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Mémoire des luttes

Tue, 18 Sep 2018 21:50:33 +0200

Les paris risqués de Trump dans l'arène mondiale

Il y a deux choses concernant Donald Trump sur lesquelles tout le monde, ses amis comme ses ennemis, semble d’accord. Personne ne peut savoir ce que va être son prochain tweet. Et il veut rester au pouvoir.

Trump a lancé trois paris géopolitiques risqués : il va obtenir de la Corée du Nord qu’elle se dénucléarise. Il va être capable de forcer l’Iran à renoncer à toute tentative de se doter d’armes nucléaires. Il va démanteler l’Alena (Traité de libre-échange nord-américain) au profit des Etats-Unis.

Il est totalement improbable qu’il réalise les deux premiers. Il y a au mieux une faible possibilité qu’il remplace l’Alena par un accord plus avantageux pour les Etats-Unis.

Arrive alors la deuxième certitude. Il veut rester au pouvoir. Si ses paris échouent tous, que fera-t-il pour rester au pouvoir ? Dans ce cas : il n’existe aucun accord, pas plus parmi ses amis que parmi ses ennemis. Un groupe pense qu’il est pathologiquement fou et fera tomber le monde avec lui. L’autre groupe dit qu’il modifiera ses priorités de façon à rester au pouvoir.

Et alors les risques deviennent les nôtres. Parions-nous sur sa maladie mentale ou sur son intérêt personnel ? Si nous faisons le mauvais pari, nous perdons et nous perdons gros. Nous ne pouvons pas parier sur les deux types de réponses de Trump. C’est l’une ou l’autre.

Pour résumer : Trump échouera dans ses paris risqués. Il répondra d’une façon ou d’une autre. Mais laquelle ? Pour ma part, j’ai plutôt tendance à favoriser la prévision de son intérêt personnel. Mais je suis effrayé à l’idée de me tromper.

Traduction : Mireille Azzoug

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : rights@agenceglobal.com1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : immanuel.wallerstein@yale.edu.

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

Immanuel Wallerstein

Sun, 16 Sep 2018 11:41:39 +0200

La naissance d'Attac et du mouvement altermondialiste

Avec Bernard Cassen, Annick Coupé, Marc Le Glatin, Ignacio Ramonet, Aurelie Trouvé, Christophe Ventura.

Il y a vingt ans, alors que l’Asie est frappée par une grave crise économique due à la spéculation, ATTAC naît d’une volonté collective d’encadrer les marchés financiers. Le documentaire de Romain Masson et Séverine Cassar retrace l’histoire de la naissance de l’ONG.

En décembre 1997, Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique, signe un éditorial intitulé « Désarmer les marchés » et véritable réquisitoire contre la finance spéculative. Il y écrit notamment que « le désarmement du pouvoir financier doit devenir un chantier civique majeur si l’on veut éviter que le monde du siècle à venir ne se transforme en une jungle où les prédateurs feront la loi ». A la clé, de nombreuses propositions pour que la « financiarisation » cesse d’imposer sa logique à tous les autres champs : politique, économie, social parmi lesquelles la taxe Tobin qui concernerait toutes les transactions effectuées sur les marchés des changes afin de les stabiliser d’une part, et d’autre part de procurer des ressources à la communauté internationale. Le directeur du Monde diplomatique conclut son article par un vœu : « Pourquoi ne pas créer une ONG baptisée Action pour une Taxe Tobin d’Aide aux Citoyens (ATTAC) ? » Chiche ! répondent aussitôt les lecteurs du journal, emballés. Dans les semaines qui suivent la parution de l’article, lettres et fax arrivent par milliers au siège du Monde diplomatique, encourageant la naissance d’Attac. Explorer cet univers vingt ans plus tard soulève de nombreuses questions : comment un journal d’opinion a-t-il pu relier à l’échelle planétaire des groupes d’individus qui partageaient la même contestation du monde ? Comment a-t-il accompagné l’émergence d’Attac et contribué à l’essor du mouvement altermondialiste ? Quels ont été les freins à une traduction politique de ce mouvement ? 

Avec Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique de 1996 à 2006 et co-fondateur d’Attac ; Bernard Cassen, ancien directeur général du Monde diplomatique de 1996 à 2006, co-fondateur d’Attac et premier président d’Attac entre 1998 et 2002 ; Marcel Le Glatin, chargé des questions culturelles au sein du bureau d’Attac (entre 2000 et 2004) aujourd’hui président des Amis du Monde diplomatiqueChristophe Ventura, chargé des relations internationales au siège d’Attac, aujourd’hui chercheur et enseignant en relations internationales ; Annick Coupé, secrétaire générale d’Attac ; Aurélie Trouvé, co-présidente et porte-parole d’Attac France et Philippe Duchatel, membre du conseil d’administration d’Attac 92. 

Mémoire des luttes

Thu, 13 Sep 2018 12:34:00 +0200

« Nous avons la possibilité réelle de gagner la présidence de la République pour la cinquième fois. »

Le 24 mai 2018, Mémoire des luttes publiait un entretien exclusif avec celle qui était alors la pré-candidate du Parti communiste du Brésil (PCdoB) à l’élection. Tandis que la situation politique brésilienne se complexifie chaque jour après l’annonce de retrait de Lula à l’élection (au profit du binôme constitué par Fernando Haddad et Manuel D’Avila) et l’agression contre Jair Bolsonaro (candidat populiste de droite du Parti social libéral, PSL), nous proposons à nos lectrices et lecteurs de relire ce document.

Propos recueillis par Christophe Ventura

Christophe Ventura (CV) : Plus d’un mois après l’incarcération de l’ancien président Lula (intervenue le 7 avril 2018), comment analysez-vous la situation politique de votre pays ? Traverse-t-il une crise exclusivement liée au sort de Lula ou une crise démocratique plus large ? Selon vous, le Brésil est-il toujours une démocratie ?

Manuela D’Ávila (MdA) : L’une des caractéristiques de la période actuelle est la suivante : le capitalisme en crise est chaque fois moins disposé à accepter les règles du jeu démocratique. Néolibéralisme et démocratie ne fonctionnent plus ensemble. Les élites économiques n’ont aucune honte à contourner la démocratie si elles considèrent leurs intérêts en danger. C’est essentiellement la raison des menaces qui pèsent sur la démocratie au Brésil.

Cette crise s’est aggravée avec la détention arbitraire de l’ancien président Lula. Mais elle a commencé avec la destitution, sans aucune base légale, de la présidente élue Dilma Rousseff en 2016. Les forces conservatrices, mécontentes après leur quatrième défaite électorale [2014] – qui a empêché la mise en place de leur agenda néolibéral – ont organisé un consortium pour trouver le chemin les menant au pouvoir et mettre en place ce programme ultralibéral et antinational. Ce programme étant très impopulaire, il ne pouvait s’imposer que de manière autoritaire. C’est ce que nous vivons actuellement au Brésil. C’est pour cette raison que nous affirmons que la sortie de crise n’est pas possible sans une reprise du processus démocratique et le respect du pouvoir souverain du vote. Cette démarche inclue le droit de l’ancien président Lula à se présenter aux élections.

CV : Comment définiriez-vous la nature du pouvoir actuellement en place dans votre pays ?

MdA : C’est un pouvoir illégitime qui développe un programme de type néolibéral et néocolonial et qui n’est pas issu d’un vote souverain. L’activisme croissant du pouvoir judiciaire provoque quant à lui un déséquilibre très fort du système des pouvoirs. Ceci affecte la démocratie. En temps normal, celui qui détient la responsabilité de légiférer, ou de faire partie de l’exécutif, a été élu pour remplir cette fonction et garantir ainsi l’exercice de la démocratie. Ce contexte de déséquilibre entre les pouvoirs, conjugué au fait que gouverne un exécutif non issu de la légitimé du vote populaire, affaiblit le pays et le place au centre de l’une des plus graves crises de son histoire récente.

CV : Qui gouverne le Brésil ? Au service de quel projet au-delà de l’élection à venir ? Avec quels relais au niveau international ?

MdA : Dans l’illégitimité, Michel Temer gouverne pour les secteurs qui ont appuyé le coup, pour le système financier, pour les grands chefs d’entreprise et pour d’autres intérêts étrangers. Nous observons qu’en quelques mois, il a développé un plan de destruction des instruments de l’Etat national, de réduction des politiques sociales et des droits de travailleurs. Certaines entreprises stratégiques telles qu’Electrobras [secteur de l’énergie] sont mises en vente. Temer mène une politique de destruction de la banque publique, en particulier de la BNDES [Banque nationale de développement économique et sociale], notre banque de développement. Encerclé par des scandales de corruption qui le touchent très directement, il transforme les intérêts du Brésil et de son peuple en monnaie d’échange pour sauver sa peau.

CV : Quelle va être la stratégie du pouvoir et de la droite lors des élections ? Qui sera leur candidat ? En France et en Europe, le nom de Jair Bolsonaro fait frémir. A-t-il une chance de gagner ? Comment s’explique son ascension ?

MdA : Les forces de la droite tentent de s’unir, mais jusqu’à maintenant, elles rencontrent des difficultés pour le faire, ce qui les place dans une position difficile. Il n’y a pas un seul candidat portant leur programme qui obtienne au moins 10 % de soutien. Malgré le coup d’Etat et l’arrestation de Lula, le seul candidat qu’ils ont pu trouver est Jair Bolsonaro. Ce dernier, pour satisfaire les marchés financiers, propose un agenda libéral et la privatisation des entreprises publiques. La popularité de Bolsonaro s’explique seulement par la perte de crédit de la politique, par un discours conservateur d’intolérance, alimenté depuis des années par la force principale de la droite, le PSDB [Parti de la social-démocratie brésilienne]. Aujourd’hui, ils récoltent ce qu’ils ont semé.
 
CV : Quel est le sens de votre candidature à l’élection présidentielle dont le premier tour se tiendra le 7 octobre ? Quel projet porterez-vous devant les brésilien(ne)s ?

MdA : Ma pré-candidature poursuit un objectif : contribuer à la recherche de solutions face à la très grave crise qui vit le Brésil. L’élection constitue une opportunité pour débattre d’un projet de développement qui relance la croissance économique du pays, promeuve sa réindustrialisation, garantisse les droits sociaux et individuels et développe des politiques publiques pour les femmes, les jeunes, les noirs, les habitants des périphéries, toutes ces catégories de la population qui se sont appauvries, à qui on a volé leurs droits et qui restent à la marge des priorités et des décisions gouvernementales.

Nous avons un programme pour que le Brésil se développe en tant que nation fière et souveraine au sein de la communauté internationale, loin de la posture servile qui le caractérise actuellement face au pouvoir des intérêts politiques et économiques des puissances étrangères. Nous voulons une économie qui produise des richesses destinées à l’ensemble de la société. Il nous semble inadmissible que le 1 % de l’élite brésilienne représentée par Temer et le capital financier puisse détruire le 99 % restant composé des femmes, des jeunes, des noirs et des autres groupes sociaux qui travaillent et produisent la richesse du pays.

CV : Comment concevez-vous l’articulation entre votre candidature et le reste des forces politiques et sociales de la gauche brésilienne ?

MdA : C’est aussi un objectif de notre pré-candidature : contribuer à l’unité des forces progressistes. Mon parti et moi-même pensons avant tout au Brésil. Lutter pour l’unité populaire est la marque de notre histoire longue de 96 ans. Nous avons toujours cherché des chemins plus unitaires. Cette année nous avons réussi – et c’est inédit – à définir une unité programmatique à partir des fondamentaux de tous les partis de gauche. Ainsi, nous avons donc élaboré un programme commun avec le PSOL [Parti socialisme et liberté], le PCdoB, le PDT [Parti démocratique du travail] et le PT [Parti des travailleurs]. Et même avec la contribution des fondateurs du PSB [Parti socialiste brésilien]. Il s’intitule « Unité pour la reconstruction du Brésil » [1].

Nos différences sont mineures comparées aux défis qu’affrontent notre pays et notre camp. Nous allons avancer vers l’unité de tout le monde, et si nous n’arrivons pas au premier tour, nous le ferons au deuxième tour. Je crois que la gauche brésilienne a toutes les chances d’arriver au deuxième tour et d’emporter l’élection. Pourquoi ? Parce que le projet proposé par le camp ultralibéral n’a jamais gagné une élection. Nous avons la possibilité réelle de gagner la présidence de la République pour la cinquième fois.

CV : Dans son ouvrage Le chevalier de l’espérance écrit en 1941 et publié en France une seule fois en 1949, l’écrivain brésilien Jorge Amado conte l’histoire légendaire et épique de Luis Carlos Prestes, illustre dirigeant communiste – « gaucho » comme vous – du Brésil. Entre 1924 et 1927, à la tête de la fameuse « colonne Prestes » et de ses 1 500 hommes, il va parcourir près de 26 000 kilomètres qui le conduiront de l’Etat de Rio Grande do Sul à l’Etat amazonien de Maranhao, du Parana au Mato Grosso dans une expédition dont le but était de comprendre la réalité du Brésil et de son peuple. Il s’agissait aussi de le soulever contre l’oppression et le gouvernement, « d’ouvrir les chemins de la révolution brésilienne ». Amado nous dit que « Luis Carlos Prestres [apprit] du peuple les problèmes du Brésil ». Vous voyagez beaucoup à travers le Brésil. Qu’avez-vous appris du peuple ces dernières années, de la destitution de Dilma Rousseff au scandale « Lava Jato » en passant par le coup porté contre Lula et l’ensemble de la gauche organisée dans votre pays ?

MdA : Cette campagne est la septième à laquelle je participe. Dans chacune, j’ai toujours appris auprès de notre peuple. Le Brésil est un immense pays, et son peuple est merveilleux, créatif et plein de potentialités. Il n’est pas possible de vivre dans un pays si riche avec autant de pauvreté et d’inégalités. Nous voulons toucher de près ce rêve intense qui se nomme Brésil. Nous réunissons maintenant toutes les conditions pour répondre aux souhaits ardents de liberté, de développement et de justice sociale qui s’expriment dans le pays. La vie m’a démontré qu’avec le peuple, nous pouvons réaliser des conquêtes mémorables.

Traduction : Rosa Gutierrez

Illustration : Manuela d’Ávila / Flickr / CC

Christophe Ventura

Thu, 13 Sep 2018 12:26:04 +0200

La Stratégie de l'émotion

Les émotions dévorent l’espace social et politique au détriment des autres modes de connaissance du monde, notamment la raison. Certes, comme le disait Hegel, « rien de grand ne se fait sans passion », mais l’empire des affects met la démocratie en péril. Il fait régresser la société sous nos yeux en transformant des humains broyés par les inégalités en bourreaux d’eux-mêmes, les incitant à pleurer plutôt qu’à agir.

À la « stratégie du choc » qui, comme l’a montré Naomi Klein, permet au capitalisme d’utiliser les catastrophes pour croître, Anne-Cécile Robert ajoute le contrôle social par l’émotion, dont elle analyse les manifestations les plus délétères : narcissisme compassionnel des réseaux sociaux, discours politiques réduits à des prêches, omniprésence médiatique des faits divers, mise en scène des marches blanches, etc. Une réflexion salutaire sur l’abrutissante extension du domaine de la larme et un plaidoyer civique pour un retour à la raison.

Avant propos de Éric Dupond-Moretti.

Spécialiste de l’Afrique et des institutions européennes, Anne-Cécile Robert est journaliste au Monde diplomatique et professeur associé à l’Université Paris 8. Elle a notamment publié Afriques, années zéro (L’Atalante, 2008) et, avec André Bellon, Un totalitarisme tranquille. La démocratie confisquée (Syllepse, 2001).

Anne-Cécile Robert, La Stratégie de l’émotion, aux éditions Lux, Montréal, septembre 2018, 176 pages, 12 euros.

Mon, 10 Sep 2018 12:47:06 +0200

Numéro 525 du « Monde diplomatique » : la naissance de l'association Attac

France Culture - La Fabrique de l’Histoire

Le jeudi 13 septembre de 9 h à 10 h sur France Culture

Numéro 525 du Monde diplomatique : la naissance de l’association Attac

Réalisation : Séverine Cassar

Un documentaire (53 minutes) de Romain Masson dans l’émission « La Fabrique de l’histoire ». Il sera disponible en réécoute, en podcast et en streaming.

Avec la participation de :

  • IGNACIO RAMONET
    Directeur du Monde diplomatique de 1990 à 2008. Co-fondateur d’Attac
  • BERNARD CASSEN
    Directeur général du Monde diplomatique de 1996 à 2008
    Co-fondateur d’Attac et premier président d’Attac de 1998 à 2002
  • MARC LE GLATIN
    Chargé des questions culturelles auprès du bureau d’Attac de 2000 à 2004. Aujourd’hui président des Amis du Monde diplomatique
  • CHRISTOPHE VENTURA
    Chargé des relations internationales auprès du bureau d’Attac de 1998 à 2006. Aujourd’hui secrétaire général des Amis du Monde diplomatique
  • ANNICK COUPÉ
    Ancienne secrétaire générale de Sud PTT. Aujourd’hui secrétaire générale d’Attac
  • AURÉLIE TROUVÉ
    Ancienne co-présidente d’Attac. Aujourd’hui porte-parole d’Attac
  • PHILIPPE DUCHATEL
    Co-animateur du comité local d’Attac Malakoff (Hauts de Seine). Aujourd’hui membre du conseil d’administration d’Attac 92

Mémoire des luttes