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Gazette Debout

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Tue, 19 Sep 2017 09:25:06 +0200

Journée thématique educpop : la manifestation (24 septembre)

Le 24 septembre, Debout Education Populaire organise une journée consacrée à la manifestation : sa(ses) raison(s) d’être, ses différentes formes, son encadrement juridique et ses différentes pratiques. Rendez-vous place de la République à partir de15 heures

Manif 5 juillet - barrage
Manifestation du 5 juillet à Paris

Depuis 2014, nous constatons une répression de plus en plus forte sur le terrain de la contestation sociale et politique durant les différents types d’action, rassemblements et manifestations. Nous entendons tout et n’importe quoi sur ces manifestations, ce qu’il s’y passe, qui fait quoi et pourquoi. Ces informations sont souvent tronquées et manipulées. Malgré la création du cortège de tête, du collectif anti-répression ainsi que de l’action des Streets medics, les participant.e.s sont souvent faiblement renseigné.e.s. Ils/Elles ne connaissent pas leurs droits et les dangers de la répression policière et judiciaire. Ils/Elles ignorent les bons réflexes à avoir lors de ces moments de contestation. La question de l’efficacité d’une manifestation elle-même se pose. Combien d’entre nous s’est posé la question : à quoi ça sert ?

Nous organiserons une journée d’éducation populaire consacrée à la manifestation : sa(ses) raison(s) d’être, ses différents formes, son encadrement juridique et les différentes pratiques qu’elle abrite. Il ne sera pas question de parler de « violence » ou de disqualifier tel ou tel mode d’action mais de partager nos expériences, nos analyses, nos connaissances et nos espoirs en ce qui concerne la forme « manifestation ».

Nous proposons donc une controverse publique autour de la raison d’être de la manifestation ; elle sera suivie de l’intervention d’un.e. street-médic et d’un.e. spécialiste de la répression et/ou des questions juridiques. L’accent sera mis sur l’échange entre l’intervenant et le public sur des questions pratiques. N’hésitez pas à nous contacter pour nous proposer une interventions susceptible d’enrichir cette journée thématique.

DEBOUT EDUCATION POPULAIRE

Pour nous contacter :
https://educpopdebout.org/
educpop.debout@riseup.net

Télécharger le tract : tract journée educpop manif 24/09

Crédits photos:

  • Manif 5 juillet – barrage: Alan Tréard / DR

coordeducpop

Tue, 12 Sep 2017 20:34:18 +0200

Manif 12 septembre : La France Insoumise fera-t-elle aussi bien que la CGT ?

Alors que la CGT annonce 500 000 manifestants pour cette première journée de grève contre la Loi Travail XXL, de nombreux militants de la France Insoumise étaient présents dans le cortège. Et espèrent bien mobiliser autant de gens pour leur rassemblement prévu le 23 septembre prochain.
C’était l’affluence des grands jours pour cette première manifestation contre la réforme du Code du travail, également surnommée « Loi Travail XXL ». Les militants se sont donné rendez-vous dans plus de 200 villes de France à l’appel de la CGT, suivie par la FSU, Solidaires et l’UNEF. Seules la CFDT et Force Ouvrière se sont désolidarisées de l’événement. Une consigne restée en travers de la gorge de nombreux adhérents. « Si on lâche maintenant, le reste suivra. Je pense qu’il faut taper fort dès à présent », grogne Jean Hedou de FO, au volant de sa voiture tirant la sono et le ballon gonflable de son syndicat. « Nous sommes une fédération. Chacun est libre de décider de venir ici ou pas ». Près de 52 unions départementales sur 101 appelaient à la mobilisation, et 8 fédérations soutenaient le mouvement. Jean Hedou déplore ainsi la position de Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de FO, qui estimait qu’il ne fallait pas user ses forces immédiatement, car « on en aura peut-être besoin demain ». « La convergence, aujourd’hui, il n’y en a pas. D’ailleurs, je n’irai pas manifester le 23 septembre, la date de Jean-Luc Mélenchon, car il joue sa carte tout seul dans son coin. Le gouvernement n’entendra qu’une seule chose, la grogne des patrons. Et ces derniers iront pleurer seulement en cas de blocage économique. Et pour cela il n’y a pas de secret : il faut faire la grève et commencer par bloquer les transports. »
Le long du boulevard de la Bastille, La France Insoumise a monté son stand, et de nombreux membres arborent fièrement leur badge tout au long du défilé, entre Bastille et place d’Italie. Et pour eux, pas question de baisser les bras, malgré les échecs des mobilisation contre la loi travail première version. « Certes, il y a beaucoup de dates de manif, mais cette loi travail va faire beaucoup de dégâts », lance Caroline, militante France Insoumise. « Faire grève est une gymnastique à laquelle nous sommes habitués ! ». Quelques mètres plus loin, Danielle Simonnet insiste sur « l’arrogance, la bêtise et le mépris » du gouvernement envers les Français. Elle non plus ne voit aucun problème à multiplier les dates de mobilisation. « Les syndicats jouent leur rôle pour mobiliser les salariés en semaine. Nous avons un rôle politique pour parler à ceux qui veulent se mobiliser le weekend. »
Un peu plus loin, Eric Coquerel se prête avec joie au jeu des selfies et répond aux journalistes qui n’ont qu’une question aux lèvres : la manif du 23 septembre est-elle en concurrence avec celle d’aujourd’hui ? « Il n’y a pas de concurrence, mais de l’indépendance et de la convergence », assure l’homme politique. « Chaque manifestation nourrit l’autre, il est indispensable de maintenir la dynamique pour amplifier la mobilisation. Et nous sommes tous réunis ici pour la même chose : notre opposition à la loi travail ». Malgré l’échec des précédentes mobilisations, notamment au printemps 2016, qui n’ont pas réussi à faire flancher le gouvernement, Eric Coquerel assure réussir à mobiliser facilement ses militants. « Lorsqu’on a un groupe parlementaire à l’Assemblée, l’idée qu’on puisse un jour gouverner le pays n’est pas illusoire. Et ça mobilise ».
Reste à savoir si la France Insoumise obtiendra de meilleurs scores que le rassemblement de la CGT, qui annonçait 200 manifestations pour 500 000 participants sur toute la France.

Gazette Debout

Wed, 23 Aug 2017 18:28:07 +0200

La grève des livreurs Deliveroo : un miracle social

Le 11 août dernier était organisée la première grève d’ampleur chez Deliveroo. Parti de Bordeaux fin juillet, le mouvement de contestation s’est rapidement étendu à Lyon puis à Paris, et suscite un large intérêt médiatique.

La société Deliveroo, crée en Angleterre en 2013, est devenu le leader de la FoodTech – sa valorisation dépasse désormais le milliard de dollars – et compte désormais 7 500 livreurs dans vingt villes françaises. La réussite de ces plateformes, dont le développement nécessite des levées de fonds importantes, est avant tout liée au fait que ces livreurs sont systématiquement embauchés sous le statut d’auto-entrepreneur, qui permet en particulier de s’affranchir du versement des cotisations patronales alors que cette activité constitue, pour un nombre croissant d’entre eux, un travail à part entière.

Une prise de conscience qui vient de loin

La faillite de la plateforme belge Take Eat Easy en juillet 2016, qui aura laissé sur le carreau des milliers de coursiers français là où, en tant que salariés, ils auraient eu droit à la prise en charge de l’AGS, a constitué un déclic pour les travailleurs de ce secteur. Après quelques grèves sporadiques à Marseille et à Nice en début d’année, ils commencent à s’auto-organiser avec la création d’associations ou de collectifs comme Les Flèches Vertes à Lyon ou le CLAP à Paris, mais aussi à se syndiquer : outre la création en mars 2017 d’un syndicat CGT des coursiers à vélo de la Gironde, quelques bikers parisiens ont commencé à rejoindre la CGT et SUD Commerce.

La France rattrape également son retard social alors que l’ébullition est de mise depuis 2016 au niveau européen où les bikers de plusieurs pays, le plus souvent épaulés par des syndicats alternatifs, ont déjà fait l’expérience de la mobilisation. Ainsi, la justice anglaise est saisie d’une affaire de requalification du contrat d’un livreur indépendant en travail salarié et les livreurs espagnols étaient eux aussi en grève pas plus tard que le mois dernier.

Les raisons de la colère

On ne sera donc pas surpris que l’annonce, en plein été, de la modification unilatérale des contrats des livreurs embauchés avant septembre 2016 soit la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Concrètement, le millier de livreurs, actuellement payés 7,50€ de l’heure auxquels vient s’ajouter une prime à chaque course, comprise en 2 et 4€, sont sommés, sous peine de déréférencement, de passer le mois prochain au paiement à la course à 5€ (5,75€ à Paris) ce qui va occasionner pour eux une perte de revenu de 8 à 33% en fonction de leur temps de travail.

En réponse, ils défendent la revendication unifiante de 7,50€ par course, avec un minimum garanti de deux courses par heure, ce que Deliveroo, à ce jour, se refuse à négocier bien que la pression médiatique l’ait obligé à leur répondre officiellement.

Plus rien ne sera comme avant

Place de la République, c’est près d’une centaine de livreurs parisiens, anciens comme nouveaux contrats, qui se sont rassemblés vendredi 11 août, rejoints par certains d’autres plateformes (Foodora, Stuart et UberEATS). Ce nombre peut paraître dérisoire, mais en plein mois d’août et pour une initiative montée en quelques jours, les organisateurs parlent de réussite. Des dizaines de militants CGT, CNT, Solidaires et du Front social étaient aussi venus les soutenir, ainsi que de rares politiques (le socialiste Gérard Filoche et Julien Bayou d’EELV). Outre des prises de parole de Jérôme Pimot, ancien coursier, et d’autres membres du CLAP, une représentante des grévistes de Bordeaux ainsi que le secrétaire général de l’Union départementale CGT de Paris et un responsable de SUD Commerce se sont aussi exprimés.

Une manifestation sauvage s’est ensuite mise en marche aux cris de « Au trou le kangourou » (l’emblème de la compagnie) ou « Deliveroo, t’es foutu, les bikers sont dans la rue », en direction de plusieurs restaurants dont certains ont accepté de bloquer leurs commandes en signe de solidarité (à Lyon, une quarantaine de livreurs ont fait de même). La prochaine date de mobilisation a été fixée au 28 août, date d’entrée en application des nouveaux contrats. D’ici là, les livreurs comptent bien élargir, avec l’aide de leurs soutiens, la mobilisation à davantage de collègues et de villes, et internationaliser leur lutte en faisant de cette date une journée internationale de grève contre Deliveroo.

Quelle que soit l’issue de leur combat, le courage des livreurs, que la plateforme peut « remercier » simplement en appuyant sur un bouton, a déjà changé beaucoup de choses : outre le regard porté sur eux, ils ont tordu le cou à la fatalité qui voudrait que des travailleurs « indépendants » soient incapables d’actions collectives. Le mythe de l’ubérisation heureuse, vendu entre autres par E. Macron, est aussi mis en mal. Plus encore, alors que le pouvoir, à travers sa loi Travail XXL, veut généraliser à l’ensemble du monde du travail ce modèle « social » où la loi cède le pas au contrat, leur détermination est un formidable encouragement à se mobiliser le 12 septembre et après.

Laurent Degousée (SUD Commerce et Front Social)

Crédits photos:

  • Les livreurs à vélo manifestent avec le CLAP.: Marc Estiot

Gazette Debout

Sat, 12 Aug 2017 12:20:29 +0200

Ce qui se joue au Venezuela

Depuis quelques semaines, le Venezuela truste l’actualité française, c’est la crise du moment, le sujet qui permet de déterminer qui est dans le camp du « bien ». Comment en effet ne pas s’émouvoir devant ses pauvres manifestants qui ne demandent qu’un peu de pain ? Comment ne pas prendre leur parti, le parti de la démocratie, face à l’infâme dictateur chaviste Nicolas Maduro ?

Et pourtant, les responsables de la France Insoumise ne peuvent se résoudre à condamner Maduro, prêtant ainsi le flanc aux attaques des éditorialistes néolibéraux qui y voient la preuve de leur tendance à l’autoritarisme, de leur passion cachée pour les dictateurs et de leur aveuglement idéologique. Ma sensibilité politique étant proche de la France Insoumise, cette prise de position radicale m’a un temps gêné, je ne savais pas quoi en penser, je ne comprenais pas. Je me souvenais que déjà pendant la campagne présidentielle le Venezuela avait été le point faible de Mélenchon, la brèche qui avait permis la critique facile, outrancière souvent, mais efficace malheureusement, tant les gens sont mal informés et ne cherchent pas à mieux l’être. Alors je me suis intéressé à la question.

S’intéresser au Venezuela, c’est découvrir que la situation n’est pas aussi manichéenne qu’on voudrait bien nous le faire croire. C’est découvrir que la crise que traverse ce pays n’est que la dernière incarnation d’une bataille idéologique plus que centenaire. C’est mettre les pieds dans le champ de bataille mondiale qui oppose le néolibéralisme à toutes ses alternatives. C’est se frotter à des abymes de cynisme.

Le cynisme des médias 

Le premier de ces cynismes est celui des médias dominants. Ainsi, à chaque reportage, ils diffusent des images de manifestants attaquant, à coup de barres de fer, de machettes et autres cocktails molotovs, des agents de police, assez semblables à nos CRS en ce qui concerne leur équipement. Ces images sont violentes, bien plus que celle des manifestations contre la loi travail qui, il y a un peu plus d’un an, montrait le cortège de tête se battre contre la police française. A l’époque, pas un média ne prenait la défense des casseurs, ils étaient universellement condamnés. Pourtant, à l’instar des manifestants vénézuéliens, ils ne demandaient qu’un peu plus de démocratie, ils ne demandaient au gouvernement que de respecter le programme sur lequel il avait été élu. Mais aujourd’hui le commentaire a changé et il ne fait aucun doute que les médias français soutiennent les “casseurs” vénézuéliens. Pourquoi ce soudain revirement ?

Malgré toutes les critiques qu’on peut lui faire – et il y en a beaucoup -, Nicolas Maduro a été élu démocratiquement à la tête de son pays, il est le président légitime et sa police ne fait que tenter de faire respecter l’ordre. Se pourrait-il alors que la différence viennent du fait que le pouvoir là-bas est socialiste – au vrai sens du terme – et l’opposition néolibérale alors qu’ici le pouvoir est néolibéral et l’opposition de gauche ?

Sauf que là bas, il y a des morts, plus d’une centaine selon les médias français. S’il y a des morts c’est que la police réprime, c’est que le pouvoir chaviste vire dangereusement vers la dictature la plus sanglante, nous disent ces mêmes médias. C’est vrai, comment nuancer une telle tragédie ? Et bien en cherchant un peu, on découvre que des militants pro-maduro ont été lynchés en pleine rue, que des policiers ont été tués et que nombre de ces morts sont des civils, des manifestants pacifistes, qui ont défilé dans le calme avec l’autorisation du pouvoir, et qui ont pris une balle perdue quand la violence s’est déchaînée. La police tire sur les manifestants conclut-on rapidement dans les rédactions françaises.

Mais en cherchant un peu plus, on apprend d’abord que les opposants les plus virulents portent eux-mêmes des armes à feu alors que la police anti-émeute n’y a pas le droit, et surtout qu’il n’y a pas qu’une seule police au Venezuela. Chaque état, chaque quartier de la capitale Caracas, possède ses propres forces de police qui dépendent du pouvoir local. L’opposition, tant soutenue sous nos latitudes, réprime donc elle aussi, au moyen des forces de police qu’elle contrôle, les manifestations pro-Maduro. Plus qu’un mouvement démocratique contre une dictature, ce à quoi nous assistons ressemble donc plus à une guerre civile larvée entre deux camps irréconciliables.

Arrivé là, on pourrait encore prendre le parti de l’opposition si on ne creusait pas encore un peu plus. Après tout, le Venezuela est bien en pleine crise économique, la pénurie des denrées de premières nécessités – le pain, le lait en poudre pour enfant, le PQ etc – force les habitants à faire plusieurs heures de queue devant les rares magasins achalandés et l’inflation galope vers les sommets. Le pouvoir chaviste, en place depuis près de vingt ans et dont Nicolas Maduro est l’héritier, est sclérosé par la corruption et le népotisme. Ni Chavez, ni Maduro n’ont su moderniser les infrastructures du pays ou diversifier l’économie pour la rendre moins dépendante de la rente pétrolière, et leurs manoeuvres pour garder le pouvoir sont pour le moins douteuses. Pour l’intelligentsia néolibérale, c’est donc Maduro le « méchant », il doit partir.

Un peu d’histoire

Si seulement c’était aussi simple. En s’intéressant à l’histoire récente du pays, on découvre ainsi que l’opposition n’est pas innocente dans l’avènement de la crise. La pénurie par exemple est accentuée par de grandes sociétés privées – détenues par l’opposition donc, n’oublions pas que le chavisme est un socialisme, il nationalise les sociétés qu’il contrôle – qui retirent du marché par entrepôts entiers des denrées de premières nécessités. La fraude aux importations et un trafic de devise au niveau international aggravent aussi l’inflation. Tout cela fait partie d’une stratégie extrêmement cynique qui consiste à asphyxier la population pour qu’elle se soulève contre ses dirigeants. C’est la stratégie des Etats-Unis contre le pouvoir castriste à Cuba depuis plus de 50 ans, ici il semble qu’elle ait été plus efficace.

Les Etats-Unis d’ailleurs ne sont pas non plus irréprochables dans cette histoire. Déjà en 2002, c’est à dire quatre ans après l’élection démocratique de Hugo Chavez, l’Amérique de Georges W. Bush avait soutenu le coup d’état contre le président élu. Les leaders de l’opposition actuelle ont été inculpés pour leur participation à ce coup d’état et condamnés, malgré l’assassinat du procureur en charge du dossier, de grands défenseurs de la démocratie donc. Suite à cela, l’administration Bush puis l’administration Obama ont mis en place des sanctions économiques contre le Venezuela, préparant ainsi le terrain pour la crise actuelle. Mais qu’avait fait Chavez pour que son pays mérite de telle sanction ?

Rien, il n’a fait qu’appliquer le programme socialiste sur lequel il a été élu, il a redistribué les richesses du pays, exproprié de grands propriétaires terriens – qui font maintenant partie de l’opposition -, nationalisé de grandes entreprises et surtout repris le contrôle de la manne pétrolière, expulsant du même coup les compagnies pétrolières américaines et européennes. Il a mis en place une alternative au néolibéralisme et tant qu’on l’a laissé faire, c’est à dire de son élection en 1998 au coup d’état de 2002, cette alternative a marché. Des millions de Vénézuéliens sont sortis de la misère. Dans les quartiers et les régions les plus pauvres, on a construit hôpitaux, écoles et infrastructures de base. C’est anecdotique mais je me souviens d’une interview de Manu Chao en 2008 au cours de laquelle le chanteur s’enthousiasmait pour l’espoir qu’incarnait la jeunesse chaviste au Venezuela. J’avais été surpris à l’époque, je n’y connaissais rien et j’acceptais sans la remettre en question la propagande anti-chaviste que nous balançaient déjà les médias français. Le plus grand crime du chavisme a toujours été d’avoir suscité cet espoir, d’avoir voulu montrer qu’il existait une alternative au néolibéralisme, et d’en avoir eu l’occasion.

Car si Chavez a pu prendre le pouvoir au Venezuela à la fin des années 90, c’est parce qu’avant lui, le néolibéralisme avait déjà plongé le pays dans la crise. En 1989, le parti au pouvoir, aujourd’hui membre de l’opposition, élu sur un programme social-démocrate, passe un accord avec le FMI pour lui emprunter de l’argent. En échange de ce prêt, il applique la pire politique néolibérale : austérité, dérégulation et privatisation, de l’exploitation pétrolière notamment. C’est le protocole de Washington, qui a plongé tant de gens dans la misère au nom de la mondialisation. La même année, les étudiants de Caracas, qui voient le tarif des transports en commun doubler en moins d’un an, descendent dans la rue, bientôt suivis par une grande part de la population. L’armée est appelée pour réprimer ces manifestations, bilan : 3000 morts. On appellera ces événements « le Caracazo ». Et ce sont les héritiers de ce pouvoir qui dirigent aujourd’hui l’opposition démocratique au pouvoir chaviste…

Ironie de l’histoire, le président Rafael Caldera, élu en 1994 pour résoudre la crise politique issue du Caracazo, était alors vice-président de l’internationale socialiste. Ce qui ne l’a pas empêché d’appliquer les mêmes politiques néolibérales que ses prédécesseurs, extrêmement impopulaire de fait. Politiques qui ont permis l’élection de Hugo Chavez. Comme quoi il n’y a pas qu’en France que le mot socialiste est complètement galvaudé…

La position de la France Insoumise

Et la France Insoumise dans tout cela ? Le parti créé autour de Jean-Luc Mélenchon et du programme l’Avenir en commun veut proposer en France sa propre alternative au néolibéralisme. L’une des critiques les plus nuancées qu’on a pu faire de ce programme est qu’il ne fonctionnerait que si la France n’était pas la seule à l’appliquer. Conscient de cet impératif, la France Insoumise s’est cherchée des alliés dans le monde : Podemos en Espagne, Syriza en Grèce, Jeremy Corbin en Grande Bretagne, Bernie Sanders aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, le pouvoir chaviste au Venezuela.

Pourquoi dis-je dans une moindre mesure ? D’abord parce que le programme chaviste est beaucoup plus socialiste que l’Avenir en commun dont on peut dire qu’il se rapproche du capitalisme Keynésien. Et surtout parce que le Venezuela est assis sur les plus grosses réserves de pétrole de la planète, donc, quoique puisse en dire Eric Naulleau, le programme économique de la France Insoumise ne peut se calquer sur celui du Venezuela. Il faut vraiment prendre les gens pour des imbéciles pour leur faire croire que Mélenchon et ses partisans ne s’étaient pas rendu compte de cette différence cruciale. En France, on ne manque pas de culot mais on n’a toujours pas de pétrole.

Idéologiquement, le Venezuela chaviste est pourtant dans le même camp que la France Insoumise, contre le néolibéralisme, et Mélenchon a admis plusieurs fois que certaines politiques d’Hugo Chavez avait pu l’inspirer – le référendum révocatoire par exemple. Tout au long de la campagne présidentielle, et encore maintenant, cela lui a suffisamment été reproché par les idéologues néolibéraux. Car il ne faut pas s’y tromper, les défenseurs du néolibéralisme sont tous des idéologues, quand bien même ils s’en défendent. La “réalité” dont ils se réclament n’est que l’application de l’idéologie néolibérale, qui est dominante dans le monde il faut bien l’admettre. Le combat contre le néolibéralisme est donc forcément un combat idéologique, fait d’idée parfois mais surtout de symboles.

Or le Venezuela est la quintessence symbolique de ce combat. Ce pays est le symbole de la victoire de Simon Bolivar contre l’impérialisme espagnol, il est le symbole de la victoire socialiste contre le cynisme capitaliste qui a préféré Pinochet à Allende au Chili. Hugo Chavez est le symbole du dirigeant qui a su résister au FMI à la différence de Caldera et de Syriza en Grèce. Le Venezuela aurait dû être le modèle socialiste porté par l’argent du pétrole, le phare et le soutien des pays qui voudraient le suivre, si le cynisme néolibéral n’avait pas ruiné son économie et si ses dirigeants avaient su résister à la corruption du pouvoir.

Mais voilà, le néolibéralisme s’est acharné, il ne veut surtout pas laisser fleurir une alternative à son pouvoir dévastateur. Ses défenseurs, obstinément, attaquent, manipulent les opinions publiques, décrédibilisent leurs adversaires et finalement forcent ces derniers à utiliser les mêmes armes. Pour les dirigeants de la France Insoumise il est donc hors de question de lâcher le pouvoir vénézuélien, condamner Maduro serait admettre implicitement que toute tentative de socialisme est vouée à l’échec, que le positionnement idéologique de la France Insoumise ne résiste pas à la realpolitik, aux “réalités” des néolibéraux. Ne pas lâcher Maduro, c’est faire de la « realpolitik insoumise », c’est le pendant du soutien indéfectible des néolibéraux aux régimes des pays du Golfe. Les dirigeants insoumis sont acculés à ce cynisme. Pour eux, c’est un match qu’il faut gagner, tous les joueurs sont pourris mais la cause est noble.

Sebastien Novac

Sebastien

Mon, 24 Jul 2017 12:42:33 +0200

Quand va-t-on enfin parler d’austérité ?

M. Macron est président de la République depuis 2 mois et, s’il est bien trop tôt pour tirer un bilan de ses actions, il est temps de dénoncer sa politique pour ce qu’elle est : une austérité de la pire espèce.

Le psychodrame politique de la semaine dernière a eu pour sujet, une fois n’est pas coutume, l’armée française. Petit rappel des faits, le chef d’État major des Armées, le général cinq étoiles de Villiers, s’est plaint à huis-clos devant une commision de l’Assemblée nationale, de la réduction des budgets militaires annoncée quelques jours plus tôt par le gouvernement. Ses propos se sont retrouvés dans la presse; le chef de la Grande Muette a parlé ! Il n’en fallait pas plus pour que M. Macron voie rouge et le pousse à la démission après l’avoir vertement tancé à plusieurs reprises dans des déclarations publiques : “Je suis votre chef”, a-t-il ainsi rappelé.

Personnellement, la réduction des budgets de l’armée ne me fait ni chaud ni froid; en tant qu’anti-militariste convaincu, cela me fait même un peu plaisir. Mais cette petite passe d’arme est révélatrice de la politique de M. Macron, et surtout de sa façon de la mettre en scène. Tout au long de la campagne il a promis à tous les secteurs que leur budget serait sanctuarisé. La recherche et l’enseignement supérieur, sanctuarisé ! La culture, sanctuarisé ! L’éducation nationale, sanctuarisé ! L’armée, sanctuarisé ! Etc. Le tout enrobé de déclarations d’intention pleines de réalisme, d’humanisme, de modernisme et autres -ismes bon ton – à ne pas confondre avec les -istes honnis : populiste, protectionniste, raciste etc. (Le lecteur attentif remarquera que tout -isme peut être transformé en -iste au prix d’une petite personnification, révélatrice de la tentation totalitaire de leurs champions, à l’opposé de la dimension jupitérienne de notre président nouvellement élu).

Tout était bon à promettre pour se faire élire par le peuple de gauche “et en même temps” par celui de droite, pour plaire aux classes populaires, aux jeunes, aux classes moyennes “et en même temps” au pouvoir de l’argent, à la finance et à Bruxelles, pour être, ou ne pas être, de gauche “et en même temps” de droite.

Mais aujourd’hui qu’il est en fonction et qu’il bénéficie d’un état de grâce alimenté par la béatitude des éditorialistes mondains et d’une majorité absolue et obéissante à l’Assemblée nationale, M. Macron choisit enfin ses priorités. Ce sera économies tout azimut, ou en le disant plus franchement : l’austérité.

Ainsi, la Recherche et l’Enseignement supérieur voient leur budget réduit de 331 millions d’euros, la Culture de 50 millions, l’Éducation nationale de 75 millions, l’armée de 850 millions… Sauf que, suite au psychodrame sus-cité, le ministère des Armées sera finalement le seul ministère qui bénéficiera d’une augmentation de budget en 2018. Les autres devraient donc voir leurs budgets gelés ce qui confirme la politique d’austérité. Et dans le même temps, le point d’indice des fonctionnaires est gelé lui aussi, le jour de carence est rétabli et les collectivités locales sont mises au régime sec, avant même de devoir renoncer à la taxe d’habitation – promesse du candidat Macron qu’il ne faudrait surtout pas confondre avec du populisme…

Le nouveau monde, le renouveau de la politique, la jeunesse au pouvoir, persiste donc dans les erreurs de ses prédécesseurs. Le “réalisme” néo-libéral veut que l’État respecte la “règle d’or” et ne creuse pas sa dette; l’État doit donc faire des économies. Qu’importe que le FMI, l’OMC et l’OCDE rappellent à longueur de publications et de rapports qu’à long terme, l’austérité nuit à la croissance et à l’économie des pays, qu’importe que l’austérité ait lamentablement échoué à sauver la Grèce, et qu’importe qu’elle ait plongé les Britanniques dans la misère sous Thatcher.

Dans ce dernier cas, le pays a été sauvé par la présence de la City, sorte de Las Vegas européenne de la finance et des spéculateurs de tous bords jusqu’au Brexit. Rappelons que si la crise des subprimes aux États-Unis en 2008 s’est transformée en crise financière planétaire et a conduit à la crise des dettes nationales européennes, c’est en partie grâce à la City, qui a permis aux établissements financiers américains de se renflouer en faisant peser le prix de leurs folies spéculatives sur les dettes nationales européennes. Qu’à cela ne tienne, le nouveau pouvoir réaliste et moderne s’emploie avec énergie et force avantages fiscaux (transformation de l’ISF en IFI, impôt sur la fortune immobilière, abandon de la taxe sur les transactions financières, allègement des charges sur les très hauts salaires…), à attirer les banquiers de la City à Paris, puisque Londres ne fait désormais plus partie de l’Union européenne.

M. Macron et ses soutiens se sont fait élire sur leur jeunesse et sur la “fraîcheur” de leurs idées et de leurs méthodes, mais en matière d’économie, leur pensée s’abreuve aux théories de la “science” économique néo-libérale qui, des débuts de la mondialisation à la crise financière de 2008, a creusé les inégalités, réduit l’espérance de vie en bonne santé, accentué le changement climatique, relancé la course à l’armement et fait le lit des nationalismes et autres régimes autoritaires, des États-Unis à la Hongrie en passant par la Russie, la Turquie, les Philippines, l’Inde, la Pologne, la France en ayant réchappé de justesse.

En France, tous les cinq ans, une nouveau premier ministre monte en première ligne annoncer au peuple que le président ne pourra pas respecter toutes ses promesses de campagne parce que l’État est ruiné – “en faillite” disait Fillon en 2007. En 2012 c’était la faute de la crise, cette année c’est un budget mal équilibré, “insincère” (sic), et un “trou” de 9 milliards d’euros laissé par le précédent gouvernement. Ni une ni deux pour le nouveau pouvoir volontariste, il faut dégainer l’austérité – mais ne surtout pas l’appeler ainsi.

M. Philippe a bien parlé de rigueur, mais dans l’univers de la communication reine, le mot d’austérité est à proscrire. Heureusement pour le gouvernement, l’été est là, les rédactions sont en sous-effectif, les éditorialistes en vacances. Il suffit donc de montrer M. Macron en tenue d’aviateur, M. Macron faisant du tennis, M. Macron se faisant hélitreuiller sur un sous-marin, les bromances de M. Macron avec MM. Trudeau, Trump et Netanyahou, ainsi que la prestance de sa jeunesse face à la vieillesse engoncée des leaders mondiaux présents au G20, pour qu’aucun journal ne s’intéresse à sa politique économique et au dogme qui la sous-tend, à savoir le néo-libéralisme le plus décomplexé.

Et cette semaine, le gouvernement annonce la réduction de l’APL… On est d’accord pour parler d’austérité maintenant ?

Sebastien