Presse & blogs

 
 

Le site du journal L'age de faire

Sun, 14 Jan 2018 12:38:51 +0100

Ce paysan palestinien qui veut parler aux colons

Militant passé par la prison, Ali Abu Awwad a fait de sa ferme un lieu de dialogue où l’on accepte qu’il y a « deux vérités pour un même endroit ». Aidé d’un rabbin, il invite les colons juifs à venir discuter. Nous l’avons rencontré chez lui, en Cisjordanie occupée, à quelques centaines de mètres d’une route où Palestiniens et colons se heurtent régulièrement.

Sur la route qui relie Bethléem à Hébron, chaque kilomètre parcouru mérite une thèse en géopolitique. Sur les collines qui la bordent, défilent les villages palestiniens et les colonies juives aux maisons flambant neuves. En Cisjordanie occupée, la route 60 est un des seuls espaces où Palestiniens et colons juifs se croisent, toujours avec beaucoup de méfiance. Le carrefour de Goush Etzion, à mi-chemin entre les deux villes, est une des zones les plus tendues de la région, surveillée en permanence par l’armée israélienne.

Des agressions violentes, parfois mortelles, perpétrées par les deux bords, ont lieu ici tous les mois. C’est donc bien le dernier endroit où l’on s’attendrait à trouver un espace dédié au dialogue et à la non-violence. Et pourtant, au bout d’un chemin de terre, à seulement 500 mètres de la jonction autoroutière, les portes du centre Karama (« dignité » en arabe) sont ouvertes à tous ceux qui souhaitent surmonter la crainte et s’asseoir ensemble le temps d’apprendre à se connaître.

« Il ne suffit plus de parler avec la gauche pacifiste israélienne »

Ali Abu Awwad a fait un très long chemin avant d’aboutir à ce projet. Pour la majorité des Palestiniens, il est déjà difficile de parler aux Israéliens, mais entrer en contact avec les habitants des colonies – considérées comme illégales par le droit international – est quasiment inenvisageable. À 45 ans, Ali n’a connu son pays que sous l’occupation militaire. Comme beaucoup de ses compatriotes, il a eu une vie ponctuée de drames : les années de prison et la mort de son frère, tué par un soldat de Tsahal. Fils d’une famille de réfugiés de 1948, très active politiquement, il marche dans les pas de sa mère militante arrêtée plusieurs fois. Durant toute son adolescence, il raconte n’avoir eu comme image des Israéliens que celle de soldats qui entraient avec violence, la nuit, dans les maisons pour arrêter et molester les occupants. Son destin suit celui de nombreux jeunes hommes qui participent à la première Intifada. Attrapé par l’armée israélienne, il est condamné à une peine de dix ans mais sera libéré au bout de quatre, en 1993, au moment où s’esquissent les accords de Paix.

Paradoxalement, c’est en prison que son propre rapport à la violence a évolué. « On me refusait de voir ma mère détenue dans un autre pénitencier. Ensemble, on a fait une grève de la faim de deux mois. Avec succès. Pour la première fois de ma vie, j’ai obtenu quelque chose grâce à la non-violence », se souvient-il. Il s’intéresse alors aux démarches de Gandhi, de Martin Luther King et de Mandela.

L’idée de créer un lieu où les frères ennemis pourraient se rencontrer est née il y a quatre ans. « Pour faire la paix, il faut avoir confiance en l’autre. On ne peut pas se respecter si on ne se connaît pas, et on ne se connaît pas si on ne se rencontre pas. » Ali Abu Awwad a également fondé, avec le rabbin Shaul Judelmen, le mouvement « Roots », dédié spécialement au dialogue avec les colons. Le rabbin, habitué du lieu, joue un rôle important pour les encourager à franchir la porte de la ferme familiale d’Ali. « De plus en plus, nous vivons dans un contexte sans nuances, avec des blocs en opposition. Alors que ce projet est, lui, basé sur les nuances », souligne-t-il.

L’initiative n’est pas épargnée par les critiques. Mais Ali n’en a que faire, car il rejette les anciennes approches des activistes de la paix qui, selon lui, ne font rien avancer.

Ça fait longtemps qu’il ne suffit plus de parler avec la gauche pacifiste israélienne de Tel Aviv. On est d’accord avec eux. Il faut parler à ceux avec qui on n’est pas d’accord.Ali Abu Awwad
 De son point de vue, il est vain de chercher à savoir qui a raison. Il faut accepter qu’il y ait « deux vérités pour un même endroit ».

C’est en tout cas le message qu’il veut faire passer avec Shaul Judelman aux divers groupes, diplomates, membres d’ONG, humanitaires qui viennent visiter la région. Depuis l’ouverture du centre Karama, plus de 35 000 personnes ont participé sous la tonnelle de la sommaire maison à ces échanges et discussion pour un avenir commun et apaisé. « Je ne vous demande pas de prendre parti pour l’un ou pour l’autre, mais de prendre le parti de trouver une solution », lance-t-il toujours à leur adresse.

Car aucun de nous ne disparaîtra d’ici. Il faut arrêter cette compétition à celui qui souffre le plus. C’est sans fin. Il faut être responsable, prendre soin de la nouvelle génération, pour qu’elle vive en paix et avec dignité.Ali Abu Awwad

Mathilde Dorcadie

admin

Sun, 14 Jan 2018 12:30:56 +0100

Les vers au naturel de Pithou Plong

« À vous d’ajouter du sel ou du curry si vous souhaitez les assaisonner. Mes vers sont 100% nature, simplement torréfies. » À Saint Arnoult (Seine-Maritime), Pithou Plong s’est lancé en 2014 dans l’élevage et la commercialisation de vers de farine. Après s’être formé à leur culture, l’ancien cadre commercial a choisi le « créneau premium » en terme de qualité. Une fois élevés, les vers de l’entreprise Crispiz’ en Caux sont congelés, puis passés au four, et vendus sans additifs, afin de conserver toutes leurs qualités gustatives (goût de cacahuète). « Ils ont beaucoup de succès chez les cavistes, pour l’apéritif. » Côté alimentation, Pithou s’approvisionne localement en son de blé, pommes et carottes bio. « Mes vers sont bio, mais je ne peux pas l’afficher, car il n’existe pas de label bio pour les insectes. »

« À vous d’ajouter du sel ou du curry si vous souhaitez les assaisonner. Mes vers sont 100% nature, simplement torréfies. » À Saint Arnoult (Seine-Maritime), Pithou Plong s’est lancé en 2014 dans l’élevage et la commercialisation de vers de farine.

Élevage toléré

Le cahier des charges bio pour les insectes n’existe pas, et pour cause : l’élevage et la commercialisation d’insectes ne sont pas officiellement reconnus. Ils sont simplement tolérés par les autorités sanitaires, car ils n’ont pas fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché. « Nous sommes soumis aux mêmes contraintes que les médicaments, c’est absurde », souligne l’éleveur, qui n’a évidemment pas les mêmes moyens que l’industrie du médicament pour financer des études et monter un dossier prouvant que la consommation de ses vers de farine est inoffensive – voire bonne pour la santé, car très riche en protéines. En attendant une décision de la réglementation européenne sur le dossier des « nouveaux aliments », Pithou a été contraint de mettre sa production en veille, et ne produit plus que pour « conserver la souche ».

En 2014-2015, les autorités étaient très tolérantes envers les producteurs d’insectes alimentaires ; aujourd’hui, beaucoup moins.Pithou Plong

Fabien Ginisty

admin

Wed, 10 Jan 2018 14:58:10 +0100

Linux, pour sortir de l’obsolescence programmée !

Linux est un système d‘exploitation libre qui permet de sortir de la dépendance à Windows et Apple. À partir de ce « noyau » libre, ont été développées de multiples distributions GNU/Linux, dont certaines sont très faciles à installer et à utiliser (voir notre chronique du mois dernier). Utiliser une distribution GNU/Linux, ce n’est pas seulement utiliser un « commun » et sortir des logiciels propriétaires, c’est aussi permettre à son matériel informatique de vivre plus longtemps, en sortant de l’obsolescence programmée par les grandes firmes. Votre ordinateur ne s’alourdira pas démesurément à chaque mise à jour, il ira plus vite, pas besoin de le changer, de remplacer les périphériques…

Et de fait, les avantages de Linux par rapport à Windows sont nombreux au quotidien. En voici une liste non exhaustive :

  • Prise en charge de périphériques anciens (imprimantes, etc.) qui ne sont plus supportés par les versions récentes de Windows (grâce à l’intégration dans le noyau Linux d’une multitude de pilotes) ;

  • Moindre consommation de mémoire RAM, grâce à des environnements graphiques plus légers ;

  • Moindre utilisation du disque dur, environ 10 Go, contre 20-25 Go pour Windows 7 ;

  • Faible à très faible sensibilité aux virus : pas besoin d’antivirus, donc gain en ressources du processeur ;

  • Durées de démarrage et d’arrêt constantes dans le temps ;

  • Mises à jour des logiciels plus simples, et sur lesquelles l’utilisateur garde le contrôle (quand, quoi, etc.) ;

  • Pas de migration de version sans votre consentement, comme le fait Windows pour générer de l’obsolescence programmée tous les 3 ans ;

  • Des bugs existent aussi sous Linux. Mais les codes (la recette du logiciel) étant accessibles à tous, cela permet une analyse par tous, et non pas seulement de l’éditeur, qui pourrait avoir la tentation de « contrôler » les failles ;

  • Possibilité de tester les distributions Linux sans avoir besoin de les installer sur votre disque dur. Cela s’appelle l’essai en mode « live ».

Grâce à toutes ces qualités, Linux fait fonctionner des ordinateurs DualCore de 10 ans sur des versions récentes et maintenues jusqu’en 2022 ! C’est vraisemblablement le matériel qui cessera de fonctionner avant la version de Linux !

Pour prolonger votre lecture, voir :

Le mois prochain :« Pour passer au Libre, faites appel à des ami.e.s dans le monde réel !».

Collectif EmmabuntüsGPL V3
Affiche : Conception ThierryMC pour LAC-Chablais CC BY-NC-ND, pictogrammes par différents auteurs de Flaticon

admin

Thu, 04 Jan 2018 15:25:53 +0100

« Tenons les villes » : concertation, piège à c…

« Tenons les villes » – À Roubaix, une « Table de quartier » a porté la parole collective des habitant·es dans le cadre d’une rénovation urbaine du Pile, un quartier pauvre et délabré. Une expérience qui se situe dans l’esprit des Ateliers populaires d’urbanisme nés à partir des années 70, mais s’est heurtée aux limites de la « concertation ».

Ce sont des affiches colorées, au design étudié et aux messages chaleureux : « Ici, bientôt chez vous ? », « Ici, une maison facile à chauffer », « Ici bientôt + de vie, + de lumière »… Placardées sur les façades de brique rouge aux ouvertures murées, elles semblent narguer les habitant·es du Pile. « C’est quand bientôt ? » ironisaient certains d’entre eux en octobre 2016, dans le premier numéro du journal de quartier A table !. Et, à propos des flèches façon graff, assorties aux affiches, que la société publique d’aménagement a cru bon de peindre sur les nombreux bâtiments abandonnés : « Avo tout’ ché fléches, d’où ché qu’ in va ? »
Où c’est qu’on va ? La question mérite d’être posée. Au sens propre, pour les habitant·es dont les maisons vont être démolies, qui ont dû accepter un relogement hors du lieu où ils avaient leur vie sociale. Et au sens figuré : à quoi, et surtout à qui sera destiné l’un des quartiers les plus pauvres de Roubaix, qui est elle-même l’une des villes les plus pauvres de France ?
En 2015, lorsque l’association Nouveau regard sur la jeunesse, appuyée par l’Université populaire citoyenne de Roubaix, crée une « Table de quartier » au Pile (1), une centaine de personnes choisit de travailler sur le logement. « C’était le moment où on a compris qu’il y aurait des démolitions dans le quartier », se souvient Nassim Sidhoum, un étudiant en droit qui vit au Pile et s’est impliqué dans la Table pour « relayer les préoccupations des habitants délaissés par les pouvoirs publics ».

« Il y a plein de maisons murées, mais ils s’intéressent aux maisons occupées ! »
Les rangées de maisons ont été construites au XIXe siècle pour les ouvriers d’une teinturerie dont il ne reste que la cheminée. Aujourd’hui, plus de la moitié des habitants, qu’ils soient locataires ou propriétaires précaires, vivent avec moins de 1000 euros par mois. De nombreux logements sont insalubres, le trafic de drogue s’est installé… « La population est passée de 15 000 personnes dans les années 80 à 6 000 aujourd’hui, indique Jean-Luc Simon, bénévole à l’Université populaire citoyenne. Des maisons sont murées depuis vingt ans ! » La mairie a contribué à ce tableau sinistre en préemptant les logements en vente, qu’elle a laissés se dégrader en attendant la rénovation.
Pourtant, des habitant·es s’accrochent, parce que leur vie est là et que de forts liens de solidarité les aident à faire face à la précarité. C’est pourquoi l’annonce de la destruction d’une centaine de maisons habitées dans le but « d’aérer » le quartier a suscité la colère. 

Il y a plein de maisons murées qu’on aurait intérêt à démolir, mais ils s’intéressent à des maisons occupées par des habitants qui ont investi dedans ! s’insurge Nassim. Est-ce qu’aérer signifie changer la population ?
La Table de quartier n’a donc pas chômé : ses réunions hebdomadaires ont permis aux habitants de râler, de lancer le journal A table !, et de rédiger collectivement des propositions à la société d’aménagement pilotée par les élus locaux. La « concertation », présentée comme exemplaire, a cependant tourné vinaigre, et l’association ANRJ, qui portait la Table de quartier, a été expulsée de la Maison du projet où un local lui avait été attribué.
On a réussi à peser sur certaines choses, avec par exemple la création d’un béguinage (2) pour les personnes âgées. Mais les idées sont reprises sans échange, hors sol, hors contexte et perdent leur sens.regrette Réjane Poyé, écrivaine public.
« Ils ont pris des idées, en ont refusé d’autres… sans explication », renchérit Nassim.
Les membres de la Table ont décidé collectivement de ne pas s’opposer au projet de rénovation car « si rien n’est fait, ce sera pire ». Mais ils sortent de cette expérience avec un esprit critique aiguisé sur les « concertations ». « C’est seulement cadrés par l’institution que les gens peuvent s’exprimer. Tout ce qui se passe en dehors n’est pas considéré comme légitime », constate Réjane.
Les instances de concertation sont inégales si les habitants viennent individuellement, avec leurs intérêts particuliers, face à la collectivité qui représente l’intérêt public. Il faut que les habitants puissent s’organiser avec leurs moyens propres, pour construire le compromis entre intérêts particuliers et intérêt collectif.Jean-Luc

Accompagnement au droit
L’analyse de Jean-Luc est imprégnée de l’expérience de l’Alma-Gare, un quartier de Roubaix qui a créé le premier Atelier populaire d’urbanisme (APU). « Au début des années 1970, pouvoir local et patronat [veulent] rénover l’habitat de ce quartier populaire pour attirer les classes moyennes, raconte le journal La Brique. [Mais, créé] à l’initiative de militant·es chrétiens de gauche, d’activistes maoïstes et d’habitant·es de l’Alma, l’APU refuse la perspective de vivre dans des « cages à lapins  » – censées remplacer les courées (3) – et cherche à préserver l’identité ouvrière du quartier. » Pendant dix ans, l’Atelier se réunit chaque mercredi. Il obtiendra d’être accompagné par des architectes pour que les habitants décident eux-mêmes des rénovations du quartier.
Cette expérience a essaimé dans les quartiers lillois du Vieux-Lille, de Moulins, de Wazemmes et de Fives, un faubourg industriel qui attire de plus en plus les classes moyennes.

On propose un accompagnement au droit lié à l’habitat. Les gens viennent nous voir en cas d’expulsion, de conflit locatif, d’habitat insalubre… On essaie de régler les choses à l’amiable ou par des courriers, et si ça ne suffit pas, on va en justice. Si plusieurs personnes ont le même problème dans une résidence ou une courée, on essaie d’agir collectivement. On est aussi sollicités dans d’autres quartiers dès qu’il y a une mobilisation face à une rénovation urbaine.explique Mathieu, l’un des deux salariés à mi-temps de l’APU de Fives.
Un travail difficile dans l’agglomération la plus inégalitaire de France, dont les élites veulent « attirer des cadres alors que les trois-quarts de la population est ouvrière », souligne Mathieu.

Lisa Giachino
………………………………………………………..
1 – Douze Tables de quartier ont été lancées par la Fédération des centres sociaux et le collectif Pas sans nous, relayés par des associations locales, suite au rapport de M. Mechmache
et M.-H. Bacqué, « Pour une réforme radicale de la politique de la ville ». Une expérimentation nationale financée par l’État. 2 – Habitat collectif créé dans des bâtiments ou vivaient les communautés religieuses de Béguines.
3 – Rangée de maisons ouvrières mitoyennes donnant sur une étroite impasse.

admin

Thu, 04 Jan 2018 13:59:24 +0100

Pour défendre le salaire minimum

Comme chaque année, un groupe de cinq experts vient de se prononcer contre la revalorisation du SMIC.

Pire, ils demandent maintenant que soit remises en cause ses règles d’évolution, qui font que le SMIC est indexé sur l’inflation et que son pouvoir d’achat augmente comme la moitié de celui des ouvriers et employés. Ce n’est pas étonnant, le gouvernement choisit ses experts, qui se sont toujours prononcés contre le salaire minimum, contre le droit du travail, et même contre le débat en matière économique. Cette mise en cause est particulièrement malvenue, quand l’Allemagne introduit un salaire minimum, quand le Royaume-Uni augmente le sien, quand la France plaide pour l’harmonisation sociale en Europe. Un salaire minimum de 60 % du salaire médian dans chaque pays éviterait la pression à la baisse sur les salaires par l’importation de travailleurs, immigrés ou détachés, sous-payés. Un niveau satisfaisant du salaire minimum valorise le travail et évite que certaines entreprises ne profitent trop de la situation de salariés en difficulté. Le problème est que le salaire minimum est aujourd’hui contourné, par le travail rémunéré à la tâche et surtout par le pseudo auto-entreprenariat ; qu’il ne protège plus de la pauvreté en raison du développement du travail précaire, à temps partiel.

Faire payer les crises financières aux smicards
Qui peut croire que le SMIC nuit à la compétitivité alors qu’il ne concerne que 6 % des salariés de l’industrie, que son coût pour l’entreprise n’est que 37 % de celui du salaire moyen ? Quel est son poids par rapport à celui de la financiarisation (dividendes et salaires des hauts dirigeants) ? La plupart des emplois au SMIC sont aujourd’hui des emplois de services indispensables. La hausse du SMIC ne va pas faire disparaitre le besoin de manutentionnaires, d’agents de nettoyage, de serveurs, d’aides-soignantes.
Faut-il supprimer le lien entre l’évolution du SMIC et celle du salaire moyen ? Très vite, le SMIC perdrait son rôle et l’écart des salaires se creuserait encore dans les entreprises. Faut-il, comme le préconisent les experts, avoir la possibilité de faire payer aux smicards les crises financières induites par l’avidité des marchés financiers en réduisant encore la consommation des ménages ?
Les experts prétendent compenser la baisse du SMIC par la hausse de la prime d’activité, comme si les contraintes financières imposées par l’Europe ne pesaient pas sur les dépenses sociales. Une fois le SMIC abaissé, l’argument « il faut que le travail paie » aboutira vite à la baisse du RSA. La France ne doit pas se donner comme objectif de baisser le niveau de vie des plus pauvres.

Henri Sterdyniak, économiste atterré.

admin