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Sun, 25 Feb 2018 08:55:07 +0100

Prison avec sursis requise contre les « Tigres » du 12ème arrondissement de Paris

Entre trois et cinq mois de prison avec sursis. Telles sont les peines requises jeudi soir par le parquet à l’encontre de trois policiers jugés pour des violences sur deux adolescents, une fille et un garçon, à Paris. Les trois agents appartenaient à la Brigade de soutien des quartiers (BSQ) du XIIe arrondissement.

Cette unité a fait l’objet, le 17 décembre 2015, d’un dépôt collectif de 44 plaintes par 18 jeunes du quartier qui dénonçaient les exactions de onze agents, notamment des contrôles à répétition accompagnés de multiples brutalités et humiliations en tout genre. Au final, seules trois de ces plaintes contre quatre policiers ont été retenues, les autres ayant été classées sans suite.

Le premier des faits jugés remonte au 5 juillet 2014. Les « Tigres », surnom donné aux membres de la BSQ en raison de leur écusson cousu sur leur uniforme, interpellent sans réel motif un mineur prénommé Yassine, avant de l’emmener au commissariat où il aurait reçu une gifle. Six mois plus tard, le même Yassine se prend, cette fois, des coups au visage.

A chaque fois, le contexte est le même : une énième altercation lors de contrôles d’identité injustifiés, menés par les agents de la BSQ pour « marquer le territoire » et faire disparaître certains jeunes de l’espace public. « Ils nous connaissent, ces contrôles sont faits pour nous énerver : on dirait qu’ils ont la rage contre nous », raconte, parmi d’autres témoignages, un des habitants du 12ème arrondissement.

Julie, la troisième plaignante âgée de 14 ans à l’époque, a raconté, elle, avoir été aspergée en juillet 2015 de gaz lacrymogène, frappée à la cuisse avec une matraque. Comme Yassine, ses accusations sont étayées par des photos et un certificat médical. Les autres plaintes classées sans suite faisaient état de faits encore plus alarmants : propos racistes, téléphones portables fouillés, palpations abusives visant les parties génitales, voire des « doigts dans les fesses »...

A la barre, les policiers prennent la stratégie du parole contre parole et nient en bloc. « Ce n’est qu'un tissu de mensonges », assène Me Jérôme Andréi qui dénonce un procès surmédiatisé pouvant « nuire à la présomption d’innocence » de ses clients. Mais sur le fond, les arguments manquent. Les policiers sont incapables d’expliquer précisément les faits et les constatations médicales faites sur les jeunes, si ce n’est en insinuant la fabrication de faux certificats.

Pour Me Slim Ben Achour, l’un des avocats des plaignants, le comportement inexcusable des agents est clair : « On note une absence de connaissance des règles et des principes des codes de procédure de la part des accusés, ils ignorent la liberté d’aller et venir », lâche-t-il.

Dans son réquisitoire, la procureure reconnait à plusieurs reprises un « usage de la force disproportionné ». Et se montre peu convaincue par la version des policiers qui « ne reflète pas la réalité démontrée » par les certificats médicaux. La magistrate requière cinq mois de prison avec sursis et une interdiction d'exercer pendant trois mois contre un des policiers et trois mois de sursis contre un deuxième. Elle demande, en revanche, la relaxe pour un des agents que Julie n’est pas certaine d'avoir reconnu.

Un réquisitoire minimaliste. Sur le fond, la magistrate ne veut pas voir le caractère systémique de ces brimades. « Je tiens à ce que ce dossier ne soit pas présenté de façon excessive: ce n'est pas celui d'un groupe de policiers racistes, violents qui au quotidien réalisent des contrôles d'identité en toute illégalité contre de jeunes innocents », glisse-t-elle. Avant d’ajouter que les faits se sont déroulés dans « un quartier particulièrement sensible », où les riverains se plaignaient de troubles à la tranquillité publique. Comme si c’était une excuse à des comportements violents de la part de représentants de l’Etat...

L’affaire reste emblématique des tensions qui existent entre jeunes de quartiers populaires et forces de l’ordre, avec en arrière-plan une « discriminations raciales », estime Me Slim Ben Achour. « Ce ne sont pas n’importe quels jeunes qui sont visés, mais ceux que les policiers qualifient ‘‘d’indésirables’’ en interne. » Quelque soit le jugement final, attendu le 4 avril, l’avocat, qui a déjà fait condamner l’État en 2016 pour contrôles d’identité au faciès, ne compte pas en rester là. Le fait que les autorités supérieures aient laissé faire de tels actes, sans réagir, pourrait amener la partie civile à mener une action judiciaire contre l’État.

Sat, 24 Feb 2018 11:31:29 +0100

En deux ans, 27000 vies sauvées grâce à l'équipage de l'Aquarius

Long de 77 mètres, l'Aquarius a quitté le port de Marseille, le 20 février 2016, pour sauver des migrants en détresse au large de la Libye. Affrété par l'ONG SOS Méditerranée est financé quasi-exclusivement par des dons privés. Deux ans plus tard, le bateau orange et blanc, qui avait auparavant servi pour la surveillance de la pêche, est le seul à n'avoir jamais quitté la zone de sauvetage. Avec l'aide de personnel médical de Médecins sans Frontières, l'"ambulance des mers" a contribué à sauver 27.000 vies.

"Quand on est partis, on n'imaginait pas que ça durerait plus d'un an! C'est un rêve qui s'est réalisé", raconte Klaus Vogel, premier capitaine de l'Aquarius. Un rêve et une promesse, faite un an plus tôt par celui qui tient alors la barre d'un porte-conteneurs à la mairesse de l'île italienne Lampedusa, où s'échouent de nombreux migrants: il lui jure de "revenir avec un gros bateau pour sauver des gens".

Les premiers jours pourtant, l'équipage est destabilisé: la météo est désastreuse et aucune embarcation ne s'aventure en mer: "On se demandait ce qu'on était venus faire ici...", se rappelle Jean. Quinze jours plus tard, à 06H56, un message de Rome: "Zodiac en détresse...100 personnes... Lat 33.13, Long 13.07 E". Un premier sauvetage "idéal": "On était prêts, on avait eu le temps de travailler nos procédures, même si le matériel n'était pas extraordinaire".

A l'hiver 2016, quand SOS Méditerranée se déploie au large de la Libye, elle rejoint une flotille humanitaire constituée depuis l'abandon par la marine italienne de l'opération Mare Nostrum. L'Aquarius, "vaillant navire" selon Francis Vallat, le président de SOS Méditerranée, se démarque car il est alors le plus gros à rester en permanence dans la zone, capable de prendre à bord plus de 1.000 personnes et de les transporter jusqu'en Italie.

Au printemps 2017, les ONG subissent une salve d'attaques de la part du gouvernement italien qui les accuse de connivence avec les réseaux de passeurs et les oblige à signer un code de bonne conduite. Surtout, les garde-côtes libyens, formés par l'UE, ont récupéré au printemps des vedettes fournies par l'Italie et repoussé les ONG plus loin de leurs côtes, en élargissant leur zone de recherche et de secours. Une situation "confuse, parfois dangereuse" selon Francis Vallat, révolté par le fait que les garde-côtes "ramènent les migrants dans l'enfer libyen".

Cette tension a poussé plusieurs ONG à retirer leurs navires, d'autant que des accords conclus par Rome avec les autorités et les milices libyennes ont provoqué une baisse drastique des départs. Depuis juillet 2017, le nombre d'arrivées en Italie a baissé de 70% par rapport à la même période un an plus tôt selon les autorités. Les humanitaires doivent en effet faire face à la polémique portée par des responsables européens, qui les accusent, comme ils accusaient l'opération Mare Nostrum, d'avoir créé un "appel d'air" pour les migrants.

"Faux", répond Francis Vallat, "ces gens ne partent pas en quête d'un eldorado, ils fuient un enfer". La majorité des migrants sont sauvés par des navires militaires, rappelle-t-il aussi: selon les gardes-côtes italiens, les migrants secourus par des ONG ont représenté 1% du total en 2014, 13% en 2015, 26% en 2016 et 46% en 2017. En deux ans, cinq bébés ont poussé leur premier cri sur l'Aquarius. L'une d'entre elles, la petite Mercy, a inspiré le duo français Madame Monsieur, sélectionné pour l'Eurovision 2018.

Sat, 24 Feb 2018 08:11:33 +0100

Évasion fiscale. Attac 1 - Apple 0

Le groupe américain avait déposé l'assignation fin décembre, trois semaines après l'occupation de son magasin proche de l'Opéra de Paris par une centaine de militants d'Attac, qui venaient y dénoncer "l'évasion fiscale massive pratiquée par la marque à la pomme". "Deux jours plus tôt, nous avions été reçus par la direction d'Apple France, mais cela a été un dialogue de sourds, tout ce qui les intéressait était de savoir si nous comptions poursuivre nos actions", a déclaré le porte-parole d'Attac, Raphaël Pradeau.

Afin de justifier son assignation, la marque à la pomme avait souligné le "risque imminent pour Apple, ses employés et ses clients" que feraient courir les actions de l'association.

Le "dommage imminent" invoqué par Apple pour justifier cette demande n'est "pas caractérisé", a expliqué le tribunal de grande instance (TGI) de Paris. "Attac menace de réitérer des actions qui ont déjà causé un préjudice à Apple et qui aboutiront à vandaliser les magasins exploités par Apple, à mettre en péril la sécurité de ses employés et de ses clients et à causer un préjudice commercial à Apple", affirmait alors le géant technologique dans sa demande au TGI.

"La simple pénétration de militants dans l'enceinte du magasin (...) ne suffit pas à caractériser un dommage imminent", a au contraire estimé le juge vendredi.

"Le tribunal reconnaît la légitimité de nos actions et va jusqu'à dire que nous sommes d'intérêt général et que nous sommes en droit de mener ces actions, même s'il ne se prononce bien entendu pas sur le sujet de fond", s'est félicité Raphaël Pradeau pour l'ONG.

Attac avait notamment conduit plusieurs actions le 3 novembre, date de la sortie du dernier smartphone Apple, l'iPhone X, aux magasins de Paris-Opéra et d'Aix-en-Provence, dans le cadre de sa campagne #ApplePayeTesImpôts. Plusieurs militants d'Attac avaient également envahi le magasin de Paris-Opéra le 2 décembre, dans le cadre de cette campagne.

Revenant en particulier sur l'occupation du 2 décembre, le tribunal estime que "la pénétration a eu lieu sans violence" et que l'évacuation du magasin s'est déroulée "spontanément, sans intervention des forces de l'ordre". "Aucune dégradation n'est invoquée par Apple, qui parle des "actes de vandalisme" ou des actions ayant mis en péril la sécurité des employés et des clients dans les extraits de journaux cités, sans préciser ces dommages dans son assignation, et sans en justifier par la production de pièces probantes", ajoute le tribunal.

L'association altermondialiste, qui a déjà mené une série d'actions contre Apple pour "dénoncer l'évasion fiscale" pratiquée selon elle par le groupe, ne compte pas en rester là. "Même condamnés, nous aurions poursuivi nos actions contre l'évasion fiscale d'Apple, nous les aurions simplement adaptées. Apple s'inquiétait d'une montée en puissance, cette décision nous donne justement envie de poursuivre," a assuré M. Pradeau.

Fri, 23 Feb 2018 10:17:09 +0100

Agriculture : les lignes rouges d’Emmanuel Macron sont brisées par lui-même

Chez les jeunes éleveurs de bovins, comme d’ailleurs chez les moins jeunes, on souhaitait être mieux informé sur l’offre européenne concernant le projet d’accord que l’Europe entend conclure dans les tous prochains jours avec les pays du Mercosur. On sait que ces derniers veulent vendre toujours plus de viande bovine, porcine et de volaille sur le vieux Continent. Hier, à l’Elysée, Emmanuel Macron n’a abordé le sujet que de manière détournée. Selon lui, « il n’y aura jamais de bœuf aux hormones en France, il ne faut pas faire peur aux gens. S’il y en a aujourd’hui, c’est parce que les contrôles sont mauvais, c’est parce qu’il y en a qui fraudent » a-t-il ajouté.

Admettons qu’il n’y ait plus de fraude à l’avenir. Pour autant, cette certitude présidentielle ne répond nullement à une question fondamentale. Autant que l’on sache, la Commission n’a pas reçu de mandat des Etats membres de l’Union pour négocier un contingent de viande aux hormones. Les pays du Mercosur sont capables de produire de la viande bovine sans hormones pour l’Europe. Il suffit pour cela de ne pas imposer au bétail ce traitement qui accélère la prise de poids au jour le jour. La question que se posent les éleveurs français est la suivante : combien de tonnes de viande bovine seront importées dans les 28 pays membres de l’Union européenne si cet accord de libre échange est signé dans les prochains jours et quelle sera l’influence de ces importations inutiles sur les prix de marché dans un pays comme la France qui compte 4,2 millions de vaches dans les seules races à viande en plus des 3,7 millions de vaches laitières? 

On ne sait plus où sont les lignes rouges de la France 

 Emmanuel Macron a évité de répondre à cette question. Selon lui, « en décembre, on aurait pu conclure un accord mais comme la France avait mis des lignes rouges, la Commission ne l’a pas signé ». Il s’est gardé de préciser si les lignes rouges de février 2018 sont toujours les mêmes que celles de décembre 2017. En théorie, le mandat donné à la Commission jusqu’en décembre consistait à ne pas dépasser l’importation de 70.000 tonnes de viande bovine par an des pays du Mercosur. Mais il s’est dit depuis que la Commission avait été autorisée à faire une offre de 99.000 tonnes par an. Selon Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB) de la FNSEA, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, serait prête à accorder un contingent annuel de 130.000 tonnes aux pays du Mercosur. Comme il s’agit ici de viande bovine désossée ne comptant que des pièces nobles à rôtir et à griller, cette viande entrerait en concurrence frontale avec les viandes françaises de haut de gamme, à savoir les races charolaise, limousine et quelques autres qui feront la fierté du Salon de l’agriculture à partir de demain .

L’arrivée de ces viandes en Europe conduirait aussi des pays comme l’Italie et l’Espagne à moins acheter de broutards français, ces veaux de huit mois que ces pays engraissent au maïs et au soja. D’où un risque de baisse sensible du prix des broutards, faute de débouchés.

Emmanuel Macron a également déclaré « qu’il n’y aura aucune réduction de nos standards de qualité, sociaux, environnementaux, ou sanitaires à travers cette négociation», ajoutant que la France fera de sorte qu’il soit possible de « bien contrôler aux frontières, la traçabilité et les normes environnementales et sociales » .Dire cela, c’est se moquer du monde ou ne pas connaître ses dossiers quand on sait que la traçabilité des animaux est inexistante au Brésil. Dans ce pays, 98% des animaux de sont pas identifiés alors qu’en Europe chaque bovin, caprin et ovin est identifié par une fiche sanitaire et une boucle d’oreille portant le numéro correspondant à cette fiche.

Comment partir des coûts de production pour fixer les prix ?

Pour bien saisir toute l’ambigüité du discours d’Emmanuel Macron sur ce dossier, il convient de se remémorer ce qu’il avait dit lors de ses vœux aux paysans le 25 janvier dernier à Saint-Gegnès- Champanelle dans le Cantal : « Sur les accords commerciaux, nous serons toujours clairs sur les lignes rouges que nous donnons à l’Europe lorsqu’elle négocie. Nous l’avons été sur le Mercosur (…) Une fois que j’ai dit ça sur la situation actuelle, je ne sais ce que donneront les négociations sur le Mercosur mais mon souhait est que les lignes rouges françaises soient respectées » affirmait le président de la République avant de poursuivre à demi-mots : « Cet accord peut être bon si nos lignes rouge sont tenues. Il est clair que ce sera un défi porté, en particulier par la filière bovine, puisqu’il permettra de faire entrer des volumes(…) Et donc quelle est la meilleure réponse si nous finalisons cet accord avec le Mercosur ? C’est d’avoir une stratégie défensive en France pour valoriser notre filière, l’origine France et faire que nos concitoyens auront de la vraie traçabilité, que ceux qui veulent acheter de la viande française pourront le savoir et, en quelque sorte, savoir défendre dans un marché ainsi ouvert, selon les règles que nous aurons négociées ,nos propres intérêts et être très offensifs à l’extérieur dans les marchés que nous avons rouverts ».

Ce jour là, de manière détournée, Emmanuel Macron déclarait aux éleveurs français, qu’il était favorable aux importations de viandes d’Amérique du sud pour que certains industriels français puissent vendre plus de marchandises comme des voitures et des avions aux pays du Mercosur. Mais il a laissé entendre aux éleveurs qu’ils devront se débrouiller pour vendre à la Turquie, au Japon et à la Chine la viande française qu’ils ne pourront plus vendre sur notre marché intérieur à cause de la place que prendre celle du Mercosur sur ce marché. Alors que près de 80% des viandes consommée en France dans la restauration privée et la restauration collective des écoles, des entreprises, des hôpitaux et autres services publics, ministères compris, est importée, on imagine qu’un accord avec le Mercosur va encore fermer des débouchés pour la viande produite en France.

On peut aussi se demander comment la loi promise par le gouvernement suite aux Etats généraux de l’alimentation parviendra à « inverser cette construction du prix qui doit partir des coûts de production », comme le promettait Emmanuel Macron dans son discours de Rungis le 11 octobre 2017. 

Thu, 22 Feb 2018 20:00:02 +0100

Musique. Alela Diane, magique folk consciente

Il faut parfois savoir s’éloigner de la ville pour trouver l’inspiration et stimuler sa création. Basée à Portland, aux États-Unis, Alela Diane s’est isolée durant presque un mois, dans une cabane près des bois enneigés de Caldera, dans l’Oregon, où elle a composé les chansons de son nouvel album, Cusp : « La forêt est un endroit que...