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Marianne

Tue, 25 Sep 2018 14:30:21 +0200

1,27 milliard pour les 0,01% les plus riches: le gros cadeau de Macron enfin chiffré

La récente note de la Fondation Jean Jaurès avait, croyait-on, fini d'enfoncer le clou. Intitulée Réforme de la fiscalité du capital: la sécession des riches, elle dénonçait un coût de "4,5 milliards d’euros par an au budget de l’État" mais surtout le fait que "ces mesures profitent principalement à moins de 400 000 ménages parmi les plus riches". "Il s’agit de la baisse d’impôt par contribuable la plus forte jamais réalisée en France", pouvait-on lire. Soit une économie de 10.000 euros par an, tout de même, pour chaque ménage appartenant aux quelque 1% les plus riches. Mais depuis les recherches de Thomas Piketty et de ceux qui on repris le flambeau comme Gabriel Zucman - un de ses anciens thésards aujourd'hui professeur à Berkeley - on sait qu'il est nécessaire de sortir une loupe pour regarder comment cela se passe précisément au sein même de cette population des 1%. Les plus riches des plus riches y sont vernis.

C'est ce que permet la dernière publication du Laboratoire sur les inégalités mondiales que Marianne a pu consulter. Si le document s'attache d'abord et avant tout à identifier comment les inégalités de revenus sont atténuées par les prélèvements sociaux fiscaux au cours du temps, et réalise une comparaison entre la France et les Etats Unis, il permet également de calculer le montant du cadeau d'Emmanuel Macron à ceux qui occupent les avant-postes des premiers de cordée. En effet, les chercheurs Antoine Bozio, Bertrand Garbinti, Jonathan Goupille-Lebret, Malka Guillot et Thomas Piketty ont établi qu'au terme des réformes principalement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et de l'impôt sur les revenus mobiliers, les 0,01% les plus riches ont vu leurs contributions totales passer de 52% en 2016 à 46,6% en 2018.

253.800 euros par tête de pipe

Oui, mais qui et combien ? Marianne, qui a pu obtenir des données complémentaires, a effectué les calculs et en livre les plus significatifs. Il s'agit donc de quelque 5.034 personnes situées parmi les 0,01% les plus riches, c'est-à-dire gagnant plus de 2 millions d'euros de revenus annuels. Pour eux, cette baisse de 5,4 points se traduit en monnaie sonnante et trébuchante. Chacun a réalisé une économie de près de 253.800 euros. Et probablement le double pour un couple, puisque l'échantillon s'intéresse à des individus et non à des ménages. Au total, ce sont 1,27 milliard d'euros que ces 5.034 bienheureux ont capté sur l'enveloppe de 4,5 milliards pour les 1% des ménages riches (qui correspondent, eux, approximativement, à 550.000 personnes).

Les 1% les plus riches ont bénéficié de 4,5 milliards d'euros. Parmi eux, les 0,01% les plus riches en ont capté 1,27 milliard...

Ces ultra-riches qui carburent à 4,7 millions d'euros de revenu par an en moyenne et par tête de pipe, vont donc voir leur pouvoir d'achat croitre sensiblement : près de 5%. Contrairement aux quelques euros de pouvoir d'achat distribués au reste de la population, ces 253.800 euros auront du mal à être mangés par la hausse du gasoil et du tabac. C'est tout le pari Jupitérien que de voir cette avant-garde des premiers de cordée réinvestir leur magot dans l'économie productive et de la faire ruisseler vers le bas. Mais il pourrait être douché par la volonté de réinvestir dans la bourse ou même dans la pierre et de faire grossir un patrimoine qui, à l'instar de ce qui s'est passé sur les revenus, s'est aussi concentré sur le haut de la distribution.

En favorisant par une politique fiscale accommodante cette dynamique d'accumulation du patrimoine, et des revenus qui s'en dégagent, Emmanuel Macron fera sans doute le bonheur de nombreux de ses donateurs pour la campagne présidentielle. Mais il pourrait définitivement perdre le soutien de ceux des Français, encore protégés par le système de redistribution, comme les retraités et les fonctionnaires, qui avaient permis son élection et qui finance par leurs efforts ce formidable cadeau...

Emmanuel Lévy

Tue, 25 Sep 2018 11:25:24 +0200

L'ONU a accidentellement donné libre accès à des dizaines de fichiers confidentiels

Conserver ses secrets sur Internet est une tâche ardue, pour laquelle même les organisations les plus aguerries sont à la peine. En voulant configurer leurs comptes Google Doc ainsi que plusieurs applications d'agenda en ligne, les Nations unies ont ainsi accidentellement publié sur Internet des mots de passe et des documents internes.

A cause de cette erreur - réparée depuis - n'importe quelle personne disposant du lien était capable d'avoir accès aux données publiées. Les informations concernées incluaient des codes d'identification d'un serveur de fichiers des Nations unies, l'accès au système de visioconférence d'une de leurs écoles, ainsi qu'à une partie d'une interface de développement Web de l'organisation.

Un plan d'accès à l'immeuble des Nations unies à New York

La faille, découverte par le chercheur Kushagra Pathak cet été, a d'abord été laissée telle quelle par les Nations unies. Puis, après avoir été assaillie de questions par site d'investigation The Intercept, l'organisation internationale s'est enfin décidée à agir courant septembre. Si la plupart des fichiers rendus publics sont depuis inaccessibles, cet incident a révélé le peu de précautions prises par les employés de l'organisation. Dans un entretien écrit réalisé avec The Intercept, Pathak a ainsi expliqué avoir trouvé les fichiers en effectuant de simples recherches sur Google. Ces dernières lui ont d'abord donné accès à des pages restées publiques sur Trello, une application d'organisation de projets, qui ont ensuite menées à des documents sur Jira, logiciel utilisé par de nombreuses organisations et permettant de recenser les bugs des sites Internet… Ainsi qu'à des pages accessibles à tous sur Google Doc, comprenant des mots de passe et "des informations très sensibles" dont la nature n'a pas été entièrement révélée jusqu'ici.

A titre d'exemple, le chercheur en sécurité a révélé qu'il avait eu accès à un fichier coordonnant la promotion de la Journée internationale des Casques bleus. Les responsables de l'école de communication et de langage des Nations unies ont également partagé, sur Google Doc, l'emploi du temps détaillé d'une de leurs rencontres en 2018. Les pages concernées donnaient aussi accès à leur programme de visioconférences et laissaient à n'importe qui la possibilité de s'y inscrire. Une autre carte, disponible sur Trello, révélait un plan détaillé de l'immeuble des Nations unies, à New York. Un dernier fichier permettait de trouver l'organigramme des ressources humaines de l'organisation, ainsi que l'identité et le numéro de téléphone des personnes concernées. Enfin, un document Jira listait les problèmes rencontrés par les sites web des Nations unies, les rendant possiblement vulnérables à une attaque pirate.

Des failles déjà débusquées au sein des gouvernements canadiens et britanniques

Kushagra Pathak est un habitué de ce genre de trouvailles : plus tôt dans l'année, il avait débusqué une liste de mots de passe et de procédés sécuritaires appartenant aux gouvernements du Canada et du Royaume-Uni. Auparavant, il avait également débusqué d'autres données sensibles, appartenant cette fois à plusieurs douzaines d'entreprises privées. Comme les Nations unies, ces dernières avaient eu la mauvaise idée de partager des informations confidentielles sur les pages publiques de l'application Trello.

Pathak s'applique à démontrer que de nombreuses grandes structures sont particulièrement vulnérables sur Internet, à cause d'un pur et simple manque de précaution. L'exemple de Trello et des Nations unies est d'autant plus criant que l'application ne donne accès que par défaut à ses fichiers. Il a donc fallu que les employés de l'ONU décochent à dessein cette fonctionnalité pour que leurs tableaux soient rendus publics. La raison d'un tel manque de prudence ? Le côté pratique : il était bien plus facile de faire circuler un lien en libre accès, plutôt que de demander à chacun d'entrer un mot de passe confidentiel. Comme quoi, parfois, les meilleures barrières de sécurité sont inutiles... si les personnes concernées n'utilisent pas leur bon sens.

Alexandra Saviana

Tue, 25 Sep 2018 11:07:26 +0200

Bruno Le Maire dit non à l'Aquarius : "Marseille n'est pas le port le plus proche"

L'Aquarius et les 58 migrants à son bord n'ont à nouveau pas de port où accoster... et ils ne devraient pas le trouver en France. Alors que l'ONG SOS Méditerranée, propriétaire du navire humanitaire, demandait, ce lundi 24 septembre, la possibilité d'accoster dans le port de Marseille (Bouches-du-Rhône), le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s'est déclaré, au nom du gouvernement, opposé à cette éventualité. "Un bateau de migrants doit accoster sur la côte européenne la plus
proche. Ce n'est pas le port de Marseille qui est le plus proche"
, a-t-il tranché ce mercredi 25 septembre à l'antenne de BFMTV.

Le directeur des opérations de SOS Méditerranée, Frédéric Penard, indiquait lundi, à l'occasion d'une conférence de presse, que le navire n'avait d'autre option que de débarquer à Marseille pour "mettre les personnes à l'abri", dont 17 femmes et 18 mineurs. "La seule destination possible aujourd'hui est Marseille", port d'attache du navire. L'Aquarius venait d'apprendre que les autorités panaméennes allaient lui retirer son pavillon.

Refus de l'Italie et Malte

"Il y a des règles européennes", a répondu Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, précisant la position de la France : "Pour l'instant, la France dit non". "Je pense qu'en matière migratoire, il faut être ferme et clair, a-t-il ajouté. Je ne suis pas ministre de l'Intérieur, mais c'est un enjeu majeur des 25 prochaines années. Si nous ne définissons pas de règles communes, et surtout si nous ne faisons pas respecter nos règles communes, nous n'arriverons pas à relever le défi de l'immigration."

Première de ces règles, selon le ministre, celui de faire accoster le navire, qui se trouve actuellement au large de la Libye, sur la côte "la plus proche" de sa position. Problème : l'Italie et Malte ont déjà fait connaître leur refus ferme et catégorique quant à la possibilité d'accueillir l'Aquarius dans l'un de leurs ports.

Pour Paris, la priorité est de trouver une "solution européenne". Un accord semblable à celui trouvé au mois d'août dernier, lorsque le navire cherchait un port après une opération de sauvetage, semble être l'option privilégiée par le gouvernement. Malte avait alors accepté d'ouvrir l'un de ses ports à l'embarcation à condition que les 141 migrants soient répartis entre la France, l'Allemagne, le Luxembourg, le Portugal et l'Espagne.

Si l'embarcation était hier "en route vers Marseille" et devait arriver quatre jours plus tard à bon port, le coordinateur de projet pour Médecins sans frontières (MSF) à bord du navire, Aloys Vimard, a fait savoir ce mardi 25 septembre qu'il devait dévier temporairement sa trajectoire, ayant "reçu l'alerte par un avion européen qui a vu un bateau en caoutchouc en détresse avec 100 personnes à son bord". "Nous avons immédiatement changé notre cap pour pouvoir apporter assistance à ces personnes. Nous proposons notre assistance et attendons des instructions", a-t-il indiqué. Autant de personnes qu'il faudra rapidement mettre à l'abri.

Magazine Marianne

Tue, 25 Sep 2018 10:00:16 +0200

Et maintenant : le selfie de Benalla, pistolet sur la tempe d'une serveuse

A en croire cette photo, Alexandre Benalla a menti en affirmant qu’il n’avait jamais emporté son arme en dehors du siège d’En Marche. L’ancien responsable de la sécurité, pris dans la tourmente depuis la publication d’une vidéo le montrant frappant un couple en marge des manifestations du 1er-Mai, pourrait regretter d’avoir fièrement posé avec un pistolet dans un restaurant de Poitiers, dans la Vienne, durant la campagne présidentielle.

Mediapart a en effet publié ce 24 septembre un cliché très compromettant d’Alexandre Benalla. Avec un sourire désarmant, il pose en pointant une arme en direction d’une serveuse pour les besoins d’un selfie. La photographie a été prise à la fin de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron, dans la nuit du 28 au 29 avril 2017. Alors en meeting à Chatellerault, Macron dîne accompagné de son équipe et de son service d’ordre dans un restaurant de Poitiers, les Archives. A la fin du service, une jeune serveuse s’occupant de la table du service d’ordre demande à faire un selfie avec trois de ses membres. Parmi eux, Alexandre Benalla, alors « directeur de la sûreté et de la sécurité » d’En Marche.

"On n'est pas des mabouls"

Le jeune homme va prévenir la serveuse qu’une « surprise » l’attend sur le cliché ; elle découvrira l'arme sur sa tempe. Or, si Alexandre Benalla avait l’autorisation de détenir cette arme au sein du QG d’En Marche, il n’avait aucunement le droit de la porter au dehors. Ce simple selfie vient détruire la défense d’Alexandre Benalla, qui avait juré ne jamais être sorti du QG de campagne avec le Glock 17 pourtant présent sur la photo. « N’êtes vous jamais sorti avec votre arme ? », interrogeaient, une semaine après les révélations de la Contrescarpe, deux journalistes du Monde auxquels Alexandre Benalla livrait son premier entretien. « Non, jamais. On est pas des mabouls, il y a un risque pour la réputation du candidat ».

Alexandre Benalla a fait une demande de port d’arme en dehors du QG à la fin de l'année 2016 – sa requête avait alors été refusée. Il n’obtiendra le permis tant désiré que le 13 octobre 2017, grâce à l’intercession de l’Elysée. Entre-temps, il pouvait porter le Glock 17 mais uniquement au sein du QG et ce jusqu'à la fin de la campagne. Le permis a été révoqué à la suite de son licenciement et de sa mise en examen le 22 juillet pour des violences commises en marge du 1er-Mai.

Benalla dénonce un montage

Prévenu par Mediapart quelques heures avant la parution du selfie, Alexandre Benalla a juré par SMS aux journalistes ayant mené cette enquête n’avoir « jamais porté à la ceinture une arme à feu à l'extérieur du QG de campagne, les seules personnes armées étaient les policiers du SDLP qui accompagnaient le candidat ». « Je ne me suis jamais fait prendre en photo avec une quelconque arme pendant la campagne », a-t-il ajouté, en affirmant que la photographie était une « fake news » ou un « montage ». L’ancien chargé de la sécurité à l’Elysée a par la suite annulé au dernier moment le rendez-vous prévu avec Mediapart afin de recueillir sa version des faits.

Mais, comme le rapportent nos confrères de Mediapart, la thèse du photomontage est mise à mal par les métadonnées du cliché, dont les coordonnées GPS correspondent parfaitement à l’adresse du restaurant « Les Archives ». Mediapart a par ailleurs soumis la photographie à une analyse afin de vérifier que cette dernière n’avait pas été retouchée. Il n’en est rien.

Ce n’est pas la première fois qu’Alexandre Benalla s’affiche avec une arme qu’il n’a pas le droit de porter. En 2016, il pose ainsi dans les colonnes de l'Obs dans le cadre d’une enquête consacrée aux gardes du corps. A son flanc gauche, un pistolet Glock. Le mercredi 19 septembre, au cours de l’audition d'Alexandre Benalla par la commission d'enquête du Sénat, la sénatrice EELV Esther Benbassa l'a interrogé sur cette arme. Alexandre Benalla a rétorqué qu’il travaillait alors outre-Rhin, à l’Office européen des brevets, et que le port d’arme sans autorisation était autorisé « à l’étranger, en Allemagne, avec des autorisations particulières ». Mais, comme le rapporte l’Obs, ce cliché n’avait pas été pris « à l’étranger », mais… dans un studio de l’Est parisien. Un mensonge sous serment.

Anne-Sophie Faivre Le Cadre

Mon, 24 Sep 2018 17:11:18 +0200

L'Aquarius en route vers Marseille pour mettre 58 migrants à l'abri

"C'est la seule option que nous avons". Le directeur des opérations de SOS Méditerranée, Frédéric Penard, a indiqué lors d'une conférence de presse à Paris ce lundi 24 septembre que le navire humanitaire l'Aquarius est actuellement "en route vers Marseille" et que les ONG l'ayant affrété ont demandé aux autorités françaises d'autoriser "à titre exceptionnel" le débarquement des 58 migrants à son bord.

Article mis à jourLe 25.09.2018 à 11h05

Bruno Le Maire s'est exprimé ce 25 septembre en indiquant que Marseille n'était pas "le port le plus proche", qu'il disait donc "non" pour le moment à l'Aquarius et que la France cherchait une solution européenne. Plus d'infos par ici.

"Les autorités françaises ont été informées" de cette demande, a-t-il assuré en soulignant qu'il était "urgent de mettre les personnes à l'abri", avec 17 femmes et 18 mineurs à bord du navire. "La seule destination possible aujourd'hui, a-t-il martelé, est Marseille", port d'attache du navire, alors que l'Aquarius vient d'apprendre que les autorités panaméennes allaient lui retirer son pavillon.

"Nous avons du mal à imaginer que la France puisse refuser, compte tenu de la situation humanitaire"

Frédéric Penard s'est dit incapable de prévoir exactement "quand le navire arrivera" sur les côtes françaises, l'Aquarius étant "toujours susceptible d'être mobilisé" pour une opération de sauvetage en mer. Il faut "environ quatre jours" depuis la position actuelle du navire pour gagner Marseille, a toutefois précisé Francis Vallat, le président de l'ONG en France. "Nous avons alerté d'autres pays mais nous avons du mal à imaginer que la France puisse refuser, compte tenu de la situation humanitaire", a ajouté Francis Vallat. Sans préjuger de la réponse, il a assuré qu'à aucun moment les autorités "ne nous ont dissuadé de monter vers Marseille".

En juin, l'Aquarius avait déjà été au cœur d'une crise diplomatique, après avoir récupéré 630 migrants au large de la Libye, débarqués en Espagne après le refus de l'Italie et de Malte de les accepter. Le scenario s'était répété en août pour 141 migrants débarqués à Malte.

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