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Le site du journal L'age de faire

Wed, 19 Sep 2018 16:32:10 +0200

Algérie : la paix des sages

En 2012, L’âge de faire avait donné la parole à l’Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4Acg).  L’engagement de ses membres,  garde toute sa pertinence, à l’heure où l’actualité a fait ressurgir la guerre d’Algérie sur le devant de la scène.

Des anciens appelés en Algérie reversent leur retraite de combattant à une association afin d’oeuvrer pour la paix, à partir d’un travail de mémoire sur la guerre.

J’avais toujours rêvé de toucher la main d’un fellaga (1) » dit Rémi Serres, fondateur de l’association 4Acg (Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre). « Mais ce jour là, c’était plus que la main. Sur la place de Bejaia (2), on est tombés dans les bras l’un de l’autre. On a pleuré. On a parlé de la guerre. » C’est au cours d’un voyage pour l’association 4Acg que Rémi Serres, ancien appelé en Algérie, a rencontré Djoudi Attoumi, qui s’est battu dans l’autre camp, au sein de l’Armée de libération nationale (ALN), pour l’indépendance de son pays. Comme beaucoup d’appelés, Rémi était parti sans savoir ce qui l’attendait. « On a compris trop tard. » Quand il a embarqué sur le bateau, il partait pour le Maroc, mais en cours de route, la destination a changé.

Très vite, on a réalisé qu’on était en train de faire quelque chose qui ne nous regardait pas. A part quelques sanguinaires, on n’était pas des guerriers.
De retour en France, Rémi Serres a fait comme la majorité de ses camarades de combat : il n’a rien raconté. Il se souvient que cette guerre n’intéressait personne, sauf quand il y avait un mort dans la famille. Ce n’est que vingt ans plus tard que tout est sorti. A la demande de son fils jugé pour insoumission (3) du fait de son refus d’effectuer son service militaire, Rémi raconte la guerre d’Algérie au tribunal. « J’ai dit que le service militaire était une école de la guerre, et bien que ce soit interdit dans un tribunal, il y a eu un tonnerre d’applaudissement. »

« JE SUIS REVENU DÉMOLI »

Des années plus tard, quand, à l’âge de 65 ans, vient l’heure de solliciter la retraite du combattant, il décide de la refuser : « Je n’en voulais pas de cette retraite qui sentait trop la misère, la torture et la guerre. » Mais il veut en faire quelque chose et, avec l’aide du Comité des objecteurs du Tarn et trois amis, qui ont vécu comme lui la guerre d’Algérie, il décide de fonder 4Acg. Les adhérents seront les anciens appelés qui feront la démarche de solliciter la retraite du combattant et de la reverser pour financer les besoins de l’association. Son montant est aujourd’hui d’un peu plus de 600 euros. Marie-François Thierry a rejoint l’association en 2006, d’abord parce qu’il avait besoin de parler avec des anciens appelés. « La première rencontre a été une catharsis qui m’a permis de vider l’abcès,confie-t-il. Lui non plus n’a rien raconté au retour d’Algérie. Il est resté avec la culpabilité d’avoir contribué à laisser faire… lui qui se croyait fort des valeurs humaines qu’on lui avait enseignées. « J’ai dû me reconstruire, me réhumaniser. C’est le sens de ma vie depuis 45 ans. » La reconstruction passe désormais pour lui par une sorte de réparation :

J’avais honte de cette misère à laquelle j’avais participé. En mettant en commun les retraites, on peut contribuer à réparer modestement, en aidant ceux qui ont souffert des désastres de la guerre.
Marie-François voulait aussi participer à l’action de témoignage menée auprès des jeunes, leur dire « que ceux qui souffrent sont surtout les populations civiles et pas ceux qui déclarent la guerre. Et aussi, témoigner que ceux qui font la guerre en arrivent souvent à se déshumaniser. Pour que les jeunes sachent que leurs grands-pères n’étaient pas tous des salauds. On peut dériver par lassitude, par peur, si on voit les copains se faire tuer et plongé dans une ambiance de violence on finit par y céder soi-même. »

Depuis sa création en 2004, l’association, qui compte 130 adhérents et autant d’amis, est intervenue dans une trentaine d’établissements scolaires, et notamment au lycée Jean-Monet de Montpellier. Danielle Viau y enseigne l’histoire-géographie. En 2008, elle avait choisi de travailler sur la guerre d’Algérie avec trois classes de première. « J’avais pas mal d’élèves issus de l’immigration marocaine et algérienne, et des petits enfants de pieds-noirs (4). Je voulais les faire revenir sur leur histoire. » L’enseignante, pour éviter les raccourcis façon « café du commerce », a fait travailler les élèves en sous-groupes thématiques, de manière à traiter l’ensemble des aspects de la guerre.

On a produit un gros travail de fond. C’est par la connaissance qu’on peut arriver à comprendre avant d’émettre un jugement.Danièle Viau

Le jour J, les élèves ont accueilli dans leur établissement deux anciens appelés, Rémy Serres et Georges Treilhou, ainsi que Djoudi Attoumi, ancien combattant indépendantiste. « Quelque chose de remarquable, d’extraordinaire, s’est passé ce jour là, un instant magique, profondément respectueux. 90 élèves étaient en suspens, et cela a marqué les anciens » se souvient Danielle Viau, encore émue au souvenir de Djoudi Attoumi disant aux élèves : « On ne résout jamais les problèmes par la guerre. »

Nicole Gellot

1- Tunisien ou Algérien entré en lutte contre la colonisation française.

2- Commune située à 180 km à l’est d’Alger.

3- Avant la suppression du service national, l’insoumis qui refusait d’effectuer le service militaire (et refusait le statut d’objecteur) encourait une peine de prison.

4- Européens d’Algérie.

admin

Wed, 05 Sep 2018 10:32:39 +0200

NDDL : convergeons contre la normalisation

Cet automne, s’ouvrira une période charnière pour l’avenir de la Zad. Le comité de pilotage devra définir les grandes orientations pour le foncier. Les agriculteurs conventionnels mettent la pression. Les zadistes appellent à un grand rassemblement les 29 et 30 septembre.

On aurait pu voir début juin une lueur d’espoir dans la signature entre l’État et des zadistes de 15 conventions d’occupation précaire (Cop), permettant à 15 activités et projets d’avoir la « reconnaissance des autorités » et ainsi la paix policière. Il s’agit de cinq activités d’élevage, de trois activités maraîchères, de cultures céréalières avec transformation (meunerie, brasserie), de deux cultivateurs de simples, d’une pépinière, d’une activité de production de semences potagères et d’une activité apicole. Le tout sur 140 ha. Mais l’automne est déjà dans les esprits, et pour cause : « Nos Cop ne courent que jusqu’à fin décembre. Dès octobre, les cartes seront rebattues », rappelle un zadiste au magazine Politis (1). Un comité de pilotage, début octobre, se penchera en effet sur l’avenir des terres à partir de janvier 2019, et certaines clauses dans les Cop laissent présager le pire. Celles-ci excluent par exemple toute tacite reconduction, et l’État peut les résilier unilatéralement, sans formalité préalable, sans indemnité ni préavis, « dès lors que les terrains doivent être rétrocédés à leur ancien propriétaire qui en a fait la demande » (2).
Les anciens propriétaires, ainsi que les fermiers des anciens propriétaires ? Sur la Zad, on les appelle les « cumulards » : ils ont touché des indemnités au moment de l’expropriation, ont été prioritaires pour obtenir des terres en compensation, des aides Pac liées, et n’ont pas participé à la lutte pour préserver « leur » foncier. Les zadistes vont-ils être « expropriés » au profit d’agriculteurs qui n’ont pas participé à la lutte, et qui ont une vision très conventionnelle de l’agriculture, totalement contraire à l’esprit qui a animé la résistance anti-aéroport ces quarante dernières années ?

L’importance de « l’extérieur »

Le risque est d’autant plus grand que, d’après Ouest-France (3), l’État s’apprêterait à revendre environ 900 ha des terres au Conseil départemental de Loire-Atlantique. Son président, Philippe Grosvalet, est un « anti-zadiste » notoire. Il a déjà annoncé qu’il associerait la Chambre d’agriculture aux décisions concernant l’usage des terres rétrocédées par l’État. La FDSEA, syndicat majoritaire à la Chambre, ne cache pas, également, ses sympathies pour donner la priorité dans l’usage des terres aux anciens propriétaires. Autour de la table du « comité de pilotage », quel sera le poids de « l’assemblée des usages » de la Zad, qui revendique un autre modèle de propriété, basé sur une gestion globale des terres en un seul commun ?

C’est à ce moment [en octobre] que va être statuée la consolidation de l’emprise foncière des différents projets nés du mouvement ou sa remise en question. Ce qui se décidera dans des bureaux dépendra comme toujours de la présence d’un mouvement vibrant et actif à l’extérieur.
C’est en effet conjuguée à un « mouvement vibrant et actif à l’extérieur » que la lutte sur le terrain à réussi à mettre en échec le grand projet d’aéroport « et de son monde ». Mais quel serait le sens de cette mise en échec si, à la place d’une fabuleuse opportunité d’expérimentation, les terres préservées étaient finalement dédiées à l’agrandissement, dans une logique bêtement productiviste ? Que tout le passé de gestion des communs se dissolve au profit de la logique individualiste de la propriété ? Que toute la richesse architecturale de la Zad soit rasée à jamais ? Que ce lieu unique de rencontres et d’échanges soit rayé de la carte ? C’est bien pour préserver cet embryon de nouveau monde que nous sommes appelé·es à converger, nombreuses et nombreux, les 29 et 30 septembre.

Fabien Ginisty
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> Toutes les infos sur zad.nadir.org
1 / Politis, « La Zad, suite ! », n°1513 / 2 – Reporterre.net, « À Notre-Dame-des-Landes, repos estival avant une nouvelle bagarre. », publié le 27 juillet / 3 – ouest-france.fr, « Notre-Dame-des-Landes : le Département de Loire-Atlantique rachète la Zad à l’État »

admin

Wed, 05 Sep 2018 10:23:01 +0200

Quelle grande réforme des retraites ?

Le système de retraite français assure actuellement aux retraités un niveau de vie équivalent à celui des actifs. En 2018, malgré un taux de chômage élevé, le système est financièrement équilibré. Dans les années à venir, l’allongement de la durée de vie et l’arrivée à la retraite des générations nombreuses nées après la guerre devraient augmenter le poids des retraites dans le PIB. Les gouvernements successifs ont déjà retardé l’âge minimal de départ à la retraite à 62 ans. Il faut 42 (et bientôt 43) années de cotisations pour avoir droit à une retraite à taux plein, ce qui risque d’obliger beaucoup des jeunes actuels à travailler jusqu’à 66 ans. Enfin, comme les pensions resteraient indexées sur les prix (et non sur les salaires), il est prévu une baisse de 15% d’ici 2040 du niveau relatif des retraites par rapport aux salaires.
Le Président de la République veut unifier les régimes de retraite dans un système unique fonctionnant à points, tel que : « Un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé. » Cet objectif est contradictoire avec le caractère de solidarité du système actuel, assuré par le minimum contributif, la validation des périodes de maladie et de chômage, les avantages familiaux, la cotisation au-dessus du plafond n’ouvrant pas de droits, la prise en compte de la durée de carrière et de la pénibilité du travail (encore bien insuffisante). Les pensions de réversion seraient remises en cause.

Dans un système à points, les salariés n’ont aucune garantie sur leur taux de remplacement (le niveau de leur retraite par rapport à leur salaire). Selon ses promoteurs, le système serait automatiquement équilibré, mais cela se ferait par baisse du niveau des retraites.
Le risque est grand que la réforme réduise nettement le niveau des retraites et dégrade les éléments de solidarité du système. On pourrait aboutir, comme pour l’assurance-maladie, à un système public de bas niveau qui serait complété par des régimes supplémentaires d’entreprises, en capitalisation, inégalitaires selon l’entreprise et le statut du salarié.
Les salariés doivent se battre pour que quatre points cruciaux soient préservés : les différences d’espérance de vie et de capacité à rester en emploi selon la carrière doivent être pris en compte : les travailleurs manuels doivent pouvoir partir plus tôt que les cadres ; un objectif de taux de remplacement doit être clairement fixé (par exemple, 70% pour un salaire moyen) ; il doit être plus fort pour les bas salaires ; les mécanismes de solidarité doivent être maintenus.

Henri Sterdyniak, économiste atterré.

admin

Wed, 29 Aug 2018 18:38:11 +0200

McDO coopératif ?

Toutes ces belles pages consacrées à la « stratégie agro-écologique » de l’entreprise et aux « bonnes pratiques » de ses producteurs… Ces graphiques qui démontrent l’excellence de sa « responsabilité sociale et environnementale »… Ces chiffres grisants sur le recyclage des bombes de crème fouettée et la consommation d’eau des toilettes de ses 1 442 fast-food… Chaque année à L’âge de faire, ce rapport nous fait glousser comme de la chair à nuggets ou grogner comme du cochon à bacon – ça dépend de l’humeur et du tempérament de chacun·e.
Mais cette fois, il a une saveur particulière qui nous pousse à le feuilleter plus attentivement. Car nous revenons de Marseille, où les salarié·es du McDo de Saint-Barthélemy, dans le 14e  arrondissement, n’ont pas froid aux yeux : ils veulent reprendre leur restaurant en Scop ! Scop, pour Société coopérative ouvrière de production, un statut (celui adopté par L’âge de faire) dans lequel les travailleurs sont majoritaires en capital et en voix.

Coopérative… voyons, voyons.

Ce mot fait-il seulement partie du vocabulaire de McDo ? Là ! À la page 8 du superbe rapport, un titre nous parle de « mode de gouvernance coopératif ». Le texte nous apprend que « McDonald’s conclut des contrats de location-gérance sur 20 ans avec les franchisés », et que « ceux-ci participent de façon permanente à la décision ». Bof, rien que du blabla de communiquant qui a vu que la coopération était à la mode. Tandis qu’à Saint-Barthélemy…
L’équipe de salarié·es a beau travailler pour une multinationale qui fait du fric en pressant ses travailleurs comme des citrons, elle a décidé d’exercer son pouvoir collectif. De grève en grève, elle a défendu ses droits, amélioré ses rémunérations et ses conditions de travail. Forte de ces acquis, elle s’est ensuite déplacée pour soutenir des collègues d’autres McDo français et les encourager à lutter à leur tour… Pour la direction de McDonald’s France, c’en était trop. Sous prétexte que les travaux d’une nouvelle route font baisser le chiffre d’affaires de Saint-Barthélemy, le siège a mis en vente le bâtiment. D’où le projet de Scop, porté par des salarié·es qui voudraient gérer eux-mêmes leur activité, tout en restant franchisés par le géant des fast-foods.
Peut-être pensez-vous : « Une Scop chez McDo ? On marche sur la tête ! » Pourtant, dans un quartier où le McDo est l’une des rares activités économiques et quasiment le seul lieu de rencontre pour la population, il est intéressant de voir que l’équipe de Saint-Barthélemy a en quelque sorte détourné cette entreprise capitaliste pour en faire un outil au service de son territoire. Comment ? Vous le saurez en lisant le reportage que Nicolas va vous concocter pour le mois prochain. Et si vous avez peur de le rater, n’hésitez pas à vous abonner, car…

Notre campagne d’abonnement continue ! Lancée dans notre dernier numéro, elle a commencé à porter ses fruits : alors que d’habitude, l’été est une période creuse pendant laquelle nos ventes sont en baisse, nous avons gagné très exactement 401 abonnements depuis le mois de juillet. On est encore très loin de l’objectif ambitieux (passer de 8 000 à 15 000 abonnés) que nous nous sommes fixé, mais c’est un bon début ! Pour réussir, nous prévoyons plusieurs actions visant à nous faire connaître d’un public plus large, et nous comptons évidemment sur vous pour parler de L’âge de faire à votre voisine, votre tonton, votre factrice ou votre boulanger préféré.

Nous pouvons pour cela vous envoyer gratuitement des journaux (demander à Fabien Plastre au 04 92 61 24 97 ou diffusion[at]lagedefaire-lejournal.fr).
Merci à toutes et à tous pour votre soutien et votre implication !

Lisa Giachino

admin

Wed, 29 Aug 2018 16:27:56 +0200

Cannabis, briser le tabou

Particulièrement répressive contre l’usage du cannabis, la France est aussi l’un des pays où on en consomme le plus !

Cette politique, qui se fait essentiellement au détriment des populations pauvres, prive également de nombreux malades de traitements qui pourraient les soulager. La légalisation permettrait les actions de prévention et assécherait les marchés illégaux qui coupent souvent le cannabis avec des produits toxiques. Elle supprimerait aussi une soupape économique qui évite à l’Etat de se préoccuper de milliers de familles pauvres.

Numéro 133 – Septembre 2018 – Cannabis, briser le tabou

1 / EDITO : Mc Do coopératif ? / l’Atelier soudé a la solution, pas les financements
3 / Uruguay : une école 100 % recyclée
4 / Comores : Symbiose avec les tortues entretien « Les normes protègent les plus faibles »
5 / Livres : Une bd en circuit court / Loin des yeux nos forêts disparaissent
6 / 7 / Reportages en Italie solidaire
12 / 13 / Portfolio : en Bretagne, un lieu d’accueil autonome
14 / Les actualités : NDDL : convergeons contre la normalisation !
15 / Grrr ondes cynisme tous azimuts
16 / 17 / NEF : être banquier autrement : rêve ou réalité ?
18 / 19 / Jardin / Adopter ses premières poules / Le sureau noir / Jeu : l’awalé / Forum / Mots croisés / Livres pratiques
20 / Fiche pratique : la guêpe
21/ Notre campagne d’abonnement

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