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Lecteur de flux musclé avec souvent des articles complets dedans.

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La Tribune

Sun, 23 Sep 2018 14:45:00 +0200

François de Rugy veut "écotaxer" les camions... étrangers

Le gouvernement travaille "sur une forme de vignette" visant à taxer les "camions étrangers", dont certains "ne font que traverser la France", a indiqué François de Rugy, ministre de la Transition écologique, dimanche sur BFMTV. Interrogé sur un éventuel retour de l'écotaxe poids-lourds, abandonnée en 2014 par le précédent gouvernement après plusieurs mois de manifestations, M. de Rugy a qualifié ce dispositif de "mauvais exemple d'une mauvaise gestion de la fiscalité écologique, donc on ne le refait pas".

"En revanche, nous travaillons, comme d'autres pays d'Europe d'ailleurs, sur une forme de vignette, notamment pour permettre de taxer en quelque sorte les camions étrangers qui ne font que traverser la France. Il y en a qui ne font même pas un plein de carburant, donc ils ne paient même pas les taxes sur les carburants et ils ne paient pas l'usure des routes", a-t-il déploré.

"On va y travailler en 2019, nous voulons trouver la bonne solution en 2019", a indiqué M. de Rugy, affirmant que cette taxe "peut être faite au niveau de la France, mais dans le cadre de la directive européenne sur cette question que nous respectons bien évidemment".

"Ce n'est pas uniquement pour dire "on va taxer un peu plus les camions donc ce sera écologiquement vertueux". Il faut bien des ressources pour financer les investissements sur le réseau routier et ferroviaire, pour qu'on ne subisse pas des phénomènes comme l'accident de Gênes", a ajouté le ministre.

En mai dernier, la ministre des Transports Elisabeth Borne avait déjà indiqué que le gouvernement travaillait à une "vignette" pour que les transporteurs routiers contribuent au financement des infrastructures, mais sans plus de précision sur l'origine des camions.

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux avait dans la foulée souligné que "frapper les transporteurs par des vignettes parce qu'ils sont des utilisateurs importants de nos infrastructures routières, et donc qu'ils puissent participer aussi à la fois à l'entretien et au fonctionnement mais aussi à l'investissement pour permettre des infrastructures de meilleure qualité, ne me paraît pas être une mauvaise piste".

Sun, 23 Sep 2018 11:48:00 +0200

Trump étudierait une procédure antitrust contre Google et Facebook

La Maison Blanche examinerait un projet de décret donnant instruction aux agences fédérales de mener une enquête antitrust sur les pratiques des plateformes de médias sociaux, comme Google, Facebook ou Twitter, selon un document obtenu par l'agence Bloomberg News. Selon cette ébauche de décret, qui ne cite pas nommément les groupes visés, les autorités antitrust sont invitées à "enquêter de manière approfondie sur la question de savoir si une plate-forme en ligne a enfreint les lois antitrust".

Le projet de décret ordonne aux autres agences gouvernementales, comme le département de la justice, d'effectuer dans un délai d'un mois des recommandations pour "protéger la concurrence parmi les plate-formes en ligne et trouver une solution aux problèmes de partialité".

La Maison Blanche s'est distancée de la publication de ce document samedi. Une porte-parole, Lindsay Walters, a indiqué au Washington Post: "bien que la Maison Blanche soit préoccupée par les pratiques des plateformes en ligne et de leur impact sur la société, le document n'est pas la conclusion d'un processus officiel d'élaboration des politiques de la Maison Blanche".

Si ce décret était signé, il représenterait une escalade significative dans la guerre larvée de Donald Trump contre la Silicon Valley. Le locataire de la Maison Blanche a récemment multiplié les attaques notamment contre Google qu'il accuse de censurer les voix conservatrices et de favoriser les articles provenant de médias classés à gauche dans ses résultats de recherche.

"Les médias sociaux sont totalement discriminatoires contre les voix républicaines, conservatrices", a déclaré Donald Trump sur Twitter en août. "... Nous ne laisserons pas cela se produire. Ils réduisent les opinions de nombreuses personnes à DROITE, tout en ne faisant rien aux autres", a-t-il poursuivi. Des dirigeants de Facebook et Twitter ont également dû s'expliquer longuement début septembre devant le Congrès, notamment sur ce sujet. Google a refusé de participer à ces auditions.

La publication de ce brouillon de décret intervient à quelques jours d'une réunion déjà prévue par le département de la Justice et son ministre Jeff Sessions avec les procureurs des Etats pour discuter de l'industrie des médias sociaux, de leurs pratiques de filtrage et des implications vis-à-vis des lois antitrust.

"En raison de leur rôle crucial dans la société américaine, il est essentiel que les citoyens américains soient protégés contre les actes anticoncurrentiels des plates-formes en ligne dominantes", indique encore le projet d'ordonnance.

Sun, 23 Sep 2018 11:33:00 +0200

« Bullshit jobs » : y a-t-il vraiment trop d'emplois ?

« Une des nanas du service pub est arrivée devant moi et a balancé des milliers de trombones sur mon bureau en me demandant de les classer par couleur. J'ai cru qu'elle plaisantait, mais non. Je me suis exécutée, pour me rendre compte un peu plus tard qu'elle continuait à les utiliser sans prêter la moindre attention à leur couleur. » Le témoignage de Wendy est l'une des nombreuses pépites collationnées par l'anthropologue, professeur à la LSE (London School of Economics) et militant anarchiste américain David Graeber à l'appui de son hypothèse : on a créé de plus en plus d'« emplois effectivement inutiles », des « bullshit jobs » (traduit en français par « jobs à la con »).

Plus précisément, « un job à la con est une forme d'emploi rémunéré qui est si totalement inutile, superflu ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence. »

Lire dans La Tribune :

Lassés de leur « bullshit job », les cadres désertent les open space

Au travail, ce qui est prioritaire, c'est le sens et non plus l'argent et la sécurité

En 2013, David Graeber avait publié dans le magazine « radical » Strike ! un article qui a eu énormément de succès, et lui a permis de récolter des centaines de témoignages. Aussi « l'appréciation subjective des intéressés » (selon les termes mêmes de l'auteur) se révèle-t-elle à la fois la matière première de la « démonstration » mais aussi son principal handicap.

Bullshit jobs cover

L'absurdité de certains emplois

Dès les premières pages, un récit semble illustrer parfaitement l'absurdité de certains emplois. En Allemagne, Kurt travaille pour un prestataire de l'armée. Il fait « entre six et dix heures de route » et remplit « une dizaine de pages de paperasse », par exemple pour déménager un soldat dans le bureau d'à côté. Alors que le soldat pourrait simplement prendre son ordinateur sous le bras et faire cinq mètres pour s'installer dans son nouveau bureau.
Or, on peut supposer que la grande majorité des journées de travail de Kurt est occupé par de vraies tâches de déménagement sur des dizaines ou des centaines de kilomètres. D'ailleurs, Kurt écrit lui-même : « Imaginons que le soldat A ait besoin de déménager dans un bureau deux portes plus loin, au bout du couloir. » Or, on peut lire sur la quatrième de couverture du livre : « Le sous-sous-sous contractant de l'armée allemande qui parcourt chaque semaine 500 kilomètres en voiture pour aller signer un papier qui autorisera un soldat à déplacer son ordinateur dans la pièce à-côté. » On est passé de « Imaginons » à « chaque semaine », d'une supposition à un fait avéré...

Autre exemple. Magda, dans une PME, était « chargée de relire et corriger les rapports écrits par leur chercheur/statisticien star ». Comme ce dernier s'avérait « incapable de pondre une phrase grammaticalement correcte » (ce n'était pas ce qu'on lui demandait), comment peut-elle dire que son travail de correction était inutile ? Au contraire, il apparaît que les tâches du chercheur et la correctrice sont complémentaires.

Quels critères ?

David Graeber traite donc non pas des emplois inutiles mais des emplois que certains (et lui) jugent inutiles. Mais en fonction de quel(s) critère(s) ? Pour donner un minimum de crédibilité aux assertions, et donc de rigueur au livre, il aurait fallu « donner la parole à la défense », c'est-à-dire demander aux employeurs de ces travailleurs d'expliquer en quoi, selon eux, ces jobs sont au contraire utiles.

Les « jobs à la con » sont des jobs qui ne produisent pas de « valeur sociale positive », écrit-il, avant d'admettre qu' « il ne saurait y avoir de mesure objective de la valeur sociale ». On se souvient du récent débat en France sur l'objet social de l'entreprise : on en vient vite à discuter sur le sexe des anges.

Lire : Réformer l'entreprise, mission impossible ?

Objet social : la loi Pacte retient l'essentiel du rapport Notat/Senard

Comment, selon David Graeber, les « jobs à la con » se sont-ils multipliés ? Au cours du dernier siècle, « les métiers productifs ont été largement automatisés » tandis que le « secteur administratif » a gonflé. Peu après la parution de son article initial, en 2013, The Economist rappelait que « l'économie mondiale s'est profondément complexifiée » et expliquait que « la décomposition [des tâches] peut donner une impression d'absurdité, car de nombreux travailleurs interviennent à des stades incroyablement éloignés du point final du processus ». Si David Graeber cite l'article de l'hebdomadaire libéral, en revanche, il ne prend pas la peine de répondre à ses objections.

Si un job « ne mérite pas d'exister », pourquoi existe-t-il ? Voici la réponse. Dans une logique capitaliste, on recherche le coût le plus bas pour le revenu le plus élevé. Donc, il semble illogique de payer des gens à ne rien faire. Mais, observe David Graeber, des survivances de la mentalité féodale conduisent des dirigeants à maintenir et même à créer des emplois inutiles, car le nombre de leurs collaborateurs serait un signe de leur puissance.
Par exemple, Simon a proposé à sa direction « un programme qui résolvait un problème de sécurité crucial », mais il a déclenché une vive hostilité parce que (selon lui) « il revenait à automatiser l'ensemble des tâches que tous ces gens étaient payés pour faire à la main ». Chaque fois, « ma solution aurait fait perdre du boulot à des gens qui n'étaient là que parce qu'ils conféraient un sentiment de puissance aux cadres à qui ils rendraient des comptes », explique Simon.

Une réponse paradoxale

Paradoxalement, l'anticapitaliste Graeber reproche au « système » ne n'être pas assez capitaliste. Si bien qu'au lieu d'un écrit « provocateur », comme le spécifiait la commande initiale de Strike!, il a produit un argumentaire qui peut satisfaire tout le monde : à la fois les ennemis du « système » actuel, qui moqueront ses absurdités, et les défenseurs de l'économie libérale, qui stigmatiseront la gabegie et réclameront des suppressions d'emplois !

En réalité, selon la personne qui l'occupe, un job identique peut satisfaire son titulaire ou pas. Graeber tend à sous-estimer les effets actuels de l'infantilisation et de la victimisation, qui favorisent la plainte et le mécontentement (et donc de chercher n'importe quel prétexte à cette fin), faute de quoi on est classé dans le camp des « privilégiés » et des « dominants ».

Frustations

Par ailleurs, l'histoire personnelle doit être davantage prise en compte. La quasi-totalité des témoignages rapportés par l'auteur émanent de personnes qui ont généralement un niveau de formation largement supérieur  à celui exigé pour l'emploi qu'ils occupent - David Graber a même recours aux témoignages d'étudiants qui de leur propre aveu ont pris un « petit boulot » alimentaire. Logiquement, ils éprouvent une frustration dont la cause principale n'est pas la nature de leur job mais l'inadéquation du système éducatif aux besoins du marché du travail.

L'auteur souligne lui même cette objection de ses détracteurs : « Le problème, expliquent-ils, c'est que la main d'oeuvre instruite d'aujourd'hui est truffée d'étudiants en philo ou en littérature de la renaissance qui s'imaginent avoir une noble destinée et qui trouvent que c'est leur faire injure que de leur demander d'être de simples rouages dans la machine administrative. »

Ne pas confondre avec les "sales boulots"

David Graeber fait cependant une distinction instructive avec une autre catégorie d'emplois décriés : les « jobs de merde », les sales boulots. « Les jobs à la con sont souvent très bien payés et offrent d'excellentes conditions de travail, mais ils ne servent à rien. Les jobs de merde, pour la plupart, consistent dans des tâches nécessaires et indiscutablement bénéfiques à la société ; seulement, ceux qui en sont chargés sont mal payés et mal traités. » Dans ce cas aussi, il est instructif de mettre en perspective l'histoire personnelle : si votre père cassait dès 14 ans de la roche à 450 mètres sous la terre à « Enfer-les-Mines » (titre d'un poème d'Aragon), sa fille estimera-t-elle 60 ans plus tard qu'elle exerce un « job à la con » si elle est réceptionniste au 3e étage d'un appartement lumineux du 9e arrondissement de Paris ?

Bref, l'« utilité » d'un job est bien relative. Dans des territoires où la désindustrialisation s'est traduite par la suppression de dizaines de milliers d'emplois, il est de notoriété publique que des collectivités territoriales et même parfois de grosses entreprises privées ne gèrent pas leurs effectifs de la façon la plus efficiente . Sans tomber dans les excès du plein emploi fictif de l'ex-URSS (« Nous faisons semblent de travailler, ils font semblant de nous payer »), en quoi serait-ce « inutile », notamment du point de vue de la cohésion sociale, que les habitants soient au travail, quel qu'il soit, plutôt qu'au chômage ? Peut-être ces populations auraient préféré garder des « jobs de merde », dans la métallurgie, dans le textile, dans l'automobile, plutôt que l'alternative entre le chômage et les « jobs à la con », mais leur a-t-on demandé leur avis ?

Alors que l'universitaire David Graeber s'étonne du nombre d'emplois inutiles, des millions de personnes souhaitent tout simplement avoir un emploi. Chaque année, Pôle emploi publie une enquête sur les « besoins en main d'œuvre » qui établit la liste des « métiers en tension », les emplois disponibles qui ne trouvent pas preneurs. En 2018, on recherche surtout des agents d'entretien de locaux, des aides à domicile et aides ménagères, des employés de la restauration, des aides soignants, des serveurs, des secrétaires, des employés non qualifiés d'emballage...

Métiers en tension

L'auteur défend la réduction du temps de travail et le revenu universel de base, pour « déconnecter le travail de la rémunération » mais préfère se tenir « à l'écart des propositions politiques » car il se « méfie de l'idée même de politique ». Mais alors, pourquoi, en attendant le Grand Soir, ne fait-il pas directement appel à la responsabilité de ses témoins ? S'ils estiment qu'ils occupent un « job à la con », ils peuvent tout simplement le laisser à un chômeur et postuler à tous les postes vacants des métiers « utiles » en tension.

* David Graeber, Bullshit Jobs, éd. les Liens qui Libèrent, 2018, 416 p., 25 euros.

Sun, 23 Sep 2018 08:01:00 +0200

Y aura-t-il encore du chocolat en 2050 ?

Plus de chocolat d'ici 2050 ? Le scénario d'une crise majeure serait en tous cas hautement plausible, à en croire plusieurs articles récents. La pénurie serait causée par un double effet : d'un côté, l'accroissement de la demande mondiale, et de l'autre, le tarissement de l'offre.

Commençons par examiner la demande. Le marché mondial du chocolat connaît actuellement une expansion spectaculaire. Il pourrait même doubler en valeur d'ici 2025 par rapport à son niveau de 2015.

Actuellement, plus de la moitié de la production mondiale est consommée en Europe occidentale et en Amérique du Nord. C'est en Suisse, pays dont la réputation en matière de chocolat n'est plus à faire, que l'on en consomme le plus : 8kg par habitant en 2017.

Sur ces marchés développés, le chocolat est bien sûr apprécié pour ses qualités gustatives, mais aussi pour ses bienfaits perçus sur la santé, tels que les effets anti-âges, les effets antioxydants, le soulagement du stress, ou encore la régulation de la pression artérielle, etc.

Nouveaux marchés du chocolat

Si l'Europe et l'Amérique du Nord continuent à tirer la demande, les immenses marchés intérieurs de la Chine et de l'Inde ouvrent d'importantes perspectives de développement. L'essor de la classe moyenne et l'évolution des goûts des consommateurs ont aiguisé les appétits...

L'Inde est actuellement l'un des marchés du chocolat dont la croissance est la plus rapide, avec une demande en hausse constante ces dernières années. En 2016, plus de 228 000 tonnes ont été consommées, soit une augmentation de 50 % par rapport à 2011. Les Indiens se tournent vers tout ce qui est sucré, et le chocolat est devenu en peu de temps l'une de leurs gourmandises préférées.

En ce qui concerne la Chine, à la suite des réformes économiques du début des années 1980, le chocolat était considéré comme une délicatesse rare. En conséquence, il figure moins dans les habitudes de consommation d'un Chinois, qui en consomme moins d'1kg par an en moyenne.

Mais les choses changent. De nouvelles tendances émergent, telles que la Coffee culture à l'américaine qui stimule sa consommation. N'oublions pas non plus que les millions de Chinois riches tendent à acheter en ligne des spécialités étrangères de haute qualité, parmi lesquelles, bien évidemment, le chocolat.

Production de chocolat en voie de disparition

Le tableau est moins rose du côté de l'offre, où les producteurs de cacao, eux, vont mal. Ils souffrent d'abord des maladies et des insectes qui ravagent les cacaoyers. Ces nuisances entraînent des pertes annuelles de 30 % à 40 % de l'ensemble de la production mondiale.

En juin 2018, la Côte d'Ivoire a annoncé qu'elle allait devoir détruire une plantation de cacao de 100 000 hectares contaminée par le virus de la pousse de cacao gonflée pour empêcher sa propagation. Il faudra au moins cinq ans avant que la zone puisse être replantée à nouveau.

Un contexte difficile, auquel il faut ajouter la fluctuation des prix, qui encourage à passer à des alternatives potentiellement plus rentables et plus faciles à produire... L'Indonésie, troisième producteur mondial de cacao, a connu une baisse de sa production de cacao depuis 2010. Le mauvais temps et le vieillissement des cacaoyers ont poussé certains agriculteurs ont transféré leur activité vers des cultures telles que le maïs, le caoutchouc ou l'huile de palme.

Les producteurs regardent vers l'est

Face à ces menaces générales et aux exigences élevées des nouveaux marchés, les principaux pays producteurs de cacao se sont tournés vers l'est. Le Ghana, deuxième plus grand fournisseur mondial de cacao, tente par exemple d'obtenir un prêt de 1,5 milliard de dollarsauprès de la banque chinoise Eximbank pour stimuler sa production. Cette collaboration est d'ailleurs soutenue officiellement par les gouvernements des deux pays.

Les pays producteurs regardent aussi vers le Moyen-Orient. Les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite sont en effet leaders en matière de dépenses pour le chocolat par personne, bien au-dessus de la moyenne régionale. Les consommateurs de ces marchés perçoivent le chocolat comme un symbole de richesse, ce qui stimule la demande de marques haut de gamme.

Le chocolat durable l'est-il réellement ?

Face aux risques de pénurie, les initiatives de développement durable se multiplient : Rainforest AllianceUTZFairtrade... Des initiatives auxquelles les plus grands producteurs de chocolat prennent activement part.

Mars, le leader mondial en termes de ventes nettes en 2017, a consacré un milliard de dollars à la création de cacao plus résistant à la chaleur. Mondelez International veut également que son cacao soit durable : en avril 2018, sa marque Milka a rejoint Cocoa Life, un programme lancé en 2012 visant à autonomiser les producteurs de cacao.

Bien que ces initiatives constituent un grand pas en avant, les principaux acteurs de la chaîne d'approvisionnement reconnaissent qu'elles ne sont pas suffisantes pour sortir les producteurs de cacao de la pauvreté - l'un des problèmes majeurs auxquels ils sont confrontés. La Côte d'Ivoire, premier pays producteur de cacao au monde, en est l'exemple. Un producteur de cacao UTZ certifié ne gagnera qu'un revenu annuel supplémentaire de 16 % par rapport à un producteur non certifié.

Autre problème : la portée limitée de la certification. Les agriculteurs doivent être membres des coopératives pour bénéficier pleinement du processus. Dans le cas de la Côte d'Ivoire, seulement 30 % d'entre eux le sont. Enfin, il s'agit de garantir qu'aucun enfant ne travaille sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, ce qui est pratiquement impossible à contrôler.

En Afrique, les producteurs de cacao locaux ont aussi leurs propres projets. Le Ghana et la Côte d'Ivoire envisagent de lancer une organisation semblable à l'OPEP. Ils veulent peser davantage sur les prix mondiaux du cacao en coordonnant les niveaux de production et les politiques de vente entre les pays. En bout de chaîne, les petits producteurs vulnérables aux fluctuations des prix sur le marché mondial seraient mieux protégés.

On constate donc que les principaux acteurs dans le processus de fabrication du chocolat sont les premiers à s'investir dans la recherche de solutions durables face aux risques, bien réels, de « chocapocalypse ». Reste à voir si ces solutions suffiront à assurer l'avenir du chocolat.

La version originale de cet article a été publiée en anglais.

The Conversation _______

Par Jovana StanisljevicProfessor in International Business, Department People, Organization, Society, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Sun, 23 Sep 2018 07:46:00 +0200

Les Google Cars seront-elles les taxis du futur ?

L'an prochain, les Google Cars auront dix ans. Depuis sa création, le projet a beaucoup évolué, comme l'illustre son changement de nom en décembre 2016. Il a alors été rebaptisé Waymo, pour « a new way forward mobility » (« une nouvelle approche de la mobilité »), devenant du même coup une succursale à part entière au sein de Google. Le programme faisait auparavant partie de Google X, division top secrète dédiée à la recherche de pointe. Un changement organisationnel qui marque son arrivée à maturité.

Lire aussi : En 20 ans, l'empire tentaculaire de Google

Google a également repensé son modèle économique. L'entreprise a décidé de ne pas construire ses propres véhicules, laissant cette tâche à ceux dont c'est le coeur de métier : les constructeurs automobiles. Google se concentre de son côté sur sa propre expertise, à savoir le logiciel de conduite autonome et les différents capteurs impliqués dans le processus. Auprès des constructeurs, le géant du Net s'est procuré des voitures spacieuses, adaptées au transport de passager.

Ainsi, Waymo a dans un premier temps constitué une flotte de 600 Pacifica Hybrid auprès de Fiat Chrysler. Au début de l'année, elle a décidé de passer à la vitesse supérieure, commandant 62000 minivans supplémentaires auprès du constructeur, auxquels viendront s'ajouter 20 000 SUV commandés à Jaguar Land Rover.

Des taxis autonomes, électriques et partagés

De projet de recherche pionnier, Waymo est également devenue une entreprise à visées hautement lucratives, avec de grandes ambitions et un modèle d'affaires bien défini, centré sur le déploiement de taxis autonomes, électriques et partagés. Le but de ces derniers est d'offrir une alternative non seulement aux taxis et aux services de mobilité à la demande comme Lyft et Uber, mais aussi au véhicule individuel. Pour mettre cette vision à l'épreuve, l'entreprise a, il y a un peu plus d'un an, mis en place un projet pilote à Phoenix, Arizona, un État dont la politique est particulièrement favorable au test des voitures autonomes.

Le dispositif consiste à offrir gratuitement des trajets à bord des minivans autonomes de Waymo à des individus volontaires pour en tester la technologie. Le projet progresse à son rythme de croisière, et procure une moyenne de 400 trajets par jour. Les utilisateurs y ont recours pour se rendre au travail, à l'aéroport, emmener leurs enfants à l'école, ou encore faire du tourisme.

Lire aussi : La France, terreau d'expérimentation pour Google

Pour l'heure, le service est encore en phase de test, mais Waymo souhaite le lancer pour de bon, sous forme payante, d'ici à la fin de l'année, d'abord à Phoenix, puis dans d'autres villes américaines. En juin dernier, le CEO de Waymo, John Krafcik, a également affiché son intention de déployer un service similaire en Europe, sans donner de dates précises. Pour construire un écosystème de taxis partagés viables, Waymo compte s'appuyer sur le savoir-faire de ceux qui ont déjà fait la preuve de leur compétence dans ce domaine. Elle s'est ainsi associée avec Lyft en mai 2017, et, en juin dernier, Dara Khosrowshahi, le CEO d'Uber, a affirmé que son entreprise était actuellement en discussion avec Waymo pour intégrer les véhicules autonomes de l'entreprise à son application.

Insérer les Google Cars dans la vie quotidienne

Mais la vision de Waymo va encore plus loin. L'entreprise ne souhaite pas se contenter d'un système de taxis futuristes, elle veut repenser intégralement la mobilité urbaine, pour permettre aux citadins de se déplacer de la manière la plus efficace possible, en combinant les différents moyens à leur disposition. Dans cette optique, elle développe des liens avec les transports publics, afin de faire fonctionner son service en synergie avec eux. À Phoenix, Waymo a ainsi annoncé fin juillet travailler avec les pouvoirs publics pour connecter ses utilisateurs avec les bus et tramway locaux. L'entreprise collabore également avec RideChoice, un service de taxis à prix réduit permettant aux habitants vivant dans des zones mal desservies de prendre un véhicule pour rejoindre la ligne de transports en commun la plus proche.

Enfin, pour maximiser l'utilité de ses véhicules autonomes dans la vie de tous les jours, Waymo multiplie également les partenariats. Ainsi, un partenariat tissé avec le géant américain de la distribution Walmart permet aux clients qui feront leurs courses en ligne de bénéficier pour récupérer leurs achats d'un trajet jusqu'au magasin le plus proche à bord de l'un des véhicules de Waymo. La division de Google a également conclu un accord avec DDR Corp., un groupe immobilier américain, afin de permettre aux résidents de Phoenix de se rendre jusqu'au gigantesque centre commercial que possède le groupe à bord des véhicules sans chauffeurs de Waymo.

Lire aussi : Google : notre vie privée en voie de disparition ?

Un partenariat avec Avis donnera aux individus souhaitant louer une voiture la possibilité d'aller la récupérer à bord d'un minivan autonome. Enfin, un accord avec le concessionnaire automobile AutoNation offrira un service similaire aux personnes souhaitant faire réparer leurs véhicules - l'ensemble de ces options étant pour l'heure cantonnées à la ville de Phoenix. Google affirme cibler stratégiquement, afin de proposer une alternative viable au véhicule individuel, les différentes activités pour lesquelles les Américains ont le plus recours à leur voiture : faire des courses, se rendre au travail, dîner dehors et réparer leur voiture.

Dans un pays aussi accro à l'automobile individuelle que les États-Unis, proposer une alternative à celle-ci est un projet pour le moins ambitieux, à la mesure de Google. En transformant notre manière d'accéder à l'information, l'entreprise a déjà changé le monde une première fois. Waymo va-t-elle lui permettre d'opérer une nouvelle révolution, cette fois-ci dans nos modes de déplacements ?