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Sciences Humaines

Tue, 11 Sep 2018 09:30:00 +0200

Écrans, faire avec ou sans ?

De l’ordinateur au téléphone portable, les écrans ont envahi le quotidien des enfants et adolescents. À la maison ou à l’école, peuvent-ils avoir des vertus ?

Avant d’être une nouvelle donne de l’éducation, il est avant tout un mot fourre-tout faisant l’objet de fantasmes récurrents. Incontournable dans la vie quotidienne, l’écran, ou plutôt les écrans (si on désigne par ce pluriel les technologies numériques et leurs supports – smartphone, ordinateur, tablette) se retrouvent au cœur de discours polarisés, dès lors qu’on questionne leur place dans la vie des plus jeunes : « On oscille entre un optimisme sans bornes lié à l’arrivée des nouvelles technologies et une peur face au risque de perte de l’attention et celui – fantasmé – d’addiction », note Elena Pasquinelli, chercheure en sciences cognitives, membre de la fondation La Main à la pâte et associée à l’institut Jean-Nicod de l’ENS. Une tension que l’on retrouve au niveau institutionnel : l’utilisation des technologies numériques se trouve tantôt encouragée, tantôt dépréciée [ lire la suite... ]

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Tue, 11 Sep 2018 09:30:00 +0200

Où va l'école américaine ?

Les Américains ont enclenché une ample réforme du système scolaire qui défend un régime d’évaluations régulières et la sanction pour les établissements « sous-performants ». Les adversaires les accusent de fossoyer l’école publique.

Depuis une trentaine d’années, des forces puissantes tentent une refonte du système scolaire états-unien. Ce mouvement baptisé « Education Reform » met en question le caractère public de l’école américaine, l’égalité entre les établissements et la pertinence de ses ambitions pédagogiques. Avant de considérer les idées de ces « réformateurs de l’éducation », rappelons brièvement les fondements du système qu’ils souhaitent corriger.

Si le système éducatif américain s’est forgé par à-coups et petits pas sur une période relativement longue, on peut toutefois identifier les moments clés de cette histoire et les principes qui leur sont liés. Au début du 19e siècle, l’école est une institution communale, souvent religieuse, livrant un enseignement rudimentaire à une population largement agricole. C’est à la fin des années 1830 qu’une nouvelle conception de l’éducation commence à se faire jour. Un premier pas est franchi par le réformateur Horace Mann (1796-1859) et son « Common School Movement » (mouvement d’école commune), qui contribue à entériner l’idée de l’école publique, géré et financé par les collectivités locales, certes, mais offrant des connaissances utiles ainsi qu’une instruction civique nécessaire à la citoyenneté démocratique. À la fin du siècle, cette école publique est dotée d’une pédagogie particulière : le progressisme, inspiré par la philosophie pragmatiste de John Dewey (1859-1952). L’école américaine minimise la culture littéraire et savante et insiste sur l’expérience vécue et l’implication de l’élève (faire pour apprendre, plutôt que mémoriser des théories). Elle réalisera une visée véritablement démocratique.

L’école américaine poursuit son développement au 20e siècle. En 1954, la Cour suprême, dans son arrêt phare « Brown vs. Board of Education » (Brown contre Conseil d’éducation) met fin à la ségrégation raciale dans l’école publique, le considérant comme contraire à la Constitution. Cet effort est consolidé au cours des années 1960 dans le cadre de la « Grande Société » (« Great Society »), le projet du président Lyndon Johnson pour faire guerre à la pauvreté. Le « Elementary and Secondary Education Act » (Loi sur l’éducation primaire et secondaire) représente la première intervention massive du gouvernement fédéral dans l’éducation publique : sans mettre en question le principe du financement et de la gestion locale, Washington subventionne les établissements desservant des populations défavorisées. Ces mesures représentent une étatisation accrue de l’éducation.

Le choix scolaire

À partir des années 1970, le délabrement des écoles dans les ghettos, la qualité réputée médiocre de nombreux établissements, et l’impression que les niveaux sont en baisse soutiennent l’idée que l’école est en crise. En 1983, une commission d’experts nommés par le président Ronald Reagan publie un rapport choc, « Une nation à risque », qui conclut que le système éducatif actuel est incapable de former une main-d’œuvre à même d’affronter la concurrence internationale. Ainsi naît le mouvement de l’« Education Reform », qui ne fera que s’accélérer au cours des années 1990 et au début du 21e siècle. Il repose sur des principes se distinguant radicalement de ceux qui avaient régi l’école américaine jusqu’alors.

Le premier principe du nouveau régime éducatif est celui de « school choice » (le choix scolaire »), qui s’oppose à l’étatisation de l’éducation. Déjà en 1955, l’économiste libéral Milton Friedman propose l’idée de « chèques éducation » : plutôt que de financer les écoles, les pouvoirs publics devraient fournir aux parents une subvention, qu’ils pourraient ensuite utiliser dans l’école qu’ils préfèrent (généralement privée). Pour ses défenseurs, cette proposition respecte le choix des parents et introduit la compétitivité au mérite dans l’univers scolaire. Les premières expériences commencent au début des années 1990, soutenues par des personnalités politiques de droite (dont le président Trump). Toutefois, seul une quinzaine d’États ont adopté ce dispositif, qui n’affecte que quelques centaines de milliers d’élèves.

Les charters schools

Autrement plus important est le système des « charter schools ». Apparus eux aussi au début des années 1990, il s’agit d’établissements privés sous contrat avec l’État. Bien que bénéficiant de fonds publics, ils peuvent déroger aux règles en vigueur dans les écoles publiques, d’où leur réputation d’être plus souples dans leur fonctionnement, plus innovants sur le plan pédagogique et plus attentifs aux besoins des étudiants. Un documentaire paru en 2010, Waiting for Superman, présente ces écoles sous une lumière positive, en soulignant le contraste avec l’école publique classique, qui, du fait de professeurs bénéficiant de l’ancienneté et d’un soutien syndical, seraient hostiles au mouvement de réforme. En 2017, 3,1 millions d’élèves étaient inscrits dans 6 900 charter schools : les effectifs ont triplé depuis 2006.

Finances contre performances

Enfin, au nom du « choix scolaire », les familles américaines sont toujours plus nombreuses à faire le choix de « homeschooling » – l’instruction à domicile – qui est autorisé par la loi dans l’ensemble des États. Le recours à cette pratique a, lui aussi, fortement augmenté depuis une quinzaine d’années. Environ 1,7 million d’élèves (très majoritairement blancs) sont concernés aujourd’hui.

Cette mise en cause du caractère « public » de l’école s’accompagne, d’autre part, de nouveaux principes pédagogiques. On les trouve notamment dans la loi « No Child Left Behind » (« Aucun enfant laissé de côté »), la grande référence législative en matière d’éducation des dernières décennies, adoptée en 2001 sous l’administration de Bush père. L’originalité de cette loi est de lier le financement de l’école publique à sa performativité. Les États sont obligés d’adopter des normes éducatives (« standards »), notamment en ce qui concerne la lecture et les mathématiques. Tous les établissements touchant des subventions fédérales doivent développer des évaluations (le « high stakes testing », ou « examens à enjeux élevés »). Pour ceux qui montrent peu de progrès, la loi prévoit des sanctions dont la sévérité s’accroît chaque année ; au bout de six ans, la fermeture de l’établissement devient envisageable. Ces dispositifs, qui reposent sur la responsabilisation punitive des chefs d’établissement et une obsession de l’évaluation numérique, sonnent le glas de la pédagogie progressiste inspirée de J. Dewey.

Si l’ancien modèle est toujours en place, il est donc fragilisé par le mouvement de l’« Education Reform » entamé depuis plusieurs décennies. Ce mouvement suscite bien des inquiétudes. Pour ses adversaires, le « choix scolaire » risque de miner le principe de l’école comme institution publique et foyer de la citoyenneté. La compétitivité entre établissements pourrait se traduire par l’introduction dans le milieu scolaire de valeurs économiques peu propices à cultiver l’esprit. Le régime de l’évaluation permanente risque de vider l’expérience éducative de sens et, à moyen terme, de créer une culture où l’examen compte plus que l’apprentissage. Mais à l’heure actuelle, ce mouvement de l’« Education Reform » a réussi, indépendamment des aléas de la politique, à dicter les termes dans lesquels se déroule aujourd’hui le débat scolaire outre-Atlantique. 

Education Reform : les figures du mouvement

Michelle Rhee

Ancienne institutrice, elle fut chancelière des écoles publiques à Washington DC entre 2007 et 2010, devenant une figure phare de l’« Education Reform ». Elle a renforcé la responsabilisation (« accountability ») des professeurs, supprimé l’ancienneté, introduit le « merit pay » (rémunération au mérite), et fait renvoyer des professeurs non performants. Ses résultats sont controversés.

Diane Ravitch

Historienne de l’éducation, elle a travaillé au ministère de l’Éducation sous George H. Bush et Bill Clinton. Ayant d’abord soutenu les grandes lignes du mouvement et le choix scolaire, elle finit par devenir une des critiques les plus féroces de l’« Education Reform », qu’elle voit comme un effort de la part de la droite et du milieu d’affaires de démanteler l’éducation publique.

Fondation Gates

Cette fondation philanthropique, dotée de 43,5 milliards de dollars (2015) et dirigée par le PDG de Microsoft et son épouse, est une des principales forces financières derrière le mouvement d’« Education Reform ».

Betsy Devos

La ministre actuelle de l’Éducation des États-Unis (administration de Donald Trump) est issue d’une riche famille du Michigan ; elle a utilisé ses ressources financières pour faire du lobbying favorisant l’« Education Reform ». Trump la récompense par un fauteuil ministériel, bien qu’elle n’ait jamais travaillé dans le système scolaire. Elle n’a été confirmée par le Sénat que grâce au vote (exceptionnel) du vice-président Mike Pence.

Michael Behrent

Professeur de science politique à l’université des Apalaches, États-Unis.

Tue, 11 Sep 2018 09:30:00 +0200

Les mathématiques en dansant

L’exercice physique en classe peut-il améliorer l’implication des élèves ? De nombreuses expériences ont été menées sur les enfants hyperactifs : ils ont été mis sur des vélos d’appartement pour calmer leur bougeotte, on leur a donné des hand-spinner (ces petites toupies à manipuler) pour les aider à se concentrer… Mais l’enfant lambda, serait-il, lui aussi, plus performant si on le laissait davantage bouger ? C’est ce qu’ont voulu vérifier des chercheurs anglais dans une étude qui a impliqué 219 élèves de 8 à 9 ans. La moitié d’entre eux ont assisté à une expérience de cours d’anglais et de maths en « mouvement ». Pendant 10 minutes, ils devaient courir sur place tout en suivant un voyage virtuel sur Google Earth et en répondant à des questions de quiz. Pour toute bonne réponse, ils devaient sauter en l’air jambes et bras écartés. En cas de mauvaise réponse, ils devaient shooter dans un ballon. Ces exercices étaient répétés trois fois par semaine pendant six semaines au total. L’autre moitié des élèves suivait pendant ce temps les cours habituels. Les auteurs ont constaté alors une meilleure implication des élèves lorsqu’ils pratiquaient une activité physique. Ils sont davantage concentrés sur la tâche et plus en contact visuel avec leur professeur. Ces effets sont malheureusement de courte durée : les enfants stimulés en classe ne semblent pas plus impliqués dans leur scolarité par la suite. Mais peut-être est-ce dû à la durée de l’exercice – dix minutes par jour seulement. On attend donc avec intérêt des études complémentaires…

Emma Norris et al., « Physically active lessons improve lesson activity and on-task behavior. A cluster-randomized controlled trial of the “virtual traveller” intervention », Health Education & Behavior, 1er mars 2018

Tue, 11 Sep 2018 09:30:00 +0200

Diagnostique-toi toi-même !

De plus en plus de sites proposent aujourd’hui des tests pour évaluer si vous êtes bipolaire, dépressif ou bien autiste. Que valent réellement ces outils d’autodiagnostic ? Pour en savoir plus, un chercheur américain a demandé à 54 patients et leurs thérapeutes de remplir le PID-5, un questionnaire de 220 items répertoriant l’ensemble des troubles de la personnalité. Dans cet exercice, les patients arrivent à des conclusions relativement proches de celles de leurs thérapeutes. Ils ont même tendance à s’évaluer légèrement plus pathologiques que le font les psychologues. Ces résultats étonnants vont à l’encontre de précédentes recherches qui avaient plutôt trouvé une concordance faible entre diagnostic clinique et autoévaluation. Pour expliquer cette convergence inattendue, le chercheur propose différentes pistes de réflexion. Premièrement, l’utilisation du même questionnaire pour les patients et leurs thérapeutes (ce qui n’était pas systématique dans les autres études) favoriserait le rapprochement des conclusions. Deuxièmement, l’accentuation des troubles du point de vue patient pourrait être une forme d’appel au secours (« je vais mal »). Mais, cela pourrait aussi être le reflet de réelles difficultés que le thérapeute ne perçoit pas ou peu (des idées suicidaires, des troubles cognitifs ou perceptifs, des comportements excentriques…). Enfin, cette surévaluation négative tient peut-être tout simplement à un référentiel qui n’est pas le même. Si les clients ont tendance à se comparer à des proches ou des collègues de travail et donc à se trouver plus perturbés que la moyenne, les psychologues ont pour référence leur clientèle, plutôt mal au point, ce qui peut les pousser à sous-évaluer. Finalement, reste une question en suspens : lequel, du thérapeute ou du patient, est le plus proche du vrai ?

Douglas Samuel et al., « The agreement between clients’ and their therapists’ ratings of personality disorder traits », Journal of consulting and clinical psychology, vol. LXXXVI, n° 6, juin 2018.

Tue, 11 Sep 2018 09:30:00 +0200

Les Abolitions de l’esclavage, Marcel Dorigny

La France a aboli l’esclavage en 1794, pour le rétablir en 1802 et l’abolir à nouveau en 1848. Avant cela, il avait été supprimé à Saint-Domingue en 1793 suite à la révolte des esclaves. L’Angleterre, quant à elle, l’a aboli en 1833, après avoir interdit la traite négrière en 1807. Pour les États-Unis, il faut attendre 1865, et au Brésil 1888, année où l’esclavage lié à la traite transatlantique prend véritablement fin. Il a donc fallu environ un siècle de mouvements critiques pour mettre un terme à cette abomination. Pour Marcel Dorigny, qui en rappelle ici les grandes étapes, cette émancipation procède de plusieurs facteurs. Il y a bien sûr le développement des idéaux de justice au siècle des Lumières. Si l’esclavage avait été critiqué avant cette époque, son abolition avait très rarement été réclamée. Mais, à la fin du 18e siècle, l’idée qu’il peut et doit être aboli se répand dans les esprits éclairés.

Cette prise de conscience n’aurait toutefois pas été aussi forte sans les révoltes récurrentes des esclaves qui, par leur résistance, manifestaient l’injustice de leur sort. Ces rébellions eurent aussi pour effet d’entretenir un sentiment d’insécurité chez les propriétaires d’esclaves qui pouvaient dès lors réaliser la fragilité de ce système d’exploitation. Enfin, le développement du salariat dans les pays européens et la mutation du commerce international (l’Angleterre se tournait davantage vers l’Inde) autorisèrent à concevoir un monde sans esclavage. Le mouvement abolitionniste était toutefois tiraillé entre ceux qui réclamaient une interdiction immédiate et ceux qui pensaient qu’en procédant par étapes, la condition allait disparaître d’elle-même. Certes, le système esclavagiste n’a pas été aboli en un coup, mais, remarque l’auteur, les mesures intermédiaires (comme l’interdiction de la traite) ne l’ont nullement affaibli. Pour y mettre un terme, il a fallu la détermination des abolitionnistes radicaux et la persistance des révoltes. De là à faire de cette histoire une source d’inspiration pour de futures nobles causes…