Il n’a pas confiance. Les flics y ont retrouvé une balance, du matériel de conditionnement, une machine à faire le vide et à thermosouder.

Du ferme

Imperceptiblement, les bancs du public se sont garnis des amis et des proches des prévenus. Un type avec des soquettes grises dans des tongs Lacoste à gros crocodile s’est assis au tout premier rang à proximité d’un autre garçon et d’une jeune fille en robe rouge et aux créoles dorées. Un autre gars avec un t-shirt « Ici, c’est Paris » a gardé ses lunettes de soleil à cause de soucis aux yeux.

Il y a un petit couple âgé qui suit les débats avec stupeur et étonnement mêlés. Lui n’entend pas très bien malgré un sonotone à chaque oreille et met ses mains en coquillage pour capter les bribes d’explication d’Ali S.

Viennent le réquisitoire du procureur qui parle de « plusieurs kilos de cocaïne écoulés » et de « dégât pour la santé publique » et les plaidoiries des avocats. Trois garçons s’avancent de quelques rangs pour mieux entendre l’avocate d’Ali S. expliquer que son client ressemble plus à un Pied nickelé qu’à Stringer Bell.

Quand le verdict tombe, le procès a débuté depuis trois heures. Pour Ali S., 4 ans de prison ferme et 50.000 euros d’amende. Pour Idriss B., 18 mois de détention, révocation d’un sursis de six mois et 10.000 euros d’amende. Pour la nourrice, 18 mois de taule avec sursis. Pour Karim E. M., enfin, 1 an de prison en semi-liberté et 3.000 euros d’amende. Dans le public, c’est le tumulte : « Putain ! » « C’est n’importe quoi ! »

La jeune fille à robe rouge des premiers rangs s’étrangle avant de se faire expliquer que « semi-liberté », ça veut dire dormir en prison et être dehors en journée. Elle se détend, sourit même un peu.

Arthur-Frayer-Laleix

Fri, 21 Sep 2018 18:15:02 +0200

Rokhaya Diallo programmée dans un festival féministe : la mairie du XXe retire sa subvention

« Nous sommes très énervées, choquées par cette démarche à 8 jours du festival », pestent les organisatrices du Féministival. Cet événement organisé « pour valoriser la place des femmes dans l’art et la culture » doit se tenir les 29 et 30 septembre prochain à la Belleviloise à Paris. Mais voilà : la mairie du XXe arrondissement de Paris a décidé d’annuler la subvention de 500 euros qu’elle avait allouée à l’association organisatrice : Les effronté.es. Fatima-Ezzahra Benomar, qui fait partie des organisatrices, explique :

« J’ai reçu un coup de fil du directeur de cabinet de la maire Frédérique Calandra. Il était énervé. Sans aucune ambiguïté, il m’a dit que la venue de Rokhaya Diallo ne leur faisait pas plaisir. Et qu’il décidait donc de retirer la subvention. »

Ce n’est qu’il y a quelques jours que l’organisatrice au eu la confirmation de la participation de Rokhaya Diallo, après avoir décroché la subvention. Et l’organisatrice d’en conclure :

« Il est clair que la maire a un problème de fond avec Rokhaya Diallo. »

Un problème qui ne date pas d’hier

La maire, membre du Parti Socialiste, également adhérente du Printemps Républicain, a déjà eu maille à partir avec la journaliste. En 2015, Frédérique Calandra a fait en sorte de déprogrammer Rokhaya Diallo d’un festival féministe qui se passait dans sa mairie. En juin 2018, les deux femmes s’étaient même retrouvées devant les tribunaux, Frédérique Calandra ayant porté plainte pour diffamation, suite à une tribune qu’a relayé Rokhaya Diallo. « Ça me donne l’impression d’être radioactive. C’est de l’acharnement. Que je le subisse à titre personnel, c’est une chose que je peux supporter. Mais lorsque ça met les actions d’un collectif en péril, ça me scandalise », réagit Rokhaya Diallo.

Et, effectivement, le trou de 500 euros dans la trésorerie, à une semaine de l’événement, est compliqué à gérer pour les Effronté.s. « On voulait organiser un évènement gratuit, sans pour autant payer les intervenants et artistes au chapeau. Nos financements servent à payer la salle, La Bellevilloise, ainsi que toutes les personnes programmées. » Alors l’asso a lancé une cagnotte :

« On a prévenu la mairie qu’on allait devoir lancer un financement participatif pour combler le trou, et qu’on expliquerait que c’est parce qu’ils se sont retirés. Ils nous ont clairement dit qu’ils n’en avaient rien à faire. »

Du côté de la mairie, rien à déclarer pour le moment.

ines-belgacem

Fri, 21 Sep 2018 12:39:54 +0200

Médine annule ses concerts au Bataclan à la suite de pressions venues de l'extrême droite

Quelques heures après la publication de notre article, le rappeur Médine annonce qu’il annule ses deux concerts prévus au Bataclan.


Itinéraire d’une polémique

Derpuis plusieurs jours, sur Twitter, Patrick Jardin interpelle tour à tour chacun des candidats à la dernière élection présidentielle. D’Emmanuel Macron à François Asselineau. Avec un message, toujours le même : Médine ne doit pas se produire au Bataclan, les 19 et 20 octobre prochain. Pour l’homme, dont la fille Nathalie est décédée dans l’attentat du 13 novembre, la salle est un « sanctuaire » :

« Il peut déclamer ses saloperies où il veut, mais pas au Bataclan. »

Ses arguments : le rappeur « islamiste » ferait « l’apologie du Jihad » et prônerait dans ses textes le « racisme anti-blanc ». Des thèses maintes fois déminées par la presse (ici et , par exemple).

Patrick Jardin assure à StreetPress que son combat est apolitique :

« J’accepte tous les soutiens d’où qu’ils viennent. »

Mais les différentes associations de victimes refusent de le suivre dans sa croisade contre le rappeur. Et à ses côtés, on trouve essentiellement des figures nationalistes et identitaires.

Une pétition lancée par un militant RN

C’est une pétition postée sur la plateforme Change.org le 9 juin au matin, qui met le feu aux poudres. Elle est portée par le militant Rassemblement National (RN), Grégory Roose. « Je ne connaissais pas Médine », confesse à StreetPress l’intéressé :

« Au départ, c’est son pseudonyme qui m’a interpellé. Bon, après, j’ai découvert que c’était son vrai nom… Mais j’ai fait des recherches, écouté ses textes et découvert qu’il était proche des “islamistes” de l’association Havre de Savoir. »

Médine a donné une conférence et participé à un gala de charité en faveur de Gaza, à l’initiative de cette association jugée idéologiquement proche de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Il conteste en être membre.

#PasdeMedineauBataclan

Si Grégory Roose a de son propre chef pris l’initiative de cette pétition, il est rapidement soutenu par plusieurs cadres du parti. Le député RN Bruno Bilde et David Rachline relaient l’appel le jour même. Et comme le relève France Info, Marine Le Pen prend position dès le lendemain.

La polémique enfle. Damien Rieu, ancien boss de Génération Identitaire, proche de Marion Maréchal-Le Pen, multiplie les posts sur les réseaux sociaux et fédère le web nationaliste autour du tag #PasdeMedineauBataclan qui monte en trending topic.

Les Républicains (LR) s’emparent à leur tour du sujet. Eric Ciotti, Valérie Boyer et Laurent Wauquiez y vont de leur post sur le réseau social. Progressivement, l’affaire fait tâche d’huile. Aurore Bergé (LREM) monte également au créneau. Puis, le premier secrétaire du PS Olivier Faure et le Printemps Républicain (association de défense de la laïcité issue de la gauche) condamnent à leur tour les propos du rappeur, sans s’associer pour autant à la demande d’interdiction. Mais du côté des organisations politiques parlementaires, l’indignation se limite à quelques tweets vites balayés par le flot de l’actualité.

Les natios s’organisent

« C’est compliqué pour quelqu’un de droite de s’acoquiner avec les méchants », commente l’initiateur de la pétition, Grégory Roose, qui poursuit son combat. Ce dernier, en parallèle de son engagement au RN, milite au sein du Conseil national de la résistance européenne (CNRE). Aux manettes de ce nouveau mouvement (fondé en novembre 2017), on trouve Renaud Camus, connu pour être l’un des théoriciens du « grand remplacement ». Dans les sphères nationalistes, le téléphone arabe fonctionne à plein régime.

« C’est Camus qui m’a alerté », rembobine ainsi Richard Roudier, président de la Ligue du Midi. Ce dernier lui offre une tribune le 1er septembre dernier, à l’occasion de la fête annuelle de ce petit mouvement identitaire. Le général Piquemal, nouvelle coqueluche des nationalistes, radié des cadres de l’armée depuis sa participation à une manifestation anti-migrants, est aussi de la partie. Il vient accompagné de Patrick Jardin.

À l’occasion de ce raout, le père de Nathalie monte à la tribune. Son discours, filmé et relayé ensuite sur Facebook, est visionné plus de 130.000 fois. Tandis que la pétition dépasse les 30.000 signataires. Dans la foulée, Richard Roudier lance un « appel de 100 patriotes ». Parmi les signataires et soutiens, des figures des différentes chapelles nationalistes (identitaires, cathos tradis, souverainistes…) mais aussi plusieurs élus locaux du RN.

Des bus pour monter sur Paris

Les anti-Médine ne comptent pas s’arrêter là. Patrick Jardin assure avoir entamé une procédure judiciaire visant à empêcher le concert. Il prévoit également d’adresser dès la semaine prochaine un courrier à l’ensemble des parlementaires français visant à les sensibiliser à sa cause. Ce vendredi 21 septembre, à un mois du concert, il tiendra une conférence de presse devant le Bataclan. Seront à ses côtés l’initiateur de la pétition Grégory Roose, Richard Roudier et plusieurs figures nationalistes.

Clip Bataclan – Médine

Avant, promettent-ils, une grande manifestation le jour J, si le concert est maintenu. Cinq à six milles personnes feraient le déplacement, selon Patrick Jardin. « On a déjà réservé une dizaine de bus », précise de son côté Richard Roudier. Objectif non-dissimulé : obtenir l’annulation du concert pour « risque de trouble à l’ordre public ».

Autant d’événements qui n’auront finalement pas lieu puisque le rappeur a annoncé qu’il annulait les deux dates.

Edit le 21/09 à 16h30 : ajouts après la publication d’un communiqué de Médine sur twitter.

mathieu-molard