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Rouge Midi

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Wed, 15 Nov 2017 17:16:46 +0100

Pour Jack Ralite

J’ai été très attristé de la nouvelle de la mort de Jack Ralite.

Pour l’avoir connu de près du fait de mon engagement en psychiatrie, je tiens à apporter mon témoignage en forme d’hommage à cet homme dont j’ai admiré l’humanité et la profonde culture.

Je rappellerai juste son remarquable discours en tant que ministre de la santé en octobre 1981 à la préfecture de Rouen, sur la psychiatrie : pour un désenclavement de la psychiatrie, le désaliénisme cher à Lucien Bonnafé et à Tony Lainé, une hospitalité pour la folie et les connexions avec la culture.

Il avait ainsi fait naître un espoir immense pour celles et ceux qui luttaient pour un psychiatrie hors les murs et pour le dépassement des lieux d’enfermement psychiatrique.

Il avait initié un rapport qu’il avait confié au Dr Demay pour une voie nouvelle en psychiatrie. Ce rapport dit « Rapport Demay » malgré un immense travail d’élaboration démocratique n’a pas pu être mis en œuvre, du fait des résistances de l’institution psychiatrique et d’une politique qui a négligé cette question essentielle de l’accueil et de l’hospitalité pour les malades mentaux.

Il s’est engagé de façon résolue lors de la création en décembre 2008 du Collectif des 39 et a participé physiquement par sa présence et son verbe à plusieurs de nos meetings et manifestations publiques, articulant sans cesse la folie et la culture.

Cette voix va cruellement nous manquer.

Transmis par la_peniche

Wed, 15 Nov 2017 10:35:47 +0100

USA : jeu impérial dans le Sahel

Les militaires américains tombés le 4 octobre dernier au Niger dans l’embuscade d’un groupe djihadiste n’étaient pas en mission de reconnaissance, mais en opération kill-or-capture (tue ou capture…), selon le média américain sur web The intercept.com.

Même si officiellement les autorités US entretiennent une sorte de ‘shadow war’ ou ‘guerre de l’ombre’ (encore le 20 octobre on lisait que « l’armée américaine n’a pas de mission de combat directe et active au Niger » dans un communiqué de l’AFRICOM, le Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique), les Bérets Verts du Special Force Group ne se limitent pas au support logistique et de renseignement de l’armée nigérienne. Au contraire, ils conduisent, avec des unités de cette dernière, des véritables opérations de commandos contre les cellules affiliées à Al-Qaïda et à l’Etat Islamique.

Synergie franco-américaine

Celle du début octobre à Tongo-Tongo – 45 km à nord de la capitale Niamey – s’est soldée avec un bilan de 9 victimes (4 Américains et 5 Nigériens), suite à un accrochage avec une cinquantaine d’islamistes équipés de lance-roquettes et dotés de blindés légers. Pertes qui auraient pu être plus graves sans l’intervention des Mirage 2000 de l’aviation française de la force Barkhane.

Les soldats étatsuniens ont été déployés dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest depuis la mi-janvier 2013. C’est-à-dire quelques jours après la déclenchement de l’opération française Serval dans le Mali limitrophe, où les principales villes du Nord étaient occupées par des mouvements liés à Al-Qaïda. Suite aux renforts arrivés en mai et août de la même année, ils sont aujourd’hui en nombre entre 800 et 1000.

Leur fonction offensive a été tenue secrète jusqu’à l’épisode d’octobre, qui a fait la Une de la presse aux Etats-Unis et a levé plus qu’un coin de voile sur les caractéristiques de la « mission anti-terroriste » des troupes USA dans le Sahel.

Surenchère belliciste

William Hartung, directeur de l’Arms and Security Project du Center for International Policy, cité par The intercept.com, affirme que « L’expansion rapide et largement méconnue des troupes américaines au Niger est part de la présence USA en augmentation exponentielle dans l’ensemble de l’Afrique ». Et selon les déclarations du GAL Waldhauser, on chiffre à 6000 les militaires de Washington opérationnels sur le continent, avec un programme de 3500 ‘exercices’ par an et 10 ‘missions’ par jour !

Au Niger, le jeu de Washington se situe dans une surenchère belliciste et dans le cadre d’une synergie impériale avec la France qui permet de mieux le considérer.

Car l’occupation de l’espace économique dans une région qui regorge de ressources aurifères, pétrolières, gazières et d’uranium demeure la raison principale d’une « guerre contre le terrorisme » qui se sert de la nébuleuse islamiste bien encouragée comme prétexte de l’occupation militaire du territoire.

« L’activité militaire américaine en Afrique de l’Ouest est un important outil de recrutement pour les groupes terroristes », souligne Nick Turse, l’auteur du papier cité de The intercept.com.

Une activité qui, quatre ans après le déploiement massif des forces franco-américaines, a produit l’affaiblissement des Etats de la sous-région et le rayonnement tous azimuts des bandes terroristes.

« Comme au Moyen-Orient, où l’intervention US a déstabilisé l’ensemble de la région et a engendré beaucoup plus de terroristes que ceux qui ont été tués ou démobilisés, au Sahel, les effets boomerang de l’intervention sont beaucoup plus dangereux que les bandes djihadistes que l’on dit vouloir poursuivre », souligne de sa part Katrina Vanden Heuvel dans le Washington Post du 1er novembre.

Un projet de balkanisation

Un constat qui n’affaiblit en rien l’entente guerrière entre L’Elysée et la Maison Blanche. Le 31 octobre dernier, pendant son allocution aux Nation Unies, l’ambassadrice américaine Nikky Haley a promis une aide de 60 millions de dollars pour l’effort militaire à la coalition des pays du G5 (Niger, Mali, Burkina Faso, Mauritanie, Tchad) sous commandement de la force Barkhane française.

D’après l’analyste nigérien Moussa Tchangari, secrétaire général d’Alternative Espaces Citoyens à Niamey, « En dépit des dénégations de leurs dirigeants, les Sahéliens sont largement convaincus que la présence militaire extérieure ne vise pas exclusivement à contrer les groupes terroristes ; et même si c’est d’une façon confuse, ils ont le sentiment que celle-ci s’inscrit dans le cadre d’un projet inavouable de recolonisation ou tout au moins de balkanisation des pays de la région, y compris la Libye et le Nigeria ».

Luigi Elongui le 10/11/2017

Transmis par Linsay

Tue, 14 Nov 2017 13:19:34 +0100

Quand le gouvernement israélien insulte la République française et ses élu.e.s

Le gouvernement israélien vient d’annoncer que des parlementaires et élus locaux français seraient refoulé.e.s à l’aéroport de Tel Aviv quand ils s’y présenteraient le 18 novembre.

Ils font partie d’une importante délégation de parlementaires et d’élus locaux devant se rendre en Israël et Palestine ayant indiqué vouloir, à l’occasion de leur déplacement « alerter sur la situation des près de 6000 prisonniers politiques palestiniens », lesquels - dont plusieurs centaines d’enfants - sont détenus en Israël contre les principes du droit international.

Ces élu.e.s de la République française ont annoncé leur intention de rencontrer leur homologue, Marwan Barghouti, membre du Conseil législatif palestinien, condamné à plusieurs peines de prison à perpétuité par une cour de justice dont il n’a jamais reconnu la légitimité ainsi que Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, défenseur des droits humains, placé en détention administrative depuis le 23 août 2017, sans que ni lui, ni ses défenseurs n’aient pu avoir connaissance des faits qui lui seraient reprochés.

De quoi se sont rendu.e.s coupable ces élu.e.s pour que l’accès à Israël et par conséquent au Territoire palestinien leur soit interdit ? Israël, qui se targue d’être la seule démocratie du Moyen Orient, traque tous ceux qui osent émettre des critiques de sa politique. Ces élu.e.s demandent à Israël de respecter le droit international, que ce soit sur la question des prisonniers politiques palestiniens mais également sur l’occupation et la colonisation de la Palestine, l’annexion de Jérusalem, le blocus de Gaza... et se heurtent donc à l’acharnement d’un gouvernement israélien de droite extrême qui depuis des mois multiplie les lois liberticides tant contre les citoyens israéliens qu’il entend museler que contre ceux qui, de par le monde, affirment que le peuple palestinien doit voir ses droits nationaux enfin reconnus.

L’AFPS condamne vigoureusement cet acharnement contre les défenseurs des libertés fondamentales que sont ces élu.e.s et les assure de toute sa solidarité.

Aucun.e démocrate ne peut accepter de voir ainsi bafouer les valeurs de la démocratie où que ce soit. Nous n’acceptons pas que des élu.e.s français.es qui ne font rien d’autre que de tenir leur engagement en matière de solidarité internationale soient traité.e.s comme des criminel.le.s.

Nous n’imaginons pas que les autorités françaises laissent ainsi insulter la démocratie française. Il appartient au Président de la République, au gouvernement français, au Président de l’Assemblée nationale, au Président du Sénat et au Président du Parlement européen d’intervenir au plus haut niveau de l’État israélien pour que non seulement la délégation puisse se rendre en Israël et en Palestine dans son intégralité mais pour qu’elle puisse rencontrer Marwan Barghouti et Salah Hamouri et leur transmettre la solidarité du peuple français.

Le Bureau national de l’AFPS

Tue, 14 Nov 2017 10:00:10 +0100

Cette misère galopante que fait en France hurler l'hiver

Je prends souvent le métro, notamment les ligne 1 et 9. Je suis comme vous de plus en plus révolté. Je n’ai jamais autant croisé de personnes dans une détresse extrême. Le froid arrivant, des femmes, des hommes affamés, à qui on ne donne plus d’âge tant ils sont esquintés par la vie, abrutis par les piquettes infâmes qu’ils ingurgitent pour se réchauffer et oublier leur condition, se réfugient dans les stations ou les couloirs du métro... Ces stations où peu à peu, la RATP plus soucieuse de son image que compatissante, remplace les banquettes classiques par des sièges « anti-SDF ». Des jeunes femmes, des jeunes hommes, certains errant sur les quais, blancs comme des zombies, bavant, hagards, et qui nous interpellent pour réclamer un euro, un ticket restaurant ou quelque chose à manger. A Nation, chacun peut croiser cette vieille femme à moitié nue, crasseuse, couchée à même le sol, en plein milieu d’un couloir et que nous contournons tous pudiquement... Par sa ruine, toute dignité lui a été retirée. Elle est pour moi le symbole cruel de la démission ou de l’indifférence de l’État français. J’ai appelé le SAMU social... Elle a disparu un moment puis est revenue au même endroit, propre sur elle... pour combien de temps ?

Rien que pendant la petite demi-heure de métro me menant de St Augustin à Nation, pas moins d’une dizaine de personnes en haillons ont sillonné la rame pour réclamer de quoi bouffer ou une aide à trouver un refuge, un toit. Toutes disent ne plus avoir droit à rien. Les voyageurs baissent la tête, scrutent leur portable au moment où la main se tend. Je sors une pièce de 2 euros et la dépose dans un verre en plastique qu’une femme maigre, sale, les traits creusés, les cheveux en bataille, le regard halluciné, me tend en tremblant. Cette jeune femme ne doit pas avoir 30 ans ! Des voyageurs me jettent un regard de travers. D’autres font semblant de ne rien voir. Tout le monde se tait. Personne d’autre dans la voiture n’a donné un centime. Je ne leur jette pas la pierre. Des tas de bonnes raisons peuvent les retenir et puis on ne peut pas donner à tout le monde, et ce tout le monde a tellement grossi ces derniers temps que c’en est effrayant !

Mon voisin de gauche, un jeune homme noir avec un bonnet sur la tête, semble vouloir me dire quelque chose. Nos regards se croisent et nous échangeons quelques mots sur les conditions qui font basculer un être humain dans la misère la plus abjecte. On est d’accord : ça n’arrive pas qu’aux autres et les politiques violemment antisociales menées successivement sont les seules responsables et les grandes coupables de cette explosion de misère. Et qu’on ne me parle surtout pas de faibles comparés aux forts, ni de fainéants opposés aux entreprenants, la civilisation n’est pas la jungle... Tant qu’une Nation laisse crever certains de ses enfants sur le bas-côté, elle est indigne de ce nom. Et ces enfants qui n’ont plus l’air de rien, il suffit de les regarder pour les voir. Ils sont partout, non seulement dans le métro, mais aussi sous les porches, dans un renfoncement d’immeuble, sur un trottoir, sur les grilles d’aération du métro, emballés dans des cartons pour échapper au froid de l’hiver.

Oui, elle galope cette misère humiliante puisque comme le reprochait en son temps Victor Hugo au gouvernement en scandant : « Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et qui ont travaillé peuvent être sans asile ! tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes... ». Plus de cent cinquante ans après, je ne changerai pas un mot de ce discours puissant du grand Hugo, toutefois aujourd’hui j’y ajouterai : non seulement vous n’avez rien fait mais vous avez beaucoup défait et continuez à défaire !

Ce n’est pas la charité que ces femmes et ces hommes demandent, non, c’est la solidarité et la dignité qu’ils réclament et qu’un État juste se doit de garantir au peuple par des droits inaliénables, en n’oubliant jamais, comme le proclamait un poète latin [1], que « le comble de la misère est une vieillesse pauvre ». La protection sociale est l’une des plus hautes vertus d’un État. Sans elle, nul pays n’est en droit de se dire civilisé.

Michel TAUPIN

Transmis par Linsay

Tue, 14 Nov 2017 09:12:08 +0100

La technologie politique du roman.

La production d’un film est précédée très en amont par un travail de scénographie.
Parfois, de longs mois voire années sont nécessaires pour arranger une histoire - originale ou achetée à un auteur- afin qu’elle puisse répondre à des critères de faisabilité technique et de conformité avec l’opinion supposée (ou à manipuler) du public qui va la recevoir. Quelquefois, le projet n’aboutit pas et peut rester dans les cartons attendant des temps de meilleure congruence entre tous les éléments qui déterminent la réalisation du projet industriel. L’industrie du cinéma et du divertissement a relégué aux oubliettes la fonction formatrice de l’imaginaire humain qu’accomplissait la transmission d’archétypes comportementaux par l’antépénultième génération à la dernière. Les grands-mères, quand elles sont disponibles, conduisent les rejetons aux spectacles Disney World plutôt qu’elles ne retracent les récits épiques qui magnifient la singularité de la communauté où s’élève la progéniture.

Si l’ère de la caste des scribes qui seuls détenaient le savoir, son inscription matérielle et maîtrisaient sa passation à la postérité est révolue, la classe des littérateurs fabricants de romans pour différents usages est en inflation constante depuis une certaine démocratisation d’accès à l’université. Il faut trouver à l’employer. La population des cabinets présidentiels [1] et ministériels en est abondamment pourvue, elle est chargée de la scénarisation adroite des gestes du prince du moment, lui-même contraint dans ses actions par un pouvoir extranational (ou transnational). La catégorie des journalistes qui arrangent plus ou moins heureusement le récit ‘des faits’ pour les rentrer dans le cadre d’une doxa est pléthorique.

Les journalistes sont à la fois des animateurs de spectacles divertissants au rythme haletant mais aussi inventeurs de réalité. Ils travaillent surtout à escamoter l’inscription des ‘faits’ dans un contexte qui les rendraient intelligibles autrement que dans la perspective idéologique prescrite par leurs employeurs.

Le polar hyperréaliste du siècle.

La dernière péripétie du feuilleton du Moyen-Orient ne les a pas embarrassés outre mesure. Ils ont dû tenir liées dans une même logique périlleuse la démission du Premier Ministre du Liban prononcée dans une capitale étrangère, l’accusation préventive du Hezbollah dans son assassinat probable à venir et la purge de nombre de princes dont deux furent assassinés et de ministres saoudiens au prétexte d’une lutte contre la corruption. Les crimes de Mohammed Ben Salman au Yémen, où des millions d’enfants sont exposés au choléra à une détresse alimentaire d’une ampleur sans précédent dans le monde, ont été étouffés derrière les fastes de l’inauguration du Louvre d’Abu Dahbi qui assure une rente d’un milliard/an aux musées français [2] et la vente de deux rafiots de surveillance aux EAU [3]
.

En filigrane est toujours présent l’arrière-plan explicatif dévalorisant d’une complexité arabe, levantine, moyen-orientale et musulmane toujours insaisissable, irrationnelle et atavique.
Tous les ressorts narratifs déployés n’ont pu occulter la massivité de l’objectif visé par MBS, accomplir le hold-up du siècle. Les avoirs confisqués et gelés avoisinent les 800 milliards, une coquette somme même libellée en dollars. Elle équivaut à celle escomptée par la vente de 5% d’Aramco sur les marchés boursiers, opération destinée à financer la réorientation de l’économie saoudienne dans une direction affranchie de la rente pétrolière pour les années 2030. Quelle belle légende en effet que celle d’un jeune Prince qui exalte les vertus patriotiques de ses sujets livrés à un chômage en hausse par l’entreprise d’une guerre contre son voisin du Sud ? Il réactive ainsi la mémoire récente de l’annexion « glorieuse » des trois provinces de l’Asir, Najran et Jizan au terme d’une précédente guerre en 1934 menée par l’ancêtre de la dynastie Saoud, Ibn Saoud sous l’œil placide des troupes anglo-indiennes qui ne voulait du Yémen que le port d’Aden pour leur contrôle des mers [4]. Quelle aubaine donc d’escamoter l’échec au Yémen qui a vu se nouer une alliance de l’ancien Président Ali Abdallah Saleh [5] chassé par l’insurrection populaire dans le sillage du ‘printemps arabe’ avec les Houtis derrière le casse et l’emprisonnement des princes à la richesse insultante ! L’ouverture du port de Aden peut faire espérer la fin prochaine du blocus qui affame des millions de Yéménites [6].

Une mythologie en lambeaux.

L’extension du domaine de la guerre menée par les Saoud, apparentés en cela avec leurs parrains étasuniens et sionistes en ce qu’ils ne conçoivent la stabilité de leur régime qu’en fomentant et en organisant des destructions autour d’eux, a trouvé désormais sa limite. La Syrie, aidée par le Hezbollah et l’Iran secondairement soutenu par la Russie a lié son sort désormais à celui de l’Irak par un combat conjoint et réussi contre l’armée de mercenaires Daéchiens. Karzaï, lui-même, l’ancien factotum au service de la Cia, dénonce aujourd’hui la collusion entre les Usa et l’Isis en Afghanistan. [7]

La stratégie d’une Qaïda new lookée sous les traits d’un terrorisme institué sous forme d’un Etat grossièrement grimé pour faire office d’un califat aux sympathies notoirement israélophiles est répudiée. De même est ajourné le plan d’un Kurdistan indépendant, enclave israélienne plongée dans le cœur de l’Irak et de l’Iran [8]
A ceux qui continuent d’envisager une attaque future (toujours imminente depuis 20 ans) des Usa et d’Israël, forcément appuyés financièrement par les pétrodollars saoudiens, il faut rappeler que les injonctions répétées du régime de Tel Aviv, toutes directions confondues de Sharon à Netanyahu en passant par Olmert, de bombarder l’Iran ou au moins d’organiser ‘un regime change’ se sont écrasées sur une impossibilité.

La raison en est triviale.
La riposte s’adressera d’abord à Israël. Un million de volontaires que la mort au combat ne dissuade pas et des missiles de fiabilité maintenant éprouvée et démontrée détruira le plus grand ghetto juif jamais imaginé. C’est finalement l’existence de cette écharde plantée par le colonialisme britannique au profit d’une bande d’activistes sionistes tétanisés par les pogroms tsaristes et l’antisémitisme judéophobique (mais pas seulement) européen au sein du monde arabe qui protège l’Iran. La construction d’une légende nationale glorieuse a toujours été nécessaire pour cimenter les membres d’un groupe. Lorsque celle-ci s’appuie sur le ressentiment et le mythe invraisemblable d’une haine universelle et éternelle de tous les Autres, elle peine à recruter parmi les gens raisonnablement cultivés et éduqués. Elle est vouée à devenir inexploitable à court terme, elle ne répond pas aux besoins fondamentaux de chaque humain d’aspirer à une vie tout simplement digne. Le sionisme des premières générations enthousiastes désireuses de construire une société nouvelle et un Juif nouveau (?) aussi athlétique, blond et agressif que les Aryens a fatalement dégénéré. L’imposture coloniale qui a chassé les Palestiniens de chez eux et en a maintenu une poignée sous un régime d’occupation militaire et d’apartheid a fini par produire un régime mafieux pur qui s’écroule sous nos yeux par ses contradictions et ses implications de plus en plus explicites dans nombre d’opérations militaires à peine occultes, Colombie, Côte d’Ivoire, Rohyngias, Ukraine et Daesh. La présence de Jared Kushner à Djeddah peu avant le déclenchement du coup du Ritz Carlton a été assez rapportée, même si voulue discrète, signalant la signature de Tel Aviv dans les dispositifs sécuritaires qui ont entouré les arrestations et les assassinats ciblés de deux princes.

Les rédacteurs et leurs pinceaux soyeux.

Ainsi le monde est invité à participer à l’écriture d’un roman nouveau.
Des personnages qui n’étaient que figurants passifs en deviennent des co-auteurs.
Le système qui a prévalu est maintenant sur la défensive. Il répète des bribes d’antiennes sans convaincre un public lassé de ses montages pathétiques de maladresses et de redites.

Un projet s’élabore, consistant, autour de la tentative avortée d’un ultime démembrement occidental du Moyen Orient qui se joue depuis l’affaissement continu de l’Empire Ottoman tout au long du 19e siècle et au-delà de sa disparition en 1919.
La Russie qui avait précipité son dépeçage quand elle était tsariste redevient une force de construction positive, jouant sur le devant d’une scène que deux milliards de Chinois dressent silencieusement et efficacement.

Au-delà de l’acte de brigandage caractérisé de MBS qui renie l’ordre successoral adelphique [9] qui a jusque là prévalu en Arabie, c’est le basculement de la péninsule dans l’orbite sino-russe qui se joue.
Salman est allé rendre visite à la Chine Populaire et à la Russie, avec toutes les pompes et le décorum qui sont seyants à un autocrate d’un autre temps, mais c’est Trump qui est venu faire sa cour à Salman à Ryad.

La Chine a proposé l’achat des fameux 5% de l’Aramco sans passer par une quelconque cotation boursière, offre alléchante car elle dispenserait le rejeton MBS de l’évaluation des réserves réelles contenues dans le sous-sol de l’Arabie [10]. Trump a immédiatement tweeté sa recommandation de réaliser l’introduction boursière d’Aramco à Wall Street, de quoi régaler d’un confortable bénéfice les banques américano-sionistes qui organiseront la curée. [11]

Le renflouage du trésor public ou personnel des Saoud par la saisie des biens des membres de la tribu maintenant dépossédés va peut-être rendre inutile cette vente que bon nombre parmi les 3000 princes contestaient pour différentes raisons, nationalisme, cours très bas du baril. L’irrationalité apparente et complexe moyen-orientale répond simplement à une dialectique matérielle alimentant aussi une spiritualité qui échappe à la logique simpliste du tiers-exclu.

La volonté de dissimuler un acte de gangstérisme éhonté en initiant une nouvelle guerre civile au Liban est en train de renforcer plus que jamais un sentiment national libanais compromis par deux siècles de manipulation des minorités religieuses et ethniques par l’Occident. Deuxième effet du vol de la cagnotte, la Séoudie maudite s’expose à sa fragmentation car les princes dont certains ont eu des responsabilités dans le renseignement et la sécurité militaire, mis sous cellophane et naphtaline dans le hall du Carlton ont encore des partisans. Mais il lui reste encore trois options, garder une forme de souveraineté si elle ne cède pas les bijoux de famille ce qui la range malgré tout dans la sphère sioniste pour le maintien de sa sécurité, l’abandon en faveur de Wall Street et sa disparition à court terme ou le choix d’alliance avec la Chine, option la plus judicieuse pour sa survie à moyen terme.

Badia Benjelloun

Dr Benjelloun