Presse & blogs

Lecteur de flux musclé avec souvent des articles complets dedans.

❯ Flux Isérois
Le Monde.fr - Actualités et Infos en France et dans le monde

Sun, 23 Sep 2018 18:57:53 +0200

Iran, Tanzanie, « Aquarius » : les cinq infos à retenir du week-end

Vous n’avez pas suivi l’actualité pendant le week-end ? Voici les principaux titres à retenir du samedi 22 et dimanche 23 septembre.

  • Attentat meurtrier lors d’un défilé militaire en Iran

Alors que le pays commémorait, samedi 22 septembre, le début de la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988), quatre hommes en uniformes ont ouvert le feu sur les militaires et la foule venue assister à la parade dans la ville d’Ahvaz, dans le sud-ouest du pays. Vingt-neuf personnes ont été tuées – des soldats, mais aussi des femmes et un enfant de 4 ans – et une soixantaine ont été blessées. Plusieurs responsables iraniens, à l’instar du président Hassan Rohani, ont mis en cause « ceux qui fournissent un soutien en matière de renseignement et de propagande à ces terroristes », notamment les Etats-Unis, et ont promis une « réponse terrible ».

Notre article sur le sujet :   Les Iraniens secoués, mais unis, après l’attentat à Ahvaz

  • Nouveau rapprochement entre le Vatican et la Chine

Le pape François à Vilnius, en Lithuanie, le 23 septembre.

Le Vatican a annoncé, samedi, la signature d’un « accord provisoire » avec la Chine « sur la nomination des évêques ». Plusieurs fois présentée comme imminente, cette annonce est le fruit de négociations qui durent depuis plusieurs années. Pour le Vatican, l’accord vise à remédier à la division des catholiques chinois entre une Eglise officielle étroitement contrôlée par le pouvoir, dont sept des évêques ne sont pas reconnus par Rome, et une Eglise « souterraine », dont les trente évêques ne sont pas reconnus par Pékin. L’annonce a été faite alors que le pape François se trouvait dans les pays baltes ce week-end.

Nos explications :   « Accord provisoire » entre le Vatican et la Chine sur la nomination d’évêques

  • En Tanzanie, le bilan humain du ferry échoué ne cesse d’augmenter

Les opérations de recherches pour tenter de trouver des survivants au naufrage d’un ferry sur le lac Victoria se sont poursuivies tout le week-end. Le bilan de 224 morts – 126 femmes, 71 hommes, 17 filles et 10 garçons – n’a cessé de grimper, et devrait encore le faire dans les jours à venir. Personne ne sait avec certitude combien de personnes se trouvaient à bord du ferry lorsqu’il a chaviré. Seules 41 personnes ont survécu. Le pays a réservé des « funérailles nationales » aux victimes et le président John Magufuli a exigé que « toutes les personnes impliquées dans la gestion du ferry » soient arrêtées.

Notre article sur le sujet :   Tanzanie : craintes d’un bilan encore plus lourd du naufrage d’un ferry

  • A bord de l’« Aquarius », un accrochage sévère avec les gardes-côtes libyens

Sauvetage au large de Zaouia d'un petit bateau de pêcheur avec 47 personnes à son bord dont 17 mineurs. L'opération de détection de l'embarcation en détresse a commencé vers 3h du matin et la fin des négociations avec les gardes-côtés libyens  s'est terminée aux alentours de 7h, dans la nuit du 22 au 23 septembre. Ici en arrière-plan les gardes côtes libyens en approche durant les négociations avec l'Aquarius.

Lors d’un face-à-face tendu avec les gardes-côtes libyens, le navire humanitaire affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières a passé la nuit de samedi à dimanche à sauver 47 personnes, dont 17 mineurs, au large de la Libye et ne sait toujours pas où il pourra débarquer. Samedi, le Panama a menacé le bateau de lui retirer son pavillon, alors qu’il est aujourd’hui le seul bateau humanitaire à patrouiller dans l’espoir de sauver des migrants, malgré plusieurs entraves à son action.

  • François Hollande au cœur de la polémique sur l’achat de Rafale par l’Inde

La vente de Rafale à l’Inde fait polémique.

L’ancien président français a ravivé vendredi une polémique en Inde autour de l’achat de trente-six avions de chasse Rafale en 2016 en déclarant au site d’information Mediapart que la France n’avait « pas eu le choix » du partenaire indien du constructeur Dassault. Ses propos ont fait la « une » de la presse indienne et alimentent la controverse déclenchée en 2017 par l’opposition, qui accuse le gouvernement d’avoir favorisé un conglomérat privé d’un industriel présumé proche du premier ministre.

François Hollande use notamment de cet argument pour se défendre de tout possible conflit d’intérêts avec Reliance Group, qui a partiellement financé en 2016 un film de sa compagne, Julie Gayet. « C’est pourquoi, par ailleurs, ce groupe n’avait pas à me faire quelque grâce de quoi que ce soit. Je ne pouvais même pas imaginer qu’il y avait un quelconque lien avec un film de Julie Gayet. »

Notre résumé de l’affaire :   François Hollande au cœur de la polémique sur les ventes de Rafale à l’Inde

MoDem. Lors de l’université de rentrée de son parti à Guidel, François Bayrou a obtenu de son partenaire La République en marche une oreille plus attentive et surtout la promesse d’une meilleure association dans une majorité moins figée.

DLF. Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a annoncé dimanche lors d’un congrès de son mouvement au Cirque d’hiver à Paris qu’il allait mener sa propre liste pour les élections européennes de 2019 pour « faire barrage à Emmanuel Macron ».

RN. Devant environ 400 personnes à Mantes-la-Ville, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a voulu remobiliser sa base à huit mois des élections européennes.

Judo. La Française Clarisse Agbegnenou a été sacrée championne du monde dimanche 23 septembre. C’est la troisième fois de suite que la judoka de 25 ans remporte le titre mondial chez les moins de 63 kg.

Les résultats de Ligue 1. Paris poursuit son sans-faute, Lille enchaîne, Saint-Etienne se réveille et Monaco tenu en échec par Nîmes.

Moto. Victoire de Marquez au Grand Prix d’Aragon.

Boxe. Le champion du monde des lourds Anthony Joshua a conservé ses trois ceintures mondiales (IBF, WBA et WBO, trois fédérations de boxe) en battant son challenger Alexander Povetkin samedi 22 septembre à Wembley, en Angleterre.

Sun, 23 Sep 2018 18:21:32 +0200

Hollande critique les « comportements excessifs » de Macron

« Si ce pouvoir-là échoue [...] qui peut prendre la place ? C’est une grande question qui est posée à tous », a dit, depuis la Corrèze, l’ex-président.

A sa manière, François Hollande s’est de nouveau rappelé au bon souvenir d’Emmanuel Macron, dimanche 23 septembre. L’ex-chef de l’Etat a prononcé dans son ancien fief de Tulle (Corrèze) un discours au cours duquel il a égratigné son successeur, se demandant « qui » pourrait incarner l’alternative au macronisme, s’il échouait.

« Si ce pouvoir-là échoue et c’est possible, à la fois par les décisions qu’il prend, injustes, par des comportements excessifs, ou par l’absence de résultats. Mais qui ? Qui sera là pour le rendez-vous démocratique ? », a déclaré François Hollande, face aux militants socialistes corréziens.

« Qui peut prendre la place ? Qui peut offrir une perspective ? C’est une grande question qui est posée à tous. Alors quand on regarde l’ensemble de la vie politique, comment être rassuré ? », s’est interrogé l’ex-président.

Lire aussi :   Macron-Hollande, un an de guerre froide

« Si on parle de soi, on sera hautain et arrogant »

Un peu plus tard, lors d’une brève séance de micros tendus après son discours, François Hollande a une nouvelle fois égratigné l’actuel chef de l’Etat. Interrogé sur les conseils de réorientation donnés par Emmanuel Macron à un jeune horticulteur au chômage, François Hollande a répondu :

« Il faut parler à l’individu, à ce qu’il est et pas forcément parler en fonction de ses propres pensées. Il ne faut pas asséner une vérité, il faut aller la rechercher dans son interlocuteur. Et si on parle de l’autre on arrivera à le convaincre, si on parle de soi, on sera hautain et arrogant. »

Fin août, à Cherbourg (Manche), François Hollande avait mis en garde son successeur de manière à peine voilée contre les dangers du « narcissisme, une terrible maladie dont tout le monde peut être victime ».

François Hollande a par ailleurs été interrogé sur la probable candidature de Manuel Valls à la mairie de Barcelone :

« Il a été un homme politique qui a joué un rôle dans notre pays. Ministre de l’intérieur, premier ministre, il a aussi eu des responsabilités locales. Je sais quelles sont ses racines en Espagne et à Barcelone. Il fait un choix de vie, je le respecte ».

L’analyse :   François Hollande, la « mouche du coche » d’Emmanuel Macron

Sun, 23 Sep 2018 17:30:38 +0200

L’Etat passe en mode start-up

Les incubateurs se multiplient dans la sphère publique, pour accélérer le basculement numérique de la puissance de l’Etat et gagner en efficacité.

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

« Alors qu’il fallait évangéliser les ministères pour lancer un projet de start-up, certains viennent aujourd’hui d’eux-mêmes frapper à la porte de Beta.gouv.fr pour la mise en œuvre de tel ou tel projet » (Réunion hebdomadaire de start-upeurs de la sphère publique, au 20, avenue de Ségur, à Paris, avec Pierre Piezzardi, le 19 septembre).

Ce mercredi, à midi exactement, comme chaque semaine, une cinquantaine de personnes se sont réunies dans une salle anonyme du 7e arrondissement de Paris. Debout – c’est la règle –, chacune d’entre elles dispose d’une minute, pas une seconde de plus, pour décrire l’état d’avancement de son projet, les difficultés rencontrées ou les succès engrangés.

A chaque prise de parole, des encouragements plus ou moins nourris saluent l’orateur, à l’américaine. Cette fois, la palme de l’applaudimètre revient à Léry Jicquel, un quadra présent pour la première fois : « Je suis venu vous annoncer la création de la première start-up à la Cour des comptes ! » L’institution de la rue Cambon va mettre en place un outil pour simplifier les échanges de documents lors de ses contrôles…

Cette scène surprenante ne se déroule pas dans un hall géant de l’Est parisien fourmillant de start-up, ni dans l’un de ces multiples lieux consacrés à l’écosystème numérique, mais au 20, avenue de Ségur, dans l’un de ces immeubles austère des années 1930 qui abritent l’administration française. C’est là que s’est installée, sous l’impulsion de la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’Etat (Dinsic), une véritable communauté d’agents publics, de développeurs et de « coachs », dont l’objectif est de mettre au point des services publics numériques grâce à une méthode agile – d’où l’appellation de « start-up d’Etat ».

Au total, une soixantaine de ces jeunes pousses ont déjà fleuri, au sein de la Dinsic, mais aussi à Pôle emploi, dans trois ministères et même en province. Elles apportent des solutions numériques à des problèmes aussi variés que la dématérialisation des démarches, l’organisation de voyages scolaires, la centralisation de la commande des taxis ou encore le partage d’expérience sur les classes à douze élèves… Mais, au-delà, elles préfigurent une nouvelle façon de penser l’Etat et son...

Sun, 23 Sep 2018 15:34:44 +0200

François Bayrou : « La majorité a besoin de voix libres, pas de corset »

Conforté dans la majorité, François Bayrou a profité de l’université de rentrée du MoDem pour glisser quelques conseils à Emmanuel Macron.

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

François Bayrou n’est probablement pas mécontent du moment. Après avoir publiquement montré des signes d’agacement quant à l’attitude de La République en marche (LRM) à son égard, le Mouvement démocrate (MoDem) qu’il préside a obtenu de son partenaire une oreille et surtout la promesse d’une meilleure association dans une majorité moins figée.

« La majorité a besoin de voix libres qui s’expriment en son sein. Pas de corset », a souligné François Bayrou dimanche 23 septembre, lors de son discours de clôture de l’université de rentrée du MoDem à Guidel (Morbihan). « Naturellement, a-t-il complété, quand on est responsable, on a envie que tout soit aligné, carré ; mais en réalité, la liberté d’expression, la liberté de penser est beaucoup plus fructueuse ».

Signes d’affection

Les tensions entre le MoDem et LRM ont éclaté au grand jour mi-septembre, au moment de l’élection du président de l’Assemblée nationale. Froissé de ne pas avoir été associé à la désignation de Richard Ferrand comme candidat – et donc vainqueur assuré, le parti présidentiel ayant la majorité absolue au Palais bourbon –, le MoDem a poussé son propre prétendant au perchoir. La mutinerie a eu des effets inattendus : le candidat, le président du groupe, Marc Fesneau, a obtenu 86 voix, bien au-delà, donc, de celles des 46 députés centristes. « En politique, on n’a pas à demander, il faut imposer, et éventuellement s’imposer, a analysé François Bayrou samedi auprès de journalistes. Nous avons parfaitement conscience d’être une force, stable et déterminée, dans un univers instable ».

Or, en cette rentrée difficile, marquée par une chute de popularité, l’affaire Benalla ou la démission de Nicolas Hulot, l’exécutif ne peut pas se payer le luxe de se brouiller avec son allié. D’autant que les élections européennes se profilent, qui représentent autant un thème fort et attendu pour la formation centriste qu’un test électoral pour le parti présidentiel.

Aussi, le gouvernement s’est plié en quatre pour donner des signes d’affection au MoDem. En plus des deux ministres issues du parti centriste, trois membres du gouvernement sont venus à Guidel témoigner de leur considération, Jean-Yves Le Drian, Jean-Michel Blanquer et Christophe Castaner. Ce dernier, qui porte également la casquette de délégué général de La République en marche, était le plus attendu. Dimanche, il a reconnu que sa formation et celle de M. Bayrou « auraient pu, auraient dû travailler mieux ensemble » et a appelé de ses vœux une « amélioration » pour la deuxième phase du quinquennat. La majorité « doit se construire de façon loyale et exigeante, j’ai fort bien compris le message ».

Conseils à Macron

Ainsi revigoré et conforté dans la majorité, François Bayrou a poussé son avantage pour glisser quelques conseils à Emmanuel Macron. Lors de son discours de dimanche, le leadeur centriste s’est bien félicité de l’annonce successive des plans pauvreté et santé, deux « signaux importants » qu’il attendait dans le domaine social. Mais il a aussi pressé le chef de l’Etat de retrouver un lien direct avec les citoyens.

« Les Français ont besoin non pas seulement de l’énoncé des réformes successives, mais d’un plan d’ensemble. La politique, ce n’est pas dossier après dossier. Il faut que s’exprime la vision qui organise ces réformes », a-t-il lancé.

« Alors c’est vrai, l’Elysée est un lieu clos. Trop ! Il y a un remède tout simple : il faut en sortir. C’est un lieu où on se sent assiégé ? Eh bien, il faut rompre le siège en s’adressant le plus directement possible et le plus régulièrement possible aux Français. »

Le maire de Pau a ainsi mis en garde le président contre la tentation de l’isolement et contre cette « mauvaise conseillère » qu’est la colère, surtout quand elle est dirigée vers les « contre-pouvoirs » « le Parlement, la presse, les associations ». « Le pouvoir doit les regarder comme nécessaires, a suggéré M. Bayrou. Il faut acquérir cette philosophie, cette compréhension et je dirais même cet humour qui sont la plus efficace des défenses. »

A lire :   Emmanuel Macron cajole son aile gauche

Sun, 23 Sep 2018 13:08:26 +0200

A bord de l’« Aquarius », un accrochage sévère avec les gardes-côtes libyens

Le navire a passé la nuit à sauver 47 personnes, dont 17 mineurs, au large de la Libye et ne sait toujours pas où il pourra débarquer.

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

Ici en arrière-plan les gardes côtes libyens en approche durant les négociations avec l'« Aquarius ».

La sensation que les choses auraient pu dégénérer. Et qu’en tout cas, elles ont été là où l’absurdité de la situation devait inexorablement les mener : un face-à-face en pleine mer entre un bateau humanitaire et des gardes-côtes libyens et, au milieu de ce duel, près de cinquante enfants, femmes et hommes, en majorité des Libyens, surpris en pleine nuit dans leur tentative de fuir un pays pour gagner l’Europe à bord d’un petit bateau de bois. Pendant plusieurs heures, avant le lever du jour, dimanche 23 septembre, on s’est disputé des rescapés en Méditerranée centrale.

Vers 1 heure du matin, l’Aquarius, navire affrété par les organisations non gouvernementales SOS-Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), et seul bateau humanitaire qui patrouille au large de la Libye, est informé de la présence en mer d’un bateau qui commence à prendre l’eau, avec à son bord plusieurs dizaines de personnes. Le signalement provient de l’association Alarm Phone, qui propose une assistance téléphonique pour les personnes en situation de détresse en mer. L’Aquarius prévient les autorités maritimes libyennes, compétentes sur la zone pour coordonner les opérations de sauvetage, et entreprend de se rapprocher de la localisation de l’embarcation signalée.

Dehors, il fait nuit. La lune est presque pleine. Il est près de 3 heures du matin et les sauveteurs de SOS-Méditerranée cherchent à la jumelle une trace du bateau. Ils sont rejoints dans cette entreprise par une vedette des garde-côtes libyens, qu’on devine au loin grâce à un point rouge et vert clignotant. « Si vous apercevez les migrants, dites-le nous », demandent les Libyens par radio. Vers 5 heures, l’Aquarius aperçoit une trace sur son radar et, peu de temps après, arrive à détailler la silhouette d’une embarcation. Deux canots pneumatiques semi-rigides sont mis à l’eau et les Libyens sont prévenus qu’ils partent en reconnaissance.

Danger imminent

« Si on nous demande de rester éloignés d’une embarcation en détresse ou de retarder une opération alors que nous avons des raisons de croire qu’un danger est imminent (…) nous porterons secours à ces personnes sans délai », avaient prévenu SOS-Méditerranée et MSF dans un communiqué cet été. Plus de 1 700 personnes sont déjà mortes en Méditerranée centrale depuis le début de l’année.

Voyant que le bateau est surchargé et constatant la présence de nombreux enfants à bord, les humanitaires distribuent des gilets de sauvetage et commencent à transférer des personnes sur leurs canots pneumatiques. Les garde-côtes libyens sont furieux.

Sauvetage au large de Zaouia d'un petit bateau de pêcheur avec 47 personnes à son bord dont 17 mineurs.

Les ingrédients du conflit sont jetés sur l’eau comme le sel sur une plaie ouverte. D’un côté, des humanitaires qui considèrent qu’il est de leur devoir de sécuriser au plus vite des personnes en détresse. De l’autre, des gardes-côtes à qui l’on demande de freiner les départs de migrants, à grand renfort de deniers européens. Depuis des mois, la montée en puissance des gardes-côtes libyens prépare ce goulot d’étranglement parfait. Alors que l’Europe se déchire sur l’accueil des migrants et que l’Italie a décidé de fermer ses ports, ils sont devenus les premiers acteurs en nombre d’interceptions de migrants en Méditerranée centrale.

La reconnaissance par l’Organisation maritime internationale, en juin, de leur compétence en matière de coordination des secours dans les eaux internationales au large de la Libye, en fait des interlocuteurs désormais incontournables pour quiconque voudrait agir ici. Alors même que le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) des Nations unies considère que le pays n’est pas un lieu sûr pour débarquer des personnes secourues en raison des « graves maltraitances » qu’elles y risquent. En outre, depuis plusieurs semaines, la capitale, Tripoli, est en proie à des affrontements armés entre milices et groupes armés, qui ont déjà fait plus de cent morts. Dimanche, ce sont majoritairement des Libyens fuyant leur pays qui se trouvaient à bord du petit bateau de bois.

Accrochage avec les gardes-côtes libyens

« Quittez la zone, nous nous rapprochons de vous ! », hurlent dans la radio les garde-côtes libyens. « Nous avons commencé à transférer sur nos canots de sauvetage des femmes et des enfants », répond l’Aquarius. Il est aux alentours de 6 heures du matin et la tension monte d’un cran sur la passerelle du bateau. Le capitaine, un grand Russe extirpé de son sommeil, commence à montrer des signes d’inquiétude. Il fait les cent pas et souffle bruyamment, dans la pièce exiguë où se sont réunies une poignée de personnes. Il demande aux humanitaires de ne pas évacuer les personnes secourues et gèle la situation tant qu’elle n’est pas « clarifiée ». Sur le canal radio, les échanges sont confus pendant encore un long moment.

L'opération de détection de l'embarcation en détresse a commencé vers 3 heures du matin, dans la nuit du 22 au 23 septembre. Les personnes sont ensuite prises en charges par l'équipe de MSF à bord de l'« Aquarius ».

« Vous connaissez Tripoli ? Vous voulez venir faire une petite visite à Tripoli ? », lance, sur un ton mi-ironique, mi-menaçant, un homme, à l’attention de l’Aquarius. « Peut-on évacuer les femmes et les enfants sur l’Aquarius ? », s’entête à demander poliment le responsable des opérations de sauvetage de SOS-Méditerranée, Nick Romaniuk. « Vous ne respectez pas nos instructions ! Nous vous avons dit de ne pas intervenir. Et de ne pas vous approcher. Vous allez avoir des gros problèmes. Vous encouragez les migrants à aller en Europe, répètent, sur la radio, les gardes-côtes. On ne veut plus coopérer avec vous parce que vous nous désobéissez. Maintenant, nous allons nous approcher et vous dire quoi faire. »

Il fait jour à présent. La navette des garde-côtes s’approche des deux canots de sauvetage de l’Aquarius et du bateau de bois sur lequel des dizaines de personnes attendent encore de connaître leur sort. « On vous laisse la situation, annoncent finalement les Libyens. Vous avez perturbé et interrompu nos opérations. Vous quitterez la zone immédiatement après. »

Dernière opération de l’« Aquarius » ?

Les 47 personnes – dont 17 mineurs et autant de femmes – peuvent être évacuées à bord du navire humanitaire. Leurs visages sont pâles mais soulagés. Il est 8 heures et l’Aquarius met cap vers le nord, s’éloignant à grande vitesse de la Libye.

Le navire a « gagné » la partie mais cette victoire annonce sûrement une défaite plus grande. « Tu as de la chance, tu as assisté à la dernière opération de ce navire », nous a fait remarquer, mi-amer mi-ironique, un membre de l’équipage. Dimanche, la cohabitation précaire qui existait entre les humanitaires et les autorités libyennes a volé en éclats. Déjà, la veille, l’Aquarius avait appris qu’il allait perdre pour la deuxième fois en un mois son pavillon. Après Gibraltar, le Panama, sous la pression de l’Italie, a décidé de révoquer son immatriculation, après que le bateau a porté secours jeudi à onze hommes en mer, et refusé de les remettre à la Libye.

Désormais, il vogue avec 58 migrants à bord, sans destination. A ce stade, aucun port européen n’a manifesté son souhait de l’accueillir. En ce dimanche, la Méditerranée centrale avait des airs de Far West triste, peuplé d’indésirables.

Lire aussi :   Sur l’« Aquarius » : « Maintenant, mon futur est entre vos mains »

L’embarcation repérée par l’« Aquarius«  le 20 septembre. Nick Romaniuk, responsable des opérations de recherches et de secours pour SOS Méditerranée, raconte : « Nous avons vu qu’ils étaient en train d’écoper le bateau. Ils avaient des gilets de sauvetage, mais ce sont des modèles de mauvaise confection, qui se remplissent d’eau, donc c’est dangereux. »

Samuel Gratacap pour Le Monde

› Accéder au portfolio