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GROSSE FATIGUE cause toujours....

Fri, 01 Dec 2017 15:39:43 +0100

Un adieu prévu

Il y avait son copain un peu trop gros et gras et pas rasé qui faisait crade et qui avait l’air triste et avachi. Il savait à l’avance. Il m’en a parlé en juin, quand on lui a retiré un truc dans la tête, une métastase dans la tête, quand on peut la retirer, on la retire. Il y avait donc ce peintre en bâtiment, tout triste et gras qui était là, qui était triste, et les murs blancs autour, standards.

Il y avait ma sœur, et puis mon autre sœur, sa mère. Il y avait sa sœur. J’avais envisagé tout cela dans le TGV en venant. Un grand TGV comme je les aime tant, tant ils me rappellent l’avenir auquel on croyait autrefois. Un TGV à deux niveaux, et d’en-haut, pour ceux qui s’en souviennent encore, il y a le paysage qui défile, comme dans les sous-sols des vieux autrefois, dans les reliefs plastifiés de leurs trains miniatures.

J’ai pensé à ce que j’allais voir et dire et faire. J’y ai pensé dans le train, et la veille en forêt, la nuit, à faire du vélo. J’y ai pensé il y a deux mois. J’y pense. Depuis trois ans.

Il nous avait annoncé ça en rigolant. Un mélanome, tu parles ! Comment avoir peur de l’anagramme de "mélomane" ? A côté de toutes les saloperies qu’il s’était vaporisées dans les narines, un grain de beauté qui saigne, qu’est-ce que c’était ?

Je savais que c’était la mort qui venait frapper à la porte en avance d’au-moins trente ans, juste pour me rappeler à quel point elle aimait me faire ça aussi, depuis si longtemps. Je ne lui ai pas dit. Personne ne lui a dit.

A chaque photo que j’ai faite de lui, revenaient me hanter les photos d’autrefois, les souvenirs en deux dimensions, des gens du passé, un frère une sœur. Je savais très clairement que je mettais à plat ce qui resterait de lui, l’idée de lui, afin que d’autres puissent se souvenir aussi, de ce moment précis, cet instant décisif, où de son regard triste et doux, il souriait bizarrement. Le savait-il aussi ? J’imaginais que l’on lancerait ses cendres du haut du Galibier, qu’il grimpait vite et descendait comme un fou. J’avais tort. Quand il a compris, quand ils lui ont dit, le romantisme et la folie l’ont quitté. Le cimetière et le caveau familial, et ça ira bien.

En arrivant dans sa chambre, il somnolait en écoutant Coltrane. C’est plutôt bien de finir sa vie même trop tôt en écoutant Coltrane. Tout le monde n’a pas cette chance. Quand il m’a vu, il s’est réveillé. Je veux dire qu’il s’est réveillé après m’avoir vu, et pas avant. C’est souvent le cas des gens malades. Ils sont là et pas là. Ils dorment les yeux ouverts, à l’intérieur, des techniciens commencent à retirer les câbles, quelque chose comme ça. Les yeux brillants et heureux, à m’appeler tonton parce que l’on aimait tant dire des conneries. Je lui ai montré une reprise d’un groupe qu’on aimait bien, par un brass-band. On a chanté. Et puis il s’est rendormi.

Alors ont commencé les allers-retours cafétéria chambre il dort ne t’inquiète pas il dort encore ? Oui tu veux un chocolat ? Son père va venir, t’as prévenu tout le monde j’arrive pas à y croire, il a quarante et un ans les médecins lui ont dit oui il lui ont dit comment on peut être perdu si jeune et si en forme rends-toi compte ! On a fait le Ventoux il y a un mois, il grimpait si bien, c’était si formidable si rapide. La preuve : j’ai les photos.

Des gens, il y a toujours deux présences. La vraie. Celle que l’on touche et que l’on écoute et que l’on interrompt sans cesse. Et l’idée que l’on s’en fait. Cette dernière-là, elle s’accompagne bien des restes de la veille, sur du papier jauni quand la veille s’éternise avec le temps et que tout s’en va. Voilà qu’il ne me reste plus que l’idée de toi, et ton regard un peu partout sur les photos que j’ai prises avant ce jour d’octobre, ce dimanche avant de reprendre le TGV, où juste avec toi, personne d’autre, dans la chambre encombrée pour te donner du courage par des photos et des babioles, il a bien fallu se saluer.

Je pleurais comme une madeleine et tu me disais de ne pas m’en faire et que tout irait bien et que tu t’inquiétais plus pour nous que pour toi. Je tenais ta tête qui te faisait si mal et le coude de ton bras droit et ta main qui grattait ta tête. Je sentais sous tes cheveux les métastases sous-cutanées qui ne perdaient pas leur temps. Les digues avaient lâché, l’invasion avait gagné, tu en avais partout depuis déjà longtemps mais à chaque fois il y avait eu comme un espoir. Radiothérapie, chimiothérapie, chirurgie, immunothérapie, vélo. On y avait tous cru non pas moi, mais disons presque, j’étais comme averti par le passé, les spécialistes m’avaient regardé d’un air triste en me disant : "Putain...". Oui, tu sais bien, les amis médecins, ceux que tu connaissais aussi, ils savaient à l’avance, on t’a raconté des conneries, juste pour que tu tiennes, juste parce qu’on ne sait jamais et c’est tant mieux.

Je pleurais comme une madeleine et toi pas du tout. Ça te fatiguait tellement, tu avais mieux à faire qu’à me remonter le moral, les hypnotiques devaient déjà t’embrumer, gérer tes peurs, ton stress, ta douleur. Je touchais ta tête en me souvenant des souvenirs en super-huit que papa tournait pour tes quatre ans, dans le jardin de tes autres grands-parents, quand tout blond et tout petit, tu dansais sur Message in a bottle. Personne ne se serait douté qu’un jour dans le futur, quand les trains iraient vite, que les paysages n’existeraient plus, et que l’on serait tous programmés par téléphones interposés, personne ne se serait douté que tu mourrais avant nous, d’un cancer de la peau.

Je t’ai vu un dernière fois dans l’entrebaîllement de la porte. Tu étais figé, ton regard vers l’au-dehors, le soleil face à toi, pétrifié et blanc, un Pompéi sans les cendres, le volcan à l’intérieur, et j’ai voulu oublier cela en partant. Tout était triste.

Je t’ai revu dans ton cercueil, tu m’as fait un choc, tu m’as prévenu encore une fois de profiter de la vie, de la mienne, des enfants et des amis, tu étais si petit, si raide et si froid, c’était vraiment terrible de te voir, je ne voulais pas, mais c’est ta mère qui m’a dit - elle a maintenant une mission - "vas le voir, il est bien, je lui ai réchauffé les mains à la morgue dimanche après-midi, en lui parlant, vas-le voir, il est bien."

Voilà tout était prévu, et depuis six mois, tu occupais ma vie entière. Je ne pensais plus à grand-chose d’autre, j’étais comme détaché. A chaque bon moment, je me disais voilà la fin, voilà le dernier, les nouvelles sont mauvaises.

Tout était annoncé. Je n’ai pas été surpris. Je ne sais pas si c’est mieux. C’est juste moche. Maintenant, tu sais bien, je vais continuer à essayer de faire de mon mieux.

Le paysage. Les Monts du Lyonnais. Le Morvan. La Bourgogne. La Loire souviens-toi. La lumière grise qui s’attarde. A l’automne.

Grosse Fatigue

Thu, 13 Jul 2017 22:58:10 +0200

J'enseigne

J’ai longtemps cru que j’en finirai avec l’enseignement un jour. J’enseigne dans une boîte bidon où la plupart des étudiants viennent chercher des crédits ECTS comme d’autres cumulent des points de réduction chez Leclerc… Je ne regrette pas l’université. J’y donne un cours en septembre et plus rien d’autre. Je ne cours pas après les cours de vacataire, ça va comme ça. A la fac, ce serait encore pire. Payé au lance-pierre, mais une petite pierre de rien du tout, et en fin d’année, quand la bureaucratie comptable a bien vérifié mille fois que j’étais moi-même, comme chaque année depuis vingt ans, avec les bons diplômes, le même RIB et le même numéro de sécurité sociale, le même ! Un chèque pour acheter des chaussettes et le même cirque l’année d’après… Les comptables ! En voilà de l’emploi fictif comme j’aime, car il y aura toujours là-dedans un Kafka pour pondre ses œufs, un Houellebecq pour arrêter l’informatique.

J’ai longtemps cru, donc, que j’en finirai d’enseigner, que je ferais autre chose, David Gilmour ou Sylvain Tesson, mon auteur du moment, à traverser la France, le monde ou le temps, avec force de citations et moultes références. Il n’en est rien. Quelque chose me paralyse, comme une sorte de longue anesthésie. Je fais de mon mieux.

Et puis le contraire est arrivé. L’enseignement, c’est terminé. Pas mon enseignement ni ma capacité à parler à des nigauds connectés au monde entier en permanence pour demander à des nigauds équivalents où ils sont… Non, je continue à déblatérer ma chère Joëlle à ce qui n’est pas la crème de la crème j’en suis conscient et bien désolé. J’espère un jour pouvoir négocier mon départ la tête haute en riant, avant la retraite et la calvitie complète mais il est rare que l’on maîtrise tout. L’enseignement, à l’avenir, c’est terminé. Je veux dire : ça n’est plus possible, tout simplement. Car le principe initial s’est envolé. Fumée, brouillard, vapeur : évanescence. Aussi vrai que les abeilles, les lapins, l’espoir en général, ou le Minitel™. Il y a des choses qui disparaissent avec le temps, car avec le temps, tout s’en va. Pourtant, l’enseignement, c’était bien le fondement de notre civilisation humaniste, avec des lettres et des mathématiques, de l’histoire, ces choses dérisoires aujourd’hui.

L’enseignement subsistera comme un luxe. La Tour d’Argent contre MacDo. Car voilà. Aujourd’hui, un étudiant - un Américain, donc trois ans d’avance sur le flux de purin - m’a dit, en sortant du cours, qu’il n’était pas d’accord avec moi et que je devrais lire plus de livres… Le responsable de ce petit être s’est empressé de l’engueuler, d’autres étudiants - d’autres Américains, des survivants - firent de drôles de têtes en l’entendant… Pour certains, on ne dit pas ça à un « docteur », pour d’autres, ma crédibilité n’était pas à remettre en cause, pour d’autres encore, on avait affaire à l’un de ses bouseux du Sud… Sauf que les bouseux du sud ne viennent pas en France pour apprendre le français… Bref. Je ne me suis pas offusqué. Je connais la bête. J’en vois des dizaines chaque année, j’en côtoie de plus en plus. C’est que nous sommes égaux, et que l’autorité d’autrefois a été jetée à la poubelle de l’histoire avec l’autoritarisme. Tant pis. J’ai ensuite fait un petit calcul…. Je lis depuis l’âge de onze ans, tout et n’importe quoi. Je pense lire en moyenne un livre par semaine. Peut-être plus, sans compter les journaux et les magazines. Et mon bouseux a donc beaucoup de retard puisque j’ai trente ans de plus que lui. Ce qui ne m’a pas rassuré. Une autre fois, un étudiant m’a dit ne pas vouloir lire de livre pour écrire son mémoire. Une autre étudiante m’a, un jour, demandé qui j’étais pour la contredire. Et so on…. Qui suis-je, effectivement ?

C’est terminé. Aller en cours, c’est faire communion. C’est comme aller au cinéma. Ça ne sert strictement à rien, les DVD en soldes coûtent bien moins cher, on les garde pour soi et l’on peut les revoir à loisir. Mais aller au cinéma, c’est vouloir être avec d’autres gens à un moment donné dans un endroit précis afin de partager le silence et le noir. C’est con, hein… Que partage-t-on en classe à part l’ennui, cet ennui énorme qui voit la concurrence des « nouvelles technologies de l’information et de la communication », langage technocratique français, empêcher de penser tous les ploucs de la nouvelle plèbe consommatrice ? Rien. Il faudra demain très vite faire face à cette masse de cons connectés, jeunes et dynamiques, vides de tout, qui nous donneront des ordres avant qu’on soit morts. Quelle affaire quand on y pense…. Donc enseigner, c’est fini.

Grosse Fatigue

Fri, 12 May 2017 09:04:29 +0200

Sous l'orage

Nous sommes partis sous l’orage et nous avons eu peur. Les automobilistes nous dépassaient en criant à cause de leur nature impatiente. Nous avons roulé en prenant des relais c’est bien le seul endroit où je participe à une cause commune : le vélo.

Je roule avec des vieux, des vieux de n’importe quel genre, des prolos, des médecins, des maçons, des instituteurs, des flics de la brigade financière, des étudiants maigres et des amis aussi.

Nous sommes partis sous l’orage qui couvait, qui nous couvait, comme des œufs prêts à éclore, dans un duvet d’humidité, nous transpirions dès le départ. Nous sommes partis vers l’Armorique, du moins sa partie géologique, nous avons quitté le calcaire, direction ouest, puis de retour, car il faut revenir.

J’écoute Sylvain Tesson qui cite Kessel, faut-il rester chez soi ou bien partir ?
Il paraît que seule l’écriture peut transformer la folie.

Nous sommes partis sous l’orage et sans mot dire. Chacun se raconte les courses des autres, ceux que plus personne ne court que dans sa tête. Nous sommes bariolés dans cette laideur pratique de couleurs horribles issues du cerveau d’un clown échappé du cirque. Ce n’est pas tant un manque d’élégance qu’une opportunité de porter des couleurs fluorescentes pour ne pas être renversés tout de suite à défaut d’être renversants.

Sur la route, toujours la même conclusion : tout est propre. Des agriculteurs industriels tracent au cordeau informatique des champs limités par des herbicides qui leur filent des cancers de l’anus. Ceux-là même que je souhaite parfois à d’autres avant d’oublier.

Puis en revenant, une conne se rabat sur moi parce que je ne roule pas sur la piste cyclable. En la rattrapant au feu rouge, elle ouvre sa fenêtre car c’est son droit, pour me reprocher de payer des impôts pour une piste cyclable que l’on n’utilise pas. A défaut de lui coller une bonne baffe - les beaufs, c’est sans espoir - je lui précise qu’elle a manqué de me faire tomber, ce qu’elle confirme en me disant bien son habilité à ne pas me faire tomber, je lui explique que la piste cyclable est encombrée d’automobiles et de cailloux, et qu’avec nos jolies roues si fines, on ne peut pas se permettre.

Elle s’en fout alors je rajoute que la vie est courte et que, même si "c’est très désagréable de perdre du temps derrière vous", ce n’est que trente secondes dans la vie d’une conne, au volant d’une voiture à crédit, la pipe électronique au bec et Skyrock™ en boucle à l’oreille. La vie est courte, et trente secondes dans une courte vie, ça n’est rien.

L’orage était passé. Mais ils sont trop nombreux, et elles aussi.

Grosse Fatigue

Fri, 28 Apr 2017 21:41:15 +0200

Lettre ouverte aux beaufs de gauche qui s'abstiendront au second tour pour cause d'Alzheimer confortable


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Grosse Fatigue

Sun, 16 Apr 2017 19:04:01 +0200

Tu votes pour qui ? Qui ?


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