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Mon, 21 May 2018 16:39:13 +0200

Fleury-Mérogis : Des détenus bloquent la cour de promenade en signe de solidarité avec Gaza

Nous, détenus du bâtiment D1 de la maison d’arrêt de Fleury Merogis, avons décidé de bloquer la cours de promenade en soutien au peuple palestinien qui manifeste depuis plusieurs jours pour tenter de braver le blocus imposé par Israël et contre l’installation de l’ambassade américaine à Jérusalem, à l’occasion des 70 ans de la Nakba et pour faire valoir le droit au retour des palestiniens.

Message de la prison

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Même si nous sommes privés de liberté, nous tenons à manifester contre les massacres dans la bande de Gaza de la part du gouvernement israélien, en solidarité avec les 61 palestiniens tués par les forces militaires coloniales ( dont 8 enfants et 1 bébé ), et les 2.400 blessés.

Tout comme les palestiniens, qui font de la Palestine un symbole de dignité et de lutte de longue haleine, notre manifestation est une manifestation pacifique, sans violence et sans haine. Nous bloquerons la promenade dans le calme jusqu’à à l’arrivée des Éris. Parce que Fleury est la plus grande prison d’Europe, nous voulons exprimer notre solidarité avec Gaza, qui est la plus grande prison du monde !

« Nous sommes tous des enfants de Gaza »

Collectif de détenus de Fleury-Mérogis

Fri, 18 May 2018 10:30:02 +0200

Fred Alpi chantait dans le métro pour échapper au salariat

Le rendez-vous est donné aux Parigots, anciennement baptisé Café des Syndicats. C’est là que les militants de la Bourse du travail viennent se rafraîchir. Un univers qui parle à Fred Alpi, lui qui a longtemps été compagnon de route de la CNT. Au début des années 2000, il écrit pour le fanzine Barricata avec Nico Norrito, son ami qui a fondé en 2007 les éditions Libertalia. C’est grâce à cette petite maison libertaire que Fred Alpi sort, ce jeudi 3 mai, son premier roman autobiographique, inspiré de son quotidien de chanteur dans le métro entre 1991 et 1996. Sur l’appli calendrier de son smartphone, il a programmé un rappel, comme s’il pouvait oublier la date de sortie de Cinq ans de métro, son bouquin.

S’il se lance, guitare en bandoulière, un après-midi de février 1991, à la station Châtelet, c’est d’abord pour « fuir le salariat », qu’il vient d’expérimenter en tant que rédacteur-traducteur dans une agence de pub. Une boîte qu’il rejoint par obligation : il est « criblé de dettes ». Il subit les « 70 heures par semaine » et le « harcèlement sexuel » de son patron, avant de claquer la porte. « Je n’ai jamais supporté la relation hiérarchique : c’est physique », explique le quinquagénaire, chemise noire, ses cheveux bruns plaqués en arrière et ses deux anneaux accrochés à l’oreille gauche. Dans le métro, pas de patrons, pas d’horaires fixes. Une activité qui lui rapporte près de 1.200 euros par mois :

« Ça me permettait de payer le loyer, j’avais de quoi manger. »

Brassens l’anar

Dans les rames, équipé de sa guitare acoustique, le chanteur a un poste privilégié pour observer les comportements qui traversent la société et qui, en sous-sol, se retrouvent « exacerbés ». Il décrit les « frotteurs » ou le « manspreading » déjà à l’oeuvre au début des années 1990 :

« Ça a été une grande surprise à l’écriture du livre. Je me suis dit que tout ce qu’on vivait aujourd’hui existait déjà à l’époque. Sauf qu’aujourd’hui, c’est pire, et c’est assumé avec cynisme. »

Alors, le chanteur offre aux voyageurs un moment de réconfort, provoquant parfois quelques rires. Il alterne les textes romantiques de Jacques Brel ou d’Édith Piaf avec des titres plus engagés, comme ceux de Léo Ferré ou Georges Brassens. C’est à travers l’auteur de L’Auvergnat qu’il découvre la chanson française, à 12 ans. C’est aussi grâce au chanteur moustachu, qui signait dans les colonnes du journal de la Fédération anarchiste sous le pseudo de Géo Cédille, qu’il se prend d’amour pour les idées libertaires :

« Il a toujours eu un discours contre l’État, les flics, les patrons, les curés, d’une façon poétique et drôle. »

chanteur metro
Fred Alpi en live. / Crédits : Timothée de Rauglaudre

Les vigiles, « voyous avec accréditation »

Il raconte aussi les agissements « fascistes », dit-il, des vigiles de la RATP dont il croise la route. Ces « voyous avec accréditation », comme il les décrit, sont recrutés pour « faire abstraction de toute morale » et mettre dehors les sans-abris qui fuient le froid de la rue et les chanteurs qui, comme lui, outrepassent la loi. Car chanter dans les wagons est une activité illégale, aujourd’hui en voie de disparition :

« À l’époque, c’était possible. En cinq ans, j’ai eu trois amendes de 400 francs, ça faisait une journée de boulot. Aujourd’hui ça n’est plus possible. Les vigiles sont armés, la RATP a décidé que le métro devait être un lieu aseptisé. »

En 1996, il stoppe ses tournées de reprises dans le métro pour se consacrer à ses propres créations. Une parenthèse refermée, qui lui a permis de rencontrer des profils aussi disparates qu’un montreur de marionnettes, un trio de chanteuses jazz américaines, un ancien militaire devenu sans-abri :

« Quand j’ai commencé, j’avais juste envie qu’on ne m’emmerde pas. J’étais un anarchiste individualiste. Et puis j’ai compris que je ne m’en sortirais pas tout seul, ça a développé chez moi une vraie conscience collective. »

Depuis, Fred Alpi a eu mille vies. Prof de kung-fu, chanteur de post-rock avec son groupe The Angry Cats ou de chanson française en solo, traducteur de bouquins pour les éditions Libertalia. Et désormais écrivain. Mais toujours sans patron. Trois jours plus tôt, il donnait dans le centre de Montreuil sa première « lecture-concert », avant une tournée à travers la France. Devant une foule de trentenaires vêtus de noir, le chanteur ponctue des extraits de son bouquin de reprises de monuments de la chanson française mais aussi de compos inspirées du roman. Une manière pour lui de revivre ces « cinq ans de joie » sur les rails parisiens.

Timothée de Rauglaudre

Thu, 17 May 2018 11:10:50 +0200

La vraie vie des mécanos de garages clandestins

Aubervilliers (93) - « Un garage clandestin ? Ah, vous cherchez les mécanos à l’arrache ? C’est plus loin sur le trottoir. » Au long de la nationale 2, à Aubervilliers, dans un petit parking, des voitures viennent et repartent à tour de rôle. Les taches d’essence sur le bitume et les outils qui jonchent le sol laissent deviner ce qui s’y passe. Ici, on monte un nouveau pot d’échappement pour 25 euros, on change une plaquette de freins pour 20 et on répare une poignée pour 15 seulement. Imedine, Walid, Thamir et les autres sont là depuis 7h, mais les clients se font rares. Le ciel est gris et il tombe quelques gouttes. « Il y a des journées comme ça. Il y en a d’autres où je me fais jusqu’à 150 euros », assure Imedine. Aujourd’hui, il repartira avec une quarantaine d’euros dans les poches. Assis sur un bout de trottoir, il attend de potentiels clients en rangeant sa boîte à outils.

Dans la voiture d’à côté, ses amis écoutent de la musique orientale, « pas trop fort », histoire de ne pas déranger les voisins. Le trentenaire à la carrure imposante travaille ici depuis trois ans, tous les jours. Sauf le dimanche. « Le dimanche, c’est piscine. » Il a quitté l’Algérie pour la France en 2015. À son arrivée, il cherche « un vrai boulot », mais sans papiers, c’est la débrouille. Il commence par « dealer » des cigarettes à la sauvette du côté de Barbès et de la Chapelle. Puis l’ami d’un ami lui fait découvrir « le garage ». Il alterne un moment entre les deux jobs, puis abandonne la vente de clopes. « Ici, c’est moins galère », lâche-t-il entre deux volutes :

« On vient grapiller quelques euros, de quoi vivre, c’est tout. »

Pour quelques dizaines d’euros

De l’avis de ceux qui y travaillent, le garage d’Aubervilliers existe depuis une dizaine d’années. La plupart des garagistes sont sans-papiers, algériens, tunisiens et marocains pour la grande majorité. C’est l’endroit pour se refaire, le temps d’améliorer sa situation. C’est aussi un lieu de rencontre pour ces différentes communautés. « On peut se retrouver ici entre nous, ça c’est cool, mais sinon c’est un peu la merde », explique Walid. Thamir d’acquiescer d’un hochement de tête.

Dans le garage, les personnes les plus motivées travaillent quotidiennement. D’autres passent à l’occasion pour gagner quelques euros. En tout, ils sont une dizaine de mécanos. Pas de patron, « on travaille ensemble mais chacun pour sa poire », lance Amine (1). Au premier abord, on croirait pourtant que c’est lui le chef. On le sollicite à droite, à gauche pour des conseils, pour traduire les échanges avec les clients parfois. C’est aussi le plus vieux, il a 68 ans.

« Qui vous envoie faire un rapport », interroge t-il, l’air méfiant. Il s’essuie les mains sur sa veste, un peu serrée au niveau du ventre, fronce les sourcils derrière ses lunettes tachées. « On vient juste pour gagner un peu d’argent ici, on ne fait rien de mal vous savez. » Le gaillard passe de temps en temps pour filer un coup de main et se faire quelques billets, histoire de compléter les fins de mois. « C’est pas facile », surtout depuis que « Macron s’est attaqué aux retraités ».
Amine vit en France depuis 25 longues années, avec sa femme et ses enfants, maintenant grands. « C’est une chance », marmonne-t-il dans moustache grise. Contrairement à ses collègues d’infortune, « les jeunes », il a « un endroit où dormir et se doucher » :  

« Tu vois ces voitures pourries là, c’est là qu’ils dorment. Et s’ils viennent pas gratter des sous au garage, ils ne peuvent même pas prendre une douche. »

La galère

Le mode de vie de ces mécanos de la débrouille est plutôt rudimentaire. Beaucoup dorment dans leur voiture. Walid et Thamir pioncent depuis deux ans dans leur Renault twingo 1 aux sièges délavés. Ceux qui n’ont pas de voitures dorment dans des squats. Les plus chanceux vivent en colocation à plusieurs, chez un ami qui a des papiers. « Chacun verse 150 euros par mois, à la fin ça fait un loyer complet », calcule Imedine.

Pour la douche, les mécanos comptent sur la solidarité de leurs potes. « Il faut alterner pour ne pas trop embêter », précise Imedine. Pour Iui, la meilleure solution reste la piscine :

« Pour trois euros tu prends deux douches, une quand tu rentres et une autre quand tu sors. A la limite, t’es même pas obligé d’aller nager. »

Pour manger, c’est plus compliqué. Quand il y a beaucoup de passages au « garage », un peu de monnaie suffit pour se faire un grec ou des petites courses. Sinon, les amis peuvent dépanner. Et s’ils n’ont pas d’argent non plus ? « C’est serrage de ceinture ! », balance Thamir.
Pour Amine,  l’Etat est le premier responsable de la situation de ces « jeunes », sans-papiers et sans boulot.

No future

Cela fait quatre quatre ans que Walid et Thamir ont posé leur boîte à outils du côté d’Aubervilliers. Les deux gaillards, pas très grands mais musclés, sont comme des frères. Ils auraient aimé rester un peu moins longtemps. Les recours aux associations, ils n’y croient plus trop. « Ça radote, ça radote, mais y pas grand-chose qui change pour nous », affirme Walid.  

Avec la police c’est pas mieux. « On joue au chat et à la souris », poursuit Amine. Les pandores sont justement passés plus tôt dans l’après-midi. Selon Amine, ce type de visite arrive deux à trois fois par mois. « Ils prennent tout », affirme Imedine. L’argent, les outils… Du coup le client s’en va. Après un passage, tout le monde se disperse… pour revenir cinq minutes plus tard. « C’est ridicule », se moque Imedine. Pour éviter de se faire serrer, il arrive que le garage fonctionne comme un point de rendez-vous. Une fois d’accord sur les réparations et le prix, le client et le mécano se retrouvent quelques mètres plus loin.  Ça fait moins rire monsieur Amine, « on veut pas les laisser travailler, on préférerait peut-être qu’ils volent ? » :

« Ecrivez-ça dans votre rapport ! »

Derrière lui, Abdou, 24 ans, l’un des plus jeunes, se marre. « Ce vieux ne veut pas laisser la place aux plus jeunes ». « C’est un grand salopard celui-là », rétorque Amine, du tac au tac.

Plus d’opportunité, moins d’embrouilles

Abdou discute avec le propriétaire d’une Citroën saxo rouge. Quelques secondes plus tard, il s’applique à réparer la poignée d’une portière passager. Son client, le dernier de la journée, en aura pour une dizaine d’euros seulement. Abdou le remercie avec un large sourire.

C’est l’heure du café. Toujours en se marrant, il raconte comment il a atterri ici. « En 2013, j’ai demandé un visa étudiant d’un mois pour la France. » Huit ans après, il est toujours là. A Oran, avant son départ, il a obtenu son bac, puis il a étudié la comptabilité. Reprendre des études un jour ? « Ça fait trop longtemps », rigole-t-il de bon cœur. Sa sœur est étudiante à Paris 8, « pour trouver un bon métier plus tard », poursuit-il avec fierté. Il ne souhaite pas partir maintenant, même s’il imaginait la France autrement : plus d’opportunités, moins d’embrouilles. Il reste optimiste. Il finira bien par faire autre chose.

1. Le prénom a été modifié

Photo d’illustration en une

Djenaba Diame

Tue, 15 May 2018 12:24:37 +0200

Le maire de Wissous a des « grosses baloches » et les habitants sont contents

Café du coin, Wissous (91) - « Le maire, on l’appelle le cow-boy », raconte le patron du bistrot. Assis sous un maillot du FC Porto, signé des joueurs et encadré, Feliciano se marre en racontant l’anecdote. « S’il y avait un conflit, il arrivait avec ses deux flingues », détaille-t-il en mimant l’attitude de l’élu, mains à la ceinture. « Mais il n’est pas méchant », insiste le tenancier. Au début, pourtant, la relation entre les deux hommes fait des étincelles. « Quand j’ai acheté [le café du village], on s’est engueulé. » Puis les deux hommes apprennent à se connaître. « Il a vu que j’avais mon caractère et lui aussi. »

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Feliciano raconte sa première rencontre avec le maire. / Crédits : Yann Castanier

Doux euphémisme. Depuis 1995 et son arrivée à la tête de cette bourgade d’un peu plus de 7.000 habitants, les frasques de Richard Trinquier font les gros titres de la presse. « Essonne : le maire de Wissous arrêté pour violence avec armes en état d’ivresse », titre encore le site internet du Parisien, le 8 avril dernier au soir. Quelques heures plus tôt, alors qu’il est attablé pour le déjeuner dominical, Trinquier est informé que des caravanes de gens du voyage s’installent sur le parking d’une crèche de la bourgade.

Ni une, ni deux, il enfile un gilet par-balles, attrape un 9mm et… un katana ! Le premier magistrat de la ville se pointe sur place pour faire déguerpir les importuns. Sur place, il est accompagné de son premier adjoint et de deux policiers municipaux. Le ton monte. L’esclandre est en partie filmée.

Quelques minutes plus tard, la police nationale débarque sur place et embarque le maire et l’un des membres de la communauté des gens du voyage. Direction le commissariat.

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Le Café du coin. / Crédits : Yann Castanier

Au Café du coin, on approuve l’intention à défaut de cautionner la méthode. « Il sait très bien qu’une fois installés, on ne peut plus les déloger », commente un ancien de la Légion, accoudé au zinc face à une petite photo dédicacée de Karine Le Marchand, souvenir d’un tournage dans la commune. Mathias, un autre habitué du troquet, les traits burinés par des décennies de labeur dans le bâtiment, acquiesce :

« Nous on est venus en France pour travailler, mais eux, enfin certains, ils profitent. »

La com’ est bien rodée

Alors pas la peine de faire tout un plat de cette expulsion musclée. A son avis, « c’est les communistes qui ont exagéré l’histoire ». Quelques minutes plus tard, l’homme au chapeau de paille nuance : « Je ne voulais pas dire les communistes, mais les gens pas de son parti, ses opposants. » Sous Chirac puis Sarko, l’ouvrier filait un coup de main à la sécu de l’UMP, où le docteur Trinquier avait sa carte. Le natif de Lusitanie dit bien connaître le maire, alors la version de l’algarade telle que rapportée par la presse, il n’y croit pas :

« Ils ont dit qu’il était bourré, mais ça c’est pas vrai. C’est pas son genre. »

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Mathias, un habitué du troquet. / Crédits : Yann Castanier

« Il sortait de table. Il a peut être bu un ou deux verres, c’est tout », appuie Feliciano. Le maire s’en est expliqué dans un courrier à ses administrés puis dans une vidéo postée sur Facebook. Face caméra, le médecin conteste le taux d’alcoolémie évoqué par la presse, confondant opportunément les unités de mesures (entre mg/L de sang et mg/L d’air expiré). Il assure aussi être « tombé dans une embuscade » orchestrée par des individus qu’il avait déjà fait expulser deux semaines plus tôt :

« Je suis tombé sur plusieurs hommes qui avaient des fusils de chasse, dont l’un plus particulièrement, à cinq mètres de moi, me visait avec un fusil à pompe, plein visage. »

L’affaire telle que décrite dans Le Parisien est toute différente. Selon un proche de l’enquête cité par le quotidien local, le maire et son adjoint « sont arrivés en mode milice » et ce serait les gens du voyage qui auraient appelé la Police nationale. Dans son édition du lendemain, le journal explique qu’une dizaine d’armes, propriétés du maire, auraient été retrouvées, bien que madame Trinquier ait tenté de les planquer au cours de la nuit, chez un de ses amis ferrailleur. De ça, l’élu ne dit mot dans sa vidéo. Quinze jours plus tard, nouveau coup de com’. Sur Facebook toujours, l’élu se met en scène en redresseur de torts face à un jeune qu’il présente comme un voleur.

Une thématique qui fait mouche. Petit four en main, un retraité en chemise, croisé au pot organisé par la ville ce 8 mai, s’inquiète de la montée de « l’insécurité » :

« Mon voisin s’est fait cambrioler. Moi je suis sûr que c’est les gitans. Et il faudrait les laisser s’installer ? »

Une pimpante octogénaire se mêle à la conversation. Pour les deux anciens, le désarmement de la police municipale, décidée par la préfecture après la descente du maire, est un coup dur. « Déjà qu’ils ne peuvent rien faire », grommelle la dame. L’homme acquiesce :

« Maintenant, les petits voyous ils vont se foutre de la gueule de la police. »

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C'est la tournée de la mairie ! / Crédits : Yann Castanier

Dans la salle communale, les méthodes de Trinquier font l’unanimité. « L’Etat ne fait rien », commente un habitant :

« Le maire, lui, il se bouge, il a des grosses baloches, si vous me passez l’expression. »

Le temps béni des colonies

Sur la petite place qui fait face à l’église, un peu plus tôt dans la journée, le cortège des commémorations du 8 mai 1945 se met en ordre de marche. La fanfare municipale, cuivres rutilants sous le soleil, prend la tête du défilé. Suivent une quinzaine d’anciens combattants en uniforme d’apparat, drapeau au vent, et une poignée de sapeurs-pompiers. Les élus et les badauds complètent la marche. Manquent le maire et son prermier adjoint, en vacances, dit-on. Pourtant, d’ordinaire, Trinquier ne badine pas avec l’uniforme. Son père, le colonel Roger Trinquier, a fait l’Indochine et l’Algérie avant de se consacrer à l’écriture. Dans son bouquin, La guerre moderne, il théorise « la contre-insurrection » et prône l’usage de la torture.

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Commémorations du 8 mai 1945. / Crédits : Yann Castanier

A l’approche de midi, ce mardi matin, le cortège des commémorants rejoint le monument aux morts, pour la traditionnelle litanie des « morts pour la France ». A côté de la stèle, une plaque de marbre noir gravée de lettres dorées rend « hommage aux soldats morts aux combats d’Afrique du Nord et de la Guerre d’Algérie », inaugurée en décembre 2016 par Richard Trinquier. Les hommages au père et ses compagnons d’armes ont émaillé ses trois mandats.

En 2004, il envisage de rebaptiser une place de la commune du nom de Raoul Salan, un proche de son père. Ce chef de l’OAS est l’un des instigateurs du putsch des généraux de 1961, une tentative de coup d’Etat fomentée par des militaires français partisans de l’Algérie française. Trinquier renonce face à la polémique qui enfle. En 2005, il remet le couvert. Cette fois, il rend hommage à Jean Bastien-Thiry, condamné à mort et passé par les armes pour avoir organisé l’attentat du Petit-Clamart visant à assassiner De Gaulle. Le père, encore, avait témoigné à son procès. Dix ans plus tard, dans ses vœux de janvier aux Wissoussiens, Trinquier fils prône, face au terrorisme, l’usage des méthodes d’interrogatoire vantées par le paternel, citations à l’appui.

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Au nom du père. / Crédits : Yann Castanier

Un homme en avance sur son temps

De la provoc ? « Même pas, pour lui tout ça est très normal », commente Olivier Perrot. Attablé à la terrasse de son pavillon, le conseiller municipal d’opposition LREM énumère les anecdotes qui se racontent dans le village. « On dit qu’il ne boit plus d’eau d’Evian, à cause des accords du même nom », qui ont mis fin à la guerre d’Algérie. Décidément, la fin de la guerre lui reste en travers de la gorge et quand en 2008, après deux mandatures, Trinquier est battu par le PS (avant de reprendre la ville en 2014), « il avait fait mettre la musique qui accompagnait le départ des militaires d’Algérie », croit savoir l’attaché parlementaire. « Vu de l’extérieur, ça surprend, mais nous on s’est habitué », commente-t-il laconique.

France 4 L’autre JT épingle le maire de Wissous

« Trinquier est en quelque sorte visionnaire », lâche mi-figue mi-raisin le quadra marcheur. Dès son arrivée aux manettes de la ville, en 1995, il est l’un des premiers maires de France à armer sa police municipale. Il choisit des .357 Magnum et s’accorde au passage, par arrêté municipal, un port d’armes. Il est finalement désarmé par le Conseil d’Etat. En 2004, il équipe cette fois sa police de Taser et qu’importe si l’arme n’est même pas encore homologuée. « Encore une fois c’est devenu courant depuis », soupire l’élu LREM. En 2014, il a encore une polémique d’avance : il interdit, par arrêté municipal, l’accès de Wissous plage aux femmes voilées. Il sera débouté par le tribunal administratif. Mais deux ans plus tard les arrêtés « anti-burkinis » font les gros titres de la presse.

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Wissous - Paris, 11 km. / Crédits : Yann Castanier

A l’époque, Les Républicains menacent de virer l’élu sulfureux. Trinquier prend les devant et claque la porte du parti gaulliste pour se rapprocher de Debout La France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan qui lui, ne mégote pas son soutien. Quand l’affaire du Katana enfle, l’ex candidat à la présidentielle lui assure son aide en cas de procès. « Jérémy Renaud, le nouveau chef de cabinet de Trinquier est un membre de Debout La France », complète Olivier Perrot. Le nouveau dir cab’ avait, en 2015, lui aussi eu les honneurs de la presse pour avoir traité de « salope » Jean-Claude Juncker. Le président de la Commission européenne venait de mettre en place des « mesures d’urgence » pour organiser l’accueil des exilés au sein de l’Union Européenne. Et comme NDA, Trinquier a, dans l’entre-deux tours de la présidentielle, appelé à voter Marine Le Pen, pour « faire barrage » à Emmanuel Macron.

« Je ne veux pas qu’on dise “vous n’avez rien fait”. Je préfère perdre avec mes idées », commente Olivier Perrot, entre deux gorgées de jus de pomme. Mais difficile de marquer son opposition quand la gestion de la commune fait quasiment l’unanimité. « Il y a des choses de bien de faites à Wissous. La ville n’est pas mal gérée », reconnaît même le quadra.

Wissous, ville-fleurie

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Partie de pêche. / Crédits : Yann Castanier

Il y a affluence, le long de la petite rivière qui serpente dans le parc de la commune, situé à quelques encablures de la maison d’Olivier Perrot. Assis au pied d’un saule pleureur, Karen et Sylvain taquinent le poisson. « On est bien ici, mais il ne faut pas trop le dire », se marre le trentenaire, résident de la commune depuis 2009. « On n’est pas d’accord avec les idées du maire, mais pour la ville il est bien », assure son épouse.

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Les jeunes rident en trottinette. / Crédits : Yann Castanier

Leur aîné, élève en primaire, interrompt la conversation – « Vous êtes journalistes, on va passer à la télé ? » – avant de retourner jouer sur le skate parc voisin. « Vous voyez ça c’est super pour les enfants », commente sa mère. En fait, le skatepark a été construit par l’ancienne majorité PS. « Les impots locaux ont baissé, ça on l’a vu ! », complète Sylvain, avant d’énumérer les activités mises en place par la Ville : Wissous plage l’été, Wissous glace l’hiver… « Le cadre de vie est magique, c’est la campagne dans la ville », conclut le paternel. Plus important à ses yeux que les saillies de l’édile, qu’il condamne du bout des lèvres, avant de se dédire quelques minutes plus tard :

« On est content qu’il ait les couilles de faire ça ! »

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La campagne à la ville. / Crédits : Yann Castanier

Contacté par StreetPress, le maire de Wissous n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.

mathieu-molard

Mon, 14 May 2018 11:17:14 +0200

Ça reste entre nous, la web-série qui donne la parole aux asio-descendants

1 Que veulent-ils financer ?


Les six prochains épisodes de Ça reste entre nous, une web-série documentaire créée en début 2017. Des personnes asio-descendantes y abordent « leur rapport à l’identité, leurs aspirations et préoccupations, tous aussi divers et variés que leurs origines, leurs parcours et leurs modes de vie ».

2 Combien ça coûte ?


15.000 euros pour louer du matos, ainsi que payer les cadreurs, les preneurs de son et la post-prod !

3 À quoi ça sert ?


À donner un coup de pouce à un projet qui donne une voix supplémentaire à la communauté asiatique de France et qui déconstruit préjugés et idées reçues.

4 Notre contrepartie préférée ?


Pour un don de 20 euros, on t’invite à assister à une projection.

5 La maman du projet ?


Grace Ly, alias La Petite Banane, blogueuse et réalisatrice, qui explore son identité de Française d’origine chinoise. Pour ce projet, elle travaille avec Irène Nam et Jaewoo Seo, tous les deux professionnels de l’audiovisuel, en plus d’une équipe de bénévoles.

Pour quelles raisons avez-vous créé ce concept ?
Ma première motivation est de pallier le manque de représentation des asiatiques de France sur la scène médiatique. Donc on invite des personnes d’origine asiatique qui, pendant une après-midi, discutent de leurs expériences, de leur regard sur certaines choses, le tout sans se juger. Plus jeune, je ne voyais pas de gens qui me ressemblaient à l’écran et qui s’exprimaient sur des choses qui me touchent, comme les clichés sur les asiatiques. J’ai voulu réaliser cette série pour ça, en donnant la parole aux concernés. [Grace Ly raconte son histoire et son militantisme dans notre article Les Asiatiques de France en ont marre de fermer leur gueule, ndlr.]
Pourquoi l’appeler Ça reste entre nous ?
Ce sont des conversations très intimes. On met autour d’une table des personnes qui ne se connaissent pas et abordent des sujets comme l’éducation de leur(s) enfant(s), la relation avec leurs parents… Et puis ça rappelle aussi l’idée reçue selon laquelle les asiatiques restent entre eux. C’est un pied-de-nez.
Vous invitez qui ?
On recherche des personnes qui ont des profils, des parcours et des idées différentes. Des personnes prêtes à en discuter autour d’une table. Sur chaque thème, on fait des appels à témoin. Au début, c’était des personnes de mon cercle puisqu’on débutait. Pour les prochains épisodes, on fera des appels à témoin publics.
Quels thèmes seront abordés dans les prochains épisodes ?
On envisage d’aborder les thèmes de la reconversion professionnelle; de l’expatriation en Asie; de la relation aux aînés; de la beauté féminine; de la santé mentale; ou encore des religions des asiatiques en France. Mais tout dépendra du budget final après la campagne de financement.


Pour donner, c’est ici :
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Djenaba Diame