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Rue89Lyon

Tue, 22 May 2018 06:30:59 +0200

A Lyon, 3e manifestation de la fonction publique

[Article mis à jour régulièrement] On prend les mêmes et on recommence. Nouvelle journée d’action de la fonction publique ce mardi. Toujours le même parcours et toujours les mêmes revendications alors que l’on attend la remise d’un rapport sur le sujet pour début juin.

A Lyon, départ à 10h de la place Bellecour pour rallier la préfecture du Rhône.

Alors que la « convergence des luttes » n’est pas franchement au rendez-vous malgré plusieurs rendez-vous labellisés ainsi (lire ici et ), ce mardi 22 mai marque le retour d’une journée d’action 100% fonctionnaire, avec une intersyndicale rare : Les neuf organisations syndicales représentatives dans la fonction publique (CFDT, CGC, FA, CGT, UNSA, FO, Solidaires, CFTC, FSU) appellent en effet à cesser le travail et à descendre dans la rue.

Pour la troisième fois, après une journée du 22 mars qui avait rassemblé entre 9 200 (selon la police) et 15 000 personnes (selon la CGT) à Lyon.

Au menu, toujours les mêmes raisons de la colère. En attendant la remise du rapport du comité d’experts « CAP 2022 » (Comité action publique 2022) attendu pour début juin :

  • défense du statut de fonctionnaire,
  • augmentation des rémunérations et des effectifs.

Outre les différentes fonctions publiques (territoriale, d’Etat et hospitalière), les cheminots devraient être aussi de la partie, tout comme les étudiants.

La banderole de tête de la manif du 22 mars à Lyon "pour la défense du statut et du service public". ©LB/Rue89Lyon

La banderole de tête de la manif du 22 mars à Lyon « pour la défense du statut et du service public ». ©LB/Rue89Lyon

Rue89Lyon

Sat, 19 May 2018 09:00:06 +0200

Stéphane Brizé réinvente le cinéma social avec son film « En Guerre »

« Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Brecht en préambule, et dans la foulée de La Loi du marché, Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition à Cannes 2018.

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute…

Nul n’est sensé ignorer La Loi du marché (2015), pénultième réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser.

Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le vulgum pecus à crever de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement, révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité.

L’histoire d’En guerre est terrifiante. Car elle contient tous les ingrédients au cœur des grands conflits sociaux faisant l’actualité depuis trop longtemps : des accords d’entreprise frelatés (extorqués contre la promesse d’un maintien de l’activité, dénoncés quelques mois plus tard), l’incurie d’un État jouant la neutralité bienveillante mais trop soucieux de sauvegarder les intérêts privés pour s’engager auprès des vraies victimes (et préférant, le cas échéant, les faire tabasser par les CRS) ; un patronat au-dessus des lois comme de la morale, dont l’avidité ne connaît pas de limite.

À cette synthèse — on devrait dire “pot-pourri“ — il faut ajouter le facteur temps, dont Brizé montre la redoutable contre-productivité sociale, puisqu’il est de facto l’allié des puissants : un conflit qui dure constitue un terreau propice pour qui souhaite semer des graines de doute, faire fleurir la division et voir éclore les ressentiments larvés.

Clairement engagé du côté des ouvriers, Brizé ne les héroïse pas à la soviétique au nom du dogme, bien au contraire. Face aux prédateurs libéraux froids et dépourvus d’affects, ils sont les seuls à manifester une humanité en étant les esclaves de leurs passions — comme la colère ou les ambitions individuelles. C’est ce qui fracturera le groupe. Comment ne pas penser au finale de La Colline des hommes perdus (1964) de Sidney Lumet…

Récit d’une défaite si faiblement victorieuse, En guerre construit son épopée tragique en incorporant à l’objectivité de son énonciation les voix de ces aèdes contemporains que sont les médias d’informations en continu. Dans l’immédiateté, ceux-ci transforment des faits en légende en en livrant une interprétation divergée — la succession des reportages tronquant opportunément la réalité et des communiqués partiaux en témoigne.

Débutant par un flash info, s’achevant quasiment par une image amateur tournée au téléphone, En guerre en dit incidemment long sur le poids des images médiatiques, ces condensés forcément biaisés car livrés dépourvus de généalogie factuelle. Et, fatalement, interroge sur l’éthique du regard.

Le “cinéma socSial” réclame, au nom de la dignité des individus qu’il dépeint (souvent des victimes objectives) et des idées qu’il défend (en général, des valeurs de justice) une adéquation entre la forme et le fond.

Soit un traitement brut et une esthétique sobre frisant l’ascèse. Si elle a un peu vitrifié le genre, la caméra à l’épaule des Dardenne ou de Loach, respectait ainsi cet équilibre en donnant une impression d’instabilité liée au “pris sur le vif“.

L’absence de tout apprêt mélodique extra-diégétique (la bande originale) accentuait le vérisme des situations, de même que le recours à des comédiens non professionnels. L’enjeu étant, non pas de contrefaire la réalité (au risque de choir dans la caricature pathétique), mais d’en donner à travers la fiction la représentation la plus signifiante possible.

Si pour La Loi du marché, Brizé avait opté pour une ligne ultra-radicale, il consent ici à quelques plages musicales qui n’oblitèrent en rien la puissance du réel. Elles apportent même un regain de panache dans la geste ou l’élégie. On pourrait parler de convergence des luttes.

En guerre de Stéphane Brizé (Fr, 1h53) avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie…

PAR VINCENT RAYMOND, A LIRE SUR LE PETIT BULLETIN

Le Petit Bulletin

Fri, 18 May 2018 16:55:17 +0200

Baston, banderole raciste et sièges endommagés : quelques incidents pendant la finale de l’Europa League

En ville et dans le stade, la soirée semble avoir été relativement calme. Des incidents et des interpellations ont toutefois émaillé la soirée dans les rues de Lyon. Avec l’extrême droite radicale parfois en fond. L’Olympique Lyonnais a porté plainte pour des dégradations de son stade.

La journée et la soirée de mercredi étaient à risques. Avec la venue de supporters marseillais pesaient des craintes d’affrontements avec leurs rivaux lyonnais. Les ultras des deux clubs se détestent cordialement. Côté Lyonnais, la frange de supporters proche de l’extrême droite radicale s’était il y a peu encore fait tristement remarquer dans l’enceinte du Groupama Stadium.

Le club de l’Atletico Madrid comptant en plus dans ses rangs un mouvement néo-nazi dont certains éléments très violents, la tableau était flippant. Le préfet de région, Stéphane Bouillon, disait toutefois en début de semaine ne pas craindre que Lyon devienne l’espace d’un soir le point de rendez-vous de hooligans d’extrême droite européens.

Il n’excluait toutefois pas d’éventuels fights entre supporters. Au regard des quelques incidents mineurs de la soirée, les craintes étaient réelles. Mais les quelque 1250 hommes des forces de sécurité déployés dans les rues et autour du stade ont sans doute permis ce bilan positif. Les récentes arrestations dans le milieu hooligan lyonnais ont également pu jouer pour que la soirée reste calme.

Des supporters de l'Atletico Madrid place Bellecour pour la finale de l'Europa League le 16 mai 2018 à Lyon. Photo LB/Rue89Lyon

Des supporters de l’Atletico Madrid place Bellecour pour la finale de l’Europa League le 16 mai 2018 à Lyon. Photo LB/Rue89Lyon

Un groupe proche de l’extreme droite radicale arrêtée à Perrache

Toutefois, des affrontements ont eu lieu mercredi soir place des Terreaux à Lyon. Sans que l’on sache quels étaient les protagonistes. Trois interpellations ont eu lieu.

Plus précise en revanche est cette équipée appréhendée par la police du côté de Perrache en fin d’après-midi. Le journal Le Monde indique qu’elle était suivie depuis son départ dans le quartier du Vieux Lyon, « fief » de groupuscules d’extrême droite lyonnais.

Composée de 25 personnes soupçonnées d’appartenir « à la mouvance identitaire » selon le journal sans plus de précision, elle n’était pas en route pour faire du shopping. Certains portaient des protège-dents, un a été arrêté en possession d’un poing américain. Ils étaient par ailleurs munis de drapeaux du club de foot espagnol, pour mieux se fondre dans la foule des supporters rassemblés place Carnot.

Banderole raciste du côté des supporters espagnols

On annonçait également la présence de supporters madrilènes proches de l’extreme droite. Des membres du Frente Atletico, groupe issu des jeunesses franquistes, étaient bien présents. Comme en témoignait une grande banderole au nom de l’organisation dans le virage nord du Groupama Stadium.

Sans lien avéré avec ce dernier pour l’heure, on apprend ce vendredi que l’UEFA poursuit l’Atletico Madrid et ses supporters pour « comportement raciste ». L’enquête porte sur une banderole à caractère raciste déployée dans le stade.

Le Parc OL en avril 2016. Photo CC by Net Circlion via Flickr

Le Parc OL en avril 2016. Photo CC by Net Circlion via Flickr

L’OL porte plainte pour des sièges dégradés dans le virage des Marseillais

Au Groupama Stadium, le risque de dégradation était grand aussi. Depuis quelques jours et les provocations des présidents de l’OL et de l’OM, un chant en vogue à Marseille promettait de venir « tout casser » chez Jean-Michel Aulas.

Le stade va bien, il n’est pas à reconstruire. Le club de l’OL a toutefois indiqué avoir porté plainte pour des dégradations concernant 105 sièges, des arrachages de distributeurs de savon ou de papier et une caméra de surveillance cassée dans la virage sud, celui des Marseillais. Quatre personnes sont poursuivies pour des violences dans les tribunes du stade. Huit supporters marseillais ont été interpellés pour détention de fumigènes, dont un bon nombre a malgré tout été introduit dans le stade.

Bertrand Enjalbal

Fri, 18 May 2018 15:00:39 +0200

Les Assises Internationales du Roman célèbre la « Révolte » pour son édition 2018

« Au cœur de la révolte », l’une des thématiques fortes de cette édition 2018, et comme pour célébrer à distance Mai 68, les Assises Internationales du Roman ont placé deux auteurs américains, Matthew Neill Null et A.G. Lombardo, dont les deux premiers romans épiques entraînent leurs personnages dans un désordre qui finit par les éclairer. Et nous avec.

« La rébellion est dans l’œil de celui qui la regarde » écrit A.G. Lombardo page 365 de son Graffiti Palace. Un aphorisme qui pourrait commenter, page 206 du Miel du Lion de Matthew Neill Null, ces mots de Shelby Randolph, entrepreneur et copropriétaire de la Cheat River Paper & Pulp, une société du début du XXe siècle qui transforme les forêts de Virginie-Occidentale en pâte à papier et les ouvriers en forçats, persuadé de faire œuvre de philanthropie à travers le profit : « Quant aux syndicalistes, pour la plupart, ils se fourvoyaient tout bêtement et cédaient à la tentation typiquement humaine de la paresse. »

On le sait, ce qui fait écho un jour peut résonner longtemps. Et il ne viendrait à l’idée de personne de contester le caractère actuel de deux phrases ayant la vertu d’expliquer la schizophrénie à l’œuvre dans une société française occupée à célébrer d’une main l’anniversaire du bel esprit de Mai 68 tout en balayant de l’autre la pertinence des grèves et manifestations qui pour s’ancrer dans notre quotidien de 2018 ne sont pas frappées, elles, du sceau de la nostalgie – pas plus sans doute que de celui de la paresse.

AG Lombardo. ©villagilet

Aventure initiatique

« La rébellion est dans l’œil de celui qui la regarde » mais elle peut-être aussi dans l’œil de celui qui l’éclaire, étincelle mettant le feu aux poudres de situations qui n’ont que trop duré. Cette étincelle dans le regard est le point commun de Matthew Neill Null et A.G. Lombardo et de leurs personnages : d’un côté Coleman « Cur » Greathouse, bûcheron de la Virginie-Occidentale de 1904, membre d’un syndicat clandestin au bord de renverser l’ordre établi aussi sûrement – ou presque – qu’il abat des épicéas multicentenaires.

De l’autre Americo Monk, angeleno noir, sémioticien et « urbanologue » amateur dont la passion consiste à étudier et décrypter les graffitis de L.A.. Et qui, à la faveur des émeutes d’ août 1965 dans le quartier de Watts, se trouve pris dans une errance à tous points de vue homérique qui l’empêche de rentrer chez lui, Graffiti Palace étant une relecture habile et savoureuse de L’Odyssée d’Homère – au bout du chemin l’attend sa Pénélope, prisonnière d’une interminable fête où les courtisans l’assaillent.

Dans les deux cas, la révolte, le soulèvement collectif, pourtant thème central, n’agit finalement que comme un décor où s’allume la flamme de l’intime : le McGuffin des pérégrinations de Cur et Monk confrontés aux éléments et aux contingences. Mais aussi le point de départ d’une aventure initiatique qui révèle les deux protagonistes à eux-mêmes – et à ce que devrait être leur vie remontant peu à peu à la surface.

Outsiders

C’est que plongés au cœur du soulèvement, Cur et Monk en sont autant les acteurs brinquebalés par les événements que les témoins, les passeurs, actifs et passifs donc, adhérents à la cause – le mouvement syndicaliste ouvrier, les droits des Noirs – autant qu’ils s’en détachent, outsiders de leur propre caste.

L’un, Cur, parce que la vie l’a porté là et, d’une certaine manière poussé à épouser les idéaux et les actes de ses pairs avec plus ou moins de certitude et d’habileté, rattrapé par une prise de conscience : à quoi bon revendiquer de meilleures conditions de travail si elles servent au final à dévaster toujours plus la nature.

L’autre, Monk, ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir, « test de Rorschach ambulant » en fonction de qui le regarde, est selon les circonstances pris en otage ou accueilli comme un hôte par ceux dont il croise le chemin et collecte les histoires, nourri ou dépouillé, le précieux carnet dans lequel il analyse les graffitis et cartographie les territoires de L.A. faisant office tant de passeport que d’objet de convoitise vis-à-vis des gangs et de la police – une galerie de personnages qui dessine, de la même manière que le fait Neill Null avec les différentes couches d’immigrés qui occupent les collines de Virginie-Occidentale, la complexité des communautés de Los Angeles comme autant de petites îles grecques.

Porte-voix

C’est sans doute ce regard de biais, dans ce mouvement de balancier entre la grande et la petite histoire, la trajectoire collective et le destin intime, qui permet aux deux romans d’évoquer si justement la révolte, sa complexité et sa violence, son mystère aussi – pourquoi maintenant ? Pourquoi comme ça ?

De leur tendre un miroir aussi juste. Tout en n’oubliant jamais, dans des pages magnifiques, de savoir de quel côté se ranger. Et où ranger la littérature : au rayon porte-voix.

Comment ne pas voir ainsi dans le carnet du Monk de Graffiti Palace, la métaphore du roman et de la fiction comme objets révolutionnaires : « ce carnet est une sorte de miroir recelant ce qui peut éclairer le monde (…) ; mais c’est aussi une voix pour ceux qui n’en ont pas, un arsenal de fresques et de manifestes hors-la-loi qui sont autant d’avertissements ; les mots et les œuvres des dépossédés sont les armes du changement, les ignorer ou les réprimer ne peut qu’attiser le feu et la destruction. »

Peu importe d’où l’on regarde, c’est fermer les yeux sur la rébellion qui est dangereux. Ce que confirme le « sémioticien des graffitis » : « Leur ouvrir les yeux, qu’ils voient ce qui est inscrit sur les murs », voilà l’œuvre au cœur de la révolte et des mots.

>>Au cœur de la révolte : entretien avec Mathew Neill Null, AG Lombardo, Michelle Zancarini-Fournel et Ludivine Bantigny
Aux Subsistances le mercredi 23 mai à 19h  

PAR VINCENT RAYMOND, A LIRE SUR LE PETIT BULLETIN 

Le Petit Bulletin

Thu, 17 May 2018 16:46:02 +0200

Pour la préfecture du Rhône, les enfants de plus d’un an peuvent être remis à la rue

Chaque année, c’est la même histoire. Les places du plan froid ferment et des sans-abri se retrouvent à la rue. D’autres ont la chance de pouvoir rester au chaud jusqu’à l’été voire plus.
Mais ce printemps, les critères pour être maintenu dans le dispositif d’hébergement se sont encore durcis. Désormais, seules les familles avec enfants de moins d’un an ont droit à un toit.

La douche froide du printemps. Les membres du collectif « Jamais sans toit » qui se mobilisent pour l’hébergement des enfants scolarisés espéraient qu’avec l’annonce de 5000 places pérennisées sur le plan national, Lyon allait bénéficier d’environ 500 places, comme l’année dernière. Les remises à la rue auraient été moins nombreuses.

Mais pour le moment, c’est le grand flou. Un mois et demi après l’annonce, la préfecture du Rhône ne dispose « d’aucun chiffre sur ces places maintenues ».

La seule chose que l’on connaît avec certitude, ce sont les remises à la rue autrement appelées « fins de prise en charge ».

Aujourd’hui, selon la préfecture, sur les quelque 850 personnes qui étaient encore dans le dispositif hivernal, 250 ont retrouvé ou vont retrouver très rapidement la rue. Parmi elles :

En fin de semaine prochaine, les foyers d’hébergement de « la Sarra » (Lyon 5e) et du « Chêne » (Saint-Priest) fermeront également leurs portes.

Les autres, soit 600 personnes, sont réparties en deux groupes selon les critères établis par la préfecture du Rhône :

  • Si ces sans-abri disposent d’un « statut administratif qui leur permet d’intégrer le logement social », ils pourront intégrer un nouveau dispositif d’insertion et leur hébergement sera garanti. Cela concerne notamment les ressortissants communautaires (Roumains et Bulgares, essentiellement) qui ont droit au travail, soit 350 personnes.
  • Pour les personnes en situation irrégulière ou en demande d’asile, il faut avoir un enfant de moins d’un an et/ou être une femme enceinte de plus de six mois et/ou être gravement malade. 250 personnes sont concernées et peuvent rester dans l’hébergement d’urgence jusqu’au 30 juin.

Le collectif de profs et parents d’élèves « Jamais sans toit » a protesté contre ces remises à la rue et ces critères de sélection :

« Les critères de sélection sont drastiques, absurdes et inhumains: une première hiérarchisation est faite selon la nationalité et/ou la situation administrative des personnes puis ce sont des critères de vulnérabilité qui entrent en compte. Cette année la préfecture estime que les femmes enceintes de moins de 6 mois et les enfants de plus d’un an peuvent vivre dans la rue ! »

Hôtel "Le Genève" quai Perrache à Lyon. Des familles ont été hébergées dans cet hôtel par la préfecture du Rhône, dans le cadre du plan froid. ©LB/Rue89Lyon

Hôtel « Le Genève » à Lyon. Des familles ont été hébergées dans cet hôtel par la préfecture du Rhône, dans le cadre du plan froid. ©LB/Rue89Lyon

Entre le début du plan froid et sa sortie, la préfecture a changé ces critères de vulnérabilité.
En novembre dernier, lors de la conférence de presse de lancement, le préfet Bouillon expliquait en effet que, faute de places suffisantes, la préfecture allait continuer de pratiquer une « mise à l’abri » en fonction de critères :

« C’est prioriser en fonction de la vulnérabilité des personnes, s’il y a des enfants de moins de 3 ans, des femmes enceintes, des personnes malades, des familles ».

En d’autres termes, il était demandé aux associations missionnées par l’Etat de dire qui sont plus vulnérables que d’autres.

En cours d’hiver, les conditions ont changé : seules les personnes « avérées à la rue » étaient considérées comme sans-abri et pouvaient bénéficier d’un hébergement.

Et à la fin de cet hiver, rebelote, les critères pour continuer être pris en charge ont donc encore changé : les enfants de plus d’un an ne sont plus aussi vulnérables.

Dans un communiqué de presse de fin de plan froid, le Collectif des Associations Unies (regroupant notamment la Fondation Abbé Pierre, la Fédération des acteurs de la solidarité, la Cimade et Médecins du Monde) mettait déjà en avant des critères établis « en fonction des moyens financiers et matériels », et non pour répondre aux « besoins réels ».

Une porte-parole de ce collectif, Pascale Blanchetière, réagit à ce nouveau changement :

« Encore une fois, la question de la prise en charge des plus vulnérables est posée. On filtre en fonction des places disponibles. Cela montre également le manque de planification. On ne sait toujours pas, également, le nombre de places pérennisées ».

« Jamais sans toit » met en avant la contradiction avec la loi sur le droit opposable au logement censé garantir l’inconditionnalité et la continuité de l’hébergement.
Le collectif a argumenté dans ce sens auprès de la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS).
Mais la réponse est toujours la même : le droit inconditionnel, c’est du passé. Désormais, l’Etat a une obligation de moyens et non de résultat, selon la jurisprudence actuelle du Conseil d’Etat.

Lundi 14 mai, une quarantaine de personnes se sont rassemblées devant la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) du Rhône, à l'initiative du collectif "Jamais sans toit", pour protester contre les remises à la rue à la suite de la fin du plan froid. ©LB/Rue89Lyon

Lundi 14 mai, une quarantaine de personnes se sont rassemblées devant la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) du Rhône, à l’initiative du collectif « Jamais sans toit ». ©LB/Rue89Lyon

Laurent Burlet