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Le blog de Gérard Filoche

Sat, 21 Jul 2018 17:40:11 +0200

Le temps au boulot

Pas besoin d’être Einstein pour connaître la relativité du temps. Il suffit d’’être contraints de bosser pour gagner sa vie. Je me souviens trop bien de mes deux années de travail de nuit, aux NMPP, quand j’étais ouvrier du livre. C’était dans le grand hangar boulevard Mac Donald, à la porte d’Aubervilliers, quand nous nous étions trois cent à recevoir, trier, préparer l’expédition des journaux la nuit. Il y avait une immense horloge qui trônait centralement et qu’on voyait de partout avec ses immenses aiguilles. Foutue horloge ! Foutues aiguilles ! Entre 9 h du soir et minuit, la grosse aiguille ne montait jamais. Elle trainait, trainait, et trainait encore et encore entre 22 puis 23 h avant d’arriver à minuit. C’était encore pire entre minuit et 3 h du matin : même quand on la regardait à la dérobée, l’aiguille ne redescendait pas, c’était long, long. Entre 2 h et 3 h du matin on croyait que ça durait 6 h. Apres 3 h ca allait mieux car la pause était à 4 h30 et on allait manger. Les femmes en grande majorité buvaient du muscat, et les hommes de la bière brune en mangeant notre plateau repas. Grâce à cet alcool, la dernière ligne droite s’effilochait plus vite et on prenait notre métro à 5 h 30. Ouf…
Pour ma fille qui a ses plannings RATP et commence à l’aube en ouvrant la grille de sa station tous les matins de la semaine à 5 h 20, c’est son « grand repos » qui lui parait court. Là, elle vient d’en avoir un de quatre jours. Superbe première belle journée, elle est libre, elle peut dormir, récupérer ! Le temps est long. Et puis le deuxième jour, elle s’éclate, elle sort et fait même la fête, youpi, elle vit. Survient le troisième jour, il est bon encore, on en profite un maximum, mais c’est déjà le troisième, jour, la veille du quatrième, le si proche, et finalement terrible quatrième, celui où on sait qu’on va reprendre le lendemain à 5 h 20, réveil à 4 h.
On ne va pas se consoler, que pensant qu’un quinquennat pour un « rien » comme Macron, ça peut lui paraitre long aussi, de quoi lui permettre de penser qu’il a tout le temps pour casser la Sécurité sociale, et puis hop un bon copain à vous, appelé Benalla fait une grosse bêtise et ça vous raccourcit le temps.
lire rubrique « au boulot » chaque semaine dans l’Humanité dimanche

Gérard Filoche

Tue, 03 Jul 2018 18:06:57 +0200

La « Sécurité sociale » chassée de la Constitution française

Ca fait des décennies que patronat et haut appareil d’état voulaient revenir sur le Sécurité sociale payée à la source, sous forme de « salaire brut » par les employeurs.

Au début les caisses de Sécurité sociale, fruit du travail, étaient logiquement gérées par les syndicats. (Cf. « La sociale » de Gilles Perret). Les ordonnances de 1966-67 De Gaulle-Pompidou remirent en cause cette gestion en donnant au patronat 50 % du contrôle des caisses (alors qu’auparavant les patrons n’avaient que 11,5 % des sièges selon le juste principe « un humain une voix »). Puis ils repoussèrent sine die les élections démocratiques aux caisses de sécurité sociale, les dernières ayant eu lieu en 1983. Michel Rocard en 1988 inventa une CSG, contribution qui n’était ni impôt ni cotisation, une sorte de « sas » pour passer du salaire brut à l’impôt, du système dit « de Bismarck » au système dit « de Beveridge ». Mais le Conseil constitutionnel freina et imposa quand même que cette CSG aille dans les caisses sociales, pas dans les caisses de l’état.

Michel Rocard puis Edouard Balladur différèrent les élections à la Sécu. Alain Juppé les supprima carrément et confia au Parlement la gestion du budget (appelé LFSS), resté distinct, des caisses Sécu. Ils appelèrent alors les « cotisations » des « charges » et les « réduisirent » peu à peu sous prétexte de « baisser le coût du travail ».

Aujourd’hui Macron annonce « la suppression des cotisations sociales » prélevées à la source et payées par les employeurs. Il veut les remplacer par des impôts prélevés à la source. Tout ira dans les caisses de l’état. Fin du salaire brut. Fin des cotisations pré affectées aux différentes caisses. Elles seront remplacées par des prélèvements non pré-affectés – donc à la merci des majorités politiques du moment. Un seul impôt, un seul budget, la « Sécu » n’est plus un sanctuaire, n’est plus un budget séparé.

Le budget de la Sécu ne générait que 10 % de la dette présumée du pays et il avait été puissamment soumis à l’austérité et à « la règle d’or » et brutalement équilibré. Le budget de l’état génère, lui, 78,5 % de la dette présumée : en fusionnant les deux budgets, ils vont pouvoir purger encore plus et réduire le volume du budget social, le vider de son « dingue de pognon ».

Curieuses gens, et capables de tout, hein, les ultra libéraux qui, prétendument, veulent « moins d’état »  : la Sécu était de droit privé, ils l’étatisent pour mieux la contrôler et la tuer.

Mais pour ça, il fallait changer la constitution : ils ont voté le 3 juillet de supprimer « Sécurité sociale » dans la Constitution française, et ne plus mentionner que « protection sociale ». Devant notre vive réaction, ils ont du reculer mais provisoirement, la bataille reste devant nous.

Sinon, la contre-révolution sera achevée, ils auront mis 70 ans pour supprimer « la Sécu » issue du Conseil national de la Résistance.

Gérard Filoche

à lire chaque semaine la rubrique « Au boulot » dans l’Humanité Dimanche  -   ici la n° 399, 8° année

La « Sécurité sociale » chassée de la Constitution française

Gérard Filoche

Tue, 03 Jul 2018 11:38:19 +0200

lundi 2 juillet 19 h Gérard Filoche au siège du PCF pour l’unité de la gauche pour une Europe Sociale https://youtu.be/NbFiNh99XOs via @YouTube

lundi 2 juillet 19 h  Gérard Filoche au siège du PCF pour l’unité de la gauche pour une Europe Sociale https://youtu.be/NbFiNh99XOs via @YouTube

Merci aux camarades du PCF pour la réunion du 2 juillet 2018.

Nous, GDS,  avions proposé à la mi mars 2018 à toutes les forces de gauche de se rencontrer a la fois pour soutenir les luttes sociales, notamment celle des cheminots, et à la fois sur le terrain politique en vue d’une liste commune aux élections européennes.

GDS a rencontré, pour cela, bilatéralement courant mars, le PCF, Générations, Ensemble, R&S, Nouvelle Donne.  Nous avons aussi proposé de rencontrer le NPA  et EELV,  FI et le PG.

A chacune nous avons proposé un texte « martyr » (cf.  site GDS) pour commencer à bâtir une plate forme électorale, appuyée sur 5 points centraux et fondamentaux :

-       1°) Contre la dictature de la finance : Halte à la fraude et l’évasion fiscale en Europe : 1000 milliards sont ainsi détournés. Priorité pour récupérer de toutes nos forces et par tous moyens ces 1000 milliards contre les fraudeurs, spéculateurs, banques, multinationales, pour une autre Europe sociale. La BCE doit prêter directement aux états.

-       2°) Egalité entre les peuples et les salariés : halte à la discrimination entre salariés européens, dénonciation immédiate de la directive « travailleurs détachés », salaire minimum en Europe aligné sur le haut, durée maxima du travail de 48 h respectée partout, un code du travail protégeant les travailleurs rédigé selon le principe de faveur

-       3°) Mieux être écologique : Halte à la destruction de l’environnement par la pollution (Volskwagen, le tout autoroute au lieu du fer et du fret) de la santé par l’agro industrie alimentaire et la malbouffe, et mise en œuvre décuplée des énergies durables

-       4°) Démocratie : priorité à l’Europe des élus, du Parlement contre l’UE technocratique, bureaucratique, libérale

-       5°) Europe ouverte préparant et permettant l’accueil des migrants, une Europe pacifiste  de coopération, de solidarité, pas de camps, pas de surarmement ni d’ingérences militaires.

Il s’agit de travailler, non pas à l’unité de pensée entre tous, mais à une plateforme électorale commune percutante, sur quelques slogans clefs, les meilleurs possibles capables de passer et de mobiliser largement.

La gauche actuelle est une mosaïque en danger mortel de morcellement si elle ne s’unit pas. Face à Macron, pourtant c’est plus vital que jamais de s’unir. Ce que nous n’aimons pas dans l’UE, c’est le poison Macron, c’est le libéralisme, pas l’Europe, Si la gauche choisit  de s’unir, elle peut passer en tête et rendre de l’espoir, renverser la donne actuelle. Rédiger une excellente plateforme commune n’est pas difficile, s’il y a une volonté pour cela.

Ceux qui, ayant déjà soutenu ensemble les luttes sociales, doivent commencer vite a rédiger une telle plateforme, il y aura une prime a l’unité parmi les électeurs et cela contribuera à faire réfléchir, et à faire venir travailler autour d’une table commune les composantes de la gauche qui refusent ou s’interrogent encore.

C’est pour cela que nous nous félicitons de l’invitation dans le même sens que le PCF nous a adressé ce lundi 2 juillet dans ses locaux. Nous les en remercions. Nous nous réjouissons que Ensemble, R&S, ND, Générations et des Verts, aient répondu à l’appel. Nous proposons qu’une méthode de travail soit mise en œuvre assortie d’un calendrier, dans les meilleurs délais, et nous serons présents à l’université d’été du PCF et à la Fête de l’Humanité en ce sens.

Bien cordialement, pour GDS

Gérard Filoche

Gérard Filoche

Fri, 29 Jun 2018 17:44:39 +0200

Douleur

Evidemment cela attire les yeux.  L’ouvrier est en train de démonter l’échafaudage au coin des rues Lescot et de la Petite truanderie. Il est en bas de l’assemblage de poutrelles métalliques, chaussé de tennis blancs usés sales, essayant d’attraper  cinq à six planches en bois que son collègue du dessus lui descend avec à-coups par la poulie et une corde. On voit tout de suite qu’il n’arrive pas à attraper les planches,  elles sont disjointes, et tournent sur elles mêmes car la corde les balance.

Bras levés et tendus, dans une position inconfortable, il les rattrape une à une, les regroupe du mieux qu’il peut, et, de ses deux mains, parvient à les saisir. Posées sur leur extrémité sur le sol, elles ne menacent plus de le cogner, ils les agrippent enfin pour les emmener au camion, derrière. Il peine et vacille avec ses deux mains serrées et le poids des six planches à la fois.

Il parvient à ma hauteur : il n’a pas de gants.

Que lui dire ? C’est un petit homme fluet. Il me voit l’observer intensément et cela déclenche un regard d’inquiétude chez lui. Je vois alors ses deux mains ensanglantées. L’une est carrément cisaillée sur le coté. Le sang coule.

Nos regards se croisent j’essaie de dire « vos mains, les gants »  je ne suis qu’un vieil inspecteur du travail retraité, sans pouvoirs. Il me fait signe à la fois qu’il ne parle pas, il est visiblement étranger, je dirais syrien mais rien n’est sûr, et il me montre, dans sa poche arrière des petits gants mal pliés qui dépassent. Mais ce sont des gants de plastique, pas épais donc pas protecteurs, voilà pourquoi il ne les met pas.

Que dire ? Rien.

Moi, j’ai fait des trucs comme ça dans mon jeune temps. Mon père a eu une main brisée, les deux tendons coupés par le retour du ciseau sur la meule. La souffrance au travail est insupportable.  Il faudrait plus d’inspecteurs, de syndiqués, de contrôles, de contre pouvoir face aux patrons.

Des bons gants ca doit être possible à imposer, non ?

Pas dans ce monde où Macron qui chasse déjà les migrants, a dit aussi : « « Je n’aime pas le terme pénibilité donc je le supprimerais car il induit que le travail est une douleur ».

Gérard Filoche

chronique « au boulot » a lire chaque semaine dans l’humanité dimanche

Gérard Filoche

Fri, 29 Jun 2018 14:46:16 +0200

Revue exceptionnelle, une des meilleures de la gauche, D&S n° 256 spécial été 18 mensuel 26° année

Un sommaire d’enfer comme toujours pour cette revue exceptionnelle, une des meilleures de la gauche, D&S n°256 spécial été 18 mensuel 26° année,
Sommaire
D&S n° 256 Le 26 juin 2018
Edito
P. 3 Une riposte unitaire devient vitale
Actualité
P. 4-5 Combattre l’islamophobie et défendre la laïcité
P. 6-7 Une stratégie “populiste” pas si populaire !
Politique
P. 8 à 10 Macron creuse un précipice sous ses pieds Fin des cotisations, fin de la Sécu ?
Social au cœur
P. 11 Au Rouvray, la lutte et l’unité ont payé !
Question d’éco
P. 12-13 Un rapport accablant à tout point de vue
En théorie
P.14-15 Le salariat aujourd’hui 3
Sa place dans la société et sa composition égalité
P. 16 En Irlande, un vent de liberté s’est levé écologie
P. 17 La vacance de M. Hulot
Notre histoire
P.18-19 Centenaire 15 Juin 1918 : Durand réhabilité
International
P. 20 Le G8 des pompiers pyromanes
P. 21 Le gouvernement « libéral-populiste » italien
P. 22 Armée suisse : le peuple tranchera
P. 23 Post-it Palestine
Suites et poursuite d’un nettoyage ethnique
P. 24 Liberté pour Sentsov et Koltchenko

sur abonnements : 30 euros = 10 n° de 24 pages = un an    soutien a partir de 40 euros

Gérard Filoche