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Tue, 16 Oct 2018 19:29:18 +0000

« La Mort Immortelle » : conclusion épique du chef-d'œuvre de Liu Cixin

Le dernier tome de la trilogie des Trois corps de l’auteur chinois Liu Cixin est paru en français ce 10 octobre. Avec La Mort immortelle (Actes Sud, 2018), cette incroyable fresque de science-fiction s’achève en une apothéose grandiose. Retour sur une oeuvre qui pourrait bien marquer le genre pour longtemps. Jusqu’à la fin de l’univers tel qu’on le connaît ?

Près de 2 000 pages. La trilogie des Trois Corps, le grand oeuvre de l’auteur chinois de science-fiction Liu Cixin constitue une fresque monumentale, qui mène le lecteur de l'Ère commune, la nôtre, à 2678, au moins. Une odyssée en trois étapes, toutes marquées par des phases d’espérance pour l’espèce humaine, rapidement balayés par les forces en provenance du néant de l’univers. Une épopée contée avec brio par l’ancien ingénieur Liu Cixin, qui place ainsi la Chine sur la carte de la science-fiction moderne.

Liu Cixin à Pékin en 2015 / ©Shutterstock

« Ce que je retiens après des années à travailler sur l’oeuvre, c’est le côté épique et l’ambition de l’ensemble, expose Gwennaël Gaffric, le traducteur de l’ouvrage en français. Le fait que l’on parte d’un coin paumé de la Mandchourie pour arriver à la fin de l’univers tel qu’on le connaît illustre cette ambition globale ». Une ambition globale dont Amazon souhaiterait obtenir les droits d'adaptation pour un milliard de dollars, la même somme que celle dépensée par la firme pour adapter Le Seigneur des Anneaux sur le petit écran.

Le paradoxe de Fermi ? Résolu !

Il y énormément de choses à retenir des trois tomes de la trilogie des Trois corps. Des récits enchâssés, des personnages qui traversent le temps et les époques, une interrogation sur la place de l’Homme dans l’univers et sur les choix que nous effectuons en temps qu’espèce, une réflexion profonde sur l’intérêt ou non de chercher à maîtriser notre destin commun : le grand récit de Liu Cixin se déploie dans plusieurs dimensions.

Et ça tombe bien, puisqu’il est notamment question de la découverte de plusieurs dimensions, dans des pages de vulgarisation scientifique de haut-vol. Mais l’auteur ne s’arrête pas aux dimensions de l’espace-temps, et s’attaque également à la fusion nucléaire, aux ascenseurs spatiaux, à la théorie des cordes, à la recherche de la vitesse luminique, aux trous noirs artificiels, à la propulsion de vaisseaux par courbure de l’espace-temps, à la cryogénisation ou encore à la vie au sein de cités spatiales bénéficiant de soleils artificiels.

Un tableau des recherches en cours ou des théories qui pourraient être validées ou non dans les siècles à venir et qui a été parfois difficile à retranscrire pour le traducteur Gwennaël Gaffric : « L’une de mes angoisses sur l’ensemble de la trilogie était de commettre des erreurs sur les aspects scientifiques ». Pour éviter cet écueil, il a fait appel aux conseils avisés de l'astrophysicien Laurent Pagani, directeur de recherche au CNRS et en poste à l’observatoire de Paris. Le résultat : une impression, pour le lecteur béotien qui écrit ces lignes, de sortir de la lecture de cette Trilogie avec une vision plus précise de ce que pourrait être l’avenir de l’humanité dans l’espace. Problème : d’avenir, il n’y a pas, pour Liu Cixin.

En effet, au cours du deuxième tome de la trilogie, La Forêt Sombre, l’un des personnages principaux de l’épopée, Luo Ji, parvient à résoudre le paradoxe de Fermi, qui tient en cette question: « S’il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc ? ». Pour répondre à la question, Liu Cixin part de deux axiomes. Premièrement, toute civilisation cherche à survivre, et fera donc tout pour s’en assurer. Deuxièmement, toute civilisation cherche à s’étendre, mais les ressources et la matière présentes dans l’univers sont en quantité limitée. Résultat : toute civilisation autre que la vôtre est une menace potentielle. Impossible de savoir si ces intentions sont pacifiques, au vu des difficultés de communication à travers l’espace, particulièrement entre espèces différentes. Chaque civilisation en arrive donc à la conclusion qu’il faut éliminer les autres : l’univers est comparable à une forêt sombre, dans laquelle chaque espèce est un chasseur silencieux. Et les humains y font l’effet d’une proie inoffensive qui s’agite beaucoup.

Coloniser ou fuir, il faut choisir

Confrontée à cette situation, l’humanité va devoir faire des choix. Certains voudront développer des technologies pour « enfermer » l’espèce humaine au sein du système solaire. D’autres voudront fuir à tout prix, et chercheront à atteindre la vitesse de la lumière. Tout cela pour répondre à l’arrivée programmée des Trisolariens, une race d’extraterrestres provenant d’un système planètaire instable, les fameux trois corps qui donnent son titre au premier tome de la trilogie. Des Trisolariens que l’auteur ne décrira jamais en détail au cours de son oeuvre, frustrant ainsi l’amateur d’exobiologie. Pour Gwennaël Gaffric, cette particularité « est l’une des forces du texte : on s’attend à ça, et on finit par se rendre compte que ce n’est pas important. On a un grand fleuve qui coule, et quelques fourmis qui s’agitent autour : les humains ».

Parmi ces humains, les personnages de Liu Cixin, dont certains traversent les époques grâce à un procédé de cryogénisation qui leur permet d’hiberner. Des sauts temporels importants ont ainsi lieu à plusieurs reprises dans la narration, nécessitant un réajustement du lecteur, et des personnages, à différentes périodes de l’humanité, dont l’une survient après un effondrement civilisationnel mondial.

Le système jovien mis en scène dans un collage / CC Nasa, JPL Laboratory

Ces « hibernautes », souvent scientifiques ou militaires, auront un rôle central à jouer dans les choix impliquant l’espèce humaine dans son ensemble. Le personnage de Cheng Xin, une femme scientifique aura par exemple à plusieurs reprises le destin de l’humanité entre les mains. Et choisira toujours de préserver la vie. C’est là un des reproches que l’on peut faire à Liu Cixin : ces personnages sont parfois archétypaux. « C’est vrai que les personnages manquent parfois un peu d’épaisseur, concèdent Gwennaël Gaffric, mais il sont au service de l’ambition plus globale de la trilogie ». Le problème est particulièrement marqué quand il s’agit de personnages féminins. « Il y a quelques clichés sur la mère qui est là pour protéger les enfants mais qui est à la fois faible, précise Gwennaël Gaffric. Liu Cixin a un rapport assez naïf aux relations hommes- femmes : il fait preuve de naïveté et de classicisme, mais je ne pense pas qu’il faille y voir une portée politique ». À l’heure où la SF occidentale met en avant des personnages féminins profonds et intenses, l’écueil est assez visible.

Mais c’est tout là l’intérêt de l’oeuvre de Liu Cixin : se confronter à une autre vision du futur, dans laquelle on peut croiser l’archétype d’un vieux flic chinois aux prises avec une société secrète qui considèrent les aliens comme des Dieux avant de lire trente pages de description détaillée des cités spatiales bâties dans le système jovien. Une vision du futur qui sort de l’influence du christianisme dans laquelle Liu Cixin nous disait considérer que la SF occidentale était toujours plongée. « Il me semble que ce qu’il voulait dire par là c’est que son oeuvre est caractérisée par l’absence d’un messie, ou en tous cas de la notion d’un salut qui passerait par l’individu », précise Gwennaël Gaffric.

Une vision du futur dans laquelle il n’est pas nécessaire de décrire par le menu les extraterrestres qui provoquent la destruction de l’univers connu, puisque , comme l'écrit Liu Cixin : « La faiblesse et l’ignorance ne sont pas des obstacles à la survie, mais l’arrogance, si. »

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Tue, 16 Oct 2018 19:29:18 +0000

PikiP Solar Speakers : une scène mobile avec des enceintes 100 % solaires

We Love Green, Le Cabaret Vert, Pete the Monkey… Certains des festivals français les plus écolos ont déjà fait appel à PikiP Solar Speakers, premier sound system 100 % solaire. Dotée de panneaux photovoltaïques, cette « scène » mobile permet aux DJs de jouer au coeur de la foule, sans aucun besoin de branchement électrique. Une aubaine pour les artistes et organisateurs éco-sensibles. Entretien avec son co-fondateur, Julien Feuillet recontré dans le cadre de Futur.e.s #villedurable. 

« Quoi de mieux qu’un panneau solaire en festival, événement au cours duquel la première source d’énergie est généralement le soleil ? » Tel est le leitmotiv de Julien Feuillet, qui a voulu allier sa passion de la fête et de la musique avec ses études dans l’énergie renouvelable. Hors réseau et sans énergie fossile, PikiP Solar Speakers est fabriqué par des artisans locaux et loué ou vendu à des professionnels de la musique.

L’enceinte solaire a pu être conçue depuis 2016 à la Halle Papin, en banlieue parisienne, une ancienne usine en friche  reconvertie en lieu de travail d’artisans et autres start-up locales. Le lieu devant être ré-aménagé en éco-quartier, Julien Feuillet cherchera dès cet hiver un autre local de fabrication pour un deuxième projet, lui permettant d’élargir sa clientèle : une enceinte solaire pour des concerts live de plus grande envergure. À suivre...

 

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Image à la une : PikiP Solar Speakers. 

Tue, 16 Oct 2018 19:29:18 +0000

65% of primary school children will end up working in jobs that don't exist today

By now we are all familiar with the idea that robotics, automation, and artificial intelligence are changing the workforce. This already had a profound effect on the manufacturing sector where advancements in technology resulted in substantial job losses. For instance, over the past decade or so, the automobile, steel and textile industries have experienced a complete overhaul as a result of automated machinery. The global demand for factory workers plummeted, even while economies became more productive. This we know. But technological advancements are also taking over other industries and could affect up to 50% of all employees around the world. Service industries that have traditionally thought to be untouchable by machines are becoming more automated every day.

As Jeremy Rifkin explains in his book The Zero Marginal Cost Society:
"Automation, robotics, and artificial intelligence are eliminating human labor as quickly in the white-collar and service industries as in the manufacturing and logistics sectors. Secretaries, file clerks, telephone operators, travel agents, bank tellers, cashiers, and countless other white-collar service jobs have all but disappeared in the past 25 years as automation has driven the marginal cost of labor to near zero."

Not only has innovation changed our work environment, but it has also radically altered the face of global learning

And this is but only the beginning of a complete overhaul of the future of work. Consider the following predictions: Artificial intelligence will outperform humans in translating languages by 2024; in writing a best-selling book by 2049; in performing surgery by 2053 and in all human jobs by 2138.

Education, a crowdsourcing process

But if you think this is a story of doom and gloom, you would be wrong. Not only has innovation changed our work environment, but it has also radically altered the face of global learning. Gone are the days when having an outstanding education means you need to go to an expensive and exclusive university. Online learning, for example, Massive Open Online Courses (MOOCs), offers quality and unlimited open access to learning via the web.

Learning has become a crowdsourcing process, and knowledge is, therefore, something that belongs to all of us and is shared freely. As a result, traditional tertiary education is gradually losing its value. Today only 16% of Americans think that a four-year degree prepares students for a high-paying job. Businesses have picked up on this trend, and the global e-learning market is growing at a staggering pace. It will value 275 billion dollars by 2020.

What matters now is that you can learn quickly, learn continuously, and have the social and digital skills to adapt to the changing work environment. For we don't even know yet what jobs will be needed in the future!

(Shutterstock)

Playing rather than working ?

Millennials, who make up more than half the workforce today, are challenging work expectations. We want a mobile environment, we want to change employers ever so often, and we require inclusive policies from our employers.

Jeremy Rifkin again offers some insight: "Members of the Internet generation see themselves more as players than as workers, regards their personal attributes more as talents than skills, and prefer to express their creativity in social networks rather than laboring away in cubicled assignments, performing autonomous tasks in markets." (The Zero Marginal Cost Society)

These are exciting times. Yes, some jobs will become redundant, and the way we work will be challenged. But technology offers tremendous potential to drive down the cost of labor, and this can bring us back to other aspects of our humanity. We are not only productive machines that are measured by our output and by what we own. We are (also) profoundly interactive and collaborative at heart.  

Tue, 16 Oct 2018 19:29:18 +0000

À Marcoussis, les citoyens ont co-construit leur futur

Penser le futur ne doit pas être le privilège des prospectivistes et auteurs de science-fiction. Alors que les hommes politiques sont de plus en plus prisonniers du court terme, les citoyens doivent s'emparer de l'avenir, l'imaginer, le construire. « Inventer le futur ensemble » est même une condition indispensable à la vitalité de la démocratie, assure dans ce texte Christophe Gouache, lecteur-contributeur d'Usbek & Rica. Des idées qu'il a pu mettre en pratique à Marcoussis. La ville francilienne s'est livrée à un exercice de prospective collaborative, raconte Christophe Gouache, invitant chaque citoyen à modeler le devenir de leur ville en 2038.

On attend des politiques d’avoir une vision, de donner à voir la perspective d’une meilleure société pour demain, d’indiquer un chemin au bout duquel la société sera meilleure que celle d’aujourd’hui. Or, non seulement on sait que les politiques sont de moins en moins porteurs de visions – entendons ici, un projet de société, pensé sur le long terme, à 20, 30, 40 ans voire plus – mais en plus, quand ils en ont, ils ont de moins en moins de légitimité à les porter1. La valeur des politiques porte désormais plus sur leur capacité à avoir du sens politique (c’est à dire sur leur capacité à manœuvrer dans un environnement complexe d’acteurs, de jeux de pouvoir et de réseaux d’influences divers) qu’à offrir une vision politique.

Enfin, il est plus facile de proposer un catalogue d’actions – il suffit de jeter un œil aux programmes politiques – plutôt qu’une vision pour la simple et bonne raison que dans un catalogue tout le monde va pouvoir – avec un peu de chance – s’y retrouver un petit peu et tant pis si ces actions ne sont pas cohérentes entre elles ! Une vision, en revanche, se doit d’être une histoire qui tient debout, une histoire cohérente, un futur qu’on peut se représenter car il fait sens. Une vision ça décrit un souhait, pour un territoire, une société. Une vision ça raconte « the future we want »2, « le futur que l’on souhaite ».

Pourquoi penser le futur n’est-il pas une pratique sociale ordinaire ?

Quand le futur n’est pas pensé par les politiques, il est pensé par les experts de la « science du futur », les prospectivistes. Les prospectivistes cherchent à « prédire ou explorer » le futur en combinant différents facteurs et hypothèses d’évolutions, et en élaborant ainsi divers scénarios contrastés de futurs plausibles. Sans vouloir remettre en cause l’intérêt des travaux des « spécialistes du futur », la pratique prospective a démontré (et assumé) son intérêt et ses limites3, notamment en raison de l’explosion combinatoire de facteurs quasi-infinis à calculer et plus largement, l’imprévisibilité grandissante du monde réel du XXIe siècle (évolutions sociétales, technologiques, climatiques accélérées).

Mais là n’est pas le problème, la question est : pourquoi penser le futur n’est-il pas une pratique sociale ordinaire ? Pourquoi ne pensons-nous pas au futur individuellement et collectivement, à la maison ou au café du commerce ? Pourquoi seuls les politiques ou les experts – et les écrivains de science-fiction4 – auraient-ils le droit d’inventer le futur ?

Le futur dans un monde de myopes

Les politiques continuent – parfois – de penser le futur mais quand ils le font ils l’imaginent à des horizons temporels de plus en plus courts, à 3 ans, souvent à 5 ans (durée moyenne d’un mandat politique) parfois à 10 ans dans le meilleur des cas. Pourtant, quand on transforme l’éducation, c’est bien une génération entière d’enfant qu’on touche, quand on développe une ville ou un quartier, il est toujours là 30 ou 50 ans plus tard. Les villes dans lesquelles nous vivons, sont pour la plupart, issues de choix qui ont été fait dans l’Histoire, de visions politiques de développement d’il y a 100 ans, 500 ans voire 1 000 ans. Les villes du tout-voiture pensées dans les années 60, 70 et jusque récemment ont modifié le profil de nos villes pour des décennies !

La démolition de la « Butte des moulins », à Paris, en 1870, pour construire l'avenue de l'Opéra. Les grands travaux du baron Haussmann qui façonnent encore la ville aujourd'hui.
La démolition de la « Butte des moulins », à Paris, en 1870, pour construire l'avenue de l'Opéra. Les grands travaux du baron Haussmann qui façonnent encore la ville aujourd'hui. (Source : Wikimedia commons)

Penser le futur, c’est donc faire une forme de choix politique, au sens de développer une conception particulière de la société telle qu’on la souhaite, avec des valeurs, des principes fondamentaux mais aussi et surtout penser long terme, voir loin. Aujourd’hui, nous sommes atteint de myopie généralisée et ne regardons que ce qui est sous nos yeux, là, maintenant, tout de suite, et à court terme.

Penser le futur pour plus de démocratie

Si penser le futur, c’est développer une vision de la société telle qu’on souhaiterait qu’elle soit, alors, tout homme de cette société est légitime pour l’imaginer. Et il est non seulement légitime à le faire, mais c’est même un enjeu de démocratie5. Si la démocratie, est un mode de gouvernance dans lequel les citoyens ont le pouvoir, alors les citoyens doivent avoir le pouvoir de penser le futur de la société qu’ils constituent dans le présent, et qu’ils souhaitent dans le futur. Il convient, bien entendu, que ces visions souhaitables de l’avenir ne vont pas toujours dans le même sens puisqu’elles se fondent souvent et surtout sur un ensemble de valeurs et principes qui varient d’un citoyen à un autre (selon la culture, l’éducation, etc.). Et c’est justement là que repose l’enjeu démocratique, à savoir ouvrir l’espace pour permettre cette conversation sociale large et ouverte sur le futur que l’on souhaite.

Il est intéressant de noter que lorsque l’on parle du futur d’un territoire en 2030, en 2040, ou 2050, les gens répondent spontanément : « Oulà ! C’est loin tout ça ! ». Comme si s’autoriser à penser le futur au-delà de quelques mois ou années (10 ans tout au plus) ressemblait déjà à de la science-fiction ou à des « plans sur la comète ». Pourtant, au quotidien, « l’homme ordinaire » n’a aucune difficulté à imaginer son propre futur, son avenir personnel, celui de sa famille, de ses proches. Il imagine son avenir personnel, professionnel, se projette dans 10 ans où à l’endroit où il passera sa retraite, etc. Ces projections sont bien des projections de souhaits à long terme, à 15, 20, 30 ou 40 ans ! Pourquoi ne pourrions donc pas engager les citoyens dans la fabrique du futur souhaitable de l’endroit où ils vivent, de leur territoire ? 

À Marcoussis, 107 idées pour le futur

Nous pouvons inventer le futur ensemble, citoyens et élus. La ville de Marcoussis, elle, l’a fait (à l’instar d’autres villes et territoires). En effet, la ville, sous l'impulsion du maire, Olivier Thomas, a profité de l’occasion de la redéfinition de leur Agenda 21 (programme local de développement durable), pour engager un processus participatif de construction de Marcoussis demain, Marcoussis en 2038.

Et, ils n’ont pas fait les choses à moitié, car c’est plus de 500 Marcoussissiens (sur 8 000 habitants) qui ont été engagés dans la démarche pendant plus de 2 ans. La ville de Marcoussis a utilisé une boîte à outils spécialement créée pour faire de la prospective participative locale, appelée Visions +21 (co-créé par le ministère de l’Environnement et le labo d’innovation publique Strategic Design Scenario).

Les citoyens (adolescents compris) et les élus ont ainsi pu se questionner sur le bien-être à Marcoussis (inspirée par la démarche SPIRAL), les besoins des habitants au quotidien et leurs souhaits pour un village plus durable. Les sessions de participation ont alterné entre journées de concertation, ateliers de théâtre, forums ouverts, conférence populaire, commissions thématiques, etc. Le processus a généré 107 idées pour le futur de Marcoussis. Celles-ci ont ensuite été soumises aux habitants à l’occasion d’un grand Marché pour le futur. 

Marché des idées pour le futur installé à l'entrée de la Fête du Blé 2018 de Marcoussis. (© Christophe Gouache)

Une monnaie locale pour acheter le futur

Adossé à la Fête du blé – de manière à toucher un public hors des « usuals suspects »6, c’est à dire les afficionados des démarches participatives – le Marché a pu toucher des habitants très hétérogènes – il faut dire que les gens viennent pour manger du boudin, boire de la bière et découvrir, entre autre, du matériel agricole ancien –  et éloignés de la problématique du développement durable voire même, pour certains, de la chose publique en générale.

La table d’accueil du marché du futur a donc été installée à l’entrée de la Fête du blé de sorte que les visiteurs prenaient celle-ci pour l’accueil de la fête. À leur arrivée, les habitants se sont vus remettre une monnaie imaginaire, les Marcoussous (préfigurant l’idée possible d’une future monnaie locale complémentaire) et ont été conviés à acheter les idées qui, pour eux, étaient les plus cruciales, les plus importantes pour l’avenir de Marcoussis. Bien entendu, ils ne pouvaient tout acheter, leur portefeuille n’était pas illimité, il leur fallait donc faire des choix, politiques. Même si on invente le futur, on ne peut pas faire tout ce qu’on veut, on n’a pas de baguette magique.

Marché du Futur - Les habitants achètent avec leurs marcoussous (monnaie locale imaginaire) les idées les plus importantes pour le futur de leur village. (© Christophe Gouache)

Une centaine d’habitants de tous âges ont ainsi pu contribuer sous une forme ludique à la définition des priorités pour le futur de Marcoussis. Une session de distillation collective – sans alcool – avec des parties prenantes du territoire (associations, élus, etc.) a permis ensuite d’ajouter leurs choix à celui des citoyens (le vote des distillateurs ne prévalant pas sur celui des citoyens mais venant en complément) et d’analyser les résultats du marché.

Une fois la distillation terminée, les éléments constitutifs de cette vision du futur sont apparus : Marcoussis demain c’est un village dont le cadre de vie est préservé (les forêts, les champs, la rivière, etc.), un village dans lequel la mixité, la solidarité (notamment intergénérationnelle) et la convivialité est au cœur. C’est aussi un village relié (connecté aux autres territoires par une forte mobilité) et un territoire qui exploite ses atouts, notamment agricoles pour développer une économie responsable et durable (alimentation locale bio, ferme solaire, etc.). C’est enfin un territoire de démocratie et de citoyenneté active. 

Marché du Futur - les idées "achetées" par les habitants sont archivées et compilées. (© Christophe Gouache)

Cette vision de Marcoussis n’a rien de révolutionnaire ou d’extravagant, c’est la vision de citoyens attachés à leur village, qui tiennent à leur qualité de vie dans un cadre verdoyant et préservé, qui aiment cette ambiance village où tout le monde se connaît, s’entraide, mais qui n’est pas enfermé sur lui-même, bien au contraire puisqu’il est ouvert et connecté aux autres territoires qui l’entourent et résolument innovant en termes d’économie locale et d’énergie durable. 

Distillation collective. (© Christophe Gouache)

Une vision et un court métrage

Développer une vision, c’est aussi, comme nous le disions plus haut, raconter une histoire. Une vision n’a d’intérêt que si celle-ci est appréhendable et partageable. Afin que les citoyens puissent se représenter le futur, visualiser à quoi ressemblerait ce village de Marcoussis de demain, un court métrage participatif a été réalisé : Marcoussis 2038, Loup y-es tu ? Ce court métrage donne à voir le futur au quotidien – par opposition aux visions de futurs aseptisées et ultra-technologiques de films de SF ou des grandes entreprises tech. Une journée ordinaire, un « future mundane » en 2038 à Marcoussis. Pour que les habitants puissent s’identifier à ce futur, le film a été tourné à Marcoussis avec pour seuls acteurs, des habitants du village. Pour aller jusqu’au bout du partage avec les habitants, le film a été présenté par le maire lui-même et projeté, à l’occasion de la fête de la Fraise, sur grand écran au cinéma de Marcoussis.

Image extraite du film – Des objets et accessoires font office de preuves temporelles du futur comme ici cet ordinateur du futur. (© Christophe Gouache)

L’exemple de Marcoussis constitue, pour nous, un cas emblématique d’une démarche intégrale de co-construction du futur où élus et habitants élaborent ensemble une vision pour l’avenir de leur village. Et cette démarche n’est pas un exercice de style (répondant à la mode de la consultation citoyenne) car elle est intensive (2 ans de consultation), rentre véritablement dans l’agenda de la ville (un plan d’actions est décliné) et dans le processus démocratique traditionnel pour in fine, être voté et approuvé au Conseil municipal. Au final, ce sont plus de 500 citoyens, 200 agents de la ville et 30 élus municipaux (dont le maire qui a été co-scénariste du court métrage) qui ont inventé ensemble le futur de leur village.

Photo du tournage – Acteurs et figurants sont des habitants de Marcoussis. (© Christophe Gouache)

Construire l’avenir plutôt que de le prédire, c’est finalement ce que Gaston Berger nous invite à faire car « Demain ne sera pas comme hier. Il sera nouveau et dépendra de nous. Il est moins à découvrir qu’à inventer. » 

Le film sera diffusé en ligne à partir de novembre 2018.
 

Notes

1 - Worms, J. (2005). Crise de légitimité des élites gouvernementales et politiques françaises, et conditions d'une refondation de la république. Revue du MAUSS, no 26,(2), 105-120. doi:10.3917/rdm.026.0105.

2 - United Nations (2012) Rio +20 Outcome document of the United Nations Conference on Sustainable Development : The future we want

3 - Godet, M., (2000) - La prospective en quête de rigueur

4 - Rumpala, Y. (2010). Ce que la science-fiction pourrait apporter à la pensée politique. Raisons politiques, 40,(4), 97-113. doi:10.3917/rai.040.0097.

5 - Jégou, F., & Gouache, C. (2015). Envisioning as an Enabling Tool for Social Empowerment and Sustainable Democracy. In V. W. Thoresen, R. J. Didham, J. Klein, & D. Doyle (Eds.), Responsible Living: Concepts, Education and Future Perspectives (pp. 253–271). Cham: Springer.

6 - Jegou, F., Bonneau, M., 2017, Social innovation in cities, URBACT II capitalisation

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Image à la une : Marché aux idées pour le futur et fausse monnaie locale - Marcoussis 2018. © Christophe Gouache.

Tue, 16 Oct 2018 19:29:18 +0000

Des chercheurs font naître des souris à partir de deux femelles

Une équipe de chercheurs chinois a annoncé avoir obtenu des souris en bonne santé à partir de deux souris femelles. Les souriceaux issus de parents mâles sont, eux, morts quarante-huit heures après leur naissance. La technique utilisée paraît toutefois complexe à reproduire, et ouvre d’importantes questions éthiques.

Des membres de l’Académie chinoise des sciences ont annoncé avoir « obtenu » des souris en bonne santé à partir de deux souris femelles. Dans une étude publiée dans la revue scientifique Cell Stem Cell le 11 octobre dernier, une quinzaine de chercheurs expliquent avoir utilisé des cellules souches modifiées afin d’éliminer certains gènes, donnant ainsi naissance à 29 souriceaux nés de deux souris femelles.

« Cellules souches embryonnaires haploïdes »

Comme tous les mammifères, les souris doivent en effet, pour se reproduire, passer par la reproduction sexuée, c’est-à-dire par la fusion des gamètes mâle et femelle (contrairement à certains reptiles ou poissons, par exemple, qui fonctionnent par parthénogenèse). « Nous nous sommes intéressés à la question de savoir pourquoi les mammifères peuvent seulement subir une reproduction sexuée », explique à Science Daily l’un des auteurs de l'étude, Qi Zhou.

Pour contourner ce mécanisme, les scientifiques ont donc modifié le génome de cellules souches de souris femelles. Des « haESCs », pour « cellules souches embryonnaires haploïdes », obtenues à partir d’ovocytes en cours de division. Ces haESCs modifiées ont alors été injectées dans des ovocytes provenant d’autres souris, pour reconstituer les vingt paires de chromosomes nécessaires à la formation du patrimoine génétique des rongeurs. La prouesse a consisté à supprimer certains gènes maternels qui rendent en temps normal impossible la fusion entre deux gamètes femelles chez les mammifères. Un patrimoine génétique complet a ainsi pu être constitué à partir de « deux mères ».

Schéma résumant l'expérience menée par les chercheurs. Source : Cell Stem Cell.

Les embryons obtenus ont été ensuite transplantés dans les utérus d’autres souris femelles, où ils se sont développés jusqu’à la naissance. Au total, sur 210 embryons, 29 souris issues de deux mères sont nées et ont grandi en bonne santé, donnant même, plus tard, naissance à leurs propres descendants.

Les haESCs contenant l’ADN d’une souris mâle ont, quant à eux, été injectées en même temps que les spermatozoïdes d’une autre souris mâle dans des ovocytes débarrassés de leur noyau (afin d’exclure l’ADN de la souris femelle). Les embryons ont à nouveau été transférés dans l’utérus de souris femelles mais, la manipulation étant cette fois trop « lourde », les souriceaux sont morts quarante-huit heures après leur naissance.

« Technologie extrêmement complexe »

En clair, l’étude montre qu’il est possible de surmonter les obstacles à la production d’un embryon de souris à partir de deux parents de même sexe, en passant par des cellules souches et une édition ciblée du génome. Ce n’est, toutefois, pas la première fois que des scientifiques réussissent à créer des souriceaux à partir du matériel génétique de deux souris femelles : « En 2004, Tomohiro Kono (université d’agriculture de Tokyo) et ses collègues avaient été les premiers à le faire, note notamment Le Monde. Pour cela, ils avaient utilisé des ovocytes immatures ayant une mutation qui leur faisait perdre une région de leur génome, qui subit normalement ce que l’on appelle une empreinte parentale. Les souris nées par ce biais présentaient toutefois des anomalies, et la technique employée était loin d’être simple à utiliser ».

« Ce n’est pas anodin d’effectuer sept manipulations génétiques »

Or, ici encore, « c’est une technologie extrêmement complexe qui a été utilisée », analyse dans France Culture Olivier Sandra, biologiste et directeur de recherche de l’unité biologie du développement et reproduction à l'INRA. Interrogé par Popular Science, Richard Behringer, généticien et biologiste spécialiste de la reproduction se dit ainsi « impressionné par l’exploit technique » mais évoque un degré de manipulation scientifique très élevé : « Ce n’est pas anodin d’effectuer sept manipulations génétiques [pour les souris mâles, ndlr]. Ce n’est pas anodin d’effectuer trois manipulations génétiques [pour les souris femelles, ndlr] ».

Résultat : sans même parler de l’éventualité de voir une telle technique un jour applicable à des corps humains (ce qui semble peu probable à l’heure actuelle, les régions du génome impliquées étant différentes d’une espèce à l’autre), l’expérience présente d’ores et déjà des coûts éthiques importants pour les animaux. « Quand on voit les quantités d’animaux qui ont été nécessaires pour générer ces souris à partir de deux génomes femelles, on imagine que ce serait effectivement difficile de la réaliser [sur d’autres animaux, ndlr] », conclut Olivier Sandra.

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Image à la Une : CC PXHere.