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Wed, 15 Nov 2017 14:41:15 +0100

Cinéma et engagement citoyen : “Des lois et des hommes”, ou le bon lobbying du pêcheur O’Brien

Ce documentaire qui porte sur la manière dont un groupe de pêcheurs irlandais acculés est parvenu à influer sur la réforme de la politique commune européenne de la pêche raconte qu’une autre Europe est possible si les citoyens se mobilisent pour défendre l’intérêt commun.

Parfois, les citoyens parviennent à faire entendre leur voix et à faire prévaloir leurs intérêts sur ceux des multinationales face aux institutions européennes. C’est suffisamment rare pour en parler, et c’est ce qu’a fait le réalisateur Loïc Jourdain dans son documentaire Des lois et des hommes, plusieurs fois récompensé et actuellement en salle.

Jourdain a suivi pendant des mois les pêcheurs de la petite île irlandaise d’Inishboffin qui, confrontés aux méthodes de pêche des chalutiers de haute mer, encouragés par la politique commune de la pêche de l’Union européenne qui pénalise les petits pêcheurs côtiers et favorise la pêche industrielle, se retrouvent privés de leur gagne-pain et voient leur mode de vie ancestral menacé.

John O’Brien fait partie de ces pêcheurs. Il voit le produit de sa pêche se réduire de jour en jour à cause de l’exploitation industrielle des stocks par les grandes compagnies de pêche, de l’interdiction des filets dérivants que lui imposent les règles européennes et des politiques du gouvernement irlandais. A cela s’ajoutent les réglementations pléthoriques et les démarches sans fin imposées par la bureaucratie européenne aux grands comme aux petits patrons de pêche. Il constate que lui et ses camarades d’Inishboffin ne sont pas les seuls en Europe à connaître ce problème, et, à court d’options, il décide de rendre à Bruxelles pour faire valoir ses intérêts et ceux des petits pêcheurs côtiers.

Avec l’aide de l’ONG International Collective in Support of Fisherworkers (ICSF), du consultant Michael Earle et de plusieurs experts bénévoles, John O’Brien parvient à fédérer des pêcheurs de toute l’Europe ainsi que des représentants des communautés insulaires, afin de faire reconnaître leur particularité et les spécificités de leur style de vie. Regroupés au sein de la coalition Ocean 2012, O’Brien et les siens parviennent, au terme d’une bataille juridique à priori inégale contre les lobbies de l’industrie de la pêche qui a duré huit ans, à influer sur la rédaction de la réforme de la politique commune de la pêche de manière à ce que les conditions et les intérêts des petits pêcheurs soient pris en compte et les mesures les plus absurdes abolies.

L’histoire de John O’Brien est exemplaire de par la manière dont les citoyens européens et les communautés locales peuvent faire valoir leurs intérêts et leurs besoins — voire l’intérêt général — avec succès auprès des institutions européennes lorsqu’ils parviennent à s’organiser, à l’instar des multinationales ou de l’industrie. En fait, les institutions ne sont pas hostiles par principe à cette forme de lobbying citoyen, notamment lorsqu’elles élaborent de nouvelles politiques ou des réformes et s’il est en mesure de représenter l’intérêt général. Simplement, les représentants de la société civile disposent de beaucoup moins de moyens que l’industrie ou les multinationales. Ce qui les oblige à s’unir et à travailler de concert avec d’autres parties prenantes, où les bénévoles sont souvent nombreux et prêts à donner un coup de main. Un exemple en somme de ce “lobbying citoyen” conceptualisé par le juriste italien Alberto Alemanno à la fois comme moyen de pression et d’outil de développement démocratique et participatif.

Tue, 14 Nov 2017 14:32:20 +0100

Paradise Papers : Ecran total

Trouw, Amsterdam – Cartoon. Voir en entier.

Mon, 13 Nov 2017 10:11:27 +0100

Petite enfance : En Europe aussi, la parité passe par les crèches

Alternatives économiques, Paris – Crèches ou grands-parents ? Les modes de garde préscolaire varient beaucoup selon les pays, avec des conséquences importantes sur la parité. Voir en entier.

Fri, 10 Nov 2017 10:46:40 +0100

Le Réseau européen de datajournalisme – le making-of

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Alors que les faits et la manière dont ils sont exposés sont remis en cause et que la fiabilité des médias est passée au crible, rester ancré dans la réalité reste la meilleure solution pour que la qualité et le sérieux passent devant les clics et le buzz.

C’est d’autant plus vrai pour les affaires européennes : dans un environnement multinational et multiculturel tel que l’UE, où les opinions sont foison parmi les journalistes et l’opinion publique, les faits et les chiffres ont en commun de pouvoir mettre tous les acteurs d’accord – sauf à diverger ensuite sur leur interprétation.

Contrairement aux articles et aux reportages, qui peuvent être perçus différemment selon les lecteurs, les graphiques, cartes et autres infographies parlent immédiatement au grand public — et n’ont,comme le souligne à raison le pionnier en matière de datajournalisme Nicolas Kayser-Bril, ils se passent en grande partie de traduction et d’adaptation – ce qui représente un coût non indifférent et qui fragilise le modèle économique des médias multilingues pan-européens, qui se comptent sur les doigts d’une main.

Outre le fait qu’elles permettent de surmonter les barrières linguistiques et d’expliquer des phénomènes complexes – chose dont les questions européennes ne sont pas avares – les informations qui se basent sur des données peuvent même être graphiquement séduisantes. Elles offrent des possibilités créatives que l’écrit ne permet pas, et compensent l’absence présumée de sex-appeal des affaires européennes. Ainsi, elles peuvent convaincre les rédactions de l’intérêt de traiter ces sujets .

Jusque-là toutefois, seuls quelques médias ont fait le pari de traiter les questions européennes sous ce prisme. En publiant des cartes et des graphiques, ils réutilisent ou développent le plus souvent celles et ceux créés par les services de presse des institutions de l’UE (le bureau de presse du Parlement européen publie régulièrement des cartes et des infographies – dont certaines sont bien conçues ainsi que d’autres contenus multimédias peuvant être facilement importées par des tiers), ou élaborent les communiqués de presse d’Eurostat. D’autres, comme le site internet d’actualité politique Contexte (payant), ont mis en place leurs propres outils, déployant des efforts considérables pour créer des infographies innovantes.

Les sujets les plus complets et les plus novateurs sont le résultat d’enquêtes collaboratives menées soit par des journalistes indépendants, soit par de petites plateformes de journalisme d’investigation. Dans les deux cas, les projets sont souvent financés par des subventions émanant d’organisations de financement comme le Journalismfund.eu ou le European Journalism Centre sous condition qu’ils soient par la suite publiés par les médias traditionnels. L’enquête Migrant files, qui a remporté de nombreux prix, en est un bon exemple.

Mais tant les choix éditoriaux que le manque de financement ont empêché jusque-là les médias d’aborder les affaires européennes avec une approche systématiquement data :la production de contenus se fondant sur les statistiques est chronophage et gourmande en ressources, que la plupart des rédactions — même celles des médias payants — préfèrent allouer d’une manière supposément plus efficace, se contentant de réutiliser les contenus basés sur des données déjà disponibles et produits par des tiers.

Il est donc tout naturel qu’à l’appel à propositions de projets publié par l’Union européenne en 2016 et visant à subventionner le journalisme de données sur les questions liées au Vieux Continent, de nombreux médias basés à Bruxelles ou suivant l’actualité européenne n’aient pas hésité à affronter le laborieux processus de constitution d’un dossier de candidature européen.

Un projet venant à point nommé : les Britanniques venaient d’opter, à une courte majorité, pour la sortie de l’UE, au terme d’une campagne qui a brutalement montré les conséquences de la désinformation d’un public mal avisé. En même temps, “fake news” — l’intox – est devenue l’une des expressions les plus galvaudées de 2016, au point que les journalistes qui l’utilisent paient un gage lorsqu’ils l’emploient à mauvais escient. Le datajournalisme et la méthode scientifique qu’il implique d’utiliser peuvent aider à atteindre la vérité factuelle en ces temps où les concepts mêmes de faits et de vérité ont été ébranlés.

Médias à but non lucratif avec une perspective pan-européenne, une approche multilingue et une vocation généraliste, au sein de VoxEurop et d’Osservatorio Balcani e Caucaso Transeuropa (OBCT) nous avons immédiatement été d’accord sur le fait qu’il s’agissait d’une opportunité unique pour familiariser le public avec le traitement de l’actualité européenne sous le prisme des données, et aller au-delà de ce qu’on appelle la “bulle bruxelloise” qui gravite autour des institutions européennes. Une occasion également de mettre en œuvre notre vision commune du journalisme collaboratif et transparent, du maillage entre médias et de la promotion d’un espace public européen.

VoxEurop aspire à être une plateforme pour le débat sur les questions qui comptent pour les Européens en produisant, traduisant et partageant des contenus avec les médias partenaires. OBCT pour sa part est un média et un think tank axé sur l’Europe du Sud-Est grâce à un réseau étoffé de correspondants sur place. Tous deux sont fortement engagés en faveur du journalisme de qualité, de la liberté de la presse et du respect des droits humains, jouissent d’une solide réputation et peuvent compter sur une communauté impliquée dans leurs niches respectives.

Nous avons démarché nos partenaires les plus proches pour concevoir avec eux le projet que nous souhaitions soumettre, ainsi que les médias que nous considérions comme les plus brillants et les plus qualifiées (et avec lesquels nous avons souvent des liens personnels) pour mettre sur pied une “dream team” en vue d’obtenir le meilleur résultat possible. L’approche collaborative, comparative et pan-européenne ainsi que la planification d’une coopération durable ont été des jalons qui ont permis de les embarquer dans le Réseau européen de datajournalisme – European Data Journalism Network, ou EDJNet pour les intimes.

Le magazine français Alternatives économiques, les agences de datajournalisme Journalism++, Journalism Robotics et Local Focus nous ont immédiatement rejoints en tant que partenaires-clé, en apportant leur expertise journalistique et technique. Ils ont été suivis rapidement par un des sites de référence sur l’UE basé à Bruxelles EUobserver, le magazine italien Internazionale, le journal en ligne espagnol El Confidencial, BiQdata (la division data du quotidien polonais Gazeta Wyborcza), les médias d’investigation slovène Pod črto et croate H-Alter. L’adhésion enthousiaste de la rédaction data du Spiegel Online pour faire partie de l’aventure nous a permis d’attirer des médias majeurs tels que le quotidien français le plus diffusé, Ouest-France, l’agence de presse italienne AskaNews et le quotidien néerlandais NRC Handelsblad. L’objectif du Réseau à moyen terme est de rallier au moins un partenaire par Etat membre de l’UE et de se développer dans d’autres pays.

L’un des plus grands défis que nous avons dû relever au cours des premiers mois consistait à faire travailler ensemble des journalistes et des médias qui n’avaient jamais collaboré sur le long terme. Le journalisme collaboratif et la coopération entre les rédactions ne vont pas de soi et, à moins qu’il n’y ait des enjeux de taille ou un projet journalistique bien particulier, comme les enquêtes sur les Panama papers ou, plus récemment, celle sur les Paradise Papers, un catalyseur ou un coordinateur est nécessaire — de même qu’une bonne dose de confiance, car les médias privés sont rarement prêts à allouer des ressources à cette activité. Le cofinancement européen permet de fournir le temps et les ressources nécessaires, du moins dans les phases de conception et à moyen terme, pour bâtir cette confiance et amorcer la collaboration. Quant à l’indépendance éditoriale, la réputation des membres du réseau en est la meilleure garantie.

Tout en se déployant progressivement, EDJNet produit à l’heure actuelle plusieurs types de contenus, des articles d’information classiques fondés sur les données aux sujets courts, et propose des outils de curation. Tous sont disponibles gratuitement, bien que sous différentes licences en fonction de l’auteur. Ils s’adressent aussi bien aux journalistes qu’au grand public.

A long terme, alors que nous travaillons sur un modèle économique plus pérenne, les membres du réseau et leurs journalistes acquerront de nouvelles compétences, atteindront un auditoire plus large grâce à la traduction et à la réutilisation, et bénéficieront de l’appartenance à un réseau pan-européen, ouvrant la voie à davantage de collaboration transnationale.

Si nous sommes suffisamment convaincants pour les attirer, les utilisateurs des quatre coins du continent – et, espérons-le, au-delà – auront accès à une information de qualité et compréhensible sur des sujets considérés comme complexes et éloignés des préoccupations –—et ils auront ainsi peut-être une meilleure vision de notre bon Vieux Continent. Le défi est de taille, et il est d’autant plus stimulant.

Wed, 08 Nov 2017 15:19:11 +0100

Elections européennes 2019 : Pour une révolution majoritaire

Strade, Rome – Afin de rendre plus efficaces et démocratiques les institutions européennes, à commencer par le Parlement, une profonde réforme, qui passe aussi par l'adoption du système majoritaire pour les élections européennes, affirme l'ancien député européen radical Olivier Dupuis. Voir en entier.

Sun, 05 Nov 2017 21:52:29 +0100

Parlements en Europe : Une affaire d’hommes d’âge moyen

Der Spiegel, Hambourg – Alors que le nouveau Bundestag prend ses fonctions, quel est l’équilibre entre les sexes et les âges en Allemagne et dans d’autres pays européens ? Voir en entier.

Fri, 03 Nov 2017 16:51:44 +0100

Puigdemont à Bruxelles : Leçons de sécession

Cartoon movement, Amsterdam – Cartoon. Voir en entier.

Wed, 25 Oct 2017 16:26:44 +0100

Tensions entre Catalogne et Espagne : Un pas en avant

Le Temps, Lausanne – Cartoon. Voir en entier.

Tue, 24 Oct 2017 09:53:37 +0100

Liberté de la presse : L’Europe n’est pas complètement sûre pour les journalistes

Le meurtre brutal de la reporter maltaise Daphne Caruana Galizia dans l’explosion en style mafieux de sa voiture le 16 octobre, a été le premier de ce genre à Malte et le premier depuis longtemps en Europe occidentale.

A 53 ans, cette mère de trois enfants était parmi les journalistes les plus exposées de l’archipel, en particulier en raison de son combat pour la transparence et contre la corruption qui gangrène la politique et la société maltaise. Elle s’était fait plusieurs ennemis au sein de la classe dirigeante maltaise au travers de ses investigations et de ses révélations, à la fois dans les journaux pour lesquels elle écrivait et dans son blog, un des plus suivis du pays. Elle avait reçu plusieurs menaces et avait récemment porté plainte pour cela.

Son assassinat rappelle que même si dans l’Union européenne les journalistes travaillent dans des conditions globalement bonnes, la liberté de la presse ne doit pas être donnée pour acquise.

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Des quotidiens maltais affichant le même mot d'ordre à la Une – "La plume vainc la peur" – en signe de protestation après l'assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia

Les cartes ci-dessous montrent les journalistes tués dans l’exercice de leur profession en Europe depuis 1992 pour chaque pays. La première monte le nombre total des tués ; la seconde, les meurtres avérés au sein de ce nombre. Les données proviennent du Committee to Protect Journalists (CPJ), de la Fédération Internationale des Journalistes et de l’International Press Institute et ont été mis à jour au 23 octobre 2017. Les chiffres ne prennent pas en compte les journalistes ressortissants de l’UE tombés en dehors de l’Europe, notamment dans les zones de guerre.

Par ailleurs, les meurtres de journalistes sont très souvent impunis. Selon le CPJ, des 805 meurtres de journalistes dans le monde depuis 1992, 695 ne sont toujours pas résolus. L’impunité est une tendance inquiétante en Europe aussi, où l’on recense de nombreux cas d’homicides de journalistes non résolus, de l’Espagne à la Croatie à la Pologne.

Mon, 23 Oct 2017 09:21:49 +0100

Basculement populiste en Europe centrale : Quo vadis Mitteleuropa?

, – L’Allemagne, l’Autriche, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie, autrefois très tolérantes, accordent de plus en plus leurs suffrages aux partis nationalistes. Comment expliquer ce revirement ? Voir en entier.

Sun, 22 Oct 2017 13:25:09 +0100

La solution européenne dans l’impasse

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La Catalogne se rêve déjà en 29ème Etat membre de l'Union Européenne. La coalition au pouvoir depuis un an mène sa feuille de route comme promis. Cette alliance hétéroclite et surprenante (constituée de la gauche radicale, la gauche républicaine et un parti centriste) est au centre du conflit qui traverse l'Espagne et particulièrement son président, M. Puigdemont. Ce dernier vient du parti démocrate européen, parti catalan pro-européen. Cette appellation illustre d'elle-même la vision de l'Europe des Catalans : ils s'y voient pleinement. Pourtant, les défis qui sous-tendent cette intégration font dire que cette appartenance ne va pas tant de soi pour la Catalogne si elle se considère comme un pays.

Le statut de la Catalogne : un pays à part entière ?

On dépeint souvent le tableau suivant : si la Catalogne venait à être indépendante, les bouleversements qui en suivraient seraient majeurs. Un acte irréversible dont les conséquences politiques et économiques seraient historiques : une dégradation de la situation économique espagnole, ainsi que celle de la Catalogne, qui contaminerait probablement une partie des pays de la zone euro. Les conséquences politiques seraient aussi dramatiques (ou bénéfiques, selon le point de vue) : de nombreuses régions feraient sécession dans le Sud de l'Europe. L'Union Européenne s'en retrouverait très malmenée, menacée d'implosion.

Si ce tableau est très (très) noir, il a le mérite de prévenir un certain nombre d’événements. L'Union européenne ne peut pas, en tant qu'entité politique, accepter la Catalogne comme Etat-membre. La jurisprudence Prodi (provenant d'un discours prononcé en 2004 par le Président de la commission sur l'impossibilité d’accueillir automatiquement comme pays membre un pays venant de se séparer d'un autre Etat-membre ) empêche la catalogne de faire partie de l'UE, quand bien même sa candidature serait acceptée, l'Espagne y opposerait son veto. Hors, il faut l'unanimité des pays pour accueillir un nouveau venu au sein de l'UE. De plus, il ne serait pas politiquement acceptable pour des pays comme l'Italie ou la France d'être favorables à une telle entrée, fragilisant leurs propres territoires.

Les Catalans sont européens, nul doute à cela. Ils font même face à un manque criant d'action européenne depuis le début de l'épopée catalane, qui puise ces origines bien avant l'année dernière. Mais l'UE peut-elle y faire quelque chose ?

L'Espagne réprime la Catalogne, l'Europe l'ignore

Cette attitude est insupportable pour bon nombre de Catalans. Le silence européen est, pour eux, un déni d'existence, un déni de démocratie, un déni d'intérêt. Ce n'est pas faute d'y avoir fait appel : plusieurs personnalités politiques ont appelé l'Europe à jouer le rôle de médiateur.

D'où ce sentiment d'impuissance exprimé par bon nombre de catalans après les violences policières et bientôt la probable mise sous tutelle de la région par l'Etat central : "l'Espagne nous réprime, l'Europe nous ignore."

Néanmoins, en dehors du fait que l'appel à la médiation fait partie d'une stratégie politique finement menée depuis le début par la generalitat, la réaction de l'Europe est tout à fait compréhensible. Si l'UE acceptait de jouer le rôle de médiateur, cela reviendrait à mettre la Catalogne au même niveau que l'Espagne, ce qui est inconcevable.

L'impasse théorique et empirique à laquelle nous faisons face n'est pas nouvelle, elle concerne plus largement le problème de la souveraineté en Europe : comment une institution dont la légitimité est contestée et la souveraineté infime peut-elle se permettre de soutenir le démantèlement des Etats qui la composent ? Cependant, n'est-ce pas cette recherche de la souveraineté à toutes les échelles qui a poussé à la création de l'UE ? Ce qui constitue l'Europe, ce n'est peut-être pas les nations, fictives au possible, mais les peuples et les différentes cultures, qui traversent chaque pays, chaque région.

L'Union est donc amenée, a priori, à promouvoir la recherche de la souveraineté à l'échelle la plus pertinente, puisque c'est ce qui fonde son existence. A contrario, elle ne peut soutenir l'implosion des Etats qui ont permis sa création, même si elle se fait dans le dialogue.

La péremption de l'Etat-nation

La situation catalane montre bien une chose : le concept d'Etat-nation est sur le déclin. On arguera que l'Espagne est un Etat dit "régional", qui n'est pas fédéral dans sa structure mais qui laisse une grande autonomie à ses collectivités locales. Cela n'empêche pas que l'Espagne s'est fondé sur le concept d'Etat-nation même si cela s'est fait dans une moindre mesure que dans d'autres pays européens. La réaction désespéré de M. Rajoy le montre bien: la légitimité de l'Etat central est mise à mal.

Finalement, l'Espagne est confrontée à une situation qui serait envisageable pour bon nombre de pays européens. Le consensus national sur la préservation de l'autorité de l'Etat central s'affaiblit, les inégalités entre les territoires ont amené des régions à demander plus d'autonomie (comme en Italie, où la ligue du Nord est, originellement, favorable à la scission de l'Italie), voire l'indépendance. Les fondations sur lesquelles les Etats se sont construits au XXème siècle s'effritent.

Certains répondront que la solution à ces difficultés n'est sûrement pas la création d'un Etat supranational, encore moins légitime qu'un Etat national à gouverner les peuples européens. C'est pourtant le cas, pour une raison simple : la meilleure décision est celle qui est prise à l'échelle la plus efficiente. Or, les Etats nationaux ont monopolisé une souveraineté, quitte à ce qu'elle se détériore, alors que cette souveraineté pourrait être aux mains des collectivités locales ou même de l'Europe.

L'Espagne a pourtant transféré une partie de sa souveraineté à la Catalogne. où est donc le problème ? D'une part, le modèle constitutionnel. Un Etat fédéral permettrait de bien mieux répartir les compétences et de "judiciariser" les contentieux entre l'Etat fédéral et les Etats fédérés. D'autre part, la pratique politique et constitutionnelle : on invoque tout le temps l'Etat de droit, mais le gouvernement Espagnol est en grande partie à l'origine du conflit, notamment lorsque M. Rajoy a saisi le tribunal constitutionnel pour une loi qui réformait le statut de la Catalogne.

Bien évidemment, l'Espagne et les Etats-membres existent et restent une échelle pertinente pour l'application de certaines politiques. Cependant, le partage de la souveraineté est essentiel, d'une part pour retrouver la souveraineté que nous avons perdu, d'autre part parce que cela est une question de justice.

L'Europe des régions

Si le problème catalan est une démonstration des défauts de la nation, la scission entre les régions et leurs Etats ne résoudrera rien, bien au contraire, ce qui démontre bien la complexité du problème.

Une Europe des régions ne peut pas trouver sa voie dans le démantèlement des Etats, une catalogne indépendante, c'est un coup porté à une Union toujours plus étroite entre nos peuples. Cet objectif politique et culturel si important, puisqu'il serait l'aboutissement du projet européen, trouve sa source dans la cohésion de peuples différents, dans l'union des diversités. Il permettrait la promotion des identités et cultures régionales, sans restreindre celles qui sont nationales, et en participant à la création d'un peuple européen.

L'Europe des régions se manifeste déjà aujourd'hui par un certain nombre de politiques : les investissements du FEDER, qui sont accentués sur la recherche, la transition énergétique et les nouvelles technologies, on peut aussi y ajouter le fonds de cohésion (transferts de solidarité entre régions plus riches et plus pauvre) et le fonds social européen. De nombreux partenariats sont développés entre régions ayant des intérêts communs : la banane bleue (de Milan à Amsterdam), la Catalogne française et espagnole ou encore les régions de l'arc atlantique.

Les régions sont même le centre de nombreuses innovations. On le voit par exemple avec le Fonds Social Européen (FSE). Cet organisme vise à développer la mobilité inter-régionale, à favoriser l'inclusion sociale, à combattre la pauvreté, à développer l'éducation. Ce fonds dispose, en moyenne, de 10 à 15 milliards d'euros par an. Cette somme est dérisoire par rapport aux besoins, mais elle montre qu'une Europe sociale est bien possible, notamment à l'échelle régionale.

Résoudre la crise catalane

Les revendications de la Catalogne pourrait donc trouver leur aboutissement dans cette Europe des régions. Une réelle politique régionale fondée sur la co-gestion, le co-financement et qui se dote de moyens à hauteur de son ambition. Il serait aussi nécessaire, pour donner un poids politique aux régions, de créer une instance démocratique pour les représenter au niveau européen, et qu'elle puisse peser, à la manière d'une chambre haute, dans la décision publique, ne serait-ce que pour l'enrichir.

Cette Europe des régions ne concurrencerait pas l'échelle étatique. En effet, cette dernière reste le niveau principal d'expression de la souveraineté, et une politique régionale innovante de l'UE permettrait de faire coexister ces deux échelles : une Europe des régions ne signifie en rien la fin de l'Europe des Etats, tout comme elle ne signe pas l'arrêt de mort de la construction européenne.

Cartoon : Omar Pérez