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Mon, 25 Sep 2017 17:36:22 +0200

Des étudiants veulent empêcher la venue de Macron à la Sorbonne

mathieu-molard

Mon, 25 Sep 2017 10:15:38 +0200

Droit de réponse de SOS Racisme : « notre campagne est plus que nécessaire »

En avril 2017, StreetVox publiait, après sollicitation de notre part, une tribune d’Hanane Karimi, intitulée « Pourquoi la dernière campagne de SOS Racisme pose problème ». L’association critiquée a sollicité notre média afin qu’il publie un droit de réponse. Le voici.

Nous, militants de SOS Racisme, avons lancé une campagne ces derniers jours afin de mobiliser la jeunesse (et au-delà !) contre le Front national, que notre pays semble s’être résigné à voir au second tour de l’élection présidentielle.

Cette campagne a été critiquée par deux types d’individus : d’une part, des militants d’extrême-droite et, d’autre part, des militants s’autoproclamant antiracistes sans savoir ce que cela recouvre.

Il en va ainsi d’une doctorante nommée Madame Karimi.

L’article qu’elle a cru opportun de publier pour critiquer la campagne est un tel concentré de caricatures que nous prenons quelques minutes pour y répondre.

Pour commencer, la genèse de la campagne trouve ses racines dans l’histoire de deux jeunes américains Jax et Reddy. De couleur de peaux différentes, ils ont fait une farce à leur institutrice en ayant la même coupe de cheveux, persuadé qu’elle n’aurait aucun moyen de les différencier. Cette histoire devenue virale depuis le début de l’année 2017 a inspiré la campagne de communication articulée autour du hashtag #Onestpareil.

1. SOS Racisme confisquerait la parole des personnes concernées par le racisme (confiscation opérée par les blancs, pour ceux qui n’auraient pas compris…)

Pour débuter cette critique, Madame Karimi se lance dans un décryptage d’un visuel de la campagne où figurent un noir et un blanc et croit pouvoir en tirer le fait que le blanc est en situation de domination. Une interprétation qui en dit plus sur l’œil paranoïaque de Madame Karimi que sur une réalité. Et, surtout, une critique qui tombe quelque peu à plat dans la mesure où la campagne se décline en quelques dizaines de visuels dont voici quelques extraits.

sosracismereponse
Des visuels de la campagne participative de SOS Racisme /

Madame Karimi, dans sa laborieuse démonstration, croit pouvoir rebondir sur l’analyse de la signification du slogan « Touche pas à mon pote ».

Le slogan serait paternaliste puisque, celui qui serait censé dire « Touche pas à mon pote » serait le blanc qui protège le noir ou l’arabe agressé. Une interprétation sortie non pas de l’esprit de Madame Karimi mais de la répétition d’un pseudo-décryptage – au demeurant fort récent – qu’elle se contente ici de répéter.

Précision donc : le slogan « Touche pas à mon pote » est le slogan d’une génération de toutes origines qui s’y est reconnue (mais qui malheureusement n’avait pas la chance de bénéficier des subtiles analyses de Madame Karimi…). En outre, bien évidemment, dans le slogan « Touche pas à mon pote », le pote en question et celui qui énonce la phrase sont pensés comme pouvant être de n’importe quelle origine, religion ou pays.

En outre, n’en déplaise à Madame Karimi, SOS Racisme est précisément dirigé essentiellement par des personnes issues de l’immigration, aussi bien au niveau local qu’au niveau national. Mais, pour bien comprendre la pensée de Madame Karimi, il faut exprimer ce qu’elle n’ose affirmer (ça ferait tout de suite moins cool) : les noirs et les arabes qui sont à SOS Racisme ne sont pas de vrais noirs et arabes, car pervertis par les blancs (par corruption ? par naïveté ? Allez savoir…). Autant le dire à Madame Karimi : elle n’a aucune autorité, sauf dans sa pensée solitaire, pour définir celles et ceux qui seraient ou non légitimes pour porter l’antiracisme. Remarquons au demeurant qu’en ce faisant, elle se comporte exactement comme le fait l’extrême-droite sur qui appartiendrait ou non au peuple. Drôle de modernité, drôle de radicalité, drôle d’antiracisme…

2. Au-delà de ce cliché – somme toute récent – sur la signification de notre slogan, Madame Karimi nous sort la même rengaine qu’il est toujours utile de reprendre à son compte quand on a quelques problèmes avec l’honnêteté ou avec la capacité à analyser :

- SOS Racisme a volé la marche pour l’égalité souvent qualifiée de « marche des beurs » (dans la prose innovante de Madame Karimi, il est évoqué la marche Convergence 84, sans qu’on comprenne très bien en quoi consiste concrètement le vol). Cela signifierait donc que Madame Karimi pense que les « beurs » de l’époque étaient des idiots manipulables (pas très classe, ça, Madame Karimi !). Ce serait en outre faire fi de la présence de « beurs » à SOS Racisme. Ce serait également ignorer – ce qui est sans doute le cas de Madame Karimi tant sa connaissance des faits semble superficielle – que cette époque a vu fleurir maintes associations fortement soutenues par les pouvoirs publics et qui, pour nombre d’entre elles, ont périclité (sans doute un complot de SOS Racisme…).

- SOS Racisme est fortement subventionné. Ah bon ? C’est-à-dire ? Dans la mesure où le budget de SOS Racisme est celui d’une grosse MJC locale, l’argument n’est évidemment pas étayé. D’ailleurs, Madame Karimi se garde bien de donner un chiffre et de le mettre en rapport avec le reste des financements associatifs. Elle risquerait sinon de rater son effet…

3. Par sa campagne, SOS Racisme nierait qu’on n’est pas « tous pareils »

En lisant cela, nous nous sommes dit que, pour une doctorante, la grossièreté des confusions renvoyait à une volonté malveillante. En effet, Madame Karimi semble confondre quelques registres :

- Le projet vs le réel. Donc, oui, notre projet de société est un projet qui s’appuie sur celles et ceux qui pensent que nous devrions tous être égaux en dignité, en droits et en effectivité de ces derniers.

- Les philosophies de vies et la réalité sociale. Donc, oui, notre projet s’appuie sur celles et ceux qui pensent que « nous sommes tous pareils » parce que appartenant à une commune Humanité. Donc, oui, notre projet s’appuie sur celles et ceux qui pensent que « nous sommes tous pareils » parce que appartenant à une commune Humanité. Mais il est vrai que la participation de Madame Karimi à un « camp d’été décolonial » interdit à certaines catégories de la population montre qu’elle est sans doute peu apte à saisir cette approche anthropologique et en tout cas à l’éprouver.

Par ailleurs, la critique est évidemment stupide dans ce qu’elle sous-entend ou assène puisque la raison d’être de SOS Racisme est précisément de faire progresser l’égalité (banalité de le dire mais ça va mieux en le disant). Rappelons à toutes fins utiles que c’est précisément la mobilisation de SOS Racisme qui a fait reconnaître la discrimination raciale comme un fait massif dans notre société.

Bref, la campagne vise au final à réaffirmer ce qui nous rassemble afin de faire pièce à la dynamique de Marine Le Pen qui s’appuie précisément sur les fractures identitaires, ethniques, religieuses.

4. La campagne de SOS Racisme ne serait pas assez politique

Cette partie du billet de Madame Karimi lui permet de critiquer l’« antiracisme moral » de SOS Racisme, à l’inverse de l’« antiracisme politique » dont elle serait porteuse. Nul ne sait très bien ce que signifie l’antiracisme politique mais il paraît que ça donne l’impression à certains de se prendre pour des radicaux (les mots et les concepts ont parfois une fonction narcissique). Il permet surtout, à vrai dire, derrière une pseudo radicalité de révolutionnaires de salon, de ne pas agir. Car, et c’est sans doute cela le plus pathétique de l’affaire, Madame Karimi et les personnes qui sont dans sa mouvance se réfugient dans les mots pour masquer leur incapacité à agir sur le registre politique. Il est d’ailleurs spectaculaire de constater que lorsque le moment est le plus politique (dans sa déclinaison institutionnelle), puisque nous sommes en pleine période d’élection présidentielle, Madame Karimi and co deviennent subitement silencieux sur les enjeux … politiques. Madame Karimi and co feraient mieux de parler un peu moins de politique et de s’y confronter davantage. Mais il est vrai qu’il est plus simple de faire de la pseudo-radicalité dans le cotonneux entre-soi physique ou télématique plutôt que de se confronter au réel.

Tous ces gens étaient par ailleurs bien silencieux, tout à leur « antiracisme politique », lorsque fut par exemple proposée la déchéance de la nationalité. Sans doute cela n’était-il pas assez politique à leur esprit…

Enfin, une petite remarque historique : la lutte antiraciste tire ses racines de luttes contre l’esclavage, le colonialisme, la ségrégation, l’antisémitisme camouflé derrière la raison d’Etat, le nazisme… Bref, l’antiracisme est intrinsèquement plongé dans une relation au politique, ce qui semble échapper à Madame Karimi lorsqu’elle soliloque sans rapport avec l’Histoire concrète.

5. Les beaux slogans de SOS Racisme n’auraient rien changé

C’est vrai, ces slogans n’ont rien changé. Car on ne change pas les choses par des slogans mais par le militantisme. Ce qui a contribué à produire, bien que cela reste certes insuffisant, la quasi-disparition des crimes racistes, le retrait du projet de loi Chalandon (qui visait à empêcher les enfants d’Algériens de bénéficier du droit du sol), la sensibilisation à la question des quartiers populaires en voie de ghettoïsation, l’émergence du thème des discriminations raciales, la semaine de l’Éducation contre le racisme, la mise à bas du projet de tests ADN, les centaines d’interventions scolaires chaque année pour déconstruire les préjugés, la reconnaissance et la condamnation d’actes discriminatoires au travail, dans le logement et dans les lieux de loisir, la lutte victorieuse contre les projets de déchéance de la nationalité (le projet de Sarkozy puis celui de Hollande), le cordon sanitaire autour du Front national, etc.

Par contre, sous une modernité autoproclamée, Madame Karimi and co appartiennent, autant que chacun le sache, à des mouvances aussi anciennes que SOS Racisme et qui, elles, ont vraiment tout raté (et, élément assez logique tant elles sont porteuses de haine, se détestent entre elles à un point que le commun des mortels aurait du mal à imaginer).
On peut comprendre que cela provoque dans ces mouvances quelques aigreurs, mais si ces personnes pouvaient éviter de gérer leurs aigreurs en insultant tout le monde, voilà qui permettrait quelques avancées à la lutte antiraciste.

Bonus : à la fin de son texte, Madame Karimi définit quelques urgences, telles que lutter contre les discriminations, lutter contre la ghettoïsation des quartiers populaires et lutter contre le contrôle au faciès. Remercions donc Madame Karimi pour terminer sa diatribe de doctorante peu sagace et peu honnête par une formidable ode aux combats de … SOS Racisme.

Bien à vous, chères lectrices et chers lecteurs de StreetPress.

Des militants (noirs, asiatiques, blancs, arabes, kabyles, musulmans, athées, juifs, catholiques…) de SOS Racisme qui, eux, luttent vraiment pour l’égalité !

SOS Racisme

Fri, 22 Sep 2017 14:43:35 +0200

« Écrire Liberté », une année à l'école des exilés

Vous avez passé un an à découvrir différentes classes d’accueil à Paris, que l’on appelle les UPE2A. C’est quoi ce charabia ?

(Sourire) Ça veut dire « Unités pédagogiques pour élèves allophones » [dont la langue première n’est pas celle du pays de résidence, ndlr]. Avant, ça s’appelait les « classes d’accueil » tout simplement et c’était très bien, mais le jargon administratif a pris le dessus. L’idée est de permettre aux mineurs qui viennent d’arriver en France et ne parlent pas français de s’insérer, d’apprendre la langue, de revoir les bases et d’être prêts à suivre un parcours classique au sein de l’Éducation nationale. On trouve des classes d’accueil dans les écoles primaires, collèges, lycées généraux ou lycées professionnels.

De la rentrée aux vacances d’été, vous suivez celle du lycée Bergson, dans le 19e arrondissement de Paris. Quelle image gardez-vous du premier jour avec ces 24 élèves ?

Plein de vies, d’âges et de langues différentes réunies dans une même pièce. C’est toute la force de ces classes. Ils viennent de pays et de milieux sociaux très différents. Cette année-là, il y avait une dizaine de nationalités. Ils venaient de Moldavie, du Nigéria, du Brésil, d’Afghanistan… Très vite, j’ai repéré les élèves ouverts, enthousiastes à l’idée de cette rentrée, et les autres aux visages plus tristes, fermés. On sentait qu’ils avaient déjà rencontré de grosses difficultés. Ils ne savaient pas bien ce que je venais faire là, certains étaient même un peu méfiants. Je crois que j’étais aussi intimidée qu’eux.

Ecrire Liberté
« Je raconte le moment où on annonce à Nazir qu'il passera en première S. Un de mes meilleurs souvenirs ! Toute la classe est en larmes, sa prof Sandrine, moi... » / Crédits : Sarah Lefèvre

Tu fais le portrait de plusieurs élèves dans ton livre. Parmi eux, Nazir, un jeune Afghan qui vit seul à Paris, veut absolument passer en Première S.

C’est son rêve de devenir médecin, et rien d’autre. Il s’est mis ça en tête quand il vivait dans un camp en Turquie, en transit entre l’Afghanistan et la France. Il a vu tellement d’horreurs qu’il s’est dit qu’il voulait aider les autres. Dans le livre, je raconte le moment où on annonce à Nazir qu’il passera en Première S. Un de mes meilleurs souvenirs ! Toute la classe est en larmes, sa prof Sandrine, moi. Ce qui s’est passé dans ses yeux… c’était incroyable ! Un an plus tard, il a 12 de moyenne. C’est impressionnant pour un jeune qui ne parlait pas un mot de français au début de l’année.

Mohona rêve aussi de devenir médecin, mais les profs n’approuvent pas son passage en Première S. Pourquoi ?

Sa mère a dû rester au Bangladesh, et du jour au lendemain, Mohona, 17 ans, est devenue la mère de famille et a dû prendre soin de ses petites soeurs et de son père. C’était très dur pour elle de tout gérer : l’école, le ménage, les repas, trouver de nouveaux hébergements. Mohona était très bonne élève dans son pays, mais durant son année en classe d’accueil, elle a sombré dans la dépression. Son père aussi. Elle n’a pas reçu d’aide psychologique et n’a pas réussi à se confier à sa prof, Sandrine. Elle était absentéiste et ses résultats n’étaient pas suffisants selon ses profs – 10 de moyenne – pour lui permettre de passer en Première S. Mais une directive permet aux familles de refuser les redoublements. Elle est donc passée finalement et elle s’accroche : elle parvient à avoir la moyenne.

Comment se déroule l’année pour ces élèves ?

Il n’y a pas de programme spécifique pour les profs, à part les 18 heures de cours de français par semaine. Ils font beaucoup de conjugaison, de lectures de texte, de commentaires. En fait, apprendre le français est aussi un moyen pour aborder d’autres matières ou sujets. Dans sa classe à Bergson, Sandrine fait beaucoup d’heures d’orientation par exemple, pour qu’ils comprennent comment marche le système français et quel projet professionnel ils peuvent mener. Ils animent une émission de radio ensemble aussi. Des profs d’anglais, d’histoire et de mathématiques viennent aussi leur faire cours.

Lauriane Clément
« Ces classes d'accueil existent depuis les années 1970 et ne sont pas connues du grand public. J'ai voulu voir ce qui se cache derrière, ce qui fonctionne et ce qui marche moins bien. » / Crédits : Sarah Lefèvre

Différentes méthodes d’apprentissage s’affrontent dans ces classes d’accueil : celle de l’inclusion, appuyée par le ministère, et celle de l’intégration. Quelle est la différence entre les deux ?

Depuis 2005, l’Éducation nationale a tendance à soutenir l’inclusion pour que les élèves allophones rejoignent le plus rapidement possible le système ordinaire, parfois en cours d’année. Le modèle de l’intégration avec cette classe cocon d’un an, est donc de moins en moins fort. Certains profs dénoncent un principe d’économie budgétaire. Pour eux, cette année de transition permet de protéger les élèves et d’assurer une transition douce vers un parcours ordinaire. D’autres profs défendent farouchement l’inclusion en disant que ça leur permet de progresser plus vite. Sandrine, avec son système d’inclusion progressive, a trouvé le bon équilibre : ceux qui sont prêts rejoignent les classes ordinaires, mais la décision doit être prise au cas par cas, en fonction du niveau de chacun.

Tu parles de « système D » dans ces classes. Pourquoi ?

Ces élèves ont chacun leur vécu, leurs difficultés en France, pour trouver un logement ou payer la cantine par exemple. L’école n’est qu’un pan de leur vie, mais les profs se retrouvent souvent à gérer tout ce qu’il y a autour. Ils appellent le Casnav [qui accompagne la scolarisation des élèves nouvellement arrivés, ndlr] ou l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Ils se mobilisent, comme au lycée Guimard, lycée professionnel du 19e arrondissement. Un collectif organise des manifestations et contacte les médias pour lutter contre les menaces d’expulsion par exemple, ou les problèmes d’hébergement. Les profs sont à même d’alerter les autres institutions, car ils voient les problèmes. Le reste du personnel éducatif joue aussi un grand rôle, avec très peu de moyens. L’assistante sociale du lycée Bergson gère 800 élèves à elle toute seule, dont les enfants des classes d’accueil. En cas de problème d’hébergement, elle tente toujours de trouver des solutions. L’infirmière soigne les maladies qui n’ont pas été prises en charge avant et joue un rôle de psy. Chacun en fait toujours plus par rapport à ses prérogatives. Sans ce système D, cela ne pourrait pas marcher.


« L’assistante sociale du lycée Bergson gère 800 élèves à elle toute seule, dont les enfants des classes d’accueil. »

Lauriane Clément, auteure de « Écrire Liberté »

Prouver leur minorité est une étape souvent nécessaire dans le parcours scolaire de ces jeunes. Comment on fait ?

Le seul test que l’on réalise aujourd’hui, c’est un test osseux, sauf qu’il est basé sur des os d’enfants nord-américains des années 1920-1930. Autant dire que cela ne correspond pas du tout à la réalité. La marge d’erreur est d’un an et demi à deux ans en moyenne. Les médecins le savent. À l’âge de 16-17 ans, on paraît souvent plus grand, sauf que c’est justement pendant ces deux années, que tout se joue pour ces jeunes. Le second test, c’est un entretien avec le DEMIE [Dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers], un organisme de la Croix Rouge. Les évaluateurs questionnent l’histoire de chacun et essaie de repérer les contradictions dans le récit. Mais ces jeunes viennent d’arriver et ne maîtrisent ni la langue, ni les codes. Souvent, ils n’osent pas contredire leurs interlocuteurs. Ils ont tendance à répondre oui aux questions, même s’ils n’ont pas compris. Rozenn Le Berre, une évaluatrice, dit que pour la moitié des jeunes qu’elle voit, elle est incapable de dire, si oui ou non, ils sont mineurs. Sauf qu’ils doivent quand même se prononcer. Ensuite, c’est à la préfecture de trancher.

Qu’est-ce qui se passe quand on a, ou que quelqu’un décide que l’on a 18 ans ?

Il peut y avoir une ordonnance de placement provisoire, une OPP, pendant laquelle ils ont le droit d’être scolarisés. Mais du jour au lendemain, certains ne reçoivent plus de soutien de l’Aide sociale à l’enfance. S’ils ne sont pas encore scolarisés, c’est quasiment foutu pour l’école. S’ils le sont, ils peuvent continuer, si et seulement si l’ASE accepte de financer leurs études, mais il faut trouver de nouvelles solutions d’hébergement. Certains dorment dans les couloirs des foyers.

LA COUR DE BABEL
La cinéaste Julie Bertuccelli filme le quotidien d'une classe d'accueil, entre les murs d'un collège parisien. / Crédits : La cour de Babel, 2014.

Ce que tu montres dans le livre c’est que ces jeunes font preuve d’une motivation sans borne…

Ce sont des élèves modèles. Ils ont un courage incroyable. Ils sont tous très attachants, ce qui contraste avec les propos de ceux qui craignent que ces classes nuisent à la réputation des établissements.

Comment ces classes sont accueillies dans les bahuts ?

Ça dépend. À Bergson, ça se passe très bien. Ils ont compris qu’elles sont une force, une richesse, mais il y a d’autres endroits où ce n’est pas le cas. J’ai visité un établissement, que je ne cite pas pour ne pas mettre en porte-à-faux les professeurs, où les élèves n’ont pas le droit de sortir dans la cours de récré en même temps que les autres. Ils sont comme des pestiférés aux yeux de la direction. Les proviseurs disent qu’ils ont peur que les parents d’élèves s’inquiètent de la présence de ces élèves exilés. Ils les cachent le plus possible…

Il existe des classes d’accueil pour les enfants qui n’ont jamais été scolarisés. Comment ça se passe pour ces élèves ?

Dans ces classes, les Ensa, il faut tout leur apprendre, à commencer par l’alphabétisation. Les élèves peuvent avoir tous les âges donc, elles aussi sont implantées dans les collèges et les lycées. Tu vois des grands gaillards qui ne savent pas tenir un stylo. Au lycée Guimard, on leur apprenait à tenir un compas quand j’y suis allée. Une prof, Cynthia, dit que les Ensa, « c’est ce qu’il y a de plus beau et de plus désespérant à la fois » : c’est magnifique de les voir apprendre à tout âge, mais désespérant de se dire qu’après cette année, beaucoup ne pourront rien faire. Ils sont censés aller en CAP, au minimum, mais ils partent de tellement loin… Comment faire en un an ? Cynthia le dit, il faudrait que l’on prenne ces élèves en charge pendant deux ans au moins, avec une année d’apprentissage du français et une année de prépa CAP.


« Quelle intégration leur propose-t-on dans la société ? On les envoie vers tous les métiers que les Français ne veulent pas faire. »

Lauriane Clément, auteure de « Écrire Liberté »

Cynthia craint que ses élèves deviennent de futurs « esclaves de la République ». Vers quelles métiers peuvent-ils s’orienter ?

La méritocratie n’existe pas pour eux. Quelle intégration leur propose-t-on dans la société ? On les envoie vers tous les métiers que les Français ne veulent pas faire. Jusqu’au collège, ils apprennent vite et peuvent s’en sortir à peu près. Mais au lycée, les retards s’accumulent. Dans les lycées pro, il y a des classes entières de bac pro avec uniquement des élèves allophones. Et pour l’alternance, il faut trouver des patrons. C’est encore tout un problème. Beaucoup sont réticents à embaucher un jeune soutenu par l’Aide sociale à l’enfance.

Vous proposez plusieurs solutions à la fin de votre livre pour améliorer l’accueil de ces jeunes en France. Lesquelles sont prioritaires, selon vous ?

Il faut améliorer la formation des enseignants. C’est primordial. Tous sont des héros du quotidien et ont un investissement incroyable, mais pour les jeunes profs, ces années sans programme, ni soutien, c’est dur. Il leur arrive de perdre pied. On pourrait par exemple leur proposer des inspections conseil – j’insiste sur le principe du conseil – pour les aider. Pareil pour les professeurs qui viennent enseigner d’autres matières dans les classes d’accueil. Ils n’ont pas les clés. Beaucoup se disent que c’est trop compliqué. Seule la formation permettra de changer les mentalités et les préjugés de certains. Ensuite, il faut réussir à assurer un soutien médical et psychologique aux élèves quasi inexistant pour l’instant. Enfin, il faut vraiment réfléchir à tous ceux qui ont 18 ans et arrêter de casser des scolarités en plein milieu. À quoi ça sert de former des élèves pendant un an, et ensuite de les renvoyer dans leur pays ? Ça n’a aucun sens.

Les classes d’accueil en chiffres

Chaque classe d’UPE2A peut accueillir au maximum 24 élèves. Elle prend en charge les élèves entre un et deux ans, en fonction de leur parcours.
En France, 52.300 élèves allophones ont été répartis dans près de 9.200 écoles et établissements (DEPP) en 2014-2015.
La même année, Paris a accueilli 2.500 enfants. L’Île de France accueille trois élèves sur 10.

Lauriane Clément

Thu, 21 Sep 2017 18:06:44 +0200

Le Conseil d’Etat tente d’éteindre la polémique qui entoure la nomination de l’épouse du ministre de l’intérieur

Après les révélations de StreetPress sur la nomination contestée de Caroline Collomb au tribunal administratif de Paris, le Conseil d’Etat tente d’éteindre la « polémique ». Plusieurs magistrats interrogés s’étaient inquiétés de risques de conflits d’intérêt ainsi que du favoritisme dont avait pu faire l’objet l’épouse du ministre de l’intérieur.

Dans un communiqué de presse daté de ce jeudi 21 septembre, le vice-président du Conseil d’Etat, Jean-Marc Sauvé, est revenu sur les conditions de sa nomination. Selon lui, le transfert de la magistrate s’est fait dans les règles de l’art :

« La mutation de Mme Collomb au tribunal administratif de Paris a été prononcée après avoir reçu un avis favorable unanime du Conseil supérieur des tribunaux administratifs et cours administratives d’appel (CSTA). Cet avis a été émis dans le strict respect des lignes directrices qui le guident dans l’examen des demandes de mutation. »

Au passage, le Conseil d’Etat en dévoile un peu plus sur les coulisses de ce transfert éclair. On comprend par exemple que la magistrate a ainsi demandé une première mutation au tribunal administratif de Paris, refusé « au regard de candidatures émanant de magistrats plus anciens ». Mais, poursuit, Mr Sauvé :

« La nomination de son mari en qualité de ministre de l’intérieur constituait une circonstance nouvelle et sérieuse, de nature familiale, justifiant au vu d’une nouvelle demande, un réexamen de sa situation. »

Dans le communiqué on apprend par ailleurs que le collège de déontologie du Conseil d’Etat a été saisi courant juillet à ce sujet. Et a rendu un avis positif quant à cette mutation. « Lors de sa séance du 12 septembre 2017, le CSTA a exprimé, de manière à nouveau unanime, sa désapprobation de la tentative de polémique entourant la décision de mutation de Mme Collomb », conclut finalement Jean-Marc Sauvé. Et même si aucune des informations publiées par StreetPress n’est contestée, circulez, il n’y a rien à voir.

Photo : Rue89 Lyon

tomas-statius

Thu, 21 Sep 2017 09:16:46 +0200

Pourquoi les trolls de Twitter trollent

Février 2016 - Mehdi Ouraoui élu PS de Bayonne achève une énième réunion. Très actif sur Twitter, il jette un oeil à son smartphone :

Mehdi Ouraoui et ses nouveaux copains

mehdi_ouraoui.png
« C’est une mine d’infos et de confrontations d’idées. Il n’a pas d’équivalent aujourd’hui. »

Sauf que ce jour-là, ce que le directeur de cabinet d’Harlem Désir va découvrir dans ses notifications est bien loin des débats auxquels il est habitué, dans les salons feutrés des cabinets :

« J’ai eu un débat vif avec des intégristes catholiques sur Twitter. Ils ont diffusé mon adresse personnelle en appelant à y foutre le feu. »

Ces animaux qui envahissent les réseaux sociaux

Le cas de Mehdi Ouraoui n’est pas isolé. Les trolls politiques ont envahis les réseaux sociaux, dans le seul but de générer des polémiques. Messages provoc’, insultes, fake news ou diffamation… Cachés derrière des pseudos, certains n’ont pas peur de franchir la ligne rouge. Lorsque ces trolls vous prennent en chasse, autant vous dire que votre horizon est aussi court que celui des aventuriers de Jurassic park encerclés par des vélociraptors. Ces monstres du net font partis du quotidien de Mehdi Ouaraoui :

« On y est soumis chaque jour, presque chaque heure. On ne se rend pas compte à quel point ils se sentent libres et décomplexés. Entre l’anonymat et l’impunité ils se lâchent. »

L’activité de troll est presque compulsive. Ils suivent les fils Twitter de leurs victimes pour y publier chaque jour un message. La consécration ? Être bloqué par une personnalité. Pour ne pas leur faire cet honneur, l’élu de Bayonne « masque » les profils des trolls. Ce qui lui évite de voir leurs messages et leurs publications.

Mais pourquoi les trolls se donnent-ils autant de mal ?

1« Leur pourrir leur journée »

Le plus souvent, il ne faut pas chercher une justification compliquée. Cyril* est journaliste (non il n’est pas à la rédac de StreetPress !) et troll compulsif à ses heures perdues, gérant jusqu’à 5 comptes Twitter en parallèle :

« Parfois je trolle une même conversation avec plusieurs comptes. Ça donne l’impression d’une attaque massive. »

Il reconnaît volontiers que sa démarche n’a « rien de constructif » :

« C’est juste bête et méchant. Il ne s’agit ni de convaincre la personne ni les autres qui la suivent. »

Ce sympathisant de gauche cible les comptes de militants d’extrême droite :

« Quand tu commences à répondre à des gens qui, selon mes critères, disent de la merde, tu te confrontes à une armée de gars qui vont te sauter à la gorge directement. C’est une perte de temps de vouloir les convaincre donc autant essayer de leur faire passer une mauvaise journée avec des faux comptes et des choses pas forcément très intelligentes aussi. »

2Provoquer une réaction

En 2012, l’audience de Twitter en France augmente de plus de 50%. Et c’est en cette année d’élection présidentielle que Jérôme* décide de se créer un compte troll. Pour l’occasion, il se met dans la peau d’un militant d’extrême droite, multipliant les punchlines racistes. Une manière, espère-t-il, de détourner certains électeurs tentés par le FN :

« Par exemple j’écrivais des tweets explicitement racistes pour provoquer des réactions racistes [d’autres militants FN] et ainsi décrédibiliser leur discours de dédiabolisation. Je voulais par ces tweets m’adresser aux “modérés” qui étaient sincèrement convaincus par cette idéologie et qui ne se considéraient pas “racistes” »

5 ans plus tard, Jérôme reconnaît que son petit combat n’a sans doute pas eu un quelconque impact.

3Contourner les « merdias » pour distiller une idéologie d’extrême droite

En guise de profil-pic sur Twitter, Eric*, sympathisant d’extrême droite, a mis le visage de « Pepe the frog ». Cette grenouille, tirée du Comics Boy’s club, est au départ la bannière des pro-Trump. La légende raconte que les trolls ont connu leur moment de consécration en pleine élection américaine 2016.

Née sur le site 4chan, une armée de trolls sympathisants de l’alt-right (extrême droite américaine) s’est lancée à la chasse aux candidats démocrates à coup de fake news et de mèmes. S’attaquant d’abord à Bernie Sanders lors des primaires, ils ont poursuivi leur entreprise de minage avec Hillary Clinton. A tel point que ces activistes cachés du web sont convaincus d’avoir contribué à l’élection de Trump. Rien que ça. Ça fait aussi partie de la légende des trolls.

Tout en finesse

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C’est après l’attentat de Nice qu’Eric a commencé à être actif sur Twitter. Jusqu’à devenir un véritable « twittos compulsif » :

« Je m’y informe plus qu’à la télévision car les gauchistes sont assez entendus dans les médias, il faut un autre son de cloche. La civilisation européenne risque de disparaître. »

Électeur du Front national il pense tout de même que ce parti n’est pas « assez à droite et radical ». Pour Eric, Twitter est un véritable bastion de résistance. Il est convaincu que le réseau « a fait gagner des voix à Trump ».

Sur le réseau social, il tente de convaincre les Français « de longue date » qu’ils peuvent devenir « étrangers et minoritaires dans leur propre pays » :

« Je publiais des vidéos où on voyait les agissements des immigrés, des agressions de délinquants ou des vidéos de la police qui se faisait agresser par les militants d’extrême-gauche. »

Pour Dominique Albertini, journaliste à Libération et co-auteur de La fachosphère. Comment l’extrême droite a remporté la bataille d’internet, le net est un espace que l’extrême droite a investi bien avant l’essor de Twitter :

« Dès les années 90, dans certaines revues confidentielles d’extrême droite, on retrouve des articles enthousiastes au sujet de la plateforme Napster. Ils se réjouissaient du fait qu’on puisse échanger de la musique radicale néo-nazi plus facilement sur ce canal. Le même raisonnement s’applique pour le discours politique. »

4Mener la bataille culturelle

Twitter est aujourd’hui un vaste champ de bataille idéologique. Et chez les activistes ou sympathisants de gauche comme Jérôme, il y a la volonté d’occuper le terrain face à une extrême droite très bien organisée.

« On ne doit pas laisser internet à la fachosphère »

Certains signalent à la chaîne les comptes racistes ou homophobes. Eric a ainsi vu, à plusieurs reprises, ses comptes bloqués par le réseau social. Un simple contretemps pour le cyber-militant que rien n’empêche de recréer un nouveau compte.

D’autres essayent de porter le fer. Réagir eux tweets nauséabonds c’est, pour Cyril, une manière de leur dire « on est chez nous aussi » :

« Comme dans la rue, il s’agit de leur montrer qu’il existe encore de la contradiction. Tu fais sentir aux gars qu’ils ne peuvent pas déblatérer n’importe quelles conneries sans se prendre un scude. »

Les partis traditionnels reprennent du poil de la bête

De manière générale, les partis dits anti-système se sont mieux appropriés internet que les partis traditionnels. D’autant plus qu’ils se disent mal traités par les médias mainstream. Comme le rappelle Dominique Albertini : « Internet est l’outil préféré de toutes les marges politiques ».

Si les trolls semblent encore tenir le haut du pavé, les partis traditionnels se sont lancés dans la bataille. Ils s’emparent d’internet avec plus de moyens et donc « la compétition devient difficile pour les anti-système. C’est un terrain qui s’institutionnalise. Avant c’était un terrain vague maintenant les institutions rattrapent leur retard », analyse le journaliste.

« Dans tous les partis il y a déjà une cellule riposte », abonde le socialiste Mehdi Ouraoui. Une stratégie qui a ses limites :

« Le problème c’est qu’ils ont une vision défensive et à l’ancienne de ces outils numériques. Ils ont la même approche des réseaux sociaux que leur approche de la démocratie. À savoir, “comment on va pouvoir les dominer et imposer notre message”. »

Aladine Zaiane