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La pensée écologique

Tue, 19 Jun 2018 12:23:25 +0200

Gouvernance des sciences

GOUVERNANCE DES SCIENCES

Dans les sciences sociales, la question de la gouvernance des sciences est étroitement associée à celles de l’État, de la démocratie et de l’expertise. Tout autant que dans les débats théoriques et empiriques sur l’affaiblissement de l’autonomie de l’État, la question de l’autonomie des sciences a fait l’objet de nombreuses réflexions au cours des trente ou quarante dernières années. La perspective « mertonienne » des sciences avait construit la science comme un univers indépendant du monde social, garant de la « vérité » et d’un progrès économique et social continu et bienfaiteur. Cette vision à la fois idéalisée, « civilisationnelle » et quasi autarcique de la science contraste avec des produits scientifiques moins idylliques (par exemple la bombe atomique) qui ont fortement déstabilisé la science en tant qu’institution d’orientation de la société (avec l’Etat et la religion). Par la suite, certaines critiques de la science ont également incorporé le modèle de développement économique « productiviste » des sociétés occidentales que la science servirait.

Dès le début des années 1970 en Europe, les revendications de mouvements sociaux tels que les anti-nucléaires expriment une prise de conscience progressive des risques technologiques et des « dégâts du progrès » (selon la formule de l’époque du syndicat français CFDT). Divers courants de pensée politique (en particulier autogestionnaires) ont nourri ces mobilisations « d’en bas » (luttes de quartier, anti-impérialistes ou féministes). De façon plus institutionnalisée et « top down », au début des années 1990 avec la Conférence de Rio (Principe 10) puis, en 1998, avec la Convention d’Aarhus, la question de la participation a été placée à l’agenda politique comme un instrument de gouvernance au service « de stratégies de développement durable fondées sur les meilleures connaissances disponibles ». A partir de là, d’un point de vue normatif, la gouvernance est devenue un principe d’action du développement durable. Ces démarches d’ « en haut » provenant de courants souvent appelés « modernisateurs » ont insisté sur le rôle des citoyens et de la société civile en général dans les choix et les décisions en matières environnementale et technoscientifique.

D’une autonomie quasi absolue des sciences (thèse de la « république de la science »), on est alors passé à des visions d’interdépendance assez fortes entre sciences et société, science et politique ainsi qu’entre science et économie. Les travaux de Latour, qui abordent les sciences comme une activité sociale parmi d’autres, ont joué un grand rôle dans l’apparition d’un nouveau paradigme de relations sciences-société plus démocratiques. Il en est même qui, comme Callon et d’autres, ont identifié des démarches de « co-production des savoirs » à travers l’émergence d’une « démocratie technique » qui pourrait être assimilée à une gouvernance intégrée des sciences.

La littérature scientifique a mis en évidence l’existence d’une multitude de procédures participatives aux modalités et résultats divers (conférences de consensus, jury de citoyens, budgets participatifs, etc.). Selon la formule de Callon, ces procédures peuvent devenir autant de « forums hybrides » lorsque, au travers de controverses socio-techniques, elles font dialoguer et interagir différents types d’acteurs ou d’experts aux savoirs hétérogènes. La conception d’une gouvernance des sciences par la participation citoyenne (avec la figure du « citoyen expert » ou « contre-expert ») a toutefois été discutée. D. Pestre juge ainsi que les régulations des sciences par le marché, les administrations ou le droit peuvent être au moins aussi fortes (sinon davantage) que celles par les citoyens, ces derniers pouvant être parfois réduits à jouer les utilités dans des instances ou des processus marginaux et/ou éphémères.

Face aux perspectives de l’ « économie de la connaissance », qui considère les savoirs comme un facteur de production comme un autre (cf. par exemple les objectifs de la Stratégie de Lisbonne formulés en 2000 par l’Union européenne), la question des finalités de la gouvernance participative des sciences se pose avec acuité : s’agit-il simplement de légitimer des décisions déjà prises dans des cercles experts restreints ou de faire réellement accepter des choix collectifs contraignants à travers la délibération pour échapper à des dérives autoritaires ? Tout se passe en effet comme si l’information ou la consultation ne suffisaient plus puisqu’elles n’ont généralement pas de lien avec les décisions prises. Or, comme les travaux, entre autres, du réseau européen CIPAST l’ont montré, il n’y a de participation véritable que lorsque les personnes concernées par une décision y sont effectivement associées. Si l’on prend au sérieux l’argument selon lequel les forces du marché et du droit sont souvent plus fortes que les technologies participatives pour réguler divers domaines d’action publique, il faut alors s’interroger sur la pertinence d’une gouvernance des sciences « molles » par rapport à la possibilité réelle de contrôler ou d’orienter les activités scientifiques dans le sens d’une réflexion pro-active et prospective sur la durabilité en général (cf. l’histoire contrastée du technology assessment aux États-Unis et en Europe).

La présence simplement formelle de « parties concernées » (stakeholders) dans des dispositifs participatifs renverrait à deux des critiques adressées traditionnellement à la démocratie représentative : le fait que celle-ci privilégierait les logiques majoritaires (aux dépens des minorités) plutôt qu’argumentatives et qu’elle renforcerait l’autonomie des gouvernants par rapport aux gouvernés. La critique « élitiste » de la démocratie représentative qui dénonce une « auto-sélection » des personnes réputées compétentes et légitimes n’en sortirait que renforcée. Dès lors, démocratiser la gouvernance des sciences (une « science participative ») ne passerait pas par une seule modalité mais par une articulation de divers registres démocratiques (participatifs, délibératifs, directs et représentatifs) qui ne s’excluraient pas les uns les autres mais se compléteraient selon les contextes, les échelles, les objets et/ou les temporalités (https://ecsa.citizen-science.net/sites/default/files/ecsa_ten_principles_of_cs_french2.docx.pdf). Ainsi, toujours révocables par l’élection, les élus seraient-ils amenés à se positionner clairement par rapport aux arguments développés dans diverses arènes participatives. Les savoirs mobilisés dans chacune d’entre elles ne sont en effet pas nécessairement les mêmes : par exemple, la participation à l’échelle locale/urbaine peut mobiliser des savoirs d’usages liés au statut d’habitant ou de riverain alors que le cadre national ou européen peut apparaître plus approprié pour débattre d’objets scientifiques ou technologiques plus généraux. Dans le débat public, opposer expertises scientifique et citoyenne ne fait donc pas sens en général bien que leur poids respectif dépende des contextes. Instrumentalisé ou mal utilisé, le débat public peut également susciter frustrations et rejet. Ni idéaliste, ni cynique, une gouvernance des sciences bien comprise s’apparenterait à un renforcement du rôle des citoyens en général dans le débat public sur les priorités scientifiques ou environnementales, sans toutefois renvoyer dos à dos expertise scientifique et contre-expertise citoyenne qui peuvent être sources de dynamiques collectives débouchant sur la définition d’un bien commun consenti.

Mais, à l’instar des élus, les citoyens ne sont pas tous préparés à participer à des décisions dans des domaines scientifiques et/ou techniques complexes, évolutifs et incertains (cf. par exemple le programme controversé de convergence des technologies nano-bio-info-cognitives (NBIC)). Ils ont tous besoin d’expertises scientifiques, même contradictoires, non pas comme « vérité ultime » mais comme produit accessible de savoirs structurés par des méthodes rigoureuses. Autrement dit, la tension entre l’expertise scientifique et le débat public peut se résoudre dans un dialogue collectivement informé. Contrairement à l’une des critiques adressées à la démocratie participative, reconnaître le besoin conjoint de l’expertise scientifique et du débat public au sens large n’est pas affaiblir l’élu ou la démocratie représentative. C’est simplement réaffirmer les complémentarités des savoirs (politiques, profanes, scientifiques, etc.) et des types de légitimité (élective ou non). Pour faire face aux défis environnementaux et climatiques du présent/futur et pour contrer toute dérive des technosciences, l’enjeu porte sur les possibilités de réinjecter du politique dans la gouvernance des sciences, c’est-à-dire interroger des voies et moyens pour redonner à la politique un pouvoir d’orientation de la société, tout en reconnaissant la diversité légitime des points de vue dans le débat public. Les principales interrogations pour le futur de la gouvernance des sciences portent ainsi sur les capacités et ressources (cognitives, politiques, etc.) à mobiliser pour développer une véritable conception relationnelle des sciences en société et en politique. Certaines questions portent également sur les capacités à conserver une recherche publique forte capable de dialoguer avec la recherche privée dans le but de répondre aux problèmes environnementaux et climatiques dans toutes les régions du monde et sur les capacités à partager les savoirs (autant pour réduire un knowledge divideentre le nord et le sud qu’une privatisation rampante des savoirs qui le renforcerait). Un autre écueil réside dans l’asynchronie entre la négociation d’un consensus à court terme à travers des mécanismes de gouvernance et l’inscription dans le long terme des exigences écologiques.

En résumé, à l’avenir plus encore qu’aujourd’hui, dans une société pouvant produire le risque social, scientifique et technologique de sa propre fin, la question portera sur qui définira les priorités et les savoirs scientifiques légitimes susceptibles de contribuer au « sauvetage » de cette société, qui les financera, qui les fabriquera et dans quels buts ? Jusqu’où la société, l’économie et la politique accepteront-elles les choix formulés, y compris dans leurs objectifs parfois contradictoires, par les institutions scientifiques publiques au nom de la liberté de la recherche ? Et jusqu’où les scientifiques accepteront-ils d’écouter les demandes des différentes composantes de la société dans l’expression de leurs préférences et besoins, parfois opposés, en matière de recherche ? Enfin, comment juger de la qualité des décisions prises en matières environnementales et scientifiques dans les dispositifs participatifs ? La durabilité des sciences et des technologies ainsi que l’évaluation de leurs « performances » dépendront des réponses apportées à ces questions. Ces réponses indiqueront aussi dans quelle mesure la démocratisation des choix scientifiques et technologiques est conciliable avec la liberté académique.

Bensaude-Vincent B., Les Vertiges de la technoscience. Façonner le monde atome par atome, Paris, La Découverte, 2009. – Blondiaux L.,Le Nouvel Esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative, Paris, Seuil, 2008. – Bourg D.&Boy D., Conférences de citoyens, mode d’emploi, Paris, Ed. Charles Léopold Mayer/Descartes, 2005. – Callon M., LascoumesP.&BarthesY.,Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique,Paris, Seuil, 2001. – Glassey O., LerescheJ.-P. & Moeschler O., Penser la valeur d’usage des sciences, Paris, Les Archives contemporaines, 2013. – Mirenowicz J.,Sciences et démocratie : le couple impossible ?, Paris, Editions Charles Léopold Mayer, 2000. – Nowotny H., Peter S. & Gibbons M., Repenser la science : savoir et société à l’ère de l’incertitude, Paris, Belin, 2002. – Pestre D., A contre-science, Paris, Seuil, 2013. – Sintomer Y., Petite histoire de l’expérimentation démocratique, Paris, La Découverte, 2011. – Stengers I., Une autre science est possible, Paris, La Découverte, 2013.

Jean-Philippe Leresche, Professeur ordinaire, Observatoire science, politique et société, Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne.

Jean-Philippe Leresche

Wed, 16 May 2018 16:48:41 +0200

L’art du paysage

L’art du paysage

Raffaele Milani

Vol 2 (1) – avril 2018 – L’environnement et l’esthétique

Résumé

Dans la perspective de cette étude, le problème du paysage provient non pas de la transfiguration artistique, le paysage dans la peinture, mais il se situe sur le plan du travail de l’homme et ainsi de la vision, de l’imagination et de la contemplation. On veut comprendre la signification du paysage comme une catégorie esthétique dans le domaine de la sensibilité humaine, sous le signe de la réalité, de la valeur, du symbole, éclairée par la manifestation multiple des choses qui nous entourent et de sa transfiguration ensuite dans l’art et dans la littérature. Grâce à un réseau d’impressions, de sentiments et de jugements, l’expérience des formes s’offre en un certain dessein de connaissance. La catégorie esthétique vise à révéler la structure même des objets et des phénomènes, en se situant entre l’intention humaine et la nature intime du monde. Dans cet intervalle, la vérité de la beauté du paysage naturel et du paysage construit est appréhendée précisément dans l’optique d’un art qui est le résultat du faire, du sentiment et de l’imaginaire. Nous sommes depuis toujours fascinés par la nature environnante. Il nous est facile de comprendre, d’entendre la signification et la valeur du paysage en tant que catégorie esthétique le long du processus de la civilisation.

Mots-clés:paysage, nature, art, esthétique, histoire

The Art of the Landscape

Abstract

The research presented here attempts to understand the meaning and value of the landscape as an aesthetic category, which is to say, as a fundamental concept that, in the context of human sensibility, characterizes and determines complex reflections on the many manifestations of the nature that surrounds us and on its representation in art and literature. Through a dense network of critical judgments and expressions of feeling, the aesthetic experience becomes a process of cognition that leads to a noetic or ontological field. Indicators of the relationships that underlie our judgments as they relate to our sensibilities, aesthetic categories tend to reveal the very structure of objects and phenomena, mediating between human intention and the inherent nature of the world. Landscape, which today is more and more tied to ecology, geography, and the use of land, is analyzed here in terms of its aesthetic value and function, illustrating its cultural and historical identity. It is interpreted as the evolution of a constant, a heterogeneity of components whose meanings are nonetheless “identical” in that they remain implicit and rooted in the language and life of humankind. The landscape expresses a sentimental response and, at the same time, a need for abstraction. It is an objective disposition, an internal aspect of creative works that reproduce the forms of natural beauty.

Key words: landscape, nature, art, aesthetics, history

Plan

  • Le mythe
  • L’identité des lieux
  • Le regard
  • Visions
  • Mémoire

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Pour citer cet article : Raffaele Milani.2018. « L’art du paysage ». La Pensée écologique. 2(1).

Raffaele Milani

Wed, 16 May 2018 16:48:12 +0200

Pour une esthétique de la charogne

Pour une esthétique de la charogne

Hicham-Stéphane Afeissa

Vol 2 (1) – avril 2018 – L’esthétique et l’environnement

Résumé

L’apport majeur de l’esthétique environnementale au cours de la seconde moitié du XXesiècle a consisté à démontrer qu’il existe un lien entre l’expérience esthétique et la connaissance scientifique, la science naturelle fournissant les schèmes classificatoires permettant de savoir ce qu’il convient d’apprécier et comment il convient de le faire lorsqu’il en va de l’appréciation de la nature. La réhabilitation des paysages des marais depuis le milieu du XIXesiècle offre une belle confirmation de la validité de cette thèse, cette dernière étant en effet largement redevable des leçons de l’écologie, à telle enseigne que l’on peut bien tenir les paysages des marais pour l’objet paradigmatique de toute esthétique environnementale. Mais peut-on espérer effectuer semblable revalorisation du spectacle intrinsèquement répugnant que donne à voir un corps en décomposition, quelles que puissent être nos notions sur l’écologie du recyclage des nutriments ? La charogne n’est-elle pas l’objet-limite de toute esthétique ?

Mots-clé : charogne, connaissance scientifique, décomposition, expérience esthétique, marais

Abstract

The major contribution of environmental aesthetics during the second half of the twentieth century was to demonstrate that there is a link between aesthetic experience and scientific knowledge. Natural science provides classificatory schemes to know what it is necessary to appreciate and how to do this when appreciation of nature is at stake. The rehabilitation of swamp landscapes since the middle of the 19th century offers a good confirmation of the validity of this thesis, since the latter is largely indebted to the lessons of ecology, so much so that the landscapes of swamp can operate as the paradigmatic object of any environmental aesthetics. But can we hope to make a similar revaluation of the inherently disgusting spectacle of a decaying body, how fertile our notions about an ecology of nutrient recycling could be? Is carrion not the limit object of all aesthetics?

Key-words :carrion, scientific knowledge, decomposition, aesthetic experience, swamp

Plan

  • Au cœur du laboratoire de la décomposition
  • L’art de la décomposition
  • L’esthétique environnementale
  • L’esthétique des marais
  • La rédemption artistique de la laideur et la représentation de l’immonde

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Pour citer l’article :  Hicham-Stephane Afeissa. 2018.  » Pour une esthétique de la charogne « . La Pensée écologique.  2(1).

Hicham-Stéphane Afeissa

Wed, 16 May 2018 16:46:58 +0200

L’esthétique, l’humilité et l’étonnement : d’autres modes de relation à l’environnement

L’esthétique, l’humilité et l’étonnement : d’autres modes de relation à l’environnement

Emily Brady

Vol 2 (1) – avril 2018 – L’environnement et l’esthétique

Résumé

Dans cet article, j’avance la thèse que le développement de relations significatives d’ordre à la fois esthétique et éthique entre espèces et au sein des différentes espèces, entités organiques et inorganiques, se révèle d’une importance décisive pour configurer un avenir commun sur la planète terre. À cette fin, j’esquisse les contours de ces relations au moyen de « modes de relation » qui revêtent une importance et une signification particulières pour les êtres humains et les non-humains. Les modes de relation que j’examine sont : Esthétique– un mode de relation caractérisé par la perception multisensorielle, l’attention et l’imagination libre ; Humilité – un mode de relation, compris de manière épistémologique et morale, caractérisé par la conscience des limites de la connaissance et du pouvoir humains ; et l’Étonnement– un mode de relation caractérisé par l’ouverture d’esprit et la curiosité. Comment justifier l’idée que ces modes de relation sont désirables ? Je poserai cette question pour chacun d’entre eux, en me demandant dans quelle mesure l’esthétique, l’humilité et l’étonnement permettent de construire un avenir florissant.

Mots-clé :attention, avenir, curiosité, esthétique, étonnement, humilité, imagination, mode de relation, limites

Aesthetics, Humility, and Wonder: Other-Regarding Ways of Relating to Environment

 Abstract

In this paper, I argue that developing meaningful aesthetic-ethical relationships among and between species, organic and inorganic entities, is central to shaping a shared future on planet earth. To this end, I outline the contours of those relationships through, specifically, ‘ways of relating’ that have significance and meaning for human and more than human worlds. The ways of relating I explore are: Aesthetics – a way of relating characterized by multisensory perception, attention and imaginative freedom; Humility – a way of relating, both epistemically and morally, characterized by awareness of the limits of human knowledge and power; and Wonder – a way of relating characterized by openness and curiosity. On what grounds are these ways of relating desirable? I’ll ask this question of each one, considering how aesthetics, humility and wonder enable us to build a flourishing future.

Key-word: aesthetics, attention, curiosity, future, humility, imaginative freedom, limits, way of relating, wonder

CONTENT

  • Introduction
  • Meaningful relations as starting point
  • Aesthetics as a way of relating
  • Humility – moral and epistemic
    • Moral humility
    • Epistemic humility
    • Rachel Carson
  • Wonder
    • John Muir
    • Animals
    • Geology
  • Conclusion

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Pour citer l’article :  Emily Brady. 2018. « L’esthétique, l’humilité et l’étonnement : d’autres modes de relation à l’environnement ». La Pensée écologique. Vol 2 (1).

Emily Brady

Wed, 16 May 2018 16:46:28 +0200

Esthétique, phénoménologie de l’habitation de la Terre et considération

Esthétique, phénoménologie de l’habitation de la Terre et considération

Corine Pelluchon

Vol 2 (1) – avril 2018 – L’esthétique et l’environnement

Résumé

L’appréciation esthétique de la nature implique un engagement du corps et contribue à élargir notre perception de nous-mêmes en nous faisant ressentir notre appartenance à la communauté biotique. Pourtant, l’esthétique environnementale ne se fonde pas sur la connaissance des phénomènes biologiques complexes ni même sur une éthique environnementale liée à la reconnaissance de la valeur intrinsèque des autres vivants. La capacité à admirer la nature indépendamment de l’usage que l’on en a suppose un décentrement du regard, mais ce dernier ne résulte pas de connaissances ou de normes. Il est plutôt le fruit d’une transformation de soi qui modifie en profondeur la manière dont le sujet se pense et perçoit la nature. Tel est le sens de la considération, qui unit l’éthique et l’esthétique, la capacité à admirer les animaux sans chercher à les dominer et le désir de prendre soin de la nature découlant d’un rapport à soi et au monde commun.

Mots-clefs : corporéité, esthétique, éthique de la Terre, éthique des vertus, phénoménologie de l’habitation de la Terre

Aesthetics, Phenomenology of the Inhabiting the Earth and Virtue Ethics

Abstract

Environmental aesthetics requires a participation of the body and contributes to enlarge our perception of ourselves by making us feel that we are members of the biotic community. And yet, environmental aesthetics is not based upon biological knowledge. Nor is it grounded upon environmental ethics and the acceptance of the intrinsic value of other living beings. The capacity to admire nature without focusing on the way we use it supposes that we depart from an anthropocentric point of view. However, this change does not result from norms nor knowledge. It is rather the consequence of a process of self-transformation that changes from within the way we think ourselves and perceive nature. This is at stake in the notion of consideration, which articulates ethics and aesthetics: the capacity to admire animals without exploiting them and the desire to care for nature derive from the experience of our relation to the common world we belong.

Key words : Aesthetics, Corporeality, Land Ethic, Phenomenology of living on Earth, Virtue Ethics

Plan

  • Introduction
  • Esthétique de la nature et phénoménologie de l’habitation de la Terre
    • Le sentir et la corporéité
    • Plaisir, existence et élargissement du sujet
    • L’émotion esthétique témoigne du lien nous unissant à la nature
  • Esthétique et éthique de la considération
    • Sens commun, monde commun et responsabilité
    • L’éthique comme transformation de soi
    • La considération, lien unissant l’éthique et l’esthétique
    • Perspectives et conclusion

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Pour citer l’article: Corine Pelluchon.2018. Esthétique, phénoménologie de l’habitation de la Terre et considération. La Pensée écologique. Vol 2 (1)

Corine Pelluchon