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Orient XXI

Wed, 01 Aug 2018 06:00:00 +0200

Syrie. Violence visuelle contre violence du réel

Depuis 2011, le conflit syrien a fait resurgir en flux continu des images de destruction et de désolation qu’on croyait réservées à des guerres d’un autre temps : morts et blessés en nombre, rues éventrées par des barils d’explosifs, quartiers d’Alep détruits, bâtiments pantelants à Rakka ou ailleurs... Les artistes syriens se sont fait l’écho de cette violence, tantôt en reproduisant la réalité dans toute son atrocité, tantôt en y puisant leur inspiration par des voies détournées.

L’art sert à exprimer la réaction des artistes syriens contre la guerre, c’est leur acte de résistance ; en même temps, il a une fonction thérapeutique face à la folie meurtrière. Si l’exil apaise les artistes et les éloigne du danger physique, la plupart restent moralement attachés à la cause démocratique et s’attachent à transmettre la voix étouffée de leur peuple. C’est donc sans surprise que la violence occupe largement les récentes créations artistiques syriennes, tous médias confondus. Au cinéma elle est présente dans Eau argentée d’Oussama Mohammed (2014), dans Of Fathers and Sons de Talal Derki (2017) et irrigue Le Goût du ciment de Ziad Kalthoum (2018) ; elle s’exprime dans la photographie avec Muzaffar Salman ou Ammar Abd Rabbo. Dans toutes ces créations, la violence apparaît à travers des images directes et parfois brutes, avec l’exposition de cadavres, de corps mutilés, nus ou couverts de sang, ou au travers de clichés montrant des quartiers en ruines, des chars de guerre ou des militaires en armes. Dans le domaine des arts plastiques, la violence se manifeste souvent d’une façon plus profonde, puisant ses racines dans l’histoire de la Syrie, tenue depuis cinquante ans sous la férule de la famille Assad.

« Exprimer la profondeur de l’âme »

On retrouve les mêmes procédés plastiques chez plusieurs artistes syriens contemporains, dont beaucoup sont éparpillés aux quatre coins du monde. Dans le langage visuel, la violence s’exprime plus à travers les couleurs, les lignes et le traitement des formes qu’à travers les thèmes ou les sujets traités. Pour illustrer ce propos et l’affiner, voici trois artistes syriens qui s’attachent ainsi à montrer que le dessin peut exprimer la profondeur de l’âme et de sa psychologie : Mohamad Omran avec Un monde d’hommes, Omran Younis par les cactus de sa constellation Cris, et Walid El-Masri avec L’enfant. Pour eux, le dessin, plus que les autres formes d’expression artistique, a cette capacité d’exprimer la violence, car il met le geste de l’artiste en contact pur et direct avec le support, ce qui permet d’éviter d’autres processus complexes qui peuvent parasiter l’expression spontanée.

Dans Un monde d’hommes, qui a fait l’objet d’une exposition à Périgueux en mai 2018 dans le cadre du festival Printemps Ô Proche-Orient, Mohamad Omran met en scène des foules de personnages qui dominent et étouffent l’espace, dépassant agressivement le cadre du tableau. Leurs corps dessinés en lignes sévères, parfois géométriques, se bousculent et se croisent. On y voit des pieds et des jambes perforant des visages, tous affublés de lunettes noires cachant une identité devenue en soi terrorisante, référence aux agents de renseignement du régime qui surveillent les moindres faits et gestes des Syriens.

Mohamad Omran, série {Un monde d’hommes,} 2018
Mohamad Omran, série {Un monde d’hommes,} 2018

La série Cris d’Omran Younis est exposée jusqu’au 3 août à la galerie parisienne Europia. Ses cactus occupent toute la surface du tableau, faisant allusion à la destruction totale des champs de figuiers de barbarie du quartier d’Al-Mazzeh à Damas depuis 2012 par le régime. Le choix de cette plante épineuse n’est pas simplement esthétique, il a aussi valeur symbolique. Chez Younis, les feuilles de cactus ressemblent à des mains et des pieds. Elles sont tracées par des hachures au crayon ou à l’encre noire, avec des traits qui tantôt explosent dans tous les sens, tantôt plongent dans le rouge et s’entremêlent de façon chaotique, évocatrices des ruines qui jonchent le pays aujourd’hui.

Omran Younis, série {Cris,} 2017-2018

Cette structure d’entassement qui domine chez Omran et Younis disparaît complètement dans la série de Walid El-Masri. Ses enfants, dont la peau revêt des couleurs très crues, flottent seuls dans le vide. L’absence totale de repères temporels et spatiaux révèle l’aversion de l’artiste envers ce pays violé et complètement ruiné. Il isole ainsi l’enfant de l’agressivité. Le sourire effrayant de ces êtres fragiles, leur regard calme et hypnotique, nous renvoient avec brutalité à notre propre sentiment de culpabilité. Ils sont dans une situation identique à celle de ces générations d’enfants syriens au destin incertain.

Walid El-Masri, {Enfant,} 2015
Walid El-Masri, {Enfant,} 2015

La culture contre la guerre

À l’école syrienne, tout mode d’expression direct est banni dès l’enfance. À l’époque de la formation de ces artistes, l’expression de soi était systématiquement proscrite. Jusqu’en 1998, les enseignants avaient le droit de frapper les élèves (ce dont ils ne se privaient pas, souvent de manière très agressive), et la tenue militaire était obligatoire jusqu’en 2000. Les méthodes d’éducation ne permettaient aucune sorte de liberté d’expression. De l’école élémentaire au lycée, pas question d’exposer une quelconque recherche individuelle, un travail, un point de vue ou même d’exprimer une interrogation personnelle. Le portrait de Hafez Al-Assad figurait sur tous les cahiers scolaires et il était strictement interdit de les jeter dans la poubelle, au point que la plupart des gens les brûlaient pour éviter les ennuis.

Lycée à Hama

Aujourd’hui encore, l’appartenance au parti Baas est une obligation pour les enseignants et les élèves, et ceux qui refusent risquent d’être arrêtés pour déloyauté et tout au moins d’être placés sous la surveillance de la police. L’architecture et l’équipement mêmes des établissements scolaires, du collège au lycée, renvoient à la prison ou la caserne avec leurs fenêtres équipées de barreaux en métal noir.

Sous ce régime de parti unique, la société continue de subir la peur, l’humiliation et la torture. C’est cet effroi silencieux que l’on retrouve au cœur des œuvres de Walid El-Masri, Omran Younis et Mohamad Omran.

Mettre fin à la violence du régime et de l’organisation de l’État islamique (OEI) qui ravagent la Syrie depuis 2011 est une responsabilité collective. L’une des premières tâches à mener est de favoriser les activités culturelles pour reconstruire une liberté intérieure. Dans sa correspondance avec Albert Einstein intitulée « Pourquoi la guerre ? » (Rivages, 2005 ; p. 65), Sigmund Freud écrivait : « Tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre. »

Nour Asalia

Tue, 31 Jul 2018 09:21:25 +0200

سه بعد از گرایش فاشیستی در اسرائیل

بسیاری از خوانندگان روزنامه لوموند از مقایسه ای که در نوشته زیو استرنهل Zeev Sternhell تاریخ نگار و متخصص مشهور «فاشیسم» بین اسرائیل امروزی و آلمان در سر آغاز رشد فاشیسم صورت گرفته است دچار شگفتی شدند. دلیل آن اینست که افراط گرائی نگران کننده ائتلاف راست و راست افراطی که اسرائیل را از سال ۲۰۱۵ رهبری می کند ، در اکثر رسانه های معتبر بازتاب کمی داشته است.

این پدیده دارای سه بعد اصلی می باشد.

دولت ـ ملت قوم یهود

اولین و مهمترین آنها در ارتباط با پروژه استعماری در فلسطین است که در حال حاضردگرگونی تاریخی را نشان می دهد. تا کنون مقامات اسرائیلی و از جمله بنیامین نتانیاهو، بدنبال سخنرانی معروفش در سال ۲۰۰۹، وانمود می کردند که چشم انداز معروف به «‌دو دولت» را پذیرفته اند . بدیهی است که همزمان روند مستعمره کردن تشدید می شد ـ روزنامه اسرائیلی هاآرتز رقم ۷۰۰هزار کلونی یهودی نشین را در سال گذشته ذکر می کند ـ با وجود در مورد وضعیت سرزمین های اشغالی از روی عمد موضع گیری پر ابهامی را دنبال می کردند.

با داغ شدن تنور زیادی خواهی تحت تآثیر موفقیت قابل پیش بینی نتانیاهو، دیگر رهبران اصلی ائتلاف تغییر جهت سیاسی را تحمیل کردند. وزیر آموزش وامور مهاجرین و رهبر حزب خانه یهود (Foyer juif) نفتالی بنت “ Naftali Bennette” خستگی ناپذیرانه تآکید می کند « راههای امتیاز دادن و اختلافات به بن بست رسیده، می باید برای الحاق کرانه غربی از جان خود مایه بگذاریم». و گفتار خود را با به تصویب رساندن قانونی در این راستا در پارلمان در تاریخ ۶ فوریه ۲۰۱۷ به مرحله اجرا در آورد. این قانون با عطف به ما سبق شده و بخشی از پایگاه های کلونی هایی را که تا این زمان حتی از نظر راست های اسرائیلی هم غیر قانونی بشمار می رفت به رسمیت می شناسد و همچنین با مجاز دانستن تصرف سرزمین های خصوصی فلسطینی ها راه را برای گسترش حق حاکمیت اسرائیلی در مناطق “C” که بیش از ۶۰ در صد کرانه باختری را تشکیل می دهد و حتی در تمام منطقه هموار می کند. این قانون که به قانون « نظام مندی » معروف شده توسط بنی بگین پسر نخست وزیر سابق اسرائیل « قانون دزدان» نامیده شد و در حال حاضر توسط دیوان عالی اسرائیل به حال تعلیق در آمده، در عین حال دیوان عالی هدف حمله دولت قرار گرفته که خواستار تغییر ترکیب و کاهش اختیارات آن است.

« خانه یهود » ملی گرایان افراطی، ‌که توسط اهود باراک نخست وزیر سابق اسرائیل با صفت فاشیست معرفی می شود خود را وارثین حزب ملی مذهبی می دانند و همواره همگام با جمعیت مؤمنان « Gouch Emounium » در مرکز جنبش کلونیزاسیون قرار دارند.این گروه سیاسی با وجودی که بیش از ۸ نماینده مجلس و ۴ وزیر در اختیار ندارد موفق شده ۶۰ نماینده از جمله تقریبآ تمام نمایندگان لیکود را در دفاع از قانون خویش گرد آورد، در حالی که نتانیاهو نخست وزیر مصرانه از آنها خواسته بود علیه آن موضع گیری کنند. می باید متذکر شد که در پایان سال ۲۰۱۷، حتی کمیته مرکزی لیکود هم از به انجام رساتدن الحاق کرانه باختری حمایت می کرد.

لایحه دیگری الحاق ۵ بلوک کلونی واقع در شرق اورشلیم را پیش بینی می کند چیزی که همزمان مانع از این خواهد شد که شرق اورشلیم به عنوان پایتخت کشور فلسطین تعیین شود، اما به نظر نتانیاهو این امر هنوز به « آماده سازی سیاسی » نیاز دارد. تا آن موقع به پیشنهاد بنت Bennett ، پارلمان اصلاحیه ای را به قانون مصوب ۱۹۸۰ در مورد اورشلیم به تصویب رساند. ۸۰ نماینده (ازمجموع ۱۲۰) به باز گرداندن بخش هایی از شهر که تحت قیمومیت فلسطینی ها بود رای مثبت دادند در حالی که رای مثبت ۶۱ نماینده (اکثریت لازم) برای تصویب آن کافی بود. بازنگری این قانون موجب کاهش محله های فلسطینی واقع در محدوده خارج از دیوار( ندبه ) بمنظور بوجود آوردن « واحدهای جداگانه » ای خواهد شد که ساکنان آنها «غریبه ها » ( غیر یهودیان ) نخواهند بود.

رنه باکمن René Backmann روزنامه نگار، معتقد است بر اساس گزارش منع شده نمایندگی کنسولی اتحادیه اروپا در اورشلیم « اگر سلاخی کردن محدوده های شهر به مرحله اجرا در آید، منجر به کم شدن حدود ۱۲۰ هزار فلسطینی و افزایش ۱۴۰ هزار کلونی یهودی در شهر خواهدشد چیزی که نسبت جمعیت فلسطینی ها را به ۲۰ درصد در برابر ۳۷ در صد کنونی کاهش خواهد داد».

به عبارت دیگر، بنا کنندگان « اسرائیل بزرگ » در ورای رقابت هایشان مصمم شده اند با تجاوز آشکار به قطعنامه های ۵۰ ساله سازمان ملل راه حل معروف به « دو دولت » را به نفع یک دولت به گور بسپارند. یک دولت نژاد پرست که در آن فلسطینی های مناطق الحاق شده از حقوق سیاسی و مهم تر از همه حق رای برخوردار نخواهند بود. این واقعیت وجود دارد که بر طبق آمار سرشماری فلسطین تاریخی ، در حال حاضر تعداد فلسطینی ها و یهودیان تقریبآ یکسان است: حدود ۶.۶ میلیون نفر.

قانون بنیادی که در جریان تصویب شدن در پارلمان قرار دارد این اراده را راهبری می کند ۰ قانون مصوب ۱۹۹۲ اسرائیل را به عنوان « دولت یهودی و دموکراتیک » معرفی می کرد: طرح قانونی که در مرحله بدوی به تصویب رسیده از «‌دولت ـ ملت قوم یهود » ‌صحبت می کند و بر این تآکید دارد که «‌حق تعیین سرنوشت ملی در ارتباط با دولت اسرائیل تنها به قوم یهود تعلق دارد » علاوه بر این زبان عربی را از وضعیت « زبان ملی » حذف می کند، چون زبان ملی انحصارا عبری خواهد بود .

زرادخانه آزادی کشی

رهبران راست افراطی خواست های خود را از طریق تحریکات حیرت انگیزی به پیش می برند. وزیر دادگستری آیلت شاکد Ayelet Shaked در جریان جنگ غزه تردید نکرد تا در صفحه فیس بوک خود مطلبی را نشر دهد که در آن «‌همه فلسطینی ها» را « دشمن اسرائیل »‌ خواند و «‌تخریب شهرها و روستا ها و همچنین کشتار سالمندان و زنان آنها » را به این دلیل توجیه کرد. (۱) از سوی دیگر نفتلی بنت توصیه می کند تمام « تروریست های » دستگیر شده را بجای زندانی کردن بکشند و توضیح می دهد « من تعداد زیادی از عرب ها را کشته ام، هیچ مشکلی با این مساله ندارم ». و اما آویگدور لیبرمن Avigdor Lieberman تاکید می کند « جائی برای اسرائیلی های عرب در اینجا وجود ندارد، آنها می توانند بقچه هایشان را بردارند و گم شوند ». و اضافه می کند « کسانی که مخالف ما هستند مستحق این هستند که گردن هایشان با تبر زده شود ».و حتی پیشنهاد می کند زندانی های فلسطینی را « تا دریای مرده ـ بحر الموت ـ برده و در آنجا غرق کنند »...

اما این افراط گرایان می دانند : جهش به جلو می تواند در نهایت به عکس العمل منفی افکار عمومی منتهی شود. هرچند فقدان آلترناتیو در جناح چپ، اسرائیلی ها را به سوی جناح راست سوق داده است اما این فرگشت ( با وجود این ؟) دارای محدودیت هایی است. بر اساس یک نظرسنجی نیمی از افرادی که مورد سؤال قرار گرفته اند دنبال کردن کلونیزاسیون کرانه باختری را « عاقلانه» نمی دانند و ۵۳ در صد آنها مخالف الحاق آن می باشند (۲). به این ترتیب بدون شک دومین بعد افراط گرایی ائتلاف کنونی قابل فهم خواهد بود: زرادخانه آزادی کشی که از شروع دهه جدید ـ برای استفاده در صورت نیازـ در پارلمان به تصویب رسیده است در این راستا قابل فهم است. در زیر بخش هایی از آنها را که بسیار گویا هستند انتخاب کرده ام :

• قانونی که هرگونه « دعوت به تحریم یک شخص به دلیل ارتباطش با اسرائیل یا مناطق تحت کنترل اسرائیل » را منع می کند ۲۰۱۱

• قانونی که همه سازمانها، تشکیلات یا شهرداری هایی را که مراسم یادبود نکبت ( اخراج ۸۰۰ هزار فلسطینی در سال ۱۹۴۸ ) را برگزار کنند از کمک های دولتی محروم می کند ۲۰۱۱

• همان قانون تصمیم گیری در مورد تقاضای اشخاصی که خواستار سکونت در یک محله یا شهر هستند و «تعیین صلاحیت» آنها را به عهده « کمیته های پذیرش » می گذارد ۲۰۱۱

• ترمیم قانون اساسی در ارتباط با حکومت، حد نصاب آرائ کسب شده توسط تشکیلات سیاسی برای حضور در پارلمان را به ۳.۲۵ در صد تغییر می دهد ۲۰۱۴.

• قانونی که سازمانهای غیر دولتی را ملزم می کند چندین مرتبه در سال کمک های دریافتی از دولت های خارجی را( در صورتی که این کمک ها بیش از نیمی از بودجه آنها باشد) اعلام کنند ۲۰۱۶. (۳)

• تنها نمونه در دنیا : قانونی که به ۹۰ نماینده « از ۱۲۰نماینده » این اجازه را می دهد تا نمایندگان دیگر را بخاطر تحریک، نژاد پرستی یا دفاع از مبارزه مسلحانه ، از پارلمان اخراج کنند ۲۰۱۶.

• قانونی دیگر به دولت اختیارات استثنائی بر علیه « سازمانهای تروریستی » در اسرائیل، حتی « اعضای غیر فعال »‌آنها می دهد. این قانون به وزیر دفاع اجازه می دهد بدون حکم دادگاه اموال اعضاء و این سازمانها را مصادره کند ۲۰۱۶

• قانونی که اجازه می دهد کودکان از سن ۱۲ سال به بعد را در صورت ارتکاب تکراری بزهکاری های خشونت آمیز زندانی کند ۲۰۱۶.

• قانونی که به اسرائیل اجازه می دهد اشخاص یا نمایندگان مؤسسات، نهادها یا انجمن هائی که دعوت به تحریم می کنند را از مرزهای این کشور اخراج کند ۲۰۱۷. لیست ۲۰ سازمان غیر دولتی نیز در این راستا در اوایل ۲۰۱۸ منتشرشد.

• قانون دیگری که توسط بنت پیشنهاد شده و در اولین دور به تصویب رسیده به وزیر آموزش اجازه می دهد ، انجمن های مخالف ارتش ـ در عمل Breaking the silence که بر علیه خشونت های اعمال شده از سوی ارتش اسرائیل در سرزمین های اشغالی مبارزه می کند ـ را از شرکت در مؤسسات آموزشی منع کند .۲۰۱۷

• قانونی که به منظور حمایت از بنیامین نتانیاهو، پلیس را از همکاری با دادستان کل در ارتباط با دادن اطلاعات در مورد دلایل تعقیب قانونی شخصیت های اجتماعی منع می کند .۲۰۱۷

• قانونی که وزیر کشور را مجاز می دارد تا حق اقامت فلسطینی های مشکوک به عدم وفاداری نسبت به دولت اسرائیل را لغو کند ۲۰۱۸.

• آخرین قانون ـ تقریبآ معادل دیکتاتوری ـ به نخست وزیرو وزیر دفاع اجازه می دهد به تنهایی بدون مشورت با کابینه امنیتی و حتی دولت، اعلام جنگ کنند ۲۰۱۸ .

اتحاد با راست های افراطی اروپایی

کبوتر با کبوتر باز با باز: نتانیاهو بهترین دوستانش را از بین بدترین پوپولیست های اروپایی انتخاب می کند ـ سومین بعد از افراط گرائی ائتلاف وی ـ کسانی چون ویکتور اوربان Victor Orban نخست وزیر مجارستان ـ کسی که چوب حراج به آزادی ها در مجارستان زد ـ اسلام هراس و ضد یهود. رئیس حزب لیکود حتی کوچکترین عکس العملی در باره آنچه میزبانش چند روز قبل از دیدارشان در دفاع از میکلوس هورتی Miklos Horthy نایب السلطنه ( ۱۹۲۰ ـ ۱۹۴۴ )، مارشال پتن مجارستانی، کسی که جانشینانش به آدولف آیشمن در بازداشت کردن و کشتار ۴۳۰ هزار یهودی مجارستانی کمک کردند، ابراز داشته بود نشان نداد. نتانیاهو با ژاروسلاو کاکزینسکی Jaroslaw Kaczynski لهستانی هم با وجودی که الهام دهنده قانونی است که ادعای همدستی-ـ تعداد بیشماری ـ از لهستانی ها با اشغال کنندگان ـ نازی ها ـ را جرم می شناسد ، لاس می زند : در سال ۱۹۷۰ سزیمون داتنر Szymon Danter تاریخ نگار بر آورد می کرد که بیش از ۲۰۰ هزار یهودی را در طول جنگ جهانی دوم کشته اند. این قانون انکار کننده که به بر انگیختن تظاهرات بیشمار صریحا ضد یهود در سراسر کشور منجر شد چنان رسوائی ببار آورد که ورشو را مجبور به عقب نشینی کرد. ولی یهودا بوئر Yehuda Bauer تاریخ نگار معروف اسرائیلی در ارتباط با شوا Shoah بیانیه مشترک نتانیاهو و موراویکی را « خیانت احمقانه، نا آگاهانه و غیر اخلاقی واقعیت تاریخی در ارتباط با همدستی لهستان در هولوکاست » توصیف می کند.

استدلال های مطرح شده برای روابط خطرناک و بهانه های سیاسی نمی تواند نزدیکی اسرائیل با احزاب راست افراطی اروپای غربی را توجیه کند. از دسامبر ۲۰۱۰ حدود ۳۰ نفر از رهبران راست افراطی ازجمله گرت ویلدر Geert Wilders هلندی، فیلیپ دووینتر Philip Dewinter بلژیکی و جانشین ژورگ هایدرJorg Haider هاینز کریستیان استراچ Heinz Christtian Strache اطریشی با حضورخود در اسرائیل با احتراماتی در خور مقامات عالیرتبه مورد استقبال قرار گرفتند. در آن ایام آویگدور لیبرمن معاون نخست وزیر و وزیر امور خارجه که در رؤیای سر به نیست کردن مسلمانان برای تشکیل دولتی مختص یهودیان بسر می برد با ویلدر که آرزوی ممنوع کردن قرآن در هلند را دارد به گرمی دیدار و گفتگو کرد. ویلدر حتی در جریان بازدید از یک کلونی یهودی نشین در نوار غزه به آژانس خبری فرانسه AFP اظهار داشت « مخالف بازگرداندن سرزمین های اشغالی در ازاء صلح با فلسطینی ها است و پیشنهاد می کند که فلسطینی ها بصورت « داوطلب » در اردن مستقر شوند». از دیدگاه وی کلونی ها « سنگرهای کوچک برای آزادی بشمار می روند که مراقب نیروهای ایدئولوژیکی هستند که نه تنها برای اسرائیل بلکه برای غرب بطور کل حق زیستن در صلح، وقار و آزادی را نفی می کنند».

اخیرا لیکود یکی از نمایندگانش یهودا گلیک Yehuda Glick را برای دیدار با Freiheitliche Partei Osterreichs (FPO) که توسط ژورگ هایدر پس از بازگشتش به دولت اطریش تاسیس شد اعزام داشت . شانس زیادی وجود دارد که وی دیداری هم با لیگ برنده در آخرین انتخابات قانون گذاری ایتالیا همراه با جنبش ۵ ستاره داشته باشد. تنها تشکیلات تحت اداره مارین لوپن ( FO ) فرانسوی در این میان عنصر نامطلوب بشمار می رود، هرچند همسر وی لوئي آلیوت ، در اسرائیل اقامت داشته است.

در این فرایند افراط گرایی رد پایی از نخوت یونانی ـ امتزاجی از سرگیجه و غرورمفرط ـ را می توان یافت که خدایان از آن انتقام می کشیدند. نتانیاهو و شرکا ـ رقیبانش از آنجایی که تصور می کنند برگ برنده را در اختیار دارند خود را مجاز به هر کاری می دانند. اولین برگ برنده رونالد ترامپ رئیس جمهور آمریکا به عنوان بزرگترین حامی اسرائیل در طول تاریخ، بخصوص با پشتیبانی دهها هزار مؤمنین معتقد به کتاب مقدس، پس از انتقال سفارت آمریکا به اورشلیم بدون شک الحاق بلندی های گولان را به رسمیت خواهد شناخت و احتمالآ از ماجراجویی اسرائیل بر علیه تهران حمایت می کند. بطور خلاصه چیزی را از اسرائیل دریغ نخواهد کرد. دومین برگ برنده محمد بن سلمان ولیعهد عربستان است که تصمیم گرفت بمنظور همبستگی با واشنگتن و تل آویو بر علیه ایران دست از حمایت از فلسطین بردارد.سومین برگ برنده محمود عباس و یحیی السنوار( مسئول حماس در نوار غزه) برادران دشمن خوی فلسطینی هستند که قادر به حل اختلافات بین حماس و الفتح نیستند و از این طریق بهترین بهانه را به اسرائیل می دهند. و در نهایت چهارمین برگ ، جنگ های سوریه، عراق، یمن و لیبی بشمار می رود که مساله فلسطین را که در گذشته از اهمیت برخوردار بود به حاشیه رانده است.

ممانعت از هرگونه انتقاد

نتانیاهو و متحدانش می دانند که پیشتازی آنها در نهایت به انزوای بین المللی حکومت اسرائیل منجر خواهد شد. در حال حاضر، دولت فلسطین به عضویت یونسکو( ۲۰۱۱ )، سازمان ملل ( ۲۰۱۲ )، دیوان کیفری بین المللی ( ۲۰۱۵ ) در آمده است و مجمع عمومی ( سازمان ملل) در اواخر سال ۲۰۱۷ با ۱۷۶ رای مثبت در برابر ۷ رای منفی (ایالات متحده، اسرائیل، جزایر مارشال، دولت فدرال میکرونزی، نایورا و پالائوس )، و ۴ رای ممتنع ( کامرون، هوندوراس، توگو و تونگا‌) حق تعیین سرنوشت و داشتن دولت را برای مردم فلسطین به رسمیت شناخته است. در نظر سنجی های جهانی در ارتباط با افکار عمومی نسبت به دولت های مختلف، از حدود ۱۵ سال قبل اسرائیل همراه با کره شمالی، ایران و پاکستان در انتهای جدول قرار می گیرد.

به این دلیل است که دولت اسرائیل سعی بر خفه کردن انتقادها نسبت به سیاستش را دارد. ودر این ارتباط تمایل به ممنوع کردن کارزار بایکوت، عدم سرمایه گذاری، و تحریم ( Boycott Désinvestissement Sanction (BDS که توسط نتانیاهو به عنوان «‌تهدید استراتژیک فوق العاده » تلقی شده، در دستور کار قرار می گیرد و برای مبارزه با آن اخیرآ سازمانی را با سرمایه ۷۲ میلیون دلاری راه اندازی کرده است. بدنبال آن از دو سال پیش از این با یکسان دانستن آنتی صهیونیسم و آنتی سمیتیزم (‌یهود ستیزی ) با تکیه بر جمله کوچکی از امانوئل ماکرون در جریان مراسم یادبود دستگیری های ول دیو خواستار ممنوع کردن آن شده است. برای مثال رئیس شورای نمایندگی مؤسسات یهودی در فرانسه (CRIF) خواستار تصویب قانونی در این راستا بر اساس تعریف « آنتی سمیتیزم » از سوی لابی بین المللی « InternationalHolocaust Remembrance Alliance » (IHRA) شده است.

همه اینها پرسشی دقیقآ سیاسی را بر می انگیزد. اگر گرایشات چند سال اخیر در اسرائيل در هر کشور دیگری رخ می داد، به عنوان چرخشی بسوی فاشیسم تلقی می شد. اگر چه مقایسه کردن به معنی یکی بودن نیست ، ولی چگونه می توان فراموش کرد که جریان سیاسی که بنیامین نتانیاهو از آن برخواسته خود را طرفدار بینش صهیونیسم رویزیونیستی ولادیمیر زبو ژابوتینسکی(Vladimir Zeev Jabotinsky ) می داند یعنی همان کسی که بنیتو موسولینی وقتی که هنوز خود را فاشیست نمی دانست از وی طرفداری می کرد ؟ وی در ۱۹۳۵ به داوید پراتو David Prato که بعدا به مقام رابی بزرگ رم ارتقاء مقام یافت می گوید « برای این که صهیونیسم موفق شود می باید یک دولت یهودی با پرچم و زبان یهودی داشته باشید، کسی که واقعا این موضوع را فهمیده همان فاشیست شما، ژابوتینسکی است » (۴). اتفاقی ساده یا پیش بینی آینده ؟ بن زیون نتانیاهو Ben Zion Nétanyahou پدر بنیامین منشی ژابوتینسکی بود. پدرو پسری شبیه هم !

۱ ـ لو پاریزین ۱۲ می ۲۰۱۵

۲ ـ ولی تنها ۲۴ درصد فکر می کنند که در صورت الحاق سرزمین ها ( فلسطینی ها) می توانند حق رای داشته باشند. ۳۰ در صد برای فلسطینی ها وضعیت مقیم بودن ( رزیدان ) را پیش بینی می کنند: انستیتوی دموکراسی اسرائیلی (IDI ۸ فوریه ۲۰۱۷

۳ ـ انجمن های با گرایش راست و راست افراطی که با کمک های بنیادهای یهودیان افراطی آمریکا تغذیه می شوند از این اجبار مستثنی هستند.

۴ ـ به نقل از لنی برنر Lenni Brenner در Zionism in the Age of the Dictators Croom Helm Londre et Canberra 1983

Dominique Vidal

Tue, 31 Jul 2018 06:00:00 +0200

Passions arabes

Cinquante ans de passions pour le monde arabe, itinéraire d’un diplomate et d’un homme de culture.

Autobiographie sans fard, livre de voyages, petit traité pédagogique du Proche-Orient, anecdotes sur les coulisses et les petits travers de l’univers diplomatique, le livre de l’ambassadeur Gilles Gauthier est tout cela à la fois. Un ouvrage atypique comme son auteur, qui a connu une première vie avant d’intégrer le Quai d’Orsay, dont il ne respecte pas toujours les codes dans ce récit mêlant l’intime et l’histoire. Gilles Gauthier, aujourd’hui retraité des chancelleries et conseiller de Jack Lang à l’Institut du monde arabe (IMA) place son livre sous le patronage de l’un des plus éminents orientalistes français, Jacques Berque, jusque dans le titre Entre deux rives, écho de l’autobiographie du maître, Mémoires des deux rives. Le sous-titre, 50 ans de passion pour le monde arabe convient sans doute mieux à ces souvenirs rédigés à la première personne. L’empathie pour l’autre rive de la Méditerranée a gouverné le parcours de Gilles Gauthier beaucoup plus qu’un plan de carrière.

Coopérant en Algérie et au Maroc, il étudie l’arabe à Paris puis à Damas (il traduira plus tard le best-seller L’immeuble Yacoubian de l’Égyptien Alaa El-Aswany), découvre après la Syrie le Liban et le Yémen, pays où il retournera comme diplomate. En poste à Bagdad, en Algérie, à Bahreïn, en Égypte, au Liban, il sera aussi responsable de la francophonie au ministères des Affaires étrangères, puis secrétaire permanent de l’Association des villes francophones. Gilles Gauthier termine sa carrière comme ambassadeur au Yémen, « le pays des origines », et quitte en juillet 2009 le Quai d’Orsay en éprouvant « fort peu de choses », concluant : « toute ma vie, je m’étais dit que la vraie vie était toujours plus loin ». Plus loin, ce fut pour l’adolescent né dans un petit bourg du nord de la Gironde, dans « une France grise comme sa télévision en noir et blanc », la Méditerranée et l’Algérie, comme coopérant, professeur d’espagnol malgré des études supérieures incomplètes, dans un pays où la guerre était « toujours là, tapie dans un coin du décor » et où nombre d’élèves écrivaient « père martyr » ou « mort au combat » sur les fiches de renseignement qu’on leur demandait le jour de la rentrée des classes.

L’Algérie, ce fut aussi Nour, son jeune amant quasi officiel. Le livre de Gilles Gauthier fait la part belle à une homosexualité tranquillement revendiquée, des liaisons durables à la drague de rue en passant par la prostitution masculine et à ses « jeunes visiteurs du vendredi matin » à Bahreïn. Citant des prédécesseurs illustres, du maréchal Hubert Lyautey à Lawrence d’Arabie en passant par Louis Massignon, il affirme avoir « trouvé dans le monde arabe une complicité que ma société, celle d’avant Mai 68… me refusait après vingt siècles de christianisme, mais surtout après des décennies de bienséance bourgeoise » (bienséance qui semble encore inspirer certaines critiques de presse réussissant à passer sous silence cet aspect important de l’ouvrage).

Menotté, les yeux bandés

À Alger, le jeune homme prend très tôt une leçon de réalisme qui lui servira pour le reste de sa vie. Travaillant à la chambre de commerce à l’organisation de la foire internationale de 1969, il est éjecté sur ordre d’en haut : on ne veut pas de visages européens sur la photo. L’omniprésence des différentes polices, la mort jamais élucidée d’un ami l’en convaincront, « ll n’y a pas de place pour moi dans ce pays », écrit-il, pas plus que pour la plupart des Français de bonne volonté. Au Maroc, il essaie aussi de jouer un rôle, cette fois contre le pouvoir du pays hôte, en militant pour le Front de libération du Sahara occidental, le Polisario. Ce qui lui vaut une arrestation, un tabassage sévère et une expérience de première main de la répression policière de la région. En prison, entouré des gémissements des torturés, il s’attend à l’être lui aussi. Des pages terribles décrivent ses impressions à ce moment-là. « J’étais là, posé par terre comme un paquet, menotté, les yeux bandés, mais mon âme était vivante et libre. Oui, mon âme, car sinon comment appeler ce qui s’élevait à une telle hauteur, au-dessus de mon corps inerte. Je savais qu’ils allaient tôt ou tard venir me chercher, mais pour l’instant, ma vie c’était ces bruits légers autour de moi qui provenaient d’autant d’autres solitudes… » La vie, à ce moment, se concentre dans un rayon de soleil « qui caressa mon front avec tant de douceur que j’eus l’envie de m’y blottir ».

Sa qualité d’étranger lui vaudra finalement d’échapper à la torture, mais l’expérience le préviendra contre toute indulgence envers les régimes autoritaires, de quelque bord qu’ils soient. Libéré, rapatrié, Gilles Gauthier continue à militer pour le Polisario, à apprendre l’arabe et à voyager, à chercher à sa vie un sens qui lui échappe parfois — l’alcool et le haschich aidant. Il passe finalement le concours de secrétaire de chancellerie, une voie administrative qu’il esquivera grâce à son pedigree peu commun et par un raccourci de circonstance — l’occasion d’un petit cours de mœurs diplomatiques. « Cher ami », commence le directeur des ressources humaines — « Cher ami ! Cher ami ! La tête me tournait », commente-t-il. « L’impressionnant personnage » lui demande alors s’il ne préfèrerait pas un poste politique. « ‟Ce serait Bagdad”, ajouta-t-il sur le ton d’un maquignon qui veut vous refiler une vache boiteuse ». Le tout nouveau diplomate apprendra plus tard qu’aucun collègue n’avait voulu du poste. On était en pleine guerre Iran-Irak et la capitale était menacée d’une contre-offensive iranienne de grande ampleur…

Cette première affectation remet rapidement la tête du débutant à l’endroit. La liberté de parole du retraité nous vaut un portrait assez direct de son premier patron, « menteur, roué, fourbe, manipulateur, despotique, simulateur, cruel » et « fervent partisan du régime de Saddam Hussein ». Comme, ajoute Gilles Gauthier, la cohorte de responsables politiques, d’intellectuels ou de journalistes « fascinés par la force brutale » de ces dictatures « qui n’ont finalement rien bâti, ne laissant derrière elle que des décombres ». D’autres croquis plus ou moins flatteurs parsèment le livre. Par exemple Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères amateur, lançant au président yéménite Ali Abdallah Saleh qu’il « n’est pas entièrement d’accord » avec le président Nicolas Sarkozy, dont il est pourtant le représentant, et enchaînant : « Bon, je ne sais pas de quoi nous allons parler… » Il n’avait pas lu une ligne du dossier préparé par l’ambassade.

Le plus grand mérite du récit foisonnant de Gilles Gauthier — plus de 400 pages— réside toutefois dans sa connaissance du monde qui s’étend au-delà des murs des chancelleries. En Algérie dans les années 1980, il sent monter le Front islamique du salut (FIS) quand il voit autour de lui des jeunes gens barbus tenter de le convertir et refusant d’écouter la radio. Au Yémen, il se lie d’amitié avec des chefs tribaux qui repartiront bientôt en guerre.

« Des appels auxquels nous n’avons pas répondu »

En Algérie encore, des catastrophes s’annoncent. Dans un café de campagne, un homme est attablé sans rien prendre. Il a fait trente kilomètres pour acheter un peu de sel, il n’a pas d’argent pour le taxi collectif du retour, et il vient là pour « regarder vivre d’autres humains ». Personne ne fait attention à lui sauf, cette fois, le compagnon de Gilles Gauthier qui lui offre son café. Ailleurs, un jeune serveur lui propose de travailler pour lui, « mais il faudra me payer un peu tout de même ». Pour l’auteur, « les civilisations se frôlent ainsi pour se désirer et se haïr, et nos vies sont jalonnées de dialogues avortés, de questions que nous avons ignorées, d’appels auxquels nous n’avons pas répondu. Il m’arrive de penser que j’ai peut-être croisé un jour Oussama Ben Laden sur ma route et lui ai tourné le dos. »

Gilles Gauthier n’en éprouve pas pour autant de sympathie pour l’islam politique contemporain, rassemblé dans un même opprobre. « Daesh se trouve dans le droit fil des mouvements fondamentalistes, qu’ils soient plus politiques comme ceux des Frères musulmans, plus religieux comme ceux qui se rattachent au salafisme ou politico-religieux comme le wahhabisme saoudien. Ces mouvements il les résume tous, il en est l’avant-garde ». Le livre se termine sur un hommage à un garçon d’Aden abattu en pleine rue pour s’être déclaré athée : « ce mot martyr, tellement galvaudé, il le méritait bien ». Gilles Gauthier place ses espoirs dans les « dizaines de milliers de jeunes gens comme lui, pas nécessairement athées, mais libres » dont « la formidable énergie a été libérée par les révolutions de 2011 ».

Pierre Prier

Sun, 29 Jul 2018 19:54:42 +0200

Israël saisit la flottille pour Gaza

Interview de Sarah Katz, membre de l’équipage, par Orient XXI. Cette flottille est la sixième qui tente de briser le blocus de Gaza. Depuis la première, en 2008, aucune flottille n’est entrée.

Chris den Hond

Fri, 27 Jul 2018 06:00:00 +0200

Palestine. Psychiatrie sous occupation

Recueil de chroniques publié en mars dernier, Derrière les fronts est le premier livre de la psychiatre et écrivaine palestinienne Samah Jabr. Elle analyse le traumatisme transgénérationnel qui marque la mémoire collective palestinienne et témoigne pour que les souffrances subies ne tombent pas dans le silence en consumant le souffle de la résistance.

Publié en mars 2018 par Premiers matins de novembre (PMN éditions) en coédition avec Hybrid Pulse, en même temps que la sortie du documentaire homonyme d’Alexandra Dols, Derrière les fronts. Chroniques d’une psychiatre psychothérapeute palestinienne sous occupation est le premier livre de Samah Jabr. Elle écrit pourtant depuis longtemps, dès la fin des années 1990, essentiellement dans des journaux anglophones comme The Washington Report on Middle East Affairs, Middle East Monitor, The New Internationalist… sous cette forme de billets qui sont ici rassemblés depuis 2003 jusqu’à aujourd’hui. Écriture à vif, réaction aux déflagrations qui rythment le quotidien en Palestine occupée, mais aussi recueil de témoignages, mise en forme de récits de vie, analyse de la complexité et des imbrications entre vie personnelle et politique. Écriture précise, ciselée, enracinée dans des convictions et son expérience de terrain. Écriture de l’urgence, entre ses activités considérables de soignante.

Diplômée de l’université Al Quds à Jérusalem, des universités Paris VI et Paris VII et de l’Institut israélien de psychothérapie psychanalytique, Samah Jabr est directrice de l’unité de santé mentale en Cisjordanie occupée, et responsable des services de santé mentale pour l’ensemble de la région. Elle enseigne et forme des professionnels palestiniens et internationaux et intervient auprès de prisonniers. « Il y a seulement une trentaine de psychologues et psychiatres pour toute la population de la Cisjordanie et de la bande de Gaza », explique-t-elle. Tout un programme, qui en dit long sur l’ampleur de la tâche.

Effets sur l’intégrité mentale

Si les effets de l’occupation israélienne : assassinats, arrestations, emprisonnement, tortures, destruction des êtres et des biens sont documentés, leurs conséquences sur l’intégrité psychique et la santé mentale des Palestiniens relèvent davantage du non exploré. Derrière les fronts creuse justement ce vaste espace de destruction, non renseigné, où se tient la population lorsqu’elle n’est pas en première ligne de l’affrontement et de la résistance nationale. En proie en permanence aux exactions d’une armée brutale et de colons ultra-violents. Son récit commence d’ailleurs avec l’histoire d’un berger âgé de 18 ans qui faisait paître ses moutons sur un terrain familial à l’est de Hébron quand il se fait sauvagement attaquer par des colons qui lui brisent les genoux à coups de pierres et le laissent au bord de l’agonie. Après cette agression traumatique, il va devenir quelqu’un d’autre, muet et hébété. Il y a aussi l’histoire de Fatima, percluse de douleurs, qui va de médecin en médecin sans pouvoir mettre fin à l’image en boucle, qui l’empêche de respirer, du crâne ouvert de son fils assassiné sur les marches de sa maison. Celle de ces jeunes adolescents qui se font arrêter et maltraiter au sein même de leur foyer sans que leur père ou leur mère ne puisse intervenir pour les défendre.

Autant de témoignages qui s’égrènent et que Samah Jabr veut sauver du silence et de l’indifférence du monde. « Je mets des mots sur des maux », explique-t-elle. Elle lutte pour enregistrer et garder les traces de cette barbarie, pour faire entendre et comprendre ces expériences aussi bien vis-à-vis de ceux qui s’en lavent les mains que vis-à-vis des Palestiniens eux-mêmes. Pour qu’ils puissent faire face et se reconstruire, ne pas retourner la torture et l’humiliation contre eux-mêmes en rajoutant de la souffrance et un silence qui fait son œuvre somatique dans les corps

Dans les traces de Frantz Fanon

Samah Jabr utilise les outils qu’elle connaît, ceux qui ont aussi servi à Frantz Fanon en son temps pour lutter contre la domination coloniale : les ressources de la psychiatrie et de la psychologie, en les mettant au service des personnes. Pour le médecin, cette compréhension de soi et des objectifs de l’adversaire n’est pas « une compréhension alternative aux autres moyens de faire face, mais cela éclaire ces moyens », et notamment ceux qui doivent être mis en œuvre par les professionnels, la réparation individuelle passant par la reconnaissance de l’exigence de justice pour tout le peuple palestinien. Pour elle, le travail clinique doit tenir compte du contexte sociopolitique palestinien et du traumatisme psychologique transmis de génération en génération depuis la Nakba : « La libération psychologique des Palestiniens n’a pas besoin de psychiatres pour soigner les pathologies et administrer des traitements, pour la simple et bonne raison que les Palestiniens sont occupés, pas malades ! », rappelle-t-elle, tout en mettant en cause la responsabilité des leaders palestiniens dont « la capitulation conduit à la dépression collective ».

À l’écoute des gens, menant un travail spécifique en direction des femmes, Samah Jabr ne ménage pas sa peine pour que son instrument de travail — la psychothérapie — se développe et donne aux uns et aux autres les moyens de faire face à la réalité. Pour elle, le projet de libération nationale est indissociable d’un projet pour le bien-être du peuple palestinien qui continue sa lutte avec des traumatismes trop souvent occultés. L’écriture est aussi un outil de réparation et d’émancipation.

Marina Da Silva