Presse & blogs Lecteur de flux musclé avec (souvent) des articles complets dedans!

❯ Flux Isérois
le Ravi

Wed, 25 Jul 2018 09:55:00 +0200

Quand les inégalités pèze(nt) !

La suppression de l’ISF va renforcer les inégalités en Provence-Alpes-Côte d’Azur

Vous pouvez lire gratuitement cette archive du Ravi. Mais l’avenir du mensuel régional pas pareil, qui existe car ses lecteurs financent son indépendance, est toujours entre vos mains. Abonnez-vous, abonnez vos amis, vos ennemis, faites un don...

« En Paca on a une population parmi la plus riche de France. Mais c’est aussi la région où l’écart "interdécile", c’est-à-dire entre les 10 % des plus pauvres et les 10 % des plus riches est plus grand qu’ailleurs  », note Hervé Guéry, économiste et directeur du Centre d’observation et de mesure des politiques d’action sociale (Compas) qui a travaillé sur plusieurs études concernant la Paca. Avec 5 millions d’habitants c’est une des régions les plus peuplées de France, c’est celle aussi qui a connu la plus forte croissance démographique depuis 1960. C’est également la troisième économie régionale avec un Produit intérieur brut (PIB) supérieur à 150 milliards d’euros. Et qui se classe parmi les 20 régions ayant le PIB le plus élevé en Europe. Mais elle se situe aussi en deuxième position après la Corse en termes d’écarts de richesse.

Parmi les 20 premiers milliardaires français (Forbes 2018), on trouve deux marseillais : Jacques Saadé, patron de la CMA-CGM à la 12ème place avec 6 milliards d’euros, soit 13 places de mieux qu’en 2017 (Il est décédé le 24 juin 2018). Et Pierre Bellon, patron de la Sodexo à la 13ème place avec 5 milliards d’euros et 324ème rang au niveau mondial. Comme quoi on peut avoir la quantité en poche sans la qualité en bouche ! Dans les 500 premières fortunes du pays (magazine Challenge 2017), Alexandre Ricard (le PDG de Pernod-Ricard) est à la 22ème place avec 4,3 milliards et le Marseillais Jacques-Antoine Granjon (Vente-privée.com) à la 49ème avec 1,65 milliards d’euros. La famille Rénier (Onet) ferait presque figure de peuchère avec sa 190ème place et ses 450 millions d’euros.

Signe extérieur de richesse

Les riches se concentrent sur la Côte d’Azur, mais aussi à Aix-en-Provence, qui comme l’explique Hervé Guéry, fait un peu bande à part : «  En Paca, richesse et pauvreté sont assez proches. Par exemple, dans le centre de Cannes il y a à la fois de la richesse et, juste derrière, des zones entières de très grande pauvreté. C’est pareil à Nice ou Grasse. La spécificité d’Aix-en-Provence c’est qu’elle a quelques petites poches de pauvreté mais relativement faibles au regard de la dynamique de base qui attire une population aisée.  » On observe aussi des sortes d’échanges migratoires entre Aix et Marseille : si un Marseillais gagne en pouvoir d’achat il déménagera sur Aix, alors qu’un Aixois sans-le-sou migrera dans la cité phocéenne…

Après l’Île de France, le sud-est est l’un des grands contributeurs à l’impôt de solidarité sur la fortune : 3821 familles à Marseille, 3064 à Nice, 1872 à Aix, 697 à Toulon, 347 à Avignon, 205 à Gap… Monaco est hors compétition. Car sur le Rocher s’ils ne sont « que » 500 Français à payer l’ISF, ils possèdent un patrimoine moyen très élevé de 3,8 millions (3,1 millions pour Cannes).

Ce qui fait de Paca une région riche mais fortement touchée par les inégalités. Plus de 15 habitants sur 100 sont en situation de pauvreté et tous les départements sont concernés, Bouches-du-Rhône et Vaucluse en tête. «  Avignon fait partie des villes françaises les plus pauvres et à côté de ça on a des bassins de vie avec de l’opulence comme le Luberon. On rencontre des difficultés à faire en sorte que les collectivités de ce territoire acceptent la fragilité d’une partie de sa population  », explique Vincent Delahaye, élu Front de gauche à la mairie d’Avignon, délégué à l’habitat d’urgence et directeur de l’association Le Village à Cavaillon qui aide les plus précaires à retrouver le chemin de l’autonomie. «  L’inégalité sociale me semble un des facteurs principaux de l’installation de la droite la plus réactionnaire sur nos territoires, note-t-il. Car ça crée du ressentiment et du rejet.  »

«  La particularité de Marseille est de posséder les quartiers les plus pauvres (nord), mais aussi les quartiers les plus riches (sud) de France  », explique encore Hervé Guéry. Le quartier Perier dans le 8ème arrondissement marseillais est le plus riche du pays, hors Paris. 69 % de ses habitants paient l’impôt sur le revenu. À côté de ça, Marseille possède les 25 quartiers les plus pauvres de France sur 100 au niveau national. Une fracture nord-sud qui ne fait pas de doute au regard des revenus annuels moyens oscillant de 8000 euros dans le 3ème arrondissement de Marseille à 24 000 euros pour Perier.

Pauvres de nous

«  Cet écart-là produit une ségrégation spatiale assez impressionnante. Dis-moi où tu habites et je te dirai qui tu es. Et quelles chances tes enfants auront de trouver un job et de devenir cadres  », note l’économiste. Et de s’alarmer : «  Quand vous vivez dans un quartier pauvre, l’absence de mixité sociale et de revenus font que la reproduction sociale s’accroît beaucoup plus vite qu’hier et explose ! » Ce sont les enfants les plus fragiles qui en pâtissent. «  Quand on a fixé la carte scolaire ça partait d’un bon sentiment. Mais l’effet c’est qu’à Toulon, certains jeunes ne sont jamais sortis de leur quartier. À Marseille certains gamins n’ont jamais vu la mer !  », note Jean-Paul Jambon, responsable varois de la Fondation Abbé Pierre. Et difficile de faire société quand on ne se rencontre pas…

En janvier, l’ISF a été remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI). C’est en Paca que l’on trouve logiquement les villes les plus impactées par la baisse. Le gouvernement va donc faire cadeau de 20 millions d’euros aux plus riches Aixois et Niçois, et 10 millions d’euros aux ressortissants français de Monaco. Les Marseillais les plus riches récupéreront quant à eux 38 millions d’euros. «  Mais Marseille concentre aussi le plus grand nombre de logements sociaux et de bénéficiaires des APL (Allocations pour le logement) et avec la baisse de celles-ci, c’est une des rares villes qui a plus à perdre qu’à gagner  », explique Hervé Guéry.

Dans le Var, qui manque cruellement de logements sociaux, avec la baisse de l’ISF on devrait se frotter les mains. «  Dans le département, 27 000 familles sont en attente de logements sociaux, dont 60 % de familles monoparentales », explique Jean-Paul Jambon. Saint Raphaël compte 805 familles soumises à l’ISF en 2016 pour seulement 8,6 % de logements sociaux : Banco ! «  On a de la marge mais on ne redistribue pas de manière équitable, s’inquiète Hervé Guéry. Alors que si l’on veut favoriser la dynamique des territoires pour lutter contre la ségrégation spatiale, il faudrait travailler d’abord sur l’équité de l’argent que l’on redistribue aux ménages.  »

Dans les années 70/80, la perspective de résoudre les inégalités sociales était encore au programme. Aujourd’hui l’ambition serait plutôt de creuser l’inégalité des chances... «  Dans nos études, on croise les questions de déclassement et de discrimination et à niveaux de formation équivalents, de catégories sociales équivalentes, c’est une question de territoire qui se joue », note l’économiste. Et de conclure : «  Ce n’est pas parce qu’on a beaucoup de "premiers de cordée" dans un territoire, que l’on a moins de pauvres. On pourrait même dire l’inverse. Paca est la grande illustration que ce propos est facile à tenir mais qu’il ne se vérifie pas.  »

Samantha Rouchard

Enquête publiée dans le Ravi n°162, daté mai 2018

leravi

Thu, 19 Jul 2018 11:16:42 +0200

Utérus Cactus

Utérus Cactus - Labyrinthe sombre et piquant

Spectacle par MariSoa Ramonja

Être ou ne pas être mère. Naître ou ne pas naître mère. Corps, cycle menstruel, sexualité, consentement (médical), grossesse, accouchement, naissance, parentalité, éducation. Direction artistique : Marisoa Ramonja « Vous avez un utérus rétroversé ». Bam ! Ça me tombe dessus comme une maladie. Je n’ose pas lui demander ce que ça veut dire. Ça me fait souvent ça, une blouse blanche. Je ne sais pas ce que ça veut dire mais je comprends que c’est pas normal. Même si c’est pas normal, une blouse blanche ne va jamais te dire que du moins, c’est courant. Je suis sortie du cabinet avec la tête qui tourne. J’avais peur mais je ne savais même pas de quoi. Ça me fait souvent ça, une blouse blanche. J’ai appris que 20 à 30% des femmes avaient un utérus rétroversé. Pas de quoi s’affoler puisqu’il ne s’agit pas d’une pathologie mais d’une simple variante anato- mique. L’utérus est plutôt couché sur la vessie. Le mien se tient droit et s’appuie contre le rectum. Il est fier mon utérus. Voilà ce qu’elle aurait dû me dire la blouse blanche : « Vous avez un utérus fier. » Et je serais sortie du cabinet, la tête haute, fière de mon utérus.

Distribution : Gestation et accouchement : MariSoa Ramonja Doula : Pouci Drahma

 !!! Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité du public. Merci de venir en conscience

Vendredi 20, samedi 21 et dimanche 22 juillet à 13h15 à l’Humanum 149 [lieu n°79], 149 rue de la Carreterie, 84000 Avignon. Résa : 0984429306. Tarifs 15€/10€.

leravi

Wed, 18 Jul 2018 09:08:50 +0200

Muselier, l'apprenti sorcier

Le président du conseil régional Paca malmène la filière de l’apprentissage

Vous pouvez lire gratuitement cette archive du Ravi. Mais l’avenir du mensuel régional pas pareil, qui existe car ses lecteurs financent son indépendance, est toujours entre vos mains. Abonnez-vous, abonnez vos amis, vos ennemis, faites un don...

« Révolution copernicienne », « big bang ». Lors de sa présentation vendredi 27 avril en conseil des ministres de son projet de loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » Muriel Pénicaud, la ministre du travail, n’a pas manqué de superlatif. La réalité est pourtant plus prosaïque : le gouvernement engage simplement la privatisation de l’apprentissage (1) et en laisse la gestion aux entreprises, via les branches professionnelles.

Jusqu’à présent, la filière est une compétence régionale, qui définit l’offre de formation et assure le reversement de 51 % de la taxe d’apprentissage. En Paca, elle rassemble 71 centres de formation des apprentis (CFA), 260 sites de formation, plus de 30 000 apprentis et pèse 140 millions d’euros de budget, dont 20 millions investis directement par la Région. « La réforme emmène un vrai changement de paradigme, note Sylvie Combes, déléguée du personnel CGT de l’association départementale d’études et de formations, qui porte le CFA de la Bourse du Travail à Marseille et très fragilisée par les réformes de la formation continue engagée par la Région depuis 2015 (voir ci-dessous). Elle sort l’apprentissage d’un pilotage public et partiaire et casse la recherche d’une vision globale et cohérente de l’offre de formation pilotée par la Région et l’Education nationale. »

Si certaines mesures sont saluées - augmentation de la rémunération des apprentis mineurs de 30 euros, barrière d’âge repoussée à 30 ans, inscription toute l’année, maintien des apprentis en formation malgré une rupture de contrat… -, certains craignent une refonte du secteur. C’est le cas des CFA interprofessionnels, comme celui de la Bourse du travail, qui, contrairement aux CFA de branche très financés par les entreprises ou ceux liés aux lycées professionnels, privilégient des métiers d’art beaucoup moins organisés et aux effectifs réduits. « Le paiement au contrat ne pourra plus faire vivre les formations avec peu d’apprentis, qui existent grâce au soutien public », craint la chargée de relations aux entreprises.

New Model Army

Moins commenté, un autre point alarme : la prise en main par les branches de la définition du contenu des formations et des examens. « Avec les certifications ou les titres professionnels, on change de modèle puisque l’apprentissage pourrait sortir de la formation initiale, sanctionnée par un diplôme national, s’inquiète aussi Alexis Disegna, le coordinateur du CFA Régional de l’académie Aix-Marseille. Les élèves seront des professionnels plus pointus, plus aguerris, mais ils vont perdre tous les savoirs associés, notamment les matières générales qui en font des citoyens et rendent possibles les changements de parcours. On risque d’enfermer les gens. »

« Pour qu’il y ait une vraie reconnaissance des compétences, il faut être en relation avec les branches professionnelles. Mais le répertoire de formation restera celui de l’éducation nationale », balaie Cécile Muschotti, députée LREM de Toulon. Et l’ancienne socialiste d’insister : « Aujourd’hui, le système est injuste, hors sol, mal connu des entreprises. Il engrange des milliards d’euros (2), mais le chômage augmente. Là, on a une volonté de nourrir les entreprises de compétences réelles pour le faire baisser. »

« La réforme déverrouille le système actuel, elle va permettre aux entreprises de décider de leurs besoins et elle casse le monopole des CFA », se réjouit de son côté Gérard Abbassi, le président régional de la fédération de la formation professionnelle, un syndicat patronal. Seule une certification de l’Etat sera en effet désormais demandée pour ouvrir une filière apprentissage. Le directeur général du groupe de formation ACOPAD s’en frotte les mains, son futur modèle économique en tête : mixer publics de niveaux différents et s’appuyer sur une main d’œuvre précaire, des formateurs auto-entrepreneurs ou en portage salarial. « On doit pouvoir s’adapter aux marchés », justifie le patron, tout en assurant « comprendre l’inquiétude des organisations syndicales » et « le désaccord de la Région avec la réforme ».

Pompier-pyromane

Renaud Muselier s’est en effet très rapidement opposé à cette réforme, dénonçant la recentralisation du dispositif. Le président LR du Conseil régional est même entré en guerre ouverte avec Muriel Pénicaud, en annonçant en pompier-pyromane l’abandon ou le gel par sa collectivité de 120 millions d’euros d’investissement, dont 70 millions rien que pour le Campus A, la vitrine de l’apprentissage que devait intégrer en 2019 le CFA de la Bourse du Travail. « Renaud Muselier en a profité pour faire le buzz, mais il a raison. C’est bien gentil de tout centraliser, mais Paris n’est pas la France », juge Jean-Luc Monteil, le président du Medef Paca, un des rares à le soutenir et lui aussi opposé à la réforme.

Pour Frédéric Pelleing de la CFDT, le président LR de la Région n’est pourtant « pas le meilleur contradicteur » de celle-ci. En charge du dossier pour la centrale syndicale, il s’inquiète lui aussi de l’avenir de certaines formations et des CFA mais juge positivement les mesures en faveurs des apprentis, « pour lesquels la CFDT a beaucoup pesé ». Par contre, il est cinglant envers l’éternel dauphin de Jean-Claude Gaudin : « On est dans une guerre de tranchées où [il] veut garder ses prérogatives et son enveloppe financière. » Les mauvaises langues, à l’image de Muriel Pénicaud, assurent d’ailleurs qu’il ne la consacre pas entièrement à l’apprentissage…

D’autres estiment aussi que Renaud Muselier met déjà en pratique en Paca ce qu’il dénonce au niveau national. « Alors que le santon est un emblème de la région, notre école de céramique d’Aubagne qui bénéficiait de soutien public pour pallier des effectifs faibles est absente du nouvel appel d’offre lancé en janvier par la collectivité », relève l’Adef. La présentation des appels d’offre 2018 de la formation continue est elle-même sans ambiguïté : elle annonce vouloir « doter jeunes et adultes de compétences et de qualifications utiles ». Du Macron dans le texte.

Jean-François Poupelin

1. La réforme concerne également l’assurance-chômage et la formation professionnelle.

2. 8,2 milliard d’euros par an selon le ministère du Travail (Lesechos.fr, 09/04).

« Un cataclysme » pour la formation continue

« Gouvernance, modèle économique, financement, la réforme de la formation continue va être un cataclysme pour nous, les organismes qui fonctionnent avec des financements publics et des équipes stables. » Le pronostic alarmiste est de Philippe Genin, le directeur-adjoint de l’Adef et président de l’Union régionale des organismes de formation (Urof), qui fédère 76 structures de Paca.

A sa décharge, la « révolution copernicienne » annoncée par la ministre du travail – abonnement du Compte personnel de formation (CPF) en euros et non plus en heures, centralisation du dispositif dans l’agence nationale France compétence, etc. - succède à la réforme de la formation continue imposée par la majorité du conseil régional, compétent en la matière, depuis sa victoire de décembre 2015. Ses principaux axes : la suppression des Espaces territoriaux d’accès aux premiers savoirs, un dispositif de remise à niveau essentiel pour les décrocheurs et allophones, une baisse du budget de 25 % selon Philippe Genin et une révolution de la commande publique. « Le critère de prix est devenu prépondérant dans la note globale et un retour à l’emploi de 70 % est désormais imposé », détaille Sylvain Bego-Ghina, le responsable régional CGT de l’Afpa Paca. « Il y a une volonté de libérer le marché, mais aussi une vision de la formation au service de l’entreprise et non plus de l’individu. [Ce dernier] est désormais responsable de son employabilité », se désole Philippe Genin.

Cette réforme de la Région a déjà eu ses effets : la suppression de centaines d’emplois, notamment des CDD non renouvelés, et la fermeture de trois centres de formation, assure le président de l’Urof, qui est lancé dans un plan de sauvetage de l’Adef. Mais les prochaines pourraient concerner à l’Afpa, un établissement public en crise depuis l’ouverture du marché de la formation à la concurrence en 2009. En Paca, l’association compte 550 salariés, CDI et CDD confondus, et dispose de huit centres de formation. « Deux sites sont menacés, dont celui de Nice et ses 50 salariés, assure Sylvain Bego-Ghina. » Et de pester : « Pour mettre en œuvre son plan d’investissement dans les compétences de 15 milliards d’euros pour deux millions de chômeurs et jeunes peu qualifiés, le gouvernement ministère du travail a décidé de se passer de nous, le service public. » Quand on veut tuer son chien...

J-F. P.

Enquête publiée dans le Ravi n°162, daté mai 2018

leravi

Fri, 13 Jul 2018 09:11:15 +0200

Moi François Mariani, cousin de et retraité doré

Portrait satirique d’un notable vauclusien...

Vous pouvez lire gratuitement cette archive du Ravi. Mais l’avenir du mensuel régional pas pareil, qui existe car ses lecteurs financent son indépendance, est toujours entre vos mains. Abonnez-vous, abonnez vos amis, vos ennemis, faites un don...

En plein mois de juillet, les deux Mariani sont affalés dans les transats de la villa de François, au cœur du Luberon (1). Au bord d’une énorme piscine, ils dégustent un magnum de Bandol rosé hors de prix. Avec eux, l’avocat de François Mariani, le ténor du barreau parisien Olivier Morice, reconverti en majordome.

- Aaah ! On n’est pas bien là le couz’ ?, demande François à Thierry, la main dans son petit maillot de bain rose fluo, cheveux blancs bouclés et lunettes de soleil adaptées à sa vue.

- « Marion Maréchal-Le Pen est surdouée  » (2), bafouille Thierry, songeur, tout aussi peu vêtu que son cousin.

- Mais tu ne penses qu’à ça, c’est pas possible ! Faut savoir se détendre un peu.

- Oui excuse-moi, ça me stresse un peu toutes ces histoires. Tu as raison, ça va bientôt faire deux ans que tu es à la retraite. 80 ans et quelle mine !

- Merci ! Mais tu sais j’en ai bavé quand même ces huit dernières années.

- Je dirais même plus, vous avez subi « un vrai acharnement » (3) maître ! Ils ont voulu « se payer Mariani, de la jalousie, des juges auraient voulu l’accrocher à leur tableau de chasse » (4), s’indigne Olivier Morice, tout en redingote et plateau d’argent.

- Ouais ouais, c’est ça. Va nous chercher des glaçons.

François Mariani revient sur ces déboires judiciaires qui remontent à 2011. Alors propriétaire d’un hôtel 4 étoiles, les Agassins, et suite à l’envoi d’un enregistrement à l’Urssaf par l’un de ses employés attestant le recours au travail au noir, il est mis en examen en février 2011 pour «  abus de biens sociaux, travail dissimulé, faux et usage de faux, faux bilan et harcèlement moral  ». Lors de la perquisition, les enquêteurs découvrent une caisse noire, un millier de fausses factures… Si l’instruction est toujours en cours, elle est aujourd’hui au point mort. Plus tard, en 2013, il est placé en garde en vue, comme trois autres de ses collaborateurs, et mis en examen pour «  prise illégale d’intérêt  » dans le cadre de ses fonctions à la Chambre de commerce. Il lui est reproché d’avoir organisé des colloques avec des fonds publics au cours desquels les conjoints étaient conviés et participaient à des activités. Dernière actualité en date, la relaxe en mars de Philippe Pascal, l’agent de l’Urssaf ayant procédé aux contrôles dans l’affaire des Agassins, poursuivi pour « atteinte à la vie privée ».

- Il s’en est bien sorti cet affreux gauchiste d’inspecteur du travail ! C’était politique, il a même été référent local des Insoumis !, râle François.

- J’ai lu qu’il t’accuse d’avoir essayé de l’intimider en tentant de l’écraser, d’avoir cassé sa voiture ou de l’avoir agressé physiquement. Il a fini par faire un burn out avant de se faire virer le pauvre, rigole Thierry.

- Ouais… il a porté plainte, tout a été classé sans suite. Faut dire que le proc’ de l’époque ne s’est jamais caché de ses accointances avec la droite, ça m’a peut-être aidé. Mais tu me crois vraiment capable de faire ça ?, demande François à Thierry, clin d’œil à l’appui.

- T’as dû t’en mettre plein les fouilles quand même… Moi, 40 ans de vie politique, le petit toutou à Chirac et aucune condamnation. T’y crois ?

- T’es un bon. En ce qui me concerne ça a été un «  lynchage, une parodie de justice. J’ai été traité comme un voyou. Une entreprise de démolition par un quarteron qui [voulait] ma tête, trente-cinq interpellations, cinq gardes à vue mais tout a explosé en quelques jours » (4)

- Tu parles de la CCI là ?

- Ouais… « Les conjoints invités dans des séminaires ou lors de déplacements à l’étranger, toutes les CCI le font, même les ministères, ça ne tient pas » (6)

- J’en sais quelque chose… Et puis tu as été relaxé pour vice de forme !, se marre allègrement Thierry.

Olivier Morice revient alors que les glaçons tintent dans un bol orné d’émeraudes.

- « Force est de constater que les dossiers en question se sont dégonflés. Et rien n’a bougé depuis 2013 » (5). Même depuis 2011 en fait, fayote le majordome.

- On t’a sonné ? La seule fois où tu m’as surpris, Olivier, c’est quand tu as fait reporter une audience prétextant un mal de dos, s’amuse François.

- Tu fais le malin, mais ton bilan après 16 ans à la CCI n’est pas jojo. Le Vaucluse est le 7ème département le plus pauvre de France, la cour des comptes t’a épinglé sur ta gestion, tes 600 000 d’euros de frais d’avocat…, le taquine Thierry.

- Tu crois vraiment que la CCI y peut quelque chose, on est seulement la courroie de transmission de mecs comme toi, des politiques. « Nous proposons, ils décident » (6). Mais sinon toi… Je t’ai vu en dire et en faire des conneries pour le pouvoir. Mais là, le Front national… t’es sûr ?

Tout en sirotant son grand verre de rosé, Thierry réfléchit.

- « Tout est possible, rien n’est sûr… […] Il est temps de renverser la table. Le Front national a évolué. Regardons si un accord ou rapprochement sont possibles. […] Les choses évoluent les militants se posent la question. […] En matière d’immigration, le programme du FN, c’est celui du RPR il y a vingt ans. » (8)

- T’as même signé une tribune pour l’union des droites avec, Jacques Bompard, soi-disant ton grand ennemi politique !

- Tu sais, Jacquo, il m’a surtout permis de n’avoir aucune concurrence à droite localement. C’est un bon. Non, en vrai je me positionne pour le retour de Marion. Elle va tout unifier, je le sens. Enfin bref, « on ne me verra pas nu dans une piscine comme Loana !  » (9)

- Et te faire virer des Républicains, rien à foutre ?

- Bah bah… Paroles, paroles…

- Regarde, dans la piscine ! Marion !

Sur ce, Thierry ôte précipitamment son petit bout de tissu, balance son verre à la tête d’Olivier Morice et jette sa grande carcasse toute huilée dans le bleu de la piscine familiale.

Clément Chassot

1. Le lieu est tout aussi fictif que cette discussion. Seules les citations en italique renvoyant à une des notes suivantes ont été prononcées.

2. RMC, 27/07/2015.

3. ledauphine.com, 11/09/2011.

4. midilibre.fr, 12/07/2013.

5. lamarseillaise.fr, 31/10/2016.

6. avignon.quartierdaffaires.com, 15/11/2011.

7. ledauphine.com, 2/04/2018.

8. Le JDD, 10/03/2018.

9. laprovence.com, 02/11/2014.

Portrait publié dans le Ravi n°162, daté mai 2018

leravi

Fri, 13 Jul 2018 09:10:52 +0200

« Il faut un État israélien laïc et démocratique pour tout le monde »

Vous pouvez lire gratuitement cette archive du Ravi. Mais l’avenir du mensuel régional pas pareil, qui existe car ses lecteurs financent son indépendance, est toujours entre vos mains. Abonnez-vous, abonnez vos amis, vos ennemis, faites un don...

En Israël, la présence du religieux se manifeste comment au quotidien ?

Il est présent partout : pour se marier ou pour divorcer, dans l’armée, dans l’alimentation, dans le fait que l’État subventionne les études religieuses et pas les autres. Pendant le Shabbat, les transports publics ne fonctionnent pas. Les citoyens laïcs sont discriminés finalement. J’ai pris conscience de ça lorsque, après plusieurs années comme correspondante aux États-Unis et en Allemagne, je suis rentrée en Israël dans les années 90 avec un bébé et un mari non juifs. Ce n’était pas un Palestinien, pourtant, mais un Européen. Malgré tout il y a cette attitude discriminatoire qui vient de la religion. Les gens, même les laïcs, ne comprennent pas que l’on s’unisse à ceux qui ne partagent pas notre destin d’élu du peuple juif persécuté.

Est-ce que ceux, comme vous, qui prônent un État laïc sont entendus ?

La majorité des Israéliens n’arrivent pas à dire qu’ils ne veulent pas d’un État juif. Pourtant Il faut faire sortir toute loi religieuse du curriculum de l’État. Sans ça il n’y pas de solutions. On ne peut pas avoir un État qui discrimine par rapport à une religion ou une ethnie. Je ne dis pas que ce sera accepté demain mais il faut quand même que quelqu’un en parle. Je ne suis pas une politicienne, je suis un écrivain, je peux écrire et je peux penser. On ne doit pas réfléchir à une binationalité mais à un État démocratique et laïc pour tout le monde. On ne peut pas avoir un gouvernement comme au Liban car si on commence à donner des droits spécifiques aux communautés c’est le chaos. En Israël il est permis de critiquer le gouvernement, l’armée ou l’occupation. Mais dès que l’on remet en question l’État juif c’est-à-dire un État donnant un statut particulier à une ethnie religieuse, ce n’est pas accepté. Lorsque mon livre est sorti en Israël Il a été totalement ignoré et marginalisé.

Vous avez intenté un procès au gouvernement pour que la nationalité Israélienne remplace la nationalité juive. Pourquoi ?

En Israël il y a la nationalité juive et 130 autres nationalités qui ont toutes des statuts différents. Un juif peut obtenir la nationalité par le droit au retour, comme moi ou mes parents nés en Palestine mandataire dans les années 20. Il y a aussi la citoyenneté en droit de résidence. Les Arabes palestiniens qui n’ont pas été expulsés en 1948 ont ce statut : ils peuvent voter à la Knesset mais sont privés de nombreux droits. Par exemple, s’ils quittent le pays trop longtemps, ils perdent leur citoyenneté et ne peuvent plus rentrer. Alors que le juif qui part pendant 20 ans peut toujours revenir. Un juif peut acheter des terres, un non juif ne peut pas, ce qui entraîne de grandes difficultés d’accès au logement. Les Bédouins par exemple risquent à tout moment de perdre leurs maisons. C’est l’histoire de la Nakba qui se poursuit. On pense qu’Israël est une démocratie comme toutes les autres mais cette « anomalie » ne choque personne ? Cette histoire de nationalité c’est la base de la discrimination. Un Arabe, un chrétien ou un Druze n’ont pas les mêmes droits qu’un juif parce que la nationalité israélienne n’existe pas. [Après 16 ans de débat, la Cour suprême a rejeté l’idée d’une nationalité israélienne. ndlr].

Vous militez pour le droit au retour des Palestiniens et de leurs descendants. Comment l’envisagez-vous ?

Déjà il faut leur donner ce droit et ce sera à eux de décider où ils veulent vivre. En Israël on dit que tous les juifs du monde, soit 15 millions de personnes, ont le droit de retour. Comment explique-t-on que les Palestiniens n’aient pas ce droit ? C’est une question politique qui doit être résolue. Mais aujourd’hui c’est un sujet éludé.

Qu’en est-il concrètement de la discrimination envers les juifs orientaux ?

Je raconte mon histoire. Mes opinions viennent de là : mes livres ne sont pas qu’un travail théorique. Ma famille maternelle est d’Europe de l’Est, d’Odessa. Ma famille paternelle sont des juifs du Yémen. J’ai pu voir de très près la discrimination des juifs arabes en Israël. Ils ont toujours été encouragés à venir, pour remplacer les indigènes arabes qui étaient expulsés. La religion juive pousse aux études et à réussir, mais parce qu’ils étaient arabes eux étaient là pour remplacer les classes ouvrières dont on manquait. Ils ont toujours eu du mal à parler de ça. Et la solution qu’ils ont choisie, malheureusement, c’est d’être plus juif que juif. Les juifs au début de l’État d’Israël se considéraient comme laïcs. Eux se sont enfoncés dans la tradition et ont fortifié les tendances nationalistes et ethnocentristes que les laïcs avaient déjà.

Vous avez vécu à l’étranger pendant des années. Pourquoi avoir choisi de retourner en Israël ?

Les Israéliens me posent souvent la question : « Tu n’aimes pas ce gouvernement, pourquoi tu ne vas pas ailleurs ? » Je leur réponds qu’ils ont expulsé assez de personnes jusqu’ici. Moi je reste !

Propos recueillis par Samantha Rouchard

Entretien publié dans le Ravi n°162, daté mai 2018

leravi