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Mr Mondialisation

Sun, 22 Jul 2018 13:06:06 +0200

Kohero, le réseau social pour démultiplier l’action citoyenne locale

Un réseau social pour mettre en lien les porteurs d’alternatives et favoriser les synergies citoyennes ? C’est Kohero, une plateforme entièrement tournée vers la réalisation de projets porteurs de sens au niveau local. Un jeune projet prometteur et « made in France » !

Kohero est un réseau social consacré à la création de liens entre les habitants et les habitantes au sein des quartiers dans l’objectif de favoriser les alternatives citoyennes pour une société plus cohérente. Le réseau se présente sous la forme d’une « plateforme web dont le but est de démultiplier les initiatives locales à fort potentiel écologique, social et démocratique ». De quoi connecter entre eux les individus qui veulent changer le monde en commençant par leur quartier !


Trouver des voisins engagés en quelques cliques

Inspirée par le monde de la transition, révoltée par les injustices sociales et environnementales, « je ressentais une frustration face au manque de passage à l’action », explique Pauline Billet, co-fondatrice du réseau avec Philippe Meli.

Force est de constater que les bonnes idées pour changer son monde sont nombreuses aujourd’hui. Mais qu’est-ce qu’une idée sans acte ? Par ailleurs, « qu’il s’agisse de mettre en place un composteur ou d’ouvrir une épicerie zéro-déchet, les motivations ne manquent pas ». Pourtant, regrette Pauline, il n’est pas toujours évident de créer un groupe de départ pour dessiner les bases d’un tel projet. C’est ici que souhaite intervenir Kohero, avec l’ambition « de favoriser le passage à l’action ». Grâce à la plateforme, espèrent les fondateurs, il sera plus simple d’être mis en relation avec celles et ceux qui ont un projet pour leur quartier ou commune, mais aussi de proposer des nouvelles idées à leur voisinage.

La plateforme, qui devrait voir le jour en septembre 2018, se veut particulièrement simple d’utilisation. Après inscription, les utilisateurs auront accès à un fil d’actualité « dans une logique de projets et de proximité » et pourront ainsi découvrir les initiatives proposées par d’autres personnes, des associations, ou encore les communes au plus près de chez eux. Chacun peut « rejoindre » les initiatives qui lui plaisent et discuter avec les membres qui sont déjà parties prenantes ou alors proposer ses propres idées. « Ce principe favorise la réalisation des initiatives », estime Pauline, qui mise sur le partage d’énergies, de connaissances et de compétences.

Philippe et Pauline, Les deux fondateurs.

Visibiliser l’action sociale et environnementale dans les quartiers

En effet, face aux dégâts environnementaux généralisés causés par le modèle de développement économique, bon nombre de citoyens et de citoyennes se demandent comment agir. Il est possible de changer ses consommations individuelles pour les rendre plus responsables, en réduisant les emballages, en se tournant vers un mode de vie éthique ou encore en diminuant l’impact carbone de son alimentation. Mais face à un problème qui concerne la société dans sa globalité, un changement structurel est également inévitable si l’on souhaite infléchir la trajectoire de notre civilisation. Bon nombre de personnes le réalisent : si l’action individuelle est indispensable pour montrer l’exemple et engager de nouvelles personnes dans des démarches respectueuses de l’environnement, elle ne peut qu’être le premier pas vers des actions collectives. Alors, par où commencer ?

On ne compte plus les acteurs engagés de la société civile : des mouvements historiques, comme ATTAC, ou Les Amis de la Terre, ont récemment été rejoint par des organisations qui mobilisent le terrain, comme Alternatiba et ANV Cop21. L’objectif ? Montrer qu’un autre monde existe déjà et que les alternatives foisonnent. Si ces organismes ont une grande visibilité, il est plus difficile de rejoindre des actions locales qui, inévitablement ont une moins grande résonance publique. Kohero espère pallier ce manque dans un esprit positif et engagé. « L’échelle locale peut avoir un impact énorme, conclu Pauline, mais il ne faut plus attendre pour s’y mettre. » 

Pour que le réseau puisse voir le jour dès septembre, une campagne de financement participatif est actuellement en cours.


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Mr Mondialisation

Sat, 21 Jul 2018 08:43:19 +0200

“On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux” – Gandhi

Que s’est-il passé dans l’actualité des citoyens « qui se bougent » pour un monde meilleur ? Notre équipe vous démasque une nouvelle fois l’actualité « éco-engagée » (non-exhaustive) du mois précédent en quelques minutes ! Au menu, notre rapport paradoxal au monde animal, des conséquences écologiques pourtant évitables et des individus qui changent LEUR monde et, par conséquent, lLE monde !

Comme tout nos travaux, cette vidéo est gratuite, réalisée bénévolement par 4 personnes. Soutenez l’équipe pour le prochain épisode : https://mrmondialisation.org/donation/

Voix : Leïla Röelli

Son : Jean « Hook » Geissbuhler

Production & Montage : Mr Mondialisation & Myriam Röelli

Aide au Montage : Pierre Bourgouin

Musique : Kenji Kawai – Utai IV Reawakening

Pour aller plus loin

Chasse aux blaireaux : https://mrmondialisation.org/le-deterrage-des-blaireaux-fait-un-carnage/

Pétition : https://www.mesopinions.com/petition/animaux/stop-deterrage-blaireaux/43334

Guépards et extinction : https://mrmondialisation.org/namibie-course-contre-la-montre-pour-sauver-les-guepards-de-lextinction/

Alerte aux algues toxiques : https://mrmondialisation.org/alerte-aux-algues-toxiques-dans-les-antilles/

Plastiques biodégradables : https://mrmondialisation.org/ces-plastiques-biodegradables-qui-ne-le-sont-pas/

Plastic-Attack : https://mrmondialisation.org/les-plastic-attack-se-multiplient-en-france/

Oeufs matines : https://mrmondialisation.org/scandale-des-oeufs-matines/

Refuge à animaux : https://mrmondialisation.org/ils-fondent-un-havre-de-paix-pour-animaux-delevage-en-ardeche/

Woman at war : https://mrmondialisation.org/woman-at-war-jusquou-peut-on-aller-pour-proteger-les-paysages-de-lislande/

OGM et bonbons : https://mrmondialisation.org/des-ogm-dans-des-bonbons-pour-enfants/

Découverte contre le cancer : https://mrmondialisation.org/cancers-des-chercheurs-francais-font-une-avancee-majeure/

Famille en mode utopie : https://mrmondialisation.org/au-coeur-des-pyrenees-cette-famille-vit-son-reve-dautonomie

L’épisode précédent

Mr Mondialisation

Fri, 20 Jul 2018 11:09:53 +0200

Upside down : « Je pense que le ras-le-bol a été atteint »

Pendant deux mois du printemps 2018, l’artiste Belle Vilaine s’est glissée auprès des grévistes et manifestants dans les rues et hôpitaux, habillée d’un pull jaune et distribuant des fleurs. Elle nous propose désormais un clip dans lequel elle manie subtilement la voix et les couleurs, nous présentant des luttes sociales qu’elle voit converger. Échanges.

Mr Mondialisation : Bonjour Belle Vilaine, nous sommes tombés sous le charme de votre dernier clip. Pouvez-vous vous présenter ?

Belle Vilaine : Je suis « Belle Vilaine », jeune artiste musicienne de 23 ans, dans un style Indie-pop. Je compose et arrange mes propres morceaux, seule ou avec l’aide de quelques amis.

Dans mon travail, je veux délivrer des choses « vraies », autant dans le son que dans les paroles, qu’elles soient belles ou vilaines, sur un thème général ou plus personnel. J’aime flirter entre le « cute » et le brut, sans prendre de gants, tout en restant « border line ».

En tant qu’être humain vivant dans ce monde, j’y prends part et je souhaite faire de belles choses avec, c’est mon intention avec ce premier morceau « Upside down ».

Mr Mondialisation : Vous évoquez l’ « upside-down » dans votre clip. Qu’entendez-vous exactement par là ? 

Belle Vilaine : Upside down, c’est le monde à l’envers.

D’une part, on peut entendre par « upside down » que ce qui nous est proposé ne va pas dans le bon sens, plutôt une marche arrière qu’un progrès. D’autre part, on peut également l’interpréter comme étant un monde futur où ce seraient vous et nous qui prendrions les initiatives et où nous pourrions laisser de côté le syndrome de l’imposteur.

Le morceau ainsi que le clip contiennent d’ailleurs des références à plusieurs œuvres de pop culture sur ce thème. Vous pouvez par exemple retrouver le terme « upside down » dans la série Stranger Things, où ce sont les enfants et les ados qui prennent l’initiative. Dans le pont du morceau ont trouve un monologue de Tyler Durden dans le film Fight Club. J’invite d’ailleurs les auditeurs à trouver les autres références ainsi qu’un petit « fun fact » caché dans l’audio.

Crédit image : Ludovic Bourles

Mr Mondialisation : Justement, en tant que jeune, que pensez-vous des mouvements sociaux et des luttes présentes ?

Belle vilaine : Je pense que le ras-le-bol a été atteint, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

J’ai l’impression qu’une effervescence s’est installée ces dernières années et qu’elle s’est accélérée et est devenue concrète face à la politique sociale actuelle. Personnel hospitalier, étudiants, retraités, cheminots, postiers, fonctionnaires, sans papiers et tant d’autres encore sont concernés. Si chacun a son combat, les objectifs sont similaires : améliorer la qualité de vie au quotidien. Et tous ensemble on peut accomplir beaucoup !

Les manifestations et diverses actions de ces derniers mois se sont déroulées dans la solidarité et l’entraide, mais les grands médias nous montrent principalement les images violentes, ou du moins celles qu’ils veulent nous faire voir. Dans mon clip, j’ai voulu rendre justice à ce mouvement et montrer l’entrain et la cohésion entre les personnes des différentes corporations. Je souhaite exposer la beauté et la puissance qui émanent de ce mouvement.

Mr Mondialisation : Quel regard portez-vous sur la société présente ?

Belle Vilaine : Je vois une nouvelle mentalité émerger chez les jeunes. Nous avons envie de faire les choses et de les faire bien. Écologie, humanité et entraide font sens pour les jeunes. Nous avons un regard bienveillant et nous voulons aider. Nous voulons faire avancer la société dans la bonne direction : l’aspect humain avant l’aspect financier.

Nous avons conscience qu’il faut agir de suite et non procrastiner comme on l’a fait en matière d’écologie par exemple. La prochaine génération, ce seront nos enfants, on veut leur donner un monde où il fait bon vivre, où l’on pourrait « planter nos légumes tranquillement ». Nous avons conscience de la chance que nous avons d’être nés dans ce pays, mais certains veulent aujourd’hui nous priver de certaines de ces chances et fermer la porte aux autres. Pour citer un certain Tyler Durden : « Nous n’avons pas connu de grande guerre, notre guerre à nous est spirituelle ».

Crédit image : Ludovic Bourles

Mr Mondialisation : Comment articuler ces propos avec un travail d’artiste engagée ?

Belle Vilaine : En tant que jeune artiste indépendante, j’ai fait avec ce que j’avais et mes petits moyens.

Le climat social en France au moment où j’ai composé ce morceau a élargi mes idées pour ce projet. D’un morceau qui tenait au départ davantage du ressenti plus personnel d’une jeune fille en quête de sens pour sa vie, je suis passée à un message plus large.

Avec « Upside down » le but est d’envoyer un message d’espoir et d’amour, représenté par les fleurs, le tout dans une atmosphère pacifique et bienveillante. Ce clip est le fruit de deux mois de tournage intensif réalisé au sein même de manifestations, de facs et d’hôpitaux. Ce travail a été pour moi la possibilité de montrer ce mouvement avec un autre regard, il m’a aussi permis de grandir en tant que jeune femme.

Concernant ma touche artistique j’essaie de mettre de l’impertinence dans la pertinence. Comme je le disais plus haut j’aime flirter avec les limites, jouer avec les contrastes.

Mr Mondialisation : Quels sont vos futurs projets ?

Belle Vilaine : Je ne fais pas que des morceaux à message engagé. J’ai déjà mis diverses reprises d’autres artistes sur ma page Facebook qui sont davantage un témoignage de mon univers visuel et musical (même si parfois j’en profite pour glisser un petit clin d’œil à l’actualité, comme dans ma cover de Melancholy Hill de Gorillaz !).

Je pense être une artiste qui s’engage plus qu’une artiste engagée, dans le sens où ma priorité est de faire de la musique que j’aime et qui parle de ce qui compte pour moi. Cela n’exclut pas de prendre parti parfois et de me servir de la musique pour soutenir une cause qui me tient à cœur.

Pour le futur, j’ai un projet de cover sous forme de vidéo clip pour dénoncer la pollution des plages et des océans. Il sortira cet été. J’ai également envie d’élaborer prochainement un autre projet musical pour dénoncer le sexisme et la présence encore trop marquée du patriarcat dans notre société. Je parlerai également du sujet encore trop tabou que sont les « ragnagnas ».

Et si tout va bien, je compte sortir fin 2019 un EP qui sera un peu plus personnel !

Crédit image : Ludovic Bourles

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Mr Mondialisation

Thu, 19 Jul 2018 03:22:57 +0200

Vendre et acheter des livres autrement : c’est vital !

Lire pourrait être considéré comme une activité strictement individuelle. Pourtant, les livres jouent un rôle au niveau du groupe : en faisant évoluer les mentalités, en soulevant des débats collectifs et en scellant des amitiés nourries d’échanges intellectuels. Le livre a toujours fait parler de lui. Il a poussé les hommes à se rassembler et à agir, souvent bien au-delà de son contenu, autour d’idéaux communs. Il est parfois l’étincelle de départ dans les projets de nations entières : pensons aux ouvrages présentant des théories économiques et sociales. Les sociétés se construisent sur la cohérence, la volonté et l’effort collectif en partie grâce aux écrits depuis le début de l’Histoire. À l’époque d’Amazon et de la FNAC qui doit se diversifier au maximum pour ne pas patiner économiquement, les librairies itinérantes, d’occasion, villages du livre et cafés-librairies ne sont pas en reste et font leur part dans la vie du livre. Leur existence dépend pourtant de nous.


Aux petits bonheurs des lecteurs…

Le plaisir semble être le maître-mot des petits libraires qui proposent une alternative aux grandes enseignes du produit culturel. Du bouquiniste qui lit deux à trois heures par jours et s’extasie de faire des découvertes tous les jours à la libraire itinérante qui voit son métier à l’image d’un marchand de glaces, les occasions de savourer l’instant pour le vendeur comme pour le client ne manquent pas. Pleine de gratitude d’offrir un espace de discussions passionnantes entre ses clients sous les parasols de son stand en Charente-Maritime, Mariel Moulin, 58 ans, explique au journaliste de Kaïzen que sa librairie itinérante valorise les petits éditeurs, propose ses sélections coups de cœur et écume les marchés, manifestations locales, festivals, et même les maisons de services pour personnes âgées. C’est la note sucrée de la recette hors-norme, le petit ‘plus’ que les géants comme la FNAC ne pourront pas acheter ni inventer. Là où le personnel se plaint lorsqu’il est salarié « de grosses boîtes », le libraire qui sort des sentiers battus s’épanouit. Et les clients avec !

Contrairement à la trame du film « Vous avez un message » avec Meg Ryan et Tom Hanks, les petites enseignes du livres peuvent survivre à cette situation de mise en concurrence globale grâce à une poignée de passionnés. Imaginer, innover, réinventer, les férus de lecture devenus libraires ne sont pas à court d’idées et ne cessent de nous étonner par leur façon de combiner fraîcheur, bonne humeur et travail. Ces « passeurs de culture en milieu rural (…) amoureux des livres et des gens » comme l’affiche le dernier numéro du magazine, semblent s’amuser avec le livre comme avec les rencontres, jouer avec la vie et les mots… Les néologismes fusent et nous montrent à quel point ‘liberté’ rime avec ‘créativité’ : « en mai 2017, la ‘libricyclette’ est née » raconte David Brouët, 41 ans, toujours dans Kaizen. Il s’agit d’un triporteur électrique plus léger qu’une camionnette, et surtout beaucoup moins cher et ‘écolo’, pour aller vendre des livres un peu partout… Le vélo est un mode de transport lent et ouvert qui donne accès à l’autre et au monde quand la voiture ne le permet. Le livre est un objet qui se prête, s’échange, véritable relais que se transmettent les êtres humains. Marier le vélo et le livre, c’est une bombe d’interactions culturelles, le trait-d’union social par excellence.

Crédit photo : Mr Mondialisation

« De l’idée avant toute chose, et pour cela préfère la Différence ! »*

Même si les librairies très imposantes, comme Sauramps à Montpellier, ou encore les grandes librairies parisiennes, attirent les universitaires, chercheurs et étudiants de tous horizons, la petite librairie de quartier et les diverses formules intelligentes et fécondes dans la vente du livre jouent un rôle non négligeable en tissant du lien social et en innovant. En témoignent les lecteurs invétérés qui ne cesseront pas de faire le voyage jusqu’à Montolieu ! Village du livre et de l’art de 850 habitants, où une dizaine de nationalités est représentée parce que le village est unique et attrayant, ce pôle culturel de l’Aude à vingt minutes de Carcassonne est un joyau. Y résident des artistes mondialement connus, comme Patrick Süskind, auteur du Parfum, ce qui ajoute à l’envie de chiner. Ce mode de consommation cousin des vide-greniers et des brocantes n’est pas seulement touristique et ‘les colosses au livre d’argile’ ne le supplanteront pas…

Néanmoins, la librairie d’occasion La manufacture de Montolieu, créée en 2005, est touchée par la crise depuis 2012. Quatre bouquinistes y travaillent sans hiérarchie et se dégagent un salaire tout juste correct. Mais les 52 000 touristes par an et les clients réguliers venant de toute la France et de l’étranger capables d’acheter vingt à trente livres d’un coup ne suffisent pas à donner une bonne santé économique à la boutique. Laurent, 48 ans, sourit : « Quelques-uns ne viennent que chez nous et ne font même pas les autres bouquinistes ». Pourtant il y en a seize autres à Montolieu… Mais avec ses 10 à 15 000 livres en vente, La Manufacture couvre tous les domaines, sauf un ou deux comme le sport par exemple. Le rayon philosophie prédomine et rivalise avec les autres sciences humaines sur un étage entier. Le classement y est approximatif, il faut donc y passer du temps, c’est alors que peut naître de la recherche fiévreuse le goût d’une chasse au trésor. Une cliente d’âge moyen s’exclame : « ici c’est le bonheur ! Le temps s’arrête quand je fouille… Je sais que je vais repartir avec bien plus que je ne cherchais au départ. Je me limite à vingt euros pour ne pas succomber à toutes les tentations ! Ensuite je vais siroter un verre à côté pour contempler mon trésor et parcourir quelques pages avant de rentrer chez moi, à Toulouse. Je passe toujours ici un délicieux moment. À Montolieu, tout le monde se parle : dans la rue, au bistrot, et bien sûr dans les librairies…» Quant aux trois concerts par an à la Manufacture, ils créent une atmosphère encore plus chaleureuse et propice à la communion. Dans les petites villes où l’on ne trouve pas de FNAC, c’est souvent Cultura qui prend le relais. Si vous êtes férus d’ésotérisme ou de médecines douces, de science fiction ou de jardinage, et que vous avez déjà beaucoup lu dans votre domaine de prédilection, vous aurez beaucoup de mal à trouver le titre exceptionnel sur un sujet pointu et à mettre la main sur ‘LE’ volume que vous voulez chez Cultura où les lecteurs chevronnés attendent dix à quinze jours leur commande. En revanche à Montolieu vous avez de grandes chances de dégoter une perle rare. Il semblerait donc que les circuits parallèles, comme ce village du livre, ou encore les café-librairies, les librairies itinérantes et d’occasion soient aussi devenus des « circuits courts ».

Après avoir quitté Sanofi à Montpellier, Dominique, 58 ans, souhaite lancer sa librairie-café en Occitanie : passion et épreuves se mêlent dans un parcours complexe. Ouvrir un tel commerce atypique n’est pas une mince affaire, ce que confirment bien des créateurs d’entreprise. Il faut faire une étude de marché, trouver les fonds, se faire connaître, convaincre, et les rivalités dans la ville peuvent faire peur. Mais la foi déplace les montagnes de livres ! Et la soif d’apporter une touche nouvelle à son quartier, un peu de vie, d’animation et de gaieté, motivent les plus enthousiastes compagnons des bouquins et des passants. Dans les librairie-cafés, les gens discutent autour et au-delà des lectures ; économie, philo, spiritualité, art : on refait le monde… Le livre est toujours une bonne raison pour aborder l’autre et sa richesse soulève les débats. Qui n’a pas déjà surpris la conversation de deux passionnés dans une grande librairie ? Alors imaginez dans les lieux plus conviviaux où tout est fait pour permettre l’échange ! Le plus souvent le dialogue est détendu car la lecture nous met tout de suite en mode « vacances » (de l’esprit?).

St. PetersburgTout est bon dans le livre, surtout le lien

Une artiste-peintre connue se réjouit de revenir vivre à Montpellier pour tout un tas de raisons, mais aussi parce que le livre y est accessible : elle achète La Métamèdecine de Claudia Rainville un euro au lieu de vingt-quatre ! On est bien au-delà des 80 % de réduction annoncés en ligne par la librairie Joseph Gibert qui vend du neuf et de l’occasion dans 17 villes dont Paris, Lyon, Montpellier, Marseille, Grenoble et Dijon. Et grâce au net, la librairie est présente partout dans le monde et envoie même des ouvrages à l’étranger. Les petites librairies ne savent plus survivre sans le web. De même, « ce n’est rentable que si on ajoute la vente par internet » explique l’un des bouquinistes de La Manufacture. « On est en train de tout restructurer, on réfléchit à un nouveau concept sur internet, mais pas seulement…» ajoute-t-il. C’est tout-à-fait dans le vent chez les alternatifs de la diffusion du livre : trouver de nouveaux modèles économiques, créer une nouvelle forme pour communiquer avec les lecteurs, un style de vente original. En d’autres termes, tous ces libraires se cassent la tête pour vendre autrement. La librairie du Livre voyageur qui s’est installée il y a un an à Narbonne propose un jeu : le client qui donne un ouvrage à la librairie peut alors en piocher un autre au hasard déjà emballé dans du papier cadeau…

On peut souvent y lire une phrase laissée en couverture par les clients précédents, comme une énigme qui invite à le choisir et laisse songeur… Ateliers et conférences, concerts et réunions en tous genres pour partager, sont autant de prétextes pour faire vivre davantage ces librairies imaginées différemment et amener les gens au partage de connaissances et à la joie. Un bon roman fait vivre une belle palette d’émotions, un essai fait réfléchir, un poème fait rêver… C’est comme si le monde du livre, avec toutes ces propositions peu banales pour le vendre, se faisait le miroir extérieur de l’univers intime que nous ouvrons le temps d’une lecture. Et quand les rêves des nouveaux libraires deviennent réalité, liens sociaux et liens symboliques ne cessent de se tisser pour le plus grand bonheur individuel et collectif.

Aurélie Olivier

*« De la musique avant toute chose, et pour cela préfère l’Impair » Verlaine.


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Mr Mondialisation

Wed, 18 Jul 2018 07:26:59 +0200

Le fromage fermier en danger. La faute aux vegans ? Pas vraiment non…

Poncif éculé au sein de la population française et dans le monde agricole, les végans seraient un danger (économique) pour l’agriculture alors qu’ils représentent à peine 2 à 3% de la population. Le problème se trouve pourtant sous nos yeux depuis plusieurs années. Il est à rechercher dans l’industrialisation de la production alimentaire. Dans l’actualité récente, le discret article 11 octies de loi agriculture, d’abord passé inaperçu, fait désormais des émules dans le monde paysan. En effet, son entrée en vigueur en l’état permettrait aux industriels d’apposer la mention « fermier » aux fromages, y compris ceux qui n’ont pas été entièrement produits à la ferme. Un nouveau coup de poignard dans le dos des derniers paysans qui doivent pouvoir réaffirmer l’identité de leurs produits pour se distinguer de l’agro-industrie aux yeux des consommateurs. 

Les végans feraient sombrer le monde agricole. C’est une thèse que l’on retrouve régulièrement défendue dans les commentaires sur les réseaux sociaux et qui est également exploitée par certains industriels. Ce sophisme qui ne repose sur aucun fait sert a balayer de la table les débats légitimes à propos de l’impact de l’industrialisation de la production alimentaire sur le monde paysan, la nécessité de faire évoluer nos régimes alimentaires, et les souffrances endurées par les animaux d’élevage au sein de ce processus industriel. Il occulte surtout que ce régime marginal est pour bien peu de choses dans les mutations du monde agricole des 70 dernières années. De quoi finalement bloquer tout débat de fond et donc évolutions possibles du secteur, créant une opposition fictive « végans VS paysans » et non pas « paysans VS industriels ».

oh my fomage!
Savez-vous vraiment ce que vous mangez ?

Le monde paysan réduit à une peau de chagrin

Depuis l’après-guerre, on observe en effet un déclin rapide des petits paysans au profit des grandes exploitations aux pratiques déshumanisées, des monocultures prétrochimiques convetionnelles et des produits transformés. Rien qu’entre la fin des années 1980 et 2010, le nombre d’exploitations agricoles diminuait de 50 % pendant que leur taille doublait, apprend-on sur le site du Ministère de la transition écologique et solidaire.

Ces évolutions sont la conséquence d’un système qui a fait de la nourriture une marchandise comme les autres, soumise au jeu d’une économie mondialisée, des pressions exercées par les grandes surfaces et de consommateurs qui ne souhaitent plus allouer une part importante de leurs revenus à leur alimentation. La dictature des petits prix, la production de masse polluante, la quantité au détriment de la qualité du produit, le joug des marques distributeurs qui ne produisent rien mais en récoltent les fruits, sont quelques-uns des effets visibles. Au bout du compte, un tiers dess agriculteurs vivent désormais avec un revenu inférieur à 350 euros par mois en moyenne, selon la Mutualité Sociale Agricole. Bien évidemment, ces derniers subissent la double peine : celle de voir leur métier détruit par des logiques qui les dépassent, mais aussi de faire l’objet de critiques acerbes quant aux méthodes employées, toujours plus axées sur la productivité, mais toujours moins « humaines ». Leur donne-t-on seulement le choix ?

L’agriculture contemporaine et plus particulièrement les professionnels du secteur sont face à une impasse structurelle. Les maux des paysans sont à rechercher dans l’industrialisation effrénée de l’agriculture sous l’impulsion de politiques gangrénées par les logiques comptables, phénomène qui les a dépossédés de tout contrôle sur leur activité, aussi bien en ce qui concerne leur production que les prix de leurs cultures et élevages. Et si certains produits « vegans » sont sans aucun doute issus de processus industriels, les quelques pour cent de français et de françaises ayant adopté ce régime ne sont pas plus responsables que l’ensemble des consommateurs français, des forces économiques et des pouvoirs publics, d’un modèle agricole qui n’a plus de racines. Bien au contraire : la mouvance végan se confond bien souvent avec associations locales et partis dont les revendications vont dans le sens d’une agriculture de proximité, des circuits-courts et de revenus décents. Directement ou indirectement, avec ou sans viande, ces logiques profitent à un renouveau de l’agriculture paysanne.

La loi agriculture et alimentation encourage l’industrialisation des fromages

Déjà critiqué pour le peu d’ambition en matière de réduction de l’usage des pesticides (dont le glyphosate), l’introduction timide de menus végétariens dans les cantines ou le manque de contrôle des abattoirs, le projet de loi Egalim fait surtout la part belle à l’industrie de l’agroalimentaire.

L’article 11 octies du projet de loi alimentation et agriculture adopté en 1ère lecture à l’assemblée nationale et confirmé (pour cet article) par le sénat, n’a d’abord pas retenu l’attention de grand monde. Il ouvre pourtant la voie à la standardisation des fromages en permettant d’apposer la mention « fermier » sur des produits qui n’ont pourtant pas été entièrement fabriqué à la ferme. Depuis plus de dix ans, l’usage de la qualification est encadrée par le décret du 28 avril 2007. Selon les termes du texte, « La dénomination « fromage fermier » ou tout autre qualificatif laissant entendre une origine fermière est réservée à un fromage fabriqué selon les techniques traditionnelles par un producteur agricole ne traitant que les laits de sa propre exploitation sur le lieu même de celle-ci ». Grâce à ce garde-fou, les paysans peuvent – pouvaient ? – valoriser la spécificité de leur travail auprès des consommateurs et se distinguer.

Si la mesure devait être retenue après les nouveaux débats parlementaires qui s’ouvriront dans les jours à venir, puisque l’Assemblée nationale et le Sénat n’ont pas encore trouvé d’accord définitif sur le texte de la loi, c’est une nouvelle standardisation des fromages qui se dessine, mettant en péril une paysannerie française déjà très fragilisée. Mais des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour que les élus fassent marche arrière. La Confédération paysanne a ainsi mis en ligne une pétition pour empêcher la « récupération » du terme fermier par le monde industriel et dénonce que « les producteurs seront lésés, les consommateurs trompés ». Dans les coulisses de l’assemblée nationale, le bras de fer pour sauver une agriculture paysanne se poursuit. Pendant ce temps, le débat public continue d’être miné par des accusations sans fondement contre les végétariens, ce qui aura notamment entrainé un amendement interdisant des expressions françaises telles que « steak de soja », ou encore « fromage vegan » et bien d’autres associations de mots liés à l’alimentation non-carnée. Motif évoqué par le gouvernement ? « Éviter la confusion du consommateur ». Le monde à l’envers.

berger transhumance


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