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Mon, 13 Nov 2017 08:30:00 +0100

«Pourquoi je suis structuraliste»

Françoise Héritier est décédée dans la nuit du 14 au 15 novembre 2017 à l'hôpital de la Pitié Salpétrière à Paris, à l'âge de de 84 ans. Bien connue aujourd’hui pour son anthropologie de la différence des sexes, elle a rencontré l’ethnologie en même temps que l’enseignement de Claude Lévi-Strauss, auquel elle a succédé à la tête du Laboratoire d’anthropologie sociale. Dans cet entretien qu'elle nous avait accordé en 2008 et que nous vous proposons de (re)découvrir, elle fait la part de ce qu’elle reconnaît au structuralisme et de ce qui, à ses yeux, en déplace l’objet principal.

Qu’est-ce qui vous a amenée à travailler avec Claude Lévi-Strauss ?

J’ai rencontré C. Lévi-Strauss en même temps que l’ethnologie, alors que je faisais des études d’histoire et de géographie. J’ai connu un groupe d’étudiants en philosophie qui suivaient ses cours au musée de l’Homme. Ils en parlaient avec enthousiasme, et je les ai accompagnés. C’étaient des séminaires passionnants, très ethnographiques. Je ne pensais pas du tout faire ce métier. Mais au cours de la deuxième année, C. Lévi-Strauss est apparu avec une proposition du recteur de l’université de Bordeaux. Ce dernier avait monté un institut de sciences appliquées au Burkina Faso (à l’époque Haute-Volta), et avait un contrat avec le gouvernorat pour aménager une partie de la vallée de la Volta. Il cherchait un ethnologue et un géographe pour participer à ce projet. Michel Izard et moi nous sommes présentés : Michel a été accepté, j’ai été récusée par les services hydrauliques parce qu’ils ne voulaient pas d’une femme. Mais ils n’ont pas trouvé à me remplacer et donc je suis partie quand même. C’était mon premier terrain, en 1957.


Mais pourquoi vous êtes-vous intéressée aux systèmes de parenté ? C’est l’enseignement de C. Lévi-Strauss qui vous a donné cette idée ?

Pas du tout. Il n’enseignait pas cela, mais la « religion des peuples sans écriture ». Je me suis cultivée moi-même. Et c’est seulement lorsque j’ai trouvé un système tout à fait atypique chez les Samos que je m’y suis intéressée. Bien sûr, à son séminaire, il y avait des participants qui parlaient de ces sujets. Mais je n’ai jamais reçu d’enseignement sur la parenté directement de C. Lévi-Strauss. Par ailleurs, il n’encourageait pas ses étudiants à travailler avec ses idées. C’était un professeur attentif, et pas avare en conseils, mais très réservé et très intimidant. Il attendait que ses étudiants trouvent leur voie tout seuls.

Vous avez tout de même pris au sérieux les thèses de C. Lévi-Strauss sur les échanges matrimoniaux et vous avez même cherché à vérifier concrètement leur existence.

Oui, certainement, mais surtout je me suis lancée dans l’étude de ce que C. Lévi-Strauss appelle les « systèmes complexes », c’est-à-dire ceux où les mariages ne sont pas déterminés par des règles de parenté. Il avait écrit que l’on ne pouvait les étudier que statistiquement, comme le ferait un sociologue en France. Mais j’ai eu la chance de tomber sur un système encore bien vivant. J’avais la curiosité de comprendre les faits, et j’ai voulu voir s’il n’existait pas quelque règle cachée. C’est pourquoi j’ai fait ces longs relevés sur trois villages samos, pour les traiter ensuite par l’informatique.

Je n’ai pas eu de mal à faire accepter ce projet. C. Lévi-Strauss avait un certain goût pour les technologies modernes : l’informatique lui plaisait, il s’intéressait aux bases de données, comme les HRAF (1) (Human Relations Area Files), dont il avait acquis un exemplaire en fondant son laboratoire, en 1961. Même si lui-même ne voulait pas particulièrement se servir des ordinateurs. Il avait sans doute raison : j’ai mis vingt ans à compléter cette étude. Il fallait beaucoup de conviction. C’est très rare que l’on traite de grands corpus d’informations comme je l’ai fait. Cela m’a permis de dégager l’existence concrète d’une tendance à répéter des alliances entre des lignages.

Comment expliquez-vous la désaffection dont la pensée de C. Lévi-Strauss a été l’objet à partir du milieu des années 1970 ?

Il y a toutes sortes de raisons. D’abord, il faut savoir que C. Lévi-Strauss n’a jamais été un militant des causes qui ont tant occupé les années 1970. C’est un homme d’ordre. Mai 68 lui a énormément déplu. Sauf exception, il a toujours refusé de signer les manifestes et pétitions que l’on pouvait lui présenter. Cela ne fait pas que des amis.

Ensuite, il a connu le succès comme écrivain. Tristes tropiques a été lu par beaucoup de gens. Le monde intellectuel lui en a voulu d’être sorti de sa spécialité et d’avoir une telle renommée. On l’enviait.

Quant à son œuvre spécialisée, elle est très dense et assez difficile à lire. En fait, bon nombre de ses critiques ne l’ont pas vraiment lu et C. Lévi-Strauss leur répondait rarement, sauf au début lors de ses échanges avec Jean-Paul Sartre, Roger Caillois, Georges Gurvitch ou Georges Balandier. Par la suite, il n’a plus répondu : il a laissé le champ libre à tous ces critiques qui lui reprochaient d’être un penseur « froid », « mécanique », « déterministe ». Il y a eu cette espèce de grande accusation – qui venait peut-être de Mai 1968 – de ne penser qu’aux règles et aux formes. On a donc reproché à C. Lévi-Strauss de dépouiller le réel de sa chaleur humaine, de tourner le dos au sensible et à l’intuition. Mais c’est absurde. L’intuition n’est rien d’autre qu’un mouvement de l’esprit qui soudain entrevoit un agencement nouveau dans une masse d’informations. Il n’y a pas d’intuition qui ne repose sur une connaissance détaillée. C. Lévi-Strauss est un penseur très intuitif, qui a également développé une théorie ambitieuse, sans d’ailleurs vraiment préciser la méthode qui permettrait de la vérifier. C’est pourquoi on a pu aussi lui reprocher de ne pas être assez rigoureux.


Sa pensée a été critiquée notamment au nom d’un culturalisme qu’il passe pour avoir lui-même introduit en France. Comment est-ce possible ?

Qu’il ait fait des déclarations antiracistes est une chose. Qu’il ait défendu l’égale dignité des cultures est également un fait. Mais cela n’avait rien à voir avec le culturalisme radical. C. Lévi-Strauss a toujours défendu l’idée qu’il n’y a pas de variation culturelle qui ne prenne place à l’intérieur de structures universelles de l’esprit humain. Je pense exactement la même chose. Si les critiques des culturalistes ont été virulentes, c’est parce qu’au fond ils contestent que l’on puisse affirmer des universaux, et même comparer des sociétés entre elles. En fait, ils rejoignent une certaine tradition académique. Pendant longtemps, les hellénistes n’ont pas supporté l’idée que l’on puisse comparer la tradition grecque avec quoi que ce soit d’autre venant d’Afrique ou d’Asie.

C. Lévi-Strauss a également été l’objet des attaques des mouvements féministes qui l’ont accusé de réduire les femmes à la condition d’objets d’échange. À cela, il a répondu que s’il avait inversé les positions des hommes et des femmes, sa théorie et ses modèles auraient été les mêmes. Cela n’aurait pas changé ses idées sur l’importance de l’échange comme moteur des sociétés.

Mais à partir du moment où l’on dit qu’« échanger des femmes » est le fondement de la société, est-ce que cela ne suggère pas que l’on ne peut rien y changer ?

Disons que C. Lévi-Strauss ne voulait tirer aucune leçon de l’inégalité des sexes. Pour lui, c’était une donnée, et pas un objet de réflexion, pour la bonne raison qu’il ne voyait rien de scandaleux là-dedans. Il faisait le constat que dans la plupart des sociétés pratiquant le mariage, les femmes ont été traitées comme des ressources. C’est tout.

Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas y réfléchir. Aujourd’hui, dans la société moderne, le mariage et la reproduction sont les produits de choix individuels : la notion d’échange ne s’applique même pas. Donc les hommes n’échangent pas de femmes. Mais la domination masculine existe tout de même. C’est pourquoi j’ai développé l’idée que la différence des sexes était un invariant encore plus fondateur que la nécessité d’échanger.

En affirmant cela, est-ce que vous ne touchez pas au fondement de ce qui avait fait le succès des travaux de C. Lévi-Strauss sur la parenté : expliquer l’universalité de la prohibition de l’inceste par la nécessité de l’échange, de la communication ?

Oui, c’est un fait, mais cela ne veut pas dire qu’on renonce à l’expliquer, au contraire.
J’ai montré, dans mes travaux, comment la prohibition de l’inceste est liée à des idées bénéfiques ou maléfiques concernant le contact de substances corporelles. L’interdit est du même ordre que celui qui porte sur la masturbation ou l’homosexualité : on raisonne en termes de contacts du même avec le même, et on leur attribue des conséquences néfastes. La distribution de l’inceste procède de la même façon, et ne dépend pas à strictement parler d’une obligation d’échanger. Dans un grand nombre de sociétés, l’inceste ne concerne pas seulement les parents consanguins, mais aussi les parents par alliance. Pourquoi un homme ne pourrait-il pas épouser sa belle-sœur ou sa belle-fille ? Cela n’a pas de rapport avec l’idée d’échange. En revanche, cela met en jeu l’éventualité d’un contact sexuel indirect entre deux frères, ou entre un père et son fils. C’est ce raisonnement que je considère comme fondamental.

Vous considérez-vous comme une anthropologue structuraliste ?

Je suis structuraliste dans la mesure où je crois en l’existence d’invariants humains.

Reste à savoir ce que l’on entend par là. C. Lévi-Strauss a travaillé sur des corpus homogènes, comme des terminologies et des mythes, et compare essentiellement des formes, des armatures logiques. Ce qu’il appelle « structure » est quelque chose de très abstrait.

Ce n’est pas comme cela que je pratique : ce que j’appelle un invariant est une donnée du monde qui pose problème. Par exemple, la différence des sexes est d’abord un fait observable, concret. Leur conjonction est nécessaire pour faire des enfants, mais il se trouve que ce sont les femmes qui portent les enfants, pas les hommes. De nombreuses sociétés ont réagi à cette asymétrie en la retournant : en affirmant que ce sont les hommes qui fabriquent les enfants, et que les femmes n’y sont pour presque rien, ou bien en les tenant dans l’ignorance de leur rôle. En tout cas, il est clair que nulle part l’humanité n’échappe à cette question : c’est cela que je considère comme un invariant. J’aime beaucoup rappeler cette idée de Georges Devereux qu’il n’existe pas de fantasme présent dans la culture d’un psychiatre viennois qui n’ait été incarné par une institution dans quelque société amérindienne, et réciproquement.

NOTE :

(1) Le fichier HRAF est une base de données permanente sur les cultures et les sociétés du monde entier. Il a été créé à l’université de Yale par George P. Murdock en 1947.

Françoise Héritier

Professeure honoraire au Collège de France, auteure de Masculin, féminin, 2 t., Odile Jacob, 2002

Mon, 13 Nov 2017 08:30:00 +0100

Dessine-moi la société

Représenter la population d’une société en fonction des inégalités économiques, des classes sociales, des âges ou des appartenances religieuses ou ethniques est un exercice éclairant. Selon les critères de démarcation retenus, des visions très différentes de la société peuvent apparaître.

« Dessine-moi une société. » Au lycée, certains professeurs de SES (sciences économiques et sociales) débutent le cours sur la société française en demandant à leurs élèves de dessiner la société telle qu’ils la voient. Le résultat est parfois très original et malicieux (1). Certains divisent la société en deux (le peuple et les élites), en trois (les riches, les pauvres, les moyens), d’autres en une mosaïque de professions, de religions, d’âges, de sexes, d’autres encore en une myriade d’individus tous différents mais reliés par quelques institutions d’encadrement (entreprise, mairie, école, télévision, autant d’instances censées assurer le « lien social »). L’exercice est intéressant : il force à mettre à jour ses représentations pour les confronter aux modèles proposés par les sciences sociales. Mettons-nous donc dans la peau de l’él&eg [ lire la suite... ]

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Mon, 13 Nov 2017 08:30:00 +0100

Un territoire en mosaïque

Le clivage ville/périphérie/campagne permet-il toujours de comprendre la diversité de notre société ? Assurément, non. La région ou le quartier sont parfois tout aussi déterminants.

Au long des trois dernières décennies en France, les différences entre les territoires demeurent importantes. Mais de quels territoires s’agit-il ? Ces dernières années, la trilogie ville centre/périphérie urbaine/rural a été privilégiée. Ces trois catégories rendent en effet bien compte de plusieurs inégalités actuelles.

Au cours des dernières décennies, la ségrégation spatiale s’est amplifiée. Ainsi, les jeunes se sont concentrés dans les grandes villes (capitales régionales, métropoles, Paris). Les 20-24 ans représentent 15 % de la population à Rennes ou Montpellier, mais seulement 2 % dans les communes rurales de la Creuse. La prolongation des études l’explique en partie, mais le phénomène touche aussi les jeunes entrés dans la population active : avec le recul de l’âge d’accès à l’emploi stable et plus encore de celui de la formation de la famille, un nouvel âge de la vie est apparu et il se déroule dans les grandes villes.

Une géographie clivante

Autre concentration, celle des cadres supérieurs qui eux aussi se sont regroupés dans les grandes villes. Ils constituent 30 % de la population active parisienne, mais seulement 3 % de celle rurale de la Haute-Saône. Dans les années 1980, les classes supérieures étaient encore présentes sur une grande partie du territoire car impliquées dans l’industrie. Mais un monde d’ingénieurs a été remplacé par une société tertiaire et financière. Sans surprise, le revenu médian s’accroît avec la dimension de la commune (mais régresse légèrement au centre des grandes villes) et le niveau d’instruction suit la même logique. La concentration a même lieu au carré si l’on peut dire : les cadres les plus diplômés sont d’autant plus fréquents parmi l’ensemble des cadres que la commune est importante. Inversement, la proportion des ouvriers s’accroît à mesure que l’on s’écarte des villes, de même que celle des artisans. Une ségrégation se met ainsi en place entre manuels et intellectuels : ceux qui travaillent la matière – artisans, agriculteurs, ouvriers – sont cantonnés dans le rural tandis que les employés, les professions intermédiaires et supérieures tendent à peupler les villes et leur périphérie.

Ce clivage ne suffit cependant pas à expliquer les inégalités territoriales. Il faut aussi prendre en compte la situation régionale. Ainsi, le chômage varie-t-il peu selon la taille des villes tandis que d’importants écarts existent entre d’une part le Nord-Est et la frange méditerranéenne et d’autre part l’Ouest et le Sud-Ouest (à part la vallée moyenne de la Garonne). Autour de Cholet, 6,5 % des actifs pointent à Pôle emploi alors qu’ils sont 17 % autour de Narbonne. La proportion de jeunes sans diplôme qui est à peu près la même quelle que soit l’importance de la localité, varie du simple au double entre les régions qui viennent d’être citées (voir carte ci-dessous), ce qui est assez logique, les jeunes sans diplôme ayant les plus forts taux de chômage. La même géographie s’observe pour la proportion de personnes au-dessous du seuil de pauvreté, pour la proportion de familles monoparentales, pour les différences locales de revenus (par exemple mesurées avec l’indice de Gini). De même qu’il existe une cohérence au regroupement des professions supérieures, des riches et des diplômés au cœur des grandes agglomérations, de même, les fragilités qui viennent d’être citées forment système. L’absence de diplôme prédispose au chômage, le chômage à la rupture des unions et la monoparentalité à la pauvreté (38 % des familles monoparentales sont au-dessous du seuil de pauvreté).

Des différences plus fines

Pourquoi est-on moins attentif aux différences régionales qu’aux différences urbaines ? Sans doute parce que les secondes tombent sous le sens tandis que l’explication des premières est plus difficile. Que les riches, diplômés, cadres résident dans les grandes villes plutôt qu’à la campagne ou dans les faubourgs tombe sous le sens. Les activités économiques, culturelles et politiques importantes se passent au centre des grandes villes. Mais que le Nord-Est et la région méditerranéenne aient un chômage, une sous-éducation, une pauvreté beaucoup plus importants que l’Ouest et le Sud-Ouest répond à des facteurs historiques et même anthropologiques plus anciens et plus difficiles à préciser. L’argument de la désindustrialisation n’est pas suffisant car il n’est valable qu’au Nord-Est et non pour la Méditerranée ou dans la vallée moyenne de la Garonne. De plus, l’industrie est maintenant aussi présente à l’Ouest qu’à l’Est de la France.

Villes et régions n’épuisent pas la liste des critères territoriaux. À un niveau plus fin que la commune, d’autres écarts apparaissent. À l’intérieur de Paris, la population de la Goutte-d’Or ne ressemble guère à celle du triangle d’or délimité par les avenues Montaigne, Georges-V et des Champs-Élysées. Dans de plus petites villes, de fortes différences apparaissent entre zones pavillonnaires et habitat collectif, entre habitat collectif et habitat social. On peut s’en rendre compte en consultant la liste des quartiers prioritaires définis par le ministère de la Ville (quartiers où le taux de pauvreté est supérieur d’au moins 30 % à celui de l’ensemble de l’agglomération). À un niveau encore plus fin, des différences existent entre des habitats voisins et semblables. Dans Logiques de l’exclusion, Norbert Elias en a donné un exemple remarquable : deux rues anglaises voisines où s’alignent des pavillons ouvriers semblables abritent deux populations radicalement différentes. Un cran plus bas encore, dans un même immeuble, cohabitent des personnes souvent assez différentes par leur âge, leur profession, et même leur revenu.

Multitude de points de vue

Plus étrange, pour la plupart des caractères étudiés, la variabilité est pratiquement la même quelle que soit l’échelle pourvu qu’on la mesure de la manière suivante : on choisit une zone carrée de côté donné qu’on divise en quatre sous-carrés. On calcule la valeur du caractère étudié dans chacun des sous-carrés (par exemple le taux de chômage) et on classe les quatre valeurs par ordre décroissant. On répète l’opération pour un grand nombre de carrés de même dimension, voire pour un quadrillage complet du territoire français et on fait la moyenne des valeurs pour chacun des quatre rangs. On constate alors que ces quatre moyennes assez différentes entre elles ne changent pratiquement pas quelle que soit la longueur retenue pour le côté du carré. Il n’existe donc pas un découpage préférable aux autres. Cette propriété qui correspond à un modèle multifractal a été observée pour la plupart des caractères sociaux ou électoraux habituellement. La diversité n’est donc pas réductible à un critère géographique ou à ces « fractures » qui ont connu une grande vogue depuis deux décennies. Faut-il s’en émouvoir ? Non, mais savoir que, selon le problème traité, on doit choisir le critère géographique le plus pertinent. Il n’y a pas de division absolue du territoire mais une multitude de points de vue sur lui.

À lire
• « La structure multifractale du peuplement »
Hervé Le Bras, in Gabriel Dupuy (dir.), Villes, réseaux et transport . Le défi fractal, Economica, 2017.

Mon, 13 Nov 2017 08:30:00 +0100

Les enfants apprennent-ils mieux avec un livre électronique ?

La conclusion de cette étude américano-canadienne va à contre-courant de la campagne « 3-6-9-12. Maîtrisons les écrans » en France, qui déconseille les écrans pour les enfants de moins de 3 ans. Dans le cadre d’une recherche, deux chercheuses ont comparé l’attitude d’enfants âgés de 17 à 26 mois devant un livre électronique et son équivalent en papier. Il s’agissait d’imagiers sur les animaux. Les ebooks étaient racontés par une voix enregistrée agrémentée d’animations sonores et visuelles. Pour les livres traditionnels, c’était la mère des enfants qui lisait. En observant les enfants, les chercheuses ont remarqué que les enfants se montaient plus actifs et plus attentifs pour les livres électroniques et prenaient davantage de plaisir à la lecture. Ils tournaient plus souvent eux-mêmes les pages et faisaient plus de commentaires. Ils ont également appris plus de nouveaux mots à partir du support électronique. Les auteurs en concluent que de plus amples recherches sont aujourd’hui nécessaires pour déterminer les dangers et avantages des nouveaux médias pour les très jeunes enfants ! 

Gabrielle Strouse et Patricia Ganea, « Parent-Ttoddler Bbehavior and language differ when reading electronic and print picture books », Frontiers in Psychology, n° 8, 2017.

Mon, 13 Nov 2017 08:30:00 +0100

La puberté peu propice aux apprentissages

Les hormones de la puberté ont des effets notables sur les neurones : c’est ce que vient de montrer une étude menée sur des souris femelles exposées à des œstrogènes et à de la progestérone – hormones produites par les filles au début de l’adolescence. Les transmissions neuronales se voient ralenties au niveau du lobe frontal, qui intervient entre autres dans les processus d’apprentissage, l’attention et le comportement. Avant la puberté, les individus de sexe féminin sont plus performants pour explorer le monde et pour s’adapter à un changement d’environnement. L’adolescence marquerait-elle une pause dans les apprentissages ? Sur le plan scolaire, peut-être, mais les jeunes filles n’arrêtent pas d’apprendre pour autant : leurs ressources cognitives sont en grande partie mobilisées autour des relations sociales.

Yasmin Anwar, « Puberty hormones trigger changes in youthful learning », université de Berkeley, juin 2017.