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Rouge Midi

Mon, 12 Feb 2018 14:22:19 +0100

A Fos-sur-Mer, la pollution industrielle contamine aussi les aliments

Une étude inédite révèle la présence importante de dioxines et de PCB dans la viande de taureau ou les moules. La mairie soutient le dépôt d’une plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui.

Voisins d’une des plus grandes zones industrialo-portuaires (ZIP) d’Europe, les quelque 100 000 habitants du golfe de Fos savent depuis longtemps que l’air qu’ils respirent n’est pas le plus pur de France. Mais ils ne se doutent pas encore que la viande, les œufs et les moules qu’ils consomment localement sont aussi contaminés par la pollution.

C’est ce que révèle une étude que Le Monde a pu consulter et dont les résultats devaient être présentés, lundi 12 février au soir à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), par l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF). Ils constituent les derniers éléments d’un épais dossier que l’association, soutenue par la mairie de Fos-sur-Mer, a décidé, après quinze ans d’alertes, de transmettre à la justice avec le dépôt d’une plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui.

Entre 2009 et 2015, l’ADPLGF a piloté une campagne d’analyses sur des produits alimentaires du pourtour du golfe de Fos, qui compte une vingtaine d’installations industrielles classées Seveso : raffinerie, sidérurgie, chimie, incinérateur d’ordures… Des prélèvements ont été réalisés sur sept produits certifiés AOC (taureau de Camargue, mouton de Crau, fromages de chèvre, œufs de poules élevées en plein air, moules de Carteau à Port-Saint-Louis-du-Rhône, huile d’olive et foin de Crau) et des poissons du golfe.

Deux laboratoires spécialisés (Carso, à Lyon, et Wessling, en Isère) ont recherché dans les échantillons une cinquantaine de composés chimiques. Et l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions, implanté à Fos et dont le conseil scientifique compte des chercheurs du CNRS, de l’Inserm et de l’INRA, a interprété les résultats.

Bataille judiciaire

Les conclusions les plus inquiétantes concernent la viande de taureau et les œufs. Des concentrations très élevées en dioxines, polluants organiques persistants considérés comme cancérogènes, y ont été trouvées. Sur les huit essais pratiqués depuis 2009 sur les échantillons de viande bovine, deux valeurs (25 % des échantillons) dépassent le seuil réglementaire (4 TEQ – équivalent toxique international – pg/g de matière grasse) alors que, sur 318 essais analogues réalisés sur toute la France depuis 2009 dans le cadre du plan de contrôle national, seul un dépassement a été enregistré (0,3 %). Concernant les œufs, des dépassements sont constatés sur la moitié des quatre prélèvements réalisés, contre seulement quatre pour 204 essais (2 %) à l’échelle du pays.

La présence de dioxines a aussi été mise en évidence à des valeurs supérieures à la moyenne nationale pour les fromages de chèvre et les moules ; à des niveaux moindres pour les poissons mais en constante augmentation depuis les premières mesures en 2009.

Les analyses ont également révélé des teneurs importantes en PCB (polychlorobiphényles), des perturbateurs endocriniens toxiques pour le développement cérébral et classés cancérogènes probables, pour les moules et les poissons, et des teneurs supérieures aux maximales nationales pour les œufs et la viande bovine. Elles montrent enfin la présence importante de métaux lourds (plomb et cadmium) dans les produits de la mer.

« L’objectif de cette étude n’est pas de détruire les éleveurs de taureaux ou de moules, insiste Daniel Moutet, le président de l’ADPLGF. Ils sont des victimes, au même titre que tous ceux qui ont des cancers à Fos ou à Port-Saint-Louis. »

Aussi, Daniel Moutet souhaite les associer à sa démarche judiciaire en leur proposant, comme à tous les habitants du golfe, de déposer, au civil cette fois, des requêtes individuelles pour troubles anormaux du voisinage. « Cette volonté d’agir est le résultat d’un ras-le-bol », résume Me Julie Andreu, du cabinet TTLA & associés, spécialisé dans les dossiers santé-environnement (amiante, AZF…), qui déposera plainte contre X auprès du parquet du Marseille dans les prochaines semaines.

« État de santé fragilisé »

« On en a marre, dit Daniel Moutet. Cela fait quinze ans que l’on alerte, que l’on envoie des courriers aux ministres de la santé ou de l’environnement et qu’ils bottent en touche tous les malades. » Les premiers combats de l’association remontent à 2002 avec le projet d’implantation par GDF d’un terminal méthanier sur la presqu’île du Cavaou et à 2003 avec celui de l’incinérateur d’ordures ménagères de Marseille Provence Métropole à Fos-sur-Mer.

« Depuis quinze ans, on réclame en vain une vraie étude épidémiologique pour savoir si, effectivement, comme tout le monde le dit, il y a plus de cancers ici. Il n’y a même pas de registre des cancers dans le département », déplore René Raimondi, maire de Fos-sur-Mer depuis 2004, prêt à soutenir la bataille judiciaire qui s’engage.

Les habitants de Fos-sur-Mer et de Port-Saint-Louis-du-Rhône ont obtenu de premiers indices sérieux en janvier 2017. Une étude indépendante franco-américaine (Fos Epseal), financée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et conduite sur un échantillon de population limité, suggère que la prévalence des cancers, du diabète de type 1 et de l’asthme est supérieure aux moyennes françaises.

Quant à l’étude d’imprégnation environnementale appelée de ses vœux par l’édile, c’est l’Institut écocitoyen qui s’y attelle. Les résultats, aussi attendus que craints, doivent être présentés en mai.

Sur la base d’une étude statistique rendue publique fin janvier, l’Agence régionale de santé (ARS) et la direction régionale de l’environnement (Dreal) reconnaissent prudemment « des indices de risques à long terme supérieurs au seuil de vigilance pour les effets cancérigènes, liés à la présence de plusieurs polluants sur des zones délimitées […] à proximité de certaines sources industrielles ».

Fin 2017, l’ARS devait publier les résultats de l’Observatoire des cancers du rein, de la vessie et des leucémies aiguës dans le département des Bouches-du-Rhône. Mis en place en 2012 après le constat d’un taux élevé d’hospitalisations pour leucémies aiguës autour de l’étang de Berre, l’observatoire doit permettre de décider de « la pertinence d’installer un registre des cancers ». La publication a été reportée à fin 2018. « Nous sommes conscients que c’est long mais la collecte des données sanitaires et leur consolidation au niveau du département prennent du temps, explique Muriel Andrieu-Semmel, de l’ARS, qui reconnaît un « état de santé fragilisé » sur le golfe de Fos.

D’importants dépassements de rejets de benzène

Du côté des industriels, « on vit comme une injustice qu’on dise que beaucoup de gens sont malades à cause des usines », témoigne Marc Bayard, le vice-président du Groupement maritime et industriel de Fos qui regroupe les industries de la ZIP. « Nous sommes tellement conscients du problème de la pollution que cela fait quarante ans que nous travaillons de tous les côtés pour réduire les impacts environnementaux, assure-t-il. En dix ans, les rejets des principaux polluants ont diminué de 50 à 70 %, et cela continue. »

Pourtant, la plus grosse installation de Fos, ArcelorMittal (voir photo), qui emploie environ 3 600 personnes, enregistre d’importants dépassements de rejets de benzène (gaz cancérogène) depuis 2016. Un rapport d’inspection environnementale d’octobre 2017 que Le Monde a pu consulter relève ainsi « des concentrations en benzène anormalement élevées (jusqu’à 10 fois la valeur limite) » et « la persistance des dépassements des émissions observées au niveau de la cokerie en 2016 ».

Sur la base de ce rapport, qui pointe également des dépassements pour les composés organiques volatiles ou les oxydes d’azote, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris un arrêt de mise en demeure le 12 décembre 2017. Il donne à ArcelorMittal, qui demandait des délais supplémentaires, entre six mois et un an pour se mettre en conformité.

« C’est scandaleux et symptomatique, réagit le maire de Fos-sur-Mer. A chaque fois, l’État réagit avec retard. » René Raimondi est un enfant du pays. « Souvent, on me demande s’il est dangereux d’habiter à Fos. C’est dur d’entendre ça et de ne pas savoir quoi répondre. Quand quelqu’un est mis en danger, l’État doit prendre ses responsabilités."

Tchernobyl, plus personne n’y vit. Quand on a construit le barrage de Serre-Ponçon, on a fait déplacer les habitants avant de noyer les villages. Alors qu’on nous rassure ou qu’on nous évacue. »

La reconvention de la raffinerie Total de La Mède.

Le 14 novembre dernier un « collectif » de citoyens concernés, à savoir la CGT, Les Amis de la Terre et Alternatiba Martigues a organisé à Martigues dans la salle du Grès une rencontre publique afin de comprendre les enjeux de la transformation de la raffinerie de la Mède en « bio-raffinerie ».

Étaient donc présents comme intervenants les maires communistes de Martigues et de Port de Bouc, les Amis de la Terre, la CGT Total La Mède. 


Le but de réunir des personnes d’horizons différents étaient de faire ce que la CGT du département affectionne particulièrement : la convergence des luttes. 
En effet le sujet est sensible et complexe, nous avons donc cherché comment tous ensembles, nous pourrions peser sur Total pour que la fermeture de la raffinerie et sa transformation ne même pas à une catastrophe sociale et écologique. 
Il était clair pour tout le monde que Total, après avoir détruit ce site qui pourtant avait encore toute sa place dans le paysage industriel du département et français, autant économiquement, que socialement car la France continue importer des carburants par millions de tonnes, a choisi la solution de facilité pour transformer son site. 
En deux mots, Total avait besoin de reverdir son image auprès du public, de trouver une solution qui lui évite un plan de licenciement massif et surtout de trouver un projet qui lui rapporte de l’argent sans trop investir. Pour donner un exemple, il a mis sur la table 275 millions d’Euros pour La Mède, alors que dans le même temps il investit 1,7 Milliards au États-Unis pour une unité qui traitera les gaz de schistes. Circulez braves salariés, la messe est dite ! 
Il nous est apparu comme évident le constat fait par les associations écologiques, qu’utiliser de l’huile de palme comme carburant est un non-sens à plusieurs titres. En effet, tout le « process », de la culture à l’incorporation dans le carburant, a un impact carbone supérieur à la fabrication du gazole traditionnel. 
En résumé, la CGT conformément à ses valeurs a défendu l’intérêt d’une industrie forte tout en rappelant la dimension écologique indispensable pour la survie de l’être humain et son développement, en identifiant clairement l’ennemie capitaliste comme responsable de la destruction de nos usines, de notre environnement dans le seul but d’un enrichissement sans fin. Les Amis de la Terre ont mis en exergue l’extravagance de ce projet en rappelant le désastre humain, animal et végétal que représente l’exploitation de l’huile de palme sous toute ses formes, tout en ayant conscience et portant le fait que la transition écologique ne pourra se faire qu’en préservant les emplois et les conditions sociales des travailleurs. Et enfin les maires communistes du pourtour de l’étang ont tenu à rappeler leur attachement à l’industrie, à la sauvegarde des emplois et au-delà, la sauvegarde de l’expertise et de la qualification du monde ouvrier. Ils nous ont proposé leurs visions et leurs projets de développement écologiques et la nécessite d’une réflexion commune pour inscrire leurs villes dans une transition durable et économique. 
Nous en sommes donc tous ensemble, avec les nombreuses personnes présentes arrivés à la conclusion que d’autres solutions de développement industriel sont possibles, que cette assemblée marquerait peut-être le point de départ d’une prise de conscience et d’une volonté commune de changer le modèle de gestion économiques des industries et des pays. 
La lutte doit continuer, s’enrichir de nouvelles idées, s’amplifier pour se rapprocher un peu plus de notre objectif : la transformation sociale !

Fabien Cros.

la_peniche

Mon, 12 Feb 2018 05:41:20 +0100

Entretien avec Frank GAULIN délégué national CGT des hypers marchés CARREFOUR

Frank le 23 janvier la presse dont France Inter annonçait dans son journal du matin que M. BOMPARD PDG de CARREFOUR devait vous présenter un plan pour « sauver l’entreprise », que CARREFOUR serait « menacé par la vente AMAZONE » et qu’il y avait urgence…La situation est-elle donc si catastrophique ? Faut-il lancer un téléthon pour CARREFOUR ?

Situation catastrophique ? Tu veux rire ? CARREFOUR est une entreprise qui a un chiffre d’affaires de 43 milliards sur le 1er semestre 2017, en progression de près de plus de 6% et qui affiche un bénéfice net après impôts de près d’un milliard d’euros (980 millions exactement), tous chiffres que l’on trouve aisément sur Internet. Le groupe, qui de surcroît a reçu 400 millions de CICE par an, numéro 2 mondial présent dans 30 pays avec 12300 magasins et près de 400 000 employé-e-s est loin d’être au bord de la faillite, bien au contraire. Il fait de l’argent mais il veut en faire plus, c’est ça le cœur du problème. Contrairement à ce qui est balancé ici ou là il n’est pas menacé par la vente par Internet (qu’il pratique déjà !), il n’est surtout pas en déficit, mais il veut s’appuyer sur les nouvelles technologies pour faire encore plus d’argent au détriment des salariés. La vente par Internet du kilo de patates par une start-up surgie d’on ne sait où, n’est pas pour demain !! Non ce qui est en jeu c’est leur taux de profit. En fait ce qui se passe aujourd’hui (et qui est annoncé depuis plusieurs mois) c’est le franchissement d’un nouveau palier dans la course aux profits…et ce n’est pas nouveau ! Rappelons-nous en 2005 le licenciement du PDG de l’époque, Daniel BERNARD, pour résultats insuffisants (8% de bénéfices tout de même !!) mis à la porte avec…38 millions d’indemnités !!!

Mais alors que prévoit ce plan de « sauvetage » tant annoncé comme inéluctable ?

La fermeture pure et simple de 273 premiers petits magasins (avec 2100 suppressions probables de postes), des suppressions de postes ailleurs, des reventes de magasins, bref c’est la grande braderie pour restructurer le groupe. En fait on est dans la logique du capitalisme international tel que prôné par exemple par le BCG (Boston Consulting Group). L’entreprise est découpée en secteurs d’activités, en magasins de différentes tailles et on regarde quelles sont les formules les plus rentables. Les conseils en stratégie distinguent ainsi au sein d’une même entreprise, « la vache à lait, la star, le dilemme et le poids mort » (sic !) et en fonction de ce découpage décident de vendre, d’externaliser ou de fermer des pans entiers selon leurs calculs de taux de profit. Les femmes et hommes occupés à ces activités ne comptent pas...
Ceux qui sont à la tête de CARREFOUR et appliquent ces méthodes, ont des portefeuilles et des graphiques bousiers à la place du cœur !! Donc selon leurs plans des dizaines de « poids morts » vont être liquidés et tant pis pour les milliers de salariés concernés. En fait le plan va beaucoup plus loin que les 2400 annoncés et les chiffres de mises à la porte seront plus désastreux encore si on ne se bat pas. Tu sais on est loin d’être un cas isolé Good Year, Continental, Fralib hier, la centrale de Gardanne (où 450 licenciements sont annoncés) ou Castorama aujourd’hui, partout c’est la logique du fric qui s’est affronté et s’affronte à celle du travail en réponse aux besoins sociaux. Alors on se bat, on n’a pas le choix et tant qu’il y aura ce système injuste on se battra. On a dans nos têtes l’image des victoires qui ont été obtenues…Rester fidèle à ses valeurs et à ses combats d’enfance contre l’injustice, c’est tout le combat que j’essaie de mener aujourd’hui : rien de plus... mais rien de moins non plus

Quel est l’état d’esprit des salariés aujourd’hui ?

Tu sais ils sont le dos au mur et ils n’ont pas le choix. CARREFOUR a multiplié les contrats précaires et martelé son discours sur le fait qu’il ne peut pas faire autrement. Ça rend la lutte plus compliquée mais pourtant elle se développe à un niveau que nous n’avions jamais connu nationalement. Des salariés nous rejoignent dès à présent et c’est un phénomène nouveau. La semaine d’action de la CGT va bien au-delà de ce qu’on a pu faire par le passé.

Effectivement c’est ce que l’on ressent de l’extérieur…

Il faut que les salariés prennent confiance dans leur capacité à peser sur les choix de gestion capitaliste et nos actions aident à ça. Lundi à Montreuil [1] c’était un grand moment, mais il y en a eu d’autres comme jeudi matin au Carrefour des Milles (zone d’Aix), ce vendredi à Marseille devant les markets, à Antibes où l’hypermarché a été fermé… et il y en aura d’autres. C’est d’autant plus remarquable que la CGT est souvent seule dans l’action. FO a même eu l’indécence de sortir une affichette, appelant…à ne pas faire grève !!! C’est d’autant plus honteux que la centrale argumente en écrivant que nous avons de petits salaires. Bien sûr c’est vrai mais jamais rien dans l’histoire n’a été possible comme avancées sans luttes et sans engagement tant en termes de temps que d’argent ! Si on reste sans rien faire sauf des déclarations de principe on n’aura rien !! Tu te rends compte que le responsable FO dit :"il faut que les licenciements se fassent dans la dignité !!!"
Pour nous ce n’est pas possible d’accepter une telle différence entre le salaire moyen des salariés de CARREFOUR et la rémunération des actionnaires…qui en plus ne connaissent pas notre travail et souvent, même pas, les magasins…Et puis il y a les réactions de soutien de la population, de la clientèle et d’organisations associatives ou politiques : cela fait du bien même s’il faut aller plus loin.

Aller plus loin ? Qu’est-ce que vous proposez ?

Celles et ceux qui nous encouragent nous les remercions et leur soutien est précieux, mais notre lutte, vu l’importance de CARREFOUR, pose une question de société. Peut-on accepter qu’une entreprise fasse sa loi tant auprès des producteurs que des consommateurs sans aucun contrôle ? Je ne le pense pas. Il faut qu’à partir de notre combat émergent des propositions de changement de la société dans lesquelles nous pourrons nous reconnaître. Si les luttes ne servent pas de point d’appui aux politiques pour faire des propositions concrètes comment les salariés pourront-ils se reconnaître dans des discours qui fustigent le capitalisme mais ne s’en tiennent qu’aux slogans ?

En plus dans le plan de CARREFOUR les 273 petits magasins promis à la fermeture sont les magasins dit "de proximité" le plus souvent établis dans des quartiers populaires et donc à travers eux c’est le tissu social qui est attaqué. Dans les conditions actuelles de la distribution ils ne seront pas remplacés par des petits commerces qui ne peuvent tenir face à la concurrence des géants de la distribution…ou alors au prix de quels sacrifices pour celles et ceux qui tenteraient l’aventure du petit commerce !!!

Pourquoi ne pas poser la question de la nationalisation de la grande distribution qui veut imposer sa loi partout ? Non pas pour mettre les magasins dans les mains de l’appareil d’état, mais dans celles des salariés, des producteurs et des consommateurs afin que le peuple maîtrise la vente d’un bout à l’autre de la chaîne ?
Par le passé dans des quartiers se sont montées des coopératives de distribution système rapidement récupéré par le capital, pourquoi ne pas reprendre cette idée aujourd’hui en l’améliorant ? Après tout nous n’avons pas plus besoin de patron que les Fralib !! Tu imagines des magasins gérés en commun par les producteurs et les consommateurs, choisissant les produits qui répondent aux besoins de la population, favorisant les circuits courts et contrôlant les prix tout au long de la chaîne ?

Ce sont ces questions-là qui t’ont poussé à t’engager politiquement ?

Je pense que pour l’avenir de la planète il n’y a pas d’autres solutions que la mise en commun des richesses, la propriété collective des moyens de production et d’échanges car comment vouloir faire autrement sans provoquer drames, guerres et barbarie ?
Je me suis engagé à l’ANC aussi parce que je crois à la nécessité de revenir au lien entre luttes syndicales et associatives et luttes pour un changement de société. Ce qui se passe aujourd’hui à CARREFOUR ne fait que me conforter

Rouge Midi

Sat, 10 Feb 2018 19:53:01 +0100

450 emplois supprimés à la centrale de Gardanne

Lors de ces rencontres les 2 fédérations CGT ont affirmé toute leur détermination à maintenir l’activité charbon dans le cadre du mix énergétique en se basant sur l’argumentaire développé y compris localement. Pour rappel, l’arrêt du charbon en France est totalement incohérent avec l’utilisation du charbon aux niveaux européen et mondial, la comparaison entre le charbon et les énergies renouvelables est absurde car elle ne répondent pas aux mêmes besoins (base/pointe) ou encore l’avantage de la bonne répartition du charbon sur l’ensemble de la planète…

Au niveau local, le syndicat CGT de la Centrale de Gardanne a entamé la même démarche en interpellant les élus locaux, les responsables des partis politiques, les représentants de l’état, le Conseil Régional et Départemental.

Plusieurs rencontres déjà ont eu lieu : Mairie de Gardanne, Conseiller départemental (PCF), Député PCF de Martigues, Député LREM de Gardanne et le directeur de la SEMAG (aménagement du territoire de Gardanne et sa région).
Lors de ces rencontres, le syndicat CGT de la Centrale de Gardanne a soutenu le même argumentaire qu’au niveau national.

À tous les niveaux, l’argumentaire de la CGT ne souffre d’aucune contestation sur le fond.

Dans l’entreprise, le comportement de la direction est inacceptable. Aucune communication n’est faite auprès du personnel pour les informer du travail qui pourrait être fait pour combattre l’arrêt du charbon ou pour le démarrage de la Biomasse. La raison est évidente, ils sont d’accord avec la position du gouvernement. Leur seul objectif est de démanteler l’entreprise en se remplissant les poches aidé par les ordonnances Macron qui faciliteront le licenciement des travailleurs. À aujourd’hui, seules des réunions en petit comité se tiennent pour déverser leur propagande patronale et mensongère.

Pour toutes ces raisons, la CGT appelle l’ensemble des travailleurs, statutaires et sous-traitants à se réunir le jour de la visite de la commission d’enquête afin d’affirmer ensemble notre volonté de maintenir notre activité charbon et nos emplois.

Le 13 février 2018 à 13h devant le local CGT

La CGT fera un compte rendu de la rencontre avec la commission d’enquête dès la sortie de la réunion.

CEUX QUI VIVENT SONT CEUX QUI LUTTENT

Wed, 07 Feb 2018 10:40:15 +0100

Gemalto. Un plan social avec la bénédiction des ordonnances Macron

« Pas une journée sans qu’un salarié ne vienne me voir à la machine à café ou ailleurs pour me dire qu’il a bien regardé les catégories définies dans le PSE (plan de sauvegarde de l’emploi – NDLR) et qu’il pense qu’il peut y échapper. » Ce syndicaliste témoigne du stress, de l’incertitude et de l’atomisation qui règnent sur le site Gemalto de La Ciotat depuis que le groupe a annoncé en décembre dernier un plan de licenciement concernant 288 postes, puis défini, de façon jugée arbitraire par l’intersyndicale, 113 catégories. Ingénieurs, techniciens, responsables commerciaux, salariés du leader mondial de la sécurité numérique, les voilà traités comme des variables d’ajustement. « Il y a énormément de couples, comme sur tous les lieux de travail. Je ne vous dis pas l’ambiance », ajoute le syndicaliste.
Le chantage à l’augmentation

Début décembre, la direction annonce ce « plan social ». Quelques jours plus tard, l’info tombe : Gemalto sera racheté par Thales, dont l’offre coiffe sur le fil celle d’Atos. Le PDG du gagnant de l’enchère évoque « une bourse à l’emploi » : priorité aux licenciés de Gemalto pour des postes chez Thales. Espoir passager. Le rachat tarde à être officialisé tandis que les réunions de négociations ont commencé et que la direction de Gemalto veut boucler l’affaire d’ici à début juin. Les réunions s’enchaînent à un rythme effréné.

Les discussions portent sur les modalités (départs volontaires ou pas, priorité aux seniors), peu sur le bien-fondé. Sauf peut-être à partir de ce lundi, lors d’un comité central d’entreprise. Pour l’anecdote, se mènent parallèlement les NAO (négociations annuelles obligatoires) sur les salaires. La direction veut rendre effective l’augmentation en juillet, soit après le PSE, et non en février, comme à l’accoutumée. Et elle propose une augmentation de 2 % si les syndicats signent un accord concernant ce même PSE, mais 0,5 % en cas de non-signature.

L’entreprise se trouve-t-elle en si mauvaise posture ? La direction argue du déclin du marché américain des cartes SIM et cartes bancaires. L’activité aurait baissé « de 28 à 35 % entre 2016 et 2017 ». Pourtant, les résultats affichés par Gemalto sont presque insolents : 453 millions d’euros de bénéfices nets en 2016 pour un chiffre d’affaires de 3,1 milliards, soit un taux de rendement de 15 %. Et, pour 2017, « les chiffres ne sont pas encore connus », pointe Christophe Bassas, ingénieur à La Ciotat et responsable FO, mais le pactole annuel devrait s’établir à 300 millions d’euros.

Pourtant, la multinationale argue d’un déficit de la filiale française à hauteur de 17 millions d’euros pour justifier son plan de licenciement. « Pour nous, c’est clairement rendu possible par une disposition des ordonnances Macron qui permet de ne plus tenir compte de la santé d’un groupe à l’échelle mondiale, ajoute le syndicaliste. La direction a attendu la publication de ces textes qui permettent de ne considérer le PSE qu’au regard du résultat de la société française. »

Des délocalisations en Inde, à Dubaï...

Un déficit peut s’organiser aisément. Explications : « L’ensemble du top management, soit une trentaine de personnes, est payé par une société qui s’appelle GIS. C’est Gemalto France qui règle l’addition alors qu’ils dirigent clairement Gemalto NV », soit le groupe mondial. Coût total : 26 millions. Une réaffectation du coût à la multinationale basée à Amsterdam et la filiale française afficherait un bénéfice, rendant difficilement justifiable un plan de suppression d’emplois.

En France, le nombre de salariés s’établit à 3 000. C’est donc près de 10 % des effectifs qui vont être concernés. Le site le plus touché sera celui de La Ciotat, avec 130 suppressions de postes sur 750. L’économie prévue sur la masse salariale sera de 28 millions d’euros. Depuis des années, ce centre de recherche et développement est victime de délocalisations en Inde, aux États-Unis, à Dubaï.

Christophe Bassas le sait déjà : tout son service est supprimé, direction Singapour. Le cas de Gemalto et de sa matière grise broyée est en passe de devenir une affaire nationale puisque deux anciens candidats à l’élection présidentielle apportent leur soutien aux salariés en venant les rencontrer sur le site de La Ciotat : Jean-Luc Mélenchon vendredi dernier et Benoît Hamon ce lundi.

Christophe Deroubaix correspondant à Marseille

Légende photo :Les résultats affichés par Gemalto sont insolents : 453/millions d’euros de bénéfice net en 2016. Pour les salariés : 288 postes supprimés bientôt. PHOTOPQR/La Provence/MaxPPP

Fri, 02 Feb 2018 06:03:23 +0100

L'idiotie congénitale d'un certain antiracisme.

Les mérites d’un minimalisme en politique.

La dernière élection présidentielle en France a permis une mise au net du paysage politique. Les partis qui animaient le champ médiatique de petites phrases lancées par leurs dirigeants, seule denrée au menu du débat public, y ont terminé leur existence. Le parti socialiste et les Républicains ont littéralement été pulvérisés, et la comédie de l’alternance mise en place depuis le suicide assisté du PCF par l’OPA mitterrandiste s’est achevée.

Le Front National, gardé en lice, a été carbonisé lors de l’assaut final, le duel (pugilat) télévisé qui allait consacrer l’un des deux candidats. Sa Présidente, préoccupée de déstabiliser un rhétoriqueur très entraîné dans la production de sophismes [1] où se tiennent ensemble sans autre articulation logique qu’une contemporanéité des assertions antagonistes, s’est montrée non convaincante sur la question de la sortie de l’Union européenne. Son nationalisme, la raison d’être de son organisation politique, n’avait pas l’envergure qui assumerait la souveraineté du pays hors du carcan européen, voulu et construit par les Usa, bien avant la fin de la seconde guerre mondiale. Elle s’est montrée confuse et maladroite à souhait sur cette question, s’aliénant une bonne part de son électorat potentiel. Les accusations portées à son adversaire sur son éventuelle compromission avec des islamistes se sont révélées de piètres coups d’épée dans l’eau.

Les observateurs ‘critiques’ ont bien insisté sur la force de frappe économique et médiatique de ce parti, frappé aux initiales de son chef, sorti fraîchement des cartons des décideurs, ceux qui font les lois qui importent et configurent l’existence de chaque travailleur et retraité de ce pays. La création extemporanée d’un mouvement prétendant au pouvoir a parié sur cette innovation introduite dans le processus électoral et a emporté l’adhésion par la séduction d’un obligé des banques d’affaires, paré des charmes de la réussite et de la jeunesse. Et de surcroît gérontophile, ce qui n’est pas le moindre des atouts dans une démographie à pyramide des âges inversée.

Il a aussi réussi une performance, l’évincement d’un Premier ministre récemment converti au néo-conservatisme. Il s’était tout entier voué de manière particulièrement ostentatoire à la cause, non pas tant xénophobe, qu’islamophobe, attitude en congruence parfaite avec les prétentions sionistes qui fabriquent depuis Reagan et plus encore l’arrivée au pouvoir de Bush la concaténation des énoncés sémantiques, arabe, musulman et terroriste. Le système a rejeté l’hypothèse vieillotte d’une France traditionnelle avec manoir à la campagne et famille nombreuse, du tribun aux poses faussement internationalistes, de la mégère poissarde qui allait faire fuir le touriste et du surgeon anémié d’un socialisme décadent qui avait oscillé entre un violeur de femme de chambre et un coureur de jupon en mobylette.

Le Code du Travail brisé du haut de l’Olympie.

Macron allait servir le système efficacement, car discrètement, et apaiser le conflit des communautarismes allumé et attisé par Sarkozy et amplifié plus tard par Valls. L’inefficacité calculée et prévue des manifestations contre la loi travail a rendu caducs les affrontements sur des thèmes périphériques, gonflés périodiquement pour étouffer et rendre invisibles les transformations de la Loi qui affectera la vie de tous et de chacun. Depuis quelques mois, les médias se préoccupent moins des quartiers « hors contrôle » du gouvernement. Il est vrai que de nombreuses lois en faveur d’une laïcité radicale qui ne se contente pas de l’indifférence de l’Etat vis-à-vis des religions mais souhaite l’effacement de celles-ci de l’espace public (quand il s’agit du vêtement des femmes et des filles musulmanes) ont déjà été votées et admises.

Il est vrai aussi que la révélation de mœurs prédatrices dans le milieu du spectacle et singulièrement du cinéma hollywoodien occupe pour le moment l’avant-scène. Tout un petit monde semble découvrir avec une naïveté feinte que promouvoir au cinéma et ailleurs la jouissance sans entraves trouvait les adeptes de cette pratique parmi les officiants du spectacle. Le monde de façon générale, le vrai, comprend le non-dit dans une invitation sans témoin d’une jeune femme en attente d’un rôle par un employeur tout puissant dans sa chambre d’hôtel. Démonstration est de nouveau faite que les « libérations » y compris des mœurs se font au profit des dominants.

L’élimination de la prétendante du FN n’est pas à porter au seul crédit d’un Macron qui serait un homme de dossier, les économistes lui reprochent assez de ne pas savoir faire une addition et de l’imbécillité d’une écervelée mal conseillée par d’obscurs stratèges, mais bien à la réaction du peuple français qui n’a pas osé l’abstention, pourtant la seule issue cohérente à cette mascarade électorale.
Il n’a sans doute pas été tétanisé par les ardentes implorations à ne pas laisser gagner le ‘fascisme’, il a surtout manifesté son aversion au racisme quand il risque de dégénérer en chasse à l’homme et en pogroms. Et, comme l’avaient fait les Espagnols après les terribles attentats à Madrid en mars 2004 en refusant de reconduire la droite sous l’impulsion de la terreur, les Français ont récusé l’orientation phobique toute indiquée après Charlie et novembre 2015. Les pédalages laborieux autour de la déchéance de la nationalité de l’exécutif ont été vains.

L’émotivité des masses est manipulable, des techniques affûtées ont été mises au point et déjà appliquées mais elles ne peuvent toujours être assorties de succès, la complexité des ressorts psychiques (et historiques) en est le facteur limitant. Peu de publicistes ont entrepris une mise au point analytique et prospective de cette aspiration surprenante, radicale et sans doute durable par le Néant des formations politiques qui occupèrent des décennies durant tribunes et chambres de représentation. La guerre des races promise par les adeptes du choc civilisationnel n’aura pas lieu. Les « identitaires » de tout bord peineront à approvisionner le marché des revendications sociétales de provocations racialistes et anti-racialistes, substitut très confortable pour le système des luttes réelles qui le mettraient en péril. Les médias ne moussent plus leur agitation insignifiante, peut-être obéissent-ils à une consigne d’apaisement, résultante de l’application d’au moins trois forces convergentes.

Trumper son monde.

L’arrivée inattendue au pouvoir d’un Trump aux Usa, républicain par défaut, sans autre conviction que celle de ses pairs conservateurs donneurs de chèques, a ébranlé l’assise théorique de la foi démocratique. Privilégier la défense des minorités dans une société fondée sur l’exploitation pour mieux noyer celle-ci n’a pas suffi à mettre en orbite Hillary Clinton. Pourtant la séquence était idéalement construite, après le premier président afro-américain, la première présidente femme. Trump a eu le toupet de prétendre mettre fin à l’interventionnisme militaire des Usa, resserrer le budget autour d’une reconstruction des infrastructures du pays, rapatrier les activités industrielles et parfaire l’indépendance énergétique. C ‘était sans compter avec la puissance du capitalisme transnational qui a effacé les frontières depuis des décennies, se nourrit des guerres multiformes d’intensité variable implantées un peu partout et s’abreuve des flux migratoires. Le souverainisme et/ou le protectionnisme a été décrété de mauvais aloi, réactionnaire et à combattre par les penseurs du libéralisme.

Dans cette veine, Trump est le contre-exemple, le repoussoir. Son ‘racisme’ primaire est honni en place publique, il importe donc de ne pas laisser proliférer un discours qui évoquerait les effets de l’émigration en terme négatifs. Cela se faisait il y a peu encore.
Les agressions sexuelles commises par des réfugiés en Allemagne, même démenties par les récits policiers et les faits juridiques, avaient trouvé un écho considérable, celui de la rumeur – forcément mensongère- démesurément colportée. La réduction du nombre de titres qui affichaient des premières pages affriolantes sur une Europe voilée, islamisée, défigurée de minarets est une réponse anti-Trump, consentie à la demande sociétale libérale-libertaire.

La poudre de perlimpinpin.

Très vite, dès son arrivée à l’Elysée, Macron a opté pour une politique extérieure un peu moins idéologique et plus réaliste que ses deux prédécesseurs. La destruction de la Libye par Sarkozy pour le compte de l’OTAN puis celle de la Syrie achevée par Hollande ont induit une réplique défensive de la Russie, bouclier européen et moyen-oriental de l’Organisation de Coopération de Shanghai . [2] La traduction sur le terrain du Projet pour un Nouveau Siècle Américain, anéantissement de l’Irak, de l’Afghanistan, mise en péril du Pakistan, division du Soudan, éclatement de la Yougoslavie, révolutions colorées dans les ex-républiques soviétiques, interdit à une quelconque moyenne puissance le droit de se développer. La Russie, encerclée par des bases militaires et les défenses anti-missiles disposées un peu partout autour d’elle et cernée de plus en plus près de ses frontières, pays baltes, Ukraine, Pologne ne pouvait que réagir par une politique de défense. Elle se devait de préserver sa présence sur le littoral syrien et éviter la dislocation de cette zone qui aurait été un formidable couloir de transit pour un terrorisme qui aurait inondé le Caucase, l’Asie centrale avec des coulées vers la Chine.

La résistance d’un peuple multiethnique et confessionnel autour de son Président qui peut garantir la pérennité de l’institution étatique a fait le reste. La Syrie, dans les limites absurdes de ses frontières définies par les accords de Sykes-Picot va survivre aux poussées takfiristes. La création, même éphémère, d’un Etat ‘califal’ sur plus de la moitié de la Syrie et un peu moins de la moitié de l’Irak, n’aurait pu voir le jour sans la transformation de l’Irak en trou noir par l’invasion des Usa en 2003, terme final de l’alliance entre un dirigeant arabe zélé puis berné et l’Occident.
L’intervention de la Russie en Syrie à la demande de Bachar al Assad en septembre 2015 a été le frein à la fracturation en de multiples entités des pays de cette région, source certaine d’instabilité.

Avec des mouvements oscillatoires, les affirmations contradictoires sur le maintien de Assad, conditionnant ou non le processus de paix, reflètent les espoirs mis dans de nouveaux engagements militaires dans des poches résiduelles, l’Occident accepte qu’il n’est plus le seul maître du jeu dans les affaires du Reste du Monde. Dans ce contexte de reconfiguration des politiques extérieures à la fois des Usa et des pays de l’Union Européenne, l’agitation du racisme, arme de division des peuples est pour l’instant remisée. DSK avec sa fameuse présomption que les immigrés sont tous des antisémites a été mis hors d’état de nuire, ses clones, Sarkozy et Valls, au verbe plus abâtardi et plus direct, ont été rangés au grenier avec les épouvantails qui peuvent être ressortis si la saison l’exige. La croisade contre les pays de l’Axe du mal connaît un tournant, celle contre l’ennemi intérieur aussi.

Les migrants.

La gestion des flux migratoires de par le monde devient un enjeu d’importance qui absorbe des budgets nationaux et transnationaux, requiert des institutions spécialisées et mobilise des unités de recherche en sociologie ainsi que des ressources associatives de plus en plus nombreuses. Pour ce qui concerne les pays de l’Union Européenne, le taux de croissance de la population est l’un des plus faibles au monde. Plusieurs Etats connaissent un déclin de leur population en raison d’un taux de natalité faible ou d’un solde migratoire négatif alors que l’espérance de vie est de plus en plus importante. Le taux de fécondité moyen est de 1,6 en Europe et ne permet pas le renouvellement de la population, les plus bas se trouvent dans les pays méditerranéens et en Europe de l’Est (inférieurs à 1,4). L’Allemagne avec un niveau de 1,5 ne réservera évidemment pas le même accueil aux migrants que la France qui se défend bien avec son taux à 1,98.

Des politiques migratoires sont donc consciemment entreprises et concertées en fonction des ‘besoins’ de remplissage des différents Etats. [3] Merkel a été attaquée bien injustement pour avoir incorporé un million de réfugiés qui n’ont rien coûté à l’Allemagne pour leur entretien et leur formation alors qu’elle ne faisait que faire appliquer un programme décidé bien en amont. Les guerres en Irak et en Syrie ont été une aubaine, les Arabes, Kurdes et autres ethnies du Moyen Orient apportent une variété génétique supplémentaire par rapport aux Européens de l’Est, de surcroît européens de droit et moins faciles à exploiter qu’une masse instruite et précarisée.

Aucune association ‘humanitaire’ ne vient contester ce mode de comblement du déficit démographique européen. Certaines, on le sait, elles ne s’en cachent pas, sont financées par l’Open Society de Georges Soros dont les prétentions à modeler l’architecture d’un monde ultralibéral ne connaissent pas de limites. Les commissaires européens doivent s’esclaffer quand de piètres écrivaillons dénoncent un grand remplacement des populations européennes ourdi par un Islam comploteur, ils savent qu’ils en sont les auteurs. Ceux qui, en Europe, prétendent militer contre le racisme se préoccupent peu de contester les conditions qui conduisent des millions d’hommes, de femmes et d’enfants à quitter leur terre natale pour aller quérir sécurité et droit à la vie. Un certain antiracisme n’est donc qu’un faux nez pour la promotion des déplacements de populations qui offriront leur travail contre un coût moindre sur un ’marché’ de l’emploi déjà engorgé par un chômage endémique et structurel. Il perpétue alors le circuit qui immanquablement fait se cabrer des populations autochtones déjà appauvries et précarisées par le néolibéralisme, ahuries de voir à leur porte sans cesse de nouveaux arrivants. L’antiracisme est coupable de ne pas se dresser contre les guerres impériales et les programmes du FMI, pourvoyeur de ces mouvements que la misère semble rendre irrépressibles.

La réussite de Macron a eu pour dégât collatéral l’apaisement, peut-être transitoire, du cirque médiatique par rapport aux questions sociétales avancées pour motiver la ‘discorde’. Conçues comme un divertissement, les informations évoquent moins les incidents dans les banlieues et les cailleras. Macron est l’organe qui a substantivé la disparition des figures traditionnelles politiciennes et de leur maigre logiciel, matrice d’une partition populaire selon des lignes sans aucune pertinence pour une véritable transformation sociale. Jupiter, fils mal digéré d’un Temps aveugle, n’est que la version de l’adaptation locale du capitalisme transnational.

Place nette

La place est nette pour activer une problématisation de notre monde en vue de le transformer en faveur non de l’égalité, aberration du règne du quantitatif, mais de la justice. L’antiracisme tel qu’il définit et limite son fonds de commerce idéologique ne peut tarir son origine sinon il dépérirait. Comme un certain féminisme, il n’est qu’un outil au service de l’ordre implacable qui structure le monde dit globalisé car commandant l’orientation et la forme de la moindre de ses manifestations.
La France n’est plus depuis longtemps un Empire, elle est l’un des modestes et besogneux exécutants de l’ordre mondialisé, et ceux qui croient lire dans sa geste une continuité avec sa politique coloniale se trompent de plusieurs siècles. Ajuster leur lunette à la réalité leur ferait perdre la croyance en l’avantage de leur piètre étal.

Badia BENJELLOUN
28 janvier 2018

Dr Benjelloun