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Le Fil Rouge 38

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Sat, 11 Nov 2017 23:22:01 +0100

Catalogne : le mouvement révolutionnaire de 1936

Préface de Jean-Jacques MARIE à l'ouvrage :

POUVOIR LÉGAL ET POUVOIR RÉEL DANS LA CATALOGNE RÉVOLUTIONNAIRE DE 1936

Le Gouvernement de la Généralité face au Comité Central de Milices antifascistes et aux différents pouvoirs révolutionnaires locaux

Cahiers du mouvement ouvrier, numéro spécial

CAHIERS DU MOUVEMENT OUVRIER • 28, RUE DES PETITES-ECURIES • 78010 PARIS3

JOSEP ANTONI POZO GONZALEZ

LOIN DE LA VISION DOMINANTE

Ce que l'on appelle souvent « la guerre d'Espagne » a suscité depuis près de 70 ans une pluie d'ouvrages qui, pour ceux qui se proclament antifascistes, orchestrent à peu près toujours la même vision : la guerre — héroïque — des forces républicaines pour résister au coup d'État fasciste soutenu par l'Allemagne nazie et l'Italie de Mussolini et leur défaite finale due à la supériorité de ces derniers, malgré le soutien de l'URSS, et à la non-intervention décidée par la France de Blum, l'Angleterre de Baldwin (ainsi d'ailleurs que par Berlin et Rome et au début par Staline d'abord convaincu que la rébellion allait vite l'emporter). Rares sont les ouvrages qui se situent en dehors de cette vision pour le moins schématique et l'on a souvent l'impression lassante de lire des variations sur un thème identique, celui d'une histoire officieuse qui, après la chute du franquisme, prend les allures d'une histoire officielle. L'un exaltera plus que l'autre l'héroïsme des Brigades internationales ou portera un jugement plus nuancé que le voisin sur « l'aide soviétique » (surtout depuis la chute de l'URSS qui libère certains historiens de diverses contraintes idéologiques). Mais il ne s'agit là que de nuances dans une vision unique.

Cette vision dominante occulte plus ou moins complètement les organes populaires indépendants du gouvernement bourgeois dit de front populaire constitués dès les premiers jours du soulèvement qui répondit au putsch franquiste et qui formèrent, surtout en Catalogne, l'embryon d'un pouvoir révolutionnaire (ou double pouvoir) opposé à l'État bourgeois républicain disloqué à la fois par la rébellion militaire et par le soulèvement populaire qui y répondit.

UNE VAGUE DE « COMITÉS »

Dès le 19 juillet 1936, en effet, comme le souligne Josep Antoni POZO de multiples « comités révolutionnaires » s'étendirent comme une traînée de poudre sous les noms, les plus variés -» Comité de Milices », « Comité Antifasciste », « Comité Révolutionnaire », « Comité Populaire », « Comité de Défense », « Comité de Salut Public ». Ils avaient tous comme « objectif initial d'organiser la réponse contre les insurgés et de prévenir toute action de soutien à ces derniers (...). Le plus connu et celui qui acquit le plus d'importance, tant par la place qu'il occupa que par l'influence qu'il eut, c'est sans doute celui qui porta le nom de Comité Central de Milices Antifascistes, constitué à Barcelone. Les autres capitales catalanes suivirent le même chemin. À Gérone, se constitua le Comité Exécutif Antifasciste de Gérone et sa région, présidé par un militant de la CNT et un député de l’ERC, comité qui, installé au siège du Gouvernement Civil devait se charger des affaires de la ville. À Lérida, se forma également un comité sous le nom de Comité Populaire, composé exclusivement d'organisations ouvrières, avec cette même fonction et une structuration qui rappelait celle d'un gouvernement ouvrier. A Tarragone, se constitua également un comité qui sous des appellations successives -il finirait par adopter celle de Comité Exécutif du Front Antifasciste- fonctionna comme première autorité de la ville. »

Cette éclosion massive de comités, qui se répandent non seulement en Catalogne, mais sous des formes similaires dans les deux tiers de l'Espagne qui ont mis en échec le putsch franquiste, eut un caractère totalement spontané ; aucune organisation ne lança d'appel spécial pour les constituer mais en même temps leurs fondateurs furent des militants de toutes les tendances du mouvement ouvrier et même de simples républicains antifascistes. « Une semaine à peine après les événements, souligne POZO, il n'y avait pratiquement aucune municipalité sans son comité. »

POZO analyse la « situation très particulière » ainsi créée par « l'activité de tous les comités révolutionnaires qui, d'une manière ou d'une autre, disputèrent l'exercice de l'autorité aux représentants des pouvoirs légaux dans leurs domaines territoriaux d'activité respectifs (...) Tout au long du mois de juillet et au cours des semaines qui suivirent, l'existence de deux pouvoirs de nature différente et qui obéissaient à des impulsions différentes, peu à peu prendrait forme clairement. D'un côté, le pouvoir révolutionnaire représenté par les centaines de comités, et de l'autre le pouvoir légal ou constitutionnel, représenté par le Gouvernement de la Généralité et tout l'appareil politico-administratif du gouvernement autonome. Le premier représentait la légitimité révolutionnaire issue de la lutte contre les militaires insurgés et de toutes les mesures adoptées au nom de cet objectif. Le second, représentait la légalité républicaine qui était mal en point à la sortie des événements, mais qui était toujours en vigueur. La représentation la plus connue de cette dualité a été sans doute le Comité Central de Milices Antifascistes, l'organisme qui en théorie représentait les différents pouvoirs révolutionnaires locaux et qui a symbolisé le changement qui s'était produit après les journées de juillet. »

LE COMITÉ CENTRAL DE MILICES ANTIFASCISTES

Josep Antoni POZO analyse d'abord longuement l'existence éphémère de ce Comité central de milices antifascistes de Catalogne, constitué dès le 21 juillet 1936 et dissous le 14 septembre 1936 avec l'accord de toutes les forces politiques qui y étaient représentées, du PSUC stalinien au POUM en passant par la CNT. Il étudie l'attitude politique des représentants de ces forces politiques qui s'accordèrent finalement assez vite sur la décision de le liquider pour restaurer l'autorité des autorités républicaines, en un mot de l'État bourgeois. Certes certains historiens évoquent ce Comité central, l'activité des comités qu'il coordonne et sa brève existence de deux mois :Pierre Broué y consacre 14 pages dans la Révolution et la guerre d'Espagne écrit avec Émile Témime exactement autant que César Lorenzo dans Les Anarchistes espagnols et le pouvoir mais n'en parle pas du tout dans Staline et la révolution entièrement consacré à la guerre d'Espagne ; Abel Paz ne consacre pourtant que 12 pages sur 750 au Comité central de milices antifascistes de Catalogne dans son Durruti en la revoluciôn espanola, Munis évoque la question dans une vingtaine de pages de ses : Leçons d'une de cite, promesse de victoire. Mais ce dernier livre lui-même, assez peu nourri de faits précis sur cette question, n'enrichit guère, malgré son intérêt politique, les analyses générales données par Trotsky du lointain Mexique où il avait pu trouver refuge. Enfin, si ces ouvrages évoque le Comité central de milices, aucun d'eux ne se penche sur l'activité des comités de base ; ils n'évoquent guère que ce qui se passe au sommet, parmi les dix membres du comité central. Même le livre de Burnett Bolloten La Guerra civil espaliola, Révolucion y contrarrevolucion, reste bien souvent à la superficie des événements qu'il décrit. C'est la probable raison de l'exigüité des 4 pages suivies (604 à 607 de l'édition espagnole) qu'il consacre au Comité central de milices antifascistes dont il fait une brève présentation. Mais ce livre de 1200 pages, œuvre d'une vie de recherches, rédigé avec la plus grande honnêteté et un sens critique bien réel, si précieux à tant d'égards reste un outil indispensable. Une édition française est annoncée pour la rentrée 2014, elle viendra combler un trou laissé béant par les éditeurs. Cependant avec Josep Antoni POZO on passe des généralités, certes souvent pertinentes, mais, je le répète, très générales, à une analyse de l'activité des comités locaux dont le Comité central de milices devait au moins théoriquement fédérer l'action. Cette analyse est fondée sur le dépouillement d'une masse d'archives sur cette action en Catalogne au cours de l'été 1936. POZO donne ainsi à son lecteur tous les éléments factuels pour obtenir une vision de la réalité du double pouvoir un moment constitué dans la Catalogne profonde en dessous des cercles politiques officiels, dans le cœur même du pays, de sa classe ouvrière et de sa paysannerie.

Il consacre quarante-quatre pages à l'examen détaillé de cette action à travers l'étude de quelques comités significatifs dont il a dépouillé les procès-verbaux. Ces pages se concluent par le procès-verbal de la dernière réunion du comité dont tous les membres acceptent la dissolution.

UNE ÉTAPE DÉCISIVE

Cette conclusion marque une étape dans le rétablissement de l'état bourgeois — c'est-à-dire d'un État qui défende le propriété privée des moyens de production et le réseau des banques privées liées par leur nature au système financier mondial - contre les aspirations profondes des masses, rétablissement dont les staliniens du PSUC qui contrôlent l'UGT en Catalogne se font les partisans les plus déterminés.

Cette conclusion est précédée d'une étude de l'évolution des positions de la CNT, de ses principaux dirigeants (Garcia Oliver, Frederica Montseny, Abad de Santillan, Mariano R. Vazquez, etc), de leurs différences d'appréciation qui débouchent pourtant en fin de compte sur une position commune : la reconnaissance de la souveraineté du gouvernement de la Généralité de Catalogne, c'est-à-dire des institutions disloquées par le 17-19 juillet et en cours de reconstruction avec leur aval, puis l'entrée dans le gouvernement de la Généralité et donc le rétablissement de « l'ordre républicain » qui précède leur entrée dans le gouvernement de Madrid. Or la CNT, bien qu'ayant perdu près de la moitié de ses membres depuis 1931 (réalité trop souvent occultée que rappelle Josep Antoni POZO) occupe une position déterminante sur l'échiquier politico-syndical de la Catalogne. L'analyse serrée de POZO est, comme le reste du livre, fondée sur des documents et sur les déclarations mêmes des dirigeants anarchistes.

Son étude a une portée générale qui dépasse le simple cadre historique des quelques mois décisifs où se joua en réalité le sort de la révolution

Il souligne en effet à juste titre : ‹, La révolution sociale qui éclata au cours de l'été 1936 a réuni quelques-uns des éléments qui ont caractérisé chacune des révolutions ouvrières classiques du XXème siècle : d'abord, l'assaut généralisé contre la propriété privée dans ses différentes expressions ; en deuxième lieu, le désir manifeste de changer, en faveur des ouvriers et des paysans, l'hégémonie et le statut des classes sociales en vigueur jusqu'alors ; et, enfin, la volonté d'établir leurs propres mécanismes de décision politique en marge de ceux qui étaient légalement établis, comme formule pour garantir l'adoption de toutes les mesures révolutionnaires nécessaires pour mener la lutte contre le fascisme jusqu'aux ultimes conséquences. De cette manière, parallèlement au processus par lequel les travailleurs essayaient de neutraliser les insurgés, ils s'appropriaient les usines et les ateliers, confisquaient les terres et les biens à la campagne et à la ville, et était établie la norme du contrôle ouvrier comme système généralisé de fonctionnement dans la société ; l'initiative révolutionnaire combinée à la paralysie de l'État, ouvrit la voie au surgissement de formes d'organisation en rapport direct avec l'exercice de l'autorité qui, sans remettre en cause directement le pouvoir politique légal ou constitutionnel, dans la pratique finiraient par devenir le rival de ce dernier, dans une sorte de contre-pouvoir qui par sa nature et par ce qu'il représentait, subvertissait cette même légalité républicaine et la menaçait. »

Il précise : « L'organisme qui symbolisa cette situation et qui exprima le nouvel état de choses fut le Comité ou pour mieux dire, les comités qui sous différents noms ou appellations couvrirent toute la Catalogne (...) et qui exercèrent la plus haute autorité la où ils agirent, -fondamentalement au niveau local-, parfois avec la collaboration des maires, et parfois aussi sans leur concours. » Ils se constituèrent dans toutes les villes industrielles importantes, dans toutes les agglomérations grandes ou petites, là où existaient des éléments d'organisations ouvrières. POZO montre que quelles que fussent les différences (domination des militants ouvriers ou, dans certains cas, des « républicains » représentés par les maires en place « tous les comités eurent tendance à « se séparer » et à se structurer organiquement de manière autonome, même s'ils utilisaient un certain nombre des mécanismes municipaux. »

UN DOUBLE POUVOIR DE FAIT

La résorption puis la liquidation du double pouvoir ainsi créé se fait par étapes. Pour y parvenir les partisans du rétablissement de l'ordre bourgeois tentent d'abord de ne pas faire du Comité central de milices un rival du gouvernement en tentant d'abord de cantonner le Comité Central de Milices dans un rôle d'auxiliaire des autorités puis de lui attribuer les fonctions d'un organisme de collaboration avec elles, et d'abord un rôle spécifiquement ou purement militaire. Or souligne POZO « Loin de ce rôle subsidiaire, le Comité Central de Milices devait s'affirmer progressivement durant les premiers jours comme une « autorité » révolutionnaire qui, sans remettre directement en cause les pouvoirs légaux et sans apparaître comme un organisme opposé directement et publiquement à l'autorité du Gouvernement de la Généralité, prit en charge de manière indépendante toute une série de fonctions clés -ordre public et défense- et, par extension, d'autres qui étaient en rapport avec différents aspects économiques, sociaux, etc., qui lui attribuèrent réellement la physionomie d'un gouvernement dans l'ombre. » Ainsi « il existait deux pouvoirs à Barcelone : l'un représenté de manière générique par les organisations ouvrières, exercé fondamentalement à travers les syndicats et le Comité central de milices lui-même, et l'autre, représenté par le Gouvernement de la Généralité, avec les forces qui le soutenaient et les restes de l'appareil institutionnel du régime républicain et de l'administration autonome ».

UNE SEULE ALTERNATIVE

Cette situation ne pouvait, comme le souligne POZO, déboucher que sur deux issues : ou la dissolution du gouvernement républicain légal et la prise du pouvoir par le Comité central de milices transformé en gouvernement et en assumant pleinement toutes les fonctions ou la réduction du Comité central de milices au rôle d'auxiliaire puis d'appendice du gouvernement légal. Pendant tout le mois d'août, montre POZO, « cette question a été l'une de celles au centre de la discussion interne dans les cercles dirigeants du mouvement libertaire ; la situation n'était pas encore mûre [dans la CNT] pour adopter la position à laquelle finalement on parviendrait en septembre. », c'est-à dire la seconde pour laquelle, de l'extérieur, les délégués de la Gauche républicaine (ERG) et du PSUC, qui adossé à l'URSS et apportant un soutien inconditionnel au Gouvernement de la Généralité, joua un rôle de plus en plus important, exerçaient une pression d'abord prudente mais permanente et de plus en plus vigoureuse.

Cette pression pouvait s'exercer avec d'autant plus de puissance qu' aucune force organisée ne tenta de donner une forme politique achevée au mouvement spontané de création des comités: « Dans le camp des ouvriers, souligne POZO, personne n'évoqua la nécessité de remplacer le gouvernement de la Généralité par un gouvernement révolutionnaire » alors que « les représentants du pouvoir légal n'avaient pas d'autre possibilité que de s'en remettre aux révolutionnaires pour continuer de maintenir l'édifice institutionnel ». Ainsi la situation de juillet 1936 après l'échec du soulèvement militaire en Catalogne peut se traduire par un paradoxe : « Ceux qui voulaient gouverner ne le pouvaient pas, ceux qui pouvaient réellement le faire, ne voulaient pas, ou tout au moins, ne voulaient pas le faire ouvertement. C'est autour de cette contradiction qu'allait tourner une bonne partie du jeu politique pendant les premières semaines ».

La question de la participation ou non de la CNT au Gouvernement de la Généralité est devenue la clé de la situation. POZO met l'accent sur le caractère décisif de cette question : « tant que la CNT ne s'était pas décidée à participer, le Comité central de milices subsistait et avec lui, tous les pouvoirs révolutionnaires locaux, ce qui, maintenait un facteur d'instabilité et de crises. Au contraire, si la CNT se décidait à intégrer le gouvernement, le chemin vers la restauration de l'autorité gouvernementale et du rétablissement de la légalité républicaine s'ouvrirait alors. Aucune des organisations présentes au Comité central de milices ne s'est opposée à sa dissolution. » Le schéma est simple : tous les dirigeants de la CNT et de la FAI, malgré leurs différences, cèdent à la pression de l'État bourgeois pourtant disloqué et de toutes les forces attachées à sa reconstruction, et les dirigeants du POUM, qui réclamaient pourtant en juillet 1936 la constitution d'un « gouvernement. ouvrier », cèdent à leur pression. Certes l'unique représentant du POUM au Comité central de milices ne pouvait à lui seul empêcher sa liquidation, mais en l'approuvant il aliène l'indépendance politique du POUM sur la question centrale du pouvoir et annonce l'entrée d'Andreu Nin dans le gouvernement bourgeois de la Généralité.

UNE RÉSISTANCE ÉTOUFFÉE

Le 10 septembre, tous les délégués ratifiaient la décision qui sera confirmée le 14 de dissoudre cet organisme qui laissait la voie libre à la participation de toutes les organisations à un nouveau Gouvernement de la Généralité.

De nombreux militants anarchistes et anarcho-syndicalistes résistèrent plus ou moins farouchement au ralliement à l'État bourgeois des dirigeants du mouvement libertaire, qui les avaient nourris des années durant de discours vigoureux contre l'État en général et contre l'État espagnol — dont les anarchistes subissaient régulièrement la violence, parfois meurtrière - en particulier. Mais la coalition de tous les dirigeants de la CNT et de la FAI et le soutien que leur apportent massivement les cadres moyens c'est-à-dire l'appareil des deux organisations étouffent cette résistance qui, souligne POZO, « s'est exprimée lors des premières actions du Gouvernement de la Généralité, qui dissolvait les comités locaux et installait des conseils municipaux « antifascistes » dans les municipalités, ce que de nombreux militants considéraient une erreur profonde, parce qu'ils aideraient irrémédiablement à changer le rapport de forces à l'échelle locale —ce qui en effet se produisit( ...). Le pouvoir révolutionnaire local exercé à travers les différents comités qui malgré toutes leurs déficiences répondait à l'élan de la révolution, fut remplacé par une structure municipale rénovée, qui répondait —ou devait répondre— à l'autorité du gouvernement. De plus, dans ces nouveaux gouvernement municipaux, on faisait entrer obligatoirement des secteurs politiques et sociaux qui souvent étaient restés en dehors de la représentation dans les comités. » Grâce à quoi la possibilité de constituer une majorité « antifasciste» en opposition à la « révolutionnaire », fut une réalité dans de nombreuses municipalités catalanes. »

 

UN CHANGEMENT PROFOND

Le changement n'était pas une simple formalité, même si souvent le nouveau conseil municipal était constitué des mêmes personnes. Dès lors en effet ce conseil municipal — à la différence du comité dont il prenait la place à partir de ces moments-là, le maire et l'ensemble des élus municipaux, « devaient rendre compte de leur action, non aux organisations dont ils faisaient partie, ou à leurs adhérents, ou à l'ensemble des adhérents, mais en premier lieu, aux autorités dont ils dépendaient, c'est-à-dire, le Gouvernement de la Généralité. » dont la souveraineté était ainsi rétablie. POZO voit là « un changement substantiel qui sera décisif. Avec la réorganisation municipale, le processus de rétablissement institutionnel a reçu une impulsion très importante parce que, pour la première fois depuis le 19 juillet, le Gouvernement de la Généralité disposera de la possibilité d'utiliser un des instruments que la révolution avait rendus inutiles ‑l’appareil municipal‑, afin de renforcer son autorité et de rétablir les mécanismes politiques et administratifs qui permettraient à ses décisions d'atteindre tous ses destinataires. »

Même si Andreu Nin ne siégea jamais au Comité central de milices (il y fit déléguer d'autres membres de la direction du POUM, Rovira au début, Gorkin à la fin) sa position de dirigeant central du POUM, après l'arrestation de Joaquin Maurin par les franquistes, lui font porter une lourde responsabilité dans le soutien à la décision unanime de liquider le Comité central de milices. Il décida d'ailleurs de descendre lui-même à Lerida, place forte du POUM, pour y dissoudre le comité révolutionnaire local et le remplacer par une municipalité soumise institutionnellement à la « légalité ». C'est la logique de ce choix qui l'amènera à accepter la poste de Ministre de la Justice dans le Gouvernement de la Généralité.

L'ANNONCE DES JOURNÉES DE MAI 1937

Ces deux mois sont donc décisifs pour l'avenir — ou plus exactement pour l'enterre-•ment — de la révolution. On voit déjà se dessiner dans le livre de POZO les fils du drame des journées de mai 1937 à Barcelone lorsque des milliers d'ouvriers, en majorité anarchistes et certains membres du POUM, se dresseront contre la tentative stalinienne de les soumettre par la violence à la politique de soutien à l'ordre bourgeois. Le schéma du Comité central de milices se reproduit alors : les dirigeants de la CNT cèdent à la pression de l'État bourgeois, ceux du POUM à leur tour cèdent à leur pression. Ils appelleront alors les uns et les autres les ouvriers à cesser le combat...Des centaines de militants anarchistes paieront ce recul de la prison, Andreu Nin le paiera de sa vie et le POUM sera dissous... On devine déjà cette issue dans le sort réservé au Comité central de milices par ses responsables unanimes, comme le souligne le procès-verbal de sa dernière réunion reproduit à la fin du livre de POZO. Un livre à lire donc, différent par sa nature de l'énorme littérature propagandiste aux accents héroïques qui encombre l'histoire de la révolution espagnole et de sa défaite.

Tue, 04 Jul 2017 13:43:08 +0200

VIDEO - Pierrot chez les soviets - 1ère partie

Approchez mesdames, approchez messieurs, venez tous voir et admirer…

Le cirque électoral a donné à plein cette année :
primaires, présidentielles, législatives…

Admirez, admirez la belle représentation populaire !
Avec 24% des votants, 12% des inscrits, on a un beau président tout neuf, tout beau tout dynamique !
Avec 56% d'abstention !

Alors y a-t-il des alternatives à la représentation parlementaire ?

Ce jeudi 29 juin 2017, Pierrot est parti en Russie, vers 1905.
Là-bas ça chauffe, même en janvier, voilà les premiers soviets !

Il n'y a pas une minute à perdre !

Le Fil Rouge38

Tue, 04 Jul 2017 13:38:05 +0200

VIDEO - Pierrot chez les soviets - 2ème partie

2ème partie : 1905, des soviets partout !
 

On n'avait jamais vu ça !
 

Mais 1906 : des flics partout, les soviets effacés, les chefs exilés.
Les "singes jaunes" font tomber Nicolas (le grand, pas le petit , ni le petit )
Fin de la guerre, on bouffe mieux, ça se calme jusqu'en 1912.
1912, ça repart, grèves, barricades

Revoilou les soviets.

Le Fil Rouge38

Tue, 04 Jul 2017 13:31:11 +0200

VIDEO - Pierrot chez les soviets - 3ème partie

Un drame absolu !

ça commençait bien pourtant : les soviets arrêtent Kornilov !

Les  bolcheviks prennent le palais d'Hiver et donnent le pouvoir aux soviets.

On vire la Constituante...

La terre aux paysans, la paix de Brest-Litovsk, fin de la guerre.

Mais ça se gâte à l'intérieur : grèves, famine, tout est bloqué.

Les soviets prennent tout en main.

Les armées blanches attaquent : guerre civile.

Militarisation, bureaucratisation…

En 1921, les soviets sont morts.

Il n'y a pas une minute à perdre ???

Le Fil Rouge38