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Observatoire des inégalités

Tue, 18 Sep 2018 18:07:44 +0200

« #balancelesdiscriminations » : c'est le thème de la 6e édition du Prix « Jeunesse pour l'égalité »

Stage de fin de troisième : Ahmed a dû se rabattre sur le supermarché du coin quand son camarade de classe Théo a obtenu un stage dans l’agence bancaire de son père. Septembre, l’heure des inscriptions à une activité extrascolaire a sonné : Clément ferait bien de la danse mais pas question pour ses parents, c’est une activité de fille. Le samedi après-midi, dans un tram bondé, les contrôleurs vont demander leurs titres de transport à Fatou et ses copines. À côté, une mamie passe à travers les mailles. Au gymnase du lycée, interdiction pour Guillaume de pénétrer dans les vestiaires des garçons parce qu’il est gay.

Ces situations vous parlent ? Témoignez, racontez, imaginez, analysez les discriminations que vous avez subies, reproduites ou constatées. Ce que nous attendons : des vidéos, fictions, documentaires, animations, et des affiches, photos, dessins, graphismes, etc., sur le thème « #balancelesdiscriminations ».

Un rendez-vous national


Le Prix « Jeunesse pour l’égalité » est devenu un rendez-vous national. Il est, cette année encore, pour la cinquième fois consécutive, soutenu par le Commissariat général à l’égalité des territoires et la Mairie de Paris, ainsi que par la région Centre-Val de Loire, déjà partenaire de l’édition 2016-2017. Le lancement de ce concours à l’automne, la réception des candidatures en janvier, la sélection des lauréats, rythment l’année de l’Observatoire des inégalités. La remise des prix en mars sera un moment fort.

Mais ce Prix existe bien au-delà de notre champ d’action, il nous dépasse, il nous échappe. Il vous appartient, à vous, jeunes et moins jeunes qui, dès juillet, nous demandez fébrilement si le concours aura bien lieu à nouveau cette année. Et quelle joie, à chaque rentrée, de pouvoir vous répondre un grand « oui » en vous en adressant le mode d’emploi tout simple que voici.

Qui peut participer ?

Tous ceux qui ont entre 11 et 25 ans et qui forment un groupe d’au moins deux personnes. Il y a trois catégories d’âge : les 11-15 ans, les 16-18 ans et les 19-25 ans.

Des adultes peuvent vous aider dans votre projet, mais attention, cette aide doit se limiter à :

  • l’apport de matériel
  • l’accompagnement technique pour le cadrage ou le montage (pour les vidéos) ou la mise en page (pour les affiches)
  • l’organisation du tournage dans le cas d’un film
  • la réflexion sur le contenu de votre œuvre.

Quels sont nos critères d’appréciation ?

Il ne s’agit pas de réaliser un clip vidéo publicitaire professionnel. Il faut seulement que les réalisations soient diffusables et d’une qualité minimum. Remporter un prix est à la portée de toutes et tous !

Nos critères portent d’abord sur le fond : vos idées en lien avec le thème « #balancelesdiscriminations », leur originalité, leur traitement. La forme importe moins que l’expression de vos propres idées, de votre réflexion. Ne cherchez pas spécialement à coller à l’actualité, aux thèmes de l’Observatoire des inégalités, aux débats du monde des adultes ou aux inégalités ou discriminations les plus graves : dites-nous avec vos mots ce que vous avez, vous, sur le cœur, que vous ne supportez plus.

Que gagne-t-on ?

Les prix à gagner représentent un total de 4 000 euros de chèques cadeaux. Un prix par catégorie d’âge (les 11-15 ans, les 16-18 ans, les 19-25 ans) sera décerné dans chaque domaine, « vidéos » et « affiches ». Un trophée « Jeunesse pour l’égalité » sera attribué à chaque équipe gagnante.
Les finalistes sélectionnés par l’équipe de l’Observatoire des inégalités seront invités à la cérémonie de remise des prix le 27 mars 2019 (date à confirmer). Les gagnants seront annoncés ce jour-là en présence de l’ensemble des nominés.
Toutes les créations finalistes seront mises en ligne sur notre site, visité par plus de trois millions de personnes par an.

Nos dix trucs pour réussir et éviter la disqualification
1- Lire attentivement le règlement du concours (à télécharger ci-dessous) : quelques pages (6) à bien respecter, sinon vous risquez d’être éliminé d’office.

2- Faire très attention à la durée de votre film : elle ne doit pas dépasser 1’30 + 0’15 de générique.

3- Faire figurer les noms des réalisateurs, caméramans, monteurs, scénaristes et acteurs au générique des vidéos.

4- Utiliser le format numérique pour les affiches et photos, il est obligatoire. Nous ne recevons pas les formats papier. Attention : envoyez-nous des fichiers haute définition, sinon nous ne pourrons pas les mettre en ligne ou les imprimer sous forme d’exposition.

5- Vérifier impérativement que les composants (notamment la musique mais aussi les images, photos de personnages célèbres) soient libres de droits, sinon nous ne pourrons pas retenir votre candidature.

6- Ne pas filmer en mode « portrait » mais en « paysage ». Votre film n’est pas destiné à être vu uniquement sur un smartphone.

7- Vérifier que le son est audible par tous. Et, dans la mesure du possible, insérez des sous-titres dans votre vidéo pour un meilleur accès de tous et toutes.

8- S’inscrire en ligne, pas par e-mail (voir les explications ci-dessous).

9- Respecter les dates d’inscription au concours, ne pas attendre la dernière minute.

10- Et surtout... se laisser aller dans l’expression de ses idées. C’est ce que nous valorisons en premier. Ne cherchez pas à entrer dans un cadre, à coller à ce que fait l’Observatoire des inégalités : exprimez-vous en toute liberté !

Lire le règlement complet du concours

Comment s’inscrire ?

Lorsque votre œuvre est prête, vous pouvez vous inscrire, jusqu’au 31 janvier 2019. Les inscriptions sont enregistrées en ligne uniquement. Aucune inscription ne sera acceptée par mail.

L’affiche du concours à télécharger et à diffuser :

Voir les affiches et vidéos réalisées depuis 2012, lors des précédentes éditions du Prix « Jeunesse pour l’égalité ».

Renseignements :
Constance Monnier
06 38 67 01 09
concoursvideo@inegalites.fr

Le Prix « Jeunesse pour l’égalité » 2018-2019 bénéficie du soutien du Commissariat général à l’égalité des territoires, de la Mairie de Paris et de la région Centre-Val de Loire.

Affiche / 2018 © atelier C.U.P. : Mathilde Bardel & Mona Leuleu


Constance Monnier

Mon, 17 Sep 2018 12:35:00 +0200

Prix « Jeunesse pour l'égalité »

L’Observatoire des inégalités organise un concours de créations visuelles (vidéos, photos, affiches…), le prix « Jeunesse pour l’égalité », encourageant les jeunes à exprimer leurs perceptions des inégalités et des discriminations.

- La 6e édition du prix « Jeunesse pour l’égalité » est en cours. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 31 janvier 2019. La cérémonie de remise des prix et l’annonce des lauréats auront lieu le 27 mars 2019 (date à confirmer).
- Informations sur notre Espace jeunes

Anne Brunner

Fri, 14 Sep 2018 19:05:39 +0200

Pauvreté : une population inquiète pour l'avenir

84 % de la population estime que la pauvreté va augmenter dans les cinq prochaines années selon le ministère des Affaires sociales, chiffre en baisse en 2017 pour la première fois depuis 2008. Plus on pense que la pauvreté augmente, plus on se sent inquiet pour son avenir. 23 % de la population estime qu’il y a un risque personnel pour elle de devenir pauvre (réponse « oui », et « oui, plutôt »), 63 % estiment qu’il n’y a pas de risque (ou « plutôt pas ») et 13 % se sentent déjà pauvres et ne peuvent donc pas le devenir. Les Français ne sont pas « pessimistes » mais réalistes : puisque selon l’Insee sur cinq ans un tiers de la population a été confronté à la pauvreté .


Source : ministère des Solidarités – © Observatoire des inégalités
      


Source : ministère des Solidarités – Données 2017 – © Observatoire des inégalités
      

Le ministère des Solidarités pose aussi une question dans un registre un peu différent : « Est-ce que la pauvreté est un sujet qui vous préoccupe personnellement ? ». L’enquête tente ici de mesurer le niveau d’inquiétude des individus vis-à-vis du phénomène dans l’ensemble de la société. Les Français répondent « oui », à 90 % depuis le début de l’enquête. Le fait que chacun puisse disposer de conditions de vie dignes est essentiel pour l’immense majorité des Français et c’est une très forte préoccupation. Pour partie il est vrai, comme l’analyse le sociologue Julien Damon, cette sensibilité à la pauvreté dépend du débat sur le sujet. « Il est probable que la qualité et l’orientation des discours publics, assis désormais sur un ensemble de chiffrages touffus, jouent un rôle en la matière », note-t-il .


Source : ministère des Solidarités – © Observatoire des inégalités
      


Louis Maurin

Fri, 14 Sep 2018 18:11:13 +0200

Le nombre d'allocataires de minima sociaux ne baisse plus

La baisse du nombre de ménages allocataires du RSA est stoppée depuis les premiers mois de 2017. Début 2018, on a même assisté à une légère augmentation. Pourtant, le retournement de la courbe, enregistré fin 2015, était assez net. Le nombre d’allocataires du RSA avait en effet diminué de 90 000 au cours de l’année 2016 (- 5 %). Vivons-nous une simple pause avant une nouvelle amélioration ? Difficile à dire pour l’instant. L’évolution favorable de l’emploi à partir de 2015 a eu un impact sur le nombre de titulaires des minima sociaux. Aujourd’hui, le moteur semble grippé, ce qui est mauvais signe. La panne date de début 2017, mais la suppression de très nombreux contrats aidés à l’automne 2017 n’a pas arrangé les choses. Les incertitudes actuelles sur la croissance ne portent pas non plus à l’optimisme.

Rmi ou Api puis Rsa socle. Données corrigées des variations saisonnières.
Source : CNAF – © Observatoire des inégalités
      

Comment évolue le nombre d’allocataires de l’ensemble des minima sociaux ?

Le nombre total de ménages allocataires – toutes formes de minima confondues – est connu avec un an de retard. Il a fortement progressé dans les années 2010 et semble se stabiliser depuis 2015 à quatre millions. Jusqu’à la fin des années 2000, hormis la phase de montée en puissance du revenu minimum d’insertion au début des années 1990, ce nombre stagnait autour de trois millions. La hausse de la pauvreté des adultes était compensée par la baisse de celle des plus âgés, allocataires du minimum vieillesse ou veuvage. Ce dernier phénomène était lui-même lié à l’amélioration des niveaux de retraite résultant de l’élévation du taux d’activité des femmes.

Depuis le milieu des années 2000, la compensation joue beaucoup moins : le nombre de titulaires du minimum vieillesse ne diminue guère, comme s’il atteignait un plancher. Les carrières professionnelles des femmes continuent à s’améliorer, mais de plus en plus de personnes arrivent à l’âge de la retraite avec des pensions amputées par les effets de la crise (inactivité, chômage, temps partiel subi, etc.). De son côté, le nombre de titulaires de l’allocation adulte handicapé s’est accru de 30 % au cours des dix dernières années, ce qui s’explique par sa revalorisation, mais peut aussi refléter un retrait du marché du travail de personnes marquées physiquement. Au total, le nombre global de ménages allocataires de minima sociaux a grimpé de 3 à 3,8 millions entre 2003 et 2014 (+ 27 %), puis s’est stabilisé à partir de 2015. En 2016, à périmètre comparable, ce nombre a diminué, ce qui est une première en dix ans. Faute de redémarrage conséquent de l’activité économique, on reste cependant loin d’une amélioration en profondeur. Selon des données provisoires, l’année 2017 devrait être marquée par une stabilisation.


Source : ministère des Solidarités et de la Santé – © Observatoire des inégalités
      


Source : ministère des Solidarités – © Observatoire des inégalités
      

Extrait de « La baisse du nombre d’allocataires de minima sociaux s’interrompt » du Centre d’observation de la société.

Photo / © Delphimages


Louis Maurin

Wed, 12 Sep 2018 09:34:00 +0200

De quoi les pauvres ont-ils besoin ?

Que faire pour réduire la pauvreté ? Dans ce domaine, comme dans d’autres, les plans se succèdent et n’ont jamais eu beaucoup d’impact. Ils n’en auront pas davantage demain. Même établis avec la meilleure volonté du monde, leur objectif premier est de communiquer sur le fait que l’exécutif est à l’action. La preuve ? Le plan anti-pauvreté du gouvernement, qui devait être présenté en juillet (et même en avril à l’origine) a été repoussé en septembre (voir encadré). Contrairement aux baisses d’impôts des plus aisés, la pauvreté peut attendre.

Pour autant, le président de la République a tout à fait raison de souligner qu’en France, nombreux sont ceux qui se complaisent à « documenter le sinistre » comme il dit [1] et idéalisent le passé. La critique sociale peut aussi servir le conservatisme.

Dénoncer est une chose, construire une politique en est une autre. Pourtant, ceux qui ont fait des propositions pour lutter contre la pauvreté sont nombreux, ils sont surtout rarement écoutés par le pouvoir. Dans ce registre, on peut citer le travail réalisé par Denis Clerc et Michel Dollé dans Réduire la pauvreté. Un défi à notre portée, paru en 2016 (Ed. Les Petits Matins). Ou l’ouvrage de Julien Damon Éliminer la pauvreté, publié en 2010 (PUF). Quinze années de travail de l’Observatoire des inégalités donnent également quelques idées sur le sujet.

Commençons par faire la part des choses. Un grand nombre d’acteurs, impliqués et marqués par la situation des plus démunis, sont tentés d’en rajouter sur « l’explosion » de la pauvreté. Ils nourrissent sans le vouloir les propos de ceux qui estiment que l’on dépense trop pour les pauvres. Afficher neuf millions de pauvres – chiffre utilisé par tout le monde en France, c’est le seuil à 60 % du niveau de vie médian – ne veut rien dire : on y rassemble des personnes dans misère et des familles qui vivent avec 2 500 euros par mois avec deux enfants [2]. La France est l’un des pays au monde où le taux de pauvreté est le plus faible et la moins durable [3] parce que son modèle social, fondé sur la solidarité, est parmi les plus performants.

Finissons-en avec le misérabilisme. Arrêtons en particulier, une bonne fois pour toutes, de faire pleurer sur le sort de ces « enfants pauvres » qui n’existent pas [4] : ils sont dans cette situation parce que leurs parents sont pauvres [5], trop souvent à cause d’emplois qui ne les rémunèrent pas assez.

Cessons le paternalisme : les pauvres n’ont pas besoin d’être davantage « responsabilisés » que les riches, tout autant « profiteurs » de l’argent public. « L’accompagnement » est nécessaire mais, employé à toutes les sauces, il devient infantilisant. Les pauvres ont besoin d’actions concrètes pour s’en sortir : dans les domaines de l’éducation, du logement, de l’emploi, des revenus. Pas qu’on leur tienne la main pour envoyer leurs enfants à l’école ou aller au travail.

Une bonne fois pour toutes, arrêtons d’opposer prévention et réparation. Prévenir (agir sur le long terme) vaut mieux que guérir (soutenir le moment venu). Quelle découverte ! Cette évidence - très à la mode - sert surtout à éviter d’aider davantage. Une fois que le mal est fait, il faut bien venir en aide : même si elle a beaucoup baissé, la pauvreté des personnes âgées reste une réalité et la solidarité doit jouer à plein pour soutenir les aînés. Personne, non plus, ne veut voir d’enfants dormir dans la rue... En pratique, on ne sait pas démêler ce qui relève de la prévention et de la réparation : construire des logements sociaux ou former des adultes relève par exemple des deux à la fois. Quand vous créez un logement social, vous mettez à l’abri ceux qui l’occupent (réparation) et ce logement est l’une des clés d’accès à l’autonomie et à l’insertion professionnelle (prévention). Personne n’a de recette miracle sur le bon dosage entre prévention et soutien.

Que faire ?

Comment agir ? D’abord, nous devons revenir à une mesure plus raisonnable du phénomène qui ne mélange pas tout. Comprendre que le mot pauvreté cache des situations qui n’ont rien à voir. Quoi de commun entre le jeune en galère, la mère de famille monoparentale et la veuve de 80 ans qui, hormis de jouer au Loto, n’a aucun espoir de voir ses revenus augmenter ? Il n’existe pas une, mais des pauvretés. Différentes figures de la pauvreté appellent des politiques différentes.

Ensuite, il faut en finir avec la bureaucratie sociale qui harcèle les plus pauvres. Simplifier drastiquement les procédures et faire reposer les relations entre l’administration et les usagers sur la confiance, en particulier en recourant le plus souvent possible à la déclaration sur l’honneur. Les pauvres sont sommés en permanence de se justifier par des procédures complexes, accumulant les dossiers, les photocopies et les déclarations diverses. Plus personne n’y comprend rien. Une partie du non-recours aux prestations relève de ce monstre bureaucratique, où, à la complexité, s’ajoute une forme d’inquisition.

Concernant les prestations (le « pognon de dingue  » selon l’expression du président de la République), le premier acte d’une politique de lutte contre la pauvreté devrait être d’assurer un revenu minimum à tous les jeunes de 18 à 25 ans, majeurs pour voter, mais non pour manger, que la collectivité laisse dans « la galère ». La majorité qui s’en chargera marquera l’histoire sociale de notre pays. Le deuxième acte serait de renforcer le soutien à ceux qui n’ont que très peu d’espoir de voir leur situation s’améliorer. Le président de la République a prévu d’augmenter le minimum vieillesse de 100 euros par mois d’ici 2022 (il est de 800 euros aujourd’hui), ainsi que le minimum perçu par les personnes handicapées, de 810 euros à 900 euros. Ces mesures vont dans le bon sens. Notons au passage qu’une partie des personnes handicapées pourraient travailler si tous les employeurs faisaient un effort minimal. L’hypocrisie est énorme puisque l’État lui-même ne respecte pas le minimum de 6 % d’obligation d’emploi [6].

Il faut aller au-delà. Les familles monoparentales devraient être mieux soutenues et l’ensemble des minima revalorisés. Comment vivre avec 500 euros par mois ? À la fin du quinquennat, les minima sociaux perçus par les personnes handicapées et âgées devraient être deux fois plus élevés que ceux du reste des personnes démunies, un écart injustifié. En même temps, la majorité grignote quelques euros par-ci par-là, par exemple en n’augmentant pas cette année les allocations logement selon l’inflation. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, les ressources budgétaires existent pour cela. Preuves, les cinq milliards d’euros par an dépensés pour les plus aisés en réductions d’impôts ou l’augmentation des moyens de la défense de sept milliards, là aussi par an [7].

Comment prévenir ?

Que faire pour prévenir ? Opposer la prévention au soutien est souvent un alibi pour ne pas aider davantage, mais cela n’empêche pas l’action de long terme, indispensable. Le président de la République a raison de souligner l’inaction des précédentes majorités. Le « pognon » que l’on dépense pour soutenir les plus démunis n’est pas dingue, mais il est vrai qu’il ne règle pas le problème. Toute une partie de la gauche intellectuelle - souvent pleine de bonne volonté - est tombée dans le piège de « l’allocation universelle », projet sympathique en apparence mais qui vise à distribuer une aumône à tout le monde, les riches compris, et à faire financer les bas salaires par la collectivité pour le plus grand profit des employeurs.

Par où commencer ? Par l’école. La majorité fait semblant d’apporter une réponse avec un dédoublement de classes de CP dans les quartiers prioritaires : cette mesure ne concerne qu’un dixième des classes, soit seulement un quart de la population pauvre ! La politique des quartiers prioritaires est souvent assimilée à la « politique des pauvres », alors qu’elle ne touche qu’une minorité de la population démunie. La question de fond est de changer la façon de faire l’école en quittant l’élitisme social, défendu par la droite et la gauche, pour passer à un système qui s’attache à ne perdre personne en route. Tant pis si une poignée des enfants de l’élite s’ennuient : qu’ils sautent toutes les classes qu’ils veulent, cela fait tant plaisir à leurs parents.

Le chantier est considérable en matière de formation professionnelle, domaine dans lequel la France accuse un grand retard. Un « plan investissement compétences », doté de trois milliards d’euros par an, un montant pour une fois conséquent, a été annoncé à l’automne dernier pour la période 2018-2022, visant à former deux millions de jeunes et de demandeurs d’emploi peu qualifiés. C’est une bonne nouvelle. Si ce plan est appliqué, alors un certain nombre d’adultes pourraient effectivement sortir de la pauvreté. À la condition que l’emploi reprenne en même temps : être formé ne sert à rien si les postes de travail n’existent pas. Pourquoi ne pas engager une politique tout aussi énergique dans les domaines de l’accès de tous à des soins et à un logement de qualité ? Ce sont des éléments essentiels de l’autonomie et, partant, du retour à l’emploi.

Le cœur de la question est bien l’emploi. La suppression de dizaines de milliers de contrats aidés équivaut à une sorte de « plan d’alimentation de la pauvreté des jeunes ». Même si le gouvernement a raison de souligner que ces emplois sont souvent très précaires : seul l’accès à des emplois correctement rémunérés permettrait d’améliorer la situation de la plupart des personnes pauvres. La suppression de ces emplois est choquante car aucune alternative n’est proposée.

Il faut aussi permettre aux étrangers présents sur notre sol de travailler et de pouvoir accéder notamment aux postes de la fonction publique [8] qui leur sont interdits (pour les étrangers hors Union Européenne). L’hypocrisie est immense entre les discours publics et la façon dont on ferme les portes de l’emploi à une partie de la jeunesse qui vit en France, parce qu’elle est née ailleurs. Enfin, un plan anti-pauvreté devrait avoir pour axe central la question des travailleurs pauvres, en agissant concrètement pour limiter les basses rémunérations, le temps partiel subi et le développement de l’emploi sous-payé à la tâche. C’est l’inverse que fait le gouvernement en flexibilisant la main d’œuvre.

On n’améliorera pas la situation des plus démunis sans une progression du niveau global de l’emploi. Pour cela, il faut un rythme plus soutenu de croissance de l’activité économique. Près de deux décennies de baisses d’impôts et de charges sociales (sauf la parenthèse 2011-2012) n’ont abouti qu’à grossir l’épargne des plus aisés et à déprimer l’activité. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, la France n’a enregistré une croissance aussi faible que depuis 2001. L’Europe est placée devant une folle alternative entre d’un côté, chômage et moins de pauvreté (en gros, la France), et de l’autre, moins de chômage mais une pauvreté plus importante (l’Allemagne et le Royaume-Uni). Les Allemands, en particulier, ont sabordé leur modèle pour favoriser l’emploi, ce qui a conduit à une précarisation massive des jeunes et à un boom de la pauvreté. La seule porte de sortie acceptable est de stopper la spirale infernale de la concurrence entre pays, de s’entendre pour relancer ensemble l’activité économique. Si l’on n’arrive pas à le faire, si le « chacun pour soi » devient la règle en Europe, on voit mal comment on pourrait éviter la montée de la pauvreté et les tensions sociales qui vont avec. Il ne reste plus longtemps avant les prochaines échéances électorales en France. Il faudra en accepter les conséquences dans les urnes.

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Auteur notamment de Comprendre les inégalités, éd. Observatoire des inégalités, juin 2018.

Un plan de com’ repoussé en septembre
Le plan anti-pauvreté qui, à l’origine, devait être présenté en avril a d’abord été repoussé début juillet. Quelques jours avant sa présentation, il a de nouveau été reporté à la rentrée. Raison officielle d’abord invoquée par la ministre de la Santé Agnès Buzin, la coupe du monde football ! : « ça dépend peut-être aussi des matches de l’équipe de France (...). Nous verrons si l’équipe de France est en demi-finale », a-t-elle expliqué. Le message est simple : on ne présente pas le plan à ce moment car on aura moins de retombées médiatiques. Quelle importance pour les plus démunis, d’en parler ou non dans la presse ? Aucun. Le fait qu’une ministre donne ce type d’explication aurait suscité un scandale dans bien d’autres pays, en France l’émoi a fait long feu.

Par la suite, une autre explication, tout autant étonnante, a été donnée : certains « arbitrages n’ont pas été tranchés ». L’exécutif a attendu le 22 juin 2018 pour commander un rapport sur l’efficacité de notre système de solidarité : conséquence de la vidéo du président postée sur Twitter où il dénonçait cette inefficacité. Voilà comment fonctionne la politique désormais. Faut-il vraiment un an et demi (le plan sera mis en œuvre à partir de 2019) pour qu’une majorité se mette à l’action pour les plus démunis alors qu’elle a mis trois mois à flexibiliser le marché du travail ? Cette démarche souligne l’ordre des priorités de la France des premiers de cordée.

Photo / Pexels - domaine public


[1« Macron président, la fin de l’innocence » documentaire de Bertrand Delais, France 3, 7 mai 2018.

[4Hormis le cas très particulier des mineurs sans parents ou sans relations avec eux.


Louis Maurin