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le blog de corinne morel darleux

Thu, 11 Jan 2018 16:07:00 +0100

Que faire de la ZAD ? (bis)

buddhaplane2.jpgQue faire de la ZAD ? (bis)

Un texte en complément de ma chronique vidéo sur le sujet pour Là-bas si j'y suis

Le dénouement approche à Notre Dame des Landes.

Édouard Philippe réunit en ce début d’année les élus locaux sur le sujet, une décision doit être prise d’ici la fin du mois. Depuis la remise du rapport de médiation sur Notre-Dame-des-Landes (NDDL) le 13 décembre on n’a pas beaucoup entendu parler des « constats  erronés » et « défaillances du processus de consultation » et de décision pointés dans le rapport1, qui souligne que la radicalisation de la ZAD a été poussée par le manque d’écoute des opposants, concluant dans son chapitre final « Plus jamais ça ».

On a pas beaucoup entendu non plus d’écologie, ni du fait que tout en faisant référence aux accords de Paris qui nécessiteront de revoir à la baisse le trafic aérien, « la mission a pris en compte sans réserve dans ses travaux les hypothèses de trafic à 2040 établies par la DGAC » qui table sur 9 millions de passagers en 2050 – comme le rappelle Hervé Kempf, en 1973 une étude prédisait pour l’an 2000 6 millions de passagers à Nantes, un chiffre qui n’a toujours pas été atteint en 2017 (5,7 millions de passagers).

Bienvenue dans la fabrique de la peur.

Par contre, on a beaucoup entendu parler d’expulsion, d’ordre public et surtout des « proto-terroristes » que seraient les zadistes.

D’ailleurs, puisqu’on parle beaucoup de « fake news » ces temps-ci, c’est l’occasion de rappeler qu’elles ne sont pas toujours là où Emmanuel Macron les voit, et on peut dire qu’avec la ZAD de NDDL on a été servis ! Et là ce sont bien des journalistes avec carte officielle et tout et tout qui ont été pris la main dans le sac.

Dans une sorte d’hystérie collective, on a récemment entendu parler de camp retranché, de miradors, de barricades piégées, de caches d’armes, de kamikazes et de guerilla digne du Vietnam2. Diable, en France, 200 individus menaceraient l’équilibre de la République. Ces dangereux terroristes ? Les zadistes de Notre Dame des Landes.

Ces fake news ont depuis été démontées une par une, à commencer par l’hallucinante intox du JDD dévoilée par la photographe Val K sur Twitter et repris par Lundi matin3 : l’auteur a tout bonnement repris des photos existantes, publiques et signées, en les détournant : recadrées, éclaircies, pour les faire passer pour des « photos secrètes » et en les truffant de légendes mensongères : le rassemblement des chants des bâtons en 2016 – un événement festif, populaire et familial où j’étais – se transforme tenez-vous bien en "miradors, barricades piégées, stockage de projectiles, tunnels, moyens de communication renforcés... » et vient illustrer l’inquiétude des forces de police sur la présence d’armes à feu – en fait d’armes à feu, des bâtons en bois, c’est vrai que ça peut prendre feu - ; une photo de tracteurs qui date de 2012 est légendée : « les images dont dispose la gendarmerie ne laissent guère de doute » ; on peut voir encore une route bloquée… non par les zadistes mais par la préfecture, vestige de l’opération « César », et même la photo d’un ruban de police prise en 2012, en… Angleterre !

Un article délirant de Valeurs actuelles assure de son côté que des zadistes « menacent de se jeter du haut d’un arbre pour se tuer sur un gendarme », ou encore que « les zadistes ont mis en place un véritable camp retranché permettant de se défendre mais aussi de charger les forces de l’ordre, dans le but, il semblerait que ce soit désormais un objectif à atteindre, de tuer » et croit savoir que le bocage est truffé de pièges à couper des pieds, copiés sur la guérilla vietnamienne. Le journaliste est un ancien du ministère de l’Intérieur de l’ère Sarkozy. 4

Le JDD a finalement du s’excuser5 - tout en maintenant le fond de l’article - et on a appris ô surprise que « ces clichés figur[ai]ent dans un document établi par un service de la gendarmerie »6 aimablement fourni au journal, et que l’auteur de l’article ne s’était en fait jamais rendu sur place.

Et ce n’est pas fini, on apprend au JT de France 2 que « Pour les gendarmes, insister sur les armes qui seraient détenues par les zadistes serait un moyen de s’adresser à leur hiérarchie militaire pour obtenir le maximum de moyens. »

CQFD. On fait ainsi d’une pierre deux coups : faire passer les zadistes pour des terroristes, attiser la peur pour préparer l’opinion à une évacuation musclée, tout en obtenant davantage de moyens pour ladite évacuation. La vie est bien faite.

Pile tu perds, face je gagne.

Et ça arrange les affaires du gouvernement, bien embêté visiblement, qui ne sait plus comment se sortir de la situation sans diaboliser les zadistes.

On est loin de la campagne présidentielle. Interrogé par le WWF, Emmanuel Macron avait assuré en février 2017 qu’il écartait l’idée d’une évacuation des opposants à un nouvel aéroport : « Je ne veux pas d’évacuation (…) il n’y aura pas de brutalité ».

Mais ça c’était en période électorale, propice aux fake news comme l’a lui-même reconnu Monsieur Macron. Aujourd’hui, le délégué général LREM Christophe Castaner le dit : dans tous les cas il y aura évacuation, et l'évacuation de la ZAD se fera par la "force" si nécessaire7.

Mi décembre, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux essayait déjà laborieusement d’expliquer que l’évacuation se ferait "en fonction" de la décision prise, mais en même temps, que quelle que soit la décision, les zadistes devraient quitter les lieux : « Il y a "deux options: soit l'aéroport se fait à Notre-Dame-des-Landes, donc il y aura une évacuation de la Zad. Soit c'est une extension de l'aéroport existant et il n'y a plus aucune raison pour les occupants de la Zad d'y rester ».

Edouard Philippe ne dit pas autre chose : « quelle que soit la décision que nous prendrons, il y aura une composante d’ordre public »8.

Et même la « good cop » Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre Hulot, qui parle d’ « issue pacifique » et de « tendre la main aux zadistes », reprend tout de même, on ne sait jamais, l’idée du « camp retranché » : « S'ils ne prennent pas cette main tendue, le bras de l'Etat sera extrêmement ferme", a assuré la. "C'est une zone de non-droit. A certains endroits cela s'apparente à un camp retranché ».

Bon. Mais après tout, pourquoi ne pourraient-ils pas rester ?

Selon Françoise Verchère sur Reporterre9 : « oui, ils sont de fait dans l’illégalité, comme tant d’autres en France et en Navarre. Quel maire — je l’ai été — n’a pas à faire face à ces difficultés de stationnement et/ou de constructions illégales ? Le bocage serait-il la seule zone de non-droit ? Le seul où il faille intervenir ? Vaste programme que de rétablir l’ordre et la loi partout… Chacun s’accordera, je l’espère, pour admettre d’abord que, dans un État de droit, seule la justice peut autoriser une intervention.

Il n’est donc pas possible en janvier, toutes affaires cessantes, d’envoyer la troupe nettoyer la Zad parce que ce ne serait pas légal. Pour admettre ensuite que la même sévérité doit valoir pour tous les squatteurs, et toutes les infractions, caravanes et autres yourtes sans autorisation, belles résidences agrandies sans permis, propriétaires des bords de l’Erdre — la plus belle rivière de France coulant à Nantes — qui refusent, malgré la loi, le droit de passage sur leurs terrains (mais il faut dire que ceux-là sont des gens bien, qui peuvent payer les astreintes de la justice qui les a condamnés…). »

Zadistes versus prince du Qatar : selon que vous serez puissant ou misérable...

De fait, des constructions illégales pouvant être assimilées à des occupations, en France, il y en a un paquet qui ne sont jamais inquiétées. Mais mon exemple préféré reste celui-là je crois : en 2015, à Nernier, sur les rives françaises du Léman en Haute Savoie, une famille princière qatarie a bénéficié d’un joli passe-droit, s’affranchissant de plusieurs contraintes légales avec la bénédiction de l’État pour construire illégalement sa villa, sur un terrain classé en zone agricole dans le plan local d'urbanisme. Et ce, en pleine négociation pour l’achat de 24 Rafale par le Qatar pour un montant de 6,3 milliards d’euros. A l’époque de la construction, et des pressions exercés par l’État sur la Mairie pour l’autoriser, le Ministre de l’économie et de l’industrie s’appelait… Emmanuel Macron10.

Pour un plan de sortie heureux.

D’autres imaginent un « plan de sortie heureux », comme Fabrice Nicolino, qui rappelle que « nombre d’occupants sont devenus paysans, éleveurs, tisserands, maçons, charpentiers. Notre-Dame-des-Landes est devenu leur pays » - Monsieur « entrepreneuriat social » aka Emmanuel Macron devrait y être sensible - et préconise comme cela fut fait sur l’ancien camp militaire du Larzac (6300 ha), de transformer les 1650 hectares en « communs », pour préserver les zones humides bocagères et les terres agricoles, avec un observatoire de la biodiversité, un pôle d’éco-construction, un centre dédié à l’agro-écologie en lien avec l’Université de Nantes11.

Les bases sont là : on discute déjà sur la ZAD des conflits d’usage et des possibles règles de partage des terrains, voire du règlement des litiges sur les manières d’y cohabiter, d’accéder à des parcelles, de circuler. Une charte dite des « Six points pour l’avenir de la Zad »12 a été éditée et il existe une « assemblée des usages », des commissions qui étudient les propositions d’installations agricoles, conseillent et aiguillent les postulant·es à une création de fermes vivrières.

Le rapport des médiateurs ne dit pas autre chose d’ailleurs, en préconisant qu’en cas de réaménagement de Nantes Atlantique, l’État conserve les terres de la Zad et en fasse « un terrain d’expérimentation de pratiques agroenvironnementales rénovées, sous le pilotage des acteurs locaux ».

C’est pour porter ces alternatives qu’un grand appel à rassemblement a été lancé pour le 10 février sur la ZAD, quelle que soit la décision gouvernementale13, à l’occasion de la fin de la DUP (déclaration d’utilité publique) du 8 février 2018.

Pour, comme le dit Hervé Kempf, transformer la Zad en Zaï : Zone à imaginer14.

 

Notes :

Pour ce qui concerne les terres déjà préemptées par Aéroport Grand Ouest-Vinci, le rapport des médiateurs n’a pas évalué le coût d’indemnisation qui se négociera entre l’État et Vinci, et est estimé entre 0 et 350 millions d’euros, le montant maximal indiqué dans le contrat.

1 « Dans une situation conflictuelle, les défaillances de la concertation, les défauts de la logique procédurale à l’œuvre, l’indécision publique mais aussi la consultation de juin 2016 et l’absence de suites données forment un contexte dont la mission se doit de rendre compte », https://reporterre.net/IMG/pdf/rapport_de_la_mission_de_me_diation_ae_roport_du_grand_ouest.pdf

2 Florilège Télérama : http://www.telerama.fr/television/a-notre-dame-des-landes,-le-vietnam-des-pauvres-menace-la-france-dune-guerilla,n5402676.php#oYiQ4JALDIy4AGSB.01

3 https://lundi.am/fake-JDD-ZAD

4 https://www.valeursactuelles.com/societe/notre-dame-des-landes-bienvenue-notre-dame-du-vietnam-91305

5 http://www.liberation.fr/checknews/2017/12/19/le-journal-du-dimanche-a-t-il-invente-une-cache-d-armes-dans-la-zad-de-notre-dame-des-landes_1617693

6 http://www.lejdd.fr/societe/a-nos-lecteurs-au-sujet-des-photos-de-notre-dame-des-landes-3525275

7 https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/notre-dame-des-landes/nddl-castaner-annonce-evacuation-quelle-que-soit-decision-aeroport-1386587.html

9 https://reporterre.net/Evacuer-la-Zad-Et-si-on-se-calmait-plutot

10 http://www.ledauphine.com/faits-divers/2017/09/24/passe-droit-pour-la-famille-royale-qatarie-tycw

11 Un plan de sortie heureux pour le conflit de Notre-Dame-des-Landes par Fabrice Nicolino, François de Beaulieu et Jean-Paul Besset : https://reporterre.net/Un-plan-de-sortie-heureux-pour-le-conflit-de-Notre-Dame-des-Landes

12 https://zad.nadir.org/spip.php?article4629

13 https://zad.nadir.org/spip.php?article4992

14 https://reporterre.net/Notre-Dame-des-Landes-et-maintenant-gagner-la-bataille-de-la-paix

corinne morel darleux

Thu, 11 Jan 2018 07:46:00 +0100

Que faire de la ZAD ?

NDDL10fevrier.jpgOn approche du dénouement à Notre Dame des Landes. Le Premier ministre Édouard Philippe fait un dernier tour des élus locaux et la décision du gouvernement tombera avant la fin du mois. Avec une grosse question qui agite tout le monde : que faire de la ZAD ?

C'est le sujet de ma nouvelle chronique écosocialiste sur Là-bas si j'y suis : alors qu'on annonce pas moins de 2.500 militaires et gendarmes pour évacuer la ZAD, retour sur la fabrique de la peur, les "fake news" et photos détournées visant à préparer l'opinion et à déployer des moyens disproportionnés, alors que d'autres plans de sortie heureux existent, à l'instar du Larzac.

Pour conserver "une petite zone d'utopie dans cette vaste zone d'uberisation qu'est devenue la France sous Macron", soyons nombreux au rassemblement de soutien le 10 février !

Extrait de ma chronique vidéo "Que faire de la ZAD" pour Là-bas si j'y suis, que vous pouvez retrouver en intégralité pour les abonnés ici :

corinne morel darleux

Wed, 10 Jan 2018 10:32:00 +0100

Anticipations (1) Imaginer la pluie

MaxPixel.freegreatpicture.com-Plane-Abandoned-Icelandic-Wreck-Aircraft-Wreckage-2122015.jpgCette chronique est la première d'une série sur les "fictions de l'effondrement" - récits, livres et films d'anticipation à visée politique - et ce qu'elles nous disent du présent. Une tentative de renouveler les formes du discours politiques et d'y inclure poésie, culture et dystopies. Elle paraitra en accès libre tous les quinze jours, le mercredi, sur L'heure du peuple. Pour cette première, réflexion sur les mots de l'après, avec le très beau "Imaginer la pluie de Santiago Pajares.

Imaginer la pluie

Le sable. le sable à perte de vue. Dans toutes les directions. Et au milieu de ce néant qui n'est que sable, un petit puits, deux palmiers, un potager minuscule et un appentis. Et moi sur le toit, essayant d'imaginer la pluie.

Imaginer la pluie est un roman de désert et de mots enfouis.

Une femme et son fils, Ionah, vivent seuls au milieu d’un désert dont on comprend qu’il ne l’a pas toujours été. Un abri, deux palmiers, un puits, quelques lézards, et la dureté d’âme pour seul outil. Une fiction post-apocalyptique où l’économie de subsistance se résume à ce puits, entretenu et renforcé au fil des mois au péril de leur vie – toute chute équivaut à une condamnation de mort ici - et aux lézards qui fournissent la seule source de protéine - et qu’il faut pour Ionah apprendre à piéger, et se résoudre à tuer.

L’éducation du jeune homme y est entièrement orientée vers l’apprentissage de la survie. Ionah est un enfant de l’ère post-effondrement, sa mère s’est réfugiée dans le désert et lui apprend à y subsister sans laisser la moindre place aux regrets, à la douleur ni aux hésitations, toutes larmes bannies.

Les yeux y sont secs des tempêtes violentes du désert, les mots s’y distillent au compte-goutte. Ces mots que l’on cisèle, que l’on chuchote ou qui appellent, sont du temps perdu, de la salive gaspillée dans ces journées qui réclament une tension de chaque instant. Et puis, dans ce paysage lunaire il n’y a pas grand-chose à désigner. Peu de sentiments à décrire, dans cet effort quotidien pour la survie, peu d’émotions qui vaillent le temps d’être partagées. Peut-être l’absence de mots est-elle aussi une protection, une technique de survie, quand on ne peut pas se permettre le luxe de l’émotion. L’isolement, comme le silence, sont parfois des refuges.

Alors les mots s’enfuient au bénéfice de l’action, les mêmes tâches interminablement répétées chaque jour, la lutte incessante contre le sable, le puits, les lézards, l’abri, toute une vie dédiée aux besoins fondamentaux dont aucun n’est aisé à satisfaire dans ce désert aride et hostile.

Jusqu’au jour où la mère se sent proche de mourir. Elle entreprend alors de léguer à son fils les mots d’avant. Raconter les villes, la nourriture, les armes, les outils, les notes d’un piano, la pluie. Toutes ces choses qui ont cessé d’exister. Et Ionah essaye d’imaginer.

Lire la suite sur le site L'heure du peuple

 

Photo en creative commons

HP_Imaginer_la_pluie.jpg

Imaginer la pluie, de Santiago Pajares, Actes Sud - Avril 2017

corinne morel darleux

Tue, 09 Jan 2018 11:45:00 +0100

Zone rurale, perte de chance médicale : la rime qui tue

manifDie.jpgChronique du Diois publiée sur Reporterre sous le titre "Désert médical, désertion des politiques" le 6 janvier 2018

Elle s’appelle Alice, et elle est venue s’installer à Die avec homme et enfant au Printemps, il y a moins d’un an. Le couple est arrivé dans le Diois avec le projet d’un deuxième enfant, qui avait du mal à se concrétiser avec la vie parisienne, le stress, une forme d’insécurité permanente. Alors quand la décision a été prise de changer de vie, de cadre, de rythme, ils ont commencé par s’assurer qu’il y avait une école, un hôpital, une maternité à Die. Et ça a marché. Alice attend son deuxième enfant pour avril. Las, tout ne se passe pas comme prévu.

Un territoire rural en vie.

Elles glandage.jpgsont une trentaine comme Alice aujourd’hui, à promener leurs ventres arrondis dans Die. Le signe d’un territoire rural qui vit, qui sait attirer des jeunes et des familles, où l’on peut encore naître et grandir dans un environnement préservé, des paysages incroyables, où l’on peut pratiquer des sports de pleine nature, randonner, pédaler, escalader. Apprendre la culture du risque inhérente aux zones de montagne, tout en étant sécurisés en cas d’accident par la présence de l’hôpital et de sa chirurgie d’urgence à proximité. Le signe d’un pays aussi où l’on peut vieillir et être pris en charge en cas de perte d’autonomie, en cas d’accident sur des routes glissantes ou de chute. Car on est dans le Vercors ici. La neige, le gel sont courants, il fait moins 10, moins 15°C comme un rien les matins d’hiver et personne n’est à l’abri d’être bloqué en cas d’intempéries. Les petites routes de montagne peuvent se révéler dangereuses, et il n’est pas rare tout bêtement de glisser sur une plaque de verglas, même en ville.

Mais on y redécouvre les saisons, la nature, le calme. On y grandit en préparant de futurs citoyens qui auront plus de chances que certains petits citadins de savoir ce que veut dire vivre en harmonie avec la nature. Nous vivons dans un pays qui contredit les discours sur la désertification de nos campagnes, avec son théâtre, son cinéma, sa médiathèque, sa gare, sa poste, son centre des impôts, sa sous-préfecture. Des services de l’État, de proximité, qui permettent de ne pas se sentir abandonnés en zone rurale et de faire la démonstration qu’un autre « ménagement du territoire » est possible plutôt que de s’agglomérer en métropole, d’inventer d’autres modes de vie tout en restant reliés au monde, à sa famille, à ses amis. Nous vivons dans un pays qui devrait servir de modèle et d’exemple béni à tous les politiques qui fondent leurs discours sur la défense de la ruralité, qui organisent des « conférences de territoire », parlent d’« attractivité » et de « dynamisme », de « revitalisation », qui font de la lutte contre les déserts médicaux leur thème privilégié à chaque élection.

Las, les phrases qui précèdent seront désormais à conjuguer au passé. 

murportraits.jpgLe 24 novembre, la Ministre de la Santé a annoncé la fermeture de ces services vitaux, avec l’accord placide de la députée et des élus locaux. En échange, elle a promis de rénover l’hôpital ainsi amputé de ses deux axes majeurs, et un bel hélicoptère. Depuis le 31 décembre, la maternité et la chirurgie d’urgence de l’hôpital de Die sont fermés.

Dorénavant les blessés et les femmes enceintes devront donc se rendre à Valence ou Gap, en moyenne à 1h30 de route du Diois, davantage en cas de neige ou de verglas. Rien n’ayant été anticipé, on ne sait pas exactement quel sera le protocole de prise en charge. Les pompiers volontaires qui devront emmener les patients jusqu’à Crest n’avaient pas l’air informés de la décision à venir, les titulaires du bloc opératoire non plus. Tout le monde est tombé des nues. A force d’interpeller, on a fini par apprendre lors d’une rencontre avec le sous-préfet que le Smur de Valence devrait prendre le relais de Crest à Valence, où il y aura donc transbordement des patients. Imaginez concrètement…

On parle de sage-femmes libérales qui doivent être formées pour accompagner les femmes enceintes, on parle de payer à ces dernières l’hôtel hospitalier à Valence quelques jours avant la date programmée, loin de chez elles. On parle… Mais la députée ne sait pas quoi répondre quand on l’interpelle. Les médecins « référent SAMU » du Haut-Diois dénoncent le manque de concertation en amont, déplorent la fermeture, contredisent les « raisons de sécurité », et indiquent qu’ils ne participeront pas in fine à ce dispositif qualifié de « pis-aller ». Et on commence à parler de pertes de chance de survie et de mise en danger de la vie d’autrui. Alice, Aurelia et les autres ne savent toujours pas dans quelles conditions elles accoucheront, et prient pour qu’il n’y ait pas de complications.

Comment Diable en est-on arrivé là ?

portaritsdie.jpgHélas, comme à chaque fois. En accusant son chien de la rage, comme l’a décrit Noam Chomsky, en laissant les conditions de prise en charge à l’hôpital se détériorer depuis 31 ans, date de la première annonce de fermeture, et en jouant sur la peur des habitants.

On a entendu invoquer des problèmes de sécurité à l’hôpital de Die. Mais les mêmes, de l’Agence Régionale de Santé (ARS) au Ministère, en passant par la Députée, ont soigneusement évité de parler des problèmes de sécurité que poseraient le transfert par la route. Le savent-ils seulement ? Ont-ils seulement regardé une carte ? Passé un Hiver dans le Diois ? Quant à l’hélicoptère promis, ils ont omis de préciser qu’il ne serait pas toujours disponible, qu’il risquait de ne pas prendre en charge les patients dont l’état n’est pas stabilisé, et qu’il ne serait probablement pas prêt à temps, comme nous l’a confirmé le sous-préfet lors de la rencontre avec Alice et Philippe Leeuwenberg du collectif.

Pour justifier cette fermeture, on a entendu qu’il n’y avait pas assez d’accouchements pour maintenir les qualifications des médecins. Mais les mêmes ont soigneusement évité de parler du nombre d’actes -inférieur- des sages femmes qui prendraient le relais, du fait que de nombreux praticiens exerçaient aussi ailleurs, ni des accouchements à domicile, fréquents dans le Diois, qui ne rentrent pas dans les statistiques mais ne sont possibles que par la proximité de la chirurgie de l’hôpital en cas de complications.

On a entendu dire que les médecins ne voulaient pas venir à Die. Mais pas un mot de ceux qui avaient pourtant postulé et dont les candidatures n’ont même pas été étudiées. Des médecins prêts à venir s’installer et travailler ici, qui demandaient juste à être assurés que l’hôpital aurait bien son autorisation pour cinq ans, comme ça se fait partout... Sauf à Die, où l’Agence Régionale de Santé distille au compte-goutte, après chaque mobilisation, des renouvellements d’un an. Mais quel chirurgien, quel gynécologue, va quitter son travail pour s’installer en zone rurale pour un CDD d’un an ?

Ils n’ont pas non plus parlé de l’engorgement et du manque des moyens des hôpitaux de ville, en envoyant les accidentés et femmes enceintes à Valence, où l’hôpital est déjà tellement surchargé qu’on y soigne les patients dans les couloirs et que les personnels du bloc opératoire y sont en grève.

Pour justifier cette fermeture, on a même vu de fausses informations circuler dans les journaux locaux sur une menaçante pénurie de poches de sang, démentie depuis publiquement par l‘union départementale des donneurs de sang.

On a entendu beaucoup de choses, mais rien de la défaillance de l’État et des moyens qui ne sont plus alloués à la santé publique, de la tarification à l’acte qui a fait primer la rentabilité sur l’intérêt général, de la longue dégradation organisée d’un hôpital public laissé à l’abandon depuis des années.

Démission des politiques.

beaurieres.jpgAlors oui, l’hôpital de Die, sa maternité et sa chirurgie avaient besoin d’être rénovés, renforcés, réorganisés. On avait besoin d’en revoir la gestion, de faire venir de nouveaux praticiens, de développer les coopérations avec d’autres hôpitaux. On pouvait même imaginer le développer en misant sur nos atouts, sur l’environnement exceptionnel du Diois : avec des spécialités de convalescence, de traitement des longues maladies, de médecine du sport, de nouveaux modes d’accouchement et de médecines naturelles, on pourrait passer de la défense à la reconquête, de la conservation à l’action… En fait on pouvait faire tout ça depuis 31 ans, début de la lutte engagée avec le collectif de l'hôpital. Au final, faute de volonté politique, on va remplacer des risques maîtrisables par d’autres, qui ne le sont pas : l’action politique à ceci de différent avec le verglas qu’elle se décide, se planifie et s’organise. Il faut juste un peu de courage et de détermination.

Ni la Ministre, ni l’ARS, ni la Députée, ni le Président de la communauté de communes, ni le Maire de Die n’ont voulu entendre ces alternatives, ni la mobilisation des habitants qui a pourtant dépassé très largement le cadre partisan et s’est exprimée de toutes les manières possibles (voir le blog du collectif). Dépôt de plainte des femmes enceintes en gendarmerie, émissions de radio, lettres à la Ministre, manifestations, aires d’accouchement improvisées sur un rond-point, affichage dans les rues de portraits de générations nées à Die, simulation d’exode vers Valence… On n’a pas manqué d’imagination ni de relais. Tout le monde s’y est mis : futurs parents, commerçants, habitants, et certains élus heureusement. La pétition a reçu plus de 15.000 signatures en quelques jours, on a reçu des messages de soutien et de solidarité du pays tout entier, et on a sans cesse rappelé que deux fois déjà, en 1986 et en 2008, la population avait réussi à sauver chirurgie et maternité.

Cette fois cela n’a pas fonctionné. L’ultime acte de résistance pour essayer d’annuler cette décision, par un référé en suspension déposé par l'avocate du collectif auprès du tribunal de Grenoble, a été rejeté le 28 décembre. Tenez-vous bien, c’est l’acme de cette triste histoire : le rejet du tribunal a été fondé sur le fait qu’il n’y avait pas de décision administrative à contester. En fait le directeur de l’hôpital de Die, qui entre-temps a été promu pour ses bons services aux hospices civils de Lyon, n’a tout simplement pas fait la demande de renouvellement d’autorisation. Ce n’est donc pas stricto sensu une fermeture, juste une extinction. Une opération rondement ficelée de destruction.

IMG_3376.JPGLe Diois sort de cette lutte amputé. Alors que le dernier recensement nous mettait sur la voie dynamique des 5.000 habitants, cette fermeture d’un service essentiel risque fort de mettre un coup d’arrêt à l’arrivée de jeunes et de familles, de nouveaux lycéens en section sport-nature, d’usagers de la gare, d’écoliers et de spectateurs pour le théâtre et le cinéma... Les gens y réfléchiront à deux fois, malgré toute la beauté des paysages, avant de venir s’installer dans le Diois.

Alors que ces édiles locaux, qui il y a quelques mois encore assuraient que l’hôpital était « un outil structurant pour le territoire », faisaient de grandes envolées lyriques sur la ruralité et la défense du territoire, ceux-là même qui se battaient pour être sur la photo de banderole de défense de la maternité, tous ceux-là, qui ont jugé que leur place n’était pas aux côtés des Diois à l’heure de l’ultime mobilisation et ont même appelé leurs collègues élus à ne pas manifester… Qu’ils ne viennent pas pleurer sur le divorce entre élus et citoyens. Qu’ils ne viennent plus verser leurs larmes de crocodile sur le niveau d’abstention. Qu’ils ne nous parlent plus de vivifier le Diois. Et s’ils sont reçus, qu’ils ne s’étonnent pas.

Nous on va continuer à se battre pour cette terre du Diois et ses habitants. Parce que rien n’aurait été possible sans le collectif de l’hôpital de Die pour obtenir et relayer les informations et organiser la mobilisation, l’action doit rester collective. Parce que d’autres choix sont possibles, parce que nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone, que nos montagnes ne sont pas des déserts, et que cette fabrique de la colère qu’est la désertion des politiques doit être résolument combattue.

Photos : Collectif de l'Hôpital de Die et Blandine Desvignes pour Glandage et Beaurières

corinne morel darleux

Fri, 05 Jan 2018 13:14:00 +0100

Train de nuit, mon amour

chronique3voie.jpgLe dernier Paris-Nice est parti.

Depuis la fin du 19e siècle, ce train reliait Paris à la Cote d’azur. Le 9 décembre, le dernier train de nuit Paris-Nice a quitté la capitale à 21h19 pour son tout dernier voyage, avec une arrivée à Nice à 8h32 (vidéo reportage France 3).

Il ne reste plus que 2 lignes de trains de nuit sur 8 aujourd’hui.

Hommage à la poésie et au rêve de ces rails au long cours, sacrifiés sur l'autel à courte vue de la rentabilité : des munitions pour combattre les faux discours. Chronique vidéo, à voir en intégralité sur Là-bas si j'y suis

Extrait :

La décision a été prise en juillet 2016 par Alain Vidalies, alors Secrétaire d’État aux Transports, de démanteler la plupart des trains de nuit au 1er octobre 2016 si aucun opérateur privé ne voulait les reprendre et que les régions concernées ne les finançaient pas. Seule la région Occitanie a pour l’instant fait des propositions qui, alliées à une forte mobilisation des usagers, permet de rouvrir le Paris-Port Bou (Reportage vidéo sur le retour en fanfare du Paris-Port Bou (Cerbere) en juillet).

Les négociations continuent également pour le retour de la Palombe Bleue (Paris-Tarbes-Irun), mais la SNCF demande une somme très importante à la Région Occitanie, que la Région Aquitaine refuse de cofinancer.

Le retour du Paris-Saint Gervais quant à lui est toujours sur les rails, mais la convention TER de la Région Auvergne Rhône Alpes qui devait servir au rapport de forces dans les négociations avec la direction de la SNCF a été signée…

Enfin, le Paris-Briançon existe toujours, mais il va être fragilisé par la disparition du Paris-Nice auquel il était lié jusqu’à Valence...

"Cette décision vise à résorber les pertes financières des trains de nuit, qui ne transportent que 3% des voyageurs mais représentent un quart du déficit des Intercités (au moins 400 millions d'euros prévus cette année), soit "plus de 100 euros de subvention publique" par billet vendu"

Voilà les raisons invoquées par Monsieur Vidalies pour supprimer les trains de nuit en France.

Des affirmations à nuancer…

Le collectif « Oui au train de nuit » a réalisé un rapport dense et complet qui permet de contester ou relativiser pas mal des motifs invoqués :

Sur la rentabilité d’abord, pour Elisabeth Borne, actuelle Ministre des Transports, « la SNCF nous dit également que 70% des dessertes TGV ne sont pas rentables ». Et pour la Cour des Comptes, « l’activité des Intercités (TET) reste l’activité conventionnée la moins subventionnée. Globalement déficitaire à hauteur d’environ 25%, elle se situe dans une situation beaucoup plus avantageuse que les activités des TER (65%) et du Transilien (62%) ».

D'ailleurs, vous avez remarqué ? Pour les trains on parle de « déficit », mais pour les routes on parle de « financement ». Les routes coûtent pourtant à la collectivité 1,5 à 3 fois plus cher si on prend en compte les coûts externes, sans parler des exemptions de taxes carburant de l’avion, une dérogation qui coûte cher à 2,8 milliards !

Et puis, quand Monsieur Vidalies parle du déficit supposé des trains de nuit de 75 millions par an, il oublie de comparer cette somme aux 150 à 200 millions prévus pour la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux ! Le financement des trains de nuit pendant un siècle coûterait en réalité moins cher, selon le collectif « Oui au train de nuit », que le projet Bordeaux Toulouse Dax chiffré à 9 milliards !

Le secrétaire d’État a également évoqué la « fréquentation en baisse de 25% depuis 2011 » : mais forcément, 3 lignes de trains de nuit ont été supprimées entre 2011 et 2015, et pour ceux qui circulent la SNCF a réduit le nombre de voitures ! En réalité quand les trains de nuit roulent, ils sont bien remplis : en 2016, le Paris Tarbes Irun a atteint 72% de remplissage (à titre de comparaison, la moyenne des TGV est de 65%).

En fait tout ça s’apparente surtout à une véritable stratégie de découragement.

En 2017, sur 223 circulations prévues du Paris Tarbes Irun, un tiers a été annulé ou n'est pas arrivé à destination. Et alors que les réservations pour les TGV ouvrent d'ordinaire 2 à 3 mois à l'avance, les trains de nuit sont souvent invisibles jusqu'à 2 semaines avant  ! Au 3 novembre, Paris-Rodez (et Paris-Briançon) n’étaient toujours pas sortis à la réservation au-delà du 10 décembre. Et ce, alors que les voyageurs des trains de nuit sont ceux qui réservent le plus à l'avance.

Côté confort et modernité ce n’est pas mieux : afin de soutenir Alstom, l’État a contraint la SNCF d'acheter trop de rames TGV, mais n'a pas commandé de nouveaux trains couchettes depuis les années 1980 ! Et enfin, les horaires sont mal adaptées (même François Bayrou le dit).

Résultat, les voyageurs se reportent sur d’autres modes de déplacement. Notamment sur le TGV. Qui coûte pourtant beaucoup plus cher. CQFD.

Il n’y a pourtant pas de fatalité.

Après tout, le tramway a lui-aussi disparu des villes entre 1920 et 1960, de ringard il est redevenu moderne et désormais c’est le nec plus ultra, toutes les villes en rêvent. Pourquoi ne serait-ce pas pareil pour le train de nuit ?

D’autant qu’ailleurs ça marche : en Suède, en Russie ou en Autriche, les trains de nuit font le plein. L’autrichien ÖBB a non seulement relancé les trains de nuit, mais a même repris les lignes abandonnées par les suisses et les allemands. Ils ont revu entièrement la stratégie commerciale, repensé l’aménagement des couchettes (un rêve), proposé plusieurs niveaux de confort et de tarifs, les réservations sont ouvertes à la vente un an avant, et ça marche du feu de Dieu. Fin avril 2017, plus de 800 000 personnes avaient utilisé le nouveau « Nightjet » sur les six premiers mois seulement d’exploitation ! La liaison Hambourg-Berlin-Zürich affichait complet au cours des vacances de Noël, et d’ici à 2020, les ÖBB visent les 5 millions de voyageurs annuels.

C’est donc possible, et c’est souhaitable.

Car le train de nuit consomme moins d’énergie (5,8 grammes équivalent pétrole par kilomètre voyageur) que le car (6,4), la voiture (27,1) ou l’avion (39,4) – selon l'Ademe en 2013. C’est plus sûr que la route, et ça provoque moins de pollution. C’est moins cher que le TGV, plus écolo que l’avion et plus confortable que le car. Enfin c’est un gain de temps et d’argent : vous économisez une nuit d’hôtel et en une heure vous êtes à destination : une demie-heure pour s’endormir, une demie-heure pour se réveiller… Enfin, les transversales permettent d’éviter Paris et de désengorger certaines lignes de TGV qui elles imposent toujours le détour par la capitale.

… Et puis, le train de nuit c’est un tissu de poésie, de charme suranné et de frissons romanesques.

Voilà ce que j'écrivais sur Reporterre :

''Embarquer un soir d’hiver gare d’Austerlitz, griller une dernière clope sur le quai, frigorifiée, se glisser dans une couchette en se contorsionnant et là, savourer, les yeux entrouverts, de contempler à travers la vitre rayée les néons du quai, pelotonnée dans trois grammes de couverture SNCF. Un dedans-dehors qui rejoint presque, un instant, le frisson des bivouacs et le plaisir un peu subversif de dormir à la belle étoile les nuits d’été. Une demie-heure pour s’endormir, une demie-heure pour se réveiller, et en une heure quel que soit le trajet, vous vous retrouvez à destination, juste à temps pour le premier café... Voilà pourquoi on aime les trains de nuit. De manière irréfléchie, spontanée, affective et sensuelle. Voilà pourquoi on rêve encore, au fond de soi, de destins de cheminots au long cours, comme de marins sur un cargo.''

... Et toujours, en ode au train, un écho de cette grande brute d’Apollinaire :

Ô mon amie hâte toi. Crains qu’un jour un train ne t’émeuve plus !

Regarde le plus vite pour toi / Ces chemins de fer qui circulent

Sortiront bientôt de la vie / Ils seront beaux et ridicules

corinne morel darleux

Fri, 22 Dec 2017 15:30:00 +0100

Face aux incendies en Californie

golfincendieeaglecreekTheAtlPhoto.jpgDonald Trump a beau se moquer du climat, celui-ci se rappelle à lui en Californie.

Nouvelle chronique vidéo chez Là-bas si j'y suis : "En Californie, les vieux tués par le climat"

Des incendies monstres n’en finissent plus de ravager l’Ouest des États-Unis. Ironie du sort, puisque les parlementaires de Californie avaient été parmi les premiers, le 18 juillet, à approuver au contraire l’extension jusqu’en 2030 de mesures pour le climat. Le gouverneur Jerry Brown parle sur Twitter de « menace existentielle » : « le changement climatique est bien réel. Il menace toute forme d’organisation humaine ». Selon lui, la récurrence de ces incendies est la « nouvelle norme », directement liée au changement climatique et « les feux, les inondations, les tremblements de terre ne vont pas cesser ».

Et de fait, avec l’énorme incendie « Thomas » de ce mois de décembre, on en est à 70.000 hectares détruits (vidéo du Monde ici), soit trois fois la forêt de Fontainebleau. Si vous y ajoutez les 73.000 hectares détruits par les incendies en octobre, ça fait en trois mois l’équivalent de la totalité du massif du Vercors parti en fumée.

Extrait :

Le dérèglement climatique en cause

Et une fois de plus, en cause : le réchauffement climatique. Bien sur, des incendies en Californie il y en a déjà eu, mais ils n’avaient jamais causé autant de dégâts en si peu de temps, ni en plein décembre : les vents de Santa Ana touchent habituellement la région à l’automne. « La saison des incendies culmine généralement en octobre en Californie, mais les autorités ont suggéré qu’avec le changement climatique, davantage de feux se déclarent plus tard dans l’année », écrit le New York Times, et selon une étude de l’Université de l’Arizona, la durée de la saison des incendies a été rallongée en gros de deux mois et demi depuis le milieu des années 1980.

Or cet Automne a battu des records de chaleur et de sécheresse : fin octobre, Los Angeles a frôlé les 40 °C et a connu fin novembre son Thanksgiving le plus chaud jamais mesuré. Cette sécheresse s’est abattue sur une végétation boostée par l’hiver le plus humide jamais mesuré en Californie.

« Il y a un signal climatique clair dans ces feux du lien entre conditions de sécheresse et changement climatique » selon Daniel Swain, climatologue de l’Institute of the Environment and Sustainibility cité par Novethic : « en Californie l’été a été si chaud que même un hiver bien au-dessus de la moyenne n’a pas suffi à empêcher la végétation de dessécher ».

Le schéma est désespérément simple : les pluies accélèrent la pousse de la végétation, la sécheresse les transforme en combustible, rajoutez à ça une urbanisation un peu anarchique, toujours plus loin dans les collines et les canyons, qui augmente les risques de départs de feu et éloigne les habitations des voies d’accès et il ne manque plus que les vents violents (appelés « Diablo » au Nord, « Santa Ana » au Sud) pour allumer le brasier.

Même les vignobles californiens, qui auraient du ralentir l’incendie grâce à l'espacement des rangées, et à la faible quantité de biomasse contenue dans les pieds de vigne, n’ont pas pu faire face à des « vents anormalement violents, s'élevant jusqu'à 120 km/h » selon le fournisseur d'électricité Pacific Gas and Electricity : les flammes ont littéralement volé.

En France aussi

Tout ça rassemble beaucoup au cas Méditerranéen en terme de climat, d’urbanisation diffuse et de végétation : en France, 9.000 hectares partent en moyenne en fumée tous les ans, et la sécheresse a encore battu tous les records cet été.

Chez nous aussi "la période à risque d'incendie s'allonge : auparavant limitée aux seuls mois de juillet/août, elle débute désormais dès juin pour parfois s'achever en septembre, et la zone à risque s'étend également vers l'arrière-pays" selon Thomas Curt de l’IRSTEA, qui ajoute : « depuis 1959, nous avons montré que la température a déjà grimpé de 2,5°C dans les 15 départements du sud-est de la France. Cette augmentation s'élève à 1,9°C dans les Alpes françaises, contre 0,9°C ailleurs dans le monde ».

Emballement à prévoir

On est face à un cas concret d’emballement climatique : plus les températures augmentent, plus la végétation brûle et en brûlant, libère le dioxyde de carbone qu’elle séquestre habituellement, et contribue par ces émissions de gaz à effet de serre au réchauffement climatique, qui lui-même aggrave la sécheresse… Causes et conséquences se mêlent dans un emballement qui n’a plus rien de linéaire et devient difficile à modéliser pour les scientifiques. Selon Park Williams, chercheur à l’université Columbia à New York, « un léger réchauffement, même d’un ou deux degrés, affecte réellement la combustion ».

Pourtant on savait

Et ce n’est pas une nouveauté : il y a déjà dix ans, une étude du National Center for Atmospheric Research (NCAR) publiée sur le site Carbon Balance and Management, démontrait que les feux contribuent autant au réchauffement climatique en quelques semaines que les voitures en un an sur la même zone. L’étude évaluait à 290 millions de tonnes équivalent CO2 par an les émissions dues aux incendies aux États-Unis, soit 4 à 6% des émissions nationales dues aux énergies fossiles.

Et une étude de l’Université de l’État du Kansas prédisait dès 2004 que la quantité de dioxyde de carbone émise par les feux de forêt américains allait doubler d’ici à 2100.

Inégalités de classe

On savait, mais rien n’a été fait. Et comme toujours ça retombe sur les plus vieux, les plus pauvres.

Les feux en Californie avaient déjà causé la mort de 41 personnes en octobre, la plupart des victimes avaient entre 70 et 90 ans. Libé nous donne ce détail glaçant, que « les sauveteurs devaient parfois s’en remettre au numéro de série d’une prothèse, seul élément à même de permettre une identification ».

Alors forcément, on est en Californie, et le feu a touché le fameux quartier de Bel-Air où vivent des stars comme Beyoncé ou Elon Musk, donc quelques résidences des stars ont brûlé – celle de Ruppert Murdoch par exemple, 30 millions partis en fumée.

Mais eux étaient en tournée (Mark Hamill, l'interprète de Luke Skywalker dans Star Wars était au Japon) eux n’auront pas de problème à se réinstaller et peuvent continuer à jouer au golf. (Crédit Photo Golf - État de Washington, The Atlantic)

Les autres, ceux qui n'ont pas d'autre endroit où aller, ont du se réfugier dans un dortoir improvisé dans un lycée.

Conclusion, face aux incendies - comme en général dans la vie - mieux vaut être jeune et riche que pauvre et vieux.

corinne morel darleux

Sat, 16 Dec 2017 19:26:00 +0100

Affirmer solennellement que le Mont Fuji n'existe pas

MontFuji.jpgHommage au Sel de la vie, publié sur Reporterre le 15 décembre 2017.

Françoise Héritier (1933-2017) était une ethnologue et féministe, successeure de Claude Lévi-Strauss au Collège de France. Inspirée par le livre « Le Sel de la vie », notre chroniqueuse lui rend hommage à sa façon, qui va du Mont Fuji à un merle chantant.

Il y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d’exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c’est de cela que j’ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie. Françoise Héritier

Un texte offert, oublié et redécouvert… Hommage à Françoise Héritier. 
 
… Pétrir à pleines mains la pâte d’une future tarte aux pommes, laisser le chat me piétiner avant de s’installer, enchaîner Schlaasss, Grand Blanc, Die Antwoord et Anika très fort, se maquiller dans les toilettes du train, découvrir le nouvel Hollywood au coin du feu un verre à la main, se couper la frange, s’éveiller d’un bond chaque matin à l’idée du café, travailler dans la cuisine, faire des listes et des tas bien alignés, écrire, fumer, rêver d’une maison perchée isolée avec un jardin de curé, réfléchir aux livres qu’on voudrait offrir et les commander en double pour les relire, aimer partir et aimer revenir, protéger le citronnier des premiers frimas, ramasser des pommes de pin en montagne et faire semblant de guetter les singes du Vercors, s’arrêter tout net juste pour goûter une lumière rosée, raconter des bêtises, s’émerveiller du froid, du mot « albedo », répéter quart-de-rond en boucle juste pour le plaisir, chercher en soi la « nécessité oblivieuse », affirmer solennellement que le mont Fuji n’existe pas, casser des noix et les trouver amères, refuser tout ce qui ressemble à un parapluie, chérir les bonnets que je détestais gamine, se cacher sous une chapka qui chatouille les oreilles, trouver en rentrant les dernières roses qui m’attendaient, déambuler la nuit avec Elvis, attendre Noël, guetter mon merle, recevoir de jolis messages fiers, attentifs ou inquiets, rire de choses inavouables, manger avec les doigts, s’accorder de ne pas être sage ni correcte ni réfléchie ni raisonnable quand y en a marre, chanter à tue-tête quand personne n’est là, conduire trop vite, faire des plans longtemps à l’avance et tout changer au dernier moment, jouer les midinettes, remettre Lesley Gore pour la sixième fois, prétendre qu’il est une heure plus tôt à l’apéro, fondre devant Ben « Sam The Lion » Johnson, et Al Pacino, et de Niro, et Harrison Ford, cultiver la grâce, se maquiller les yeux, entendre le sifflet du train dans la vallée, traîner en pyjama, guetter la lune à travers le Velux… Mélanger du Campari avec de la clairette, « avoir perçu la Terre foncer dans l’espace sous son corps allongé dans un pré couvert de pâquerettes » et « passer inaperçu quand les coqs font recette ». S’endormir trop tôt près du feu et se taire avec le silence… Lire Françoise Héritier un soir d’errance. 
 

Le monde existe à travers nos sens avant d’exister de façon ordonnée dans notre pensée et il nous faut tout faire pour conserver au fil de l’existence cette faculté créatrice de sens : voir, écouter, observer, entendre, toucher, caresser, sentir, humer, goûter, avoir du “goût” pour tout, pour les autres, pour la vie. »
Françoise Héritier, Le Sel de la vie (Odile Jacob, 2012)

corinne morel darleux

Fri, 15 Dec 2017 14:13:00 +0100

Kafka à Ankara

arriveepolis.JPGPour la troisième fois en l’espace de quelques mois, j'étais de nouveau ces 6 et 7 décembre en délégation internationale en Turquie à Ankara. Avec mon camarade Jean-Christophe Sellin nous participions à la mission d’observation internationale des procès politiques des deux députés et anciens co-présidents du HDP, Figen Yuksekdag et Selhattin Demirtas. Le HDP est la troisième force politique du pays, son programme défend la laïcité, le féminisme, le socialisme, l’écologie et la démocratie en Turquie. Figen Yuksekdag et Selahattin Demirtas sont détenus depuis plus d’un an. Ils risquent respectivement 83 et 142 ans de prison. (papier assez complet de France 24)

PrisonSincan.JPGNous étions déjà présents à la première audience du procès de Figen Yuksekdag le 4 juillet, puis à nouveau le 18 septembre. Par deux fois la délégation internationale d’observateurs internationaux dont le Parti de Gauche et le PGE faisaient partie a été interdite d’accès sur intervention de la présidence de la République de Monsieur Erdogan, au mépris des conventions internationales et des textes de l’OSCE, pourtant ratifiés par la Turquie.

Cette fois encore nous n'avons pas échappé à la règle de l'arbitraire qui règne en Turquie. Après des heures glaciales d’ordres et de contre-ordres kafkaïens et malgré l’accord de la Cour, la police turque a refusé de laisser entrer les délégations internationales composée d'élus, de journalistes et d'avocats, tout comme les diplomates des ambassades de France, de Suisse, du Luxembourg notamment : tous bloqués devant la prison de Sincan, à 70 kilomètres d'Ankara, où se déroulent désormais tous les procès des députés du HDP.

cartesbrandies.JPGCette fois, cherchant à tester différentes stratégies pour enfin pouvoir assister aux audiences, nous avions pourtant officiellement déposé une demande d’accréditation auprès des autorités turques en France. L'ambassade de Turquie nous a confirmé ce que nous savions déjà : il n'existe pas de procédure d'accréditation pour assister aux procès en Turquie. Contrairement à ce qui nous sera opposé sur place par les forces de police turque. C'est la Cour qui décide. Officiellement. Car cette fois encore, par deux fois, la Justice a autorisé notre présence, et par deux fois un cordon de policiers lourdement armés nous a bloqué l'entrée.

confpressedelegs.JPGLes procès de Figen Yukeskdag et de Selahattin Demirtas ont été respectivement reportés au 20 et au 14 février. Toutes les demandes de la Défense ont été rejetées, dont la remise en liberté conditionnelle. Figen Yuksekdag, comme Selahattin Demirtas, reste emprisonnée. Peine requise contre elle : la réclusion à perpétuité aggravée, en cellule d'isolement, visites limitées à sa famille tous les deux mois.

Autant vous dire que face à l'inquité de ces procès, dont les actes d'accusation reposent essentiellement sur des discours, des interviews, des appels à corridor humanitaire au Rojava ou la qualification de "massacres" des bombardements de civils à Diayrbakir, tous les obstacles mis pour nous décourager ne nous empêcheront pas d’être présents, encore et encore, pour réclamer le droit à des procès équitables, publics, et nous placer aux côtés de celles et ceux qui défendent le droit et les libertés en Turquie.

Diner.JPGParce que notre présence est utile, et mobilise l'opinion à la fois turque mais surtout internationale. Elle participe au rapport de force et à la pression mise sur le régime Erdogan. Elle réchauffe surtout les camarades qui luttent là-bas et y prennent tous les risques. Car eux restent, quand nous repartons.

Alors nous ne comptons pas le temps sur place : rencontre très intéressante avec l'ambassadeur de France en Turquie, qui place dans le même mouvement d’atteinte à la liberté d’expression la répression générale en Turquie a l’encontre des universitaires, journalistes et députés du HDP ; conférence de presse ; réunions avec les avocats de la défense ; communication sur les réseaux sociaux pour rendre compte de ce que nous voyons et vivons en direct ;  interviews avec une radio allemande, une télévision kurde et des médias indépendants trucs, comme celle-ci où il est question du Rojava, des combattants kurdes en Syrie, d’Öcalan et de Murray Bookchin, et de la conception de M Erdogan de la justice et de la démocratie en Turquie : « Fransız siyasetçi: Rojava hayal ettiklerimizin yaşatıldığı bir yer: Fransa Sol Parti üyesi Corinne Morel Darleux, Rojava’nın sosyalist hareketin bütün hayallerinin hayata geçirildiği bir yer haline geldiğine söyledi. Darleux, batılı güçlerin de sadece… »  (Traduction (très) approximative ici)

IMG_E3432.JPGEt toujours, de merveilleuses rencontres, humaines et politiques, avec ces militant-e-s et élu-e-s qui résistent au péril de leur liberté. Je parle souvent d'incarner nos luttes, alors voici un exemple parmi tant d'autres : celui de Feleknas Uca, 41 ans, ex Députée européenne de die Linke, aujourd'hui Députée HDP de Diyarbakir, qui se dit en « prison à ciel ouvert ». Elle n'a plus de passeport, depuis 10 mois elle n’a pas pu sortir de Turquie alors qu’elle est membre de la délégation qui représente la Turquie au conseil de l’Europe. Son immunité parlementaire a été levée pour des discours, notamment en défense des femmes yezidies. Elle m'a confié : « que nous soyons en prison, à l’assemblée ou dans les villages. À la fin nous allons gagner. Parce que nous avons la supériorité morale, et le peuple avec nous. »

De retour en France, le site Rojinfo m'a interviewée et a réalisé un papier sur la délégation française en Turquie : "Procès HDP à Ankara : De lourdes peines requises . Voici les extraits issus de mon interview :

Si Erdogan était président en France, c’est nous qui serions en prison

Corinne Morel Darleux: “Les peines demandées contre Figen Yüksekdağ et Selahattin Demirtaş sont très lourdes: 83 ans de réclusion pour Figen Yüksekdağ et 142 pour Selahattin Demirtaş et les charges sont des accusations de terrorisme. Je dois avouer que j’ai mis longtemps à m’intéresser de près au dossier kurde, parce que j’étais réticente comme beaucoup de gens. C’est comme la Palestine. Quand on regarde de loin, on se dit : “Peut-être on va se retrouver à soutenir des trucs pas très nets.” Du coup, il y a un peu de crainte et d’ignorance. Mais quand tu commences à éplucher les dossiers et les actes d’accusations de plus près, l’injustice saute aux yeux. Ces actes d’accusation reposent essentiellement sur des discours notamment prononcés à l’intérieur de l’Assemblée nationale turque, sur la participation à des manifestations, sur des appels à arrêter les massacres des populations civiles ou pour avoir demandé un corridor humanitaire pour le Rojava. Tout cela, ce sont des choses que nous en France aurions faites dans les mêmes circonstances. Si Erdogan était président en France, c’est nous qui serions en prison. Aujourd’hui ne n’ai plus aucune réticence à défendre les gens du HDP ou du mouvement kurde. Le HDP n’est d’ailleurs pas seulement un parti kurde, il est beaucoup plus large que cela, ce qui me semble dans cette partie du monde absolument essentiel.”

Parodie de justice

Corinne Morel Darleux: “Les deux audiences ont eu lieu à Sincan, à 60 km d’Ankara. On a le sentiment que tout a été fait pour nous décourager. Un corridor de policiers turcs très lourdement armés nous a barré l’accès, frappant le sol avec leurs boucliers. Nous avons été encerclés de camions anti-émeutes ; ambiance particulière dans un froid extrême. A deux reprises, le président de la Cour a dit à voix haute dans la salle d’audience qu’il autorisait les délégations internationales à venir assister à l’audience, et à deux reprises, c’est la police turque qui s’y est opposée. Donc, on se pose la question sur l’indépendance de la justice en Turquie, puisqu’elle est à chaque fois contestée par l’Etat turc qui a le dernier mot. Le référent de la police devant la prison nous a dit qu’il fallait une accréditation du ministère des affaires étrangères. La fois d’avant, il nous avait dit qu’il fallait une accréditation du ministère de la justice. L’ambassade de Turquie en France par contre nous a envoyé un courrier qui stipule noir sur blanc qu’il n’y a pas besoin d’accréditation pour assister aux audiences en Turquie puisque la Constitution turque garantit que les procès soient publics. S’il y a un “trouble à l’ordre public”, c’est la Cour qui décide de tenir le procès à huis clos. Là, le procès n’était pas à huis clos parce que nous avons vu des membres de l’AKP entrer dans la salle d’audience sans difficultés. Ce sont uniquement les délégations étrangères et le personnel des ambassades qui sont restés dehors.”

Poches d'espoir

Corinne Morel Darleux: “Les deux procès ont été de nouveau reportés au moins de février. Pour Figen, le procureur a demandé une peine de réclusion à perpétuité aggravée. Si le réquisitoire est suivi, elle sera incarcérée jusqu’à la fin de ses jours dans une cellule individuelle et avec une visite de sa famille uniquement tous les deux mois. Figen Yüksekdağ a un grand désavantage aux yeux du gouvernement turc: elle n’est pas kurde. Elle est issue d’une famille turque traditionnelle paysanne. C’est moins facile de l’amalgamer avec des actes terroristes kurdes. Pour Selahattin Demirtaş c’est clairement une manière de décapiter politiquement le HDP. Il est extrêmement populaire, charismatique et il y a des élections législatives importantes en 2019. Ce sont des procès politiques, montés de toute pièce, dans une zone pleine de conflits, notamment avec l’Etat islamique contre qui les Kurdes ont joué un rôle primordial. Priver cette zone, en Turquie ou en Syrie, de gens qui prônent le féminisme, la coexistence, l’existence du Rojava, c’est se tirer une balle dans le pied. Ce sont des poches d’espoir pour toute une région.”

demirtas-figen.jpegEnfin en complément, pour les anglophones les plus motivés sur ce sujet, voir ici le rapport d'observation très complet de l'association du barreau Norvégien qui était présente avec nous en Juillet : Norwegian Bar Association HRC trial observation Yuksekdag Ankara 2017. Egalement, à l’occasion de la 127e Assemblée de l’Union Internationale des Parlementaires (une ONG créée en 1889, qui a inspiré la création de l'ONU), son Conseil directeur a adopté une décision sur le cas de plusieurs parlementaires turcs, dont Figen Yüksedag et a fait référence à la mission d’observation : Résolution de l'IPU adoptée à l'unanimité le 18 octobre 2017. La représentante de l'UIP qui était présente en septembre était de nouveau présente avec nous à Ankara.

ambassadeUS.JPGEt pour finir de dresser le tableau, je devais enchainer avec diverses rencontres et réunions de travail au Caire, en Égypte, pour analyser la situation actuelle dans cette région du monde et préparer la prochaine Conférence euro-méditerranéenne (ici celle d'Istanbul et là celle de Benalmadena). Notre venue au Caire a été purement et simplement interdite par le pouvoir égyptien. Il faut dire qu'entre-temps Donald Trump a eu la richissime idée de déclarer Jerusalem capitale d'Israël (photo prise devant l'ambassade des Etats-Unis à Ankara, barricadée alors que des manifestations anti-Trump se déroulaient juste à côté). Comme si l'ensemble de cette zone n'étais pas assez déstabilisée... Ca s'appelle mettre le feu aux poudres, c'est juste givré, et le monde entier risque fort d'en baver.

corinne morel darleux

Wed, 06 Dec 2017 14:44:00 +0100

De l'impact du climat sur nos petites drogues du quotidien

Nouvelle chronique "Le fond de l'air est vert" à voir sur La-bas si j'y suis : Vous vous souvenez des députés qui avaient déballé leur caddie à 5 euros pour protester contre la baisse des APL à l’Assemblée nationale ? Alors pour Là-bas je me suis penchée sur la partie, disons « sexy » du caddie : une tablette de chocolat, un paquet de café, et une bouteille de vin, pour vous parler de climat.

Parce qu’on voit bien que tant qu’on parle du pôle Nord, de la banquise, des ours blancs, ça fait de jolies images, c’est attendrissant, mais ça reste loin pour la plupart des gens.

C’est la question qu’on se pose tous sur le climat : comment partager ce que nul n’a envie d’entendre ?

Parler de concentration de particules dans l’atmosphère, se perdre dans le nombre de degrés à ne pas dépasser, sans se souvenir de l’année de référence, perdus dans les arcanes des négociations des sommets climat : tout ça a du mal à pénétrer les consciences. Ça manque de concret.

Alors je vous propose d’en revenir au sens commun cher à Gramsci, et de repartir de ce qui fait nos petits plaisirs de tous les jours. Café, vin, chocolat : nos petites drogues du quotidien.

Il se trouve que récemment toute une flopée d’articles sont sortis pour illustrer les discussions de la Cop23 à Bonn en montrant ce que le dérèglement climatique va changer concrètement dans notre vie : non pas à l’autre bout du monde, comme dans le Pacifique où des îles sont en train de se faire engloutir dans l’indifférence générale, mais ici en France. Dans nos vignes, dans nos tiroirs et nos placards.

Un premier effet du changement climatique sur le vin, c’est le degré alcoolique qui augmente. Jusqu’ici ce n’est pas trop grave, me direz-vous. Mais les dates de vendange s’accélèrent partout, et les châteaux bordelais investissent dans des vignes en Angleterre. Même la vénérable maison Taittinger envisage de produire du Champagne sur ses terres du Kent ! Là j’en vois déjà qui s’étouffent : du champagne en Angleterre ? C’est le monde à l’envers ! En 2100, certaines hypothèses prévoiraient même la disparition pure et simple du vignoble méditerranéen. Et un article dans La Croix nous invite à imaginer des vignes à Oslo ou des truffes en Champagne à l’horizon de 2100 ! La truffe est en effet une sentinelle très sensible au climat – mais bon, qui a les moyens de se payer des truffes ?

Parlons plutôt de café et de chocolat (mais c’est valable pour le sucre de canne, le maïs, le blé, le riz et le soja qui constituent l’essentiel de l’alimentation de nombreux pays du monde et pourraient bien se raréfier aussi). En cause, donc : le réchauffement, la multiplication des aléas météorologiques (grêle, tempête, sécheresse) mais aussi le déplacement des insectes pollinisateurs, comme les abeilles, vers des régions plus hospitalières. Selon une étude publiée en septembre étude dans les Comptes rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS), en Amérique latine, le scénario le plus sombre prévoit une baisse de production du café de près de 90 % d'ici 2050.

Au Mexique, 3e producteur mondial, la moitié de la production de café a déjà disparu en cinq ans : une maladie du caféier, la rouille, grimpe en altitude avec le réchauffement et les pluies. Alors on replante des hybrides avec des gènes de robusta, le bien nommé – fabriqués dans un labo… en France ! On replante plus haut, que ce soit Mexique, au Guatemala, en Colombie ou au Costa Rica, dans des régions montagneuses où les températures seraient plus favorables aux caféiers et aux abeilles sauvages. Sauf qu’à un moment, les montagnes ne seront plus assez hautes, et les abeilles plus assez oxygénées…

Pour le chocolat c’est le même scénario : réchauffement, sécheresse, maladies. Au Salon du chocolat à Paris, les professionnels ont alerté sur les risques du climat sur la production d'ici 20 ans, notamment en Côte d’Ivoire et au Ghana. Avec la sécheresse, les fèves sont plus petites et produisent moins de cacao. Il y en a une en revanche qui se délecte de ce temps sec, c’est la cochenille farineuse, porteuse du virus de la pousse gonflée qui s'attaque aux cacaoyers. L’avenir s’annonce donc compliqué pour nos tablettes de chocolat.

Vin, café, chocolat : évidemment ce ne sont pas les conséquences les plus dramatiques du changement climatique et de l’inaction de nos dirigeants. Et au début j’avoue, ça m’a agacée de lire toutes ces Unes sur ces sujets formatés sur mesure pour meubler trois minutes dans le JT sur la Cop23. Évidemment j’aurais préféré qu’on parle de la responsabilité des multinationales, des banques, du poids des lobbies, de comment se passer des énergies fossiles et de la campagne « pas un euro de plus ». Mais après tout, pourquoi pas : c’est concret, palpable, ça a un goût et une odeur. Ça parle à tout le monde, ça frappe les esprits. Espérons que ça aura plus d’impact que tous les graphiques réunis.

corinne morel darleux

Fri, 01 Dec 2017 18:13:00 +0100

Du son pour comprendre ce qui se passe à la Région avec Laurent Wauquiez et à Die avec cette maternité (Radio Rdwa)

rdwa.pngA écouter ! Pour celles et ceux qui n'ont pas (encore eu) le temps de lire les 5 épisodes de ma série "Face au budget de Laurent Wauquiez", qui ont envie d'une émission qui prend son temps ou qui tout simplement préfèrent le son, voici mon nouveau compte-rendu de mandat radiophonique sur RDWA, la radio du Diois :

Corinne Morel Darleux, conseillère régionale élue en Drôme, nous propose un rendez-vous régulier pour un "compte-rendu de mandat radiophonique" qui fait suite aux assemblées plénières de la région Auvergne-Rhône-Alpes. La dernière s'est tenue les 29 et 30 novembre 2017. Corinne Morel Darleux nous commente les points suivants :
- Des centristes qui se rebellent
- Le budget 2018
- La convention TER
- L'hôpital de Die : manifestation samedi 2 décembre contre la fermeture annoncée le 22, la position des élus locaux

Enfin l'élue, membre du Parti de Gauche, nous fait part de son dernier déplacement en Corée du Sud à la rencontre du mouvement éco-socialiste et évoque sont retour en Turquie pour la suite du procès de la femme politique d'opposition Figen Yüksekdağ.

Date : 01.12.17
Lieu : Ma cuisine
Durée : 51'25''
Réalisation : Saru

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corinne morel darleux

Fri, 01 Dec 2017 11:01:00 +0100

Face au budget de Laurent Wauquiez (5) : Epilogue

session_budget.jpgAprès 23 heures de discussions sur le budget, la convention TER et divers dossiers ramassés sur deux jours, une courte nuit au milieu et l'examen de 193 amendements, voeux et questions orales, notre dernière session de l'année se termine avec une convention TER et un budget adopté par 110 voix contre 83. Une pause enchantée de mésanges punks qui sont venues se poser sur mon épaule à point nommé (merci Alessandro !)... Et six heures de retard.

C'était prévisible. A force de vouloir tout faire rentrer dans un agenda de Président pressé qui devait se rendre à Maisons-Alfort le soir même pour un meeting de course à la présidence LR - résultat, le Président de Région n'aura pas assisté à la fin de la session régionale... On avait alerté, c'était évident que ça ne pouvait pas rentrer en un jour et demi ! Las, une fois de plus on s'est retrouvés à travailler dans des conditions franchement pas sérieuses : débattre du régime indemnitaire du personnel de la Région, en plein chaos social (voir ce dossier Les Jours "Wauquiez, le cas social"), à 1 heure du mat, comment dire... La première journée de session a été littéralement polluée par les allers-retours de coulisse entre Laurent Wauquiez et les frondeurs centristes de sa majorité : à force de tout centraliser autour de sa personne, Laurent Wauquiez a fini par installer un système où pas un membre de son exécutif n'ose bouger le petit doigt quand il n'est pas là. Résultat, Laurent Wauquiez n'a du assister qu'à à peine un tiers des discussions exposés, pas de retour sur nos amendements passés à la moulinette du "Avis défavorable de l'exécutif, je le soumets au vote". Des heures de travail argumenté, fouillé, sérieux, balayé du revers de la main en trois mots. Un procédé grossier, ahurissant même quand on le met au regard des déclarations de Monsieur Wauquiez dans la presse, je cite : "J’attends que l’opposition de gauche fasse des propositions et mette ses idées sur la table". Des propositions, on en a faites et sans abuser : pas d'obstruction, des amendements tous gagés et fondés, des critères d'éligibilité et même des esquisses de cahier des charges, on leur en a donné plus que ce que nous fournit la majorité ! Je vous en ai indiqué ici la liste en joignant notre dossier de presse.

Je garde un goût amer sur certains amendements qui me tenaient particulièrement à coeur, celui sur la forêt primaire ou mes "montagnes en transition". Balayées en session avec un mépris inouï, traitées avec une désinvolture consternante de la part de cette majorité LR qui se soucie décidément plus de son congrès que d’intérêt général. Ces gens sont définitivement dogmatiques et d’un total irrespect. Sentiment de colère confirmé quand j'ai proposé de faire comme dans l'Hérault ou en Normandie : lancer un plan pour l'agroforesterie (notre amendement pour l'agroforesterie en pdf). Réponse de l’exécutif de Laurent Wauquiez : « On n’a pas reçu de demande de la filière ». Plié en une minute chrono. En l’absence du Président de Région et du vice président à l’agriculture...

Cesser d'avoir recours aux banques et organismes qui disposent de filiales dans les paradis fiscaux et/ou soutiennent des projets d'investissements dans les énergies fossiles (revoir la proposition ici) ? "Trop compliqué, il faudrait tout contrôler" selon Etienne Blanc, premier vice-président de Laurent Wauquiez.

Acquérir des parcelles de forêt comme je vous le décrivais ici pour compenser la destruction de la forêt primaire, la dernière d'Europe, en Pologne et les préserver en Réserve biologique intégrale ? "Surréaliste, adressez-vous au gouvernement polonais", selon Philippe Meunier, bras armé à la sécurité de Laurent Wauquiez (oui oui, Philippe Meunier, celui qui voulait armer les députés).

Introduire une part de bio dans les cantines des lycées, comme vient de le faire la région Occitanie (amendement cantines bio RCES à télécharger en pdf) ? Proposer un dispositif de droit au repos pour nos petits agriculteurs (amendement 8 dimanche par an pour nos paysans en pdf) ? Créer une agence de la biodiversité, comme on est une des dernières régions à ne pas l'avoir fait ? Lancer un scénario Negawatt régionalisé ? ... Ce sera non, et encore non.

Accompagner les agriculteurs qui décident de changer leurs pratiques pour se passer de glyphosate ? Non encore, avec cette réponse ahurissante d'Emmanuel Ferrand, délégué à l'agriculture de Laurent Wauquiez : "Monsanto cherche une alternative plus efficace au glyphosate, en attendant on ne sait pas faire sans". Le Monde, Europe 1, BFM, LCI, Reporterre, La Croix... Mais où ce monsieur a-t-il passé ces dernières semaines pour avoir réussi à passer à côté des Monsanto papers, de la liasse d'articles qui y ont été consacrés et aux non moins nombreux sujets démontrant que les alternatives existent ? Monseur Ferrand est conseiller spécial de la Région aux fonds agricoles européens. C'est juste à pleurer.

Et bien sûr... Lancer des études sur le changement climatique en montagne et les politiques d'adaptation régionales ? "C'est pas avec des études qu'on va manger" - l'inénarrable Gilles Chabert.

C’est donc juste impossible d’avoir un débat un tout petit peu sérieux en Auvergne Rhône Alpes.
Et la session budgétaire ne faisait que commencer.

Sur la Convention TER, qui régit le service des trains et cars dans la Région, nous avons tout de même arraché le conditionnement du financement de la Région au maintien des moyens, effectifs et gares de TER, par la SNCF : en gros si elle dégraisse, la Région dégraissera sa contribution également. On aurait voulu faire plus, mais sans obligations de moyens dans la convention, c'est la meilleure astce qu'on a trouvé pour obliger la direction de la SNCF- au moins elle y réfléchira peut-être à deux fois. Les comités de ligne devraient également être rétabis, sous une forme améliorée, étendue à toutes les fomes de moblité. En revanche, Laurent Wauquiez reste sourd à la nécessité d'améliorer le service TER entre Lyon et Saint Eienne au lieu de son projet d'A45 cher à Vinci ; et on reste sur nos inquiétudes quant à l'ouverture à la privatisation en cours de convention et sur le risque que la SNCF remplace les trains par des cars en heures creuses ; le tarif Illico solidaire reste à 75% au lieu des 90% qu'on avait otenus au mandat précédent, et naturellement Laurent Wauquiez n'a pas varié d'une ligne et reste main dans la main avec la direction de la SNCF sur le fait de remplacer les agents et contrpoleurs à bord par des caméras et des policiers armés en dehors de leurs heures de service, qui eux bénéficieront no, pas de 75%, non pas de 90%... mais de la gratuité.

Au cours des discussions, je suis également intervenue sur le premier rapport sur l'égalité femmes-hommes du mandat, en rappelant qu'en France le Président du Sénat, le Président de la République, le Président de l’Assemblée Nationale, les présidents des 7 groupes politiques à l’Assemblée Nationale, et le Prséident de notre Région sont des hommes. Qu'en Auvergne Rhône Alpes, dans les services, les femmes représentent moins de 40 % des postes d’encadrement, 9 temps partiels sur 10 et qu'il y a 11 femmes pour 1 homme en congé parental. J’ai suggéré – en rappelant qu’en France, au vu des inégalités de salaire, depuis le 3 novembre à 11h44, les femmes travaillent gratuitement - que la Région mette des critères à ses aides aux entreprises sur le principe « pas d’écart salarial à poste égal ». Lettre morte bien sûr. J’ai enfin rappelé que la Région et le département de l'Isère avaient baissé leur subvention de 90% au CIDFF (Centre d'Information des Droits des Femmes et des familles) qui a du fermer après 40 ans d’existence, et baissé de 30 % la subvention régionale au Planning familial... Sans les troubler.

J'ai enfin sauté sur l'occasion d'un amendement sur l'accès au soins et les droits des femmes en zone rurale pour rappeler que dans le Diois on en avait 30, des jeunes femmes enceintes, suspendues à la promesse d'un hélicptère pour mettre au monde leur enfant : j'ai interpellé Laurent Wauquiez sur la fermeture annoncée au 1er janvier de la maternité et de la chirurgie d'urgence à l'hopital de Die, lui qui s'est tant félicité de lutter contre les déserts médicaux avec le cas de l'hopital de Saint Agreve en Ardèche, pour lequel il a fait une "dérogation exceptionnelle" pour "emporter la décision de l’agence régionale de santé pour le maintien de l’hôpital". Manque de bol, il n'était pas là et Die n'étant pas Saint Agrève, il m'a été rétorqué que c'était du ressort de l'Etat. Rapport suivant.

Voilà... Un billet un peu long pour clore cette série "Face au budget de Laurent Wauquiez", mais je voulais revenir sur tout ça, ces 23 heures tellement représentatives du système du futur président de LR - et des projets qui me tiennent à coeur. Sachez aussi que vos messages nous tiennent chaud pendant ces marathons dans le bocal de la Région. Tout comme de voir les plus de 50.000 vues sur Le Dauphiné Libéré pour notre bulletin de notes décalé de Laurent Wauquiez, loin du "AA" de Standard & Poors. Il y a de l’écho en région et ça fait plaisir. Vraiment. Merci à tou-te-s.

Et pour celles et ceux qui en voudraient encore : du son sur RCF où j'ai filé pour débriefer dans le journal régional de la radio, à peine la session terminée, et de la lecture chez votre kiosquier ou sur le site de Politis avec un portrait de "Laurent Wauquiez : le fou du Puy", une double page où vous me retrouverez...

corinne morel darleux

Wed, 29 Nov 2017 14:11:00 +0100

Face au budget de Laurent Wauquiez (4) : Au nom de la forêt

foretcorinnenelacee.jpg« Comment les forêts sont devenues des sujets politiques ». La semaine dernière dans le TER, alors que j’étais en pleine réflexion sur nos amendements budgétaires pour une forêt jardin face à la vision champ coupé de Laurent Wauquiez... Je me suis enfin offert le temps de l’écoute de cette émission qui m’avait attiré l’œil sur Mediapart. Un bonheur.

Et du bonheur, on en a besoin... La moitié des animaux sauvages ont disparu en 40 ans, en Europe ce sont 420 millions d'oiseaux de moins qu’il y a 30 ans. Comme l’impression d’être la génération de l’accélération. La prochaine sera-t-elle celle des enfants du désert ?

Alors j'ai eu furieusement envie d'un titre comme celui-là... : Dernière forêt primaire en Europe : vers le début d’un retour ?

La forêt de Bialowieza en Pologne, ancienne de 10.000 ans, est la dernière forêt primaire d’Europe. Elle est classée en zone Natura 2000 et patrimoine mondial de l’UNESCO. Au lieu de la laisser se régénérer suite à des attaques d’insectes xylophages, comme le préconisaient les experts, le gouvernement polonais a décidé d’exploiter cette réserve boisée plus de 140.000 hectares. La Pologne est poursuivi par la Commission européenne suite à cette décision devant la Cour européenne de justice qui a décidé le 20 novembre d’une amende « d’au moins 100.000 euros par jour » tant que les opérations de déforestation continueront.

A la Région Auvergne Rhône Alpes, je siège dans la commission « Agriculture et forêt » qui dépend de l’action économique, et non de l’environnement. Résultat d’une vision productiviste, la forêt n’a jusqu’ici fait l’objet de délibérations régionales que dans sa dimension de filière économique. Comme je l’avais fait remarquer lors de la dernière session en septembre dernier, il ne faut pourtant pas oublier les autres services écosystémiques rendus par les forêts : captage de carbone (en moyenne 6 tonnes de CO2 par hectare et par an), biodiversité, réduction de la salinisation et les inondations, lutte contre l’érosion et le ruissellement, ou encore absorption de la pollution des nappes en "pompant" les surplus d'azote des engrais agricoles.

Et surtout, toujours, ne pas oublier la verticalité des arbres.

Alors pour le débat sur le budget de la Région j’ai eu une idée. Concilier ces deux constats : le besoin, au-delà de la coupe du bois, de laisser les arbres debout et droits, et la disparition de la forêt de Bialowieza.

Je défends donc ce 29 novembre à Lyon un amendement consistant en une contribution pour compenser la disparition en cours de la dernière forêt primaire d’Europe, en augmentant dans notre Région le nombre d’hectares de forêts classés en réserve biologique intégrale (RBI). Il en existe déjà 3 en Auvergne et 12 en Rhône-Alpes, pour un total de 4772 hectares, soit à peine plus de 3 % de la forêt de Bialowieza. L’objectif proposé est de parvenir à 7.000 hectares, symboliquement 5 % de la forêt de Bialowieza, par l’acquisition par la Région de parcelles à hauteur de 2.228 hectares, placées en statut RBI. Ce projet s’inscrirait dans le cadre du « Challenge de Bonn », sous l’égide de l’UICN.

Cette idée a fini d’éclore avec la lecture de « La vie secrète des arbres ». Elle avait été semée lors de ma découverte de l’Amazonie et de l’aventure Yasuni ITT en Equateur, puis avait germé lors d’une discussion que j’avais eue avec Francis Hallé lors des assises écosocialistes pour la forêt que nous avions organisées à Céret dans les Pyrénées Orientales en 2015. Le botaniste m’avait alors confié qu’il caressait le projet de sanctuarisation en Europe d’une forêt secondaire pour la laisser redevenir primaire.

Il faut de 7 à 10 siècles pour reconstituer une forêt primaire comme celle de Bialowieza. Une forêt secondaire doit pour cela être protégée des activités humaines perturbant ses processus écologiques. C’est précisément l’objet des réserves biologiques intégrales, un statut spécifique aux forêts domaniales de l’État et des collectivités (communes, départements, régions), à ce titre gérées par l’ONF. Ces espaces-témoins voués à la libre évolution des forêts existent depuis plus de 60 ans. En dehors des études et observations scientifiques qui s’y déroulent, la présence humaine n’y est pas interdite mais réglementée : oui aux sentiers de randonnée balisés, non aux opérations sylvicoles et à la chasse au petit gibier.

Aujourd’hui, les accords de Paris sur le climat en 2015, ceux de New York sur les forêts en 2015, d’Aichi sur la conservation de la diversité biologique en 2010, et le Challenge de Bonn sur la restauration des forêts dégradées en 2011, tous ont intégré l’objectif vital de restaurer significativement les forêts mondiales. Le Challenge de Bonn s’inscrit dans le cadre de l’UICN, l’union internationale pour la conservation de la nature. Il marque un engagement mondial de restaurer 150 millions d’hectares d’ici à 2020 et 350 millions d’hectares à l’horizon 2030. Cela correspond respectivement à 10 et 23 ans de déforestation. Déjà 160 millions d’hectares d’engagements ont été recueillis. Près de 50 États, régions et entreprises à travers le monde se sont inscrits dans le Challenge de Bonn. Aucun en Europe.

Nous serions la première région d’Europe à nous inscrire dans cet engagement. Laurent Wauquiez qui aime tant être le premier en tout saisira-t-il cette opportunité ?

Télécharger ici l'amendement "Vers une nouvelle forêt primaire" en pdf

corinne morel darleux

Wed, 29 Nov 2017 08:38:00 +0100

Face au budget de Laurent Wauquiez (3) Tuyauterie, climat et montagnes en transition

protegermontagne.jpgJe vous parlais hier ici de ce travail de fines brutes que nous avons réalisé sur le budget de la Région : afin de proposer des amendements qui ne consistent pas juste à enlever ce que Laurent Wauquiez a mis sur une ligne pour le remettre là où il l’a enlevé, ce qui n’existe qu’en rêve et présente en soi assez peu d’intérêt car aucune chance de faire bouger les lignes, il faut ruser : un amendement budgétaire doit forcément avoir un impact sur le budget, c’est bête mais c’est parfois compliqué. Par exemple, on ne peut pas juste dire qu’il faut des critères sociaux et environnementaux dans les aides versées aux grandes entreprises, parce que ça n’a pas forcément d’incidence budgétaire. Deuxième difficulté : le budget doit évidemment rester équilibré, donc ce qu’on met pour financer notre amendement, on doit le prendre ailleurs, pour chacune de nos propositions. Mais comme on a juste les tableaux de synthèse, sans l’affectation des sommes, c’est difficile de savoir où on peut « gager ». En même temps, ça permet de rêver : de même qu’on peut très bien décider que ses impôts financent l’éducation et non les réceptions de l’Elysée, là on peut toujours se dire qu’on prend sur les 132 millions de l’A45 pour financer les produits bio dans les cantines si on veut, par exemple. Je vous passe les subtilités entre autorisations d’engagement ou de programme, crédits de paiement et de fonctionnement, chapitres, rubriques et sous-fonctions… Au final, nous avons déposé 30 amendements sur l’ensemble des compétences de la Région.

> Voir la présentation de l'ensemble de nos amendements ici - Dossier_de_presse du groupe du Rassemblement RCES (fichier PDF)

Pour ce qui a plus particulièrement occupé mes journées, vous ne serez pas surpris de retrouver ma prédilection habituelle envers la montagne. J’ai ainsi proposé un amendement visant à disposer d’études sérieuses sur l’impact des canons à neige : économique, social et environnemental, sur l’endettement des structures bénéficiaires, les véritables retombées économiques locales (histoire de vérifier la fameuse théorie du ruissellement), la consommation en eau et en énergie (voir à ce sujet cet excellent papier de Barnabé Binctin "Boire ou skier faudra-t-il bientôt choisir" paru hier dans Bastamag), en prenant en compte les coûts d’entretien et de fonctionnement, la durée de l’amortissement, le temps réel de fonctionnement par saison, bref : le retour sur investissement. On en est tout de même à 32 millions d’euros de financement régional... Je demande aussi un soutien aux programmes de recherche sur l’impact du réchauffement climatique en montagne et les politiques régionales d’adaptation, sur lesquels de nombreux acteurs existent déjà : Irstea, Météo France, LabEx Item à Grenoble, CREA, doctorants.

Coup de chance - je n’en attendais pas tant pour m’aider à défendre cet amendement : dans le budget 2018 il est bien spécifié dans la partie « environnement » que « la Région est impactée par les effets du changement climatique notamment en zone de montagne (fonte des glaciers et du permafrost) et dans la vallée du Rhône avec l’évolution générale de son climat vers un climat plus méditerranéen nécessitant d’adapter nos pratiques. L’augmentation de la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes est dorénavant visible et pose la question du développement de la gestion intégrée des risques naturels. La région poursuivra ses efforts de soutien à l'adaptation au changement climatique de ces territoires ».

Certes. Et il est largement temps en effet de développer le volet adaptation de nos politiques publiques. Le manifeste signé par 15.364 scientifiques lance à nouveau l’alerte ; nous sortons d’une nouvelle Cop à Bonn qui a confirmé l’insuffisance des engagements et moyens mis en œuvre pour le volet atténuation des émissions de gaz à effet de serre... Il est temps, oui, alors que les premiers effets du réchauffement climatique ne peuvent plus être niés et sont particulièrement visibles en montagne. C’est la multiplication des écroulements du à la fonte du permafrost, l’augmentation des sécheresses, le recul des glaciers et le manque d’enneigement chronique, autant de signaux de plus en plus alarmants. Dans les Alpes du Nord, le réchauffement atteint plus du double de la valeur moyenne en France qui est de +0,89°C : +2,1°C entre 1900 et 2016. Or une hausse de 1°C provoque une remontée de la limite pluie-neige de 150 à 200m. C'est donc en moyenne montagne que l'enneigement est le plus touché, avec une baisse régulière depuis la fin des années 80 : entre -20% et -25% en dessous de 1500m (voir le rapport publié en juillet par le réseau Alpages Sentinelles).

Notre responsabilité de politiques est d’anticiper ces changements, de développer la capacité de résilience des territoires de montagne et d’aider les stations à s’adapter : en un mot, préparer l’ « après ». Alors quand Gilles Chabert, conseiller spécial délégué à la montagne, feint de s’interroger : « D’ici 80 à 100 ans il n’y aura plus de neige dans les moyennes montagnes. Mais que fait-on d’ici là ? Est-ce qu’on arrête tout de suite ? » ça me donne comme une furieuse envie de jouer à feindre de croire qu’il s’interroge sincèrement. Sauf que ce n’est pas le cas, comme il l’a encore montré la semaine dernière en commission Montagne. Un vrai festival. Comme je contestais les chiffres qui nous ont été présentés, par exemple sur le fait que 100% de l'eau des canons à neige serait restituée (selon l'association Mountain Wilderness cité par Bastamag, on est à 30%), voici la réponse qui m'a été faite par Monsieur Chabert - je vous laisse savourer : "Les chiffres c'est ceux d'Atout France, on prend les chiffres qu'on nous donne (...) Et si sur l'évaporation c'est 15%, eh bien je la prends. On est à la marge, c'est comme les lacs en été. Moi ce qui m'intéresse c'est d'ouvrir à Noël et de fermer après Pâques". Fermez le ban.

Et puis disons-le, parfois l’optimisme du conseiller spcécial à la montagne de Monsieur Wauquiez frise l’illusion : "80 à 100 ans", vraiment ? L’absence de neige sera là avant, je le crains. Pour Jérôme Chappellaz, glaciologue et directeur de recherche au CNRS à Grenoble, d’ici 10 ans, maximum 20, toutes les stations dont les domaines skiables se situent en dessous de 1.800 mètres sont condamnées. Même en restant sous les 2°C de réchauffement mondial, l’engagement du Sommet de Paris, selon les Suisses de l’institut pour la recherche sur la neige et les avalanches et le laboratoire Cryos de l’école polytechnique fédérale, la couverture neigeuse des Alpes serait réduite de 30 % d’ici la fin du siècle et en 2100, il ne resterait plus aucune station en-dessous de 2500 mètres.

La question qui se pose à nous aujourd’hui n’est pas d’être pour ou contre le ski, mais comment les politiques publiques peuvent aider les stations à se préparer à l’après-ski. Alors pour répondre à la question posée par Monsieur Chabert « Que fait-on d’ici là ? » : on prépare le changement pour qu’il soit moins violent. Pour éviter de refaire le même coup qu’à Valdrôme où la station a fermé brutalement, sans préparation ni accompagnement, en 2015. Et s’inspirer plutôt de ce qui se fait à Autrans-sur-Isère, où le Maire explique : « Nous ne sommes pas dans le déni. Nous savons très bien que nous nous situons dans la tranche d'altitude qui va connaître les difficultés les plus importantes. Aussi, depuis plusieurs années déjà, nous nous préparons. Nous diversifions nos activités et nous raisonnons en termes d'attractivité globale du territoire ».

Or en matière de diversification, ce n’est pas en commission Montagne que ça se passe - depuis deux ans on n’y fait que du canon et le volet 2 du Plan neige sur l’hébergement se fait attendre - mais en Tourisme où un appel à manifestation d’intérêt en faveur de la diversification touristique quatre saisons a été lancé, pour une vingtaine de territoires de montagne. C’est un début, qui doit être renforcé, mais force est de constater que les actions en faveur de la montagne hors-ski sont aujourd’hui dispersées et manquent furieusement de lisibilité : on en retrouve des bouts en Sport, en Environnement, en Aménagement du territoire avec les Contrats ambition Région et le programme Soutien à la Ruralité ; les randonnées, rénovations de refuges et territoires d’excellence pleine nature sont en Tourisme ; le soutien d’opérateurs régionaux de la recherche comme Envirhonalp en Enseignement supérieur et Recherche… Alors jouons à utiliser leurs mots, qui nous sont si souvent opposés : « Nous proposons de donner davantage de visibilité à ces actions, de les rationaliser pour gagner en efficacité et de leur donner davantage d’ambition en les structurant dans de nouveaux contrats territoriaux « Montagne en transition ». Nous serions la première région, pionnière et en pointe, à proposer de type de dispositif. En avance sur la Suisse et l’Autriche… »

J’ai même proposé des critères et un début de cahier des charges, puisqu’on n’en a jamais obtenu de la part de Monsieur Chabert malgré mes demandes répétées sur le financement de la neige artificielle. J’ai donc proposé que soient éligibles aux nouveaux contrats « Montagne en transition » financés par la Région, les communes disposant d’un domaine skiable dont l’altitude est située en dessous de 1800 mètres (catégorie 1), et entre 1800 et 2500 mètres (catégorie 2), en fonction du nombre de remontées mécaniques, du chiffre d’affaires générés par l’activité ski, des finances communales et de la structure de l’endettement de la commune, le tout modulé selon les jours et le volume d’enneigement sur les trois dernières années. Dans le cahier des charges et les engagements réciproques, on peut imaginer le développement de stratégies de diversification économique et touristique alternatives au ski l’hiver et des investissements sur la saison estivale : nuitées en refuge, randonnée, chiens de traineaux, luge, vélo électrique, festivals culturels… On pourrait aussi se fier pour objectif d’élargir la clientèle familiale et locale par une baisse du forfait, du renfort utile pour la période de transition ; des formations qualifiantes pour les moniteurs de ski en reconversion volontaire et un « coup de pouce » financier (avance de trésorerie, PTZ, subventions) à la création d’activités locales ; des actions sur les lits froids, le logement des saisonniers, le respect de la loi LRU bien entendu, une politique d’accueil de familles pour lutter contre la désertification hors saison… Vote cet après-midi.

Et cerise sur le gâteau : je me suis fait le petit plaisir de proposer un bonus spécial « Montagne apaisée » pour les communes adoptant une approche touristique basée sur le paysage, le ressourcement, le bien être, parcours zen et zones de déconnexion. En vrai ? J’en rêve...

 

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corinne morel darleux

Tue, 28 Nov 2017 14:07:00 +0100

Face au budget de Laurent Wauquiez (2) Du travail, du collyre et du café

image_groupe_RCES_01_16.jpgCe mercredi 29 novembre débutera à Lyon l’examen du budget de la Région proposé par Laurent Wauquiez pour l’année 2018. Nous avons travaillé comme de fines brutes avec les élu-e-s du groupe du rassemblement RCES pour décortiquer ce budget et déposer des amendements qui ne soient pas uniquement en réaction contre les sales coups du Président de Région, mais aussi dans la proposition : allier résistances et alternatives, parce qu’il nous faut à la fois lutter contre les régressions mais aussi construire l’après et faire la démonstration que c’est possible pour ne pas désespérer.

La session s’annonce très chargée : en plus du budget, qui est déjà le gros morceau de l’année, nous allons également avoir la convention TER qui lie la Région à la direction régionale de la SNCF pour tout ce qui concerne les transports, cars et trains, ce qui n’est pas une mince affaire. Ajoutez à cela les délibérations « courantes » de l’assemblée plénière (2.315 pages) sur divers sujets à ne pas délaisser (petit échantillon : l’égalité femmes-hommes, les nanotechnologies, la gestion du personnel de la Région qui n’en finit plus de morfler comme l’a très bien souligné ce dossier paru dans Les Jours « Laurent Wauquiez, le cas social » , mais aussi l’insertion des jeunes par l’emploi ou encore les parcs naturels régionaux) sans oublier les rapports de commission permanente à étudier (4837 pages) dans lesquels il vaut toujours mieux aller fouiner : c’est là, glissée au milieu de ces centaines de pages qu’on avait par exemple dégotté la fameuse subvention à l’UNI (sur laquelle Le Canard est revenu depuis).

Tout ça, casé en un jour et demi de session rétrécie, parce qu’en pleine préparation du congrès de Les Républicains, gérer la Région tout le monde n’a pas que ça à faire, vous voyez. On prévoit collyre, vitamines, amandes et café. Notez qu’on n’a pas prévu les pastilles au miel, notre voix ne devrait pas trop s’user : en conférence des présidents qui réunit un représentant de chaque groupe politique, je n’ai pas réussi à arracher de passer de deux à trois minutes de temps de parole pour les explications de vote.        Oui, vous avez bien lu.

Nous avons travaillé tous nos amendements avec un principe simple : la quête du triple A de Standard & Poors ne peut pas être une boussole politique - rappelons que le PIB qui est l’indicateur omniprésent dans l’économie augmente à l’occasion d’un accident. Le rôle des politiques publiques n’est pas de gérer les économies ou de négocier la dette, mais bien de répondre aux besoins des habitants de la région. Le double A dont Laurent Wauquiez jubile à chaque occasion ne change rien à la vie quotidienne des gens. C’est un outil, ça ne peut pas devenir un but en soi. Donc nous avons réfléchi tous nos amendements en fonction de trois indicateurs : l’empreinte écologique, le développement humain (santé, éducation, niveau de vie) et la santé sociale (dont l’emploi). Ainsi nos 30 amendements recouvrent le champ des cinq grands besoins suivants : préparer les emplois de demain, économiser l’énergie, préserver la santé, protéger la biodiversité, prendre soin de tous les habitants.

Reste à savoir combien vont être discutés et votés. Depuis le début du mandat nous avons proposé 150 amendements. Seuls 6 ont été adoptés et certains ont été retoqués avant même d’être soumis au débat… (On a réussi à s'en amuser là). Mais bon là, ça devrait être bon cette fois : Laurent Wauquiez nous a clairement invités à faire des propositions lors de la dernière session, je cite « Soyez meilleure que Hulot et venez nous aider sur ce que l’on veut réaliser sur le développement durable et l’environnement. Apportez nous vos idées ». Allez, roule. Des idées on en a.

Je vous ai déjà parlé de notre proposition, en matière de dette et d’emprunts, de cesser de recourir aux banques et organismes qui alimentent les paradis fiscaux et soutiennent les énergies fossiles. C’était juste le hors d’œuvre. On a aussi des propositions pour des contrats territoriaux de « Montagne en transition », un scénario Negawatt régionalisé, un autre pour offrir huit dimanches par an à nos paysans, reconstituer le début d’une forêt primaire en Europe, former les jeunes aux métiers d’avenir de la transition écologique, faire de la rénovation thermique dans les lycées, renforcer les moyens humains dans les trains ou encore renforcer la prévention en matière de santé... J’y reviendrai, mais pour momentanément finir de vous allécher, parce qu’il faut bien rire de temps en temps, voici le bulletin de notes qui devrait remplacer le double A de Monsieur Wauquiez.

 

Bulletin_de_notes_RCES.jpg

corinne morel darleux

Mon, 27 Nov 2017 20:08:00 +0100

Face au budget de Laurent Wauquiez (1) A propos de charbon, de MM Trump et Macron

trumpdigscoal.jpgAlors qu’on nage en plein bouleversement climatique, que les tribunes et cris d’alerte se succèdent pour réduire urgemment et drastiquement les émissions de gaz à effet de serre qui sont reparties à la hausse cette année, et que le sommet de Bonn a de nouveau failli à prendre l’ampleur de l’urgence, voilà qu’on apprend par Mediapart que l’Agence française de développement s'apprête à accorder un prêt de 41 millions d'euros à la Chine pour soutenir un projet lié à une méga-centrale à charbon ! Et ce, alors que durant la même Cop à Bonn une dizaine de jours plus tôt, Rémy Rioux, le Directeur général de l’AFD, assurait lors d’une rencontre où lui était posée la question des infrastructures fossiles que l'AFD ne finançait « plus aucun projet charbon » (voir ici le récit de Nicolas Haeringer de 350.org). Hashtag cohérence, climat et Cop23... Face à la protestation, l'AFD a reporté l'étude du prêt, mais ne l'a pas (encore) annulé.

De son côté, Emmanuel Macron tente de se poser en champion du climat, comptant sur une sorte d'amnésie aveugle de masse sur le Ceta, le recul sur le nucléaire, la mine d'or et le permis Total en Guyane, la fin des aides au maintien de la bio et autres joyeusetés (voir le rapport complet d'Attac, page 18). Et comptant certainement sur l'effet de comparaison avec Donald Trump. C'est vrai que c'est tentant, et qu'à côté du président États-unien tout le monde peut avoir l'air écolo à peu de frais à part peut-être le président po.... Mais comme l’a rappelé Naomi Klein lors de son passage en France, il ne suffit pas de faire mieux que Donald Trump pour devenir le champion du climat. Loin s’en faut. Il suffit pour s'en convaincre de revoir cette séquence hilarante totalement consternante sur Donald Trump et le "charbon propre" : comme disent les jeunes, "y a du level".

Voilà voilà...

Bref, Monsieur Macron peut bien faire toutes les "punchlines" #makeourplanetgreatgain du monde, ça nous fait une belle jambe. Il nous faut des actes. Et vite.

  • Premier acte : le 29 novembre je défendrai l'amendement ci-après au nom de notre groupe du Rassemblement à la Région (enfin s’il n’est pas retoqué par le cabinet de Laurent Wauquiez qui adore dégommer nos propositions – voir notre vidéo ici) demandant qu’on cesse d’avoir recours aux banques et organismes qui alimentent les paradis fiscaux et soutiennent les investissements dans les énergies fossiles... Au hasard, dans les éléments de bilan du budget régional, la Société Générale à elle seule représente 450 millions sur la ligne « emprunts et dettes » de la Région.
  • Deuxième acte : le 12 décembre, rendez-vous au petit matin à Paris pour réclamer « pas un euro de plus » pour les énergies du passé, histoire d’ambiancer un peu le sommet « vert » de Monsieur Macron, dédié au financement des alternatives et de l’adaptation au changement climatique.

(Ah et au passage, si Monsieur Macron cherche des idées de financement, euh… On peut lui rappeler que sa réforme de l’impôt sur la fortune va nous coûter 3,2 milliards d’euros et sa « flat tax », le prélèvement forfaitaire unique (PFU), 10 milliards selon l’économiste Gabriel Zucman. De quoi financer deux-trois petits projets innovants.)

AP290917.jpgAmendement au budget 2018 de la Région Auvergne Rhône Alpes : « Sortir des paradis fiscaux et des énergies fossiles »

Après les différents rapports comme ceux d'Oxfam, le récent scandale des Paradise Papers a une fois de plus jeté une sombre lumière sur les pratiques des banques françaises. A titre d'exemple, la Société Générale réalise 22% de ses profits dans des paradis fiscaux mais n'y emploie que 4% de ses salariés pour réaliser 10% de son chiffre d'affaires. En Irlande, la Société Générale a réalisé 4 fois plus plus de bénéfices que de chiffre d'affaires et trois banques, dont le Crédit Agricole, n'ont payé que 2% d'impôts. Aux îles Caïman, on retrouve les quatre plus grandes banques françaises, BNP, BPCE, Crédit Agricole et Société Générale. La BNP y dégage 134M d'euros de bénéfices, auxquels s'ajoutent 23M à Monaco, ou encore 22M aux iles anglo-normandes et de Man. La Banque européenne d’investissement (BEI) quant à elle a investi près de 500 millions d’euros dans des fonds localisés dans des paradis fiscaux ces dernières années.

Ces pratiques soulèvent une légitime indignation de la part de celles et ceux qui payent l'impôt en France et nous prive de ressources publiques pour mener à bien nos politiques dans un contexte de baisse des dotations de l’État et d'austérité forcée dans les collectivités. La Région se doit d'être exemplaire et cesser de coopérer avec ces banques.

Monsieur Wauquiez ne cesse de souligner que la Région n'augmente pas l'impôt, commençons par nous engager à ne pas travailler avec ceux qui s'affranchissent des règles communes.

Par ailleurs, il est à souligner que face à la mobilisation citoyenne, la BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit agricole ont du acter leur retrait du plus grand projet charbonnier au monde, dans le bassin de Galilée, en Australie. Cela s'inscrit dans un mouvement massif de désinvestissement du secteur des énergies fossiles. Dans le contexte de dérèglement climatique et face aux échecs des gouvernements à s'engager fermement sur des réductions des émissions de gaz à effet de serre, les collectivités aussi s'engagent.

En juin 2015, la région Rhône-Alpes a adopté un vœu soutenant le désinvestissement des énergies fossiles, demandant :

- à la Caisse des Dépôts et à la Banque publique d’investissement de renoncer à toute participation dans les projets favorisant l’extraction et/ou la production d’énergie à base de combustibles fossiles ; - aux organismes proposant une retraite par capitalisation aux élus locaux ou aux agents de la fonction publique territoriale, de renoncer à tout placement dans le capital ou les produits financiers des entreprises du secteur des énergies fossiles.

Des motions dans ce sens ont également été adoptées par le Conseil de la ville de Paris, la région Île-de-France, le département de la Gironde. Selon le réseau 350.org, plus de 30 collectivités françaises ont récemment rejoint l’initiative – Saint-Denis, Lille, Bordeaux, Dijon, Rennes… mais aussi la London School of Economics qui va désinvestir 138 millions d’euros des compagnies travaillant dans le charbon ou les sables bitumineux, les universités de Stanford, Yale, Harvard, Glasgow ou Oxford, le Science Museum de Londres, certains des principaux fonds de pension ou le gigantesque fonds souverain de Norvège ou encore Allianz, la première compagnie européenne d’assurance. Une quarantaine d’organisations catholiques se sont engagées enfin le 3 octobre 2017 à se désinvestir totalement des énergies fossiles.

... Et l'agence de notation américaine Standard and Poor’s, rappelons-le, inclut désormais le risque climat dans ses éléments de notation.

Ce budget est l'occasion de réaffirmer l'engagement de la Région sur ce sujet.

Amendement :

Ajouter le point suivant :

I-4) d'approuver le principe de non recours de la Région aux organismes et banques disposant de filiales dans des paradis fiscaux et/ou soutenant des projets d'investissement dans les énergies fossiles

corinne morel darleux

Sun, 26 Nov 2017 12:28:00 +0100

Dans ma vallée

mavallee.JPGDans ma vallée il y a des trains, des écoles, un hopital. C'est ce qui fait qu'on est reliés, que des gens viennent s'installer, qu'on nait, circule, apprend, grandit dans la vallée.

Supprimer une école, des trains, la chirurgie et la maternité, c'est condamner à terme toute la vallée. Bien loin des grands discours sur la ruralité. C'est pourtant ce à quoi on risque d'assister.

Trois exemples, trois combats.

 

 

Les trains de l'étoile de Veynes

chronique1barriere.jpgL'étoile de Veynes, au croisement des lignes de Grenoble vers Marseille et de Valence à Briançon, s'est de nouveau mobilisée ce samedi à l'occasion des Assises de la mobilité, pour que vive la ligne des Alpes, qu'on puisse continuer à circuler en train dans la vallée de la Drôme, au quotidien. Dans notre vallée le train de nuit Paris-Briançon est menacé, des gares, des postes risquent d'être supprimés, et la Région Auvergne Rhône Alpes s'obstine à investir 132.000.000 d'euros dans une autoroute Vinci entre Lyon et Saint Étienne au lieu d'y mettre des trains, à soutenir le pharaonique Lyon-Turin - qui sera en partenariat public-privé lui aussi - au lieu d'aménager la ligne existante. Laurent Wauquiez joue les gros bras dans la presse avec "sa" convention TER signée avec la direction de la SNCF avant même qu'on l'ait votée, et oublie de préciser que beaucoup de choses annoncées existaient déjà, à commencer par les pénalités de retard. La Région et la direction de la sncf installent de concert des caméras et suppriment la présence de contrôleurs, on remplace les humains par des machines, Laurent Wauquiez est tout content d'annoncer la gratuité des trains pour les policiers mais oublie de rappeler qu'il a sabré les réductions pour les chômeurs et précaires... Et on n'a toujours aucune garantie sur les moyens, toujours pas de comités de ligne pour faire dialoguer sncf et usagers, on ne sait toujours pas si on aura des cars ou des trains. Chaque action, chaque mobilisation compte. Ré-écoutez cette émission de France Culture "Sur la route d'un cheminot" le long de la Drôme, lisez cet excellent reportage de terrain réalisé par Les Jours avec We Report auprès de ces agents qui évitent les retards, et dont les postes sont menacés sur la ligne des Alpes : "Laurent Wauquiez joue aux petits trains". Comme cela a été fait à Veynes, ou à Saillans et à Crest où nous avons organisé nous-mêmes notre comité de ligne et fait une projection-rencontre entre cheminots et citoyens, mais aussi à Nice, Paris, Briançon, à Grenoble et à Die : dites-le, rejoignez les actions, faites-le savoir, organisez des rencontres, partagez ! Et prenez le train...

L'école du village de Sainte-Croix

saintecroix3.JPGC'est une petite école rurale qui accueille 18 enfants, de la grande section au CM2, des villages de Pontaix, du Quint et de Sainte-Croix. Le 25 aout, la Mairie recevait un courrier de Pole Emploi : "crédits notifiés par l’État épuisés, fin des deux contrats aidés" pour l'école, à quelques jours de la rentrée... Pendant trois semaines, les élus de la Mairie, les parents, les grands-parents, les voisins, les habitants se sont démenés : trois semaines de luttes, de blocage, d'auto-organisation et de tissage de liens joyeux de solidarité dans le village pour sauver les deux contrats aidés. On en a fait un petit reportage vidéo à retrouver ici sur le site local Ricochets, troisième volet d'une série pour incarner les impacts concrets de la suppression des contrats aidés dans notre vallée. Ces suppressions décidées par Emmanuel Macron tombent comme la grêle aux mêmes endroits déjà assommés depuis des mois par les coupes de subventions de Laurent Wauquiez : associations, petits festivals, réseaux ruraux, espaces sociaux et culturels, lycées pros (je vous parlais ici de ma rencontre au lycée Bouvet à Romans sur Isère). Laurent Wauquiez a beau répéter comme il l'a fait chez Ruth Elkrief que « Emmanuel Macron ne fait pas ce que nous aurions voulu faire. La politique qu'il porte n'est pas une politique de droite », pardon mais la différence n'est pas flagrante : suppression des contrats aidés d'un côté, coupe des aides aux associations de l'autre ; pérennisation de l’état d'urgence et financement de la vidéosurveillance ; FNSEA et lobbies de part et d'autre ; réforme de l'ISF et refus de l'impôt ; Montagne d'or et A45... Ca se ressemble furieusement.

L'hôpital de Die

hopitaldie.jpgC'est une des plus petites maternités de France et un des plus gros employeurs de la ville. C'est aussi une des raisons majeures avec la gare, la cité scolaire et le théâtre, pour laquelle les gens et notamment les jeunes familles viennent s'installer à Die. La garantie de pouvoir être soigné ou mettre au monde des enfants sans avoir à aller jusqu'à Valence par les petites routes de montagne. C'était un des engagements de François Hollande : pas un citoyen à plus de 30 minutes d'un service d'urgences. Des années de lutte, de témoignages, d'expo-photo de générations entières nées à Die, d'arguments et de manifestations pour réclamer une autorisation de 5 ans, comme à Privas, une garantie sans laquelle l'hopital se meurt :trois praticiens étaient intéressés, mais qui viendrait s'installer à Die en famille avec un CDD d'un an ? Le collectif pour l'hopital de Die n'a pas ménagé ses efforts. On nous a dit qu'il n'y avait pas assez d'actes pour garantir la sécurité des accouchements : des études ont démontré que le risque était plus fort de prendre la route. Les praticiens ont expliqué qu'ils exercaient aussi ailleurs et maintenaient ainsi leur qualification. On a expliqué que les accouchements à domicile, non comptabilisés, ne sont possibles que par la proximité des équipements d'urgence de l'hopital. On a cartographié les kilomètres et redit que ni Samu ni hélicoptère ne prennent en charge un accidenté dont l'état n'est pas stabilisé. On a rappelé qu'on n'est pas à Paris ici, mais en montagne avec des risques accrus d'accident. Que le temps d'intervention pour une femme enceinte qui fait une hémorragie est de 20 minutes. Que pour une plaie ouverte c'est 45 minutes. On a documenté l'"exception géographique" et la notion juridique de "perte de chance de survie", de jeunes femmes enceintes ont porté plainte à la gendarmerie pour mise en danger de la vie d'autrui. On a redit qu'on n'était pas des citoyens de seconde zone. On a écouté Laurent Wauquiez clamer qu'il se battrait contre les déserts médicaux et me répondre en session à la Région "Il ne vous a pas échappé que précisément dans c'est un sujet important pour moi" et de dire, au sujet d'un autre petit hopital, celui de Saint -Agrève : "Quand vous le regardez depuis Paris, les routes sont plates et ils pensent qu'en une demie-heure on peut aller en voiture à valence ou Annonay". En effet, je confirme Monsieur Wauquiez : de Luc-en-Diois c'est 1h38 de petites routes de montagne pour Grenoble, 1h40 pour Valence, 1h24 pour Gap.

La Ministre de la Santé vient d'annoncer la fermeture de la maternité et de la chirurgie d'urgence au 1er janvier. Allez, restez chez vous ou allez vous blesser ailleurs, ne faites plus d'enfants et vive la ruralité ! Ah si, pardon : en lot de consolation, un scanner flambant neuf et des sous pour rénover l'hopital. Bonus : un hélicoptère... Je vous invite à relire le dossier très complet sur Basta "Comment la fermeture des petites maternités menace la santé des mères et de leurs enfants" et si vous êtes dans le coin venez manifester avec le collectif devant l'hopital de Die samedi 2 décembre : deux fois déjà, en 1986 et en 2008, la mobilisation a permis de sauver l'hopital de Die.

Ah, et une dernière chose : n'hésitez surtout pas à demander ce qu'elle en pense à à Célia de Lavergne, LREM fraîchement élue Députée de notre vallée. Je n'ai rien vu ni sur son compte twitter, ni sur sa page Facebook. Curieux.

corinne morel darleux

Sun, 26 Nov 2017 09:03:00 +0100

Apple, Samsung, Foxconn : sombres affaires de smartphones

Nouvelle chronique à voir sur La-bas si j'y suis, consacrée aux coulisses d'un objet devenu incontournable en quelques années : le Smartphone.

On ne peut plus faire un pas dans le métro, dans la rue, au restau ou au cinéma sans voir des doigts pianoter sur l’écran lumineux. Même en pleine messe... ("Posez ces téléphones !" : le coup de gueule du pape François) En 10 ans, 7 milliards de smartphones ont été produits dans le monde. Une belle concentration d’énergie grise, de terres rares, de 40 minerais différents : or, tantale, tungstene, cobalt, étain… mais aussi de fraude fiscale et de conditions de travail scandaleuses. Tout ça pour finir dans des décharges illégales en Chine ou en Afrique, après seulement 20 mois en moyenne d’utilisation selon l’Ademe, deux fois moins chez les jeunes...

Alors soyons clairs : il ne s’agit pas ici de culpabiliser les propriétaires de smartphones, moi-même c’est mon outil de travail et je serais bien mal placée pour donner des leçons. En revanche on ne va pas me gêner pour en donner aux producteurs. Parce que eux ont les moyens de changer leurs méthodes de production, eux ont les ressources pour le faire quand on voit les dividendes dégagés par des firmes comme Apple au Samsung qui sont les deux gros leaders du marché aujourd’hui en France et dans le monde : Samsung dégage 16 milliards de bénéfices nets, Apple marge à 40 %.

De l’argent ils en ont, quand il s’agit de lancer à grand renfort de publicité et de marketing le tout dernier iPhone X ou Galaxy 7 (j’ai peut-être raté quelques numéros). De l’argent ils en ont d’autant plus que Apple est un des champions de l’évasion fiscale. Avant même les fameux Paradise Papers, Apple était mis en demeure par l’Union européenne de payer à l’Irlande, où se situait le siège de la firme, 13 milliards d’amende pour impôts non payés. Ça n’a pas freiné Apple qui a déposé un recours auprès de la Cour de justice européenne et, l'Irlande ayant été obligée de mettre fin à ses techniques d'évasion fiscale en 2014, a déménagé dès l’année suivante, de l’Irlande à Jersey, un autre paradis fiscal bien connu. Gain du transfert : 110 milliards d'euros qui échappent à l’impôt aux États-Unis. Avec les "Paradise Papers" on sait désormais que c’est un cabinet international d'avocats basé aux Bermudes qui a conseillé ce judicieux et juteux transfert à Apple.

Mais chez Samsung ce n’est pas mieux. Un rapport de la Confédération syndicale internationale (CSI) publié en octobre 2016 « Samsung : une technologie moderne, des conditions de travail médiévales » les a épinglés en 2016 pour fraude fiscale et corruption. Sans parler des conditions de travail : je reviens de Corée du Sud où j’ai rencontré des travailleurs de Samsung, ils racontent des conditions de travail absolument scandaleuses. Samsung va jusqu’à leur demander de travailler chez eux plutôt qu’à l’usine histoire de libérer de l’espace, et c’est ainsi qu’ils se retrouvent à manipuler des matières toxiques sans aucune protection. Alors fatalement arrive ce qui devait arriver : de graves maladies professionnelles, des leucémies, et même des décès : 112 selon l’association Sharps, rien que pour la branche Samsung Electronics.

Et naturellement Samsung interdit aux travailleurs de se syndiquer (un droit pourtant garanti par la constitution sud-coréenne) et refuse d’indemniser les victimes. Et quand un travailleur commence à protester un peu trop fort comme l’a fait Kim Sung Hwan, il est suivi, espionné, arrêté et finalement jeté 4 ans en prison (voir le numéro 2 de la revue L’intérêt général consacrée au travail).

La situation n'est guère plus brillante chez les autres fabricants. Il suffit pour s'en assurer de regarder par exemple en Chine du côté de Foxconn, assembleur pour Apple, HP ou HTC : une véritable usine-monde, qui regroupe dans ses bâtiments plusieurs centaines de milliers de travailleurs, où la souffrance au travail a poussé le sous-traitant à installer des « filets anti-suicide » à mi-hauteur des immeubles à risque. Cela ne suffisant pas à endiguer le phénomène, Foxconn a depuis déployé des grilles sur tous les toits accessibles. En plus des barreaux aux fenêtres, naturellement.

Alors on ne va pas tous se débarrasser de nos smartphones du jour au lendemain, par contre on peut participer à la campagne #IPhoneRevolt d’Attac, changer de fournisseur : il existe aujourd’hui un Smartphone plus écolo et respectueux, le Fairphone - un peu cher néanmoins - et puis surtout on peut éviter de changer de téléphone tous les ans à chaque fois qu’un nouveau modèle sort, en se souvenant à chaque fois qu’on regarde un modèle quel est le prix du dernier cri : celui des travailleurs et de la planète qu’on exploite.

corinne morel darleux

Thu, 23 Nov 2017 16:25:00 +0100

Bataille navale, récit d'une ZAD en Mer de Chine méridionale

localisationdeJeju.PNGChronique publiée sur Reporterre le 21 novembre sous le titre "En Corée du Sud, une tenace bataille contre une énorme base militaire"

Des orangers, des palmiers, un climat incroyablement doux, tout caresse les sens dès qu’on arrive sur l’île volcanique de Jeju, au sud de la Corée... Mais dans ce décor luxuriant se cache la base navale très décriée de Gangjeong. Reporterre s’en était fait l’écho en 2015. Deux ans plus tard, loin de l’Automne de mon Diois, et quelques jours avant la visite de Donald Trump en Corée du Sud, je me suis rendue à Jeju (*).

Ile de Chedju, juin 1970.
Voici très longtemps, Chedju est sortie de la mer dans un nuage de vapeur, de soufre, de magma, bombardant le ciel de roches incandescentes avec un barrissement incongru. (...)
Alizés, moussons, graines, pollen, abeilles, oiseaux : l’île s’est couvert de forêts, de pâtures, d’azalées, de fougères et l’Océan a fait très bon accueil à cette nouvelle venue de velours vert
Nicolas Bouvier, Journal d’Aran.

nobasedeJeju.JPGL’idée d’une base navale militaire sur l’île de Jeju est née en 1993. Son implantation avait d’abord été prévue à Hwasun, puis à Wimi. A chaque fois, le projet a été repoussé par les habitants, pour finalement venir se loger en dernier ressort à Gangjeong en 2007. Après dix années de luttes, la base a finalement été achevée et officiellement inaugurée en février 2016. Le modèle est posé : c’est celui d’une deuxième Hawaï, d’une économie locale basée sur l’étonnant combo militaro-touristique. C’est celui d’une base navale Sud-Coréenne étonnamment dimensionnée pour les intérêts d’une autre armée, celle des États-Unis : non pour contrer la Corée du Nord, située à l’autre bout du pays, mais bien la Chine, à quelques encablures de Jeju. Sinon, pourquoi avoir choisi ce port, secoué par la naissance des typhons et difficile d’accès ?

corinneparsunghee.jpgC’est ce que m’expliquent Curry et Sung-Hee Choi, au village de Gangjeong. Curry est américaine, membre d’une communauté chrétienne, elle se consacre depuis deux ans à la campagne « Ocean protest » qui organise des sorties en kayak devant l’entrée marine de la base. Sung-Hee est Sud-Coréenne, une figure locale et historique de cette lutte. Toutes deux nous offrent du thé et des mandarines, les spécialités locales, dans le Centre pour la Paix où sont tendus de grands panneaux de photos qui retracent dix ans de mobilisation. Les premières manifestations en 2007, le Prix de l’environnement de Jeju brûlé symboliquement en 2008, la demande de révocation du gouverneur de l’île en 2009, le blocage des premiers travaux en et les premières arrestations musclées en 2010 et 2011. En 2012, les choses s’emballent, un activiste français monté sur une grue est expulsé, des grèves de la faim ont lieu, des peines de prison sont prononcées, des barricades montées, et au final une véritable ZAD se met en place. La lutte s’enracine et des activistes affluent du monde entier. Oliver Stone lui-même se déplace sur le site en 2013. Las, non seulement la base n’est pas stoppée mais en 2016 la navale Sud-Coréenne réclame 3 millions de dollars aux opposants pour la mise en retard du chantier. La procédure est toujours en cours.

orangesdeJeju.JPGCurry m’explique qu’une première réunion a eu lieu au tout début du projet, sans aucune information sur l’étendue de la base, où l’applaudimètre a valu accord d’une population majoritairement absente : ils étaient 87, sur 2000 habitants. Cela a soulevé un tel tollé qu’une nouvelle consultation a été organisée : avec 70 % de participation, les habitants ont dit non à 94 % au projet. Cela n’a pas empêché sa poursuite. La loi sur la protection du littoral a été contournée pour permettre la construction de la base, des compensations financières offertes aux pêcheurs et aux plongeuses traditionnelles de Gangjeong, et des divisions savamment organisées au sein même de la communauté à coup de rumeurs et de cadeaux financiers différenciés selon les familles et leur empressement à soutenir le projet.

tentedeJeju.JPGSung-Hee s’interrompt entre deux panneaux et se tourne vers moi. Elle tient à insister sur un point : « Il y a beaucoup de militants pour la paix dans le monde, de responsables politiques progressistes, pourquoi ne parlent-ils que des bases américaines ? Ils devraient aussi s’intéresser aux autres bases à l’étranger ! Les États-Unis sont malins : ils se servent des bases locales pour leur propre stratégie, leurs propres intérêts ». Pour elle, « l’objectif est clair pour tout le monde, c’est l’alliance militaire entre les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud ! ». Sung-Hee me parle alors d’Okinawa, cette île au sud du Japon d’où sont parties les attaques pour le Vietnam, et du traumatisme moral que cela a été pour la population. Il y a quatre ans, au Japon, on m’avait beaucoup parlé d’Okinawa, de sa biodiversité incroyable – le mythique Dugong - mais aussi de la lutte de ses habitants contre la base américaine. Juste avant mon départ pour Séoul, j’ai eu le plaisir de voir que Mediapart s’en faisait l’écho. Des visites de soutien réciproques se sont organisées entre les deux îles, une forme de réconciliation par la résistance alors que l’occupation japonaise a laissé des blessures profondes en Corée du Sud.

pecheursdeJeju.JPGLa base pose d’autres problèmes, nombreux, sur le plan environnemental. La côte est une réserve de biosphère unique classée par l’Unesco. C’était un lieu fréquenté par les dauphins – une espèce dont il ne reste que 114 individus en Corée. Ils ont fui. Plusieurs espèces de crabes et de grenouilles sont menacées. Les coraux, parmi les plus beaux du monde, périssent : la base et ses installations les ont littéralement asphyxiés en les privant d’oxygène. Et un doute persistant se pose sur la question des déchets : « A chaque fois qu’un navire arrive, on voit aussi arriver des camions. Ils repartent chargés de déchets vers les décharges de l’île, on ne sait pas ce qu’ils transportent, on n’a pas les moyens scientifiques de les analyser, mais ces déchets viennent de navires étrangers : c’est de l’importation de produits, ils devraient passer par les services des douanes ! En plus nous avons le tri sélectif sur Jeju, là tout est mélangé et on ne sait même pas si c’est toxique ou pas », s’alarme Curry.

gaminedeJeju.JPGMais au bout de dix ans, et avec une base désormais opérationnelle, la mobilisation s’essouffle. Les habitants sont fatigués. Certains y trouvent leur compte avec les compensations financières. Et puis le gouvernement a construit un terminal de croisière touristique sur la base, installé des panneaux solaires gratuitement sur les toits des maisons, et de manière générale la plupart des villageois aspirent au calme et à la paix. La paix… Ce n’est pas ce que leur promet la base navale mais l’air est doux, et la lutte est dure. Il ne reste pas beaucoup d’activistes à Gangjeong. La chaîne humaine qui a lieu chaque jour devant l’entrée de la base ne réunit ce jour-là qu’une dizaine d’opposants, dont la moitié viennent de l’étranger. L’action est festive, non violente. Il y a des chants, des chorégraphies. Un déjeuner pris en commun dans ce qu’il reste de la cantine auto-gérée de la « ZAD », un terrain de la base annexé par les opposants au plus fort de la mobilisation. Mais l’élan n’y est plus, les automobilistes nous croisent l’air goguenards, le fait même d’être tolérés devant l’entrée de la base montre à quel point le petit groupe ne représente plus aucun danger. Entre orangers et figuiers, sur le chemin du retour, cela n’empêche pas Sun-Hee de me glisser à l’oreille : « Un jour, elle fermera ».

Du car qui me remmène j’aperçois un voilier dans un port, il s’appelle le Shangri-La (**).

Notes

(*) Je dicte me premières notes pour cette chronique en grignotant des patates douces séchées depuis le bus qui m'emmène au village de Gangjeong, et le correcteur automatique transforme Jeju en 'chez nous'. Je trouve ça très joli.

(**) Revoir Les horizons perdus (Lost Horizon) de Franck Capra, sorti en 1937 : dans les montagnes du Tibet, les survivants d'un crash d'avion sont recueillis dans la vallée de Shangri-La, un lieu fermé, utopie aux merveilleux paysages où le temps est suspendu dans une atmosphère de paix et de tranquillité...

corinne morel darleux

Wed, 08 Nov 2017 10:42:00 +0100

Glyphosate : 150$ de chiffre d’affaires par seconde… et combien de victimes ? Chronique #4 pour Là-bas

Pendant que les magouilles de Monsanto pour cacher la dangerosité de ses produits étaient révélées au grand jour, le patron de la compagnie américaine empochait une rémunération de 12 millions de dollars. Gentille récompense pour le succès d’ un produit phare, vendu partout dans le monde, le Roundup, dont la principale substance est classée « probablement cancérigène » par l’Organisation Mondiale de la Santé. (...)

Avant le vote européen de demain sur le renouvellement - ou non - de l'autorisation du glyphosate, tour d'horizon des enjeux à retrouver en intégralité pour les abonnés (vidéo, liens et article) sur Là-bas si j'y suis

corinne morel darleux

Sun, 05 Nov 2017 14:41:00 +0100

L’incroyable «Status of Forces Agreement» (SOFA) entre États-Unis et Corée du Sud

(billet initialement paru sur médiapart)

14notrumpnowar-.jpgEn tournée politique en Corée du Sud pour dix jours de rencontres et conférences, en tant qu'élue de la région Auvergne-Rhône-Alpes, je me suis rendue, dimanche 29 octobre, à la base militaire américaine de Pyongtaek où Donald Trump a annoncé sa venue dans une semaine.

Près de 30.000 soldats américains sont présents en Corée du Sud. Les bases militaires sont considérées comme territoire américain et les États Unis peuvent y effectuer des tests ou y importer des armes de destruction massive sans possibilité de contrôle des autorités sud-coréennes. Ce sont également, par l’accord SOFA, les États Unis qui prennent le contrôle opérationnel de l’Armée sud coréenne en temps de guerre. 

devantosan-2.jpgAjoutez à ça le tragique accident de deux écolières écrasées par un blindé américain en 2002, une fuite de bacille de charbon actif (qui provoque l’anthrax) en 2015, des circuits organisés de prostitution et des cas relatés de violences sexuelles de militaires américains sur les habitantes, comme à Okinawa au Japon, et vous aurez une petite idée de la colère et du sentiment de perte de souveraineté de la population. Ici, après celle du Japon, on parle d’occupation américaine.

5basek55.jpg« Nous sommes tout à fait prêts pour l’option militaire et elle pourrait être dévastatrice » Donald Trump, 26 septembre 2017

usairforce.jpgDans ce contexte, l’aggravation des tensions par Donald Trump, ses propos outrancièrement guerriers et son intention affichée d’installer des armes nucléaires actives sur le sol sud-coréen sont très mal reçus. À Séoul une importante manifestation a eu lieu le 28 octobre, après l’annonce de sa venue en Corée du Sud le 7 novembre, sous le slogan « No war ! No Trump ! ». Ce même jour, les sud-coréens célébraient le premier anniversaire de la Révolution des bougies, qui a conduit quelques mois plus tard à la destitution de la présidente corrompue Park Geunhye le 10 mars 2017.

4basek55.jpgLa plus grande base américaine en Corée du Sud se trouve à Pyongtaek. C’est la base K55, avec ses 7000 soldats, baptisée Osan et officiellement domiciliée pour la Poste en Californie. C’est le « hub militaire » des États Unis en Corée du Sud et pour toute la région qui ne cesse de s’agrandir, grignote les champs de riz et évacue les maisons alentour. À deux pas de la rivière et de ses pêcheurs, des sentinelles de l’environnement observent la base au téléobjectif.

8basek55.jpgL’institut pour la réappropriation de la base redoute les rejets toxiques dans le fleuve comme ceux qui ont eu lieu à la base américaine de Séoul et ont conduit à la condamnation exceptionnelle d’un soldat américain à 3 ans de prison en 2003. A Chilgok, un autre soldat a révélé que des stocks d’agent orange avaient été enfouis dans la base. A Pyongtaek, ce sont des malaises provoqués par les ondes électromagnétiques du radar qui ont été enregistrés. Ailleurs, ce sont 70 vaches mortes d’un coup sans explication, à 4 kilomètres de la base. Les installations ne pouvant être contrôlées, et aucune information n’étant divulguée, la méfiance et la peur sont fortes. 

6basek55.jpgBase K55, c’est ici qu’ont lieu la plupart des exercices conjoints, les vols de reconnaissance, les importations de missiles, les surveillances de télécommunications en Corée du Nord. C’est ici que le président américain a prévu de venir. Il doit se rendre depuis cette base en hélicoptère jusqu’à la base de Yongsan installée en plein Séoul. L’association des habitants qui se mobilise depuis depuis 474 jours devant la base pour demander des excuses officielles du gouvernement américain sur l’introduction du bacille de charbon actif, demande également le retrait des bases militaires américaines de Corée du Sud et un traité de paix entre la Corée du Nord et les États Unis. 

Il est assez peu probable que la visite de Donald Trump aille dans ce sens. 

Corinne MOREL DARLEUX,
Pyongtaek, 29 octobre 2017.

 

Quelques liens pour aller plus loin : 

Les secousses de la crise nord coréenne font trembler Okinawa : https://www.mediapart.fr/journal/international/191017/les-secousses-de-la-crise-nord-coreenne-font-trembler-okinawa?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-67
En Corée du sud, la lutte tenace pour protéger un joyau écologique d’une base militaire : http://www.reporterre.net/En-Coree-du-sud-la-lutte-tenace
Des soldats américains auraient été exposés à de l'anthrax en Corée du Sud http://www.europe1.fr/international/coree-du-sud-22-soldats-americains-exposes-a-lanthrax-1321106
L'armée américaine surprise une nouvelle fois en train de jouer avec des armes de destruction massive en Corée http://www.amitiefrancecoree.org/2015/06/l-armee-americaine-surprise-une-nouvelle-fois-en-train-de-jouer-avec-des-armes-de-destruction-massive-en-coree.html
Séoul invite Trump à visiter une base militaire américaine en Corée du Sud http://french.xinhuanet.com/2017-10/26/c_136707673.htm
Trump veut installer des armes nucléaires américaines en Corée du Sud pour effrayer Pyongyang http://www.bfmtv.com/international/trump-veut-installer-des-armes-nucleaires-americaines-en-coree-du-sud-pour-effrayer-pyongyang-1264868.html
SCM : Pyongyang ne peu pas être l'adversaire de l'alliance Séoul-Washington
http://m.world.kbs.co.kr/news/news_detail.htm?no=58053&category_code=Po&lang=f

corinne morel darleux