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Mémoire des luttes

Wed, 18 Jul 2018 15:24:26 +0200

AMLO : l'espoir à l'épreuve des pouvoirs réels au Mexique

Nous sommes à Acolman (« Homme avec une main ou un bras » en langue náhuatl). Comme partout au Mexique, un événement historique se prépare ce 1er juillet 2018 dans cette ville de 80 000 habitants située à 40 kilomètres de Mexico.

Mais, pour l’heure, en ce début d’après-midi d’été, un calme indolent règne sur la place principale de la cité où est installé un bureau de vote pour l’élection des autorités locales, du gouverneur de l’Etat de Mexico (EDOMEX), ainsi que de la Chambre des députés, du Sénat et du président de la République mexicaine. La plupart des habitants a déjà participé au scrutin dès les fraîches heures de la matinée. Désormais, la Plaza del Reloj (Place de l’Horloge) appartient à de vieilles Dodge increvables qui siestent royalement le long des trottoirs, offrant leur ombre rafraîchissante aux autres habitants de la ville : les chiens errants.

A l’extérieur de l’agglomération, les champs de nopales (cactus de la famille des figuiers de barbarie auquel s’accrochent en crête les délicieuses et charnues tunas) défilent le long de l’autoroute Mexico-Tuxpan envahie de nids-de-poule, mais vide de ses usagers habituels.

Pourtant, dès 19 heures, tout change. La ville s’anime, une foule de passants surgit et s’amasse. Un bruit court, rapidement confirmé par de premiers communiqués, en particulier ceux de ses adversaires qui reconnaissent immédiatement leur défaite. Il a triomphé. « Il » ? Andres Manuel Lopez Obrador (dit AMLO). Après deux tentatives empêchées par la fraude en 2006 et 2012, l’ancien dirigeant du Parti de la révolution démocratique (PRD) – ayant rompu avec lui en 2014 pour fonder le Mouvement de régénération nationale (Morena) – remporte largement ces élections à la tête de sa coalition Juntos Haremos Historia (Ensemble, nous ferons l’histoire – JHS [1]). Avec 53% des voix – 30 millions de voix – et 63 % de participation (du jamais vu au Mexique), l’ancien maire de Mexico (2000-2005) s’adjuge tous les leviers du pouvoir politique national (exécutif, puissante majorité au Congrès – à la différence, par exemple, de l’ancien président Lula au Brésil en 2002 –, dans les Etats fédérés, ville de Mexico, municipalités [2]).

Ainsi, pour la première fois depuis la transition démocratique (inachevée) de 2000, un président de centre-gauche est élu au sein la seconde puissance d’Amérique latine. L’événement est tectonique et il faut l’apprécier à l’aune d’un contexte bien singulier. Le Mexique n’est pas un pays comme les autres. Proche de la décomposition sociale, institutionnelle et politique, il est l’un des pays les plus violents au monde. Soumis à l’emprise de la corruption généralisée et du crime organisé, il est devenu le royaume des cartels du narcotrafic, directement connecté au plus important marché de consommation de drogues au monde : les Etats-Unis.

Cette campagne électorale 2018 ne s’est pas affranchie des maux qui saignent la société mexicaine. Au contraire, elle en a été le nouveau révélateur tragique. Plus de 130 responsables politiques locaux ont été assassinés dont une quarantaine de candidats. Autour de 600 autres candidats auraient renoncé avant le terme de l’élection pour cause de menaces physiques lourdes, tandis que le pays traverse une recrudescence de la criminalité généralisée. Ainsi, près de 27 000 assassinats ont eu lieu en 2017, soit 80 par jours (200 000 depuis les débuts de la « guerre contre la drogue » lancée en 2006 [3]). Les inégalités sociales sont abyssales : 1 % des plus riches concentrent 36 % de la richesse nationale. La pauvreté, elle, touche 46 % de la population.

Cette victoire est historique. AMLO et sa coalition ont brisé le système bipartite corrompu du pays en reléguant l’improbable coalition formée par le Parti d’action nationale (PAN) – droite – et le PRD – gauche – à 23 % et le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui a gouverné 71 ans avant 2000 et six ans entre 2012 et 2018, à moins de 17 %. Cette secousse mexicaine s’inscrit dans une dynamique internationale plus large confirmant, dans un nombre croissant de pays et sous des formes différentes, l’existence d’un puissant mouvement de rejet des partis traditionnels au pouvoir. Insurrection démocratique contre un système oppresseur et ses fondés de pouvoir, le vote en faveur de AMLO – largement porté par la jeunesse du pays – est apparu aux Mexicains comme le moyen d’en finir avant toute chose avec un système politique et une société qu’ils considèrent épuisés par la corruption (entre le monde politique et économique) et le narcotrafic (articulé au phénomène précédent). Cette réaction exprime le souhait de se réapproprier un pays devenu quasi ingouvernable.

Une victoire pour quoi faire ?

Le cœur du projet porté par AMLO est, dans ce contexte, la lutte contre la corruption. Cette dernière coûterait chaque année au pays plus de 10 % du montant de son produit intérieur brut (PIB), soit plus de sept milliards de peso en 2017 [4]. Le pari du nouveau président consiste à affirmer que lutter contre ce phénomène prédateur des institutions publiques et de la démocratie conduit inévitablement à la nécessité d’opérer une transformation des pratiques et du système économiques. Selon Carlos Urzua, futur ministre de l’économie d’ores et déjà nommé par AMLO, ce combat pourrait d’emblée rapporter à l’Etat jusqu’à 2 % du montant du PIB national en 2019 [5].

Réduction drastique des revenus et du train de vie des hauts fonctionnaires et du personnel élu et politique, austérité dans les dépenses de l’Etat pour son fonctionnement, centralisation des achats dans les administrations publiques pour réduire le nombre de guichets, renforcement des règles de contrôle dans l’attribution des marchés publics, audit des pratiques financières dans l’Etat en lien avec des ONG spécialisées, etc., constitueront les premières actions du nouveau gouvernement en la matière.

Plus largement, le projet proposé par AMLO se résume dans une formule prononcée dès le soir de la victoire : « Réconciliation de la nation ». Le nouveau président ambitionne de maintenir et de renforcer l’alliance qu’il a su construire et incarner pendant la campagne entre les secteurs de la gauche politique et sociale démocratique et une fraction des élites économiques (notamment du nord industriel du pays) convaincue qu’il faut éviter une décomposition finale de l’Etat mexicain et de la société dans son ensemble (corruption, narcotrafic, pauvreté, inégalité). Et ce, afin de conserver la confiance minimale des investisseurs internationaux, garantir une sécurité juridique et politique pour leurs investissements et pouvoir développer des activités sur un marché intérieur fonctionnel dans lequel puisse exister une demande tirée par la consommation populaire.

De ce point de vue, la stratégie de AMLO rappelle celle développée par Lula au Brésil en 2002 pendant son premier mandat : proposer un pacte « gagnant-gagnant » entre le secteur privé productif national et les classes populaires autour d’un intérêt commun : la souveraineté mexicaine. Les premières annonces du futur ministre de l’économie mexicain confirment cette orientation. D’un côté, il affirme qu’aucun équilibre du système économique et financier actuel ne sera remis en cause. L’austérité budgétaire et fiscale sera maintenue afin de conserver l’impératif d’excédents primaires dans le budget de l’Etat, aucune augmentation des impôts n’interviendra, l’autonomie de la banque centrale et du système monétaire flottant entre le peso national et le dollar sera garantie, les accords de libre-échange seront respectés et poursuivis, une nouvelle zone franche avec exonérations fiscales à la frontière avec les Etats-Unis sera prévue, la réforme pétrolière et énergétique de 2013 (privatisation de la société Petróleos Mexicanos, Pemex) ne sera pas remise en cause bien que le gouvernement se réservera le droit de réviser les contrats de concession au cas par cas et d’évaluer les coûts inefficaces.

De l’autre, le nouveau ministre affirme qu’il souhaite augmenter à moyen terme les investissements publics – notamment dans le cadre de partenariats public/privé – à hauteur de 5 % par an pour moderniser, entre autres, le système de santé et les infrastructures. Déclinant les engagements programmatiques de AMLO, il annonce le développement de l’agriculture nationale (en marge des engagements du pays vis-à-vis des accords de libre-échange, notamment de l’Accord de libre-échange nord-américain – Alena), l’augmentation du salaire minimum journalier (qui sera doublé dans la zone frontalière industrielle avec les Etats-Unis), la maîtrise de la hausse des prix de l’essence, l’annulation de la réforme de l’éducation de 2013 et le lancement d’une grande réforme de l’institution permettant une meilleure prise en charge des jeunes issus des milieux pauvres (personnels recrutés par le crime organisé et les cartels de la drogue). La Constitution sera amendée pour inscrire le principe de gratuité de l’enseignement à tous les niveaux, notamment supérieur. Le ministre confirme également une réforme du système de retraite en faveur des bénéficiaires (revalorisation des pensions) et pour l’ouvrir à de nouveaux. Il annonce l’annulation du décret pris par l’actuel président Enrique Peña Nieto prévoyant la privatisation de l’eau. Enfin, l’unification des commandements de police et des organismes de sécurité impliqués dans la lutte contre le narcotrafic est prévue. Selon M. Urzua, l’argent tiré de la lutte contre la corruption et de la réduction du coût de la vie publique permettra de financer nombre de ces orientations.

Cette « réconciliation » de tous ceux qui veulent un changement politique au Mexique tente de sceller, autour de ces orientations parfois contradictoires, un « pacte médian » entre des secteurs aux intérêts divers. Un tel projet, dont plusieurs expériences ont montré qu’il était souvent mis à mal dans les faits, notamment lorsque la conjoncture économique est morose, se confronte de surcroît à des défis d’une tout autre nature au Mexique.

En effet, de nombreux pouvoirs existent dans ce pays en dehors du gouvernement et des institutions officielles. Le narcotrafic, la violence politique, l’existence d’un « Etat profond » alimenté par les intérêts troubles des forces armées et de l’appareil sécuritaire, l’hyperpuissance des pouvoirs économiques et financiers, la pauvreté, les inégalités et la dépendance du modèle économique et de développement national aux chaînes de production et de valeur des multinationales, notamment américaines, se dressent comme autant d’obstacles sur la route du nouveau gouvernement de AMLO. De quelles marges de manœuvre disposera-t-il ? Pourra-t-il s’appuyer sur un mouvement populaire mobilisé ? Plus qu’ailleurs, être au gouvernement au Mexique ne signifie pas détenir le pouvoir dans ce pays, surtout lorsqu’il s’agit d’y mener des politiques à contre-courant des intérêts établis.

Eviter l’effondrement de l’Etat et du système institutionnel, reconstruire et consolider la souveraineté du Mexique sur les plans politique, économique et géopolitique. Telle est, quoi qu’il en soit, la perspective dessinée par le nouveau pouvoir plébiscité par les Mexicains.

Sur le plan géopolitique, cette orientation se vérifiera dans l’évolution des relations avec les Etats-Unis de Donald Trump. Au poste de ministre des affaires étrangères, AMLO a choisi Marcelo Ebrard (d’origine française), dont l’action en faveur de Hillary Clinton pendant l’élection présidentielle américaine a été intense. M. Ebrard a notamment organisé le mouvement « Voto latino » en faveur de la candidate démocrate et s’est plusieurs fois exprimé publiquement contre Donald Trump et son projet de mur à la frontière avec son pays.

De son côté, AMLO a pris les devants vis-à-vis du locataire de la Maison Blanche en lui proposant, dès le lendemain de son élection, l’ébauche d’un nouveau cadre de relations et de coopération, tandis que la renégociation de l’Alena est, de facto, suspendue et renvoyée à la prochaine mandature du Congrès américain. Dans ce contexte, le nouveau président mexicain – favorable au maintien de l’Alena et dont les équipes intégreront celle actuellement en charge de la négociation – lui a soumis l’idée « d’explorer un accord intégral, des projets de développement qui créent des emplois au Mexique, et à partir de là, qui réduisent la migration et améliorent la sécurité ».

De son point de vue, ces propositions doivent répondre à une plus grande exigence d’autonomie et de souveraineté du Mexique. Le nouveau président mexicain s’est déjà exprimé sur le dossier sensible de l’immigration en rejetant le projet de mur de Donald Trump et en refusant sa demande consistant à ce que le Mexique gère directement l’immigration centre-américaine (El Salvador, Guatemala, Honduras) vers les Etats-Unis à sa frontière sud. Il s’est opposé à ce que son pays fasse le « sale travail » pour les Etats-Unis. Les contrôles se maintiendront à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique a fait savoir AMLO.

Le 13 juillet, une rencontre avec le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo s’est tenue à Mexico. AMLO, MM. Ebrard et Urzua ont confirmé leur orientation en abordant trois sujets avec le chef de la délégation américaine : l’Alena, le développement économique et la question migratoire. Qualifiée de « cordiale », cette rencontre aurait permise, selon M. Ebrard, d’aborder avec un « un optimisme raisonnable » la perspective d’« améliorer la relation avec les Etats-Unis ».

Quelles seront les marges réelles du nouveau gouvernement élu face à un pays qui lui assure près de la moitié de son PIB par ses importations (agriculture, pétrole, pièces détachées liées aux chaînes de production des entreprises américaines, 80 % des exportations mexicaines se dirigent ainsi vers le marché nord-américain) ? Les Etats-Unis qui, de surcroît, se lancent dans une guerre commerciale majeure contre la Chine dans laquelle ils pénaliseront les alliés de Pékin, dont la présence est croissante au Mexique aux côtés de l’Union européenne, autre adversaire de Washington ? Jusqu’ici, les deux puissances renforçaient leurs investissements et leur présence au Mexique pour pouvoir exporter plus facilement aux Etats-Unis. Quant à lui, confronté à une politique de répression commerciale et migratoire de la part de Washington depuis 2016, le Mexique a soigné le renforcement de ses relations avec ses nouveaux partenaires.

La stratégie de Washington vis-à-vis du nouveau président du Mexique consistera certainement à lui offrir la possibilité d’une nouvelle alliance, mais aux conditions fixées par Donald Trump. AMLO sera sommé de choisir entre tous ces acteurs. Dans ce contexte, il devra également répondre à une autre question : quelle sera, dans ces conditions, son projet pour l’Amérique latine ? Souhaitera-t-il – ce qu’il n’a pas démontré jusqu’à présent – assumer un rôle de leader régional ? Quelles positions prendra-t-il dans les dossiers chauds de la région : Venezuela, Brésil, intégration régionale ? Autant de sujets sur lesquels ses positions ne sont pas encore connues aujourd’hui.

Mais pour l’heure, sur l’autoroute Mexico-Tuxpan, un rayon de soleil vient revitaliser le mur décrépi du « Super Motel Titanic », quelque part entre Acolman et les pyramides de la cité des dieux de Teotihuacan.

Photos : Ciudad de Mexico et Estado de Mexico, Christophe Ventura (juillet 2018).

Christophe Ventura

Fri, 13 Jul 2018 21:49:32 +0200

Au Salvador, montée en puissance d'un nouveau mouvement social contre la privatisation de l'eau

À peine six semaines ont passé depuis que la nouvelle Assemblée législative, dominée par la droite, est entrée en fonction. Mais, déjà, de récents accrocs entre forces de l’ordre et étudiants s’opposant à la potentielle privatisation de l’eau donnent une sinistre image de ce qui attend les mouvements sociaux du Salvador.

Durant le mois de mai, les parlementaires ont ratifié l’interdiction des mines de métaux approuvée en mars 2017, et enterré toutes les demandes en suspens. Au même moment, la Commission sur l’environnement et le changement climatique a rouvert l’interminable débat autour de la législation sur l’eau, avec une inclination à la privatisation.

Depuis 2006, des organisations écologistes du Salvador ont fait pression sur les législateurs pour approuver des lois reconnaissant l’eau comme un droit humain et un bien commun dont la gestion doit être publique et se concentrer sur la durabilité, un usage domestique accessible et une régulation des usages industriels et commerciaux.

Le débat n’a pas toujours été courtois. En 2007, dix-sept membres de l’Association pour le développement du Salvador (Cripdes) ont été arrêté et poursuivi, tombant sous le coup des lois antiterroristes du gouvernement d’Elías Antonio Saca [2004-2009, parti Arena, droite, ndt], pour avoir fait obstruction au lancement d’une politique nationale de décentralisation des services de l’eau. Cette politique marquait le nouveau pas en avant d’une stratégie économique néolibérale, fondée sur la privatisation des services publics et des communs naturels, mise en place par les quatre gouvernements consécutifs du parti pro-patronat Arena [1].

Pendant plus de vingt ans, les Salvadoriens ont subi la dollarisation de la devise locale et la signature d’accords de libre-échange, conçus afin de faciliter la privatisation de sociétés nationales telles que les télécommunications, la banque, les retraites et les usines à sucre, entre autres.

Les organisations écologistes ont connu un certain répit après l’accession du FMLN [2] à l’exécutif. Le nouveau ministre de l’environnement et des ressources naturelles présenta un projet de loi inspiré des diverses propositions soumises par les organisations écologistes et les soumit aux successives commissions parlementaires multipartites sur l’environnement et le changement climatique.

En 2012, une importante avancée a lieu lorsque l’Assemblée approuve un projet de loi pour réformer l’article 69 de la constitution, pour reconnaître la nourriture et l’eau comme des droits humains fondamentaux, en attendant un vote de ratification à la majorité des deux tiers de l’Assemblée législative suivante. À la fin de l’année 2013, les membres de la commission parlementaire avaient déjà débattu quelque 96 articles recouvrant divers aspects d’une loi générale de l’eau, conçue à partir des propositions présentées par les organisations. Mais une impasse apparut autour du débat sur les mécanismes d’administration de l’eau.

Les lois présentées par les organisations sociales proposaient une structure autonome et inclusive, qui soit publiquement nommée et formée par des représentants de divers secteurs, incluant des organisations professionnelles, des comités régionaux de l’eau, des universitaires et le gouvernement. Les partis de droite avancèrent l’argument que le secteur privé devrait être représenté dans l’organe d’administration de l’eau et développa une série de tactiques d’ajournement pour bloquer le débat pendant plus de trois ans, jusqu’à ce qu’une nouvelle proposition de loi fût introduite par un bloc de partis de droite non unifiés, en juin 2017.

La nouvelle proposition était aussi soutenue par des organisations du secteur privé, telles que l’Association nationale privée pour le commerce (Anep, équivalent local du Medef, en France, ndt), l’Association salvadorienne des industriels (Asi) et l’ambassade étasunienne au Salvador qui, pendant des années, avaient fait pression pour inclure l’administration de l’eau dans le cadre des lois de partenariat public-privé, conçues comme un prérequis du « Millennium Fund II Aid Package » [3].

La loi intégrale sur l’eau proposée par la droite était conçue pour refléter les principes clés de la loi générale sur l’eau, avec une différence fondamentale, l’organe principal de décision devant être composé seulement de cinq membres : l’un nommé par le gouvernement, deux par des gouvernements municipaux et deux par le secteur privé.

Des mouvements sociaux ont répondu par un déluge de déclarations et de conférences de presse, dénonçant le fait que la structure administrative proposée pourrait fournir au secteur entrepreneurial le contrôle de l’entité responsable de la gestion de l’eau et, in fine, conduire à une privatisation ultérieure des ressources d’eau.

Des manifestations ont alors été étouffées par la campagne électorale législative, qui battait son plein. Les résultats des élections législatives du 4 mars ont renforcé, dans le rapport de forces du pouvoir, la position d’Arena et d’un bloc de droite pro-entrepreneuriale au sein de l’Assemblée. Avec un total de 61 sièges sur 84, la droite dispose de plus de 50% des votes pour passer une simple loi sans débat et de plus de la majorité des deux tiers requis pour approuver le budget national, rendre constitutionnels des amendements, nommer des personnes à la tête d’institutions étatiques clés et des membres de l’appareil judiciaire, rejeter des vétos présidentiels et même inculper le président.

Deux semaines à peine après les élections et un mois avant que la nouvelle assemblée n’ouvre sa législature, la Chambre américaine du commerce, accompagnée par des transnationales, a tenu une conférence de presse pour annoncer des initiatives privées pour la conservation de l’eau dans le cadre d’un partenariat public-privé et pour appeler à poursuivre la discussion pour légiférer sur l’eau. Au terme de la législature 2015-2018, les partis de droite ont refusé de débattre de la ratification de la réforme constitutionnelle visant à reconnaître le droit à la nourriture et à l’eau avant son terme, tuant ainsi toute possibilité de reconnaissance constitutionnelle.

Lors de sa première réunion en mai 2018, la commission parlementaire sur l’environnement et le changement climatique a enterré toutes les demandes d’exploitation minière en suspens et réaffirmé l’interdiction des mines de métaux. Une décision qui a en a surpris beaucoup, mais les organisations environnementales ont suspecté qu’il ne s’agissait pas d’un simple « bon » acte, mais du début d’un projet dur, visant à approfondir l’agenda économique néolibéral. Encouragée par le nouveau rapport de forces politique, la commission parlementaire a rejeté toutes les demandes publiques visant à soumettre une information et débattre les lois sur l’eau, notamment une requête commune de l’Église catholique et de l’Université centre-américaine [privée et catholique, alliée des mouvements sociaux sur le plan environnemental, ndt], qui avaient soumis leur proposition d’administration institutionnelle de l’eau. En outre, les 92 articles négociés lors de la précédente législature ont été rejetées. Quand les débats ont repris, la proposition du secteur entrepreneurial a été admise comme base des débats : huit articles ont été d’emblée approuvés, notamment l’article 14, qui prévoit un contrôle implicite des ressources d’eau par le secteur privé.

Cette nouvelle orientation de l’activité législative, la perte des avancées antérieures relatives à avec la reconnaissance du droit à l’eau, ainsi que l’imminente cession du contrôle des ressources en eau au secteur privé ont ouvert un nouveau chapitre d’une bataille latente depuis 2005.

Le rejet rapide et unitaire de la part de l’exécutif, de l’Église catholique et d’organisations de la société civile ont porté la bataille dans la rue, donnant à penser que la privatisation ne serait pas une tâche aisée pour Arena.

Le mois de juin a vu les mobilisations publiques atteindre un niveau sans précédent depuis des décennies. Le 7 juin, une marche organisée par des organisations écologistes afin de célébrer le Jour international de l’environnement a mobilisé plus de 4000 personnes devant l’Assemblée législative pour exiger de la commission parlementaire sur l’environnement d’accepter la participation publique aux débats sur l’eau. Le même jour, autour de mille membres de syndicats du système national de distribution d’eau ont marché en direction de l’Assemblée. Une semaine plus tard, le 14 juin, environ 4000 étudiants de l’Université nationale ont défilé jusqu’à l’Assemblée pour exiger également de prendre part aux débats. Le rassemblement a tourné à la violence lorsque la sécurité de l’Assemblée nationale a gazé des étudiants qui tentaient d’accéder à l’édifice. Dimanche 24 juin, plus de 10 000 personnes ont parcouru les rues principales de San Salvador, à l’occasion d’une marche auto-organisée. Des dizaines d’actions décentralisées continuent d’avoir lieu à travers le pays.

Toutes celles-ci sont coordonnées à travers une nouvelle coalition émergente, l’Alliance nationale contre la privatisation de l’eau, constituée de plus de 70 organisations du mouvement social. Elle réunit une diversité d’organisations environnementales, étudiantes, syndicales, religieuses, de paysans et de femmes, qui ont juré de continuer le combat jusqu’à ce que la menace de la privatisation ait été repoussée.

À cette opposition publique, les dirigeants politiques de droite ont répondu avec une campagne médiatique intense, en promettant de ne pas privatiser les ressources d’eau. Mais, dans un nouveau scénario politique où un mouvement social fort et unifié a trouvé une cause commune à défendre – les ressources en eau limitées d’un pays souffrant une crise écologique –, les hommes et femmes politiques vont devoir faire plus que de simples promesses pour apaiser les militants. Ils auront besoin d’une législation qui protège clairement l’eau des intérêts privés.

Traduction et notes : Mikaël Faujour

Edition : Mémoire des luttes

Ce texte a été publié le 25 juin 2018, en anglais, sur le site : http://www.stopesmining.org/

Pedro Cabezas

Thu, 12 Jul 2018 11:35:57 +0200

Le trumpisme, ou l'art de l'insulte

Depuis qu’il est président, Donald Trump a insulté tous ceux ou presque à qui il a eu affaire. Seuls semblent faire exception les membres de sa famille proche. Ceux-là ne sont pas insultés, mais seulement ignorés lorsqu’ils sont en disgrâce. Trump a aussi insulté à peu près chaque État de la planète, sauf peut-être Israël.

L’insulte apparaît comme un outil distinctif du trumpisme, dont le président use avec constance et délectation. Deux questions se posent à l’analyste du trumpisme : 1. pourquoi Trump insulte-t-il ; 2. avec quelle efficacité ?

Certains observateurs attribuent ces insultes continuelles – et resservies à différentes cibles successives – à une forme de travers mental. Ils voient en Trump un mégalomane hypersensible : il ne peut pas s’en empêcher ; il n’a aucune maîtrise de soi.

Ce n’est pas mon avis. Je crois au contraire que les insultes participent d’une stratégie délibérée, la plus propice selon lui à 1) sa domination sur la scène américaine et internationale, 2) la mise en œuvre de sa politique.

Quel genre de gains Trump pense-t-il donc retirer du jeu des insultes ? Lorsqu’il insulte un individu ou un État, il contraint celui-ci à prendre une décision : ou bien riposter, avec les risques que suppose un Trump bien décidé à faire mal d’une manière qui compte pour sa victime ; ou bien tenter de revenir en grâce en offrant une concession qui compte pour Trump. Dans les deux cas, la relation est centrée sur Trump.

Ce qui, de son point de vue, fait de lui le mâle dominant. Mais ce n’est pas tout : il ne lui suffit pas d’être au sommet de l’échelle du pouvoir mondial ; il faut que cela se voie. Les insultes servent cet objectif.

Contraint de choisir entre deux mauvaises réactions, l’individu ou l’État insulté peut tenter de faire alliance avec d’autres individus ou États ciblés de la même manière ou au même moment. Il s’avère que les alliés potentiels réfléchissent dans les mêmes termes au type de réaction qu’appellent les insultes. Mais ils ne font pas nécessairement le même choix de réponse.

Dans ces conditions, l’individu ou l’État insulté peut tenter de convaincre son allié potentiel de modifier sa décision. Ou bien encore s’enquérir d’éventuels remplaçants. Dans les deux cas, plutôt que de se concentrer sur la réaction à adopter face aux insultes, il s’occupe surtout de trouver des alliés – perdant de vue le problème essentiel, au grand profit de Trump.

Ce dernier peut alors changer de tactique : offrir par exemple une concession partielle à l’individu ou à l’État objet de ses invectives. L’offre peut être ambiguë, ou n’avoir qu’une durée de validité limitée. L’individu ou l’État en cause doit alors choisir entre deux attitudes : ravaler l’humiliation de l’insulte et exprimer sa gratitude pour la concession proposée, ou bien la rejeter comme insuffisante.

Si l’option choisie est la gratitude, l’individu ou l’État gardera au-dessus de la tête l’épée de Damoclès de la réitération de l’insulte. Dans la seconde hypothèse, il s’expose à subir la colère de Trump. Dans les deux cas, c’est ce dernier qui a le dessus.

Cette tactique peut lui servir à apaiser les critiques sur sa droite comme sur sa gauche. Et même l’aider à apparaître comme le « centre raisonnable », indépendamment des politiques qu’il mène en réalité.

Dernier avantage : puisque les tweets de Trump ne répondent à aucune cohérence, il a beau jeu de s’en attribuer le mérite quand leur effet lui est favorable (« Je mérite le Nobel »), et, chaque fois qu’il ne l’est pas assez à son goût, de se défausser sur tout ou partie de sa garde rapprochée en expliquant que ses directives ont été mal suivies.

Posons-nous maintenant la question de l’efficacité des insultes. Produisent-elles les résultats que Trump en attend ? Il faut ici partir des éléments qui ont toutes chances de le préoccuper : en premier lieu, un très haut niveau d’impopularitédans les enquêtes réalisées aux États-Unis, et de mauvais sondages également dans la plus grande partie du monde.

Par ailleurs, il n’est nullement assuré de gagner les élections de 2018 et 2020, car sa base conservatrice est mécontente et certains parmi elle pourraient bien s’abstenir, ou du moins ne pas s’employer outre mesure pour aller chercher le vote conservateur.

Malgré ce tableau médiocre, on dirait pourtant que le jeu des insultes a rehaussé, fût-ce de peu, le soutien de Trump dans l’opinion. Suffisamment pour atteindre son objectif primordial et immédiat, à savoir sa réélection ? Il lui faut pour cela quelques succès à faire valoir devant ses électeurs et à l’étranger.

Il en a remporté quelques-uns : en politique intérieure, la loi de réduction fiscale ; à l’extérieur, la rencontre à venir (ou du moins toujours prévue à ce jour) avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Mais il y a aussi des échecs : il n’a pas (encore) réussi à faire approuver les mesures anti-immigration prévues à son agenda, ni à financer le mur ; et sur le plan international, son rejet de l’accord iranien a semé la consternation dans la plupart des capitales.

Le problème est de savoir si les réactions aux insultes finiront vraiment par tourner en sa défaveur. C’est difficile à dire. Cela peut arriver tout à coup, comme il se peut que Trump se tire indemne de ce bourbier. Mais l’important, en réalité, c’est que les avantages qu’il tire des insultes ne dureront pas toujours : trop d’individus et trop d’États en paient trop chèrement le prix.

La question n’est donc pas de se demander si ce retournement aura lieu, mais quand. Tel est le jeu que nous pratiquons tous, jour après jour, dans les élections à toute échelle, dans la recomposition des alliances à travers le monde. Non pas si, mais quand !

Traduction : Christophe Rendu

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : rights@agenceglobal.com1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : immanuel.wallerstein@yale.edu.

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

Immanuel Wallerstein

Wed, 11 Jul 2018 16:33:11 +0200

« From Mexico » : participation de Christophe Ventura au programme de Telesur en anglais

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Mémoire des luttes

Tue, 10 Jul 2018 11:46:46 +0200

En el centro de una nueva situacion populista en América latina, « las clases medias »

En los años 2000, en un contexto de « boom » de las exportaciones de materias primas, América latina vivió, – durante un período de simultáneo enriquecimiento de sus sociedades y de hegemonía de gobiernos progresistas (o post neoliberales), que desarrollaron en ese marco políticas de redistribución y de modernización – una transformación socio-económica mayor… y silenciosa : el crecimiento de las llamadas clases « medias ». Ellas representan en realidad a un grupo social amplio y heterogéneo cuya característica es reunir en su seno a sectores que gracias a sus ingresos o bien al crédito y al endeudamiento, tienen acceso, por una parte, a la oferta de bienes y servicios que propone el sistema de producción y de consumo capitalista – cuyas lógicas y mecanismos se fortalecieron en América latina durante el ciclo progresista – y por otra parte, a una mobilidad física y social ascendente en la sociedad. Hablar de esas clases medias, es en realidad hablar de un grupo social de « clases consumidoras ». « Por primera vez desde hace decenios (en América latina) la clase media es más importante en número que la población que vive en la pobreza » constatan la Organización de cooperación y de desarrollo económico (OCDE) y la Comisión económica para América latina y el Caribe (CEPAL) [1]

Pero existe « clase media » y « clase media ». Entre 2001 y 2015 la población que accedió a la clase media llamada « consolidada » según la terminología propuesta por la OCDE et por la Cepal, es decir el grupo que dispone de 10 a 50 dólares americanos diarios, en valor constante de 2005, y con igual poder de compra, pasó de 21 % a cerca de 35 %. Esta ha sido la progresión más importante. Pero una segunda capa de « clase media » llamada « vulnerable », que dispone de una suma mucho más modesta entre 1 y 4 dólares (PPP) pasó de 34 % en 2000 a 40% en 2015.

Mayoritaria en número al interior de las « clases medias » esta población salió efectivamente de la pobreza formal en estos últimos quince años, pero sigue estando compuesta por pobres y por trabajadores informales. Estos últimos ganaron un acceso parcial y precario al consumo, sin que se haya modificado su posición en la estructura socio-económica.

El conjunto de estos grupos sociales se encuentra en el corazón mismo de las evoluciones socio-políticas de los últimos años en Latinoamérica.
Ellos son, al igual que la población pobre (de 25 a 30 % de la población regional [2]), los más afectados por las consecuencias sociales de la crisis económica y financiera mundial de 2008, que afectó a todas las sociedades de la region a partir del comienzo de los años 2010.

En todas partes, la pérdida de recursos de los Estados provoca el deterioro de los servicios públicos y la vuelta de la precariedad y de la cesantía, sobre todo entre los más jóvenes – 25% de la población tiene entre 15 y 29 años [3] – y las mujeres. La pobreza y la desigualdad – combatidas de manera significativa en los años 2000 – aumentan también actualmente. Al mismo tiempo, la región conoce un estancamiento de los ingresos por habitante y un aumento de la inflación.

A pesar de una ligera mejora económica (crecimiento estimado en 2,2 % en 2019 [4]) que llega después de cinco años de ralentización, de los cuales dos –2015 y 2016 –, han sido de recesión, las dinámicas de crisis social que aparecieron después de 2008 en América latina, se intensifican y cobran ahora una dimensión política.

Asi, desde los movimientos de protesta social en contra del gobierno de Dilma Rousseff (2013-2014) en Brasil, pasando por las crisis venezolana y nicaragüense, y también por el aumento de conflictos sociales en Argentina o en Brasil en contra de los gobiernos de derecha de Mauricio Macri o de Michel Temer (que no fué elegido), toda la región afronta un aumento de las dinámicas de protesta.

Veinte años después del momento populista que dió lugar al ciclo progresista y nacional-populista, América latina vive una nueva situación populista : se ha puesto en marcha un amplio movimiento de desafiliación de las mayorías sociales, – que se traduce por una gran desconfianza frente a los gobiernos –, de las clases y de las instituciones políticas y sociales.

Esta vez, la novedad es que al centro de esas mayorías se encuentran las nuevas « clases medias », surgidas sobre todo durante el ciclo hegemónico de las izquierdas en el poder. Este movimiento, tan virulento como indefinido en el plano político, no ha sido identificado con anticipación y las izquierdas latinoamericanas no supieron anticipar las consecuencias políticas e ideológicas que el ascenso de esas nuevas « clases medias » tendría sobre ellas y por ende, no elaboraron marcos políticos ni ideologías específicas originales otras que el acceso a una nueva oferta de infraestructuras o al consumo popular. Desde ahora infieles en el plano electoral, estas « clases medias » se volvieron contra las elites, que consideran ladronas y responsables de su retroceso social, sin insertar esta rabia en un esquema ideológico derecha/izquierda predeterminado.

Pueden entonces, como en el caso de Brasil, exigir al mismo tiempo más servicios públicos para ellas, pero sostener igualmente, e incluso plebiscitar, un órden más seguro, regresivo y discriminatorio en el plano de los derechos sociales, económicos y políticos para los más frágiles (pobres, negros, mujeres, etc.).

Estas dinámicas funcionan mientras que las opiniones públicas no terminan de descubrir la amplitud de los escándalos de corrupción que corroen la región y arruinan progresivamente la legitimidad de los sistemas políticos y de las instituciones. El escándalo Odebrecht [5] – que recuerda los lazos indisociables que existen entre el corruptor privado y el corrupto público – toca a una decena de países y ya provocó la caída del presidente Pedro Pablo Kuczynski (de derecha) en el Perú. En Brasil, el escándalo « Lava Jato » – en el que también esta comprometido Odebrecht – constituye el telón de fondo del encarcelamiento, muy discutido por lo demás, del ex presidente Luis Inácio Lula da Silva, quién se considera « preso político » en un Estado inmerso hoy en una profunda y duradera crisis democrática.

Las evoluciones actuales preocupan a la OCDE y a la Cepal, quienes identifican « una fragilización del contrato social » y una « desconexión cada vez mayor entre los ciudadanos y las instituciones públicas » en todos los países de la región. Según los datos entregados por el instituto de encuestas Latinobarómetro (sobre los que se apoyan las dos instituciones, regional e internacional, citadas), el 75% de los latinoamericanos afirma no tener más – o muy poca – confianza en sus gobiernos, comparado con el 55 % en 2010. Más aún, el 80% de ellos afirma en 2016 que sus gobiernos son corruptos, contra el 65 % que lo afirmaba en 2010. Sólo un 34% considera fiable su sistema jurídico, mientras que el 41% se declara satisfecho con su sistema de salud – contra el 57% en 2006 – y el 56 % con su sistema educativo – contra 63% en 2006.

América latina entra ahora en un ciclo electoral de dos años determinante. Argentina, Bolivia, Brasil, Colombia, Mexico, Uruguay y Venezuela enfrentarán escrutinios mayores en 2018 y 2019. Ellos modificarán de manera significativa un panorama político cada vez más incierto e imprevisible.

En todas partes surgen con fuerza en las periferias de los partidos establecidos movimientos atípicos. El avance de corrientes políticas evangélicas se refuerza. En Costa Rica, el pastor Fabricio Alvarado obtuvo cerca del 40% de los votos en la segunda vuelta de la elección presidencial del 1° de abril 2018. En Brasil, esta misma corriente se consolida cotidianamente, en Rio de Janeiro y en otro lugares [6]

En Venezuela, el tercer hombre de la elección presidencial del 20 de mayo 2018, el pastor Javier Bertucci, mobilizó casi un million de votos, es decir más del 10% de los votos, obtenidos sobre todo en las clases populares. Estas iglesias son ahora actores políticos de primer plano y atraen hacia ellas una parte cada vez más importante de los sectores populares y pobres, hasta ahora electores seguros de la izquierda. Al mismo tiempo, fuerzas populistas de derecha se desarrollan peligrosamente, sobre todo en Brasil.

La larga secuencia electoral que se inicia va a redefinir la correlación de fuerzas entre gobiernos liberal-conservadores y nacional-populares y modificará los equilibrios regionales. In fine, esa relación de fuerzas va a precisar sin duda las perspectivas geopolíticas de una región desde ahora inestable.

Traduction : Rosa Gutierrez

Christophe Ventura