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Tue, 16 Jan 2018 19:00:00 +0100

Une lettre ouverte à la présidente du Festival international de programmation audiovisuelle - Collectif

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Madame la Présidente,

« Un nouveau type de justicier. Ulcan, un hacker sioniste militant, livre une guerre sans merci aux leaders du mouvement antisémite. »

En lisant le résumé du film The Patriot en sélection officielle du Fipa, sur le programme du festival, nous avons frémi. En tant que victimes d’Ulcan, nous voilà donc érigés au rang de « leaders du mouvement antisémite » – au même titre que Stéphane Richard, Pdg d’Orange, de Martine Aubry, maire de Lille, de Pierre Stambul, vice-président de l’Union juive française pour la paix, de Jean-Claude Lefort, Président d’honneur de France-Palestine Solidarité, de France inter, Libération, et de très nombreuses autres cibles de ce « justicier » des temps modernes si l’on en croit ce texte.

La surprise est d’autant plus grande de voir ainsi encensé, dans ces quelques lignes anodines de présentation, un personnage qui, s’il rentrait en France demain, serait immédiatement arrêté et envoyé devant une cour d’Assises pour meurtre. Oui, meurtre, car depuis septembre 2016 il est visé par un mandat d’arrêt pour « action criminelle ayant entraîné une mort ». Le mort en question est le père d’un journaliste de Rue89, Benoit Le Corre, décédé d’une attaque cardiaque à la suite d’une vengeance de ce « patriote » après un article qui lui a déplu, cela aurait peut-être mérité d’être rappelé.

La légèreté avec laquelle, sous le titre flatteur de « patriote », vous présentez un personnage contre lequel ont été déposés des dizaines de plaintes en France, dont les nôtres, et pour lequel nous avons été reçus tous les trois par la Garde des Sceaux et le Ministre de l’intérieur de l’époque, Christiane Taubira et Bernard Cazeneuve, suite à des opérations d’Ulcan contre nos domiciles, est consternante de la part d’un festival international. Une simple recherche Google aurait permis d’éviter de présenter de manière aussi anodine un personnage au dossier aussi lourd.

Ces quelques lignes contiennent une diffamation infâmante contre toutes les victimes d’Ulcan présentées comme « antisémites ». C’est inadmissible, et serait aisément tranché devant un tribunal.

Ce n’est pas le sens de notre démarche. Mais vous pourrez comprendre que nous ne pouvons pas laisser passer sans réagir une présentation aussi injurieuse, et un film pour le moins ambigu.

Nous ne sommes dans une logique de censure. À chacun de se faire son opinion, à condition que tous les éléments soient sur la table de manière claire. Ils ne le sont pas, c’est le moins qu’on puisse dire, dans la présentation qui est faite sur votre programme : nous demandons que cette présentation soit changée au plus vite ainsi que dans le dossier de presse.

Mais il nous semble nécessaire que le public français soit clairement informé du contexte de cette affaire, et pas seulement par un documentaire fait en Israël et qui, s’il donne aussi la parole à certaines victimes, fait la part belle à ce « justicier » qui n’a pas le courage de se présenter devant la justice française et s’abrite derrière l’absence de traité d’extradition entre la France et Israël.

Nous demandons l’organisation un débat avant ou après la diffusion du documentaire, avec le public du film, afin qu’il soit totalement informé de cette affaire qui attend toujours son dénouement judiciaire. C’est le minimum pour que la présentation infâmante du programme ne trompe pas le public français.

Nous sommes à votre disposition pour en parler au plus vite, avant le début de la manifestation évidemment. Nous rendrons publique cette lettre puisque votre programme est déjà public.

Bien à vous.

Pierre Haski, cofondateur de Rue89, aujourd’hui Président de Reporters sans frontières (RSF)

Daniel Schneidermann, fondateur d’Arrêt sur images

Denis Sieffert, Directeur de la publication, Politis

Tue, 16 Jan 2018 18:02:00 +0100

Le Parlement européen coule la pêche électrique - Politis.fr

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Le Parlement européen n’a pas succombé au chant des sirènes des lobbies de la pêche industrielle : il s’est prononcé par 402 voix contre 232 pour l’interdiction de la pêche électrique en Europe. « C'est une très belle victoire contre une pêche terriblement néfaste, une véritable arme de prédation massive », s'est réjoui l'eurodéputé Yannick Jadot, qui fait partie des élus à la pointe de la contestation.

Cette technique de pêche, jugée destructrice pour les fonds marins, autorisée à titre expérimental en mer du Nord, consiste à envoyer des impulsions électriques pour étourdir les poissons et les capturer vivants au fond des mers. Si elle évite de remuer les fonds marins, elle perturbe les écosystèmes et ne fait aucune différence entre les espèces de poissons.

« La présence des pêcheurs a fait une immense différence. Leur urgence est palpable, leurs chiffres sont alarmants : ils sont réellement en grande difficulté, les députés ont compris le problème systémique qu’ils allaient créer » complétait Frédéric Le Manach, directeur scientifique de Bloom, l’une des ONG mobilisées depuis des années contre cette pratique. Leur pétition a récolté plus de 100 000 signatures.

S’ils ont remporté une première bataille, les opposants à la pêche électrique restent conscients que la guerre n’est pas encore gagnée. Le Parlement doit maintenant entrer en négociation avec le Conseil (les États membres) et la Commission pour trouver un compromis final. Ce débat concentre à lui seul les aberrations des pratiques européennes : interdite en 1998 en Europe, la pêche électrique est revenue dans la légalité en 2006, à titre expérimental, notamment sous la pression des pêcheurs néerlandais.

Tue, 16 Jan 2018 17:58:00 +0100

Parcoursup : l'hypocrisie de la sélection à l'université - Malika Butzbach

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O n n'utilise pas le mot sélection, c'est un mot qui divise en France. C'est beaucoup plus intéressant de parler d'orientation réussie. » C'est ce qu'expliquait Jean-Michel Blanquer sur Europe 1 ce lundi 15 janvier, date d'ouverture de Parcoursup, la nouvelle plate-forme d'inscription post-bac. Une phrase qui démontre toute l'hypocrisie du gouvernement sur la question de l'accès à l'université, car il est effectivement question de sélection. Si le terme « orientation », qu'elle soit réussie ou non, revient très souvent dans la bouche des ministres et députés LREM, il s'agit surtout d'un élément de communication. Dans le plan étudiants de Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, la préoccupation est de gérer le flux des étudiants qui arrivent chaque année dans le supérieur et notamment dans les filières en tension où le tirage au sort était utilisé sur l'ancienne plate-forme Admission Post-Bac (APB). À aucun moment dans le texte il n'est question d'orientation en amont, ce qui est paradoxal pour un projet de loi relatif à l'orientation et à la réussite des étudiants.

Un cadrage national flou

Dorénavant, les futurs bacheliers devront remplir les prérequis – que le gouvernement a rebaptisé « attendus » –, édictés par le ministère et publiés le 12 décembre 2017. Ces « éléments de cadrage » pour chaque mention de licence sont particulièrement vastes et peuvent parfois faire sourire. On apprend par exemple que pour entrer en licence des sciences techniques des activités physiques et sportives (Staps) il faut « manifester un intérêt pour l’exercice de responsabilité collective, associative ou citoyenne ». Certaines licences comme celles de psychologie ou d'informatique requièrent des compétences dans les disciplines scientifiques, sans que soit précisé ce que cela entend. Est-ce une obligation de filière, d'option ou de notes ?

« Ce cadrage est général, non restrictif, et donne beaucoup de latitude aux universités, au risque d'obtenir une définition locale polarisée et très inégale en fonction des établissements », critique la Fage, le syndicat étudiant majoritaire, pourtant favorable à la réforme. Car, ce qu'induit la réforme, c'est la concurrence entre les universités et entre les étudiants, les seconds étant hiérarchisés par les premières dans une stratégie qui leur est propre.

À lire aussi >> Université : orienter ou sélectionner ?

8 millions de souhaits à traiter

Les universités pourront elles-mêmes décider quels seront leurs propres prérequis. C'est donc sur le niveau national et local que s'effectueront les critères de sélection. Les établissements pourront se baser sur les éléments de la fiche « Avenir ». Remplie par le candidat via Parcoursup, elle se compose des bulletins scolaires, avis du conseil de classe et d'une lettre de motivation. « Dans notre UFR de sociologie, nous recevons 12 000 à 15 000 candidatures, témoigne Annabelle Allouch, professeur à l'université de Picardie.

Nous avons décidé arbitrairement de placer la barre à 10 de moyenne en maths. C'est le logiciel qui sélectionnera les candidatures selon cette consigne. Nous ne pouvons pas évaluer le projet d'orientation global des l'étudiants : nous ne disposons ni des moyens financiers ni des moyens humains pour le faire.

Le gouvernement a annoncé la mise à disposition des établissements de 6 millions d'euros « pour reconnaître l'engagement des enseignants dans les déploiements de la réforme ». Un effort que certains trouvent insuffisant au vu des 8 millions de souhaits à traiter (les 800 000 futurs bacheliers devront inscrire dix vœux). De même, 22 000 places supplémentaires ont été ouvertes, mais pour 40 000 étudiants de plus qu'à la rentrée 2017.

Sélection par rationalité administrative

Mais, surtout, ne parlez pas de sélection puisque « l'université va dire oui à tout le monde, affirme Frédérique Vidal. Tous les étudiants seront inscrits dans la formation de leur choix mais les parcours seront adaptés. » Le fait est que les universités ne pourront dire « non » à un futur bachelier, à l'inverse des formations sélectives comme les classe préparatoires ou les BTS et IUT. Pour les facultés, les réponses possibles seront « oui », « oui si », situation dans laquelle l'étudiant se verra proposer un parcours personnalisé de remise à niveau, ou « en attente ». « Oui mais, lorsque l'on est à l'attente jusqu'à la fin de la procédure, ça signifie que l'on n'est pas pris dans cette filière. Ça ressemble beaucoup à un non quand même », ironise Romuald Bodin, auteur avec Sophie Orange de L'Université n'est pas en crise (éd. du Croquant, 2013). C'est donc une sélection sur dossier qui se met en place à l'entrée de l'université, fondée sur la conformité des étudiants aux attendus des universités. « Il n'est plus question de méritocratie, juste de rationalité administrative », continue le sociologue.

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La fin du droit à l'erreur

On demande alors aux futurs étudiants, généralement âgés de 17 à 18 ans, d'avoir déjà un parcours cohérent avec leur projet professionnel : avoir choisi la bonne filière, pris les bonnes options … « Cela donne l'idée que tout est joué après le secondaire », analyse Annabelle Allouch, auteure de La société du concours. L'empire des classements scolaires (Seuil, 2017). « Fini le droit à l'erreur pour ce qui est de l'orientation et avec lui, disparaît aussi la possibilité de recommencer dans un domaine peu ou pas connu jusque-là. Or l'université c'est aussi une phase de test où on essaye, on tâtonne et on se construit. Demander aux jeunes d'agir dans la précocité c'est rigidifier les destins scolaires. » La réforme écarte aussi les profils atypiques : avec cette sélection, il sera d'autant plus difficile de voir un diplômé de bac professionnel réussir à l'université ou un ancien littéraire briller en psychologie.

« Cette sélection impose aux étudiants de ne pas avoir le choix. Et, lorsque l'on regarde l'histoire des réformes du supérieur, on peut se dire que ce n'est peut-être qu'une première étape dans la fermeture des universités », souligne Romuald Bodin. Première étape, peut-être, mais elle demeure incomplète : alors que Parcoursup est lancé, le projet de loi relatif à l’orientation et à la réussite des étudiants n'a toujours pas été voté et n'arrivera devant le Sénat que le 7 février.

Tue, 16 Jan 2018 17:07:00 +0100

Mathieu Gallet : Partira ? Partira pas ? - Jean-Claude Renard

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La peine est moins lourde que ne le demandait le réquisitoire, mais les conséquences restent importantes. Condamné à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende pour avoir favorisé certaines sociétés auxquelles l’Institut national de l’audiovisuel (INA) avait versé autour de 400 000 euros quand il en était le patron entre 2010 et 2014, Mathieu Gallet a décidé de faire appel. L’actuel patron de Radio France plaidant la méconnaissance sur les questions de marché public et ses avocats dénonçant un procès à charge, menée par la procureure de la République de Créteil, Amélie Cladière, jugée « partiale ».

En novembre et décembre, jusque dans les studios de France Inter, Mathieu Gallet avait annoncé ne pas envisager de démissionner. Nommé en 2014, avec un mandat de cinq ans, il entend aller jusqu’au bout. Et jusque-là, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, s’était plutôt montrée discrète, évitant de prendre une position.

Changement de cap ce mardi, avec des déclarations bien différentes accordées au Monde :

Les dirigeants d’entreprises publiques ont un devoir d’exemplarité. Un dirigeant d’entreprise publique condamné pour favoritisme, ce n’est pas une situation acceptable. Il appartient à l’intéressé d’en tirer les conséquences, ainsi qu’au Conseil supérieur de l’audiovisuel [CSA], légalement compétent.

Si elle se désolidarise, la ministre demande ainsi à mot couvert le départ de Mathieu Gallet. Or, justement, depuis la loi de 2013 sur l’indépendance de l’audiovisuel, c’est au CSA de le nommer et/ou de le démettre. Récemment, dans la matinale de France Inter, Olivier Schrameck lui apportait son soutien. De fait, rien n’oblige Mathieu Gallet à se retirer de la Maison ronde, tant que, selon les statuts de la société Radio France, il jouit du « plein exercice de ses droits civiques et politiques ».

Le sujet sera forcément abordé très vite au CSA. Lequel pourra toujours botter en touche, s’abritant derrière la demande en appel de Mathieu Gallet ou bien que sa condamnation repose sur des faits commis à l’époque de l’INA. Enfin, il existe peut-être une raison à ce durcissement de ton du côté du ministère de la Culture : Mathieu Gallet s’est dit opposé à son projet de rapprochement entre France 3 et France Bleu dans la prochaine réforme de l’audiovisuel public.…

Tue, 16 Jan 2018 16:47:00 +0100

Révolte des femmes et retour de bâton - Politis

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À chaque avancée, un retour de bâton. Les féministes le savent : affaire Strauss-Kahn, affaire Baupin ou encore proposition de loi sur la résidence alternée, quand des femmes grondent, des dominants montrent les dents.

Des dominantes aussi. Exciseuses, maquerelles, femmes complices de la domination masculine… l’antiféminisme féminin ne date pas d’hier. La bonne nouvelle, c’est qu’en 2018 il suscite un tollé. Comme en témoigne l’accueil réservé à la « Tribune sur la liberté d’importuner » parue dans Le Monde (9 janvier). Les 100 premières femmes signataires s’y déclarent motivées par un « malaise » devant l’entreprise de « délation » que représente(rait) le mouvement « balancetonporc », né de l’affaire Weinstein aux États-Unis.

« Ni délation ni dénonciation mais révélation ! », prévenait la féministe Ernestine Ronai dans Politis. Ces signataires sont des femmes « majoritairement blanches, bourgeoises (qui n’emploient pas l’écriture inclusive) », répond une contre-tribune parue dans Mediapart, le 11 janvier, sous le titre : « Les féministes peuvent-elles parler ? ». Pour les partisanes de la « liberté d’importuner », « les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité », résument les féministes, qui accusent les premières « d’alimenter la confusion entre harcèlement, viol et séduction » : « En se présentant comme un appel à la vigilance et une entreprise de libération morale, cette tribune ne concourt qu’à une chose : réaffirmer le pouvoir des dominants. »

Cosignataires du texte sur la liberté d’importuner, Catherine Deneuve et Brigitte Lahaie se sont excusées le 14 janvier pour avoir offensé les victimes de violences. « Il faut y voir une bonne nouvelle », positive Caroline De Haas, cofondatrice d’Osez le féminisme !, estimant ainsi que la prise de conscience se propage, y compris chez les femmes pas spontanément « #MeToo ».