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Flux Isérois
le Ravi

Fri, 20 Apr 2018 09:17:39 +0200

Amicannement vôtre ?

Le mauvais feuilleton de deux festivals concurrents, à Cannes et à Lille, dédiés aux séries...

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Vous êtes fan de séries ? Le mois prochain (cet article a été publié dans le numéro du Ravi daté mars 2018), vous ne saurez où donner de la tête. Fin avril se tiendra à Lille le festival Série Mania. Et, juste avant, aura lieu Cannes Série, le « festival international des séries de Cannes  ». Si les plus « accros » n’y trouveront rien à redire, un tel embouteillage interroge.

Car seul Lille a le soutien de l’État, les pouvoirs publics ayant plaidé pour qu’il n’y ait qu’un festival. Or, celle qui est à l’origine de cette idée, l’ex-ministre de la Culture Fleur Pellerin, est désormais présidente de Cannes Série ! Tandis que Laurence Herzberg, à qui elle avait confié une étude sur le sujet, est maintenant patronne de Lille Série Mania  !

Ça ne se bouscule pas pour revenir sur ce mauvais feuilleton. Dans l’entourage de Laurence Herzberg, on ne voit «  pas l’intérêt de commenter ce qui se passe à Cannes  ». A Cannes, silence radio du côté du festival comme de la mairie. «  Trop tôt  », nous dit-on, la programmation devant être dévoilée à la mi-mars.

Scénario bâclé

Pourtant, y a de la matière. Comme le lancement, annoncé au conseil municipal en février par le maire (LR) David Lisnard, du Cannes Série Institute, une «  résidence d’écriture  » associant l’université à Canal + et Vivendi, dans le cadre d’une «  chaire internationale de storytelling », cet « art » de raconter des histoires très en vogue chez les élus.

Spécialiste des séries, Alain Carrazé a accepté de nous éclairer : «  A la base, il y a la volonté de l’État de financer un festival "officiel" des séries. Même si, dans l’absolu, ça ne se décrète pas, derrière, il y a des moyens et la volonté de ne plus saupoudrer. La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a donc demandé une étude. Problème : elle s’est adressée à Laurence Herzberg qui était déjà à la tête d’un festival de séries au forum des Images, Série Mania !  »

Sans surprise, le rapport, estimant que «  l’éparpillement ne permet pas d’avoir une taille critique suffisante  » et qu’«  il ne s’agit pas de créer ex nihilo un nouvel événement  », conclut que «  le festival Série Mania contient déjà les prémisses de ce festival international des séries  ». Précisant que celui-ci «  pourrait s’étendre en dehors du forum des Images  », il préconise de «  s’associer au festival Séries Séries de Fontainebleau  ».

Sauf que la ministre de la Culture a changé. Un appel à projet est lancé par le CNC. Qui écarte Paris. Puis Cannes, jugeant la «  ligne éditoriale pas suffisamment définie  » et la «  notoriété  » de la ville, du fait du Festival, comme «  une faiblesse  »  : « Des interrogations demeurent quant à la trop grande proximité entre les 2 manifestations.  » Comme sur la « possibilité de faire émerger un événement consacré aux séries à partir du Mip TV  », le marché audiovisuel cannois d’avril. Le CNC retient donc Lille : «  Ce qui a séduit, note notre spécialiste, c’est le soutien conjoint de Martine Aubry et de Xavier Bertrand.  »

Ultimes rebondissements : alors que Marie Baracco, du festival de Fontainebleau, avait appuyé le dossier lillois, c’est Laurence Herzberg qui prend la tête de Lille Série Mania tandis que l’ex-ministre de la Culture Fleur Pellerin rejoint le festival cannois, maintenu contre vents et marées par le maire. Soupir de notre confrère : «  On parle politique, économie mais toujours pas de séries. Parce qu’au fond, ce n’est qu’une histoire de gros sous. Pour une raison simple : on ne peut gagner d’argent avec un festival de séries. Légalement, il n’est pas possible de faire payer pour voir des séries sur grand écran. Le soutien de l’Etat devient alors capital. Comme celui des collectivités.  »

Fleur et gros sous

Et, à Cannes, on déroule le tapis rouge. Soutenue par ailleurs par la Région, l’Association française du festival international des séries de Cannes a bénéficié, outre de «  250 000  » euros du département, d’une première subvention de la ville de « 150 000  » euros puis, cet été, d’une rallonge de «  700 000  » ! Ce qui propulse la structure présidée par Fleur Pellerin parmi les plus aidées de la ville.

Pas de quoi faire tousser l’opposition. C’est tout juste si Annick Lacour, conseillère « indépendante » cannoise, émet des réserves à propos du « Cannes Série Institute », sur « l’emprise du privé au sein de l’université », Vivendi finançant cette résidence d’écriture de 5 semaines à hauteur de 250 000 euros. Elle n’en salue pas moins le soutien à la «  culture  », citant au passage le futur «  pôle de l’image  » à la Bocca où poussera un multiplexe signé Ruddy Rucciotti. Et puis, le maire, nous dit-on, serait un «  vrai fan de séries ». Mais peut-être que le festival est aussi un moyen de venir à la rescousse du Mip TV, le marché des programmes audiovisuels d’avril à Cannes...

Pourtant, la ville prend déjà en charge un tiers du coût de la manifestation. Mais, depuis plusieurs années, sa fréquentation stagne autour de 11 000 visiteurs, d’après le rapport de la Chambre régionale des comptes rendu public lors du dernier conseil municipal. Un conseil où a été validée une convention avec Reed Midem, la société gérant le Mip TV pour qu’elle s’occupe aussi de Cannes Séries. Avec l’objectif d’«  attirer davantage de talents, de créateurs et de producteurs au Mip TV  ». Voilà qui est clair. Comme le fait que le festival a pour vocation à être «  mis en œuvre tous les ans  ».

Ce n’est donc pas pour demain qu’il y aura, entre Lille et Cannes, confirme-t-on des deux côtés, le «  moindre accord  ». Pourtant David Lisnard et Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France, auraient tout pour s’entendre. Ils semblent aimer les séries. Et pas trop le patron de la droite Laurent Wauquiez. Qui s’y connaît, côté « mauvais feuilleton »...

Sébastien Boistel

Enquête publiée dans le Ravi n°160, daté mars 2018

leravi

Wed, 18 Apr 2018 10:34:39 +0200

Le Pavillon bleu flotte à nouveau !

Mais le label est tiraillé entre exigences environnementales et marketing territorial…

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« Ceux qui ont perdu le pavillon bleu disent que ça ne sert à rien. Mais quand une commune l’a, elle a gagné ! C’est le cas depuis le début de mon mandat et on souhaite le garder », se réjouit Jean-Pierre Giran, maire (LR) de la ville d’Hyères (83). Le Pavillon bleu récompense depuis plus de 30 ans les plages des communes ainsi que les ports de plaisance faisant des efforts en matière d’environnement. Il est perçu comme un véritable signal de pureté immaculée envoyé aux usagers mais aussi un outil marketing territorial hors pair pour les élus toujours en quête de touristes. Les résultats du palmarès 2018 seront dévoilés ce mercredi 18 avril aux 304 candidats qui en ont fait la demande. L’année dernière, la région Paca a été la plus récompensée de France : 29 ports et 30 communes s’y sont vus décerner ce célèbre drapeau bleu et blanc à vagues. En 2008, seulement 12 municipalités arboraient ce précieux sésame…

Créé en 1985, pilotée par l’association Teragir, le Pavillon bleu est un des sept repères de développement durable qu’elle promeut au travers de programmes d’actions concernant le secteur touristique mais aussi des projets pédagogiques. « Le label a été créé pour sensibiliser les élus à la gestion des ports et le grand public au développement d’un tourisme durable, pour avoir des activités qui prennent en compte l’environnement, explique Pascale Barrès, coordinatrice nationale. Nous avons nos propres critères et nous suivons aussi les directives européennes. » Les candidats doivent satisfaire les critères de quatre « grandes familles » : l’éducation à l’environnement, la gestion des déchets et de l’eau, enfin, l’environnement général.

Un pavillon noir
« Jusque là nous n’avions pas les outils, puis nous nous sommes mis en conformité avec les normes européennes et nous avons fait la demande d’un pavillon bleu fin 2017 », souligne Michel Dalmazzo, le directeur de la capitainerie de Menton, en attente des résultats pour 2018. Reconnu d’intérêt public, le label garantit notamment la présence de sanitaires, la présence de secours, des accès pour les personnes à mobilité réduite, des collecteurs sélectifs pour les déchets ménagers comme pour ceux des plaisanciers, la récupération des eaux et matières usées dans les ports, la propreté des plages, des actions de sensibilisation à l’environnement, l’absence de rejet des eaux usées à proximité des lieux de baignade ou dans le milieu marin avant traitement…

« Le label vise à sensibiliser le public en période estivale ce qui a plutôt un impact positif sur l’environnement », reconnait Jennifer Poumey de Surfrider. Longtemps l’association a décerné un rageur « pavillon noir » pour montrer du doigt les plages les plus polluées. Elle y a désormais renoncé, privilégiant elle aussi, une communication plus positive. Mais même le très pacifique et consensuel étendard bleu créait des remous. Ceux qui le perdent déploient de savants arguments. Comme à Sanary-sur-Mer (83) où Thierry Grezes, adjoint délégué à la plage et à l’environnement, certifie que sa commune propose des garanties plus fiables qu’avant qu’on ne lui retire le pavillon. Parmi les mesures volontaristes de la mairie, lorsqu’il pleut, les plages sont préventivement fermées pour analyser la qualité de l’eau. « Notre labo est très rapide et on fait cela pour être sûr qu’il n’y a pas de risques en plus des analyses hebdomadaires, explique-t-il. On a d’autres priorités que candidater au Pavillon bleu. Nous sensibilisons à la mer toute l’année. Nos cinq sites sont surveillés et il y a des douches partout. Par contre, nous avons arrêté le tri sélectif sur les plages car il ne se faisait pas très bien mais avec la communauté d’agglo Sud Sainte-Baume, on va devoir y arriver à nouveau. »

D’autres villes, comme Marseille, plutôt que de prendre le risque de perdre le pavillon bleu ou de se le voir refuser, ont une stratégie redoutablement efficace : ne jamais candidater ! « Le pavillon bleu sursaturerait nos plages, c’est une attractivité en plus dont nous n’avons pas besoin, affirme Didier Réault, adjoint au maire (LR) délégué à la mer et président du conseil d’administration du parc des calanques. Mon pavillon bleu est le résultat d’analyse des eaux de baignade par l’agence régionale de la santé qui indique une qualité excellente. De plus, nous faisons des efforts pour créer des réseaux "séparatistes" dans les égouts là où nous pouvons en plus du nouveau bassin de rétention effectif depuis 2017 afin de traiter toutes les eaux usées même lors de forts événements pluvieux. » A Marseille, le réseau unitaire débordait rapidement lors de forte pluie, relâchant ainsi dans la mer, aux abords des plages, des eaux usées sans traitement.

Les analyses physico-chimiques oubliées
Redouté par certains, les critères environnementaux évalués par le pavillon bleu, ne sont pourtant ni infaillibles ni exhaustifs. Il ne prend par exemple en compte que les analyses effectuées pendant la saison estivale alors que le Pavillon est attribué à l’année. Il se base sur les relevés de chaque fin de saison et les quatre années précédentes doivent être évaluées de qualité « excellente ». « C’est un gage de continuité mais l’hiver une pollution peut se déverser et n’être stoppée que peu de temps avant les analyses », note Patrick Raimbault, chercheur à l’Institut Méditerranéen d’océanographie du centre national de la recherche scientifique. La réglementation n’est pas toujours très rigoureuse. En matière de qualité des eaux de baignade seules les analyses bactériologiques sont obligatoires.

« La législation n’impose une surveillance que sur des zones de baignade et est basée uniquement sur deux paramètres bactériologiques, poursuit Jennifer Poumey, de Surfrider. A l’heure actuelle, peu d’études épidémiologiques se sont penchées sur les risques sanitaires que peuvent causer les polluants chimiques sur les baigneurs. La multitude de substances, leur décomposition dans l’environnement et les fameux effets cocktails qu’ils entraînent sont encore mal connus. De nouvelles études devraient être menées prochainement par l’Organisation mondiale de la santé afin de mieux comprendre les risques existants. »

Cette absence de prise en compte par le pavillon bleu des analyses physico-chimiques interroge certains sur la pertinence de ce label. Serait-il avant-tout un artifice de greenwashing pour « verdir » des situations environnementales problématiques ? Autour de l’étang de Berre, par exemple, qui n’offre pas une qualité environnementale exemplaire même si la situation s’est améliorée, la plage du Jaï arbore le Pavillon. « Aujourd’hui toutes les stations d’épuration sont aux normes mais l’étang de Berre souffre toujours du manque d’oxygène provoqué par deux couches d’eau qui ne se mélangent pas. L’eau douce qui arrive de la Durance est supérieure en volume à celle du lac et est douce, ce qui entraîne la désalinisation et le déséquilibre de l’écosystème », rappelle Bernard Mounier, d’Europe Ecologie Les Verts.

Sur la commune de Cassis, deux plages sont lauréates malgré les boues rouges, très concentrées en arsenic, titan, plomb et autres métaux lourds, qui se déversaient jusqu’en 2016 dans la fosse de Cassidaigne depuis 50 ans. « Les dimensions spatiales sont réduites, l’attribution du Pavillon bleu est très localisée et donc éloignée d’une gestion de la Méditerranée à l’échelle globale », regrette Patrick Raimbault. « En matière d’environnement, toutes les initiatives sont bonnes à prendre », remarque de son côté Marc Verlaque, chercheur au CNRS. Tant qu’elles ne nous aveuglent pas sur la vérité...

Marine Torres

Enquête publiée sur le www.leravi.org le 18 avril 2018

leravi

Tue, 17 Apr 2018 11:53:27 +0200

Brouillage radio en Paca

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C’est par une lettre lapidaire de 8 lignes, datée du 8 janvier dernier, que Gilbert Andruccioli, le président de la Frase (Fédération des radios associatives du sud-est) a appris la rupture de la convention qui liait la fédération à la région Paca (1) depuis 2005. Environ 300 000 euros par an étaient jusqu’à présent versés directement aux 40 radios associatives de la région. Ce sera zéro en 2018, alors même que la convention triennale courait jusqu’à la fin de cette année.

Et ce sans le moindre avertissement. Pour Renaud Muselier (LR), le financement de ces radios n’est pas une compétence directe de la Région. Il invoque également une trouble «  mutation du paysage audiovisuel régional  ». «   C’est assez minable et méprisant  », juge celui qui est aussi président de la radio Agora, qui émet de Grasse à Nice. Pour Gilbert Andruccioli, le financement public de ces « radios libres  » non commerciales - qui relèvent de la loi sur l’audiovisuel de 1986 et qui leur confèrent une «  mission de service public  » - est primordial   : « Nous donnons la parole à plein de personnes qui ne l’ont pas d’habitude  : des associations, des artistes, des petits élus, des représentants de l’économie sociale et solidaire…  » Il ne décolère pas surtout quand on sait que la Région, comme l’a souhaité Christian Estrosi avant de passer le relais, finance à hauteur de 1,25 millions d’euros par an le groupe Azur tv, une société privée qui englobe plusieurs télés locales. «  Il semblerait que soit dans ses compétences des outils au service de sa propagande…  », fulmine le président de la Frase.

Bon et mauvais médias

Pour la députée En Marche  ! du Var, Cécile Muschotti, «  cette annonce fait partie d’une stratégie globale   : Muselier sélectionne les médias, il tape sur ceux qui apportent une contradiction, il n’est pas à l’aise. Aurait-il quelque chose à cacher  ?  ». Pour rappel, alors que la Tchatche (association éditrice du Ravi) était aidée à hauteur de 20  000 euros l’année dernière pour des actions d’éducation populaire dans les quartiers populaires, ce sera zéro également cette année. «   Si chacun s’arrête à sa compétence, il n’y a plus besoin d’élus  !, affirme la néomacroniste. Il faut insuffler une volonté politique et la liberté et le pluralisme de la presse est primordial.  » Elle a écrit à Renaud Muselier… qui ne lui a pas répondu.

Pour Agora, la douloureuse représente 12 000 euros. « C’est en gros un salarié au Smic pour nous. Nous allons essayer d’éviter de licencier mais malheureusement, c’est souvent la variable d’ajustement  », déplore Gilbert Andruccioli. Conséquence directe  : la baisse de la qualité des programmes, une information moins fouillée, moins de reportages… Autre station touchée  : Radio Verdon. 12 000 euros également en moins, soit 10 % du budget. « Un contrat d’avenir ne pourra être renouvelé  », se désole Yann Artiguelongue, le directeur, qui prévoit également une baisse de qualité de service.

Surtout que la situation n’était déjà pas rose pour les radios associatives. Les barèmes du Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER) versé par le ministère de la Culture ont récemment baissé après être restés stables pendant 15 ans. « Pourtant nos dépenses augmentaient forcément un peu tous les ans   », note Gilbert Andruccioli. Dans le même temps, les municipalités ont réduit chroniquement leurs aides aux « radios libres  » en raison, selon elles, des baisses de dotations de l’Etat. Un cocktail explosif…

Clément Chassot

1. La Région n’a pas souhaité répondre aux questions du Ravi.

Enquête publiée dans le Ravi n°160, daté mars 2018

leravi

Mon, 16 Apr 2018 09:01:23 +0200

Rénovation de Noailles : les habitants déconcertés

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« Le problème, c’est que les élus n’ont pas de culture de la concertation, ils ne voient pas les bénéfices qu’ils peuvent en tirer. » Lâché, mercredi 24 janvier, à l’issue de la « concertation publique » sur le projet de rénovation de Noailles, le constat dépité ne vient ni d’un habitant de ce quartier populaire de l’hyper-centre de Marseille, ni d’un militant associatif frustré, mais… d’un technicien de la Direction de l’aménagement et de l’habitat de la métropole, les organisateurs de la soirée !

Il est plus de 21 heures, le Théâtre Mazenod où s’est déroulée la « réunion d’information », a fermé ses portes. Pendant deux heures, il a accueilli une de ces mauvaises comédies dont la deuxième ville de France est coutumière : un affrontement entre deux visions de la ville et de la démocratie, comme cela est le cas dans les projets locaux de rénovation urbaine ou, plus récemment, à l’occasion du lancement du projet de requalification de la place de La Plaine (Cf le Ravi n°137). D’un côté, des habitants et des associations exaspérés de ne pas être associés et convaincus que l’équipe de Jean-Claude Gaudin n’a comme ambition que de virer les classes populaires du centre de Marseille pour y faire venir les bobos et les touristes ; de l’autre, des élus qui parlent « attractivité » et « qualité de vie » et persuadés de n’avoir face à eux que des gauchistes venus les ennuyer. La réunion démarre d’ailleurs par un accrochage entre un trentenaire énervé et Sabine Bernasconi, la maire LR du secteur. « C’est du blabla, je vous emmerde ! Je veux un Marseille où tout le monde a sa place », balance le premier en partant. Réponse de l’élue : « On n’a pas besoin de gens comme vous ! Il y a ceux qui gueulent et ceux qui font ! » Ambiance…

Coincé entre deux artères (la Canebière et le cours Lieutaud) et la très marchande rue Saint-Ferréol, Noailles est l’objet d’attentions urbanistiques depuis plus d’une génération. Sans grand résultat pour l’instant (voir encadré) : le quartier reste saturé de voitures, les espaces publics y sont rares, les services publics en sont absents et son habitat est très dégradé. «  Du logement social de fait », explique un technicien. « Des taudis », préfère une personne dans le public. Lancée en 2009, l’opération de ripolinage Grand centre ville (25 pôles concernés) promet de résoudre (enfin) tous ces problèmes. Histoire de bien faire les choses, les habitants et usagers ont même été associés à l’étude urbaine préalable. « Une vraie expérience participative », assure une participante.

QUAND C’EST FLOU...

Salué par tous, ce travail s’est déroulé entre décembre 2014 et avril 2015 et a débouché sur un plan-guide de préconisations remis il y deux ans. La direction de l’aménagement et de l’habitat de la métropole jure en avoir fait sa bible pour construire son projet. Quatre grandes orientations sont mises en avant : repenser la gestion urbaine de proximité, apaiser et libérer l’espace public, améliorer la qualité de l’habitat et doter le quartier d’équipements publics. Un centre social, un espace jeunes et une micro-crèche (10 berceaux) sont ainsi promis pour 2021.

Un projet jugé plutôt positivement même par Un centre ville pour tous, une association qui se bat pourtant depuis 2000 contre la politique d’urbanisation et de logement de Gaudin. « Le point faible, c’est l’habitat », notait quelques jours avant la réunion Patrick Lacoste, un de ses animateurs. Mais ce 24 janvier, le militant à la barbe sel, est furax. Sous l’ovation de l’assemblée, il lance : « Si je comprends bien, on repart à zéro ! Quand est-ce que vont commencer les travaux, maintenant ou lors du prochain mandat ? »

Pendant le premier acte, consacré au diagnostic et à la présentation des grandes orientations, les quelques 200 présents découvrent que la rénovation du bâti et la piétonisation du quartier sont renvoyées à après 2019, à l’issu de deux nouvelles études de la métropole ! Pire, la voiture ne semble pas vraiment remise en question : les rues en plateau (sans trottoirs) sont privilégiées et seront fermées par des bornes automatiques, pour permettre les livraisons en matinée. « On sait comment ça marche, les rues seront piétonnes entre 14 heures et 15 heures », ironise Cyril Pimentel du collectif Vélo en ville, avant de tacler : « A Montpellier, ça fait vingt ans que le centre ville est piéton ! » Prudent, en fin de présentation, un des consultants avait prévenu : « Toutes les propositions n’ont pas été reprises. »

ELUS AUX ABRIS

Planqués entre l’estrade et les premiers rangs garnis par leurs troupes, les élus abandonnent rapidement aux techniciens le second acte, le jeu de questions-réponses avec le public. En particulier sur les sujets qui fâchent. Si Solange Biaggi, adjointe aux commerces de Jean-Claude Gaudin, et Sabine Bernasconi, la maire du secteur, font le boulot sur les questions sur l’attractivité, le retour du marché et de ses primeurs habituels ou la piétonisation, la question de l’habitat est par exemple laissée aux services de la métropole. Pire, quand revient sur la table le choix de la ville de ne pas préempter le cours Saint-Thomas d’Aquin, une bastide d’un hectare située à la frontière sud du quartier finalement vendue à un groupe immobilier, afin d’en faire un équipement public, comme l’école dont manque Noailles, les élus préfèrent regarder ailleurs.

Pourtant, ils sont venus en force. En plus de Solange Biaggi et de la maire du secteur ont été mobilisés Monique Cordier, vice-présidente de la métropole à la propreté, Marie-Louise Lota, adjointe aux emplacements, et Gérard Chenoz, adjoint aux « Grand projet d’attractivité ». Ce dernier ne se départit pas de sa morgue habituelle, comme lorsqu’une jeune femme demande où est la population du quartier, absente de cette assemblée bien « blanche ». « Devant sa télé », répond alors goguenard le président de la Soleam, le bras armé de la ville et de la métropole en matière d’urbanisme qui porte le projet de rénovation.

« Méprisant », « honteux », « langue de bois », « grand n’importe quoi ». A la sortie de réunion, beaucoup de participants ne décolèrent pas. « On regrette juste de n’avoir pas d’invendus du marché pour les lancer sur eux ! », jette même une quadra de l’Assemblée de La Plaine, un collectif qui se bat contre le projet de qualification de la place voisine.

Alors que la « concertation » se poursuit jusqu’au 23 février avec une exposition et un registre de remarques à la Direction de l’aménagement et de l’habitat de la Métropole, à quelques centaines de mètres de Noailles, les techniciens confient qu’il n’y aura pas de présentation finale du projet. « Il faudra attendre la délibération », expliquent-t-ils. Avant de lâcher : « On a dû se battre pendant deux ans avec les différents services concernés pour avancer. Aucun élu ne veut porter ce projet. » CQFD ?

Jean-François Poupelin

Un quartier en chantier

Le diagnostic « habitat » du projet de rénovation de Noailles est glaçant : seulement 11 % des immeubles sont considérés « en bon état structurel et d’entretien » et 48 % sont classés « bâti indécent et dégradé », selon le document de présentation de la réunion publique du 24 janvier. Pourtant, entre 2001 et 2009, le quartier a été doté d’un périmètre de rénovation immobilière et d’un programme de travaux déclarés d’utilité publique.

Si la ville de Marseille n’en a jamais fait le bilan, la Chambre régionale des comptes s’est livrée à l’exercice dans son rapport, en 2012, sur Marseille Aménagement, l’ancêtre de la Soleam. Elle y note que 40 % des 3 725 logements dont les propriétaires avaient reçu une obligation de travaux, n’avaient pas été rénovés à la date de sa clôture, le 31 décembre 2009. Et encore le gendarme financier ne s’est pas attardé sur la qualité des rénovations réalisées. Heureusement, l’opération Grand centre ville a pris la relève...

Reportage publié dans le Ravi n°159, daté février 2018

leravi

Fri, 13 Apr 2018 14:47:26 +0200

Un facho chez Castaner

L’histoire d’un militant d’extrême droite ayant travaillé à la mairie de Forcalquier (04)

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Jour de marché à Forcalquier. A l’entrée de la ville, quelques HLM. Au « Viou », on toque au dernier étage. Un jeune nous ouvre. On se présente comme journaliste. Il nous envoie paître. Et claque la porte encore abîmée par l’intervention du Raid. Flash back : le 17 octobre, dans le cadre d’un vaste coup de filet, les forces antiterroristes arrêtent Thomas Annequin, 19 ans. Il est mis en examen et placé en détention provisoire, dans le sillage de l’interpellation à Vitrolles de Logan Nisin, un militant d’extrême droite soupçonné de vouloir s’en prendre à des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon ou l’ancien maire de Forcalquier, Christophe Castaner. Au domicile d’Annequin, seront retrouvées des armes (de poing et d’épaule).

Sur Facebook, celui qui début 2016 a été bombardé «  chargé de mission  » du Parti de la France, ne laisse que peu de doutes sur ses orientations politiques : messages guerriers («  Je ne prierai pas pour Nice, je combattrai pour la France et les Français  »), de soutien à une personne arrêtée pour menaces de mort contre le président de la République, photo d’un tatouage mêlant les lauriers de la marque Fred Perry et le cri de guerre des Croisés, «  Deus Vult  » (Dieu le veut). Avec ce commentaire de Logan Nisin : «  Il ressemble beaucoup à ce que je t’avais dessiné.  » Auparavant, entre deux posts à la gloire du port d’arme, il avait failli se laisser tenter par une croix celtique.

Un « gentil » jeune

Si c’est Logan Nisin qui a attiré l’attention - Annequin n’a eu les honneurs que des médias locaux et des antifas - un détail frappe. Soupçonné de vouloir s’en prendre à Castaner, sur Facebook, il indique travailler à la «  mairie de Forcalquier  » ! Précision d’un adjoint : «  On ne l’a pas embauché mais il y a effectué, en juillet, à la voirie, des travaux d’intérêt général. Sans qu’on connaisse son passé. On ne fait pas d’enquête sur ceux que nous accueillons.  »

S’il n’en sait guère plus sur l’enquête, Christophe Castaner, aujourd’hui président de LREM, nous confirme  : «  Je connaissais ce garçon puisque je l’avais pris en TIG. Quand il a été interpellé, j’ai eu une petite inquiétude. Mais, a priori, c’est quelqu’un avec qui j’ai toujours eu des relations cordiales. Je ne pense pas qu’il visait ma sécurité ou ma famille. S’il l’avait voulu, il aurait pu.  »

Le parcours de celui qui fut membre en 2009 du «  conseil municipal des jeunes  », interroge. Un de ses instits’ ne comprend pas la «  transformation de ce garçon gentil issu d’une famille pauvre mais attentive en militant d’extrême droite  ». Une autre personne qui l’a connu se dit moins surprise : «  Il était gentil. Trop, peut-être. Et Manosque, ce n’est pas Forcalquier. C’est pas les quartiers nord mais le harcèlement, ça existe. Pour peu qu’il se soit fait emmerder et ensuite endoctriner…  »

S’il y en a un qui est «  tombé sur le cul  » en apprenant son arrestation, c’est Olivier Bianciotto. Figure connue de l’extrême droite marseillaise, c’est lui qui l’a enrôlé au Parti de la France. «  Quoique jeune, sur un territoire a priori pas très favorable à l’extrême droite, il avait déjà un petit groupe militant autour de lui à Manosque. Or, une structure comme un parti, ça donne un cadre légal. Voilà pourquoi je l’ai désigné comme représentant local du Parti de la France, en le faisant épauler par un militant plus âgé.  » Un ancien du FN et de la Ligue du Sud, Louis Brot (1).

Un « touriste » radicalisé

A mi-mot, il reconnaît qu’Annequin animait une page intitulée «  anti-Antifa 04  » qui n’hésitait pas, nous dit-on, à cibler militants et personnalités de gauche. Et confirme la condamnation d’Annequin à des TIG «  suite à des tags d’extrême droite à Manosque : on l’a d’ailleurs recadré après ça  ». Mais Bianciotto ne croit pas à l’hypothèse terroriste : «  Si Logan est connu pour être dans la provocation, la seule chose qu’on semble pouvoir reprocher à Thomas, c’est d’avoir participé à des discussions sur internet où, pour tenir la place, il a dû aller un peu loin. Mais, à ma connaissance, rien de plus. Ce n’était pas un skin qui venait chercher de la baston et de la bière. Et, au moment où il s’est fait arrêter, il était en train de se mettre en retrait. Il avait quitté le Parti de la France, estime celui qui a lui-même quitté cette organisation. Quant aux armes, ce sont celles de son frère qui est tireur sportif.  »

Si le ministre de l’Intérieur estime qu’il ne s’agit pas de «  la bande la plus sérieuse qu’on ait arrêtée au cours des derniers temps », pour le spécialiste de l’extrême droite, Jean-Yves Camus, «  on a affaire là à des "touristes". S’il y a "radicalisation", ce n’est pas du fait de ce qu’ils trouvent au sein des différentes organisations mais plutôt à cause de ce qu’ils n’y trouvent pas. C’est ce qui s’est passé avec Maxime Brunerie (2). Et c’est ce qu’il faut avoir en tête quand on réclame la dissolution d’un groupe. Parce que, lorsqu’il disparaît, ceux qu’on avait repérés et qui y étaient encadrés disparaissent dans la nature  ».

D’ailleurs, quand on fait remarquer au chercheur que Forcalquier n’est pas forcément une terre d’élection pour l’extrême-droite, il rétorque : «  Peut-être. Mais c’est là où s’est installé Pierre Vial, l’animateur de Terre & Peuple. » Un vieux de la vieille de la droite nationaliste. Qui, sur son site web, en guise de message de bonne année, s’est fendu d’une vidéo baptisée « esprit communautaire  » où l’on voit des couronnes et des bûches ornées, entre autre, de croix gammées. L’esprit de Noël, probablement...

Sébastien Boistel (avec La Canarde Sauvage)

1. Il ne parle pas plus au Ravi qu’à sa famille...

2. Ancien d’Unité Radicale qui a tiré sur Chirac le 14 juillet 2002

Enquête publiée dans le Ravi n°159, daté février 2018

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