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Mon, 25 Sep 2017 21:17:43 +0200

Révision de la constitution : Macron osera-t-il le référendum ?

Un référendum pour contourner l'obstacle du Sénat ? L'exécutif y semble prêt. Au lendemain d'élections sénatoriales décevantes pour la République en Marche, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner rappelle qu'Emmanuel Macron ne s'interdit pas de faire voter les Français.

"Le président l'assume, il a posé cela lors du Congrès de Versailles", a déclaré Christophe Castaner sur RMC et BFMTV.
"Il a confié une responsabilité aux deux présidents des Chambres ainsi qu'au président du Conseil économique, social et environnemental, que nous voulons aussi réformer, de travailler sur une année avec la Garde des Sceaux, et il a évoqué la possibilité d'aller au référendum."

Pour réviser la Constitution, le gouvernement dispose de deux options : un référendum ou un vote du Parlement. Mais cette deuxième option implique de rassembler une majorité de trois cinquièmes des députés et sénateurs, réunis en Congrès. Le scrutin de dimanche, qui a vu la droite renforcer ses positions tandis que La République en Marche a stagné, rend une telle majorité plus difficile à atteindre.

Les résultats des élections sénatoriales : poussée de la droite, revers pour Macron

Une majorité introuvable ?

"A partir du moment où la majorité des trois cinquièmes s'éloigne, une révision sur la base de l'article 89 de la Constitution est plus difficile à mettre en œuvre", constate l'universitaire Michel Lascombe, enseignant à Sciences Po Lille et auteur de "Le droit constitutionnel de la Ve République" (L'Harmattan).

"La révision de la Constitution par le vote du Congrès est rendu plus difficile, mais pas du tout impossible", nuance cependant le constitutionnaliste Dominique Rousseau.

"La structure politique du Sénat n'est pas du tout la même que celle de l'Assemblée nationale, les majorités y sont plus fluides, elles évoluent en fonction des textes."

Il manque tout de même à Emmanuel Macron environ 160 parlementaires pour faire le compte. La cinquantaine d'élus du centre et du centre-droit ne suffira donc pas… Le président de la République trouvera-t-il des renforts du côté du Parti socialiste ? C'est loin d'être exclu, relève Dominique Rousseau :

"Emmanuel Macron a prévenu qu'il reprendrait la réforme du Conseil supérieur de la magistrature déposée par François Hollande, je ne vois donc pas pourquoi les socialistes voteraient contre."

Ce que nous confirme le sénateur Jean-Pierre Sueur : "Je soutiendrai tout ce qui ira dans le bon sens", indique l'élu du Loiret, ancien président de la Commission des Lois. Il appelle le gouvernement à "négocier avec les socialistes, les radicaux, les centristes, pour arriver à des majorités sur les réformes constitutionnelles."

"Suicide"

Bref, la République en Marche va devoir travailler à un consensus avec les parlementaires des autres formations politiques. Ce sera plus ou moins facile selon les sujets…

"Sur la diminution du nombre des sénateurs et des députés, ce n'est plus une majorité d'idées dont aura besoin le gouvernement, c'est d'une majorité de suicide ! Les parlementaires ont bien conscience qu'ils risquent ensuite de perdre leur siège", souligne Michel Lascombe.

Mais la réduction du nombre de parlementaires est une mesure populaire, que les Français pourraient adopter par référendum, sur la base de l'article 11 de la Constitution, souligne le juriste.

Bluff ?

Mais la menace du référendum peut aussi servir de moyen de pression sur les élus.

"Si les réformes sont souhaitées par les Français, les parlementaires n'oseront pas s'y opposer de peur d'être ensuite désavoués par le peuple", estime Michel Lascombe. "Les parlementaires préféreront peut-être amender le projet du gouvernement dans un sens qui leur conviendra davantage."

Sénat : les papys font de la résistance

Le Sénat est-il prêt au compromis ? "Je pense que les esprits sont ouverts", répond Dominique Rousseau. "En 2015, le rapport Bartolone-Winock proposait déjà la fusion du Sénat avec le Conseil économique, social et environnemental. La réforme du Sénat est en débat."

"Le Sénat lui-même doit faire attention", reprend Dominique Rousseau. "Les résultats des élections sénatoriales montrent que le Sénat est en décalage avec la société. S'il va trop loin dans son opposition aux réformes, c'est la question de sa propre légitimité qui reviendra sur la table. On pourra rappeler que c'est le Sénat qui s'est longtemps opposé au droit de vote des femmes."

Baptiste Legrand

Révision de la Constitution, mode d'emploi !

1. Toutes les réformes institutionnelles voulues par Emmanuel Macron n'exigent pas de réviser la Constitution. Concernant l'introduction de la proportionnelle et la réduction du nombre des députés et sénateurs, une loi organique suffit. Problème : l'accord du Sénat est indispensable, dès lors que la loi organique touche à son propre fonctionnement, ce qui serait le cas. Un blocage pourrait être contourné par un référendum "portant sur l'organisation des pouvoirs publics", sur la base de l'article 11 de la Constitution.

2. Pour la limitation du cumul des mandats dans le temps, la rénovation de la procédure parlementaire, la suppression de la Cour de justice de la République, la réforme du Conseil supérieur de la magistrature ou encore la réforme du Conseil économique, social et environnemental, il faut changer la Constitution.

3. Une révision constitutionnelle relève de l'article 89 de la Constitution. Le texte doit d'abord être voté séparément par l'Assemblée et le Sénat, dans les mêmes termes. Le Sénat a donc un pouvoir de blocage. Puis, le texte est soumis à un référendum ou à l'approbation des trois cinquièmes des députés et sénateurs réunis en Congrès.
A deux reprises, en 1962 et 1969, Charles de Gaulle a cependant soumis à référendum une modification de la Constitution sur la base de l'article 11, et donc en se passant du feu vert préalable de l'Assemblée et du Sénat. Un choix controversé, mais le Conseil constitutionnel s'était déclaré incompétent face à l'expression de la souveraineté nationale.

Mon, 25 Sep 2017 20:18:24 +0200

Présidentielle française et législatives allemandes : deux salles, deux ambiances

Après avoir vécu les campagnes présidentielle et législative en France, la journaliste Amandine Réaux est allée suivre les élections allemandes. Elle a été frappée par le détachement germanique vis-à-vis de la politique, bien loin du bouillonnement français. Une atonie réveillée par le succès de l'AfD ?

Pendant la présidentielle française, j’ai mangé, bu, respiré et rêvé politique. Un an de soirées électorales, de débats, des dimanches entiers d’émissions politiques, des dizaines de meetings par candidat. Surtout, le combo parfait pour friser l’overdose : le renoncement de Hollande, les candidats-qui-font-mentir-les-sondages, la menace de l’extrême droite, le phénomène Macron, les trahisons, l’affaire Fillon et pour finir, quatre candidats dans un mouchoir de poche à quelques jours du scrutin.

Cinq mois plus tard et n’ayant pas eu assez d’une seule campagne, je couvre les élections fédérales allemandes depuis Düsseldorf. J’ai hâte de revivre cette adrénaline. Je sais les Allemands plus pudiques sur la politique, mais je compte sur leur rationalité pour débattre sereinement, aborder les problématiques avec sérieux. Pas de petites phrases, mais des arguments et des faits, dans une campagne très resserrée : quatre semaines.

Mais quand j’interroge les Allemands sur les élections, beaucoup haussent les épaules : "De toute façon, Merkel sera réélue". J’allume la télé, m’imagine les journaux-télé centrés sur les élections. Mais non. On ne bouleverse pas l’ordre établi, c’est l’international d’abord : Trump, l’escalade des tensions avec la Corée du Nord, les Rohingyas. La campagne passe après.

Où est la forêt de caméras ?

Le 20 septembre au matin, les drapeaux rouges des syndicats flottent à l’entrée de l’usine Thyssenkrupp de Duisbourg. Je dois me courber en arrière pour apercevoir le haut de cet immense bâtiment gris monochrome. Des ouvriers font griller des saucisses qu’ils fourrent dans des "Brötchen" (petits pains allemands). Une affiche cartonnée du candidat socio-démocrate local agrafée sur le plus proche lampadaire comme seul indice qu’on est bien à quatre jours des élections.

Le géant de l’acier vient d’annoncer sa fusion avec l’indien Tata et la suppression de 2.500 postes. J’ai en tête l’épisode Whirlpool, LA séquence médiatique de l’entre-deux-tours de la présidentielle. Les selfies de Marine Le Pen avec les ouvriers, les sifflets et engueulades contre Emmanuel Macron : la délocalisation en Pologne a fait le fond de commerce des finalistes.

Ici pourtant, pas de forêt de caméras, tout au plus une équipe de télé et un photographe. Pas de "Merkel doit sauver l’usine !" Pas de Martin Schulz, en difficulté dans les sondages, venu promettre monts et merveilles aux ouvriers. Quant aux salariés, ils ne pointent pas du doigt le gouvernement mais leur direction.

Raisonnable. Impensable en France. La politique spectacle, ce n’est pas trop la came des Allemands.

De toute façon, ici, "l’Etat ne pilote pas la vie des entreprises, il fixe le cadre général des activités", me rappelle Isabelle Bourgeois, chercheuse spécialiste de l’économie allemande.

D’ailleurs, la défense des emplois, chère au FN, n’est "pas un sujet qui a été thématisé par le parti d’extrême droite AfD", appuie Jacques Pezet, journaliste français à Berlin.

L’Allemagne se fiche-t-elle des élections ?

"L’Allemagne s’ennuie", écrit l’universitaire Emmanuel Droit dans une tribune pour "Le Monde" le 21 septembre, mettant en garde contre une politique d’administration dont le pays finirait par "périr". La presse allemande met en scène le duel déjà annoncé Merkel/Schulz et nous propose comme seul suspense : qui obtiendra la troisième place ? J’en viens à me demander si l’Allemagne se fiche des élections. Aucune thématique nouvelle n’aura agité la campagne comme le revenu universel introduit par Benoît Hamon. Aliénor Carrière, journaliste chez Arte, m’assure que les jeunes s’intéressent quand même à la politique :

"Ils ont des idées, des envies de changement, mais trouvent le système rétro".

Julia, la vingtaine, abonde :

"Merkel s’est défilée sur pas mal de thèmes, on n’a pas parlé de la pauvreté chez les personnes âgées."

Une tranche d’âge qui n’a jamais pu bénéficier du Smic. Je n’ai pas passé une journée dans une grande ville allemande sans croiser un(e) retraité(e) fouillant les poubelles à la recherche de bouteilles consignées.

Outre-Rhin, les médias n’ont pas perdu la tête. C’est même l’inverse : Der Spiegel-Online s’était préparé à créer une cellule "désintox", pour finalement y renoncer faute de matière, me rapporte Nicolas Hubé, maître de conférences en sciences politiques à l’Université Paris I. Merkel refuse de faire campagne ? Alors les médias "ne vont pas chercher à faire monter des thèmes dont ne parlent pas les candidats, comme les réfugiés, avec l’argument : 'Si on en parle, ça va donner des voix à l’AfD'", observe Nicolas Hubé.

De l’ennui au choc

Le 24 septembre à 18 heures, l’Allemagne passe de l’ennui au choc. Donnée aux alentours de 10% dans les sondages, l’AfD préempte la troisième place avec 12,6%. L’extrême droite fera son entrée – historique – au Parlement. Puis tout se déroule très vite. Chaque candidat s’exprime. Déception voire déculottée pour les partis de la grande coalition, victoire pour l’AfD et les libéraux.

20h15, scène incroyable d’efficacité. Les deux grandes chaînes de télé ARD et ZDF réunissent les principaux candidats sur un même plateau. Je m’attends à voir l’équivalent d’un Jean-Marie Le Guen s’écharpant avec une Rachida Dati successivement sur TF1, BFMTV et France 2, mais une heure plus tard, c’est déjà fini. Les vieux briscards de la politique ne débattront pas jusqu’au bout de la nuit. "Le principal a été dit", m’indique Moritz, journaliste à Düsseldorf.

Or tout commence précisément. La soirée se poursuit avec des manifestations dans plusieurs grandes villes contre les résultats du vote – contre l’AfD. Une première en Allemagne. En outre, selon Isabelle Bourgeois, des études devraient bientôt déterminer "le rôle des bots (faux profils sur les réseaux sociaux, NDLR) russes dans l’élection, actifs surtout dans l’Est de l’Allemagne, où l’AfD a fait un fort score". Le pays, qui a mis la poussière sous le tapis avec l’AfD comme la France l’a longtemps fait avec le Front national, "découvre le problème" de composer avec l’extrême droite dans le paysage politique, analyse Nicolas Hubé. Le lendemain du vote, je ne souffle pas comme après la présidentielle. Je laisse les chaînes d’info allemandes en fond : elles tournent en boucle sur les négociations pour une coalition dite "Jamaïque", inédite au plan national. Aux Allemands désormais de boire, manger et rêver politique.

Mon, 25 Sep 2017 17:51:11 +0200

La Corée du Nord hausse le ton : "Trump a déclaré une guerre à notre pays"

Les menaces entre Washington et Pyongyang s'intensifient. Le chef de la diplomatie nord-coréenne, Ri Yong Ho, a affirmé ce lundi 25 septembre à des journalistes que le président américain Donald Trump avait "déclaré une guerre" à son pays.

La Corée du Nord est prête à abattre les bombardiers américains s'approchant de ses côtes, a-t-il aussi déclaré, à New York, où il participe à l'Assemblée générale annuelle des Nations unies :

"Tous les Etats membres (de l'ONU) et le monde entier devraient clairement se rappeler que ce sont les Etats-Unis qui ont les premiers déclaré la guerre à notre pays."

"Depuis que les Etats-Unis ont déclaré une guerre à notre pays, nous avons tous les droits de prendre des contre-mesures, y compris le droit d'abattre des bombardiers stratégiques, même s'ils ne se trouvent pas encore dans l'espace aérien de notre pays", a ajouté le ministre des Affaires étrangères nord-coréen lors de déclarations à la presse.

"Trump a affirmé que nos dirigeants n'allaient plus être au pouvoir pour longtemps", a aussi souligné Ri Yong Ho.

"La question de savoir qui va rester le plus longtemps va trouver une réponse", a-t-il lancé, menaçant.

Samedi, des bombardiers américains avaient volé près des côtes nord-coréennes pour envoyer un "message clair" à Pyongyang, selon le Pentagone.

Ce survol symbolique s'inscrit dans un contexte de guerre des mots quasiment incessante depuis l'été entre l'administration Trump et la Corée du Nord.

La Corée du Nord enchaîne les tirs de missiles, dont certains ont la capacité théorique d'atteindre le territoire américain. Et elle a réalisé au début du mois l'essai d'une bombe à hydrogène qui a accentué les inquiétudes dans le reste du monde.

"Absurde" pour la Maison Blanche

La Maison Blanche a vivement rejeté les accusations de Pyongyang les qualifiant d'"absurdes".

"Nous n'avons pas déclaré la guerre à la Corée du Nord et, franchement, une telle suggestion est absurde", a déclaré Sarah Huckabee-Sanders, porte-parole de l'exécutif américain.

"Notre objectif reste le même; nous cherchons une dénucléarisation pacifique de la péninsule coréenne, c'est notre objectif", a ajouté la porte-parole de Donald Trump, évoquant une "pression économique et diplomatique" aussi forte que possible.

Interrogé sur les propos du diplomate nord-coréen qui a menacé d'abattre les bombardiers américains, elle a estimé qu'il n'était jamais acceptable pour un pays d'abattre des avions d'un autre pays "se trouvant au-dessus des eaux internationales".

Guerre des mots  

La semaine dernière a été marquée par une nouvelle escalade verbale entre les deux dirigeants des deux pays. 

Samedi à la tribune de l'ONU, Ri Yong Ho dénonçait les propos tenus au même endroit par Donald Trump contre son pays, qualifiant le président américain de "personne dérangée", de "mégalomane", de "roi menteur" et de "gangster".

L'agence de presse officielle nord-coréenne relayait dimanche de nouveaux commentaires qualifiant le président américain de "vieux gâteux".

"Viens d'entendre le ministre des Affaires étrangères de Corée du nord parler à l'ONU. S'il fait écho aux pensées du Petit Homme-Fusée, ils vont bientôt disparaître", a rétorqué samedi soir Donald Trump sur Twitter.

Le président républicain avait décrit le leader nord-coréen comme "un fou qui ne craint pas d'affamer et de tuer son peuple" et avait promis de le mettre "à l'épreuve comme jamais".

(Avec AFP)

Mon, 25 Sep 2017 17:35:02 +0200

Elections allemandes : un très mauvais coup pour Macron (et l'Europe)

Emmanuel Macron a jusque-là eu beaucoup de chance. La campagne électorale a été une suite de coups de bol (le principal d’entre eux étant le scandale qui anéantit François Fillon) et dès son arrivée, la conjoncture économique a connu une belle éclaircie. Pourtant, avec les résultats de l’élection fédérale allemande de ce week-end, la chance l’a quitté subitement.

Son grand projet de réforme de la zone euro, qu’il juge à juste titre indispensable pour débloquer l’économie européenne et chasser les démons nationalistes, est clairement compromis. Ce mardi, il doit en esquisser les contours, lors d’un discours historique à la Sorbonne. Le risque est désormais grand que ce discours ne sombre vite aux oubliettes, déjà surpeuplées des rêves européens brisés.

Macron - Merkel, une idylle à l'épreuve des élections

Certes, celle qu’il considère comme sa grande alliée, Angela Merkel, restera chancelière. Mais avec un capital politique diminué. La CDU/CSU a réalisé une performance bien moindre que prévu (33%, contre 41,5% en 2013) et elle va devoir gouverner avec une coalition bigarrée : son parti, les "libéraux" du FDP et sans doute les Verts.

Le FDP, qui sera au centre du jeu, n’a pas défendu ces derniers mois des positions pro-européennes très fortes, et c'est une litote. Son jeune leader, Christian Lindner (38 ans), n’a cessé de s’opposer à l’idée d’un budget de la zone euro qui, selon Macron, permettrait d’assurer une plus grande stabilité. Il rejette toute idée de solidarité financière entre les pays, il s’est déclaré en faveur d’une sortie de la Grèce de l'euro, et dans la pure tradition allemande, il prône des sanctions automatiques en cas de dépassement du plafond de 3% de déficit public. 

Victoire étriquée de Merkel, percée historique des nationalistes

Stratégie perdante

De quoi mettre à mal la stratégie d’Emmanuel Macron, qui rêvait de convaincre sans heurt le partenaire allemand de bouger. Son plan était simple : d’abord, montrer tambour battant la bonne volonté et le "sérieux" de la France. Il a décidé de répondre ostensiblement aux exigences allemandes, réformant au pas de charge le marché du travail – comme l’Allemagne l’avait fait au début des années 1990 – et maintenant le cap sur les 3%, un gage rendu au dieu austérité.

Au grand dam des économistes qui le conseillaient pendant la campagne, cela l'a conduit à reporter ou à étaler dans le temps certaines réformes, comme la suppression de la taxe d’habitation pour les 80% les plus modestes, la baisse des cotisations salariales, l’augmentation du minimum vieillesse ou la hausse de la prime d'activité. Même le fameux plan d’investissement de 50 milliards d’euros, qui a été présenté presque en catimini ce lundi, a été rapetissé par une ingénierie financière imaginative et par la reconduction d’anciens programmes.

Ce que contient le vaste plan d'investissement du gouvernement

Macron n’a rien demandé à l'Allemagne en retour : son pari était d’instaurer une solide relation de confiance avec Merkel, qui se montrerait alors spontanément plus allante pour renforcer la solidarité dans la zone euro. Mais la nouvelle coalition qui se dessine à Berlin ne devrait pas l’être. Malgré l’affection qu’Angela Merkel peut nourrir à l’endroit du président français, celle-ci ne sera pas aussi puissante qu’il ne l’espérait.

Pas de "plan B"

Emmanuel Macron a brûlé ses vaisseaux, et on ne voit pas bien comment il parviendra à changer de voie sans se déjuger. Il a embrassé la logique économique allemande, fustigé ceux qui prônaient une confrontation avec Berlin. Dans l’hypothèse ou son plan de refondation de la zone euro se heurterait à une fin de non-recevoir, il n’a pas prévu de "plan B".

Quel sera le rapport de force de Paris dans ce contexte ? L’idée même de bloquer les décisions de la zone euro, par une politique de la chaise vide version XXe siècle, ne l’a pas effleuré. La seule option qui semble à sa portée, c’est de modifier à la marge le fonctionnement de l’euro, afin de sauver la face. D’être dans l’affichage plus que dans la vraie la réforme.

Comment réformer l'Europe ? Juncker ne suit pas Macron

Emmanuel Macron sait pourtant que le statu quo, dans cette zone euro qui dysfonctionne, mine peu à peu l’Europe. Si rien ne change, les pays de la zone continueront à diverger, alors que l’euro était censé les faire converger. Les mouvements nationalistes continueront à progresser et la construction européenne restera dans l’ornière.

Qui a voté pour l’AfD, ce parti nationaliste qui réalise une percée en Allemagne ?

La poussée de l’AfD au parlement allemand est le dernier symptôme de cette dérive. Et cette montée en puissance de l’extrême droite, dans un pays encore hanté par les horreurs du siècle dernier, ne devrait pas encourager Merkel et sa future coalition à reprendre le chemin de la solidarité européenne, bien au contraire.

Mon, 25 Sep 2017 16:30:09 +0200

Opposants à la PMA : vous étiez où pendant 35 ans ? Bande de tartuffes

Amandine, le premier bébé français né par fécondation in vitro, une procréation médicalement assistée (PMA), a vu le jour le 24 février 1982.

Je suis né le 2 août 1985.

Trois ans après.

J'ai grandi 32 ans sans vous connaître. La TOTALITÉ de ma vie. Dans quel trou obscur et reculé du globe vous terriez-vous pendant 35 ans ?

On ne vous a pas entendus remettre en cause l'extraordinaire progrès technique que constitue la PMA quand celle-ci ne concernait que les couples hétéros infertiles. Où étaient, alors, Gérard Collomb et ses craintes de nous voir "tous cousins" ? A-t-on surpris La Manif pour tous dénoncer ad nauseam le "droit à l'enfant" ?

Où étaient Christine Boutin et toute sa clique, ceux qui revendiquent le droit de l'enfant de connaître l'identité de son géniteur, où étaient-ils quand le Cecos palliait l'infertilité masculine des couples hétérosexuels en substituant le gamète de monsieur par celui d'un inconnu ?

Où était-il, alors, le hashtag #PMAsanspere ?

Etre ou pas de bons parents

Remarquons ensemble que les couples lesbiens ne pourront pas "mentir aux enfants", contrairement à d'autres... Combien de pères cachent à leurs petit.e.s la vérité sur leur filiation biologique ?

A-t-on entendu Elisabeth Lévy confessant (quel crève-cœur !) sa nostalgie d'un temps où on concevait les bébés en "faisant l'amour" quand la PMA ne concernait que les couples hétérosexuels infertiles ?

A-t-on subi Eric Zemmour et ses sombres prédictions, selon lesquelles  "les pauvres, par leurs cotisations, paieront les caprices des riches" ?

Pourtant, l'affaire est bien connue : les lesbiennes, les gays, les transgenres ne paient pas d'impôts.

Ils ne paient pas pour les écoles des enfants de couples hétéros, ils ne paient pas pour la Sécurité sociale des enfants des couples hétéros, etc.

A-t-on entendu pendant 35 ans André Vingt-Trois théoriser le danger terrifiant du "principe d'égalité" ? Principe qui aboutit invariablement, selon lui, "à reconnaître un droit à l'enfant universel" et à "la réduction de l'enfant à être l'objet d'un désir".

Mais tu sais quoi, André ?

Etre "l'objet d'un désir", voilà ce qui peut arriver de mieux pour un nourrisson dans ce monde violent et injuste, où tant de bébés sont parachutés "par erreur ou par inconscience" !

Arrêtez de placer les lesbiennes en dehors du champ de l'humanité.

Arrêtez de les biologiser, de parler sans elles, de soupeser leurs vies, de jauger la viabilité de leurs espoirs, de leur habilité à éduquer, de leurs dispositions à être ou pas de bons parents.

Au passage, qui questionne les dispositions des parents hétéros à être de bons parents ? Quand je m'occupe d'une gamine battue et violée par son père, qui évoque cela ? 

Quand je reçois un gamin aux urgences, qui a joué avec le fusil de papa et auquel il faut retirer 2 mètres d'intestin à cause de la balle, qui se soucie de l'hétérosexualité de ses parents ?

Les personnes LGBT+ ne sont pas "en dehors" de vos humanités. Elles SONT l'Humanité, parce qu'elles symbolisent le vivant visage de la diversité du genre humain.

Lesbophobie la plus crasse

Vous vous comportez comme ces Blancs qui refusaient de partager les mêmes parties de bus que les Noirs durant la ségrégation (on ne choisit pas plus sa couleur de peau que son orientation sexuelle !).

Vous êtes des tartuffes, des hypocrites, d'artificieux dissimulateurs de la lesbophobie la plus crasse.

Ne vous cachez plus derrière des problèmes éthiques : des gens bien plus brillants que nous (et dont c'est le métier) ont mis quatre ans avant de statuer favorablement ! Lisez le compte rendu du CCNE.

Et c'est incroyable. Malgré 1.460 jours de débat et une conclusion nette, on demande encore leur avis aux lesbophobes de tout genre dans les médias. Il suffit pourtant d'une demi-journée au gouvernement pour signer deux-trois ordonnances réformant tout le Code du Travail.

De quel obscur recoin sec du cœur vous vient ce besoin de prolonger en résonance les crachats homophobes de La Manif pour tous ?

Ne nous avez-vous pas assez salis ? Pas assez comportementalisés ? Pas assez instrumentalisés ? Ne nous avez-vous pas assez jaugés, psychiatrisés, raillés, jugés, décortiqués jusqu'à l'âme ?

Vous manquait-on tant que cela qu'il vous faille gratter, et gratter, et gratter encore ? Allons, à l'os ! La hausse de 78% des agressions homophobes durant les débats autour du mariage pour tous ne vous a-t-elle pas suffi ?

Notre société est loin d'avoir attendu la PMA pour voir des femmes élever des enfants "sans père" parce que celui-ci a fui ses responsabilités et s'est barré.

Profondément féministe

Ce qui vous défrise, c'est que deux femmes fassent sciemment le choix de se passer d'un homme dans leur vie intime.

Je ne développerai pas ce point par humilité. Les lesbiennes se plaignent suffisamment qu'on leur vole la parole et je m'en veux presque de parler ici à leur place mais ce qu'on entend est tellement révoltant.

Ce qui vous défrise, c'est l'idée que deux femmes puissent s'aimer d'un amour aussi pur, aussi fort, aussi invincible – ce genre d'amour qui donne envie de fonder une famille –, sans faire entrer d'homme dans l'équation. 

Alors je vous repose la question.

Amandine, le premier bébé français né par PMA, a vu le jour le 24 février 1982. Je n'étais pas né.

Nous voilà en 2017, et je vous vois surgir.

Où vous terriez-vous donc pendant 35 ans ? Où lisait-on vos slogans ? Sur quelles fréquences radio entendions-nous vos indignations ? Et vos préoccupations sur les bébés à naître ?

Où ?

Baptiste Beaulieu