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Mémoire des luttes

Mon, 15 Jan 2018 17:48:34 +0100

Elections américaines de 2017 : le carton plein inattendu des Démocrates

L’organisation des élections aux Etats-Unis présente une caractéristique qui n’existe à peu près nulle part ailleurs : la plupart des scrutins s’y tiennent impérativement à dates fixes. L’élection présidentielle a lieu tous les quatre ans. Les élections sénatoriales sont échelonnées, avec un renouvellement par tiers tous les deux ans. Présidentielle et sénatoriales tombent dans des années paires. Les élections des gouverneurs ont également lieu, le plus souvent, les années paires. La situation est plus diverse en ce qui concerne les élections locales, mais un très grand nombre d’entre elles se déroulent aussi les années paires.

C’est pourquoi les élections organisées en années « blanches » d’élections générales (c’est-à-dire impaires) sont volontiers considérées comme moins importantes par les partis nationaux. Et la participation y est d’ailleurs bien plus faible que dans les scrutins des années paires.

L’année 2017 a été singulière à deux égards. D’abord, à cause des sentiments extrêmement tranchés d’adhésion ou de rejet suscités par le président Trump, même les élections les plus locales qui soient ont pris des allures, en partie au moins, de référendum sur sa personne et le bilan de sa première année au pouvoir. De plus, et sans doute pour cette raison même, la participation électorale a été exceptionnellement élevée.

Les résultats sont sans équivoque : les Démocrates ont fait carton plein. Le mot n’est pas trop fort. Ils ont gagné les deux élections de gouverneurs du New Jersey et de Virginie avec de très forts écarts. Ils ont gagné différentes élections partielles à la Chambre des représentants en enlevant des sièges réputés sûrs pour les Républicains. Ils ont considérablement renforcé leurs positions lors des élections législatives des Etats fédérés et des municipales. Si les élections de 2018 avaient lieu aujourd’hui, les Démocrates auraient de bonnes chances d’obtenir la majorité dans chacune des deux chambres du Congrès.

Qu’est-ce que cela signifie ? La question revient sous toutes les plumes, et les explications sont des plus variées. La plupart des experts et des politiques s’accordent en tout cas à juger très prometteuses les perspectives démocrates pour les élections au Congrès de 2018, et même pour la présidentielle de 2020. On voit bien que les leaders républicains sont très inquiets et que leurs homologues démocrates se sentent pousser des ailes. Est-ce bien justifié ?

La première réserve à formuler est que les élections de 2018 n’ont pas lieu aujourd’hui mais dans un an. Dans la situation de grande instabilité qui prévaut aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, il peut se passer bien des choses en une année. D’évidentes incertitudes pèsent. Les plus importantes : le Congrès votera-t-il une réforme fiscale ? Y aura-t-il un décès (ou, beaucoup moins probable, une démission) à la Cour suprême ? Verra-t-on une guerre régionale en Afghanistan entre l’Arabie saoudite (ou ses affidés) et l’Iran (ou ses affidés) ? Trump sabotera-t-il le traité avec l’Iran ? L’une ou l’autre partie déclenchera-t-elle le feu nucléaire dans la péninsule de Corée ?

Ces incertitudes sont tout sauf mineures, du moins pour moi. Cette réserve faite, comment faut-il interpréter ce qui s’est produit lors des élections américaines de 2017 ? Je rejoins la majorité des analystes dans l’idée que ces élections révèlent un rejet de Trump, assez fort pour avoir handicapé sérieusement les candidats perçus comme « trumpistes ».

Trump est assurément le grand perdant des élections de 2017. Je pense que lui-même l’a compris. Il s’estime toutefois capable d’inverser la tendance à temps pour les élections de 2018, et pense y parvenir en faisant voter une réforme fiscale – à peu près n’importe laquelle – avant la fin de l’année civile 2017 : preuve serait ainsi faite qu’il a tenu une de ses promesses sur un sujet qui compte. Il croit possible par ailleurs de renforcer considérablement la position géopolitique des Etats-Unis par une combinaison de déclarations d’intention tonitruantes et d’inaction dans les faits.

Je doute pour ma part que la réforme fiscale soit votée, à cause des profondes divisions qui fracturent en trois clans (et non deux) les Républicains du Congrès : celui du « parti de l’entreprise », celui du « moins d’Etat-moins de dette » et celui des nationalistes protectionnistes et xénophobes. Quelle que soit l’issue de leurs divisions, il est évident que, à supposer qu’ils parviennent malgré tout à s’entendre sur une loi de compromis, cette loi sera exécrable. Mais je ne m’intéresse ici qu’à la simple probabilité qu’ils puissent voter une loi fiscale, quelle qu’elle soit.

Les questions géopolitiques inquiètent davantage. Trump est foncièrement incapable d’accepter la réalité du déclin américain et les limites drastiques qui en résultent pour ses propres tentatives de prendre la situation en main. C’est pourquoi la possibilité d’« accidents » existe bel et bien. Une terrifiante possibilité.

Face à cette situation, les deux grands partis américains hésitent pour l’heure sur la tactique à suivre. En 2016, les Républicains avaient le vent en poupe, face à des Démocrates tout simplement ineptes. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Le vent porte les Démocrates et les Républicains semblent bien désemparés.

La grande question, me semble-t-il, est de savoir si les Démocrates peuvent rester aussi unis qu’ils le sont actuellement. Depuis plusieurs mois déjà ils font mouvement vers la gauche. Il y a cependant des limites au chemin que leur courant centriste, longtemps dominant, est disposé à parcourir. De son côté, le courant du « virage à gauche » (incarné par Bernie Sanders en 2016), s’organise pour saisir sa chance et resserrer encore son emprise sur le parti.

Le principal espoir des Démocrates est que les Républicains échouent à faire voter une réforme fiscale. Non seulement cet échec portera un nouveau coup au moral de tous les courants du Parti républicain, mais il préservera aussi l’unité des Démocrates. Les électeurs créditeront ces derniers d’avoir stoppé la marche en avant dévastatrice des Républicains. Les Démocrates auront, selon une formule qui m’est chère, « atténué les souffrances » en répondant aux besoins de tous les nombreux courants du parti qui ont fait des élections de 2017 un tel succès.

Agir ainsi permettra aux forces de la gauche américaine de s’organiser pour la véritable bataille, qui est le combat du moyen terme sur la nature de notre futur système-monde post-capitaliste. Mais alors, quel sens faut-il donner aux élections de 2017 ? En réalité, il est trop tôt pour le dire. Nous y verrons plus clair dans deux ou trois mois.

Traduction : Christophe Rendu

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Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

Immanuel Wallerstein

Thu, 11 Jan 2018 10:51:40 +0100

Principios para una izquierda populista

Vivimos un momento populista. Ante la transformación de nuestras democracias convertidas en sistemas oligarcas expuestos al servicio de un sistema financiero y económico internacional que destruye implacablemente todos los logros sociales, acentuada por el surgimiento de un nuevo modelo mercantil predador y (auto) destructor, presenciamos un claro abandono de las mayorías populares hacia las clases políticas tradicionales, las instituciones y las autoridades de la democracia liberal.

En su primera etapa, este movimiento actúa bajo la forma de una dinámica de destitución, a partir de la cual se reconstituye progresivamente la esencia de la fuerza de la sociedad capaz de hacer frente a la invasión de los mercados y de imponerse a ellos: la soberanía popular. De esta manera, el movimiento populista, inicialmente de destitución , evoluciona inevitablemente hacia una segunda fase: la aparición de un nuevo equilibrio de orden político. Este momento, difícil de predecir y que se transforma en campo de batalla entre las antiguas fuerzas asociadas al sistema social en crisis y las nuevas que aparecen fueran de su centro, señala la reconstrucción de lo político a partir de una crisis política.

Al mismo tiempo que este proceso abierto y disputado discurre, la crisis sistemática que acompaña a la globalización instala el orden liberal socavando la adhesión y el apoyo de las bases sociales que tradicionalmente han servido de cimiento (las clases medias que disponen aún de un mínimo de seguridad y que gozan de la gratitud de la economía de mercado). La aplicación indistinta de las políticas socio-económicas neoliberales a manos de los actores políticos desde hace décadas, generalmente asociados con la izquierda y la derecha, es la causa de este fenómeno. Pero este proceso no está determinado a partir de un análisis tradicional entre izquierda y derecha. El movimiento engendrado por el momento populista será asimilado por la izquierda o por la derecha dependiendo de la manera que éste se construya y de cómo sea orientado.

Esta situación plantea una nueva cuestión: ¿cómo alimentar este movimiento para que contribuya a la aparición de una soberanía y un pueblo comprometido con la emancipación? ¿Qué fuerza política podrá contribuir en mayor medida para alcanzar esta meta y cómo combatir la expansión de las respuestas conservadoras, autoritarias y regresivas que se oponen? ¿Qué principios y qué estrategia pueden marcar el sendero de una izquierda que evoluciona en los años del populismo, una izquierda populista sin complejos, heredera de los combates históricos todavía presentes y renovada en su capacidad de elaborar una estrategia y un discurso movilizador que integre más allá de sus componentes y sus organizaciones clásicas?

Tres niveles pueden ser presentados en esta perspectiva:  

  • La izquierda populista debe liberarse de los grilletes del sistema político en vigor y de sus brazos mediáticos. Incluso cuando estos últimos se alinean y ordenan apoyar, en época electoral, la fuerza política del sistema tradicional como único recurso capaz de bloquear el ascenso de las minorías de extrema derecha. Una fuerza política de izquierda populista debe, a pesar del miedo legítimo provocado por la fuerza de la extrema derecha, recordar infatigablemente que ésta última tiene, en realidad, escasas oportunidades de estar en posición de conquistar el poder en fase abierta. Esta izquierda debe repetir al electorado que la extrema derecha será fiel a las reglas fundamentales del orden económico y que no actuará en favor de las exigencias democráticas y sociales que dice defender. Su misión consiste en poner a la sociedad al servicio del empresariado nacional para su beneficio en la arena internacional. Inútil a la transformación democrática y social que finge encarnar, la extrema derecha es en realidad el perro guardián del viejo sistema. Es por ello que una fuerza populista debe afrontarla siempre.
  • La izquierda populista debe hacer frente a este sistema, a su perro guardián y a todas las ideologías nihilistas que se desarrollan en el mundo. Y para ello debe inspirar y promover un proyecto de sociedad basado en las tres ideas al servicio de la prosperidad del individuo y de la sociedad en su conjunto: justicia, soberanía y equidad. Desde esta perspectiva se establece una nueva frontera política entre un ellos y un nosotros basada en una estrategia discursiva articulada con esos fundamentos.
  • La izquierda populista necesita refundar su representación popular a través de su inmersión y de su labor de cercanía con la población. Gracias a esta labor se construye la proyección y la presentación. La izquierda populista debe llevar una acción solidaria y visible para la población ayudando y participando a dar respuesta a los problemas sociales, administrativos, fiscales, bancarios, ecológicos… en los municipios y en todas las escalas del territorio. Esta izquierda debe poner a disposición sus recursos físicos (material, locales) y humanos (líderes y bases militantes) para favorecer las iniciativas de socialización y sensibilización (es el caso del cambio climático), las acciones colectivas, la organización de eventos convivales y diferentes tipos de celebraciones. Esta izquierda debe ser responsable de las campañas de acompañamiento para expandir los recursos digitales y las nuevas tecnologías (sensibilización de la importancia a la confidencialidad de los usuarios y respuesta coordinada de la resistencia a la vigilancia discrecional sobre la población) etc.

La misión es ardua y se desmarca de la cultura tradicional de la izquierda, pero la izquierda populista es un movimiento que debe alimentar tres esferas simultáneamente : la esfera de la micro-solidaridad para construir una cadena de solidaridad más amplia y preparar, contando con la implicación de todos los actores, los nuevos modos de vida y las instituciones de la sociedad del mañana; la esfera de la batalla por la hegemonía ideológica y cultural alrededor de sus tres ideas principales; y finalmente la esfera de la batalla política y electoral sobre la cual la izquierda populista debe generar una ruptura con el orden y las prácticas de los viejos partidos del sistema.

Traduction : Francisco Dominguez

Christophe Ventura

Wed, 10 Jan 2018 15:13:17 +0100

Le défaut de paiement du Venezuela

Dans le cadre du programme « Le monde qui vient » diffusé sur sa chaîne YouTube, Mémoire des luttes publie cette intervention de Christophe Ventura sur la question du « défaut partiel » de paiement de la dette du Venezuela.

Le pays est-il réellement en train de s’effondrer ?

Vidéos, montage et animations : Jordi Lafon et Adrien Piquera.


Abonnez-vous à notre chaîne YouTube :

Wed, 10 Jan 2018 10:42:36 +0100

Antivœux

Mes petits enfants, c’est la dernière heure. Comme vous avez appris que l’antéchrist doit venir, aussi y a-t-il maintenant plusieurs antéchrists : par là nous connaissons que c’est la dernière heure.
Première épître de Jean, II, 18.

 

Il y avait déjà des antimémoires, des antiphrases, des antistrophes, sinon des antivols, des antidotes, des antibiotiques, des antimites, des antistress, et même des antiphonaires et de l’antimoine… Je vous propose, en augure pour l’année calendaire qui débute, de considérer un instant une nouvelle catégorie opportune : celle des antivœux. Ayant en effet décidé de ne plus sacrifier au rituel des « vœux », il m’est apparu souhaitable d’y substituer une forme différente de message. C’est la raison même de celui-ci.

Le premier antivœu est le suivant. Que l’espèce humaine poursuive et accélère encore sa course vers la disparition, comme elle y a si bien réussi dans la période récente ! Qu’elle s’éteigne enfin et complètement pour laisser respirer les autres vivants, débarrassés de son terrible joug, et reprendre possession d’une planète purifiée de son absence. Et que cela advienne par l’homme lui-même et grâce à une pandémie virale qui n’affectera que lui dans toute la création.

Mon deuxième antivœu est le subséquent. Qu’au triomphe de l’imbécillité en tout domaine succède celui de la confusion généralisée, hâtée par la prolifération des prothèses et orthèses numériques. Qu’à l’imbécillité économique, juridique, financière, sociale, environnementale, politique, morale, éducative, culturelle et religieuse dont le succès historique et prodigieux s’impose à chacun – qu’à cela s’ajoute et se combine idéalement une aphasie planétaire résultant de la neutralisation et de l’anéantissement de tous les modes de communication et langages humains. Que la Tour de Babel s’achève ainsi par la destruction programmée de la parole.

Un ultime antivœu pourrait ainsi résonner, empli d’espoir atypique… Que la faune et la flore libérées du génocide humain investissent tous les lieux et toutes les œuvres d’art de leur immémorial ennemi disparu ! Que les forêts primaires envahissent musées et galeries ; que les marais submergent les collections privées ; que les icebergs s’invitent à l’Ermitage, au Louvre et au Metropolitan ! Que « les bêtes » viennent se repaître avec délectation de Nymphéas, de Tournesols, de Carrés blancs sur fond blanc, de Danses macabres, de Descentes de Croix, d’Enlèvements d’Europe, de Caryatides grecques, d’Ancêtres sénoufos et de Gardiens de reliquaire fangs.

Bref, portez-vous bien sur notre lumineux sentier !


Antonio Zanchi, Saint Michel archange triomphe du démon, 1722.
Musée diocésain de Venise (détail, cliché de l’auteur)

François de Bernard

Tue, 09 Jan 2018 22:21:19 +0100

En Amérique latine, la droite avance… pour l'instant

L’année qui s’est achevée nous a léguée divers évènements politiques qui, fort probablement, constitueront un point d’inflexion ou même de non-retour dans ce qui a été appelé le « virage progressiste » en Amérique latine.

La tendance qui se dessinait depuis quelques années déjà, à savoir le repli des gauches provoqué par un ensemble de processus et des facteurs internes et externes, est finalement devenue réalité, compte tenu du nouveau rapport de forces mis en évidence par les résultats électoraux en 2017. Ces derniers confirment la progression d’une droite qui, sans rien céder de son caractère anti-démocratique et soutenue par des groupes médiatiques hégémoniques, a été suffisamment habile pour réussir à retourner le cours de ses défaites, à affiner ses tactiques et stratégies de lutte – parfois « sales » avec les coups d’Etat parlementaires par exemple – et reconquérir ainsi des pays vitaux, tels que l’Argentine et le Brésil.

En Equateur, la victoire de Lenin Moreno en avril dernier et sa prise de distance presque immédiate avec le cercle d’influence de l’ancien président Rafael Correa ont fini par fracturer le mouvement Alianza País (Alliance pays) et remettre en cause la continuité de la Révolution citoyenne et avec elle, la pérennité des avancées politiques, sociales et économiques. L’incertitude grandit à propos du rôle que va jouer ce pays dans la difficile conjoncture latino-américaine, ainsi que sur son apport spécifique au système d’alliances instauré par Correa depuis 2006, plus précisément avec l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba).

En Argentine, le gouvernement de Mauricio Macri est sorti renforcé des élections législatives du 22 octobre 2017. Cette victoire lui a donné de la force pour approfondir sa politique néolibérale et mettre en place des plans d’austérité, favoriser les secteurs les plus puissants, réprimer le mécontentement citoyen et persécuter systématiquement les dirigeants politiques et sociaux de l’opposition.

Au Chili, Macri et Michel Temer (président non élu du Brésil) trouveront avec Sebastián Piñera, le président – héritier du pinochetisme – récemment élu pour la deuxième fois, un allié pour approfondir la restauration néolibérale.

Parallèlement, la scandaleuse fraude perpétrée au Honduras en novembre 2017, que même l’OEA (Organisation des Etats américains) dirigée par Luis Almagro n’a pu dissimuler, et la vague de répression ordonnée par le président Juan Orlando Hernandez qui s’en est suivie – qui ne fait que poursuivre la répression initiée avec le coup d’Etat de 2009 – mettent en évidence le catalogue des actions que les droites rétrogrades qui se démultiplient sur le continent sont prêtes à déployer.

Dans ce cadre désolé, le cas du Venezuela surprend le monde et alimente l’espoir que tout n’est pas perdu. Cette année, probablement la plus difficile pour la Révolution bolivarienne, le chavisme s’est imposé lors des scrutins électoraux organisés entre juillet et décembre (Assemblée nationale constituante, élections des gouverneurs et des maires) ; il a mobilisé un nombre de voix supérieur à ses niveaux historiques de soutien et réussi à désarticuler le bras politique de l’interventionnisme impérialiste, organisé autour de la MUD (Mesa de Unidad Démocratica, Table de l’unité démocratique).

Cerné par le harcèlement diplomatique et la guerre économique lancée par les Etats-Unis, faisant face aux milliers d’obstacles provenant, d’une part, de la corruption installée dans des entreprises d’Etat telles que Pdvsa (Petróleos de Venezuela SA), et d’autre part, des chemins non encore consolidés de la construction du socialisme et des erreurs commises dans la gestion gouvernementale, le président Nicolas Maduro est confronté à plusieurs défis. Il doit œuvrer pour des changements d’orientation, notamment en matière de politique économique et monétaire, première priorité du moment. Il doit également favoriser toujours plus la participation populaire dans tous les domaines et combattre la corruption sans relâche – comme promis par le nouveau procureur général, Tarek William Saab. De tout ceci dépend la survie de la Révolution bolivarienne.

Rien ne sera semblable à ce que nous avons vécu ces vingt dernières années dans la région, années de recherches, de luttes, de défaites et de victoires. Ce que les mouvements sociaux et les organisations politiques de gauche feront dorénavant devra être qualitativement différent et meilleur, pour tirer les leçons des évènements et pour mieux comprendre les horizons nouveaux de l’émancipation qui se profilent dans la complexité du système global de notre temps. C’est ce qu’exige l’humanité.

Aujourd’hui, la restauration néolibérale, promue par la droite affranchie des masques et des manières démocratiques, nous propose un horizon de régressions, de violences, de douleurs et de fractures sociales inévitables. Mais seulement « pour l’instant », pour reprendre la formule passée à l’histoire du commandant Hugo Chávez. Parce que les peuples ont toujours le dernier mot et qu’ils sauront arrêter, au bon moment, les élans de ces « insectes nuisibles qui rongent jusqu’à l’os la patrie qui les nourri », comme l’a écrit il y a plus d’un siècle José Martí.

Article publié le 28 décembre 2017 sur le site Noticias de America Latina y El Caribe (Nodal) : https://www.nodal.am/2017/12/la-derecha-avanza-ahora/

Traduction : Rosa Gutierrez

Andrés Mora Ramírez