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Sat, 23 Sep 2017 17:44:00 +0200

Interdite d’accès au procès de Figen Yuksekdag : la Turquie de M Erdogan récidive

Sincan1.jpgCette tribune a été publiée sur Mediapart le 20 septembre 2017, sous le titre "Mon témoignage sur la Turquie de M Erdogan"

18 septembre. Jour de visite des familles à la prison de Sincan, en Turquie. De nombreux cars font la navette vers cet immense complexe de 6.000 détenus. Devant la prison, nous sommes une dizaine d’observateurs internationaux à attendre en plein soleil par 36°C, entourés de policiers. Dans cette enceinte carcérale doit se dérouler le procès de Figen Yuksekdag, députée et co-fondatrice du HDP. Cette militante féministe et socialiste est détenue, comme dix autres députés du HDP, depuis dix mois sous divers chefs d’accusation de collusion avec le terrorisme.

En fait de terrorisme, il est reproché à Figen Yuksekdag d’avoir protesté contre les bombardements des populations civiles kurdes, d’avoir qualifié de « résistance » les manifestations qui ont eu lieu dans les villes kurdes placées sous couvre-feu, ou encore d’avoir qualifié de « massacre » la mort de centaines de civils durant les opérations menées par les forces de sécurité turques. Elle risque 83 ans de prison.

La première audience de ce procès a eu lieu au tribunal d’Ankara le 4 juillet, puis ajourné et remis au 18 septembre, devant la Haute Cour d'Ankara.

Sincan2.jpgLe 4 juillet, pour la première audience de son procès, une délégation d’observateurs internationaux avaient été interdite d’accès de la salle d’audience et expulsée manu militari du tribunal d’Ankara1. C’était une première en Turquie, où les procès sont publics, et ce droit garanti par la Constitution. La Turquie est également liée par les conventions internationales et l’OSCE en la matière. La présidence de la Cour, qui avait après des heures de discussion, finalement autorisé la présence dans la salle de quatre observateurs, a été quelques minutes plus tard rappelée à l’ordre par un appel du Ministère de la justice, sur consigne directe donc du gouvernement de M Erdogan.

Ce 18 septembre, devant la prison de Sincan, nous attendons et assistons à un véritable chassé-croisé entre les pouvoirs politique et judiciaire : la Cour demande aux avocats du HDP de se tourner vers le Ministère de la Justice, qui les renvoie à la Cour. Celle-ci rétorque depuis plusieurs jours que les autorisations sont désormais délivrées par le Ministère de la Justice et non plus par le Président de la Cour. Discours démenti par l'ambassade Turque en Suisse qui déclarait la semaine dernière encore que le Ministère de la Justice, pas plus que la Cour, n'a à autoriser les observations de procès, ceux-ci étant de droit publics en Turquie (il s’agirait de l’article 182 du Code de procédure criminelle). Elle précise néanmoins que la Cour peut décider à n'importe quel moment de fermer un procès particulier au public, uniquement en cas de problème grave de sécurité, et ce en le motivant et par déclaration publique. Nous en déduisons en toute logique que le « tri sélectif » à l'entrée du procès consistant à en interdire l'accès aux observateurs internationaux tout en autorisant le public, sans que ce choix soit motivé comme cela s'est passé le 4 juillet, et de nouveau ce 18 septembre, ne rentre dans aucune de ces hypothèses.

Pour cette deuxième audience, la Cour a décidé de déplacer le procès au sein même du complexe de la prison de Sincan, à 70 kilomètres d’Ankara. Selon les informations communiquées aux avocats du HDP, cette décision répond au fait de bénéficier de salles plus grandes : l’affluence au tribunal lors de la première audience avait été source de tensions avec la foule, nombreuse, qui souhaitait assister au procès. Las, le matin même de cette seconde partie du procès, nous apprenons que la salle réservée pour l’audience ne comporte que 20 places. Face à ces conditions, Figen Yuksekdag rend publique sa décision de ne pas assister à ce qu’elle considère comme une parodie de justice. En délégation internationale avec des avocats, journalistes et ONG, nous nous y rendons malgré tout. Nous sommes en tout dix observateurs internationaux de France, Suisse, Italie, Angleterre et Norvège, accompagnés d’une représentante de l'ambassade du Canada.

Sincan3.jpgNous attendrons devant la prison de Sincan pendant deux heures, pour apprendre finalement que notre délégation d'observateurs internationaux est interdite d'accès à la prison de Sincan et ne pourra assister au procès. A l’issue de cette demie-journée d’audience que nous suivons donc depuis Ankara, nous apprenons qu’après 10 mois de détention Figen Yüksekdağ est maintenue en prison. Son procès est de nouveau ajourné et remis au 6 décembre. Cette troisième audience aura lieu à la même prison de Sincan, dans la même salle de 20 places.

Nous étions trois français présents ce 18 septembre à la prison de Sincan : une avocate du barreau de Paris, Jean-Christophe Sellin et moi-même, tous deux élus régionaux et responsables du Parti de Gauche. Partis la veille de Paris, au moment même où dans ce même aéroport de Roissy, le journaliste français Loup Bureau tout juste libéré atterrissait en provenance d’Ankara. La concordance des temps est fatalement frappante, et après le soulagement de cette libération, on ne peut esquiver la vive question des contreparties accordées par le Ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves le Drian au gouvernement Turc lors de son déplacement à Ankara. Se pose entre autres la question du soutien français aux forces kurdes qui combattent notamment en Syrie contre les forces de Daech et construisent une alternative démocratique, laïque et féministe au Rojava, au grand dam de Monsieur Erdogan. Combiné à l’approche du référendum au Kurdistan irakien, et à l’invasion des forces armées turques en Irak, la situation dans cette région du monde est sous haute tension. Les déclarations de Madame Merkel sur la suspension des discussions pour l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne, en contre-point de l’accord qui lie cette même Union européenne à la Turquie sur la question des migrants, fait des conflits dans la zone et des déplacements de réfugiés qui en découlent, une question évidemment hautement géopolitique.

Par ailleurs, comme le rappellent régulièrement Amnesty International, Reporters sans Frontières et d’autres, 160 journalistes sont toujours détenus en prison, des députés, des maires, des magistrats, des enseignants, des écrivains sont encore incarcérés et en attente de procès. Ces deux audiences de Figen Yuksekdag témoignent du fait que tout est mis en place pour dissuader des observateurs internationaux de se rendre en Turquie et d’assister aux procès qui y ont lieu.

DelegationSincan.jpgNous avons pu rencontrer à Ankara la députée en charge des affaires juridiques pour le HDP, Ayse Acar Basaran et le député en charge des affaires internationales, Hisyar Özsoy. Nous avons longuement discuté ensemble de la situation, et de la manière dont l’opinion internationale pouvait être mobilisée. Lorsque nous étions sur place, un député du HDP qui venait d’être libéré dix jours avant a de nouveau été arrêté. Chaque jour, un véritable harcèlement s’exerce de la part des autorités turques sur les militants et élu-e-s du HDP, troisième force politique du pays avec 6 millions d’électeurs, et principale opposition démocratique à Monsieur Erdogan. Face à cette situation de plus en plus inquiétante sur les droits humains et les libertés en Turquie, une campagne internationale pour la libération de Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ, les deux co-fondateurs du HDP, est en train de s’organiser. Tous deux ont été démocratiquement élus députés en juin 2015. Ils risquent aujourd’hui 142 et 83 ans de prison.

Un appel va être lancé avec le soutien de personnalités du monde entier, universitaires, artistes, et responsables politiques. Le comité pour les droits humains de l'Union interparlementaire, basée à Genève en lien avec l'ONU s'intéresse également de près au sort des 55 député-e-s du HDP dont l’immunité parlementaire a été levée – avec le vote favorable de toutes les autres organisations politiques turques, y compris d’opposition. Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag ont été nominés la semaine dernière, à l’initiative du groupe de la GUE-NGL2, au prix Sakharov pour la liberté d’opinion décerné par l’Union européenne.

Ce sont autant de points d’appui pour que l’émotion, l’indignation, provoquée par les arrestations en Turquie des journalistes français Mathias Depardon et Loup Bureau ne retombe pas. Pour que la vague de « trouble, inquiétude et indignation » des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Allemagne et de la France3 qui s’était exprimée au moment de l’arrestation de Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag ne s’assoupisse pas. Ils sont encore nombreux, femmes et hommes, détenus arbitrairement en Turquie. Ne les oublions pas.

« Ferment les yeux, les vagues,
Déchiquetés sont les nuages,
dispersés comme du coton cardé
dans le ciel gris de l’Euphrate.
(...) Les nuages sont les plumes d’une colombe blanche,
privée d’ailes,
lorsqu’elle tente de s’envoler... »
La nuit des contes, Sherko Bekes, poète Kurde.

Liens :

1Récit de la première partie de ce procès : http://bit.ly/2sXxS2U et sur le blog Mediapart d’Ilias Panchard : https://blogs.mediapart.fr/ilias-panchard/blog/070717/recit-dun-proces-politique-en-turquie

2http://www.guengl.eu/news/article/category//unjustly-imprisoned-opposition-leaders-in-turkey-nominated-for-sakharov-pri

3https://www.google.fr/amp/s/amp.france24.com/fr/20161105-turquie-hdp-arrestation-dirigeants-parti-pro-kurde-turc-demirtas-reactions-internationales-

Voir aussi pour les anglophones :

Interview en anglais par un media turc : https://www.pscp.tv/Ozguruz_org/1vOxwOoabprxB

L’article de Steve Sweeney dans le Morning Star : https://t.co/DZcG0LfRWO

corinne morel darleux

Sun, 10 Sep 2017 09:40:00 +0200

Climat, anthropocène : l'effondrement qui vient ? Un été entre fiction et réalité

joursheureux_henry_miller.jpg

 

Un été entre fiction et réalité, Chronique publiée sur Reporterre le 8 septembre 2017

Il y a des saisons comme ça, où se conjuguent curieusement une infinie douceur de vivre et une toile de fond au goût d’apocalypse…

J’ai passé mes vacances chez moi au pied du Vercors, parce que mon vrai luxe, mon doux plaisir est là : à refuser les déplacements motorisés, regarder pousser mon magnolia, effleurer les feuilles du citronnier, rire le cœur léger de voir les chats pourchasser le jet d’eau des tomates, les observer à hauteur d’herbe en prédateurs de lézards.

Lire, contempler, s’émerveiller. Expérimenter l’immobilité quand toute l’année on ne cesse de s’agiter, de sauter d’un train à l’autre et de dormir sous des toits étrangers. Se souvenir aussi qu’au-delà des activités cérébrales, on a un corps qui ne demande qu’à se déployer, s’affermir, se délier.

20170820_095421.jpgJ’ai enfin pris le temps de gravir mes montagnes, celles pour lesquelles je me bats à la Région le reste de l’année afin qu’elles continuent à vivre tout en conservant leur caractère naturel et sauvage. Et j’ai mis en pratique ce que je ne cesse de défendre en tribune : le temps de la marche, de l’effort, l’émerveillement qui vous prend à surprendre au détour d’une vire un aigle, une biche, une marmotte, à découvrir des tapis d’Edelweiss sur les hauts plateaux du Vercors… Le sentiment de plénitude, de recul et de perspective qui vous saisit du massif des Trois Becs, où la vue porte jusqu’aux Écrins dans les Alpes, vaut toutes les cures du monde. Il rince l’esprit, lave le regard, et le dénivelé franchi assure de passer une bonne nuit de sommeil, le corps étiré, repu et satisfait.

Entre Montélimar et Die, le long de cette petite route qui serpente à travers la campagne, je me demandais si je contemplerais jamais perspectives plus enchanteresses. Henry Miller, Jours Heureux à Die

Je crois de plus en plus qu’on ne défend bien que ce qu’on a appris à aimer, et j’ai ressenti profondément cet été encore l’importance de pratiquer la nature, d’éduquer à l’environnement, l’urgence d’emmener les gamins des villes à la campagne, en montagne ou à la mer, comme Noah, le jeune homme du désert découvrant l’océan dans le magnifique « Imaginer la pluie ». Noah est un enfant de l’ère post-effondrement, sa mère s’est réfugiée dans le désert et lui a appris à y survivre. Un abri, un puits, quelques lézards, et la dureté d’âme pour seuls outils. Se sentant mourir, elle confie à Noah les mots d’avant, lui explique ce qu’était les villes, la nourriture, les armes, la pluie. Un récit de poésie et d’humanité, en parfait accord de forme et de fond avec l’écriture courte et ciselée de Santiago Pajares. Les romans ont ceci de précieux sur les essais qu’ils ne parlent pas qu’à l’esprit mais aussi au cœur. Aux tripes parfois. Ils s’ancrent dans des trajectoires de vie, s’incarnent dans des personnages que l’on suit, prennent le temps de décrire des sentiments, et l’on s’y projette plus facilement.

lecturescorinne.jpgPar le jeu de rencontres autour de l’anthropocène, sur les recommandations de Pablo Servigne, de Christophe Bonneuil, de mon père et de la librairie Mosaiques à Die notamment que j’en remercie, j’ai lu cet été toute une série de romans « post-apocalyptiques » : Imaginer la pluie, La parabole du Semeur, Dans la forêt, La femme tombée du ciel… C’est une chose curieuse que de lire ces romans dont certains décrivent une société à feu et à sang, privée d’électricité, d’eau potable, de fraternité... de vivre par procuration l’effondrement d’une société, installée au calme sur ma terrasse, entourée de tant de beauté. C’est une chose curieuse que de lire l’anticipation de ce que l‘on redoute et combat toute l’année. Emballement climatique, pénurie des biens essentiels à la vie, accidents chimiques, rupture des liens sociaux, guerre pour l’accaparement des ressources, effondrement mais aussi redécouverte d’une autre humanité… Cela m’a plongée dans des abîmes de perplexité sur la course du monde, de réflexion sur mon propre discours, de recul sur ma contribution et ma part de responsabilité.

Ces derniers temps, j’ai l’impression tenace que la réalité rattrape la fiction. La société du divertissement du Meilleur des Mondes qui est en train de supplanter celle de 1984, Matrix, Mad Max, Roller Ball, l’intelligence artificielle de Blade Runner ou de Ghost in the Shell, l’indépassable Soleil Vert ou Les fils de l’homme, toutes ces références de dystopies cinématographiques dont je parle souvent dans mes interventions publiques pour mieux toucher les esprits, dessinent les contours d’un éventail de possibles. Des mondes d’après qui ne sont pas certains, mais possibles, et hélas de plus en plus probables. L’arrivée du jour du dépassement dès le 2 août, les dernières données de l’Organisation météorologique mondiale sur la concentration des particules dans l’atmosphère, sur la hausse de la température moyenne, l’élévation des océans, la disparition des glaciers et banquises, le Groenland en flammes, la fonte du permafrost, l’extinction des espèces qui s’accélèrent dangereusement, la multiplication des aléas, incendies, sécheresses, ouragans : les signaux sont de plus en plus inquiétants.

Tous en ce monde sur la crête d'un enfer à contempler les fleurs. Kobayashi Issa

Chez nous, concrètement le manque chronique d’enneigement est de plus en plus visible et commence à alimenter les discussions au café. Les anciens déclarent eux-mêmes ne plus rien comprendre et s’inquiètent de ce nouveau vent tourbillonnant qui n’a cessé de souffler cet été. La pyrale blanche, qui annihile les buis dans nos montagnes et augmente les risques d’incendies, forme de véritables nuées qui de nuit trompent le regard comme autant de flocons de neige en plein été. Jérôme, agriculteur du Diois, me parle des intrusions du gibier qui ne trouve plus de quoi se nourrir en forêt ; les chevreuils viennent déguster de jeunes plants jusque dans les champs ; certains chasseurs comme Christophe s’alarment de la multiplication des sangliers qui sont engrainés pour fournir leurs parties de chasse du week-end aux urbains lyonnais, et menacent le travail des agriculteurs du coin. Dans le milieu paysan, c’est un carnage cette année : la succession de l’épisode de gel puis de sécheresse et de stress hydrique a séché les récoltes de Clairette, mais aussi détruit la moitié de la production de plants de variétés anciennes de Jérôme. Jean-Marie lui a du arroser son blé, une hérésie, et ne sait pas comment il va faire pour travailler la terre pour la saison prochaine, tant elle est dure. Les serres de Julien sont infestées de pyrales. Les noix, les fruits vont se faire rares sur le marché.

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Bien sûr, les terres du Diois ne sont pas les plus faciles, la nature du sol, le trop chaud l’été, les gelées printanières qui empêchent de cultiver l’amande ou l’abricot, on le sait. Mais c’est de plus en plus dur. Si ça continue il n’y aura bientôt plus de maraîchers dans le Diois. Un paysan m’explique que des terres cultivées se transforment en champ à chevaux, plus rentable comme activité. Comment en est-on arrivé à une société dans laquelle le fait de nourrir et d’alimenter ne permet plus de vivre, même en ruralité ? Un monde dans lequel le budget consacré à l’alimentation chute tandis que celui consacré au loyer ou à la santé explose. Où les dates de vendange s’accélèrent partout, un monde où les châteaux bordelais investissent dans des vignes en Angleterre. C’est le monde à l’envers.

Bien sûr, tout ce que je viens d’évoquer ne puise pas aux mêmes causes, mais ça crée un paysage d’ensemble, une ambiance, un « climat » dont il faut se saisir d’urgence pour ne pas laisser son caractère anxiogène paralyser l’action, sombrer dans le découragement ou le « à quoi bon ». Peut-être réussirons nous à en extraire un terreau de lucidité propice à décoloniser les imaginaires, à dessiller les sceptiques sincères, à ouvrir les esprits à un autre discours mêlé de décroissance, d’écosocialisme et d’alternatives. J’ai lu quelque part cet été qu’il n’y avait plus lieu de parler de catastrophisme climatique, juste de catastrophe climatique. Je crois malheureusement que c’est vrai. Il s’agit dès lors de fournir des éléments les plus objectifs possibles d’appréhension de ce qui est en train de se passer, et des bifurcations qu’il est encore temps d’engager dans la période transitoire qui s’ouvre. A la fois pour que celle-ci ne soit pas d’une brutalité insupportable pour les plus démunis, les plus exposés, mais aussi pour maintenir la volonté d’action qui fait la dignité du présent, et commencer à dessiner la société d’après, dès maintenant.

Je redécouvrais à Tipasa qu’il fallait garder intactes en soi une fraîcheur, une source de joie, aimer le jour qui échappe à l’injustice, et retourner au combat avec cette lumière conquise. (…) Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. Albert Camus, L'Eté

Il est temps que la « collapsologie » sorte des cercles avertis, s’émancipe d’une vision survivaliste à mon sens réductrice, et commence à pénétrer le grand public et à influer les actes politiques : non pour effrayer, mais pour préparer. L’atténuation, le fait de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, reste absolument cruciale. Une étude publiée cet été dans la revue Nature estime qu’il ne nous reste que trois ans pour avoir encore une chance de limiter le réchauffement climatique sous le seuil de 2°C. Il faut donc intensifier le combat. Mais nous devons aussi commencer à réfléchir plus sérieusement à l’adaptation : le changement est là, et la condition pour amortir le choc climatique est de réussir à conjuguer l’urgence climatique et la justice sociale. C’est la nature profonde du projet écosocialiste. Quand je vois le PS belge s’en revendiquer tout en déclarant qu’il faut abandonner la lutte des classes, mon sang ne fait qu’un tour. Et je désespère qu’ils comprennent un jour. Absurdité ! L'écosocialisme ne saurait se mener sans luttes ni conscience de classe. Et ne saurait en aucun cas servir de paravent idéologique aux politiques libérales que mènent ces partis comme nous l’avions déjà fait savoir à Monsieur Cambadelis en 2015.

Le changement climatique peut être considéré comme la traduction atmosphérique de la lutte des classes. Naomi Klein

amfisclimat.jpgLa relève est ailleurs, l’avenir est à regarder du côté des nouveaux mouvements climat, de Bizi, d’Alternatiba, du côté de la France Insoumise, d’Attac, et des passerelles entre toutes ces dynamiques : car là se mêlent le souci social et environnemental, là on a compris que c’est du côté de l’oligarchie que se jouait la lutte contre l’exploitation et la prédation, là on a compris que nous sommes les 99 % qui peuvent encore tout changer.

Bonus : la vidéo de notre débat sur les nouvelles stratégies des mouvements climat aux journées d'été de la France Insoumise à Marseille avec Pauline Boyer (ANV-Cop21), Gabriel Mazzolini (Amis de la Terre), et la réalisatrice Sandra Blondel (Irrintzina, le cri de la génération climat) : https://www.youtube.com/watch?v=qlA4xyNEWK4&feature=youtu.be

corinne morel darleux

Sat, 09 Sep 2017 10:45:00 +0200

Je voudrais dire avant tout que la vie vaut la peine d’être vécue. Hommage à Walter

WalteretGilles.jpgWalter Bassan est décédé. Je l'ai appris ce matin par Gilles Perret et son très beau texte que je reproduis ici avec son accord. Sur le site de Citoyens Résistants d'Hier et d'Aujourd'hui, les compagnons du Plateau des Glières avec lesquels j'ai eu tant de plaisir depuis 2013 et cette année encore (moment de frissons capté en fin de billet) à partager ces moments de fraternité, de résistance, d'émotion, on peut lire des mots de Walter. La première phrase : Je voudrais dire avant tout que la vie vaut la peine d’être vécue... Comme un legs du résistant de toujours pour chacun de nos instants d'essoufflement, ces moments où on étouffe sous les coups, face aux dérives du monde, avec l'envie de se réfugier dans les sommets. La leçon de Walter, des Jours Heureux, un héritage précieux, fait de radicalité et d'aménité. A ne jamais oublier.

Hommage à Walter, par Gilles Perret

'Walter nous a donc quittés.

La journaliste de France Bleu qui m'a interviewé au sujet de son décès avant-hier me posait sa première question « Alors, après pas mal de victoires, Walter a perdu cette dernière bataille ? » Ce à quoi je lui répondais qu'il avait sans doute perdu cette bataille mais qu'il a espéré jusqu'au bout que ses idées et ses valeurs allaient gagner la guerre !

L'avant-veille de sa mort, je le regardais sur son lit. Il respirait difficilement, déjà dans le coltare. La lumière tombait doucement sur les montagnes environnantes lorsque je me suis mis à l'imaginer dans sa jeunesse. Les années 40, ce jeune homme révolté contre ce pétainisme étouffant, cet ordre moral moisi, cette extrême droite recroquevillée sur le triptyque « travail, famille, patrie ». Je le revoyais dans le petit jardin de la rue du travail se réunir avec ses copains, discuter à table avec sa famille puis s'engager dans la jeunesse communiste et la résistance. Puis je l'imaginais le matin de son arrestation. La peur, l'incompréhension. Se faire arrêter par ces français dont certains n'étaient autre que des voisins. Je l'imaginais sous les sévisses et les humiliations des miliciens français et de la section de la police anti-communiste annécienne.

Toujours sur son lit d'hôpital, un éclair de lucidité dans son sommeil nous permit alors d'échanger quelques mots. Ce genre de moments d'une vie qu'on n'oublie jamais. Un léger rire, le même que celui que nous avons entendu si souvent « C'est gentil, ça va, aller ça va », et moi de lui répondre bêtement « ça va aller, on va continuer, promis ! ».

Je l'imaginais à Dachau, tout jeune homme, en face des SS et des kapos. Ces êtres qu'on a peine à imaginer dans la vraie vie. Je l'imaginais souffrir dans sa chaire mais se renforçant jour après jour dans ses convictions. Sauvé par cet idéal communiste auquel il ne fera jamais défaut. Puis ce jour de mai 45, où il arrive dans un Annecy libéré depuis plus de 9 mois. Ses parents sur le quai de la gare et son incapacité à raconter l'horreur vécue. Son incapacité à révéler aux familles de ses copains restés là-bas quel avait été leur sort.

Il s'était rendormi. Le souffle court. Cette fois, par la fenêtre de sa chambre, il n'y avait plus que le sommet du Pic du Marcelly qui bénéficiait des derniers rayons du soleil entre quelques nuages.

Je le voyais maintenant jeune militant CGT et PC après la libération. Fier et se sentant fort dans cet état social en pleine construction. Un avenir radieux en perspective, une sécu qui se met en place, des retraites, des conventions collectives…. Puis les grèves et les luttes à nouveaux, ces kilomètres de marche dans les manifestations pour arracher des conquis sociaux dont nous bénéficions tous aujourd'hui. Puis son travail à la Sécu, rendant des services allant bien au-delà de ses prérogatives.

Cette fois, il faisait quasiment nuit dans cette chambre mais je n'avais pas envie d'allumer la lumière. Il ouvre les yeux. Un sourire, encore. Puis ses yeux se ferment à nouveau.

Maintenant, je ne l'imaginais plus mais je me souvenais de lui. Quand j'étais petit, mon père m'avait expliqué qu'il avait été déporté. Pas facile à comprendre. J'étais bien loin de me douter que 30 ans plus tard nous allions sillonner ensemble le département puis la France entière, passant de salle de cinéma en salle de cinéma pour accompagner notre film « Walter, retour en Résistance ». Toutes ces rencontres. Tous ces yeux qui s'illuminaient lorsqu'il témoignait. Lui, toujours debout à plus de 80 ans, persuadé que des jours meilleurs viendront. Il était alors pour ces gens comme un phare qui brille au milieu d'un océan d'abdication irrigué par une société ne cessant de nous répéter que nous n'aurions pas le choix. Nous rentrions fort tard de ces tournées mais souvent la lumière de l'appartement était encore allumée. Bernadette était en souci…

Bien sûr, ce film nous avait rapproché. Il faut dire qu'à sa sortie, les coups venaient de tous côtés. Nous avions mis le doigt sur quelque chose auquel il ne fallait pas toucher. Le pré carré de quelques notables, trop souvent invités aux bonnes tables. Je m'attendais à ce qu'on m'attaque moi, ça aurait été normal. Mais c'est fou ce que les notables peuvent être en dessous de tout lorsqu'on égratigne leur suffisance. Des députés le traitant de triste sire, de dindon de la farce, un responsable d'association de résistance, dans la blessure de son amour propre, allant même jusqu'à mettre en doute sa participation à la Résistance lors d'une émission télévisée...Walter en aurait eu des leçons d'abnégation à leur donner à tous ces gens qui ont si bien su exister sur le dos de la Résistance pour se mettre en valeur eux, bien avant l'idéal de société qu'elle visait à construire. Pendant que Walter transposait sa résistance dans la réalité d'aujourd'hui, eux s'obstinaient à l'ancrer dans le passé à grands coups de médailles et de fanfare du 27ème BCA. J'étais peiné de l'avoir embarqué dans ce flot d'insultes, je lui en ai parlé, il m'a regardé droit dans les yeux, comme surpris que je puisse douter du bien fondé de notre action. « Pas de problème, ça va aller, on continue ensemble, j'ai été un combattant dès l'âge de 15 ans, je le serai jusqu'au bout ! »

Allez, ça va, ça va aller. Toujours.

Ce soir là, il n'était déjà plus vraiment conscient lorsque je l'ai quitté. Après lui avoir fait une dernière promesse comme quoi mes amis de Citoyens Résistants d'Hier et d'Aujourd'hui et moi, nous ferons tout ce que nous pourrons pour continuer son travail. Je monte dans la voiture, quelques larmes puis le réflexe d'allumer la radio comme pour dire « ça va, ça va aller... »

Quelques journalistes et éditorialistes s'évertuaient à disserter sur les bienfaits de la loi travail sans contre point. Et voilà que le moulin à parole déversait son flux de bien pensance à grand coups de flexibilité, de compétitivité, de modèle allemand, de rajeunissement de la classe politique, de lourdeur du code du travail, de charges sociales, de modernité… Je pensais à Walter sur son lit. Qu'en aurait-il pensé ? N'était ce pas plus moderne d'offrir la santé et des retraites pour tous plutôt que de précariser une majorité de la population au profit d'une minorité de gagneurs de la mondialisation ? Je pensais surtout à tous ces députés modernes qui dans leur arrogance de cadres supérieurs mais surtout dans leur inculture historique et politique venaient de rayer d'un vote, d'un appui sur un bouton, une bonne partie de ce que Walter et ses amis avaient su construire dans la douleur et dans la lutte.

Aux larmes succédait la colère.

A ce moment-là, j'aurais voulu avoir tous ces députés sous la main, les attraper un à un, leur botter le cul ou plutôt les assoir dans une salle et qu'ils écoutent, seulement une fois, qu'ils écoutent et qu'ils entendent le témoignage de Walter. Qu'ils comprennent ce que signifie l'engagement pour les autres, l'engagement pour l'intérêt général, l'engagement pour les plus faibles, qu'ils entendent d'où vient leur situation confortable, et à qui ils doivent la société qui leur a permis de devenir les gagnants d'aujourd'hui.

Comme tout le monde, Walter perdait la dernière bataille de la vie dans la nuit de dimanche à lundi.

Les témoignages de sympathie affluent de tous côtés, de tous ceux qui l'ont croisé un jour. La presse lui a rendu un hommage bien mérité. Dans le Dauphiné, jouxtant un bel article sur Walter, le président du Conseil Départemental de Haute-Savoie faisait part de sa « grande émotion ». Celui la même qui nous menaçait de représailles suite à la sortie de notre film… sans l'avoir vu, bien sûr. C'est comme ça. Cela aura le mérite de faire en sorte que nous gardions un motif d'indignation. L'indignation n'est elle pas le motif de base de la Résistance comme nous l'avait démontré Stéphane Hessel au Plateau des Glières lors du rassemblement « Paroles de Résistance »? Ce rassemblement dont Walter était si fier et qui continuera pour lui, pour nous.

Dans son positivisme constant, il aimait à dire que pour les mauvaises graines comme lui ça allait toujours. Gageons que cette graine semée dans les têtes de ces milliers, ces dizaines de milliers de collégiens et de lycéens qui l'ont écouté germera un jour. Que les notions qu'il a tenté de leur inculquer sans forcer trouveront leur résonance dans le monde d'aujourd'hui. C'est le plus beau cadeau qui lui sera fait. Ainsi adviendront Les Jours Heureux pour qui il aura tant donné !

Allez bello ciao'

Vidéo du Plateau des Glières, 21 mai 2017.

corinne morel darleux

Tue, 05 Sep 2017 09:11:00 +0200

De nouveau en mission d'observation en Turquie le 18 septembre

IMG_0741.JPGLe 4 juillet dernier, j'étais à Ankara en délégation internationale pour assister au procès politique de FigenYuksekdag, dépuée et co-fondatrice du HDP. Nous avions été interdits d'accès de la salle d'audience puis expulsés du tribunal sur intervention de la Présidence de la République turque, au mépris des conventions internationales. J'en avais fait le récit ici : "La mission en Turquie ne s'est pas déroulée comme prévu".
Plus tard dans la soirée, le procès avait été ajourné et nous avions pris l'engagement auprès de nos hôtes de revenir. Engagement tenu, nous y serons donc pour la deuxième partie du procès le 18 septembre à Ankara.
 

Communiqué du PG : Nous serons de nouveau observateurs au procès du HDP le 18 septembre en Turquie

Figen Yüksekdag, co-présidente du HDP (Parti Démocratique des Peuples) a été arrêtée le 4 novembre 2016, en même temps que l’autre co-président Selahattin Demirtas et 8 députés du HDP.

Son procès s’est ouvert le 4 juillet. La délégation internationale d’observateurs internationaux dont nous faisions partie avaient alors été interdite d'accès puis expulsée du tribunal. Dans la soirée le procès avait été ajournée et reporté au 18 septembre. Nous avions pu constater que le tribunal était militarisé jusque dans la salle d’audience et que la présidence de la République était intervenue pendant le procès pour faire expulser les observateurs internationaux, au mépris des conventions internationales et des textes de l’OSCE, pourtant ratifiés par la Turquie.

Figen Yüksekdag risque toujours 83 ans de prison à partir de chefs d’accusation délirants : il lui est notamment reproché d’avoir qualifié de « résistance » les manifestations qui ont eu lieu dans les villes kurdes placées sous couvre-feu, d'avoir réclamé un corridor humanitaire, ou encore d’avoir qualifié de « massacre » la mort de centaines de civils durant les opérations menées par les forces de sécurité turques.

Tout en réprimant le HDP comme alternative démocratique, écologiste, laïque et féministe, Monsieur Erdogan et le gouvernement AKP visent aussi singulièrement Mme Figen Yüksekdag en tant que femme, socialiste turque, non kurde. Ils montrent ainsi que c’est bien la pluralité du HDP dans la société turque qui est ciblée par ce procès politique.

La deuxième audience du procès se tiendra le 18 septembre 2017, dans le complexe de la prison de Sincan, à Ankara. Comme le 4 juillet, le Parti de Gauche y sera représenté par Corinne Morel Darleux et Jean Christophe Sellin, conseillers régionaux, qui s'y rendront comme observateurs internationaux.

corinne morel darleux

Mon, 04 Sep 2017 10:05:00 +0200

Ça s’est passé dans les Alpes, c’était le 23 août. Et c’est le climat. (Tribune collective)

photoafp.jpgDans les Alpes, l’« effondrement » devient terriblement concret.

Voici la tribune collective que j'ai proposée à divers acteurs, praticiens, élus, chercheurs de la montagne et du climat, suite à l'écroulement qui s'est produit dans les Alpes suisses le 23 aout dernier, symptome très concret du dérèglement climatique et de l'effondrement qui vient. Un appel à l'action, une réponse aux climato-sceptiques qui ont déferlé sur les réseaux sociaux après la diffusion de cette vidéo, et un rappel que la fonte des glaces ne concerne pas que les ours blancs.

Publiée sur Reporterre le 1er septembre

L’éboulement mortel qui a ravagé un village des Alpes suisses le 23 août a été provoqué par le réchauffement climatique, selon les scientifiques. Les signataires de cette tribune entendent tirer à nouveau l’alarme, ce drame venant « confirmer l’urgence du combat pour le climat et de [leur] plaidoyer pour préserver la montagne ».

Comme beaucoup de régions du monde, la Suisse a connu des records de température ces dernières années : la température moyenne y a augmenté de 2 °C depuis le début des mesures en 1864 ; en juillet 2015, il a fait 39,7 °C à Genève, ou encore 37,8 °C à Sion. La multiplication de ces épisodes caniculaires a des répercussions dramatiques. Ainsi, le 23 août dernier, au Piz Cengalo, un éboulement mortel a ravagé le village de Bondo dans les Alpes, entre la Suisse et l’Italie.

Le lien entre la hausse des températures et cet éboulement est établi, selon le géomorphologue Ludovic Ravanel, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et au laboratoire Edytem de Chambéry : pour lui, ce glissement de terrain est « lié aux températures caniculaires des étés successifs qui ont dégradé le permafrost, le sol gelé en permanence qui cimente les montagnes. (…) Pour atteindre une telle profondeur de détachement, un épisode pluvieux ne peut suffire ».

Dans une vidéo diffusée par Radio Télévision Suisse, le géologue Jean-Daniel Rouiller confirme que la fonte du permafrost rend la montagne plus vulnérable aux précipitations qui, dès lors, produisent des laves torrentielles, et prédit que « si ça continue comme ça, de nombreux sommets risquent de partir en miettes et de connaître le même processus ».

Analyses partagées par l’OEFV (Office fédéral de l’environnement), sur le site duquel on peut lire, à l’occasion d’une conférence de presse tenue après la catastrophe, que « les effets du réchauffement climatique sont déjà perceptibles en Suisse : fonte des glaciers, recrudescence des périodes de sécheresse et de canicule, déstabilisation du permafrost ». Expert en glissements de terrain au sein de l’OFEV, Hugo Raetzo se montre alarmé et confirme : « La fracturation des roches n’est pas directement liée au climat, mais le réchauffement important que connaît la Suisse a une influence sur la stabilité du permafrost et donc sur la fonte du glacier. On peut dire que le réchauffement climatique a précipité l’écroulement de Bondo. »

Hélas ! La catastrophe est là

Dans les Alpes, en France, nous, acteurs, élus, praticiens, chercheurs, de la montagne et du climat souhaitons tirer une fois de plus la sonnette d’alarme à l’occasion de ce drame : 4 millions de m³ de montagne qui s’effondrent, c’est l’équivalent [au bas mot] de mille maisons individuelles, d’un tremblement de terre de magnitude 3. Une énorme coulée de pierre, de boue et de bois qui a dévalé la montagne et ravagé une partie du village de Bondo, sur la frontière italienne. Les habitants, prévenus par le système d’alarme, ont pu évacuer, mais pas huit randonneurs en montagne dont on est sans nouvelles.

Il s’agit d’un phénomène très inquiétant, qui vient hélas confirmer l’urgence du combat pour le climat et de notre plaidoyer pour préserver la montagne, pour cesser de ne l’envisager que comme un entrelacs de pistes à équiper de canons à neige, sans considérations climatiques ni environnementales, dans un contresens même économique, et avec une cécité de la part des décideurs politiques qui s’apparente de plus en plus à un déni de la réalité et à une incapacité à anticiper.

Il n’y a plus lieu de parler de « catastrophisme », hélas ! La catastrophe est là. L’« effondrement » devient terriblement concret dans les Alpes, il tue, et il est directement lié au dérèglement climatique, aux épisodes caniculaires et, in fine, à la fonte du permafrost, le « ciment » de nos montagnes.

Voilà. C’est ce qu’on appelle l’« emballement ». On y est. Et ça ne concerne pas que les ours blancs.

Signataires :

. Corinne Morel Darleux, conseillère régionale RCES en Auvergne-Rhône-Alpes, coordinatrice de l’écosocialisme au Parti de gauche – FI ;

. Pablo Servigne, chercheur, conférencier et auteur de Comment tout peut s’effondrer (Seuil) ;

. Frédi Meignan, président de Mountain Wilderness France et gardien du refuge du Promontoire ;

. Txetx Etcheverry, membre de Bizi ! ;

. Pierre Mériaux, conseiller municipal de Grenoble délégué à la montagne ;

. Lauranne Jacob, juriste-géographe, auteure d’une thèse sur la gouvernance transfrontalière dans les Alpes (Universités de Grenoble-Alpes et de Genève) ;

. Nicolas Haeringer, chargé de campagne pour 350.org ;

. Antoine Back, conseiller municipal délégué de Grenoble ;

. Vincent Neirinck, codirecteur de Mountain Wilderness France ;

. Christophe Bonneuil, chercheur en histoire des sciences et des techniques au CNRS.

corinne morel darleux

Fri, 28 Jul 2017 12:17:00 +0200

L'écosocialisme irrigué par le Danube... Récit de Budapest

PanoramaBuda.jpg

Le Danube m’attira avec une force irrésistible... écrivait Panaït Istrati. Et de fait, comme il y a quatre ans, j'ai passé chaque instant de liberté à Budapest littéralement collée au fleuve. Je suis partie en Hongrie à l'invitation de la fondation Rosa-Luxemburg-Stiftung et de la Gauche européenne. Avant de m'enfermer pour deux jours je me suis autorisé le premier soir de mon arrivée une promenade nocturne dans les rues désertes d'un ancien quartier industriel, ambiance post-apocalypse. Un sentiment imposant à la fois de liberté et d'écrasement.

ParlementBuda.jpgIl y a quatre ans, j'étais déjà venue présenter notre Manifeste pour l'écosocialisme à l'université d'été des Verts d'Europe centrale et de l'Est. Depuis les choses ne se sont pas vraiment améliorées en Hongrie, et naturellement la question de l'extrême droite et de la xénophobie a été omniprésente dans nos débats. Or l'internationalisme, l'implication populaire, la justice sociale et climatique en sont les meilleurs antidotes, universels. Et c'est ce que j'ai défendu lors de ces journées d'été avec l'ecosocialisme.

Auparavant, nous avons reçu - avec ma camarade du Parti de Gauche Laurence Pache également présente, le salut de Jeremy Corbyn via son émissaire, très intéressé d'en savoir plus sur la dynamique de la France Insoumise et qui nous a longuement questionné sur la situation politique en France. De manière générale, tous les participants européens présents à Budapest se sont révélés étonnamment attentifs à ce qui se passe en France, et très durs avec Emmanuel Macron. Le député Pabel Muñoz Asambleísta d'Equateur a quant à lui rappelé - et ça fait du bien - le recul de la pauvreté réalisé sous les gouvernements bolivariens en Amérique du Sud sans oublier de souligner le problème de l'extractivisme (et ça fait du bien aussi). En insistant sur l'écosocialisme et le buen vivir, il m'a offert un très joli tremplin pour mon intervention. La Ministre du travail et de la solidarité sociale en Grèce était également présente, à la fois mal à l'aise et déterminée. Comme elle parlait elle-même d'établir un rapport de forces plus agressif sur l'Union européenne, j'en ai profité pour interpeller une nouvelle fois tout le monde sur notre Sommet du Plan B dont le prochain se tiendra à Lisbonne du 20 au 22 octobre.

EcosocBuda1.jpgEt puis je suis intervenue sur l'écosocialisme donc, et la nécessité, comme je l'ai formulée, d'"allier le rouge, le vert, et le bleu de travail", après le "compromis inédit entre bleus de travail et souci de la planète" de Jade Lindgaard dans son papier en 2012 sur la planification écologique et le très joli "le changement climatique peut être considéré comme la traduction atmosphérique de la lutte des classes" de Naomi Klein.

Tout comme je l'avais fait quelques jours plus tôt auprès des coordinateurs de Bizi en formation au pays basque, j'ai commencé par insister sur le caractère insoutenable du système capitaliste d'organisation de la production qui exerce une pression multiple : à la fois sur les matières premières, sur l'énergie - et notamment les énergies fossiles qui ne sont pas inépuisables comme on le sait, mais aussi sur la force de travail en cherchant inlassablement à réduire ses coûts afin d'augmenter la rentabilité de l'euro de capital investi - ce qui reste la définition même du capitalisme. Et non content d'exercer cette pression à la fois sur les travailleurs et sur les écosystèmes, le capitalisme exerce une ultime pression sur les esprits, à grands coups de marketing et de publicité, afin d'écouler et de vendre toute cette production. Voilà le cycle vicieux : travailler plus pour produire plus pour consommer plus... mais à quel prix ! C'est ce que l'économiste grec Yannis Eusthatopoulos appelle le modèle de "croissance économique par dégradation".

IMG_1118.JPGÀ partir de cette analyse et au vu du dérèglement climatique, mais aussi de la crise sociale, de la délocalisation, du chômage et de la précarité, j'ai insisté sur le fait que les gauches européennes ne pouvaient pas se contenter de continuer à résister : nous avons besoin de mettre sur la table un autre projet, celui d'une société post-capitaliste : l'écosocialisme. J'ai rapidement présenté le manifeste et les 18 thèses, en insistant particulièrement sur le fait que pour rendre ce projet majoritaire nous avions besoin, en plus de son caractère d'urgence, de le rendre également possible et désirable. Pour ça nous avons deux outils à notre disposition : pour combattre le fameux Tina de Margareth Thatcher et de Ronald Reagan, nous disposons de tout le travail que nous avons effectué sur le financement. Il faut rappeler encore et encore que l'argent existe, qu'il est simplement très mal réparti - ou devrais-je dire accaparé - et qu'avec une autre fiscalité notamment, nous aurions les moyens de mener cette politique écosocialiste. Dire également l'importance d'allier non seulement le rouge et le vert mais aussi le bleu de travail, et d'accélérer cette convergence entre les associations de défense de l'environnement, les syndicats et les mouvements climat, tout en s'adressant à un public plus large.

Or pour cela il ne faut pas se voiler la face : la situation étant ce qu'elle est, et que ça nous plaise ou non, nous ne convaincrons personne en parlant de long terme, d'intérêt général ou d'avenir de la planète. Le souci des gens aujourd'hui c'est de savoir comment ils vont faire à la fin du mois pour payer leur loyer, la facture d'électricité ou la cantine des mômes. Nous devons donc commencer par les sécuriser et leur répondre sur leur place dans tout ça, sur les aspects sociaux, sur un minimum de sécurité matérielle et sur la question de l'emploi. Or il se trouve que les initiatives "un million d'emplois pour le climat" nées en Angleterre se multiplient désormais un peu partout en Europe. En France, un rapport vient de sortir issu d'une plateforme d'ONG, d'associations et de syndicats qui en s'appuyant sur des sources sérieuses font la démonstration qu'un million d'emplois pourraient être créés si on s'engageait résolument dans cette transition écosocialiste.

EcosocBuda2.jpgDans le débat qui a suivi j'ai eu l'occasion également de préciser notre rapport à l'Union européenne et les cas dans lesquels nous n'hésiterons pas à y désobéir, notamment dans la mise en place de critères sociaux et environnementaux à l'importation de marchandises. A une question sur quelle serait notre premiere mesure si nous étions au pouvoir, j'ai répondu gratuité des premières tranches d'eau et d'énergie, financée par la sur-facturation des usages excessifs : une mesure écosocialiste par excellence de dignité humaine, de justice sociale et de lutte contre le gaspillage. 

Nous avons beaucoup débattu et je dois dire que je suis ravie d'avoir vu beaucoup de jeunes dans le public prendre des notes, poser des questions, demander des références, et au final désireux de se procurer le manifeste dans leur langue maternelle afin de pouvoir le diffuser dans leur pays. Et un peu fière aussi j'avoue d'avoir vu le député d'Équateur assister à l'ensemble de ma présentation... Nous avons enchainé avec de choue

ttes retrouvailles en déjeunant dans une échoppe de marché populaire avec Vincent Liegey qui construit quelque chose de très intéressant ici, dans une dynamique de faire et d'autonomie qui tient tout à la fois de la résistance, de la non coopération avec le système, et de l'alternative.

IMG_1249.JPEGEt puis, parce que la politique ne doit pas être coupée de la vie et de ses beautés, le séjour s'est prolongé en mode plus personnel avec une belle échappée buissonnière du côté des collines de Buda, des verres de rosé le regard rivé au Parlement avec une pensée pour nos députés en train de batailler, une virée en ville dans le quartier juif et surtout la visite ô combien réconfortante et enchanteresse pour les sens des Thermes de Budapest...

L'écosocialisme poursuit son chemin donc, parsemé de graines qui fleurissent, parfois d'épines aussi. Une traduction du Manifeste - la quatorzième - est en cours en Perse, en lien avec une maison d'édition en Iran, des ateliers débats sont prévus aux journées d'été de la France Insoumise à Marseille fin aout, et le Manifeste voyagera peut-être même jusqu'au Caire cet hiver. Le réseau s'étend, essaime, conquit des coeurs et des esprits, et c'est tout ce qu'il fallait pour savourer l'esprit serein enfin quelques jours de repos d'été. 

Le Manifeste et ses traductions sont disponibles en téléchargement gratuit sur ce blog ou sur celui de Jean-Luc Melenchon.

corinne morel darleux

Thu, 27 Jul 2017 13:17:00 +0200

Éthidimuron, une aventure aqueuse

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Chronique du Diois, publiée sur Reporterre le 18 juillet : "De l'art d'être transparent en cachant tout"

L’eau du robinet de notre chroniqueuse est de bonne qualité. Nonobstant la présence d’un mystérieux éthidimuron. Quid ? Elle a cherché à savoir de quoi il s’agissait, plongeant dans les méandres de la réglementation sur les produits chimiques. Résultat ? Mystère et boule de gomme.

Il y a quelques jours, j'ai trouvé dans ma boite aux lettres un dépliant de l'agence régionale de santé (ARS), qui doit régulièrement effectuer un bilan de la qualité de l'eau et en informer la population. Plutot bien fichu, des conclusions claires et des visuels pour six critères : batériologique, dureté, nitrates, fluor, pesticides et autres. Je jette un œil et constate que tout va bien, à l'exception d'un point : « La valeur maximale a été observée pour le paramètre : Ethidimuron ».

Fatalement, je n'ai aucune idée de ce que c'est, donc je tape le terme dans mon moteur de recherche. Le début d'une petite épopée assez ubuesque.

SNCFherbicides.jpgJe trouve assez vite qu'il s'agit d'un herbicide qui fait partie des polluants de l'environnement, et qu'il a notament été utilisé jusqu'en 2000 par la SNCF pour désherber les voies de chemin de fer. Je m'égare un peu dans un passionnant diaporama sur la réduction de l'utilisation des herbicides à la SNCF, puis reviens à mes recherches.

Mais sortie de là, peu d'informations : des liens vers le Lindane où je ne retrouve nulle trace d'Ethidimuron, des liens vers des bases de données sécurisées auxquelles je n'ai pas accès. Rien par mot clé sur Legifrance, rien sur la France agricole, rien sur Actu environnement, rien sur le site de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

ADFU12lettres.jpgJusqu'à ce que je lui découvre un autre petit nom – désuet, impropre mais davantage utilisé : le sulfodiazole. Hormis une entrée scrabblesque vers les mots en 12 lettres avec ADFU (3e résultat Google), il semblerait que le sulfodiazole ait été retiré du marché en France en 2002.

... Mais on le retrouve en 2002 dans la liste des substances actives qui ne sont pas inscrites en tant que substances actives à l'annexe I de la directive 91/414/CEE du Conseil du 15 juillet 1991 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques (1), modifiée en dernier lieu par la directive 2002/81/CE de la Commission (2), et notamment son article 8, paragraphe 2 selon le Règlement (CE) no 2076/2002 de la Commission du 20 novembre 2002 prolongeant la période visée à l'article 8, paragraphe 2, de la directive 91/414/CEE du Conseil et concernant la non-inclusion de certaines substances actives à l'annexe I de cette directive, ainsi que le retrait des autorisations relatives à des produits phytopharmaceutiques contenant ces substances (Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE) (Version consolidée: 15/07/2014).

Annexe1.jpgVous n'avez rien compris ? Moi non plus.

Sérieusement j'ai relu dix fois le rapport en ligne sur le site de la Commission européenne, sans réussir à comprendre au final sur quelle liste ce fichu sulfodiazole émarge, s'il est interdit ou non, et depuis quand. Etonnant, non ? Il y a des moments où on se dit que franchement l'information aux citoyens n'aide pas à exercer son propre jugement. Google a beau systématiquement me proposer de traduire les pages ouvertes, ça ne sert systématiquement à rien. Le problème c'est qu'il y a le français, ma langue maternelle, et puis il il y a le français des institutions européennes, et je me dis que la francophonie a intégré un nouveau dialecte. Le problème c'est que très peu de personnes sont en capacité de le pratiquer.

Alors bien sûr j'aurais pu approfondir mes recherches, par exemple à partir de la nomenclature UICPA (Union internationale de chimie pure et appliquée) qui pour l'Ethidimuron parle d'éthylsulfonyl, de thiadiazole et de diméthylurée. Mais comment dire. En réalité, ce qui m'importe dans cette aventure aqueuse, ce n'est pas tant l'Ethidimuron finalement que l'accès à l'information. L'objectif de transparence de l'ARS est louable, le dépliant est simple et pas mal fait, mais pourquoi Diable ne pas indiquer un nom de substance qui permette à tout le monde de savoir de quoi on parle ? Au moins indiquer entre parenthèses : (herbicide, interdit en France depuis 2003).

Car au final, l'Ethidimuron a été retiré de la commercialisation, et son utilisation interdite en 2003. Cela fait donc près de 14 ans que ce produit n'est plus utilisé. Donc soit il est très persistent, soit l'interdiction n'est pas respectée. Soit j'ai raté un onglet.

EthidimuronInterdit.jpg

corinne morel darleux

Wed, 12 Jul 2017 11:43:00 +0200

Mais que se passe-t-il encore avec Laurent Wauquiez ?

Wauquiez.jpgAlors que le FN ne cesse de courir après Monsieur Wauquiez en qui il reconnaît un pair grâce à ses multiples prises de position, de la « clause Molière » au refus d'accueil des réfugiés, en passant par la « main tendue » de Marion Maréchal le Pen, il semblerait que Monsieur Wauquiez court lui surtout après les présidences (comme nous l'avons expliqué ici à Lyonmag).

Ainsi, après avoir conquis la présidence de la Région Auvergne Rhône Alpes où l'ambiance vire sérieusement de plus en plus au chaos comme le raconte dans un dossier très fouillé le journal Acteurs de l'économie, Monsieur Wauquiez vise la présidence de Les Républicains qui doit tenir son congrès en Décembre prochain. Et ses collègues lui font place nette : après François Baroin et Xavier Bertrand, c'est au tour de Valérie Pécresse de jeter l'éponge pour ne pas, dit-elle, participer à une « guerre des chefs ». Rassurez-vous Madame Pécresse : avec votre désistement, la guerre n'aura pas lieu. Il n'y a plus que Monsieur Wauquiez dans le jeu !

Et d'ailleurs, au cas où tout ça tournerait trop vinaigre, Monsieur Wauquiez s'est offert en supplément un joli filet de sécurité : il est resté suppléant de « sa » députée, Isabelle Valentin, qui - ça tombe vraiment bien - est aussi élue régionale. Donc il lui suffirait de la nommer à l'exécutif de la Région – et ça tombe bien, des places sont en train de se libérer - pour que le tour soit joué, qu'elle doive démissionner de son poste de Député, non cumulable, et qu'il puisse quitter cette damnée présidence pour redevenir Député. La vie est belle, non ?

Et pour qu'elle soit encore plus douce, Monsieur Wauquiez s'est assuré un peu de temps libéré afin de pouvoir faire campagne, au cas où un autre prétendant au patronnat de LR se déclarerait. Il a prévu son calendrier en fonction : nous n'aurons pas une seule session à la Région de fin septembre à mi décembre. Voilà qui devrait lui laisser le temps de convaincre dans les rangs...

confpresseRCES1.jpg

Pendant ce temps, on bataille aussi de notre côté : notre groupe en est à 85 amendements, 122 interventions, et 8 recours déposés. Las, nous ne sommes pas suffisamment écoutés et les agents de la Région sombrent en plein désarroi, on réalise de fausses économies qui font joli sur le papier mais correspondent en réalité à des dépenses budgétées et non réalisées, le report modal et la pollution dans les vallées alpines se font rouler dans la farine, on passe deux heures en session sur des histoires de châtaignes, la centrale du Bugey n'en finit plus de connaître des incidents sans que la collectivité réagisse le moins du monde sur la sécurité de 8 millions d'habitants (Voir ici la vidéo de mon intervention et notre voeu demandant la fermeture du Bugey)... Mais pardon, tout de même une bonne nouvelle : l'A45 va connaître une "pause". Naturellement, cet entrefilet d'espoir de retour à la raison (pour toutes ces raisons dont je vous parlais ici) ne vient pas de la Région mais d'un Ministère jupitérien, une fois n'est pas coutume. 

Et allez, cerise sur le gâteau - ou plutôt devrais-je dire cherry on the cake, tant soudain les anglicismes sont de mise et la "clause Molière" prestement oubliée : parce que l'égalité d'accès aux droits c'est so has-been, chômeurs, bienvenue sur Facebook ! Et surtout, likez vite l'ancien dir'cab de Nicolas Sarkozy et Laurent Wauquiez, tout ça c'est grâce à eux. Thanks guys !

ap29juin.JPGEt pour celles et ceux qui préfèrent écouter directement dans leurs oreilles de si jolies histoires, je vous raconte tout ça dans mon nouveau compte rendu de mandat radiophonique, un tour d'horizon en 50 minutes à écouter sur RDWA, la radio Diois : 

- La conférence de presse du 28 juin proposée par les élus du groupe "Rassemblement Citoyen Solidaire Écologiste" 
- La souffrance au travail subie par les agents de la région 
- Le Compte Administratif : fléchage des subventions, économies réalisés ? Agglomérations privilégiées ? 
- Hiérarchisation des sujets prioritaires en plénière... Parlons châtaigne ! 
- Vœu concernant la responsabilité des élus régionaux face au risque d'accident nucléaire sur la Centrale du Bugey 
- Vœu contre le projet d'autoroute A45
- Enfin l'élue, membre du Parti de Gauche, nous fait part de son déplacement en Turquie en temps qu'observatrice internationale sur le procès de la femme politique d'opposition Figen Yüksekdağ.
                                                                        -

corinne morel darleux

Sat, 08 Jul 2017 11:25:00 +0200

La mission en Turquie ne s'est pas déroulée comme prévu. Récit

IMG_0823.JPGC'est curieux. D'habitude quand je reviens d'un déplacement à l'international je suis emplie d'images, de parfums, de sonorités. Là rien. comme si j'avais passé ces deux jours en apnée.

Je me suis envolée pour la Turquie lundi, pour assister en tant qu'observatrice au procès de Figen Yuksekdag, co-présidente du HDP, la troisième force politique du pays avec six millions d'électeurs. Détenue en garde à vue depuis son arrestation il y a huit mois, elle risque 83 ans de prison. Voir mon billet précédent.

La mission ne s'est pas déroulée comme prévu. L'accès des délégations internationales a été interdit, pour la première fois en Turquie depuis le début des purges en juillet 2016. Récit.

IMG_0710.JPGEn me rendant à l'aéroport lundi, je parcours les poèmes de Skerko Bekes et pense à l'oiseau sur le fil qui jamais ne témoignera. Je lis des messages émouvants, je change mon message de répondeur téléphonique et je m'élance...

Le voyage est long, avec un changement à Istanbul, que nous ratons après le retard de notre premier vol et une attente interminable au contrôle des passeports. Il fait une chaleur étouffante, c'est le désordre total, tout le monde attend en vrac, sans distinction des heures de départ.

Après de longues négociations, on pourra prendre un vol quelques heures plus tard. Entre-temps, l'heureuse surprise d'une terrasse dans l'enceinte de l'aéroport où on peut griller une clope entourés de grillages et essayer de choper un peu d'air.

IMG_0722.JPGAu bout de seize heures de voyage, arrivée nocturne à Ankara où notre fixeuse me raconte malicieusement que le maire de la capitale est un peu leur « hilarious » Trump à eux. Il passe son temps sur Twitter, installe des statues géantes de robot Tranformers et dénonce le complot des navires étrangers qui en croisant au large des côtes provoque les séismes dans l'est du pays.

Arrivée à l'hotel. Nous sommes lessivés, reste à tirer de l'argent et à se restaurer. Nous découvrons le quartier, lunaire entre le luxe de ces hôtels internationaux avec douche pluie et lit de géant qui me ravissent et m'exaspèrent en même temps, et les salons de coiffure douteux qui l'entourent dans une ruelle parsemée de bars et de clubs défraîchis. On grignote en somnambules un peu de ce yoghurt qui tient à la fois de la mozzarella et du fromage blanc, un piment que j'ai croqué étourdiment m'embrase la gorge, et en se posant on note l'absence d'alcool qu'on regrette amèrement. En s'interrogeant sur l'hypocrisie entre ces terrasses sans alcool éclairées et les lieux obscurs que nous venons de croiser.

IMG_0736.JPGLe lendemain mardi 4 juillet, jour J du procès. Nous commençons notre périple en embarquant dans un minibus avec d'autres observateurs internationaux : suisse, allemand, anglais, danoise. Nous roulons sans savoir quelle est notre destination ; au bout d'une vingtaine de minutes nous sommes arrêtés par des policiers. On se gare sur le bord de la route et on rejoint d'autres véhicules stationnés là en vrac.

Il est 11h. Sous un soleil de plomb, les avocats du HDP sont en robe et doivent mourir de chaleur. Nous continuons à pied en longeant d'un côté la route, de l'autre des barbelés, vers la Cour Constitutionnelle, notre première étape. Les avocats sont onze, pour les onze députés du HDP dont l'immunité parlementaire a été levée et qui sont aujourd'hui emprisonnés. Certains juristes sont eux-mêmes élus, c'est le cas de Ayse Acar Basaran, députée de Batman (mon Dieu j'adore ce nom) qui sera une des seules autorisées à passer la barrage policier. En vain : la Cour Constitutionnelle refuse d'entendre les avocats, « trop occupée ».

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En les attendant, on discute à l'ombre d'un portrait d'Erdogan avec une étudiante franco-turque, qui est revenue à Istanbul achever ses études de droit pour pouvoir défendre les siens en Turquie. Tous ces gens forcent le respect.

Depuis le coup d'état de juillet 2016 et l'état d'urgence, plus de 40.000 personnes ont été arrêtées et incarcérées, des milliers de fonctionnaires limogés, des media et des ONG fermées. 165 journalistes sont emprisonnés.

Le dernier referendum a ouvert la voie à un régime présidentiel qui donne les pleins pouvoirs à M. Erdogan. Et le pays régresse sur tous les plans. Un droit social vieux de 93 ans, la loi sur le repos hebdomadaire, vient d'être supprimé. L'enseignement de la théorie scientifique de l'évolution a été retiré et le rétablissement de la peine de mort doit être prochainement soumis à referendum. La résolution du conseil de l'Europe demandant la libération des parlementaires et journalistes en détention dans l'attente de leur procès n'a rien fait. Le parlement européen vient de demander l’arrêt des discussions autour du processus d'adhésion.

Mais la Turquie est membre de l'Otan, elle est stratégique pour l'Union européenne depuis l'accord sur les migrants. Et personne au G20 ne semble avoir envie d'en découdre avec M. Erdogan. Alors il ne se passe rien.

Nous repartons à pied vers nos véhicules, sous le regard des policiers lourdement armés. Nous sommes 25, ils sont 47. On a eu tout le temps de les observer en attendant le retour des avocats. Flashball, 9 millimètres, masques à gaz, sur fond de camion anti-émeutes et de canon à eau. Mon esprit divague dans la vapeur. Je rêve d'une douche.

IMG_0761.JPGOn repart vers le tribunal. Très étonnés qu'on nous laisse passer avec autant de facilité. A peine sortis nos passeports étrangers, nous sommes autorisés à entrer. Portiques de sécurité peu surveillés. Les camarades turcs nous expliquent que les délégations internationales sont une vraie protection pour eux, quand des observateurs internationaux sont présents les autorités turques évitent d'envoyer les lacrymos dans le tribunal.

On se met à penser qu'ils veulent qu'on soit bien traités pour ramener un témoignage de qualité sur l'état de la justice en Turquie. Peut-être ne veulent-ils pas de mauvaise presse. Peut-être. On reste en alerte, vigilants.

Dans la cour intérieure du tribunal, la foule des soutiens à Figen grandit. On discute, on se restaure, on s'étreint et on sourit. On pourrait croire à un pique-nique. Beaucoup de femmes, beaucoup de jeunes. On pourrait être n'importe où dans le monde, en France, tant les gestes et les visages sont familiers.

IMG_0748.JPGIl est 13h, le procès doit démarrer à 14h, on a la confirmation que Figen est arrivée. On échange avec Ayse et un autre député du HDP, Sirri Surreyya Onder. Tout en gardant un œil sur les allées et venues des policiers. C'est trop calme.

Un café turc me tapisse le gosier de marc amer. On craint un instant que les choses soient en train de s'accélérer en voyant des policiers monter un cordon et déplacer une table comme pour installer une souricière. Une nasse. Le vent se lève d'un coup. L'ambiance est lunaire. Mais fausse alerte, tout reste calme.

Le temps passe, l'attente soulève des questions. Un émissaire fait le lien entre notre petite foule rassemblée dans la cour et le tribunal. On nous dit que le procès est retardé à cause d'autres audiences. Les délégations internationales sont regroupées avec la représentante de l'ambassade de Suède. L'ambassade de France que nous avons rappelée ce matin nous a dit qu'il y avait trop de procès pour pouvoir être présents à chacun, alors avec les autres pays occidentaux ils se relayent. Tours de corvée.

Une juriste nous explique les chefs d'inculpation portés contre Figen. Son immunité est levée sur 139 dossiers. Il lui est notamment reproché d'avoir dénoncé les exactions sur les populations civiles à Sur et Cizre, et d'avoir appelé à un corridor humanitaire durant le siège de Kobane, une intervention du HDP considérée par le gouvernement turc comme un appel à la révolte.

C'est difficile de commenter ce qu'on vit en permanence, d'être à la fois en train de vivre les événements et dans le même temps de les analyser et les résumer, ça tourne vite à la fébrilité, mais je tiens à communiquer en direct, ça fait partie de notre mission. Ce qu'il y a, c'est que c'est une galère sans nom. Il n'y a pas de wifi. Il existe bien un réseau dans le tribunal, mais on refuse de nous donner le mot de passe, en nous disant qu'il ne marche pas. Alors on trouve des bornes humaines. Des amis turcs nous font des partages de connexion pour qu'on puisse relayer ce qu'il se passe sur les réseaux.

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L'émissaire revient et on voit les gens se presser autour de lui, le ton monte. Nous apprenons que le Tribunal interdit l'accès de la salle d'audience aux délégations internationales.

C'est une première. Contraire à toutes les conventions internationales et dispositions de l'OSCE que la Turquie a signées. La veille encore, le HDP avait l'assurance que nous pourrions assister à ce procès public. Maintenant, il nous est rétorqué que nous devons être accrédites par le Ministère. Ça ne s'est jamais fait.

Nous rappelons l'ambassade de France, qui nous confirme : eux-mêmes ont reçu un coup de fil leur disant une heure avant le procès que ce n'était même pas la peine qu'ils viennent. La représentante de l'ambassade de Suède s'en va, celui du parti socialiste européen est déjà reparti. Nous restons. Certains veulent essayer de passer en douce avec le public. D'autres revendiquer notre droit en tant qu'observateurs internationaux. On tentera les deux.

Quelqu'un nous dit qu' il y a plus de policiers devant la salle que nous ne sommes nombreux.

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Et soudain c'est l'heure, on se précipite vers la salle en essayant de suivre le mouvement. Les gens courent presque pour être surs de rentrer. Mais le couloir se rétrécit à l'intérieur et on finit sur une rangée de six ou sept, bloqués par des boucliers.

Grosse cohue. Situation tendue. On est compressés, trempés d'une sueur dont on ne sait plus si c'est la sienne ou celle de la personne d'à côté. On entend des clameurs et des sifflets qui viennent de la salle où certains sont déjà rentrés. Où, quand, comment sont-ils rentrés ?

Ici les gens sont autorisés à entrer au compte-gouttes. On s'écrase contre les murs pour laisser passer ceux qui sont désignés, sans céder un pouce de terrain pour garder une chance à ce procès d'être observé. Contorsions et cheveux collés.

IMG_0776.JPGOn voit revenir deux internationaux qui avaient réussi à passer dans le mouvement de foule. Ils ont été repérés et sont raccompagnés jusqu'aux boucliers. Je brandis ma carte d'élue. On essaye de parlementer en anglais. Les avocats du HDP font des aller-retours. Sans succès.

Et puis à un moment, sans qu'on sache pourquoi, les choses semblent se débloquer. Une avocate nous invite à la suivre. On monte des escaliers, on redescend d'autres escaliers, on fait le tour et on se retrouve devant la porte de la salle d'audience. Fermée. Gardée par des policiers. On a gagné un peu de lumière, un tout petit peu d'air. Mais on est toujours bloqués.

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J'essaye d'expliquer au gars en faction que ce qu'ils sont en train de faire est pire pour l'image de la Turquie à l'étranger que de nous laisser entrer pour observer le procès. Je ne suis pas sure que ce soit vrai, ça dépend du procès, mais je suis prête à tout essayer. Ça fait quatre heures qu'on nous balade entre le ministère, le juge, le président de la Cour et l'avocat général. Même l'intervention de l'ambassade de France est restée sans effet.

J'ai perdu ma borne wifi humaine dans la cohue, je fais le tour des présents et dégote un autre partage de connexion.

Un journaliste indépendant veut m'interviewer mais le débit est trop lent pour Périscope. Il soupçonne que le réseau a été ralenti sciemment. Ça arrive, me dit-il.

DiegoCupoloAnkara.jpgNous obtenons finalement de faire rentrer cinq représentants des délégations internationales. Il faut choisir entre nous, on décide d'un observateur par pays.

Je reste dehors. Une boule dans le ventre comme jamais. J'ai entrevu la salle un instant, le temps que la porte s'ouvre et je reste dehors. Pour moi c'est terminé. Ceux qui restent sont évacués, je suis les gens comme une automate, vidée.

Je me retrouve à l'extérieur du tribunal, m'assois par terre. J'ai soif. J'ai mal aux pieds. J'ai la rage. J'ai envie de pleurer.

IMG_0798.JPGNous sommes entourés de policiers. On nous empêche de re-rentrer dans le tribunal. J'apprends que les cinq viennent d'être expulsés de la salle, quelques minutes après y être entrés. Il fait 40°C, le procès se déroule sans observateurs internationaux et c'est Kafka en enfer.

Un chef vient nous vociférer de partir. Je me surprends à ressentir une absence totale de peur arrivée à ce stade, juste la colère. Je reste assise, j'ai envie d'être stupide et obstinée. Une camarade du HDP vient me prendre le bras et m’entraîne à quelques pas.

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Des renforts policiers sont arrivés et s'avancent sur nous pour nous refouler à l'extérieur de l'enceinte. Évacuation générale.

Et jusqu'au bout la stratégie de la tension : nous sommes escortés sur plusieurs centaines de mètres par des bataillons de policiers lourdement armés. Ils nous suivent, nous exhortent à partir puis empêchent le véhicule qui vient nous récupérer de se garer. Ils nous provoquent. On se demande s'ils cherchent l'incident.

Nous ne sommes plus qu'une quinzaine maintenant. On essaye d'en rire, de « taquiner la peur », on joue à un-deux-trois soleil avec les policiers. On s'arrête, ils s'arrêtent. On repart, ils repartent. Entre eux et nous, des barrières et des barbelés.

Nous rejoignons le local du HDP où nous nous saoulons d'eau fraîche en suivant les infos qu'envoient les camarades et le discours de Figen que relaye le compte Twitter du HDP. Nous recevons une photo volée de la salle.

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Figen est radieuse, lumineuse. Terriblement digne et courageuse. "Je voudrais saluer tous les amis qui ont surmonté les obstacles pour être ici avec moi et ont été bloqués". Elle prend appui sur l'expulsion des cinq pour souligner à quel point ce procès est politique. Et soudain je réalise profondément à quel point notre présence, même de l'autre côté de cette foutue porte désespérément close, était essentielle à ses côtés. Ce procès n'a plus rien à voir avec la justice. Et nous l'avons démontré. Je me suis rarement sentie aussi utile lors d'un déplacement à l'étranger. Je profite de la connexion du local et vois que mes twitts sont relayés. Ça me rend heureuse, emplie de ce sentiment que j'ai un peu contribué à faire savoir ce qui se passe ici. Le procès de Figen Yuksekdag est en cours et pourrait durer toute la nuit.

Nous partons dîner avec des juristes et députés du HDP qui se relayent au tribunal, nous rendons grâce au mezzé et au raki qui nous sont généreusement servis. Nos hôtes s'excusent et semblent profondément atterrés de ce qui s'est passé. Même eux qui ne sont plus à ça près, n'en reviennent pas que les délégations internationales aient été interdites d'accès. On nous confirme que les cinq ont été évacués sur ordre direct du gouvernement et intervention du ministère auprès du tribunal.

Le mari de Figen arrive et je vois la même détermination presque heureuse dans ses yeux. Sa femme est en prison et il vient nous remercier et nous réconforter. Ces gens sont incroyables. Une grande claque et une grande leçon.

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La nouvelle tombe. Le procès vient de s'arrêter. Il est ajourné et remis au 18 septembre. On n'arrivera pas à comprendre pourquoi. Figen va devoir passer encore plus de deux mois encore en prison. Le délai légal d'incarcération en attente de procès prévu dans la constitution turque est dépassé depuis longtemps.

Le mot arbitraire qui résonnait dans ma tête depuis le début de la journée explose.

Le lendemain tout semple incroyablement simple et fluide à l'aéroport. Je me surprends à tendre mon corps et à m'armer de patience et de détermination, les mâchoires serrées. Mais tout est calme. Plus besoin de combativité. Je me rends compte à quel point les nerfs peuvent être éprouvés par la tension en deux petits jours. Eux le vivent toute l'année. Dans le hall d'embarquement on croise des vacanciers qui repartent de Turquie après être venu se faire une greffe de cheveux. Leur crane est rasé, rouge et irrité au niveau du front et des tempes. Tout semble surréaliste, le retour à la vie civile est très curieux. Le lendemain, après douze heures de voyage, sans déballer mon sac je m'effondre et dors six heures d'affilée. Quand je reprends pied, c'est pour lire que la directrice d' Amnesty International en Turquie vient d'être arrêtée.

Il n'y a rien dans la presse occidentale sur le procès de Figen Yuksekdag et la manière dont il s'est déroulé.

Je serai de nouveau à Ankara le 18 septembre. Au motif politique se joint désormais une affaire personnelle. Des visages d'hommes et de femmes, des prénoms. Une dignité inouïe et des droits à défendre. Et je me dis que j'ai eu raison de faire tout ça l'allure fière, les ongles vernis et en talons.

 

A lire en complément, le récit d'Ilias Panchard, un des cinq observateurs admis quelques minutes dans la salle d'audience

corinne morel darleux

Sat, 01 Jul 2017 09:57:00 +0200

Des députés, de l'emprisonnement et des mots. En mission d'observation internationale en Turquie

Figen.PNGIl y a huit mois, c'était l'émoi.

Toute la diplomatie occidentale réagissait fortement à l’arrestation de Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, les deux co-présidents du HDP, troisième force politique en Turquie avec 6 millions d'électeurs. On pouvait lire trouble, inquiétude et indignation des États Unis, de l'Union européenne, de l'Allemagne et de la France.

Aujourd'hui, même à creuser les tréfonds d'Internet on ne trouve aucune suite à ces réactions. Et pourtant. Détenue depuis huit mois, Figen Yüksekdag risque 83 ans de prison. Son procès va avoir lieu le 4 juillet à Ankara. 

Alors après être allée pour Newroz l'an dernier à Diyarbakir, je serai de nouveau en Turquie ce 4 juillet pour répondre à l'appel à observateurs internationaux lancé pour ce procès. Je pars avec Jean-Christophe Sellin pour le Parti de Gauche et y représenterai également mon groupe RCES à la Région et European Left qui m'ont demandé d'y porter leur message de solidarité.

deputes-hdp.jpgIl y a beaucoup de politiques en prison en Turquie. A l'heure où on parle beaucoup de nos députés en France, rappelons que dix députés du HDP ont été déchus de leur immunité et incarcérés. (Photo : kedistan.net)

Et puis il y a des enseignants, comme Nuriye Gülmen et Semih Ozakça : licenciés, arrêtés le 22 mai 2017 et en grève de la faim. Il y a l'étudiante Ebru Fırat, arrêtée début septembre 2016 lors d’un changement d’avion à Istanbul, alors qu’elle rentrait en France. Il y a Zehra Doğan, journaliste et fondatrice de l’agence féministe JINHA, arrêtée et emprisonnée le 21 juillet 2016, puis à nouveau le 12 juin.

Tous enfermés, privés de liberté. Privés. De. Liberté. Je ne vous parle pas de mots imprimés dans un journal, d'entrefilets sur la coopération turco-européenne ou de statistiques impersonnelles sur la répression des libertés, mais d'une réalité quotidienne pour des femmes et des hommes. Dure comme un mur et concrète comme le ciment.

Alors comme certains se jouaient des parties d'échecs mentales, quand d'autres récitaient des poèmes silencieux, ou tentaient de faire de la détention et de l'horreur un jeu de théatre, eux aussi apprennent à taquiner la peur et rappellent qu'un prisonnier reste simplement humain.

Ici aussi “la vie est courte, les oiseaux volent”, ici aussi “même si tu es un dragon ça ne change rien”, ici aussi “le vrai amour est ne pas céder” Selahattin Demirtas 

Alors oui, y aller. Certes, il y a des prises de position plus compliquées que d'autres. Des actes militants qui demandent à être réfléchis et soupesés. Mais il est des moments où les mieux intentionnées des postures ne suffisent plus, où l'engagement réclame un tout petit peu de mise en danger pour d'autres, qui eux le sont toute l'année. Parce que nos engagements internationalistes doivent être concrets, et que les mots parfois ne sont pas assez. 

Sherko.JPGEt parce que la littérature reste notre meilleure alliée quand le monde devient givré, j'emporte dans mon sac le recueil de poèmes de Sherko Bekas et voudrais pour finir profiter de ce billet pour citer deux livres majeurs sur l'emprisonnement : La cage aux lézards de Karen Connelly, et Aucune bête aussi féroce de Ed Bunker. Ces deux livres m'ont énormément marquée et m'accompagnent encore, des années après.

 

Voir aussi le communiqué du Parti de Gauche : Une délégation au procès du HDP à Ankara

corinne morel darleux

Thu, 29 Jun 2017 10:31:00 +0200

Le grand embouteillage, l'A45 et Vinci. Sauf si.

Le grand embouteillage, Paris-Bangkok, Ivan Illich, l'A45,
Laurent Wauquiez, Tac-o-Tac, la forêt de Khimki,
Notre Dame des Landes, les cadeaux de l'Union européenne,
8 Smics par jour et Vinci. Sauf si.


 

Corinne MOREL DARLEUX

 

Texte en pdf à télécharger en cliquant ici : A45 Vinci CorinneMD.pdf

 

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Le grand embouteillage

Chic ! C'est l'été.

Et avec l'été bientôt les vacances et le retour de Bison Futé.

Le grand embouteillage...1. Ça donne envie, non ? Alors certains ont eu une grande idée : nous permettre d'aller plus vite d'un bouchon à un autre. C'est l'A45, qui est en projet entre Lyon et Saint Étienne, ou plus précisément : de La Fouillouse à Brignais. Du coup, sur les 35 minutes de trajet annoncé sur le tronçon en lui-même, en fait vous pouvez ajouter 40 minutes pour les bouchons à l'entrée et à la sortie, sur Lyon et Saint Étienne.

Donc ce n'est pas pour gagner du temps. Et ce n'est vraisemblablement pas non plus pour faire des économies d'énergie, d'argent, ni gagner en bien-être.

D'abord, il va y avoir de moins en moins de pétrole et le prix de l'essence a toutes les chances d'augmenter. Et puis la voiture, comme tout le monde le sait ça pollue.

Pas que je pointe du doigt les gens qui prennent leur voiture pour voyager - vu le prix du train, ou pour aller bosser, dans des coins où il n'y a rien, ni train, ni car, et où le vélo n'est pas une option : je vous assure que vu du Vercors, je ne leur jette pas la pierre. Mais oui, la pollution nous coûte cher : plus de 100 milliards d’euros par an selon le Sénat2. Et surtout elle nous rend malades : les estimations font état de 42 à 48.000 décès prématurés par an, et de 650.000 journées d'arrêt de travail. Sans parler du climat : les transports représentent le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France avec plus d'un quart des émissions.

Paris-Bangkok

Alors sans faire disparaître d'un coup de baguette magique toutes les voitures, peut être qu'on pourrait déjà éviter d'aggraver notre cas.

Des autoroutes en France, il y en a déjà 11.800 km, dont 9.000 payantes, soit l'équivalent de la distance de Paris à Bangkok. Mais on va en rajouter. En septembre 2016, le ministre des transports Alain Vidalies a annoncé un nouveau plan autoroutier. Comme, donc, cette fameuse A45.

Mais une autoroute il y en a déjà une en fait à cet endroit là : l'A47, qui passe à quelques mètres parfois du nouveau tracé.

C'est vrai qu'entre ces deux villes on n'arrête pas de ralentir, par moments c'est plus étroit. Mais la nouvelle autoroute ira juste d'un embouteillage à un autre en réalité, sur 48 km.

Ivan Illich

Et puis le temps c'est relatif... Au début des années 70, Ivan Illich a calculé qu'à l'époque un Américain consacrait en moyenne 1.600 heures par an pour sa voiture : si on prend le temps passé à travailler pour gagner de quoi payer la voiture, l'essence, les réparations, le parcmètre, le temps de se garer, et celui passé à l'arrêt dans les bouchons, au final un automobiliste ne va en moyenne qu'à 8 km/h dans son bolide. Soit à peu près autant qu'à pied...3

 

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L'A45

Mais revenons à l'A45 : un projet à 845 millions d'euros d'argent public (sur 1,2 milliard d'euros de coût 

total, sans compter les raccordements). Ça fait tout de même 17 millions du km.

C'est également le risque pour Saint Étienne de devenir une nouvelle ville dortoir de la métropole de Lyon, augmentant encore plus les aller-retour entre les deux villes : c'est ce qu'on appelle l'effet rebond.

C'est enfin 500 hectares de terres agricoles et naturelles détruits par le nouveau tracé, des zones de captage d’eau potable qui garantissent la distribution à près de 100.000 habitants.

Tout ça est assez incompréhensible en fait, quand on sait que l'autoroute actuelle pourrait être réaménagée pour beaucoup moins cher, comme ça a été fait sur l'A7 entre Givors et Lyon. Les études existent depuis 10 ans et estiment le coût à moins de 300 millions d'euros.

Laurent Wauquiez

Incompréhensible toujours, le fait que la seule étude rendue publique pour débloquer les 132 millions gracieusement alloués par la Région Auvergne Rhône Alpes au projet est une nouvelle étude, demandée en urgence celle-ci par Laurent Wauquiez, et confiée à Artelia, un bureau d'étude qui travaille régulièrement avec Vinci.

Ah oui, parce que j'ai oublié de vous dire : cette nouvelle autoroute a d'ores et déjà été promise à Vinci, et bien sur elle serait payante. Alors que l'actuelle ne l'est pas.

Eh oui, des péages là où il n'y en avait pas !

C'est le cas depuis la grande opération de bradage au privé, achevée par M de Villepin qui a conclu la vente des autoroutes nationales en 2006, avec une sous-évaluation de 10 milliards selon la Cour des comptes4. Le résultat on le donnait : alors que les investissements de départ ont été pris en charge par les contribuables - nous, aujourd'hui ce sont les multinationales qui ramassent la mise. Et ce n'est pas rien : 6 milliards de bénéfice par an tout de même5. Fatalement : en 10 ans, les tarifs des péages ont augmenté de 20%, soit plus que l'inflation.

Tac-o-Tac

Donc si on résume : on paye pour utiliser des autoroutes qu'on a déjà payées par nos impôts et dont les recettes alimentent les profits de Vinci. Doublement d'ailleurs, parce que les travaux nécessaires sur les autoroutes Vinci sont aussi confiées par Vinci à des filiales de… Vinci.

Mais ce n'est pas tout, il y a une cerise sur le gâteau : la clause de déchéance.

La clause de déchéance, ça veut dire que si il y a moins de monde que prévu à prendre l'A45, et donc à payer les péages, bref si Vinci n'y trouve pas son compte, le groupe peut se retirer du jeu et ce sont l’État et les collectivités territoriales qui devront lui rembourser le manque à gagner. Et en fait la probabilité est loin d'être nulle, vu que l'engagement est basé sur une prévision de trafic importante, de 35 000 véhicules par jour. Ce qui semble irréaliste au vu du trafic actuel et du fait que les gens pourront toujours continuer à prendre l'autoroute gratuite, devenue voie expresse. On a déjà eu un cas similaire en Espagne avec l'AP41 où le trafic est 30 fois inférieur à celui qui était espéré.

En fait avec cette clause, l'A45 c'est le Tac-o-Tac pour Vinci qui gagne au tirage et au grattage.

Nous par contre on perd sur tous les tableaux. Et les travailleurs aussi.

Ils étaient 20.000 avant la privatisation, ils ne sont plus que 14.000, et les conditions de travail se sont dégradées. Il y a eu des mouvements sociaux qui n'ont pas débouché, comme chez ASF et Cofiroute en décembre 2009, contre la baisse des effectifs et de la sécurité, la détérioration du service aux usagers, et l'absence d'augmentations de salaire malgré les bénéfices engrangés.

 

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La forêt de Khimki

Voilà. Et puis Vinci c'est aussi le ravage de la forêt de Khimki en Russie : 140 hectares de forêt destinés au béton pour une déviation Moscou – Saint Pétersbourg permettant de desservir l'aéroport Sheremetyevo. Un joli projet de partenariat public-privé, le premier d'une telle ampleur en Russie, avec des gens très sérieux comme la BERD (banque européenne pour la reconstruction et de le développement) ou la BEI (banque européenne d'investissement).

En deux ans de lutte pour la défense de la forêt de Khimki, les habitants n’ont jamais été consultés. Deux porte-parole du mouvement antifasciste et anarchiste, Alexey Gaskarov et Maxim Solopov, ont été arrêtés et retenus en préventive pendant plus de deux mois, risquant sept ans de prison. Mais de tout ceci, Vinci s'est lavé les mains, expliquant à l'AFP que « le tracé a été décidé et reste du ressort des autorités russes ». Et en effet : Vladimir Poutine a lui même signé le reclassement de la forêt de Khimki en terrain constructible. A la clé pour le groupe : 1,8 milliard d'euros, et une manne de près de 700 millions d'euros de péage par an.

Notre Dame des Landes

Et comme si cela ne suffisait pas, Réseaux Ferrés de France a également offert à Vinci la concession exclusive de la nouvelle ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux qui va être ouverte le 2 juillet. C'est la première ligne ferroviaire confiée à un groupe privé en France. Là aussi, des péages exorbitants, 50 % plus chers au kilomètre que sur la LGV Paris-Lyon, qui seront payés à Vinci par la SNCF et répercutés sur le prix de nos billets6.

Enfin, Vinci c'est aussi l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), le grand contournement autoroutier de Strasbourg, l'extravagante route du littoral à La Réunion, des parkings privés, des tunnels...

En fait Vinci est partout.

Les cadeaux de l'Union européenne

Et curieusement, pour une fois ce quasi-monopole n'a pas l'air d'embêter la Commission européenne : en novembre 2013, elle a autorisé l’État français à lui octroyer 150 millions d’euros en guise de coup de main pour l'aéroport de NDDL7 ! Sans vergogne, elle a affirmé que ce cadeau à Vinci était « compatible avec les règles européennes relatives aux aides de l’État » ! En pleine cure d'austérité, et pendant que Florange n'en finissait plus de fermer, au nom de la sacro-sainte concurrence libre et non faussée des mêmes articles 107 et 108 du TFUE (Traité de fonctionnement de l'Union Européenne) relatifs aux aides d'État.

  • Article 107 : « sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États ou au moyen de ressources d'État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions. »

  • Article 108 : « Si, après avoir mis les intéressés en demeure de présenter leurs observations, la Commission constate qu'une aide accordée par un État ou au moyen de ressources d'État n'est pas compatible avec le marché intérieur aux termes de l'article 107, ou que cette aide est appliquée de façon abusive, elle décide que l'État intéressé doit la supprimer ou la modifier dans le délai qu'elle détermine. »

Huit smics par jour

Du coup, à force, bientôt, que vous preniez le train, la voiture ou l'avion, vous contribuerez deux fois : par les impôts, et par le péage ou le parking, aux 4,3 millions d'euros de revenus annuels de Xavier Huillard, le PDG de Vinci.

Ce qui nous fait la bagatelle de 11.780 euros par jour. Plus de huit smics mensuels par jour.

Chaque jour.

Xavier Huillard qui vient en prime de revendre pour 2 millions supplémentaires de « stocks options », des actions Vinci qu'il a reçues gratuitement et qu’il peut vendre à sa guise8.

Alors M Huillard peut bien nous expliquer que « l'argent seul ne fait pas le bonheur du patron »9, que ça ne suffit pas à faire face à la pression, aux injonctions contradictoires des actionnaires, des banques, des salariés ou encore de l'opinion publique. On va tout de même avoir du mal à compatir.

D'autant que pendant ce temps, la part du fret ferroviaire et fluvial a dégringolé de 22 % en 1990 à seulement 12 % en 2012. Mais le climat attendra, les automobilistes continueront de payer pour se déplacer, et les malades de tousser.

 

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Sauf si

Sauf si on se mobilise, comme le font les opposants à l'A45 à St-Maurice-sur-Dargoire les 1er et 2 juillet10. Mauvaise nouvelle pour M Huillard : il n'a pas fini. Déjà, les zadistes de NDDL c'était beaucoup de pression, voilà que les opposants à l'A45 s'y mettent aussi. Et ils sont nombreux : là-dedans on trouve à la fois des paysans, des naturalistes, les 34 associations de la Sauvegarde des Coteaux du Lyonnais, des propriétaires expropriés, des communes et des élus, et même des élus de droite. Mais où va-t-on.

Sauf si on fait un pas de côté et qu'on se dit qu'au lieu de gagner quelques secondes avec le "péage sans arrêt", qui sert surtout à faire passer plus de voitures aux péages, on interdisait plutôt aux fabricants de faire des voitures pouvant rouler à 200 km/h ? Et si on réduisait plutôt la vitesse de 10 km/h, pour à la fois économiser du carburant et réduire les émissions, comme on le fait pendant les pics de pollution ? D'autant que ça ne ralentirait pas forcément le trafic11.

On pourrait aussi réfléchir à réduire l'étalement urbain, encadrer les loyers et donc diminuer le rejet des travailleurs en lointaine banlieue, et ainsi abaisser les temps de trajets domicile-travail. Idem avec la loi Sarkozy dite de modernisation financière qui a assoupli les règles d'installation des grandes surfaces en périphérie des villes.

Et tiens, pendant qu'on y est : si on relocalisait la production en taxant les marchandises selon des critères sociaux et environnementaux ?

Les solutions existent (pour peu bien sûr qu'on assume de désobéir à l'Union européenne et à la Commission, pour qui le protectionnisme est un gros mot, mais pas les cadeaux à Vinci).

Et cette grande brute d'Apollinaire

Bref, cette autoroute, vous l'avez compris, ce n'est pas à nous qu'elle va profiter.

Nous ce qu'on voudrait c'est passer moins de temps en voiture, avoir un boulot plus près, du temps et de l'argent pour faire les courses au marché plutot qu'en grande surface. Et puis ne pas suffoquer à chaque nouveau pic de pollution. Garder nos hopitaux, nos postes et nos écoles rurales pour ne pas avoir à multiplier les kilomètres pour déposer les gamins, se faire opérer ou retirer un colis.

La vie douce, simplement.

Marcher, rire, profiter de la vie.

Comme ces piétons sur une autoroute Vinci, à l'occasion de son inauguration : « Pour une fois qu'elle est gratuite, on en profite » 12.


 

Allez, bel été. Prenez soin de vos poumons. Évitez les bouchons.

Et pour finir sur une touche de poésie, quelques vers tendres de cette grande brute d'Apollinaire :

 

Ô mon amie hâte toi. Crains qu'un jour un train ne t'émeuve plus !

Regarde le plus vite pour toi

Ces chemins de fer qui circulent

Sortiront bientôt de la vie

Ils seront beaux et ridicules

 

 

Sources et liens :

corinne morel darleux

Fri, 02 Jun 2017 12:28:00 +0200

L'écosocialisme, outil de recomposition : contribution dans les pages de L'Huma

Huma.jpgJ'ai été invitée par L'Humanité à contribuer aux pages Débats & Controverses du numéro du 1er juin sur le thème : « Sur quelles bases la gauche de transformation peut-elle se reconstruire? », voici mon texte.

Je ne sais pas vous, chers amis lecteurs, mais personnellement j'observe le paysage politique en France avec un étonnement grandissant. Pour le meilleur, quand est enfin franchi le seuil que nous attendions tant, avec le beau score de 20% à la présidentielle avec JL Mélenchon et le programme de la France Insoumise. Pour le pire, quand je vois progresser les voix du FN, et l'abstention devenir une revendication politique - hélas compréhensible quand on considère qu'un M. Fillon peut être mis en examen et se présenter à la plus haute fonction, qu'une Mme le Pen porteuse de haine et ouvertement méprisante des convocations de la justice arrive au second tour, qu'un M. Macron enfin est élu Président de la 5e République sans adhésion des Français, sur un projet dont la régression sociale, écologiste et démocratique est totalement assumée.

Mais la bonne nouvelle c'est que des gens qui n'avaient jamais entendu nos idées ont sursauté, et qu'ils ne sont pas près de l'oublier. Oublions deux secondes nos affaires internes, on n'en a déjà que trop pâti et dispersé trop d'énergie. C'est cette recomposition là, dehors, qui est en cours : celle de citoyens qui entendent que le climat redéfinit l'intérêt général, qui comprennent que la misère sociale n'est pas une fatalité, que les richesses existent, que la paix est possible. Nous avons enfin planté le clou dans la faille du TINA (There is no alternative). Reste à taper. Et pour ça nous avons un marteau puissant : l'écosocialisme.

En liant justice sociale, écologie, implication populaire et internationalisme, l'écosocialisme est le projet à la fois désirable et possible qui nous permettra de fédérer toutes les bonnes volontés en rupture du capitalisme et du productivisme : des forces qui se réclament de la gauche au monde du travail et des syndicats, les mouvements qui luttent pour le climat ou contre la fraude fiscale, les associations de défense de l'environnement, les citoyens tout simplement soucieux d'un monde meilleur. Parce que chacun peut y retrouver ses petits, ses combats, ses marqueurs.

Après des décennies contre-productives à opposer emploi et environnement, industrie et écologie, à culpabiliser ceux qui croulent déjà sous les dépenses contraintes et qui n'ont pas franchement le choix que de prendre leur vieux diesel pour aller au travail ; après tant de discours boutiquiers qui omettaient de pointer l'ennemi commun, ce système qui exploite à la fois les travailleurs et la nature ; après des années à gémir de ne pas voir les gens venir à des réunions publiques le soir alors qu'ils ont galéré toute la journée et que leur préoccupation immédiate c'est de savoir comment payer la cantine du petit, le dentiste ou le loyer : il est temps de changer.

Dire notre projet en positif, dessiner l'après, le faire dans les cafés, sur les places et les marchés, dans les salles de ciné, en bande dessinnée, à la sortie des supermarchés : là où les gens vivent. Et repartir du sens commun. Si je ne devais garder qu'un exemple, à marteler, ce serait la gratuité des premiers watts d'électricité et litres d'eau. Elle peut être assurée en régie publique et financée en renchérissant les consommations abusives. En somme, que l'eau qui sert à cuire les pâtes ou à prendre sa douche soit prise en charge par ceux qui arrosent leur 4x4 ou un golf. Parce que l'eau doit être évaluée en fonction de son usage, vital ou dispensable, parce qu'un accès de base à l'énergie est nécessaire à une vie digne, parce que nous devons user avec parcimonie de ces ressources rares et précieuses.

Voilà une mesure écosocialiste par excellence ; notre meilleur outil de recomposition est là : sans diversions tactiques ni calculs de boutiques, juste du fond, au service des besoins humains et de notre avenir en commun.

corinne morel darleux

Tue, 30 May 2017 18:10:00 +0200

Plaidoyer paysan. Chronique agricole du Diois pour Reporterre

CassetaDalle1.jpg"L'agriculture paysanne est la voie à suivre", publiée sur Reporterre le 29 mai 2017.

Photos : série inédite de l'opération "Casse ta dalle béton" menée à l'été 2016 par le Mouvement de Libération de l'Humus Diois

La « gelée noire » de la fin du mois d’avril a durement frappé le vignoble du Diois, exacerbant les difficultés des paysans. Dans cette partie de la Drôme comme ailleurs en France, le métier de la terre ne permet plus de vivre décemment, déplore notre chroniqueuse.

Il ne faut pas toujours se fier aux premiers signes du Printemps. Dans le Diois, martinets et hirondelles sont de retour, les roses s'épanouissent dans le jardin, les flancs de montagne se colorent de pointes vert tendre sur les persistants sombres de l'hiver et les premières cerises font presque croire que l'été est là. Certes. Mais c'est sans compter sur le dicton populaire qui n'en finit plus de marteler qu'en avril ne te découvre pas d'un fil.

Cette année, les saints de glace étaient annoncés pour les 11, 12 et 13 mai. Mais c'est dès fin avril qu'est survenue la « gelée noire », une arrivée de masse d’air froid et sec à une température de -7 à -9°C, associée à un vent hivernal. Celle-ci a anéanti les vignes de notre fameuse Clairette. Toutes les communes ont été touchées ici, avec des pertes pour certains vignerons grimpant jusqu'à 95% ; c'est au final plus de la moitié de la récolte qui va être perdue. On n'avait pas vu ça depuis plus de 25 ans et ce, ironie cruelle, à quelques jours de l'inauguration du Festival des Espiègleries dédié à la Clairette de Die.

Cassetadalle2.JPGLa vigne ici c'est une activité vitale. Pas seulement pour la petite coupe du soir, pas seulement pour l'export et la renommée de Die – partout où je vais, quand on ne nous confond pas avec Saint-Dié, cest grâce à la Clairette – mais aussi parce que chez nous, des brebis au théatre, l'agriculture se pique de culture et occupe une place à part.

Il faut dire que l’agriculture ici c'est 20% des emplois. Le Diois, c'est 23.000 hectares de surface agricole selon le recensement de 2010 (dont 2% de vignes) pour un bassin de vie de 11.000 habitants, soit plus de 2 hectares par habitant. C'est beaucoup. Bien sur, tous ces hectares ne sont pas cultivés, la terre est dure à travailler, on est dans une région de pentes et de montagne, de plus en plus soumise à des épisodes de sécheresse ou de gel. Tout n'est pas si simple. Mais selon le convertisseur alimentaire de Terre de Liens pour alimenter en local tout le Diois on n'aurait besoin de protéger qu'entre 2.900 et 3.800 hectares (en incluant la rotation des sols), et cela permettrait d'installer et de rémunérer 200 paysans : 39 paysans boulangers, 32 maraichers, 120 éleveurs, 7 arboriculteurs... On aurait même de quoi garder les vignes et nourrir un bout de la vallée voisine. Solidaires, quoi. D'autant que plus de 10.000 de ces hectares à vocation agricole sont propriété publique de l'Etat ou des communes. On a donc des outils pour faire.

Cassetadalle3.JPGLas, si on regarde les chiffres, on est loin du compte aujourd'hui. Selon le recensement agricole de 2010, dans le Diois ce sont 100 exploitations qui ont disparu en 10 ans (presque 1/5), et le nombre de brebis est passé de 25.000 à 20.000. Sur le marché de Die, il n'y a présents à l'année en producteurs Diois que 2 boulangers, 6 fromagers de brebis, 3 maraîchers, 1 éleveuse de truites, 1 de canards, 1 de porcs, 2 de poulets, 1 vendeur d'oeufs, 3 d'huiles essentielles, miel ou noix. De mémoire.

On pourrait donc imaginer que tous nos producteurs sont submergés de demande, et que les étals du marché de Die sont pris d'assaut. De fait, ils le sont. Et pourtant, les paysans ne s'en sortent pas. On pourrait imaginer aussi que face à un tel potentiel, on croule sous les candidats à l'installation, ou que ça se bouscule au portillon pour reprendre les fermes des agriculteurs qui arrivent à l'âge d'une retraite bien méritée ? Non plus. Alors quoi, mince ? Que se passe-t-il qui ne tourne pas rond ?

Bien sur, le travail est rude, surtout sur nos terres. Mais quand même, pourquoi la France a-t-elle perdu la moitié de ses « exploitations » en 25 ans ? Pourquoi entend-on encore des témoignages poignants de désarroi, comme dans ce texte juste et touchant de notre candidat aux legislatives Didier Thevenieau, inspiré de ses rencontres sur un marché de producteurs locaux aux Pilles : « D'abord, deux productrices qui vous disent qu'elles vivent grâce aux AMAP dans lesquelles elles écoulent une grande partie de leur légumes et fromages. Puis une autre productrice de fromage de chèvre qui vous dit que suite à une erreur de la part de l'administration, on lui demande de rembourser 12 000 € de PAC. Et dans le même temps, un producteur de fraises et légumes bio qui vous dit que lui, il ne touche pas les subventions auxquelles il a droit depuis 2 ans parce que l'UE ne donne pas les fonds à la France. Qu'il appelle une employée pour avoir son du et qu'elle lui répond qu'elle reçoit tant de demandes comme la sienne qu'elle va démissionner tellement elle en souffre. Qu'il n'arrive pas à se loger avec sa femme et leur petit bébé parce que les loyers sont exorbitants à cause des locations touristiques... ». De ces moments où on prend une belle piqure de rappel sur les raisons concrètes, humaines, pour lesquelles on se bat. Las, ça ne s'arrange pas non plus de ce côté là.

Cassetadalle4.JPGC'est pourtant important, l'alimentation, non ? Toutes ces choses qu'on ingère, qu'on avale, qu'on glisse dans notre corps, plusieurs fois par jour, et qui vont se transformer en cellules, peau et sang... Qui peuvent vous empoisonner, vous rendre malade ou au contraire contribuer à vous garder en bonne santé. La sécurité sociale est malade ? Choisssons la prévention par une alimentation de qualité : ça serait rentable !

Ca devrait être important. Ca devrait être prioritaire. Et non.

Sur 500 hectares échangés chaque année dans le Diois, 300 sont achetés par des non-agriculteurs. La majeure partie des acquisitions publiques concerne non pas le maintien de terres arables, mais de l’artificialisation : entre 1999 et 2010, les surfaces artificialisées ont augmenté de 116 hectares dans le Diois. Et puis la PAC (politique agricole commune de l'Union européenne) continue à verser des aides à l'hectare, sans se soucier des modes de production. On continue à bétonner des terres arables à Notre Dame des Landes, sur le tracé de l'A45, du Lyon-Turin, pour des bulles tropicales de Center Parcs, des routes et des parkings Vinci allant jusqu'à des gares TGV dont on n'a pas besoin. La Région Auvergne Rhône Alpes lance sa marque « La Région du goût » sans aucun critère de qualité, refuse d'introduire l'agriculture biologique dans les cantines de ses lycées et s'acharne à saper les aides des réseaux historiques de l'agriculture paysanne et écologique. Elle continue à confier les points accueil pour les jeunes qui voudraient s'installer à des chambres départementales de l'agriculture qui n'y voient pour la plupart qu'un marché économique, une filière comme une autre à rentabiliser (voir les nouvelles fraiches de la Région ici). Et on laisse la grande distribution se payer sur le dos des producteurs, on continue à envoyer abattre les porcs bretons en Allemagne pendant qu'on exporte nos poulets européens subventionnés vers des pays dits du Sud, qui savaient très bien se nourrir avant qu'on débarque, et qu'on a forcés à cultiver des choses qui s'exportent au nom de la balance commerciale, au détriment de l'alimentation locale. Les responsables politiques, à quelques exceptions près, continuent à pleurer des larmes de crocodile sur les suicides d'agriculteurs à chaque Salon, se gargarisent de ruralité sur le terrain, avant de se dépêcher d'oublier et d'aller se plier aux injonctions d'austérité et de « libre concurrence »de Bruxelles (voir page 26 l'excellente motion de la Confédération Paysanne du Lot et Garonne), et préférent flatter les grands lobbies de l'industrie agro-alimentaire que les petits paysans. Eux qui nous nourissent, font vivre nos campagnes, et prennent soin de leurs champs.

Cassetadalle5.JPGOn nous dit qu'un agriculteur nourrit de plus en plus de monde ? C'est vrai. Il y a quarante ans, un agriculteur nourrissait en moyenne 15 français. En 2008, c'était 60. Mais quel est le prix de cette productivité ? En terme d'engrais chimiques, de pesticides, et donc d'impacts sur la santé ; en termes d'utra-mécanisation et donc de perte de main d'oeuvre ; en terme de sur-exploitation des sols, et donc d'appauvrissement pour les besoins futurs ? On nous dit qu'il faut bien nourrir tout le monde, et que pour ça il faut de grosses surfaces ? Mais vers Rouen, comme dans plein d'autres endroits en France, des alternatives se construisent et se révèlent efficaces : ici, un jardinier amateur arrive à produire 300 kg de fruits et légumes par an, avec son potager d’à peine 50 m2. Et ce, sans pesticides ni engrais chimiques. Là, on développe l'aquaponie, la permaculture, on redécouvre les jardins de curé, l'agro-foresterie, ou encore l'alliance fructueuse des ruches et des courgettes...

On pourrait nourrir tout le Diois, on pourrait nourrir tout le pays, en laissant les paysans du Sud tranquilles de produire ce dont ils ont besoin eux, en assurant un revenu décent aux paysans d'ici, en développant les circuits courts et la vente directe, en soutenant l'agriculture paysanne, en protégeant le foncier, en encadrant les marges de la grande distribution, en enseignant les pratiques écologiques dans les lycées agricoles, en redonnant envie... On pourrait.
 

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol, et merle moqueur
Seront tous en fête !

Jean Baptiste Clément, Communard (1866)

corinne morel darleux

Sat, 27 May 2017 17:15:00 +0200

Center Parcs : c'est toujours non

roybon2.jpgOn a salué en juillet 2015 la décision du Tribunal Administratif de Grenoble déclarant illégal le projet de Center Parcs à Roybon dans l'Isère

En avril 2016, on est montés au créneau contre le premier budget de Laurent Wauquiez à la Région, qui comportait un soutien de 4,7 millions d’euros au Center Parcs

On a déposé un recours devant le Tribunal administratif en juin 2016

En décembre, rebelote : vote du deuxième budget pour 2017 avec le soutien de 4 millions d’euros au Center Parcs

Alors devinez quoi : rebelote aussi, en janvier 2017 on dépose un deuxième recours.

D'autant qu'entre-temps, en décembre 2016, la Cour administrative d’appel de Lyon a confirmé l’illégalité du projet

Et puis en mai 2016 on avait écrit à la Ministre Royal une Lettre ouverte publiée sur Mediapart avec des représentants des associations et collectifs, sans succès.

Alors on remet ça auprès de Nicolas Hulot en mai 2017...

Alors que Nicolas Hulot, nouveau Ministre de la transition écologique et solidaire révèle dans le Monde ses priorités pour le mandat à venir, les élu-es régionaux du Rassemblement citoyen, écologiste et solidaire  lui adressent une lettre ouverte.

Le ministre qui s’est donné 6 à 9 mois pour la médiation concernant le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes va devoir aussi se pencher sur les projets dénoncés en Auvergne Rhône-Alpes.

Les élus RCES l’interpellent sur le sujet du Center Parcs à Roybon. Ce projet a été déclaré illégal à deux reprises par la justice.

Les élus avaient interpellé Madame Royal l’an passé. Sans effet ni réponse.

Cliquer ici pour lire la lettre ouverte à Nicolas Hulot des élu.es RCES de la Région Auvergne Rhône Alpes sur le projet de Center Parcs à Roybon dans l'Isère

 

corinne morel darleux

Fri, 26 May 2017 16:52:00 +0200

Ecologie, climat et pape François

Reception_LS.jpgJ'ai été invitée à l'automne dernier, en compagnie de Serge Latouche, Florence Leray, Alain Lipietz ou encore Mohammed Taleb, à intervenir dans le cadre d'un cycle de conférences organisé par la Chaire Jean Bastaire à l'Université Catholique de Lyon. J'y ai fait une lecture critique et écosocialiste de l'encyclique Laudato Si du Pape François, parue l'année de la Cop21.

Aujourd'hui sort aux éditions du Cerf le recueil de nos contributions, sous la direction de Fabien Revol, disponible dans toutes les bonnes librairies (cliquer sur l'image ci à côté pour les détails).

Vous pouvez également retrouver ici la vidéo de ma conférence


Le séisme d’une encyclique » par Corinne Morel-Darleux, Conseillère régionale et secrétaire nationale du PG, basée dans la Drôme, Corinne Morel-Darleux vit et écrit au contact du Vercors et défend un écosocialisme empreint d’alternatives, de poésie et de résistances. Engagée de longue date contre les mécanismes culturels et économiques de destruction des êtres humains comme des écosystèmes, elle a ressenti les répliques du « séisme Laudato si’ » dans les milieux écologistes mais aussi anticapitalistes et laïques. Parce que l’enjeu du climat pose aujourd’hui la question des conditions mêmes de vie humaine sur Terre, il refonde dès lors un intérêt général humain à préserver la biosphère. En ce sens, l’encyclique constitue un point d’appui : en faisant le lien entre urgence sociale et environnementale, en pointant la responsabilité morale de la finance internationale, en critiquant le court-termisme des politiques actuelles, le pape François renvoie la conscience chrétienne à son propre examen. Mais le défi climatique réclame des actes politiques urgents, une prise de conscience concrète, et l’impératif d’universalisme qu’il pose reste un chemin parsemé d’embûches et de contradictions dans l’univers religieux.

Voici l'article de La Croix qui y a été consacré : « Laudato Si, un 'petit séisme' dans les rangs du Parti de Gauche »

Et enfin quelques extraits de mon intervention recensés sur ce site : "Écologie politique, Laudato Si et Laudato No" :

« L’encyclique constitue un point d’appui, en faisant le lien entre urgence sociale et environnementale, en pointant la responsabilité de la finance internationale, en critiquant le court-termisme des politiques actuelles, les dommages d’une écologie superficielle assoupie, ou encore l’inefficacité et le caractère pervers des crédits carbone »

Points de rapprochement : « Un, la dette économique des pays pauvres est devenue un instrument de contrôle. Deux, les pauvres sont les premiers touchés par le dérèglement climatique, et ce n’est pas « prévisible » : cela a déjà commencé avec les conflits armés qui vont se multiplier pour l’accès aux ressources, les intempéries qui ruinent les récoltes, la montée des eaux, les, migrations forcées. Trois, il existe une dette écologique des pays industrialisés qui doit être réglée », développe encore la Conseillère régionale Auvergne Rhône-Alpes.

Pierres d’achoppements : « Je regrette notamment qu’elle laisse planer une ambiguïté sur les questions des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) ou du nucléaire. Le pape François ne va pas, sur ces enjeux-là, aussi loin que dans sa critique de la finance ». Elle condamne aussi « les considérations papales sur l’avortement, inacceptables pour des féministes et impossibles à entendre pour tous les progressistes : le respect du vivant ne peut s’affranchir de l’enseignement des Lumières, de l’humanisme et des grandes conquêtes d’émancipation comme celle que représente le droit à disposer de son propre corps. »

« J’ai grandi dans un milieu anticlérical, sur fond de poèmes de Prévert et de chansons de Brassens, et je milite aujourd’hui dans le camp des anticapitalistes écologistes, républicains et laïques – voire laicards ». « Si j’ai accepté d’animer cette conférence, c’est aussi parce qu’il faut commencer par reconnaître que cette encyclique a fait l’effet d’un petit séisme dans les rangs militants, certains camarades ont poussé à en faire la diffusion ».

corinne morel darleux

Tue, 23 May 2017 18:02:00 +0200

Montez le son ! Douzième compte-rendu de mandat radiophonique sur RDWA (podcast)

Corinne Morel Darleux : Rapport de la Commission Permanente régionale du 18 mai 2017
Corinne Morel Darleux, conseillère régionale élue en Drôme, nous propose un rendez-vous régulier pour un "compte-rendu de mandat radiophonique", ici à la suite d'une commission permanente de la région Auvergne-Rhône-Alpes. La dernière s'est tenue le 18 mai 2017.

Corinne Morel Darleux nous commente les points suivants :
- Qui est soutenu, qui ne l'est plus ? (Espérance Banlieues, Opéra de Lyon, CIDFF, FRAB, PatiPrestige, Carte Jeunes...)
- Le règlement des subventions
- Un point de vigilance : les thermes de Montbrun-les-Bains
- Citoyens Résistants d'Hier et d'Aujourd'hui au plateau de Glières
- Législatives : les choix de Laurent Wauquiez et Hervé Mariton

Enfin l'élue, membre du Parti de Gauche, nous invite à suivre la campagne de Didier Thevenieau pour France Insoumise avec notamment une rencontre prévue le 29 mai à Die.

Date : 22.05.17
Lieu : Studio RDWA
Durée : 51'10''
Réalisation : Saru

A écouter sur le site de RDWA ou ci-dessous :                                                                        -

http://rdwa.free.fr/Interview/2017/1516%20Interview%20%5b22.05.17%5d%20CMDsessionregion12.mp3 Corinne Morel Darleux : Rapport de la Commission Permanente régionale du 18 mai 2017

corinne morel darleux

Thu, 18 May 2017 15:03:00 +0200

Nouvelles (très) fraiches de l'agriculture paysanne en Région Auvergne Rhone Alpes

HaricotsVerts.jpgUn billet écrit à la mitraillette, sans poésie. Juste de l'info brute et du ressenti.

Je siège à la commission agriculture à la Région Auvergne Rhône Alpes. Je m'en fais régulièrement le relais ici. Malheureusement je dois dire qu'on y parle peu d'agriculture et surtout de tuyaux, de fonds européens, de dispositifs et de paperasse. A la Brazil. Mais qu'à cela ne tienne : on s'y met, on décortique des dossiers parfois très techniques, et s'il le faut je me fais éclairer certains points par les acteurs sur le terrain. Depuis le début du mandat, un petit groupe s'est constitué dans les réseaux de l'agriculture paysanne et bio, dont la confiance et le respect se gagnent à force de bosser les dossiers, de consulter et de rendre compte. Parfois, ce sont eux qui m'alertent, vu le peu d'infos dont on dispose dans l'institution en tant qu'élus d'opposition, ou me demandent de vérifier si une demande est bien soumise au vote, ou de poser une question en commission. On bosse, quoi.

C'est ainsi que j'ai été interpellée sur les nouvelles aides régionales à l'installation et à la transmission d' « exploitations » agricoles (comme on dit, même si je n'aime pas cette expression). Sur le principe, les aides baissent sur l'accueil (mieux financé par l'Etat)  pour être augmentées sur l'accompagnement et le suivi, l'aide à l'installation qui n'existait pas en Auvergne fait son apparition, les montants sont jugés raisonnables, la prospection doit être accentuée pour repérer ceux qui veulent devenir agriculteurs et ceux qui vont bientôt arrêter. Pourquoi pas. Et pourtant, nous allons voter contre ce rapport.

Pourquoi ?

D'abord, parce que ce changement de politique aurait nécessité de passer en assemblée plénière, où tous les élus sont présents, peuvent débattre pubiquement et déposer des amendements. Là elle ne va passer qu'en commission permanente ce 18 mai, à huis-clos, avec une partie des élus seulement, sans débat ni amendements. Ensuite, parce que les aides à la trésorerie sont désormais réservées aux jeunes agriculteurs de moins de 40 ans. Et aussi parce que le Comité régional en charge de ces questions (le CRIT) n'a pas été réuni depuis le mois de janvier et ne s'est donc pas exprimé sur ces nouvelles orientations. Ou encore parce qu'il n'y a rien sur le foncier, l'accès aux terres agricoles, qui est pourtant un des freins majeurs à l'installation de nouveaux paysans avec des terres arables qui se réduisent comme peau de chagrin, notamment à cause de projets de béton financés par la Région (A45, Lyon-Turin, gare TGV d'Allan...) sans parler de la coupe des subventions à des organismes comme Terre de Liens.

Et surtout, parce que tous ces dispositifs vont être une fois de plus confiés aux chambres départementales d'agriculture, qui sont toutes – à l'exception notable du Puy de Dôme – présidées par la FDSEA. Au-delà même des soupçons de pratiques qui à elles seules devraient interroger la Région comme l'a souligné l'émission Pièces à conviction, les orientations du syndicat en matière d'agriculture privilégient un modèle productiviste, libéral et concurrentiel. En gros, on pourrait donc cautionner une « exploitation » (pour le coup, le terme convient dans ce cas) qui fontionnerait avec un seul agriculteur, sans salariés, à la rigueur quelques saisonniers pas chers pour la récolte, des tracteurs pilotés par GPS (ça existe), à grands coups de pesticides et d'intrants chimiques, et qui serait rentable grâce aux aides à l'hectare de la PAC européenne. Quitte à appauvrir les sols, à tuer la biodiversité, à nuire à la santé à la fois des producteurs (premiers touchés par la multiplication des maladies liées à l'utilisation de substances toxiques en agriculture abusivement dite « conventionnelle ») et des consommateurs, à produire des aliments sans jus ni saveur. Une vision de court-terme, capitaliste au sens littéral du terme. J'exagère hélas à peine pour les besoins de la démonstration. Bref, pas franchement le modèle que nous défendons.

Et puis, mettre plus sur l'accompagnement c'est bien, mais mais sans les structures qui accompagnaient jusqu'à présent, ça l'est moins. Faut-il rappeler que toutes les structures qui assuraient un suivi historique sur le terrain en agriculture paysanne et bio ont été sabrées depuis plus d'un an avec l'arrivée de Laurent Wauquiez à la Région ?

J'ai reçu ce jour en core le message suivant d'une de ces structures : « Bonjour, Merci pour ces informations et pour votre implication dans ce contexte difficile face au monarque régional. Nous n'avons pas renouvelé notre demande de subvention à la Région ; subventions qui ont été coûteuses en temps et en stress du fait des coups bas de la nouvelle majorité ! Cette boîte mail ne sera plus relevé : c'était celui de notre animateur, poste financé par une subvention régionale. Notre structure a perdu 1 ETP, nous tentons tant bien que mal à garder 1 poste à temps partiel. Le combat continue… Salutations paysannes ». Franchement, j'en pleurerais. Je ne compte plus les maraichers en difficulté, les suppressions de postes qui étaient jusqu'ici dédiés aux missions d'accompagnement juridique, d'aides pour l'accès au foncier, d'information et de conseil sur la conversion en agriculture biologique, d'appui et de sensibilisation...

Et ça continue. Le plan d'actions du nouveau « plan régional pour l'agriculture bio », sur lequel je m'étais déjà battue en session, est pire qu'annoncé. Il va lui aussi être soumis au vote de cette commission permanente. J'ai du y passer des heures pour reconstituer les lignes du tableau qui naturellement avaient changé, vérifier chaque axe un par un, pour finalement constater que les réseaux régionaux de l'agriculture biologique avaient encore été amputés d'une action, celle qui consistait à répondre aux sollicitations liées aux modalités de production en bio, pour un montant de 65.125 euros. A ma question en commission sur ce sujet, il m'a été sobrement répondu « Nous assumons ». Net, sans bavures. Ils assument, donc, la destruction des réseaux au seul profit des Chambres d'agriculture et l'extinction de la diversité des acteurs, les suppressions de poste, les paysans qui ne sauront plus vers qui se tourner, l'absence de prise en compte de la santé et du climat dans chacune de leurs délibérations, la monoculture. Dans tous les sens du terme.

Des sous, il y en a pourtant. Quand la Région donne 120.000 euros, le maximum légal, à une entreprise de patisserie industrielle, Patiprestige, rachetée par le groupe Hafner, qui licencie en Côte d'Or pour mieux rapatrier en Savoie, sur la circonscription de la Vice-Présidente à l'Agriculture Emilie Bonnivard.

Et pendant ce temps, entre deux épluchages de dossiers je récupère une note, datée du 10 mai, qui émane de la Région et du Préfet. Je suis alertée sur le fait que les aides issus de l'Union européenne de soutien à l'agriculture biologique indiquent un plafonnement très bas dans notre Région sur la conversion : 12.000 euros, alors que la plupart des autres Régions sont entre 20 et 30.000 euros. Que les aides aux maintiens, elles, sont carrément menacées de disparition suite aux propos de l'ARF, l'association des régions de France, confirmés en commission. Pourquoi la Région ne demande-t-elle pas une harmonisation nationale de ces aides, au nom de l'égalité des territoires chère à tous les « républicains » ? Je ne le saurai pas, malgré ma question. On me répond qu'il faut « dépassionner le débat ». Mais je ne demande qu'à le rationnaliser moi !

Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas que sur des sujets comme l'alimentation et la santé on n'arrive pas davantage à travailler au-delà des idéologies.

Je ne comprends pas qu'on n'introduise pas des produits issus de l'agriculture biologique dans les cantines des lycées.

Je ne comprends pas qu'on ne voit pas bon sang qu'il n'y a pas de paysans sans terres !

Je ne comprends pas qu'on continue à tuer ces réseaux qui font la vitalité de nos campagnes.

Je ne comprends pas.

Mais on se bat.

corinne morel darleux

Tue, 09 May 2017 14:50:00 +0200

Réflexions post-présidentielle (La sourde inquiétude que la politique soit devenue une gigantesque réserve de trolls)

Chronique publiée sur Reporterre le 8 mai 2017

Le vieux monde se meurt, mais le matin neuf n’est pas encore levé

Aviez-vous déjà noté que la vergogne, cette forme de pudeur et de retenue vaguement craintive est un nom féminin, quand le scrupule, originellement ce petit caillou pointu qui empêche d'avancer sereinement, est masculin ? Et surtout, aviez-vous remarqué que cette notion de vergogne n'existe plus de nos jours que dans sa locution contraire, « sans vergogne »...

Cet entre-deux tours a été particulièrement violent et haineux. Il a confirmé la disparition progressive de l'empathie, cette capacité à envisager le point de vue de l'autre et sinon à l'accepter, du moins à essayer de le comprendre. Il s'est principalement agi, des radios aux plateaux télés et évidemment sur les inénarrables réseaux sociaux, de monter sur ses ergots et de chanter le plus fort, comme des milliers de coqs de feu – dont c'est hélas l'année.

coqdefeu.jpg

Le sentiment de faillite politique est terrible. Un candidat LR investi sur une image de rectitude morale, qui maintient sa candidature le dos courbé d'affaires et de scandales. Deux candidats qualifiés au second tour malgré les suspicions de détournements et de conflits d'intérêts. Et ça n'a pas cessé de dégringoler dans l'abject et l'absurde, je ne parle même pas du débat télé de cour de récré... Tous noyés dans un océan de médiocrité.

Note : D'ailleurs puisqu'on parle de médiocrité, j'ai revu Idiocratie – oui, autant boire la coupe jusqu'à la lie- et je n'avais jamais remarqué à quel point le futur type le plus intelligent du monde ressemble à François Ruffin, je ne sais quoi en penser.

Ce qui me mine le plus dans cette période, c'est ce que révèlent les injonctions et l'absence de réflexion autonome, l'obligation faite à chacun de crier le plus fort possible pour son camp. La sourde inquiétude que la politique soit devenue une gigantesque réserve de trolls.

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Comme le disait un pote à Noël, navré de la mauvaise musique dont quelqu'un avait monté le son : c'est pas parce que c'est plus fort que c'est meilleur. Voilà. Nos ennemis peuvent toujours nous hurler dessus, ce n'est certainement pas ce qui nous fera changer d'avis, et de notre côté on n'est pas dans un concours de gauchistes, ça ne sert à rien de s'égosiller pour prouver sa radicalité. On n'est pas dans un jeu télé, on parle de réalités au quotidien pour des millions de gens et ça mérite un peu de gravité, de réflexion et de silence avant de raconter n'importe quoi. La colère n'est pas bonne conseillère. Et parfois je me prends à me demander si c'est vraiment le FN qui s'est banalisé, ou les gens qui se sont extrémisés. Moi qui rêvais de belle colère, c'est raté.

Après ce déluge, je crois de plus en plus que la sincérité politique ne peut dissocier la forme du fond. Je me souviens de longues discussions à ce sujet avec le philosophe Henri Pena-Ruiz il y a quelques années, quand précisément la forme employée par certains, l'insulte et le sectarisme érigés en arguments, m'étaient devenus insupportables et desservaient nos idées. Je sais que nous sommes nombreux à ne plus le supporter. J'ai fait des pas de côté, tenté de diffuser et d'incarner un autre écho mêlant radicalité et aménité. De réintroduire en politique un peu de poésie, de contemplation, de silence et de raison.

Un peu de punkitude des mésanges aussi, parce qu'on n'est pas fait d'un seul bois et qu'il y a aussi une douce folie qui guide nos pas.


La manière compte en politique. L'ignorer c'est jouer avec le feu et prendre le risque de créer de nouveaux monstres. Ceux de Gramsci qui naissent du clair-obscur du vieux monde qui se meurt quand le nouveau tarde à apparaître.

Car oui, le vieux monde se meurt. Cette élection présidentielle a signé la fin du bipartisme, elle a vu grandir une force nouvelle avec la France Insoumise, la pulvérisation du « front républicain », la montée de l'abstention comme forme de revendication politique. Oui : le vieux monde se meurt. Mais ne faisons pas table rase pour autant, car le matin neuf n'est pas encore levé. Il nous appartient de l'aider à accélérer, mais ne nous tirons pas une balle dans le pied en hurlant avec la meute et en flinguant nos outils d'ici là. Car on a encore besoin de cohésion à gauche, de liens avec les réseaux, de structures politiques, de militants organisés et d'élus prêts à résister. Et on a besoin de respect. Plus que jamais.

Et puis, on a encore besoin de principes. Ces lignes rouges qui évitent de se poser une question complexe au moment où on y est confronté. Parce que sur le coup on trouve toujours une bonne raison de déroger. « Est-ce qu'il ne faut pas quand même accepter ce petit pas, même si l'ensemble nous fait régresser ? » « Le FN oui je sais, mais quand même, on ne va pas voter pour cet utra libéral là » « Finalement cet amendement du FN à la Région, sur le fond il est pas si mal, non ? »... Non. Parce qu'il n'est pas dissociable du projet politique qui le sous-tend, que l'intention fait toute la différence et que ça doit rentrer en ligne de compte, parce qu'on n'est pas hors-sol : ni dans l'isoloir, ni à la Région. Marine le Pen aka la façade n'est pas dissociable des arrières-boutiques de la fachosphère et des anciens du Gud qui en dirigent le financement et la ligne. Ni des groupes violents de Lyon qui mettent le feu à des librairies3 et organisent des ratonnades de nuit en laissant des compagnons à nous sur le trottoir ou à l'hosto. En politique on ne peut pas saucissonner, ni se permettre d'errer. Les principes sont là pour nous en garder.

Las, les élections rendent fou.

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Et ce n'est pas fini. Parce qu'aux législatives, tout va recommencer. La possibilité de victoires et de contre-pouvoir, certes, mais aussi les histoires de négociations, de division, les injonctions, les triangulaires et le risque FN. Et franchement j'aimerais bien que ça se passe différemment. Dans mon coin, la France Insoumise est arrivée en tête, on a une chance historique de battre Hervé Mariton et d'avoir un député aussi beau que la circo, Didier Thévenieau. Didier fait partie des personnes avec qui je partage mes combats politiques depuis des années. C'est un compagnon de route et un ami auquel ma confiance et ma loyauté sont acquises, car fondées et expérimentées. Pour moi ces législatives sont autant question de victoire future que de dignité du présent : nous n'avons cessé avec Didier de combattre les volontés d'hégémonie et de sectarisme, nous avons toujours privilégié l'intérêt général, quitte parfois à nous mettre en retrait ou en difficulté. Je ne peux croire que cela ne finira pas un jour par être reconnu, et je ne me résigne pas à ce qu'on laisse passer cette opportunité, enfin, après tant d'années à labourer le terrain, d'en voir les graines germer. S'il existe un petit dieu des justes de la politique, c'est le moment de te manifester.

Retrouvons un peu de décence. Un peu d'élégance... En écho au chaos et au vacarme, je rêve de me réfugier dans la puissance curative du silence, de la nature et de la littérature. J'aspire de toutes mes forces au temps de l'Otium, mais d'abord les législatives : je vais y mettre toute la rage de ma dignité, comme on s'agrippe à une bouée pour ne pas se noyer. Pour ne pas finir misanthrope. Pour pouvoir me dire que je m'étais trompée.

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Illustration : Alessandro Pignocchi

corinne morel darleux

Fri, 28 Apr 2017 12:18:00 +0200

Accueillir son Tigre, le prendre dans ses bras, et le ramener au sommet. (Chronique Reporterre)

Chronique publiée sur Reporterre le 22 avril

Petit conte publié samedi dernier sur Reporterre, qui depuis ce premier tour prend un relief particulier. Différent. Mais peut-être encore plus aiguisé... Belle lecture. 

 

arton12087-2438b.jpgJ’ai découvert hier que j’étais Buffle d’eau selon le zodiaque chinois. J’aime cette image qui m’évoque des paysages de rizières, la fluidité, la puissance et une certaine forme de patience heureuse et apaisée.

Mais le symbole qui a le plus aiguisé ma curiosité ces derniers temps est le Tigre de la montagne. Je l’ai redécouvert et exploré à travers le fabuleux Tyger, d’Emily Loizeau, un conte du départ, enregistré dans une ancienne magnanerie entre Ardèche et Cévennes, et que je n’avais encore jamais écouté avec cette sensibilité… Celle qui m’empreint depuis que je vis au pied du Vercors, depuis que j’apprends l’émerveillement et la discipline harmonieuse de la verticalité. Ses mélodies chantent aussi l’Autre bout du monde, les Eaux sombres, la Complainte du partisan et le Chagrin des oiseaux avec le même grain de délicatesse dans la voix. Une pépite rangée parmi mes trésors de romantisme, de beauté et d’intelligence. La définition même de l’élégance, qui se nourrit d’images, de sons et de mots. De danse, aussi. Cette poésie du corps qui enchaîne les mouvements comme on brode, peint, ou rit.

En tai-chi-chuan, il existe huit séquences de mouvements relatives au Tigre. L’une d’elles s’intitule « Reporter le Tigre à la montagne ». ’Ma main gauche descend sur le côté gauche pour écarter l’adversaire. Je pointe alors le pied droit, puis fais un pas vers le coin arrière droit, pour m’y enraciner. Ma main droite brosse le genou, la paume tournée vers le haut. Cette action a pour but de protéger l’aine ainsi que d’enlacer la taille de l’adversaire.’ Enlacer la taille de l’adversaire… Cette seule parade pourrait fournir un dictionnaire de poésie politique.

Le Tigre est un résistant en quête de légitimité. En Inde et à Ceylan, le Tigre de la rébellion s’oppose au Lion gouvernemental. Dans la pratique du kung-fu, le Tigre représente à la fois le printemps, la force et la bravoure chevaleresque [1]. C’est une figure paradoxale, entre protection et attaque, et la dualité de cette symbolique se retrouve dans le tai-chi-chuan avec l’absorption (protection) et la restitution (attaque) de l’énergie adverse, pour pouvoir « vaincre sans force » — ce que nous appelons à tort « judo politique » depuis des années. On peut alors « chevaucher le Tigre », une des recettes du pouvoir, et gravir la montagne. Je m’avoue très curieuse de cette image d’un pouvoir apaisé des passions.

La montagne, le lieu de la philosophie et de la réflexion 

tigrechinois.jpgLe Tigre représente l’essence originelle présente dans le corps, le souffle vital contrarié par les passions de l’existence. Il évoque l’imperfection de l’être humain, tandis que la montagne est, elle, le lieu de la philosophie et de la réflexion. « Les passions une fois oubliées, le Tigre se terre dans la montagne. » [2] Cette séquence consiste à accueillir son Tigre, à le prendre dans ses bras, et à le ramener au sommet.

La montagne associée à l’eau dans la terminologie chinoise forme le paysage « Shanshui » (montagne-eau). Un horizon de sagesse que l’on retrouve du chamanisme au bouddhisme, dans lesquels le Tigre est représenté aux côtés de Sansin, dieu de la montagne. Au XVIIIe siècle, il est représenté assis au pied d’un pin centenaire qui évoque l’esprit de la montagne, sur lequel est juchée une pie, la messagère des dieux.

Un oiseau s’envole,
Il rejette les nues comme un voile inutile
Il n’a jamais craint la lumière
Paul Éluard

Je ne porte pourtant pas les pies dans mon cœur, elles font fuir les mésanges et effrayent mon merle en jacassant dans un vacarme assourdissant. Elles volent bas, fort, envahissantes. Je les enverrais bien chercher leur Tigre dans le Vercors.

En Chine du Sud, Tigre se prononce « fo », ce qui signifie simplement « bonheur » ou « bouddha ». Finalement, peut-être que ce que le Tigre va chercher dans la montagne c’est simplement ça. Le bonheur. Il paraît qu’à côté de Hangzhou, en Chine, sur les bords du lac de l’Ouest, existe une source creusée par les Tigres, très réputée. Son eau est prisée des esthètes pour préparer le thé vert du « Puits du Dragon de la colline de l’Empereur de Jade » (Wang Shan Long Jin). La légende dit que ce sont les Tigres de la montagne qui ont mis à jour cette source et la protègent de toute pollution.

Ce moment délicieux où la vie plonge dans le romanesque…

Je suis le Tigre de la Montagne.
Écoute-moi.
Je serai fort dans la bataille. Je ne pleurerai pas.
Emily Loizeau

corinne morel darleux

Sun, 16 Apr 2017 12:21:00 +0200

Le climat, un combat pour la paix (Mémoire des Luttes)

IMG_8939.JPGClimat, international, migrations forcées, conflits armés... : ces questions sont intimement liées, et la question de l'accès aux ressources naturelles devient un enjeu géostratégique de plus en plus critique, au fur et à mesure que le climat se dérègle et que ces ressources s'épuisent. C'est le message de solidarité internationale et empreint d'écosocialisme, sur la base de la règle verte et du protectionnisme solidaire, que j'ai porté à la 3e conférence euro-méditerranéenne à Benalmadena en Espagne.

J'y avais réalisé cette petite vidéo :

(Voir aussi celle de ma camarade Sarah Legrain ici)

Et j'en ai tiré ce papier de fond sur les enjeux géostratégiques et l'aggravation des conflits liés au dérèglement climatique et à l'épuisement des ressources naturelles, pour le site Mémoire des luttes : Crise écologique : comment en sortir ?, par Corinne Morel Darleux

Du fond au service de nos idées, à diffuser si cela vous plait, plus que jamais.

benalmadena2.jpgIl faut cesser de considérer l’écologie comme relevant du seul domaine des environnementalistes. Le climat, la raréfaction des ressources naturelles, nos modes de production et de consommation d’énergie, notre usage des minerais, de l’eau et des sols, recèlent des enjeux géostratégiques puissants qui ne peuvent plus être ignorés.

Nous héritons d’une situation, à l’échelle internationale, de dette écologique. L’essor industriel, l’avènement du capitalisme puis la mondialisation des échanges ont conduit à une pression de moins en moins soutenable sur les ressources naturelles nécessaires à la production de marchandises pour assurer des retours sur le capital investi de plus en plus importants. Les pays « industrialisés », historiquement producteurs, sont devenus essentiellement consommateurs. Les productions – ainsi que les déchets, pollutions, et émissions de gaz à effet de serre induites 1 – ont été délocalisées dans d’autres pays disposant de main d’oeuvre moins chère et de législations sociales et environnementales moins contraignantes. Ces pays devenus ateliers du monde, dans des conditions de travail souvent indécentes, sont également souvent ceux qui fournissent les matières premières. Ainsi, c’est une véritable exploitation, à la fois des travailleurs et des ressources, qui s’est mise en place à l’échelle mondiale, en accentuant les inégalités à la fois entre pays du Nord et du Sud, mais aussi entre oligarchies et populations au sein même de ces pays.

Les modes de consommation des pays et individus les plus riches ont pour conséquence un prélèvement de plus en plus fort sur des ressources de plus en plus limitées. L’empreinte écologique illustre bien ces inégalités et le caractère insoutenable des consommations actuelles : la bio-capacité disponible est de 1,6 hectare global (gha) par personne. Or la ponction aux Emirats arabes unis est de 10,6 gha par habitant, elle est de 8,2 aux Etats-Unis, de 5,1 en France. Elle n’est que de 1,2 en Inde et 1,0 au Kenya. Or ce qui est consommé à un moment et un endroit donné, ne le sera pas ailleurs. Plus les ressources s’épuisent, plus les inégalités s’emballent. Et au lieu d’en organiser le juste partage, en faisant preuve de davantage de sobriété là où la surconsommation est devenue la règle, les institutions internationales - Union européenne (UE) en tête - passent des contrats pour s’assurer de l’approvisionnement qui leur assurera de n’avoir rien à changer. Et rien ne change, en effet.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a publié le 21 mars dernier ses données pour l’année 2016 2. Tous les indicateurs montrent une aggravation de la situation. La température moyenne à la surface du globe est de +1,1°C au-dessus de celles constatées à l’ère pré-industrielle ; cette hausse va jusqu’à + 6,5°C dans certaines régions arctiques. La concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a dépassé le seuil symbolique des 400 ppm (partie par million). La modélisation et le travail sur des hypothèses fiables deviennent de plus en plus délicats pour les experts. Les projections sont compliquées par l’emballement climatique, phénomène par lequel le réchauffement précipite le réchauffement – par la fonte du pergélisol ou permafrost notamment, qui libère le méthane qui était piégé dans le sol, lui-même puissant gaz à effet de serre. Les scientifiques reconnaissent que nous entrons en terre inconnue. Dans plusieurs régions du monde, le réchauffement océanique modifie les routes migratoires des poissons et leurs lieux de reproduction. La répartition, sauvage ou organisée, des zones de pêche industrielle risque de produire des conflits et d’avoir des conséquences alimentaires et financières dramatiques pour les peuples pêcheurs concernés, de la Mauritanie au Chili en passant par l’Afrique du Sud. Dans l’Arctique les banquises fondent, partout le niveau des mers et océans s’élève. Le recul des côtes et littoraux provoque des déplacements de populations vers l’intérieur des terres. Le dérèglement climatique entraine des aléas de plus en plus sévères. Des lacs s’assèchent. Le désert de Gobi, en Chine, progresse de 10 000 km2 par an. Au Sahara, les éleveurs peuls du Mali et du Burkina Faso se déplacent vers le Ghana. Ce n’est que le début d’exodes majeurs. Selon les Nations unies, en 2050 les migrants environnementaux seront 200 millions.

Migrations forcées et désordres géopolitiques

Ces migrations forcées sont des facteurs de déstabilisation géopolitique importants. En Syrie, suite à la sécheresse sans précédent des années 2007-2010, on estime qu’1,5 million de réfugiés ont afflué vers les grandes villes du Sud du pays 3. Le manque de précipitations a été aggravé par les choix du gouvernement de privilégier la culture du coton, gourmande en eau, et la surexploitation des nappes phréatiques. Ces facteurs conjugués ont provoqué une chute de la production agricole, la flambée des prix et l’exode rural. La moitié de la population a souffert de faim et de malnutrition. Dans ce contexte, les premiers soulèvements contre le régime sont partis des régions agricoles les plus touchées. Dans la ville de Deera, en 2011, on comptait 200 000 migrants récemment arrivés des campagnes. Non seulement la sécheresse a déstabilisé et précipité l’insurrection en Syrie, mais le pays s’est engagé dans un cercle vicieux : le conflit lui-même a aggravé à son tour la situation en retardant l’entretien du système d’irrigation, le contrôle du barrage de Tabqa qui crée avec le lac Assad la plus grande réserve d’eau du pays est devenu un enjeu stratégique dont le bombardement risque d’entrainer des inondations catastrophiques 4, et la famine est devenue arme de guerre.

Ce lien entre accès aux ressources naturelles et conflits, ainsi que son caractère de réciprocité, a été mis en évidence par une étude publiée en 1999 5. Ses auteurs indiquent que la raréfaction des ressources, si elle est rarement une cause suffisante et immédiate de conflits violents, y contribue en revanche de manière importante lorsqu’elle est accompagnée d’autres facteurs économiques, sociaux ou ethniques. C’est une cause aggravante des conflits, et la réciproque est vraie : les conflits à leur tour détériorent l’environnement et dégradent les conditions d’accès aux ressources nécessaires à l’humanité.

La sécheresse est considérée comme le plus grand fléau à venir du monde arabe, au Proche et Moyen Orient. Elle y a déjà touché 38 millions de personnes entre 1970 et 2009. Les deux pays les plus concernés par la baisse des précipitations sont la Jordanie et la Syrie, mais en Turquie 160 000 km2 de sols cultivables sont également menacés par l’érosion et le manque d’eau. En Egypte, la moitié des terres arables sont en cours de salinisation, qui les rend impropres à la culture. L’accès à l’eau se pose aussi d’autre manière en Egypte. Dans le bassin du Nil, qui concerne dix pays et 160 millions d’habitants, la pression démographique est importante : la population augmente de 2 à 3% par an et accentue la tension autour de la ressource en eau. Celle-ci est particulièrement forte entre deux pays : l’Ethiopie, dont les plateaux fournissent 86% des eaux du Nil, et l’Egypte, dont le Nil fournit 95% des besoins en eau 6. Le réchauffement climatique va accentuer ces tensions et les enjeux de l’accès à l’eau. Celle-ci devient une ressource stratégique, comme elle l’est déjà dans les territoires occupés de Cisjordanie, où les colonies israéliennes s’implantent en priorité à proximité des puits en privant les palestiniens de l’accès à cette ressource indispensable, notamment à la paysannerie.

L’accès à la ressource devient une nouvelle forme d’impérialisme, qui pose des questions non seulement environnementales, mais aussi économiques et sociales : géostratégiques. Le poids des intérêts économiques et des lobbies pétroliers ou du BTP dans ce nouvel impérialisme est majeur. Les uns et les autres ont des intérêts particuliers à ces conflits armés qui leur permettent de s’assurer l’accès au pétrole d’une part, et à d’importants chantiers de reconstruction d’autre part. Ces intérêts à la guerre ont été singulièrement mis en lumière lors de la guerre en Irak. Si besoin était, un livre-enquête, Fuel on Fire 7, a achevé de démontrer que l’accès aux 4e réserves de brut du monde 8 avait été décisif dans l’entrée en guerre du Royaume-Uni aux côtés des Etats-Unis en 2003. La ministre du commerce, la Baronne Symons, avait en effet promis aux « majors » du pays – British Petroleum (BP), Shell, British Gas – l’accès au pétrole irakien après la chute de Saddam Hussein 9. Cette promesse a été faite dès 2002. Elle fut tenue. En 2009, BP obtint, avec le chinois CNPC, l’exploitation de Roumaila, le plus grand des champs pétroliers concédés à des compagnies étrangères, avec des réserves estimées à 17,7 milliards de barils 10.

De la crise des déchets en Tunisie ou au Liban, aux concurrences entre le gazoduc russe South Stream et l’européen Nabucco 11, ou encore la course ouverte entre le Canada et la Russie pour s’emparer des nouvelles routes commerciales ouvertes par la fonte spectaculaire de l’Arctique, on pourrait citer bien d’autres exemples établissant à quel point des questions « écologiques » se révèlent d’importants déclencheurs d’instabilité politique ou de tensions géostratégiques.

Comment en sortir ?

Face à ces enjeux, l’inaction ne sert que les intérêts guerriers et les puissances de l’argent. Les transformations à mener sont de l’ordre d’un changement en profondeur de notre modèle de société. Des mesures de transition vers la sortie du capitalisme doivent être engagées d’urgence. En voici quatre, en guise de propositions immédiates versées au débat.

La première est d’inscrire dans les constitutions d’un plus grand nombre de pays possible le principe qui consiste à ne pas prélever davantage de ressources renouvelables à la nature que ce qu’elle est capable de reconstituer en une année. C’est ce que nous appelons la « règle verte », en opposition à la règle d’or austéritaire de Bruxelles. Il s’agit d’une règle de prélèvement juste, calculée sur la base de la consommation, et non sur la production – celle-ci étant comme on l’a vu largement délocalisée. La méthode de calcul existe au niveau international, avec le « jour du dépassement global », une notion proche de l’empreinte écologique. Il s’agit du jour où l’humanité a consommé tout ce qu’elle pouvait consommer en une année sans oblitérer l’avenir. En 1971, cette date arrivait le 24 décembre. En 1981, c’était le 13 novembre. En 2000, le 25 septembre et depuis cette date n’a cessé de s’avancer plus tôt dans l’année. L’an dernier, en 2016, nous aurions dû nous mettre en apnée le 8 aout, dès le milieu de l’été.

Pour les ressources non renouvelables, l’urgence est de réduire notre dépendance aux énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz). Ces sources d’énergie fonctionnent comme une drogue dure du capitalisme ; leur surexploitation produit non seulement des conflits armés mais aussi des catastrophes comme celle de Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique. Le pétrole et ses dérivés sont omniprésents dans notre quotidien : carburants, mais aussi textiles, plastiques, engrais. Or le pic de production a déjà été atteint, selon la théorie de Marion King Hubbert, et signe la fin du pétrole accessible et bon marché. Au-delà du cercle des militants écologistes, le Pentagone puis l’armée allemande ont eux-mêmes sonné l’alarme en 2010 12. Las, la baisse du prix du baril entre 2014 et 2016 a une nouvelle fois encouragé l’inaction. Des alternatives existent pourtant pour réduire notre dépendance à ces sources d’énergie puis s’en passer, en réduisant les consommations inutiles, en développant la recherche en faveur de l’efficacité énergétique, et en développant les énergies renouvelables pour les besoins restants 13.

Troisième proposition, celle de relocaliser nos productions afin de réduire à la fois les émissions de gaz à effet de serre, l’énergie nécessaire et la pollution liées aux kilomètres parcourus par ces marchandises. Cela passe par la mise en place de mesures de protectionnisme solidaire à nos frontières, en rupture avec les traités européens qui consacrent la libre circulation des marchandises. Il est inacceptable que des produits fabriqués à l’autre bout du monde par des enfants, des travailleurs sans droits, dans des conditions de travail indignes, atterrissent sur nos étagères à bas prix, empêchant par cette concurrence déloyale le développement d’une production locale. Ce système de libre-échange oblige en outre les pays de production à servir nos consommations plutôt que de répondre aux besoins de leurs populations. Le droit à un choix de développement endogène est aussi une question élémentaire de solidarité internationale.

Enfin, il est aujourd’hui établi que les tenants du libéralisme ont un projet commun, dans l’organisation internationale de la division du travail et des capitaux. Il faut leur opposer un autre projet commun, capable de fédérer vers un autre horizon de société. Et parce que c’est à une crise du système que nous devons faire face, parce que les questions écologiques, économiques et sociales sont liées, c’est une vision systémique qui doit guider ce projet. Nous l’appelons écosocialisme, il a fait l’objet d’une présentation sous forme de Manifeste, décliné en 18 thèses 14.

Conclusion

La question climatique renouvelle la notion même d’intérêt général humain et de solidarité internationale. Disposer de ressources naturelles ne peut pas devenir une malédiction pour un pays, de même que nul lobby ne peut s’arroger le droit de vie ou de mort sur des populations au nom de l’accroissement de ses profits. Les pays et individus les plus favorisés font face aujourd’hui à un enjeu lié à leur propre survie et à un impératif de solidarité : celui d’un partage juste et équilibré des ressources à l’échelle de la planète. Cela nous impose de changer de régime, de passer d’une « dissociété » de l’ébriété à une société de la sobriété. Cela nous donne la responsabilité de faire vivre une internationale écosocialiste par la construction de nouveaux espaces de coopération face à l’inertie de l’Union européenne, entre Europe, Moyen-Orient et Méditerranée.


***

Cet article est tiré d’une intervention réalisée lors de la troisième Conférence Euro-Méditerranéenne à Benalmadena, Espagne, le 31 mars 2017.

(*) Corinne Morel Darleux est secrétaire nationale du Parti de Gauche, en charge du développement à l’international de l’écosocialisme. Elle est conseillère régionale en Auvergne Rhône Alpes. Twitter : @cmoreldarleux Blog : www.lespetitspoissontrouges.org

Notes

1 http://www.coordinationsud.org/document-ressource/les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-et-le-commerce-mondial/

2 https://blogs.mediapart.fr/maxime-combes/blog/210317/nouveaux-records-climatiques-faudra-t-il-attendre-leffondrement-pour-reagir

3 http://wikiagri.fr/articles/la-secheresse-agricole-lune-des-causes-du-drame-syrien-/1082

4 http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/syrie-bataille-feroce-pour-la-reconquete-du-barrage-de-tabqa-27-03-2017-6801342.php

5 https://aspd.revues.org/255

6 Ibidem

7 Greg Muttitt, Fuel on Fire. Oil and Politics in Occupied Iraq, The New Press, 2011.

8 Après l’Arabie saoudite, le Venezuela et l’Iran.

9 http://petrole.blog.lemonde.fr/2011/06/14/la-guerre-dirak-etait-bien-une-guerre-du-petrole-cette-fois-cest-sur/

10 http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/exploitation-des-champs-petroliers-en-irak-bp-et-cnpc-obtiennent-roumaila-30-06-2009-565153.php

11 http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/01/18/south-stream-et-nabucco-les-deux-gazoducs-de-la-discorde-entre-union-europeenne-et-russie_1000996_3234.html

12 http://www.terraeco.net/La-Bundeswher-publie-un-rapport,12143.html

13 https://negawatt.org/scenario/primaires/fossiles

14 http://www.lespetitspoissontrouges.org/public/widget-assises/ecosocialisme_premier_manifeste_fr.pdf

corinne morel darleux