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KEDISTAN

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Sun, 24 Sep 2017 18:51:33 +0200

Rıza Altun, du KCK, s’exprime sur le référendum d’indépendance

Reportage à propos du référendum d’indépendance au Kurdistan irakien, de Tijda Yağmur, avec Rıza Altun membre du Conseil exécutif du KCK (publié sur Yeni Özgür Politika et effectué le 16 septembre 2017).

Depuis ce reportage, différentes évolutions se sont faites jour. En voici quelques unes.

• L’armée turque poursuit “l’opération” qu’elle a commencée le 18 septembre à la frontière de Habur, massant des blindés et proférant des menaces, avec le soutien appuyé de la presse alliée de l’AKP.

• Les ministres des affaires extérieures de la Turquie, d’Iran, d’Irak se sont réunis à New-York. Il ont fait une déclaration commune “Le référendum ne serait pas en faveur des Kurdes, et de l’administration de la Fédération”… et de ce fait, se sont entendus sur le fait de “prendre des précautions à son encontre”.

• La dite communauté internationale a désapprouvé l’initiative, à l’exception de l’Etat d’Israël.

• Barzani a eu des rencontres avec différents dirigeants internationaux, et a fait plusieurs prises de parole, dont une où il évoque “une possible démocratie dans un Etat fédéral irakien”…

• Une réunion des membres du Conseil de Sécurité de l’ONU a appelé à repousser cette consultation et à l’ouverture de négociations sur le sol irakien…

• Le 23 septembre, le Parlement turc a voté lors d’une cession exceptionnelle (normalement prévue le 30 octobre) la reconduction du dispositif autorisant le gouvernement à entreprendre des interventions au delà des frontières d’Irak et de Syrie, pour un an. Le HDP a refusé le dispositif. Le MHP l’a soutenu sans condition, quant au CHP, il a apporté son soutien avec la condition suivante  “Si cela renforce l’armée dans sa lutte contre le terrorisme”. Le dispositif notifie l’importance donnée par la Turquie, à la protection de son intégrité territoriale, et celle de l’unité nationale et la stabilité en Irak, et ajoute “Par ailleurs, le fait qu’en Irak, le PKK et Daech poursuivent leur existence, leurs initiatives séparatistes basées sur l’ethnicité, constituent des menaces contre la paix régionale, la stabilité et la sécurité de notre pays.” […] “La prise des précautions nécessaires dans le cadre de nos droits (selon le Droit international), contre tous les risques, actions et menaces qui peuvent mettre en danger notre sécurité nationale, ciblée par le terrorisme, l’intégrité territoriale d’Irak et de Syrie, des violations illégitimes accomplies dans la zone, est d’une importance vitale pour notre sécurité nationale.”


– Dans le Kurdistan du sud, il y a à la fois une crise économique, et le référendum prochain, dans l’actualité. Pour vous, est-ce que ce référendum est venu dans l’actualité comme une conséquence de la crise ou est-il vu comme une méthode de sortie de cette crise ? Quelles seront les avancées dans le proche avenir dans le Kurdistan du sud.

En réalité, le référendum et la crise au Kurdistan du sud ne se chevauchent pas tout à fait. La crise a généré le référendum ou le référendum résoudra la crise, ce dilemme n’explique pas la situation. Ceci ne correspond pas à la réalité du Kurdistan du sud. La crise est plutôt liée aux politiques qui tiennent le Kurdistan du sud entre leurs mains. En réalité la crise est une conséquence de la faiblesse de gouvernement et de maladresse. Au contraire, il aurait pu ne pas avoir du tout de crise dans le Kurdistan du sud. Lorsque la crise du Moyen-Orient est apparue, le Kurdistan du sud était la région la plus sûre et la plus prospère. C’était une région qui était à la fois sous la protection des forces internationales, et appropriée par les quatre parties des Kurdes. Si une politique conséquente, à l’avantage des Kurdes avait été menée, elle aurait pu créer une très grande union des Kurdes entre eux, et, également, une entité fédérée aurait pu être réellement fondée. L’Irak aurait pu se transformer en une structure parfaite dans cette fédération. Mais cela n’a pas pu être réalisé, et de mauvaises politiques ont été menées, et les Kurdes n’ont pas pu s’unir, et se sont divisés.

Maintenant, suite aux mauvaises politiques régionales et internationales, une crise est née. Et celle-ci s’étant réunie avec le chaos de la région, une situation que personne ne peut résoudre, est présente. Par ailleurs, il n’existe pas de modèle d’organisation sociale, et un modèle économique n’a pas été crée non plus. Il existe seul un modèle centralisé et basé sur une hégémonie politique. Il apparait alors une politique qui s’est reposé e sur la souveraineté, l’oppression, l’exploitation et le pillage. Au lieu de prendre la force, du peuple, en s’adossant aux forces de la région, la crise est arrivée à un point insoluble. Ni une entité fédérée n’a pu exister, ni une société stable, ni une force économique, ni militaire ni politique…

– Comment cette crise peut-elle être résolue dans ce cas ?

La crise peut être résolue, en prenant en main, les problèmes d’une façon correcte. Le fait de mettre dans l’actualité un référendum, dans une région frappée par la crise, est discutable. Pourquoi et comment le référendum est-il fait ? Disons qu’il est fait pour mettre à la lumière du jour, la revendication de l’indépendance du peuple, etc. Lorsque la revendication de l’indépendance s’est exprimée, l’indépendance est transformée en une politique. Mais les approches des mouvements, et la situation en Irak, les circonstances, ne sont pas favorables pour cela.
Premièrement, une structure confédérale n’a pas pu être instaurée dans une fédération. Il n’a pas eu des pourparlers sur la constitution d’Irak, et pour faire avancer des résolutions de crise.
Deuxièmement, les forces politiques qui composent la fédération kurde, n’ont pas pu dépasser les problèmes entre elles et n’ont réussi à atteindre l’union politique, pour devenir une entité fédérée. Les mésententes à Bagdad, la non entente des mouvements politiques kurdes en Irak, le fait qu’ils ne fassent pas fonctionner leur parlement, on amené ce parlement presque a une dissolution.

Par ailleurs, une faillite économique est subie, le pouvoir d’achat de la population a baissé, et il est question d’une grande dépendance. Ils n’ont même plus les moyens de payer les salaires des peshmergas. Comment alors, dans une région si déchirée, allons-nous mesurer la volonté du peuple pour l’indépendance ? Le fait de résoudre les problème dans ce chaos, d’établir une stabilité et la prospérité et d’aller vers un référendum est une chose, mettre en jeu une volonté politique  dans l’atmosphère de chaos en est autre.

Le sujet, du “pourquoi ce référendum” est attire l’attention et crée le doute. Un référendum est un moyen démocratique pour mettre à la lumière du jour une volonté. Mais pour faire cela d’une façon démocratique, il est nécessaire d’avoir une société stable, une ambiance stable et des mécanismes qui fonctionnent. C’est seulement de cette façon là que la volonté d’un peuple peut être avérée. La crise politique et sociale existant dans le Sud, n’est pas vraiment opportune pour un référendum. C’est comme une partie de poker. Cela peut être interprété comme une approche pour forcer toutes les forces en réaction, pour qu’elles se “désistent” de leur revendication d’indépendance. Il n’est pas possible de savoir à l’avance, où ira la réaction du peuple. C’est une politique curieuse, et dangereuse. Le référendum n’est pas arrivé dans l’actualité de ce besoin. Aussi, dans quelle mesure, les résultats du référendum, peuvent-ils réellement faire disparaitre la crise existante ? disons que la volonté du peuple est mise en lumière, et il revendique l’indépendance. Cette volonté d’indépendance peut être amenée vers un Etat indépendant et ceci veut dire se condamner. Si ce pas est entamé, comment l’Etat peut-il être fondé malgré la politique menée jusqu’aujourd’hui et le chaos dans les fondations ? Il n’y a aucun sens, à ce qu’une politique qui n’arrive même pas créer une fédération, qui n’arrive pas montrer le talent de se rendre indépendant même au sens fédéral, mène la volonté d’indépendance exprimée par le peuple vers un Etat indépendant. Les mouvements qui déclarent qu’ils feront un référendum, ne sont pas disponibles eux-mêmes pour cela. Ils sont dans une position où ils ne peuvent pas le faire. Le référendum n’est pas alors, la solution de la crise. Nous pouvons discuter cela sous différents angles. Le référendum est une situation à multiples problèmes. Et pourquoi ce référendum est-il mis précisément dans l’ordre du jour, à ce moment, et dans ces conditions… c’est le sujet d’une sérieuse discussion.

– Alors pourquoi un référendum ?

Premièrement, les situations chaotiques, crises et déchirements politiques ne sont pas opportunes pour un référendum. Secundo, une démarche préalable est nécessaire auprès des kurdes dans d’autres parties du Kurdistan, pour que les différents milieux qui ont des approches et tendances très différentes, puissent discuter du référendum. Aller vers un référendum sans prendre le soutien de tous les kurdes est une approche problématique. Et pour finir, en prenant en compte la situation régionale et internationale, insister, contre tout le monde, quel genre de politique est-ce là ?

Le pays auquel on fait le plus confiance sont les Etats-Unis, et ils ne l’acceptent pas. Les pays de la région ne l’acceptent absolument pas, excepté l’Israël. Ni l’Union Européenne, ni la Russie ne l’approuvent. Pourquoi sommes nous rentrés dans un processus de référendum qui n’est pas accepté par les forces de la région ? Soit tu possèdes une force très grande et tu es prêt à mettre en dynamique ta volonté, et tu te prononces malgré tout, “je vais vers le référendum”… Mais ceci est un sérieux problème et crée une sérieuse confusion dans les têtes.

Les résultats du référendum sont importants pour ces aspects. Si l’indépendance ne sort pas des urnes, qui donnera des comptes pour cela ?Je dis cela pour le parti au pouvoir actuellement : qui va rendre des comptes ? Comment encaissera-il [le parti au pouvoir] les résultats ? A-t-il une idée sur ce que cela veut dire ? Si un tel résultat sort des urnes, ils doivent tous démissionner. Il faut qu’ils arrêtent la politique. Si le résultat est l’indépendance, tu entres sous la responsabilité de transformer cette décision en un Etat. Lorsque le peuple revendique l’indépendance, tu ne peux pas dire, ‘je ne peux pas instaurer un Etat’. Dans quelle politique trouve-t-il une place, le fait d’exposer une telle volonté du peuple, tout en sachant que les forces régionales et internationales prennent tous une position [défavorable], donc en sachant qu’un tel Etat ne sera pas reconnu ? De quelle approche politique stratégique peut-il être question ? Il y a un problème sur ce sujet. Il faut alors demander réellement : Qu’est-ce que ce référendum ? Et où vont conduire les résultats de ce référendum ? Si ce moment continue, il y aura des résultats que personne ne reconnaîtra, aucune force ne sera en osmose. Le Kurdistan sud, qui actuellement alimenté par les forces internationales et régionales, arrivera au point de faillite. C’est là un pas fait en avant sans prendre en compte tout cela.

– Quelle est la raison du fait que les forces kurdes, qui sont celles qui devraient avancer ensemble en priorité, avancent pour différents agendas d’une façon détachée l’une de l’autre ? Pour vous, quels doivent être l’ordre du jour et l’objectif prioritaires des Kurdes ?

Entre les Kurdes, des lignes politiques et idéologiques différentes existent depuis longtemps. Chacune de ces lignes ont des ordres du jour qui leur sont adaptés. Il ne faut pas refuser cela, mais les conditions actuelles nous mettent devant l’obligation d’avancer ensemble malgré les différences. C’est pour cela, qu’il faudrait réunir les agendas autant que possible, ou arriver au point qui permette d’avancer ensemble. Maintenant cela est devenu une nécessité. Les Kurdes vivent une situation qui a rarement rencontrée dans l’histoire. Depuis toute l’Histoire, les Kurdes n’ont pas pu trouver une telle occasion. Les résultats de la crise du Moyen-Orient et la lutte et la résistance que les Kurdes ont menée leur ont donné une grande ouverture. Les Kurdes sont entréEs dans l’ordre du jour mondial et la question kurde est devenu un sujet international. C’est une conquête importante.

La fédération du Kurdistan du Sud, la situation au Rojava, confédération en Syrie du Nord, la lutte menée au Rojhilat dans le Kurdistan du Nord, ont placé la réalité kurde devant les yeux du monde. La possibilité que les Kurdes gagne est très forte. Mais les forces régionales et internationales hésitent encore à parler du statut kurde et elles tiennent sous leur main, la possibilité d’instrumentaliser les Kurdes d’une certaine façon. Par conséquent, les Kurdes qui ont une grande chance de victoire, sont devant un grand risque d’échec. Alors, ce qu’il faudrait, plutôt que d’avancer avec des agendas différents, pour des ordres du jour différents, ce serait de réaliser l’union des Kurdes qui représenterait les Kurdes dans leur globalité, dans laquelle chacun peut s’organiser, s’exprimer dans son environnement démocratique. Mais, ce qui ne se fait pas , c’est bien cela.

Le fait que le Congrès National initié par le KNK, soutenu par le KCK, et que nous faisons progresser, revienne dans l’actualité est dû à une telle considération. C’est à dire que nous l’avons réalisé, dans une situation où il est question d’une grande conquête et à la fois d’un important risque de perte, pour créer une union kurde, et créer des ordres du jour communs, plutôt que d’avancer à travers des ordres du jour différents. Mais on n’y arrive pas tout à fait. Chacun compose son agenda, dans un climat politique défini par ses propres forces et limité par les forces avec lesquelles il est en relation.

Par exemple dans le Kurdistan de l’Est, il y a un grand silence. Ce silence est plutôt dû à l’attitude de certains mouvements là-bas, qui font mine de sortir de temps à autre mais qui, en réalité, ne font rien. Mais une attente [de réaction] existe aussi. Ils se comportent, avec un attentisme, qui dit ‘la crise du Moyen-Orient pourrait peut être créer une occasion pour nous aussi’. Ils conditionnent leur politique à cela. Dans cet endroit, ils font la politique et se placent, selon des calculs sur l’ouverture d’un chemin qui pourrait être ouvert par les évolutions internationales ou régionales, plutôt que d’adopter une politique basée sur l’Union kurde, et la force kurde. Et cela revient à jouer le rôle de roue de secours de la politique des forces régionales et internationales. Ce style de politique ne fait rien gagner aux Kurdes.

De l’autre côté, lorsque nous regardons au Kurdistan du Sud, plutôt que de rassembler les forces et les victoires, et de les positiver en politique, ils tentent de s’exprimer avec des voies qui ne correspondent pas à l’époque, sous prétexte de faire des pas politiques, et sans se soucier de leur propre situation de crise et de chaos. Ce ne sont pas des politiques qui tendent vers l’union qui s’expriment. L’une est l’attente d’une issue politique qui s’exprimerait à travers les forces extérieures. L’autre veut ouvrir le chemin par des approches politiques qui ne sont qu’agitation et propagande. On avance centré sur soi, sur une partie. Le fait qu’un mouvement basé sur un parti, sur sa seule force politique, avance selon son seul désir, est, dans cette période, très dangereux.

Le fait de tomber dans le filet de la politique régionale et internationale que chacun a transformé en une quasi tentacule de soi-même, sous le nom d’ordre du jour “d’indépendance”, qui prend comme principe le déchirement, la séparation, est une approche dangereuse. Cet ordre du jour doit être dépassé.

Si les Kurdes avaient réussi à instaurer des unions, s’ils avaient réussi à créer les environnements démocratiques pour avancer ensemble, s’ils avaient trouvé le moyen de préserver l’indépendance organisationnelle, idéologique et politique. Ils n’en seraient pas là… …Nous pensons que cela doit être dépassé. Pour cela, au lieu d’une approche qui prend comme principe une partie, ou soi -même, il faut adopter une approche qui se base sur le problème des Kurdes, concernant la “patrie”, et l’union. Le Kurdistan est un tout ; il faut une approche qui prend cette globalité. Secundo, le Kurdistan est divisé. Sans instaurer l’intégrité, et l’union de cet ensemble, nous ne pouvons pas mettre en sécurité les parties.

Les mentalités qui veulent prendre pouvoir tout en refusant cette globalité, sont plutôt ceux qui veulent poursuivre les accords Sykes-Picot. Comment contester Sykes-Picot, et dans le même temps, accepter comme légitime la division faite par Sykes-Picot et faire de la politique à partir de là, produire des solutions… Tu dois d’abord produire des solutions dans, au sens général, l’union kurde, et au pays des kurdes, auprès du peuple uni kurde, pour que les parties puissent produire des solutions libres sous un tel parapluie. Sinon, il ne peuvent pas produire des solutions. C’est pour cela que les ordres du jour basés sur des partis séparés peuvent conduire à des résultats dangereux et chaque partie peut perdre gros.

– Que faut-il alors faire ?

Il faut, à minima, instaurer l’union des Kurdes et sécuriser les conquêtes. Avec la force des conquêtes, mises en sécurité, défendre l’union et l’intégrité du Kurdistan basé sur les quatre parties, et à la fois, instaurer une assurance qui met en avant l’autonomie et le statut de chacune des parties. Et le chemin juste pour cela passe par l’union des Kurdes. Une Union kurde basée sur une politique qui prend comme principe la liberté des Kurdes et la résolution démocratique, doit être fondée. C’est avec ces résolutions politiques que cette union peut se former, et avancer en commun, que les Kurdes peuvent obtenir enfin les plus grandes conquêtes.

– Certains milieux expriment qu’ils soutiennent le référendum au Kurdistan Sud. Pourquoi ces milieux ressentent-ils le besoin d’une telle expression ? Pour vous, est-ce possible ?

Dans le Kurdistan Sud, bien que tout soit clair et visible, le PDK utilise en continu le mensonge. Ils déclarent que les Nations-Unies soutiennent le référendum, que la Turquie le soutient… Je ne sais pas exactement pourquoi ils disent de telles choses, mais les Nations-Unies ont fait leur déclaration officielle. Ils ont dit que le timing du référendum n’était pas bien choisi. Ils en ont même parlé dans leurs réunions. Il lui ont demandé [à Barzani] lorsqu’il s’est rendu aux Etats-Unis, et quand les représentants sont venus pour les pourparlers, de reporter le référendum. Les forces européennes ont demandé la même chose. Quand Barzani s’est rendu en Europe en délégation, il n’a pas reçu beaucoup de marques d’intérêt. Mais leurs propres médias, allons savoir pourquoi, écrivent sans cesse que les Etats-Unis, l’Europe et même la Turquie soutiennent le référendum. Le Président de la République turque a fait une déclaration, il a dit “Ils paieront le prix !”. Cette parole, n’est pas une chose à prendre à la légère. Ils n’ont pas dit qu’ils étaient pour un report, mais qu’il étaient contre. Et là, il y a quelque chose d’intéressant, c’est la psychologie d’orphelin. C’est comme si en créant le sentiment de “quelques uns nous soutiennent”, qu’ils essayent de se protéger de la solitude…

Si la Turquie soutient le référendum, pourquoi alors, dans la démarche de la démocratisation de laTurquie, n’y a-t-il rien pour la question kurde ?

C’est à dire que quelques uns insistent, pour montrer la Turquie comme si elle n’était pas hostile aux Kurdes, comme une amie des Kurdes. Cela n’est pas vrai. Le régime politique en Turquie, le gouvernement d’Erdoğan sont hostiles envers les Kurdes. et cette hostilité n’est pas seulement envers les Kurdes au Nord, mais aussi envers les Kurdes du Rojava. Elle est tournée contre les Kurdes du sud, et des Kurdes du Rojhilat. Il [Erdoğan] crie partout qu’il n’accepterait pas de statut kurde. Alors, quand on dit “la Turquie soutient le référendum”, on peut avoir des doutes. Si un ennemi des Kurdes, des assassins de Kurdes soutenait ce référendum, on pourrait dire qu’un référendum ne peut apporter rien de bien pour les Kurdes. Mais je ne veux pas dire cela. Je ne dis pas que le KDP garde des relations avec la Turquie et, tient ouvert la porte pour des massacres des Kurdes. Mais je veux dire qu’exonérer la Turquie, de cette façon là, n’est pas acceptable. Pour tout cela, je ne pense pas que la Turquie soutiendrait quoi que ce soit qui serait favorable pour les Kurdes. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que la Turquie accepte  même dans l’opportunisme de la politique actuelle. Par exemple il ne serait pas juste non plus de penser comme ceci : prendre ce paysage comme si la Turquie montrait un pseudo soutien, pour lutter contre le PKK en bloc avec les forces du Sud, c’est à dire le PDK à la tête.

Finalement l’acceptation de l’indépendance des Kurdes est une chose au delà ce cela, une situation stratégique. Accepter l’indépendance des Kurdes, veut dire, l’acceptation de la question kurde dans le Nord, au niveau de l’Etat turc. Et il n’est pas possible que la Turquie accepte cela. Je ne pense pas que nous arriverons à cette étape. Ni politiquement, ni tactiquement, la Turquie ne parviendrait à un tel point, et surtout dans une phase comme celle-là. Dans cette phase, le gouvernement de l’AKP a une seule politique : que le Kurdes n’aient pas le moindre droit dans le Moyen-Orient, que les Kurdes n’obtiennent pas le moindre statut, et même, si c’est nécessaire, dans des endroits où des possibilités se montrent, prendre des risques, et intervenir pour les liquider.

Pour cela, exprimer que les turcs ont accepté ce référendum est une très mauvaise propagande.


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Lire aussi :
Un référendum pour quoi faire…

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KEDISTAN

Sat, 23 Sep 2017 00:21:18 +0200

Le confédéralisme démocratique au Kurdistan

Nous sommes toujours à la recherche d’informations sur la mise en place du confédéralisme démocratique, sur ses dynamiques et ses questionnements. Voici des extraits d’un article publié sur corporatewatch.org en avril 2016, puis déjà publié en deux parties dans Merhaba Hevalno n°5 et n°6 parus en juin et juillet 2016. Ce texte a cet intérêt particulier de parler de choses pratiques et locales.

Merhaba Hevalno


I- Le confédéralisme démocratique au Kurdistan

La région Kurde est en train de se transformer. Les populations s’organisent au sein des assemblées populaires et des coopératives, se déclarant autonomes vis-à-vis de l’État et exprimant leur aspiration à une vraie démocratie. Les idées féministes et anticapitalistes y fleurissent. Ces changements trouvent leur inspiration dans un nouveau concept : le confédéralisme démocratique. Ces mouvements ont la capacité de transformer la réalité de millions de personnes au Kurdistan, ainsi que de s’étendre sur toute la région du Moyen-Orient. L’année dernière, nous nous étions rendus au Kurdistan de Turquie, appelé Bakur, et dans la région autonome majoritairement Kurde de Syrie, le Rojava. Cet article examine à la fois la théorie et la pratique du confédéralisme démocratique de ces deux régions et ouvre une discussion sur comment mettre en œuvre notre solidarité tout en gardant une perspective à la fois critique et honnête.

[…]

La Commune

La commune constitue le premier niveau du système des conseils au Rojava. De manière générale, les communes urbaines comptent entre 30 et 40 maisons, alors qu’à la campagne il s’agit du village entier. Il y a une réunion bi-hebdomadaire à laquelle participe toute la population de la commune et où un conseil d’administration est élu. Ce dernier se réunit toutes les semaines, et tout-e-s les membres de la commune ont le droit d’y participer. Chaque poste doit être tenu par une femme et un homme. Tout.e.s les représentant-e-s sont révocables par les membres de la commune.

Nous nous sommes rendus au Mala Gel, la maison du peuple, gérée par la commune de Sehit Hozan dans la ville d’Amud, dans le canton de Cizîrê, ou nous avons pu discuter avec le co-président. La commune est composée d’environ 400 familles du quartier qui élisent le conseil d’administration de la commune. On nous a expliqué qu’au sein de la commune existent des commissions chargées de la gestion des services, de l’économie, de l’éducation en langue Kurde, de l’auto-défense, de la réconciliation et de la justice.

La commission de la réconciliation et de la justice cherche à résoudre les problèmes entre différent.e.s membres de la commune. On nous a expliqué que la commission a récemment été félicitée, pour la médiation qu’elle a menée suite à un accident de voiture, ainsi que pour la gestion d’un désaccord sur l’appartenance d’un terrain. On nous a dit que la commission arrive souvent à trouver une solution à ce type de problèmes.

La commission de l’auto-défense organise l’auto-défense armée de la commune. Les unités ainsi créées agissent en autonomie par rapport aux unités des YPG/YPJ et des forces de sécurités, nommées Asayis.

Il y a des réunions publiques organisées par la commune. Nous nous sommes fait inviter à l’une d’elles, organisée par la commune de Sehit Hozan. Plus de 50 hommes et femmes des alentours y ont participé, et deux des sujets de discussion étaient le capitalisme et le féminisme. La discussion a eu lieu en langue Kurmanji (langue Kurde parlée au Rojava), avec une traduction en Arabe.

Le Conseil Communautaire du Quartier/Village et le ‘Niveau du District’

Le conseil d’administration de chaque commune envoie des représentant.e.s au Conseil du Village/Quartier, ce dernier étant une structure composée de 7 à 30 communes, selon les régions.. Ensuite, le Conseil du Village/Quartier est chargé d’élire un conseil d’administration, et c’est ce dernier qui sera leur représentant dans le troisième niveau de l’administration, appelé le ‘Niveau District’.

Le district est composé de représentant-e-s du conseil d’administration du deuxième niveau (Conseil du Village/Quartier). En plus de cela, des places sont réservées à 5 représentant.e.s issu.e.s de partis politiques et d’organisations de la société civile au sein du TEV-DEM*.

* TEV-DEM : Mouvement pour une société démocratique. Structure (équivalent -au Rojava- du DTK du Bakûr) englobant les mouvements et organisations sociales, et les délégués des conseils, qui participent au “confédéralisme démocratique”. Lire aussi “Appel du TEV-DEM”

Lors d’une rencontre à Kobanê avec l’Union de la Jeunesse Démocratique (connue auparavant sous le nom de Jeunesse Révolutionnaire), qui fait partie des organisations de la société civile auxquelles sont réservées des places au niveau du District, on nous a expliqué que :

« Les buts de notre organisation sont l’égalité hommes-femmes et la protection de l’environnement. Notre organisation n’existe pas que pour les jeunes Kurdes, il y a aussi des membres Arabes, Arménien.ne.s et Turkmènes. »

Le Conseil Populaire du Kurdistan Ouest (MGRK)

Le quatrième niveau du système des conseils s’appelle le Conseil Populaire de Kurdistan Ouest (MGRK), composé des représentant-e-s de tous les conseils de districts et des organisations du TEV-DEM. Alors qu’un des buts principaux du MGRK est la mise en place de la coordination entre les trois cantons du Rojava, la situation de guerre actuelle empêche ses membres de se réunir tout-e-s au même endroit.

À chaque niveau du système des conseils, en commençant par la commune, existe un Conseil des Femmes. Ces conseils sont mis en place par l’organisation des femmes Yekîtiya Star (renommé Kongira Star). Lors d’une rencontre à Kobanê, on nous a expliqué que des femmes de cette organisation participent à chaque conseil de commune et organisent des stages d’empowerment* destinés aux femmes.

* Empowerment : terme emprunté à l’anglais qui signifie grosso modo “prendre confiance dans son propre pouvoir”.

Le Contrat Social

En janvier 2014, un contrat social pour les trois cantons de Rojava a été rédigé par 50 partis politiques et des organisations. Il s’agit d’une tentative d’élargir la participation politique de la population au Rojava. Le texte met l’accent sur l’égalité des genres et l’égalité des droits pour toutes les peuples et ethnies, le droit à l’enseignement dans sa langue maternelle et la garantie pour tout.e.s les demandeur.se.s d’asile de ne pas être expulsé.e.s. Le texte invite les autres régions syriennes à adopter le modèle des cantons dans le but de créer d’autres régions autonomes qui puissent travailler ensemble au sein d’une confédération.

Le Contrat Social pose les fondations pour la création de gouvernements, appelés Administrations Démocratiques Autonomes ou Auto-Administation Démocratique, dans les trois cantons du Rojava. Selon ce contrat, ce sont les conseils législatifs, élus par la population, qui nomment ensuite les conseils exécutifs. Au moment où nous écrivons ce texte, ces élections n’ont toujours pas eu lieu et le conseil législatif est toujours composé des partis politiques et des organisations signataires de la charte et qui travaillent ensemble avec des représentant-e-s des différents groupes ethniques.

On nous a parlé de l’idée d’allouer 40 % des sièges de l’Assemblée Législative aux MGRK de chaque canton, afin d’intégrer le système des conseils à l’Administration Démocratique Autonome.

Lorsque les fonctionnaires d’Assad ont quitté la région en 2011, les conseils municipaux du régime ont été renversés. Selon le nouveau contrat social, ces conseils municipaux seront gérés par le Conseil Exécutif concerné. Les premières élections de ces administrations municipales ont eu lieu en 2015.


Assemblée à Amude, dans le canton de Cizîrê au Rojava, novembre 2015

Voici la suite de l’article de Corporate Watch reproduit dans le Merhaba Hevalno de juin qui décrivait de façon enthousiaste l’organisation politique menée au Bakur et au Rojava. Cette deuxième partie nuance un peu cet enthousiasme en pointant les aspects qui frappent l’esprit critique des auteurs.ices, tout en soulignant l’importance, malgré cela, d’une réelle solidarité portée en tissant des liens concrets et en apprenant de ces expériences pour enrichir nos propres luttes.

Merhaba Hevalno


II- Appel à une solidarité critique

Quand on parle du Kurdistan, et plus particulièrement du Rojava, le débat se focalise sur la question de la perfection de la révolution. Nous nous demandons souvent si la société du Rojava est utopique ou non, alors que nos propres mouvements sociaux sont encore très loin de l’être.

Le débat est souvent polarisé entre une position de soutien sans équivoque à tous les aspects de la révolution, et une position disant qu’en raison des imperfections de l’expérience menée au Rojava nous ne devrions lui apporter ni attention ni soutien.

Nous nous positionnons très clairement pour une position de solidarité critique, pour garder du recul et un regard non-dogmatique qui voit les mouvements sociaux au Bakur et au Rojava pour ce qu’ils sont. Afin de critiquer les aspects négatifs tout en étant solidaires des mouvements positifs de libération qui sont en cours, que ce soit la résistance contre Daech, les luttes pour l’autonomie, la résistance contre la répression de l’Etat turc, les mouvements féministes, anti-capitalistes et coopératifs. Ces mouvements peuvent transformer la société tant au Kurdistan que dans le reste du Moyen-Orient.

Ceci dit, certains aspects de la situation au Rojava méritent que nous gardions un regard critique.

Par exemple, pour le moment les partis politiques et les organisations militaires et sécuritaires qui leur sont associées, détiennent beaucoup de pouvoir au Rojava et au Bakur. Au DTKdu Bakur et au sein du système des conseils au Rojava, des sièges sont réservés aux représentant.e.s des partis politiques. Cela garantit que les partis politiques gardent une voix dans les structures du confédéralisme démocratique, qu’elle représente ou non la vision des gens exprimée dans les assemblées populaires.

* DTK : Congrès pour une société démocratique. C’est une plate-forme d’associations et de mouvements kurdes en Turquie qui développe depuis 2011 son modèle “d’autonomie démocratique” en tant qu’organisation “faîtière” confédérale.

Beaucoup de celles et ceux qui participent au mouvement expliquent que ces partis politiques ne sont présents que parce que le mouvement en est encore à ses débuts, et que, dans l’avenir, on n’en aura plus besoin. Quoi qu’il en soit, il est évident que ces partis sont un endroit où le pouvoir pourrait être consolidé. L’écrivain kurde, Ercan Ayboğa, nous a exprimé son espoir que le pouvoir bascule vers les communes :

« Les partis politiques sont des instruments politiques et idéologiques qui jouent un rôle spécifique. Au fur et à mesure des dernières années, ce rôle a diminué dans la vie politique. Les structures auto-gérées, comme entre autres celles des femmes et des jeunes, sont devenues plus importantes. Ce sont des processus lents parce que, depuis des décennies, le peuple kurde ne pensait qu’avec les catégories des partis politiques, et changer cela prend du temps. »

Les conseils exécutif et législatif du Rojava font aussi partie des corps politiques qu’il faudrait examiner d’un œil critique. Selon la théorie du confédéralisme démocratique, ces corps politiques ne devraient qu’appliquer les décisions des conseils. Mais il reste à savoir si le pouvoir restera entre les mains des communes ou s’il basculera vers le niveau parlementaire. Comme l’a exprimé l’anarchiste Kurde Zaher Baher :

« J’ai l’impression que, tant que le pouvoir du DSA (Administration Démocratique Autonome) augmente, c’est le pouvoir du TEV-DEM qui diminue, mais le contraire pourrait aussi être vrai. »

Il nous semble aussi que l’existence d’une force de sécurité centralisée, l’Asayîs, agissant plus ou moins indépendamment du système des conseils, va forcément à l’encontre du concept du pouvoir des communes. Mais dans le contexte actuel de guerre civile et des attaques de Daech, le besoin d’une sécurité efficace s’impose et nous étions très reconnaissants envers les multiples checkpoints des Asayîs qui ont assuré notre sécurité lors de notre visite en 2015. Beaucoup de militant.e.s du mouvement, y compris des membres des Asayîs, insistent sur le fait que ces dernières se dissoudront lorsqu’on n’en aura plus besoin. La mise en place des forces armées d’auto-défense par les communes s’inscrit dans les démarches pratiques déjà entamées pour parvenir à ce but. Bedrain Gia Kurd, nous a expliqué que le TEV-DEM (dont il est membre) soutient activement les communes pour la mise en place des unités d’auto-défense. Grâce à ce processus, les Asayîs n’ont pas le monopole de l’usage des armes au Rojava.

Les forces les plus puissantes au Rojava sont probablement les Unités de Protection du Peuple (YPG) et les Unités de Protection des Femmes (YPJ). C’est à ces forces que l’ont doit la survie du confédéralisme démocratique. Mais quel pourcentage de la population du Rojava a vraiment son mot à dire sur les alliances formées par ces organisations militaires ? La nature aléatoire de l’alliance avec les États-Unis, peut-être nécessaire pour gagner la guerre contre Daech mais qui, nous semble-t-il, pourrait potentiellement menacer la révolution sociale populaire du Rojava, en est un exemple.

Lorsque Kobanê a été assiégée par Daech en 2014, les États-Unis ont commencé, à contrecœur et tardivement, à bombarder Daech en coordination avec les forces YPG et YPJ. Le soutien aérien des États-Unis fut un facteur décisif pour la libération de Kobanê. Depuis, la coopération avec les Américains dans la guerre contre Daech s’est renforcée.

Beaucoup d’habitant.e.s du Rojava regardent cette alliance d’un œil critique. Lors d’une discussion avec Bedran Gia Kurd du TEV-DEM, il nous a dit que :

« La coopération avec l’armée des États-Unis est quotidienne car nous avons le même ennemi, mais il n’y a pas d’accord à long terme. Il n’y a aucune garantie par rapport à cette coopération ; c’est temporaire. Peut-être que dans l’avenir elle n’existera plus. Une coopération future serait basée sur la protection de nos principes. De ce fait, si cette alliance met en péril ou en question notre projet, alors on la refusera. »

Cependant, comme l’a expliqué Zaher Baher, Saleh Muslim -le coprésident du PYD- avait exprimé un point de vue totalement différent lors d’un entretien avec l’Institut Kurde de Washington :

« Les États-Unis sont une grande puissance qui encourage la démocratie de manière globale et qui tente de la développer et disséminer de par le monde entier ».

Certain.e.s membres du PYD ont appelé à un investissement commercial international au Rojava, sans pour autant prendre en compte que cela nuirait à tout mouvement allant vers une économie anti-capitaliste et coopérative au Rojava.

De telles déclarations pourraient bien sûr s’inscrire dans une stratégie pragmatique de la part des politicien.ne.s afin de gagner un soutien international dans leur lutte d’autonomie et pour la guerre contre Daech. Mais, dans le meilleur des cas, ces politicien.ne.s sont en train de jouer un jeu très dangereux ; et dans le pire des cas, ils et elles ne sont pas du tout d’accord avec les éléments anti-capitalistes et anti-impérialistes du mouvement.

Un autre sujet sensible est celui de la vénération du personnage de Abdullah Öcalan. Dans quasi chaque interview que nous avons fait au sujet du confédéralisme démocratique, nos interlocuteurs nous disaient que leurs idées venaient de leur leader. Cette habitude de se référer à Öcalan va à l’encontre du principe du pouvoir du peuple à transformer la société. Comme l’a exprimé Zaher Baher :

« Depuis un certain temps, dans ses livres et textes récents, Öcalan a dénoncé et rejeté l’État ainsi que l’autorité. Par contre, je ne l’ai jamais entendu rejeter sa propre autorité ni dénoncer ces gens qui lui donnent l’appellation de grand leader et qui mettent tout en œuvre pour lui donner une position sacrée. L’attitude d’Öcalan ne sera correcte que lorsqu’il rejettera son autorité ainsi que sa position de leader. »

Nous avons entendu parler de certaines œuvres d’Öcalan, qui ne sont pour l’instant disponibles qu’en allemand, et dans lesquelles il remet en question son rôle de leader. Nous n’avons pas vu de versions traduites de ces écrits. Mais la question ne se pose pas seulement sur le fait qu’Öcalan lui-même rejette son rôle de leader ; elle doit aussi se poser sur le fait qu’il soit vu et traité en tant que tel par une grande partie des gens participant au mouvement du confédéralisme démocratique. Cette constante est particulièrement frappante au sein du mouvement des femmes, lorsque d’un côté elles déclarent lutter pour l’auto-organisation des femmes, et de l’autre disent que leurs idées viennent d’Öcalan.

Concernant notre solidarité avec le développement du mouvement du confédéralisme démocratique, nous pensons que la solidarité la plus pratique que nous puissions apporter n’est ni un rejet total des mouvements positifs en raison des imperfections du mouvement, ni d’en parler d’une manière systématiquement élogieuse. Plutôt, nous voulons maintenir notre position de camarades qui apporte un soutien honnête au mouvement, d’un.e ami.e qui n’a pas peur d’agir en solidarité avec ceux et celles qui luttent pour une société meilleure, et qui n’a pas peur non plus d’en parler de manière honnête, ouverte et critique.

Un magasin coopératif de vente, mis en place par la Commission économique du DTK de Van.

Mouvements populaires capables de transformer la société

Des idées anti-capitalistes, féministes, anti-autoritaires et anti-étatiques sont en train de fleurir parmi les mouvements du confédéralisme démocratique en cours au Rojava et au Bakur. Ces mouvements sont capables de changer la réalité sociale de millions de personnes. Ces changements sont en train d’être formulés par des mouvements populaires inspirés par des idées révolutionnaires et non pas par des politicienne.e.s ou des institutions gouvernementales.

La création des communes et des assemblées au Bakur et au Rojava a permis de valoriser et de donner le pouvoir aux personnes afin de prendre les décisions qui concernent leurs vies, auparavant contrôlées par l’État. Par exemple, des tentatives créatives de mettre en place des méthodes pour gérer différemment les problèmes liés aux comportements problématiques ont vu le jour au Rojava depuis que les communes y sont établies. Comme décrit plus haut, chaque commune possède une commission de justice et de réconciliation dont le but est la gestion des problèmes qui surgissent au sein de la communauté. Pour ce qui concerne les incidents plus sérieux comme le meurtre, il existe un “tribunal populaire” au niveau de chaque district dont les juges sont élu.e.s par la commune. Ces juges ont effectivement le pouvoir d’envoyer des gens en prison mais, comme l’a exprimé Ercan Ayboğa, militant kurde originaire de Bakur ayant visité le Rojava :

« Il y a toujours des prisons au Rojava mais il y a peu de prisonnier.e.s. Dans la petite ville de Serekaniye, par exemple, le nombre de prisonnier.e.s est de 20 comparé à 200 à l’époque d’Assad. Les tribunaux essaient au maximum d’éviter d’envoyer des gens en prison. Ils tentent d’autres méthodes comme, par exemple, envoyer quelqu’un.e travailler dans une autre ville ou région, demander à certain.e.s personnes de quitter une région ou un lieu pour un temps défini, ou en appliquant une peine éducative ou une formation pour la personne accusée. »

Selon Ercan, ce système reste néanmoins critiqué par une partie de la population du Rojava. Certain.e.s personnes ont même commencé à tenter une alternative appelée la “Plateforme de Justice”, nouveau système au sein duquel la commission de la justice et de la réconciliation peut demander du soutien en cas de problèmes graves en formant une plateforme de justice. Cette dernière est composée de 200 à 300 personnes venant des « mouvements des femmes, de la jeunesse, ainsi que d’autres organisations du quartier. Ils et elles débattent le cas, puis cherchent à trouver un consensus. »

Deux facteurs pouvant contribuer à ce que le pouvoir reste entre les mains du peuple de base sont, premièrement, le fait qu’aucun groupe n’a le monopole de l’usage de la violence et, deuxièmement, que les communes sont en train de développer des groupes armés d’autodéfense. Le fait qu’il y ait des éléments armés appartenant au mouvement de base aide aussi à empêcher la consolidation du pouvoir entre les mains de l’Administration Démocratique Autonome ou l’armée, entre autres.

Ce sont les mouvements des femmes au Bakur et au Rojava qui sont les éléments les plus inspirants de la situation actuelle au Kurdistan. Pendant notre voyage dans ces deux régions nous avons pu rencontrer des femmes déterminées à lutter contre le patriarcat et il nous a semblé que c’est une véritable occasion pour pour que les choses changent. Dans la ville d’Amed (Diyarbakır en turc), nous sommes allé.e.s à la rencontre d’une Académie de Femmes dans laquelle les femmes s’organisent pour lutter contre la violence masculine. Elles nous ont raconté comment elles organisent des actions collectives contre la violence conjugale exercée par les maris des femmes avec lesquelles elles travaillent. Elles organisent aussi des formations courtes pour l’empowerment des femmes au sein de leurs communautés. Des femmes du Rojava et du Bakur nous ont expliqué que leurs idées ne sont pas toujours acceptées par les hommes et que la lutte pour instaurer des changements est une lutte quotidienne.

Les mouvements pour le confédéralisme démocratique ont aussi réussi à libérer des espaces pour les idées anti-capitalistes. Les discussions organisées par les communes au Rojava ont une forte capacité à répandre de telles idées. La mise en place des coopératives est une des manières par lesquelles les gens peuvent participer à la création d’alternatives populaires. Selon l’économiste allemand Michel Knapp :

« Lorsqu’au Kurdistan Nord les communes ainsi que les coopératives travaillent sous l’emprise d’une répression féroce, c’est dans les territoires libérés du Rojava où il y a des efforts et des tentatives de créer une nouvelle forme d’économie indépendante des relations d’exploitation capitaliste et féodale. Et ce dans le contexte du drame de la guerre en Syrie : des milliers de personnes ont été tué.e.s et la moitié de la population se trouve sans maison.»

Knapp continue en citant Dr Dara Kurdaxi, économiste et membre du comité pour la renaissance économique et le développement du canton d’Efrin, Rojava :

« Nous avons besoin de nouveaux modèles pour les organisations ainsi que les institutions. Les modèles économiques collectifs, communaux, qu’on appelle aussi parfois des économies sociales. C’est la méthode qui nous sert de base, pour que l’économie du Rojava puisse être relancée et se développer. »

Les femmes contribuant à une coopérative d’apiculture près de Van (Bakur)

Le fait qu’il y ait l’espace et l’élan pour la mise en place de coopératives populaires au Rojava est largement dû au fait qu’il y existe un consensus assez large sur le fait que l’économie devrait être organisée sur des bases collectives. C’est en train de se mettre en place du bas vers le haut grâce à une variété de communes et d’organisations. Par exemple, dans le canton de Cizîrê plusieurs coopératives de femmes sont en train de voir le jour grâce à la Fondation des Femmes Libres du Rojava.

Nous avons beaucoup à apprendre de ces mouvements, la première étape vers une vraie solidarité est de s’éduquer, de se renseigner. Parmi les groupes que nous avons visité au Rojava, beaucoup ont exprimé l’envie qu’il y ait des gens de l’extérieur qui viennent pour apprendre sur leurs mouvements. C’est en créant des liens de plus en plus forts avec les militant.e.s luttant au premier niveau du confédéralisme démocratique -par exemple dans les communes, les coopératives et les organisations de femmes- qu’on pourra élargir notre compréhension et commencer à forger une véritable solidarité tout en y prenant des idées et de l’inspiration pour nos luttes à nous.


Source : Democratic confederalism in Kurdistan
Traduction : Merhaba Hevalno

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Le petit magazine qui ne se laisse pas caresser dans le sens du poil

KEDISTAN

Thu, 21 Sep 2017 20:19:13 +0200

Est-ce que tout “Le Monde” déteste le PKK ?

En juin 2017, Pierre Bance, auteur de Un Autre Futur pour le Kurdistan ?” contactait Le Monde. Après lui avoir réservé une tribune libre sur le Rojava, le quotidien rejetait sa publication…
Retour sur cette censure.


Tout “Le Monde” déteste le PKK

Histoire d’une censure

Le 13 juin 2017, j’envoyais au quotidien Le Monde une tribune libre avec pour titre « Après Rakka, l’ambition démocratique de la Fédération de la Syrie du Nord ». Son objet était de montrer que la conquête de Rakka par les Forces démocratiques syriennes n’est pas seulement une opération militaire, mais qu’elle porte aussi le projet politique d’installer, dans la Syrie septentrionale, un système fédéral basé sur des communes autonomes. Cette « auto-administration démocratique », phase préalable au confédéralisme démocratique du leader kurde Abdullah Öcalan, lui-même inspiré par le municipalisme libertaire du philosophe américain Murray Bookchin, est déjà une réalité dans les trois cantons du Kurdistan de Syrie (Rojava). Elle est actée dans deux documents de nature constitutionnelle. Le premier qui date du 14 janvier 2014 est connu sous le nom de Charte du Rojava. Le deuxième en date du 29 décembre 2016 renforce le fédéralisme avec pour vocation de l’étendre aux territoires libérés. D’où son nom, Contrat social de la Fédération démocratique de la Syrie du Nord. Comme vous pourrez le lire ci-dessous en annexe, ce libre propos n’est pas une apologie du projet, les critiques qui peuvent lui être adressées comme les interrogations qu’il soulève ne sont pas cachées.

Le 14 juin, Le Monde me répond qu’il souhaite réserver cet article et « qu’une date sera fixée pour sa parution dans le quotidien et, ou, sur son site ». Mais, le 25 juin, c’est une tribune de Jean-Pierre Filiu intitulée « Le vrai visage des libérateurs de Rakka » que Le Monde publie sur la page « Débats » de son site [1]. Je signale aussitôt aux journalistes du Monde que pour nourrir le débat, il serait bon de publier mon texte en contrepoint car il propose une toute autre lecture du contexte kurde.

  • Le personnage Filiu et sa relation avec Le Monde méritent qu’on s’y arrête un instant. Ce spécialiste des pays arabes, professeur à Science Po, membre de divers cabinets ministériels socialistes dont celui de Lionel Jospin entre 2000 et 2002, s’est pris de passion pour les révolutions arabes, spécialement pour l’opposition démocratique syrienne bien que celle-ci ne représente qu’elle-même et la fantomatique Armée syrienne libre. Concomitamment, Filiu s’est pris d’aversion envers le Mouvement révolutionnaire kurde en général, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et son organisation sœur en Syrie, le Parti de l’union démocratique (PYD) en particulier [2]. Le soutien aux premiers n’impliquait pas, au premier regard, la détestation des seconds. Or, l’homme ne se contente pas de critiquer les Kurdes, ses propos frôlent le délire complotiste quand il voit la main malfaisante du PKK partout. Pour s’en convaincre on regardera ses tribunes publiées, plus souvent qu’à leur tour, dans la page « Débats » du Monde.fr. Le Monde qui en fait d’ailleurs sa référence préférée pour le Proche-Orient [3]. Outre sa dernière livraison, « Le vrai visage des libérateurs de Rakka », précitée, on lira avec délice jusqu’où peut conduire l’enferment idéologique dans « La question kurde dans l’impasse » [4] et la sottise en politique dans « Comment le PKK de Cemil Bayık a trahi les Kurdes de Syrie ». Écrits tous démentis par les faits, [5].

Cela étant, ma tribune n’est pas publiée en réponse. Je laisse passer les vacances et relance Le Monde le 4 septembre lui demandant les raisons de son abstention. Je fais valoir que le sujet est plus que jamais d’actualité. Les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont étendu leur territoire, libérant le canton d’al-Shabba, la région de Mambij et celle de Rakka, encerclant la ville sur le point de tomber, tout en faisant une percée vers Deir ez-Zor. Que, par ailleurs, la Fédération démocratique de la Syrie du Nord a réorganisé son administration en conséquence et que des élections se dérouleront dans quelque quatre mille communes le 22 septembre, et sont prévues aux assemblées des six cantons le 3 novembre, des trois régions et de la Fédération le 29 janvier 2018. Aucune réponse de la rédaction du Monde.

Comment ne pas conclure à une censure ? Certes Le Monde est libre de publier les tribunes qu’il veut, mais il perd cette liberté une fois qu’il s’est engagé sur leur parution. Pourquoi alors cette décision de retrait et ce silence ? Certes, dans mon livre Un autre futur pour le Kurdistan. Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique [6], je reconnais ne pas avoir été tendre pour un journaliste du Monde, Alan Kaval.

  • J’ai dit que certains écrits d’Alan Kaval pourraient l’avoir été par une agence de presse pro-gouvernementale turque [7]. Kaval, qui connaît bien son sujet, n’ignore pas que le PKK a abandonné le marxisme-léninisme pour « son idéologie propre » [8] mais jamais il ne précise honnêtement le projet du confédéralisme démocratique, car un tel exposé ruinerait ses dénigrements. Tout est ramené à des « fantasmes utopiques » [9], une intention démocratique qui « masque mal la mainmise du parti sur les institutions et l’éviction de ses rivaux » [10] quand il ne se lance pas dans une (perfide) présentation de ce qu’il qualifie d’« assemblage labyrinthique » : « En se retirant de la région, le régime a permis au mouvement kurde de se servir des territoires passés sous son contrôle pour imposer son modèle, celui dit de “l’autonomie démocratique”, la grande idée théorique d’Abdullah Öcalan. Elle est censée aboutir, selon la vulgate diffusée par le PKK, à la construction d’un “système politique sans État où la société se gouverne elle-même”. Sa mise en pratique se traduit concrètement par la construction d’un assemblage institutionnel labyrinthique composé de “maisons du peuple”, de communes, de municipalités, d’assemblées locales, de comités divers et de ministères autoproclamés, où tous les postes à responsabilités sont soumis à une règle de parité stricte entre hommes et femmes. En réalité, chacune de ces institutions, prétendument représentatives, est noyautée par des cadres du PYD, qui ont fait leurs armes au sein du PKK face à l’armée turque durant les décennies précédentes. » [11].

Mais Filiu et Kaval ne sont pas les seuls à abhorrer le PKK, à s’obstiner à voir en lui une organisation nationaliste, autoritaire et terroriste.

  • Quelques exemples. Marie Jégo, correspondante permanente du Monde à Istanbul, continue de qualifier le PYD et le PKK d’organisations marxistes [12] et Alain Frachon, spécialiste du Proche-Orient, de partis marxistes-léninistes [13]. Erdoğan pourra aussi remercier Louis Imbert qui explique que les Forces démocratiques syriennes sont une alliance « dominée par les cadres issus du PKK » [14] et encore Pierre Breteau qui écrit à peu près la même chose en s’appuyant sur Jean-Pierre Filiu [15]. Enfin, et c’est tout dire de la philosophie générale du journal, dans un récent éditorial à propos du procès de journalistes turcs, Le Monde écrit : « À qui fera-t-on croire que ces femmes et ces hommes, patriotes responsables, ont maille à partir avec le terrorisme que pratique le mouvement kurde PKK ? » [16].

Y aurait-il un lobby anti-PKK au Monde qui serait intervenu pour stopper la publication de ma tribune préalablement décidée par des imprudents ? Sans doute non, mais plus certainement un groupe de pression qui se fédère naturellement autour de préjugés.

Ainsi, les lecteurs du Monde, s’ils n’ont pas eu la curiosité d’aller voir ailleurs, ne sauront rien de la société sans État des Kurdes. Un projet nouveau pour un Proche-Orient nationaliste, étatiste et si peu démocratique, un projet qui s’adresse également à toute l’humanité. Même si tout n’est pas rose au Kurdistan, loin de là, et je renvoie encore à Un autre futur pour le Kurdistan comme à la tribune ci-dessous, il y a beaucoup à apprendre de l’expérience de la Syrie du Nord, non seulement pour les révolutionnaires tombés dans un trou noir mais pour tous ceux qui, à gauche, souhaitent se libérer du carcan partidaire et étatique. Le vieux monde de la démocratie représentative n’est pas une fatalité. La Commune n’est pas morte, le Mouvement kurde le prouve en Syrie et en Turquie.

Aussi, pour conclure et préciser mon propos, je ne dirai pas que « Tout “Le Monde” déteste le PKK », mais bien que « Tout Le Monde déteste la démocratie directe ».

Pierre Bance
21 septembre 2017


La tribune censurée par Le Monde

Après Rakka, l’ambition démocratique de la Fédération de la Syrie du Nord

En entrant dans Rakka, les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance de milices kurdes et arabes, ne libèrent pas seulement la population de la dictature et de l’obscurantisme, elles lui proposent l’adhésion à une société progressiste fondée sur le fédéralisme. Leur ambition démocratique est inscrite dans deux textes de nature constitutionnelle : la Charte du Rojava du 29 janvier 2014 appliquée dans les cantons kurdes de Syrie et le Contrat social de la Fédération démocratique de la Syrie du Nord adopté par une assemblée multi-ethnique le 29 décembre 2016. Comme elles le furent pour les soldats de l’an II, les idées émancipatrices expliquent mieux la bravoure des miliciennes et miliciens, que la soif d’exploits militaires ou de conquêtes territoriales.

Rappelons-nous. Au début des années 2000, Abdullah Öcalan et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) firent le constat d’une double impasse : le marxisme-léninisme n’est pas une idéologie en mesure de répondre à la modernité capitaliste ; la guerre de libération nationale pour fonder un État-nation kurde est sans issue. S’inspirant des travaux d’un philosophe américain, Murray Bookchin, fondateur de l’écologie sociale et théoricien du municipalisme libertaire, ils imaginent le confédéralisme démocratique. À la faveur de la révolution syrienne de 2011, les révolutionnaires du Kurdistan de Syrie avancent cette théorie et mettent en place de nouvelles institutions civiles et politiques. Chaque communauté ethnique, culturelle, économique, professionnelle, politique… a la possibilité de s’organiser en conseils autonomes lesquels s’unissent au sein de la commune d’un village ou d’un quartier. Les communes se fédèrent aux divers niveaux utiles à la gestion des affaires collectives en observant une stricte parité entre les femmes et les hommes, en garantissant la représentation des minorités. On ne crée pas un État nouveau, on marginalise l’idée même d’État en étendant le champ des autonomies, en s’appropriant ses missions de service public (santé, éducation, infrastructures, transports, énergie, etc.) et en réduisant le plus possible ses fonctions régaliennes. Par exemple, le maintien de l’ordre public et la justice de proximité sont assurés par les citoyens eux-mêmes. Comme l’État est progressivement subverti par la commune, le capitalisme le sera par une économie sociale, écologique et autogérée, initiée par les coopératives de producteurs et de consommateurs. L’utopie prend vie au Rojava (Kurdistan de l’Ouest). Elle s’étend aujourd’hui dans tout le Nord de la Syrie et se présente comme une solution pour la paix au Proche-Orient.

On se doute que mettre en œuvre ces fichues idées, droit venues de la Commune de Paris, n’est pas chose facile avec Bachar al-Assad en embuscade, avec une lutte intense contre l’État islamique, contre les milices nationalistes ou djihadistes de l’opposition syrienne et les menaces récurrentes d’invasion du gouvernement turc. Comment un tel contexte de guerre n’exacerberait-il pas les contradictions ? La Charte du Rojava et le Contrat social de la Syrie du Nord, en maintenant les institutions d’une démocratie occidentale avec la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, ne consacrent pas le modèle fini de démocratie directe qu’ils invoquent, même si le gouvernement se nomme pudiquement « auto-administration démocratique » parce qu’il estime que son seul devoir est d’exécuter les directives venues d’en bas, des communes. L’organisation sur un mode représentatif, en septembre et novembre, des élections locales puis, en janvier 2018, des élections régionales et nationales, n’est pas non plus une preuve de démocratie directe. On objectera encore que le Parti de l’union démocratique (PYD) est omniprésent dans les institutions politiques, civiles et militaires, qu’une petite-bourgeoise s’installerait volontiers au pouvoir, que les Unités de protection du peuple (YPG, YPJ) et les FDS sont plus proches d’une armée classique avec son décorum militariste que des milices anarchistes de la guerre d’Espagne, que la propriété privée des moyens de production et d’échange n’est pas remplacée par l’autogestion généralisée, etc. L’autonomie démocratique du Nord de la Syrie n’est pas encore le confédéralisme démocratique où l’État n’a plus de légitimité parce qu’il n’a plus d’utilité, elle est une phase intermédiaire d’État fonctionnel nécessitée par les contraintes géopolitiques.

Il reste qu’elle est porteuse d’espoir et à ce titre mérite attention. Que le Mouvement pour une société démocratique (TEV-DEM), fédération des communes et commu-nautés diverses, assure le fonctionnement de la société civile et régule l’économie. Que la plupart des porteurs de délégations, de mandats, de missions ou de commandements, Kurdes, Arabes, Assyriens ou Turkmènes manifestent la volonté de vivre ensemble, en paix, pour aller vers « cette étrange unité que se dit multiple » que Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille plateaux n’imaginaient pas qu’elle fleurirait au cœur de ce Proche-Orient si peu libertaire.

Pierre Bance
Docteur d’État en droit, ancien directeur des éditions Droit et Société. Auteur d’Un autre futur pour le Kurdistan ? Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique, Les Éditions Noir & Rouge, février 2017, 400 pages.

Texte libre de droits avec mention de l’auteur Pierre Bance, et de la source : Autre futur.net, espace d’échanges pour un syndicalisme de base, de lutte, autogestionnaire, anarcho-syndicaliste, syndicaliste révolutionnaire


NOTES
[1] Le Monde.fr, 25 juin 2017. Le vrai visage des libérateurs de Rakka – Jean Pierre Filiu. Lire la réponse cinglante et argumentée d’André Métayer sur le site des Amitiés kurdes de Bretagne.
[2] Voir la notice que consacre Wikipédia à Jean-Pierre Filiu.
[3] Pas moins de six mentions entre juillet 2017 et aujourd’hui, sans compter les rappels fréquents à son blog en page d’accueil : Résultats de la recherche
[4] Le Monde.fr, 30 avril 2017. La question kurde dans l’impasse – Jean Pierre Filiu
[5] Le Monde.fr, 4 septembre 2016 Comment le PKK de Cemil Bayik a trahi les kurdes de Syrie – Jean Pierre Filiu
[6] Noir et Rouge, 2017, 400 pages : Un autre futur pour le Kurdistan
[7] Un autre futur pour le Kurdistan, page 180, note 717. Est plus spécialement visé un article, « La guerre perdue du PKK », paru dans Le Monde du 25 septembre 2016,
[8] « Les Kurdes préparent l’après-EI à Rakka », Le Monde, 30 août 2017. Malgré le titre de l’article, on ne saura rien de ce que préparent les Kurdes sinon des manœuvres de couloir avec les tribus arabes et, toujours, sous le contrôle sans partage du PKK.
[9] « Kobané, “ville musée” de la résistance kurde », Le Monde, 24 mai 2016
[10] « Les Kurdes, combien de divisions ? », Le Monde diplomatique, novembre 2014
[11] « Les Kurdes, combien de divisions ? », Le Monde diplomatique, novembre 2014
[12] « Les Kurdes de Syrie voient l’intervention russe d’un bon œil », Le Monde, 3 octobre 2015
[13] « Poutine s’en va-t-en guerre », Le Monde, 2 octobre 2015
[14] « De l’Irak au Liban, l’organisation État islamique seule sur tous les fronts », Le Monde, 26 août 2017
[15] « Syrie : jour par jour, les combats pour la reprise de Rakka en cartes », Le Monde, 27 juillet 2017
[16] « Les procès du Bosphore », éditorial du Monde du 26 juillet 2017
AmiEs contributrices, contributeurs traversant les pages de Kedistan, occasionnellement ou régulièrement...

Auteur(e) invité(e)

Thu, 21 Sep 2017 20:01:03 +0200

Dilar Dirik • Confronter les privilèges : de la solidarité et de l’image de soi

Cet essai de Dilar Dirik a été publié en anglais pour la première fois sur Roar Magazine et sur Kurdish Question ensuite en français dans Merhaba Hevalno n°6 en juin 2016

La bataille de Kobanê fin 2014 avait attiré l’attention des médias internationaux et des activistes occidentales. De nombreux collectifs de solidarité s’étaient créés un peu partout. Depuis, l’effet de “mode” semble être retombé, et beaucoup d’articles circulent pour critiquer la révolution du Rojava qui n’en serait pas une, du point de vue confortable de l’homme blanc devant son bureau, sans chercher à interroger les vrai.e.s acteurs.ices de cette lutte. À travers ce mensuel nous avons toujours tenté de garder un œil critique, mais surtout de relayer la parole des personnes directement concernées et de faire hommage aux luttes qu’elles mènent malgré la guerre étouffante au Moyen-Orient. Nous sommes loin d’avoir une réponse idéale à comment adresser une réelle solidarité depuis notre position privilégiée, mais nous considérons cette question centrale pour toute démarche révolutionnaire. Nous reproduisons ici, un texte de Dilar Dirik, chercheuse et activiste kurde habitant en Angleterre, qui aborde très franchement l’enjeu de la solidarité internationale et qui appelle à une réflexion sérieuse à ce sujet.

Merhaba Hevalno


Confronter les privilèges : de la solidarité et de l’image de soi

La solidarité n’est pas une action caritative unilatérale entreprise par les activistes privilégié.e.s, mais une démarche multi-dimensionnelle qui contribue à l’émancipation de toutes les personnes impliquées.

Un homme allemand ne serait pas impressionné par les racines démocratiques du projet se déroulant au Rojava car il aura vu des choses similaires en Amérique Latine il y a de cela quelques décennies. Une femme française reprocherait aux femmes kurdes un manque de préparation à sa visite car elles ne sont pas aussi organisées que les femmes afghanes qu’elle aura observées dans les années 70. N’importe quel individu lambda peut passer pour un connaisseur de la révolution du Rojava après y être resté une semaine, et ce sans accès à aucune forme de médias ou de littérature dans une langue du Moyen-Orient, mais son avis sera vu comme plus légitime et plus authentique que celui de celles et ceux qui y luttent.

Solidarity demo in London 2014 World Kobane Day | credit: DB- Kurdish Question

Quel est le point commun entre les expériences de ces différentes personnes ?

Elles font toutes preuve d’un intérêt et d’une attention authentiques, et leurs efforts méritent une reconnaissance à leur hauteur. Mais il y a autre chose : l’élément sous-jacent au système qui permet à des personnes de valider leur “checklist” du tourisme révolutionnaire (tout particulièrement en Palestine et au Chiapas dans la dernière décennie, et maintenant au Rojava). Cet élément est quelque chose que les révolutionnaires doivent s’efforcer de problématiser : les privilèges.

Mettons-nous au point dès le départ : en tant que personne écrivant surtout pour un public international, qui cherche à faciliter la communication et qui encourage l’envoi de délégations au Kurdistan, je fais partie des gens qui valorisent foncièrement de tels échanges et de telles actions. Mais les personnes qui revendiquent leur solidarité et qui sont dans une situation privilégiée leur permettant de voyager et d’être écoutées ont l’obligation morale de se servir de leurs privilèges pour améliorer les choses. L’intention de cet article est de contribuer au débat sur les problèmes qui surgissent quand des relations de hiérarchie sont établies au nom de la solidarité.

Confronter les privilèges

Dans un monde composé d’États-nation capitalistes et patriarcaux, se voir comme un.e citoyen.ne du monde et combattre les idées de nation et d’État est un acte de défi, de désobéissance. Cependant, se voir comme un.e révolutionnaire internationaliste n’efface pas les inégalités de conditions et de privilèges. Il est important que chacun.e aille plus loin que ça.

Tout d’abord, il existe une batterie de privilèges et de ressources matériels dont un individu peut bénéficier : les passeports d’un État lui permettant de voyager presque n’importe où, le fait de parler des langues internationales et d’avoir le vocabulaire théorique lui permettant de formuler et de construire son discours, avoir la maîtrise des outils intellectuels dû à une éducation basique, ainsi que le fait de disposer du temps, de la sécurité et des fonds nécessaires pour accéder à la plupart de ces choses. L’absence de guerre, de mort, de destruction, d’exil, de famine et de traumatismes permet à cet individu de mener confortablement et en toute sécurité ses recherches, de prendre des décisions et de planifier à long terme et de vivre selon ses propres principes sans subir trop d’interférences.
Le fait-même qu’une personne puisse s’asseoir en terrasse pour prendre un café, se renseigner sur un sujet à travers des sources provenant de l’historiographie, de la théorie, de l’épistémologie et d’une langue, occidentalo-centrées est un privilège qu’une vaste majorité de travailleurs.euses et de personnes de couleur n’ont pas. Et même s’ils ou elles l’avaient, il.le.s manquent bien souvent de l’environnement politique stable leur permettant de discuter de leurs trouvailles.
Le fait-même que je sois en train d’écrire cet article est l’indication du privilège dont dispose une personne provenant d’un groupe opprimé et ostracisé mais qui, relativement à son propre peuple, a accès à certaines ressources et certains avantages. Dès qu’il y a un privilège, il y a la responsabilité de confronter ce privilège qui y est associée. La simple existence des privilèges n’est pas tant le problème en soi, il s’agit plutôt de la création de relations hiérarchiques ainsi que la condescendance et l’adaptation de comportement (involontaires) qui s’exercent lors de la mise en œuvre de la solidarité, qui empêchent la compréhension et la progression mutuelles.

Certaines personnes ont exprimé leur étonnement quand à l’ignorance des populations locales à propos des luttes similaires à la leur sur le reste du globe, et certaines ont tenté d’amoindrir le discours d’une victime car sa réalité quotidienne était trop dure pour les oreilles fragiles de l’occidentale. D’autres ont refusé toute forme de prise de conscience quand elles étaient critiquées pour avoir déformé le discours sur la lutte d’un peuple en employant des formes narratives qui aliénaient le peuple en question, en suggérant que le peuple opprimé devrait déjà être content de recevoir de l’attention.

Le problème repose dans la simplicité d’auto-légitimation dont dispose une personne privilégiée, avec laquelle elle peut écrire des livres entiers sur une région sans jamais y être allée. On peut illustrer cela par la blancheur masculine de toutes les conférences sur les luttes menées par les personnes de couleur. Il s’agit également de la fameuse expression de sympathie de la personne blanche pour une cause qui pousse ses partisan.ne.s à rejoindre le train en marche. Ce phénomène se retrouve aussi dans la vitesse avec laquelle les causes concernant des questions de vie ou de mort sont abandonnées comme une patate chaude dès qu’on se rend compte qu’elles sont plus compliquées qu’il ne paraissait.

Comme il est confortable pour un.e révolutionnaire de pouvoir balayer ses responsabilités et son identité sans plus de considérations ! Alors que de nombreux.ses gauchistes de pays privilégiés tiennent à faire savoir qu’il.le.s ne représentent aucun État, aucune armée, aucun gouvernement et aucune culture, il.le.s peuvent par ailleurs facilement analyser la situation de millions de personnes comme étant un seul bloc gigantesque. En effaçant leur propre contexte, il.le.s se permettent souvent un comportement aléatoire et individualiste, et se sentent généreux.ses et charitables quand il.le.s discutent entre elles/eux de qui “mérite” leur soutien, tandis que l’Autre est rendu.e flou.e à travers une identité abstraite.

De la camaraderie réfléchie et profonde dans la nuit la plus sombre

La manière dont est conçue la solidarité aujourd’hui dans l’esprit occidental a un autre effet dévastateur sur les mouvements : la compétition entre les peuples en lutte pour obtenir l’attention et les ressources. Plutôt que de tisser des liens de solidarité entre eux, les peuples en lutte sont forcés de se battre tout d’abord pour l’attention des gauchistes occidentaux, ce qui met les communautés en confrontation les unes avec les autres et cela s’avère destructif vis-à-vis de l’internationalisme. Comme le fait remarquer Umar Lateef Misgar, un activiste du Kashmir : il s’agit là d’une forme évoluée du credo colonial « diviser pour mieux régner ».

C’est tout particulièrement l’homme blanc éduqué qui a le luxe et le privilège de pouvoir rendre visite à n’importe quel lieu de révolution, pour se l’approprier comme il veut et pour y apporter son regard critique, sans y être impliqué et sans jamais avoir besoin d’être auto-critique. Il peut s’attacher internationalement et se détacher localement comme bon lui semble et vice versa, avec souvent un sens de propriété sans responsabilité.

Son identité transcende l’ethnicité, la nationalité, le genre, la classe, la sexualité, le physique et l’idéologie car il est l’incarnation du statu quo, de l’individu par défaut. Il ne connaît presque pas ni ne vit vraiment le sens de ce qu’est la déviance. Il ne sait pas que la plupart des luttes commencent par une demande de reconnaissance, d’une place dans l’histoire, car c’est lui qui l’écrit. Par conséquent, il ne peut souvent pas comprendre les motivations révolutionnaires allant au-delà de la théorie.

C’est la raison pour laquelle le purisme idéologique lui permet si facilement de laisser tomber la solidarité avec des luttes, et il s’agit peut-être bien là de la plus grande expression de ses privilèges : il peut se permettre d’être pur idéologiquement et dogmatiquement, il peut prêcher la cohérence théorique car sa préoccupation pour une lutte n’est pas une question de survie mais un simple intérêt parmi d’autres pour lui. Il n’est pas obligé de se salir les mains. Il peut détourner les yeux d’un peuple qui se bat pour sa survie, car ce n’est pas lui qui doit confronter ses idéaux à toutes sortes de réalités géopolitiques et socio-économiques, aux conflits ethniques et religieux, à la violence, à la guerre, aux traditions, aux traumatismes et à la pauvreté.

C’est également pour cette raison que les gens peuvent laisser tomber une cause aussi rapidement qu’ils l’ont adoptée, car résoudre les erreurs, les lacunes et les obstacles qui font forcément face aux révolutions leur demanderait un effort qu’ils ne sont pas prêts à faire. Les discussions théoriques ou les conférences accompagnées de petits fours et d’un verre conviennent souvent mieux pour sortir des diatribes radicales que l’enfer qu’est la Mésopotamie.

Quand les gens ne reçoivent pas de gratification immédiate – que leur mentalité capitaliste induite requière – ils peuvent rapidement lâcher les moments historiques des révolutions. L’option de quitter, d’abandonner une cause, une fois le charme romantique initial passé et quand la cruelle réalité montre sa figure, n’est tout simplement pas disponible pour le peuple qui lutte pour sa survie. Après tout, la véritable camaraderie prend tout son sens non pas au soleil, mais dans la plus froide des nuits.

Les luttes légitimes mises à l’épreuve

Il y a un certain temps, les militants d’extrême-gauche écrivaient des articles sur le Rojava qui n’avaient rien à voir avec les réalités du terrain de par leur transcription, à travers des suppositions et des sujets qui ne faisaient pas partie des préoccupations du peuple concerné. C’est rapidement devenu un débat exclusivement entre gauchistes occidentaux, où un homme blanc s’adressait à un autre, sans jamais s’être rendus dans la région concernée et sans avoir lu d’opinions autres que celles d’hommes blancs, trouvées sur Internet. Le Rojava servait alors de nouveau sujet à la mode sur lequel projeter toutes les idéologies et spéculations.
Bien sûr, les points de vue et les analyses critiques internationales sont cruciales pour le processus révolutionnaire, mais le dogmatisme, le chauvinisme et l’arrogance servent un dessein opposé. Malgré le fait que ces personnes étaient très loin d’organiser des révolutions chez elles, elles se sentaient toutefois en position de juger avec une position d’autorité de ce qu’il faut faire pour mener la révolution et ainsi donner des conseils de guidance à un peuple qui forme des communautés autonomes de femmes tout en combattant Daech.

D’une certaine manière, une déformation et une distorsion telles sont nécessaires pour justifier les images orientalistes et les interventions colonialistes. Comme l’explique Sitharthan Sriharan, un activiste Tamil : « les gauchistes privilégiés, dans les actions qu’ils accomplissent, aident souvent à produire et à reproduire les forces contre lesquelles ils proclament justement se battre ».

Il est intéressant de voir comment les luttes qui ont été justifiées au long des décennies par les milliers de personnes y prenant part sont mises à l’épreuve du jugement des gauchistes occidentaux avant d’être approuvées comme méritant de l’attention. De telles estimations mettent à mal les mouvements de libération, dans le sens où il leur sera refusé l’attention et la représentation adéquates. Elles peuvent même provoquer des dégâts politiques, sociaux, économiques et émotionnels conséquents, conduire à de la désinformation et faire percevoir comme illégitimes des luttes entières à travers la domination du discours de groupes détachés.

Ces attitudes proviennent fondamentalement des idéologies euro-centrées qui ont établi leur impérialisme culturel par le biais du colonialisme, des dogmes modernistes et du capitalisme. La violence symbolique qui fait présenter l’histoire occidentale comme moderne et universelle se manifeste aujourd’hui sous la forme d’un orientalisme dans les sciences sociales, et elle affecte la manière dont de vastes sections de la gauche occidentale entendent la solidarité.

Conforter ses privilèges

L’hypothèse disant que la solidarité est uni-directionnelle, avec d’un côté celui ou celle qui “donne” et de l’autre celui ou celle qui “prend”, est erronée de base. De nos jours, la solidarité, et surtout à l’époque de l’information et de la technologie numérique, est exprimée d’une manière qui dessine une relation dichotomique entre un sujet actif et pensant qui “fournit” la solidarité avec une cause, et un groupe qui ne réagit qu’en tant qu’objet passif, sans avoir le droit de donner un retour critique sur le type de solidarité qui est requis.

Les donneurs ou donatrices de solidarité peuvent surgir de n’importe où, effacer leur contexte et se proclamer en position de dominer le discours. Ils ou elles disposent de la vison d’aigle de l’observateur.trice, ce qui leur profère un point de vue analytique distant et une prétendue autorité due à leur soi-disant “impartialité”. Cela crée immédiatement une hiérarchie et une attente envers le groupe recevant la solidarité, qui est sensé montrer de la gratitude et du respect au donneur ou à la donatrice de solidarité, ce qui laisse le groupe “recevant” la solidarité à la merci des personnes leur accordant de l’aide. Cela marque souvent la fin de la solidarité et le début de la charité.

Cependant, les groupes opprimés n’ont aucune obligation ou ne sont emplis d’aucune responsabilité de donner quelque chose en retour. Comme mon ami Hawzhin Azeez le fait remarquer depuis Kobanê : « Nous ne devrions pas remercier les personnes privilégiées de conforter leurs privilèges et de faire ce qui est juste. Nous ne devrions pas attendre moins d’elles car il s’agit là de la supposition implicite et sous-jacente à la “solidarité” ».

Les personnes se disant solidaires d’une cause doivent être prêtes à s’acquitter de la lourde charge du travail correspondant. Elles devraient se rappeler de leurs privilèges, les affronter constamment et les défaire afin de se servir de leurs propres personnes comme d’outils permettant d’amplifier les voix et les principes des mouvements desquels elles se disent solidaires, plutôt que de devenir la voix ou l’incarnation de la lutte elles-mêmes. Elles ne devraient pas attendre de gratitude et de médailles d’honneur pour avoir simplement effectué des actions éthiquement correctes, et certainement pas de la part de personnes marginalisées qui sont simplement contentes que quelqu’un.e parle de leur lutte existentielle.

De la charité à la solidarité, de l’enseignement à l’apprentissage

Le mouvement kurde pour la liberté se sert « de la critique et de l’auto-critique » comme de mécanismes productifs et éthiques permettant à une personne, aux autres et au groupe de s’améliorer. Critiquer les autres implique d’être capable de se critiquer soi-même. La critique n’a pas pour objectif de blesser les autres, elle est basée fondamentalement sur l’empathie, l’honnêteté et l’envie de résoudre les problèmes.

Les actions solidaires n’immunisent pas une personne de la critique. Au contraire, elle est nécessaire dans celles-ci. Elles se fondent même dessus, afin de pouvoir être éthiquement correcte. Mais, à ce jour, les actions solidaires de la gauche euro-centrée sont largement dépourvues de ce type de critique, ce qui met en évidence les obstacles majeurs de la gauche occidentale pour s’organiser ou même mener des discussions sur des bases saines, ce qu’elle est incapable de faire actuellement. Fondamentalement, un.e vrai.e révolutionnaire est une personne qui commence le processus de révolution de façon interne et qui commence par elle-même.

La solidarité n’est pas une action de charité mais un processus horizontal, multi-dimensionnel, éducatif et multi-directionnel qui contribue à l’émancipation de toutes les personnes impliquées. Être solidaire signifie se mettre au même niveau les un.e.s avec les autres, de résister côte à côte. Cela signifie partager des compétences, des expériences, des connaissances et des idées sans perpétuer les relations fondées sur le pouvoir. La différence entre la charité et la solidarité est que dans un cas une personne est « inspirée » par une autre et veut lui enseigner quelque chose, tandis que dans l’autre, les individus s’appellent « camarades » entre eux et veulent apprendre.

Pour s’attaquer à ces problèmes, il n’est pas suffisant que chaque personne fasse sa propre critique. En réalité, nous avons besoin d’un nouveau paradigme de solidarité, dans lequel nous remettrions systématiquement en cause l’appropriation et l’abus de pouvoir et dans lequel nous mettrions en place des mécanismes d’éducation mutuelle et d’échange de points de vue dont nous nous assurerions de la validité.

La solidarité, à la base, cela signifie respecter et compatir avec les luttes les un.e.s des autres et se voir tou.te.s comme luttant du même côté quand on entame une démarche d’auto-libération mutuelle, sans ignorer les différents points de départ et contextes, les différentes histoires et identités. La plus grande récompense pour une solidarité véritable est le fait que toutes les personnes impliquées apprennent ensemble à organiser et à s’organiser. Par conséquent, dans l’absolu, comme le soulignent les personnes du Chiapas ou du Kurdistan par exemple, la solidarité cela signifie « allez faire la révolution chez vous ! ».

Les politiques d’identité sans aspect internationaliste seront toujours limitées, car elles ne peuvent pas apporter une plus grande émancipation dans un système global d’oppression et de violence, de la même manière que l’internationalisme sans respect des luttes ancrées localement restera superficiel et sans succès, car il ne reconnaît pas les profondes complexités des différentes causes des cris d’appels à la paix.

Renforcer mes bases renforcera les tiennes également, et c’est là la seule méthode d’interaction avec laquelle nous pourrons combattre l’ordre sexiste, raciste, impérialiste, capitaliste et meurtrier du monde.


Source : Challenging Privilege: On Solidarity and Self-Reflection sur Kurdish Question
Traduction : Merhaba Hevalno

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Edition collective | Ce bulletin mensuel autour de l’actualité du Kurdistan est notamment rédigé depuis la ZAD de NDDL, mais pas seulement ! Un certain nombre de camarades de Toulouse, Marseille, Angers, Lyon et d’ailleurs y participent…

Contact : actukurdistan[at]riseup.net

Merhaba Hevalno

Wed, 20 Sep 2017 21:37:47 +0200

Kurdistan • Un référendum pour quoi faire ?

L’opposition d’Erdoğan au “référendum d’indépendance” proposé par Barzani au Kurdistan irakien a rencontré l’assentiment de la quasi majorité des Etats, hors Israël.

Le président français s’est lui-même exprimé sur le sujet et a réfuté le droit des Kurdes d’Irak à se prononcer sur une autodétermination dans le contexte régional de guerre, les incitant à “renforcer l’Etat irakien et ses institutions démocratiques”.

Erdoğan ne s’est pas contenté de mettre en garde les dirigeants kurdes irakiens sur la “responsabilité qu’ils prendrait dans la déstabilisation des bonnes relations actuelles“, il a, depuis quelques jours, fait masser ostensiblement des blindés de l’armée turque aux frontières avec l’Irak.

La presse turc aux ordres du pouvoir AKP a entrepris, titres à l’appui, de dénoncer le “référendum” et de renforcer l’opération “gros yeux et menaces” engagée par le régime.
L’intervention est prête, si les Kurdes irakiens osent” clament-ils, en gros. Cliquetis de tourelles de char.

Kurdistan

Au sein même du Kurdistan irakien, le désaccord existe, opposant d’ailleurs les deux métropoles Erbil et Souleimanyeh, la seconde n’étant pas totalement pro-Barzani. Les opposants à la tenue du référendum ont pour argument de dire que les “structures du Pays”, sous entendu le “futur Etat”, n’existent pas, concernant la gestion économique, administrative, et que les disparités sont évidentes sur le territoire. Ils dénoncent au passage, l’absence de fonctionnement démocratique, le pouvoir étant “concentré entre les mains d’un homme, son clan politique et son parti” et le chef du gouvernement autonome provisoire s’étant refusé au scrutin populaire depuis longtemps.
Une partie de la population Turkmène, présente sur ce territoire, et soutenue par la Turquie, est vent debout contre le projet d’indépendance. Les Turkmènes et les Arabes refusent l’inclusion de Kirkouk et d’autres régions contestées dans le référendum, soutenus bien sûr également par Erdoğan. Les Yezidis seront les derniers consultés…

Rappelons que le Royaume-Uni, qui, il y a quasi un siècle, présida à la création de l’Etat-nation “Irak”, se sent toujours l’obligation diplomatique de se mêler du sujet. Lors d’une rencontre récente, ils ont mis en garde contre la “dislocation”. La plaisanterie serait risible, s’il n’y avait pas les restes de l’Etat islamique, le contentieux avec des populations non kurdes disséminées ou déplacées, les instrumentalisations religieuses du schisme sunnites/chiites, et les alliances régionales correspondantes, des grands blocs. La dite “guerre contre Saddam” n’avait sans doute rien “disloqué” à leurs yeux.

La crise de l’Etat-nation irakien est totale, comme l’est celle de la Syrie, et de la Turquie, malgré le régime qui montre sa poigne répressive et n’a qu’une forme de pouvoir dictatorial à proposer, avec une guerre intérieure à la clé.

Et dans ce contexte, le dirigeant kurde irakien Barzani propose un référendum d’indépendance…

Autant dire la création d’un Etat-nation kurde, appuyé sur le droit international reconnu à “l’auto-détermination”. Et sous les applaudissements d’une bonne partie de la diaspora kurde, les interrogations des “pourquoi pas ?”, la confusion classique entre “Peuple”, “Etat”, “Nation” en fond de tableau.

Ce débat sur l’avenir politique du mouvement kurde, fort justement tranché par les évolutions critiques d’Öcalan, et les propositions du confédéralisme démocratique, on le croyait, avec l’expérience en cours au Nord de la Syrie, devenu désormais un fil rouge majoritaire pour les Kurdes qui regardaient Barzani comme un “collaborateur” du régime Erdoğan.

Constatons qu’il n’en est rien.

Le dirigeant Barzani défend les intérêts d’une nouvelle classe dominante kurde, liée à la future rente pétrolière en “prévision”, et déjà enrichie par le commerce en bonne intelligence avec la Turquie voisine. Si, en apparence, Barzani s’oppose là au régime AKP de Turquie et à Erdoğan, c’est justement parce qu’une certaine allégeance pèse dans ces rapports pacifiques de “bonne intelligence”, et que s’affranchir un peu, en profitant du vernis international accumulé dans la lutte contre Daech, et l’isolement diplomatique relatif d’Erdoğan créait selon lui une fenêtre favorable.
Il s’est visiblement trompé dans les rapports de forces régionaux et les “laissez faire éventuels” des puissances impérialistes, pour lesquelles pourtant cette carte d’un Etat-nation kurde serait peut être à l’ordre du jour dans un futur régional, mais qui restent bloqués diplomatiquement sur l’actuelle autonomie de fait, vu la guerre qui se poursuit. La grande tablée du partage n’est pas encore pour demain.

On peut sans se tromper, penser que la création d’un Etat-nation supplémentaire, fut-il kurde, sera source d’approfondissement des crises existantes, et non solution.

Diviser pour les intérêts de sa classe dominante, et la consolidation de son pouvoir, dans ce contexte de guerre, se retournera contre toutes celles et tous ceux, dans le mouvement kurde, qui se font autrement porteurs/ses de solutions confédéralistes et communalistes. A coup sûr, le conflit entre Kurdes d’Erbil et forces politiques proches du PKK au Kurdistan irakien deviendrait alors ouvert, au grand plaisir d’Erdoğan, qui vitupère à vide à distance.

En massant des troupes et des blindés à la frontière, Erdoğan montre les gros bras en interne, faisant oublier sa collaboration “pacifique” avec Barzani aux plus nationalistes, mais pare également à toutes éventualités sur la suite des événements, que ce soit au Kurdistan turc, ou vis à vis d’un conflit ouvert avec les positions du PKK, que Erbil pourraient avoir l’intention de “réduire”.

Je pense inutile de préciser que le Rojava et son processus de mise en place d’un confédéralisme démocratique serait la première victime de ces recompositions régionales, d’autant que les “alliés” se posent des questions sur l’avenir après Raqqa et que les ardeurs du régime Bachar sont confortées plus que jamais par la Russie et les régionaux partie prenantes.

Jouer la carte du référendum gagnant, dans ce contexte où tous les conflits, économiques, politiques, militaires, religieux, ne trouvent d’autres issues qu’une guerre d’intérêts internationaux entre impérialismes, et où la chair à canon est fournie localement, est une grenade dégoupillée supplémentaire.

Personne n’a aucun droit de s’opposer aux revendications d’auto-détermination d’un Peuple. Encore faudrait-il que cette auto-détermination ne soit pas décidée par quelques uns, qui plus est partisans d’un libéralisme éclairé, pour leur propre compte, se réclamant du grand partage entre Etats-nation de l’ex empire ottoman où les Kurdes “furent spoliés et oubliés”.

Mon propos n’est pas d’entrer dans les positionnements politiques des uns et des autres, au sujet de “l’indépendance”, et d’en faire un recueil “objectif”. Il est évident que le mot “indépendance”, une fois lâché, vu les contentieux vieux de plus d’un siècle, provoque un effet qui, derrière une “revendication”, voit soudain se réunir bien des contradicteurs d’hier, mêlant nationalistes convaincus et victimes récurrentes, à bout de leurs souffrances. Et le dirigeant Barzani en joue, en faisant appel aux martyrs dans ses discours, comme si sa classe dirigeante ne se comportait pas comme une bourgeoisie qui envoie ses troupes au combat.

Il est bien évident que le sentiment nationaliste kurde, réprimé dans le sang depuis un siècle, pour la période la plus récente, se mêle étroitement avec un désir d’identité quelque peu séparatiste. Mais quand on observe les dérives nationalistes qui ont succédé à la création des Etats-nation il y a un siècle dans la région, (les pouvoirs forts ou oligarchiques, militaires, qui ont permis de les maintenir, les régimes de parti unique, et les guerres en cascade, tout comme les luttes armées, et à l’exemple de ce qu’est la turcité meurtrière), on ne peut que soutenir et rappeler les positions politiques des forces du mouvement kurde, favorables, au contraire, au confédéralisme démocratique et aux expériences communalistes dans cette partie de la Mésopotamie et du Moyen-Orient. Les premiers kedi en témoignent.

Les gauches nationales européennes, pétries du concept d’Etat-nation, commençaient à s’intéresser, par le prisme du Rojava, aux solutions kurdes. Les replis nationaux en cours dans les différents Etats européens, sous les poussées populistes, ne favorisaient pas pourtant cet intérêt. Les diasporas kurdes, très souvent liées à ces gauches, parfois intimement, étaient déjà fortement influencées, en contradiction même avec les démarches critiques du PKK.
Ce projet de référendum, en ouvrant les vannes à toutes les positions opportunistes, ne va pas aider non plus.

Il n’est pas rare en ce moment, dans des articles, billets, sur les réseaux sociaux, de voir des “personnalités” de la diaspora développer, en contradiction même avec leurs positions d’hier, un “il vaut mieux un Etat-kurde que rien du tout“. Il est inévitable que, dans ce cadre, tous les opportunismes politiques leur emboîtent le pas.

Je ne suis pas Kurde, je ne suis qu’un chroniqueur sur Kedistan, qui n’a que la légitimité d’un “ami des Kurdes” pour donner mon avis… Et ce n’est que le mien. Il s’est forgé au rythme des luttes dites de “libération nationale”, qui, contrairement aux objectifs annoncés, dans l’environnement capitaliste mondialisé, a vu dans l’histoire de la deuxième moitié du XXe siècle, chaque fois les contre-révolutions l’emporter, dans ces alliances contre nature entre nationalismes et volonté de souveraineté populaire à la base, pour simplifier.

Je ne me considère pas pour autant “français de souche” non plus, voire français tout court. C’est donc un point de vue politique anti-nationaliste que je développe là, considérant que des opportunités de l’histoire, lorsqu’elles répondent à des intérêts impérialistes supérieurs souvent, aboutissant à création d’Etats-nation, ont fait preuve, bien souvent à long terme de leur nocivité guerrière et massacreuse, parfois génocidaire.
L’histoire du capitalisme a toujours voulu étouffer, contraindre, écraser les mouvements d’émancipation qui le contestait et se réclamaient d’un futur commun pour tous et toutes, hors du venin national. Et parfois, comme en Espagne, les “gauches” réformistes ou staliniennes, ont aidé à la sale besogne.

Une volonté d’indépendance qui ne contient pas son propre dépassement, un souverainisme national, dans l’environnement mondialisé, sans même aucune conscience des enjeux écologiques précipités par la prédation capitaliste, ira dans le mur.

A l’inverse, aucune garantie de survie n’existe non plus pour le Rojava.

Mais se rabattre par impatience et opportunisme, sur des solutions qui ont fait la preuve de leur faillite historique, et surtout seront à très court terme sources de nouveaux conflits d’intérêts, ne peut que faire reculer le mouvement kurde dans son ensemble, et en Turquie même, justifier toutes les nouvelles guerres intérieures, sans parler des conséquences côté iranien, récurrentes déjà.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU, pour parapher le tout, s’est prononcé contre l’organisation du référendum, ce qui pourrait donner une “légalité internationale” à un chantage en direction de tous les Kurdes, voire une légitimité aux positions de rapport de forces d’Erdoğan. Il s’est prononcé également pour des “négociations à ouvrir”, ce qui se ferait sur le dos de la Confédération Nord de la Syrie, n’en doutons pas.

Il paraît ces jours ci nombre d’articles francophones sur le sujet. J’en cite seulement trois, en partie contradictoires.

Un billet paru dans L’Orient le Jour, (presse libanaise)

Et ceux-ci, plus fouillés dans l’analyse politique

Sur le magazine Orient XXI

et

Kurdistan irakien : les enjeux d’un référendum


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REDACTION | Auteur

Lettres modernes à l’Université de Tours.
Gros mots politiques… Coups d’oeil politiques…

Daniel Fleury