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Reporterre, le quotidien de l 'écologie

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Mon, 25 Sep 2017 10:03:50 +0200

En Finlande, le projet de poubelle nucléaire est accepté par la population

  • Eurajoki (Finlande), reportage

Depuis la ville d’Eurajoki, sur la côté ouest de la Finlande, les centrales nucléaires sont invisibles. À l’horizon, des forêts clairsemées de lacs. Un paysage typique de la moitié sud du pays. Pour apercevoir les centrales implantées sur le territoire de cette commune de 9.300 habitants, il faut se rendre sur l’île d’Olkiluoto, située dans le golfe de Botnie et investie par l’industrie nucléaire. Étonnamment, le lieu ne ressemble en rien à un site industriel. Il faut s’enfoncer dans la forêt de pins et de bouleaux pour arriver aux trois réacteurs. Deux sont en service et un EPR est en construction par Areva - avec beaucoup de retard. Devant l’un des réacteurs, au bord de l’eau, des barques de pêcheurs sont amarrées. Aux arbres sont fixés des nichoirs pour les oiseaux et un circuit touristique vous informe sur la faune et la flore de l’île. C’est dans cet endroit aux allures de parc protégé que seront enfouis les déchets nucléaires du pays : ce seront les fûts de combustibles usés, non retraités (à la différence de ce qui se fait en France, et qui complique beaucoup la gestion des déchets). Dans plusieurs tunnels seront enterrés des conteneurs de cuivre et contenant environ 5.500 tonnes de déchets au total. Une sépulture destinée à être scellée pour au moins 100.000 ans.

Le site d’enfouissement se situe en pleine forêt finlandaise.

« Nous avons commencé à creuser Onkalo en 2004 », raconte Ismo Aaltonen, le géologue en chef du site recruté spécialement pour ce projet. Reporterre l’a rencontré au centre d’information pour les visiteurs d’Olkiluoto. Une exposition permanente y explique le fonctionnement de l’énergie nucléaire, de la mine à l’enfouissement. « D’abord, c’était une sorte de spirale, dédiée à la recherche, raconte le scientifique. En 2010, nous sommes allés jusqu’à 450 m de profondeur environ. Cinq ans après, nous avons obtenu l’autorisation de construire les tunnels destinés à accueillir les déchets de haute activité. » Les travaux ont ainsi démarré début 2017. « Les déchets doivent d’abord refroidir pendant 40 ans avant d’être enfouis », précise le géologue. Une fois les tunnels remplis, ils seront scellés par des blocs de béton et d’argile maintenus en place sous la pression d’une grande quantité d’eau qui sera introduite dans le dispositif de stockage final. Mais, avant cette dernière étape, il faudra obtenir l’autorisation de la mise en fonctionnement du gouvernement et de l’autorité de sûreté du nucléaire finlandaises.

« Le site a plus été choisi en vertu de l’acceptation sociale que de paramètres scientifiques » 

Une autorisation qui ne fait pas l’ombre d’un doute pour Posiva, la société chargée de la gestion des déchets pour les deux industriels du nucléaire finlandais, TVO et Fortum. « Les déchets devraient être en lieu sûr pour au moins 100.000 ans, assure Ismo Aaltonen, le géologue en chef. Dans le choix du lieu de stockage, nous avons étudié les risques de tremblements de terre et les impacts de la future ère glaciaire. Nous avons démontré que le permafrost n’atteindra pas la profondeur d’Onkalo. En revanche, la glaciation va introduire plus de mouvements dans le sous-sol, la pression de la glace va pousser le sol vers le bas, avant qu’il ne remonte. Il fallait donc trouver une zone stable, une plaque qui n’allait pas se fissurer en cas de tremblement de terre ou de mouvements du sol et l’île d’Olkiluoto est idéale pour cela. »

Dans chaque tunnel, des galeries vont accueillir des conteneurs de déchets nucléaires.

Cette île déjà entre les mains de l’industrie nucléaire s’avérerait idéale pour le stockage des déchets de cette même industrie ? Cet étonnant hasard permet de douter des arguments avancés par Posiva. « Onkalo est voué à une fin tragique, estime Matti Saarnisto, un géologue aujourd’hui à la retraite et dont l’avis a été demandé par l’autorité de sûreté du nucléaire finlandaise. Il n’y a aucun endroit en Finlande qui puisse accueillir un tel centre de stockage de déchets avec la certitude que sa sécurité sera assurée durant la période glaciaire. »

D’après Matti Saarnisto, le risque sismique peut être accentué par la construction du site et le permafrost pourrait descendre bien plus bas que ne le suppose Posiva : la pression de la glace sur la roche pourrait endommager les conteneurs de déchets nucléaires, risquant de les faire remonter à la surface et de libérer des tonnes de déchets radioactifs dans la mer. Un scénario catastrophe dont n’a pas tenu compte l’autorité de sûreté du nucléaire, ni toute autre autorité finlandaise d’ailleurs. Aujourd’hui désespéré de tenter de convaincre les Finlandais de sa thèse, Matti Saarnisto s’est retiré du débat, épuisé et même déprimé de ne pas être pris au sérieux. « Les Finlandais font trop confiance à l’industrie du nucléaire, regrette-t-il, et le site d’Olkiluoto a été plus choisi en vertu de l’acceptation sociale que de paramètres scientifiques. »

« C’est un projet un peu effrayant, mais j’ai besoin de travail » 

Un séjour dans la ville d’Eurajoki suffit pour le comprendre. Ici, la plupart des habitants travaillent pour l’industrie nucléaire, et ce depuis plusieurs générations. Jami en fait partie. Un trentenaire, né dans la commune, travailleur de la métallurgie et qui construit actuellement les conteneurs destinés à accueillir les déchets radioactifs : « C’est un projet un peu effrayant, mais j’ai besoin de travail », confie-t-il. La main-d’œuvre, pourvue par TVO et Posiva, étouffe les mouvements de contestation. « Personne, à Eurajoki, ne s’est ouvertement opposé au projet », assure le maire de la commune, Vesa Lakoniemi. Il prétend ne pas connaître le pourcentage d’habitants qui travaille à Olkiluoto, en affirmant toutefois que c’est un des plus gros employeurs de la ville. « Cette industrie est très importante pour la commune car elle apporte du travail, mais aussi une rentrée d’argent importante grâce aux taxes foncières : 18 millions d’euros par an. » Plus qu’appréciable pour une commune de moins de 10.000 habitants. « Le nucléaire fait partie de l’histoire de la ville, les habitants y sont habitués depuis les années 1970, précise le maire, et Eurajoki est connu dans le monde entier grâce à Onkalo. C’est important pour notre image. De plus, nous avons de très bonnes relations avec TVO. Ils informent très bien la population, distribuent des journaux d’information, des tracts… Ils ont réalisé le centre pour les visiteurs et organisent des réunions publiques où les gens peuvent librement poser leurs questions et obtenir des réponses. »

Les travaux pour construire les tunnels d’enfouissement ont démarré en début d’année 2017.

Vesa Lakoniemi estime que la population locale a à sa disposition une information fiable et objective sur l’énergie nucléaire… fournie par l’industrie du nucléaire elle-même. Et lorsque l’on met en doute l’honnêteté de cette information, l’élu n’y croit pas. Rares sont les médias locaux qui tentent de délivrer une information critique sur Onkalo. Dans tous les cas, ce que l’on pourrait qualifier de propagande de la part de l’industrie nucléaire fait son effet. Les critiques de la part de certains scientifiques et ONG n’ont eu aucun effet. « Le plus important est que les habitants comprennent ce qui va être construit, affirme Vesa Lakoniemi. Même l’Autorité de sûreté du nucléaire s’est déplacée pour répondre aux questions des habitants. Si vous êtes ouvert, c’est facile d’obtenir la confiance de la population. Si vous êtes fermé, vous n’obtiendrez pas la confiance des gens. Ce qui fait que nous n’avons pas peur de ce projet. » Les propos du maire résument bien la stratégie adoptée par Posiva auprès de la population locale : informer, rassurer, avoir le monopole de l’information.

« Il est clair que l’accueil favorable de la commune à ce projet a clairement été décisif lors du choix du site d’Onkalo, reconnaît Ismo Aaltonen, le géologue en chef en charge de ce projet. Lors de la recherche d’un site propice, cinq lieux ont été retenus en Finlande, dont Olkiluoto. Nous avons retenu le lieu où la population était la plus favorable et évidemment, il est bien plus aisé de construire un tel projet là où il y a déjà des centrales nucléaires. »

« Je ne pense pas que nous puissions dire que nous sommes radicalement opposés à Onkalo » 

Le parti des Verts de Finlande a donné, au début de l’année 2017, sa bénédiction au projet, considérant que l’enfouissement est la meilleure solution connue actuellement pour gérer les déchets et que le nucléaire est une ressource énergétique préférable au pétrole pour la transition énergétique. De même, Greenpeace Finlande n’a pas mené de campagne d’opposition à Onkalo. « Je ne pense pas que nous puissions dire que nous sommes radicalement opposés à Onkalo, précise Jehki Harkonen, en charge des questions nucléaires pour l’ONG. Nous ne disons pas que ça ne fonctionnera pas, nous avons plutôt l’impression que le projet est motivé par des raisons politiques. » D’après Jehki Harkonen, le gouvernement finlandais et l’industrie nucléaire veulent convaincre qu’ils ont trouvé une solution pour traiter les déchets nucléaires alors que les conditions techniques ne sont pas encore réunies : « Posiva s’est inspiré des recherches suédoises pour concevoir Onkalo, précise le militant. Or, aucun permis n’a encore été accordé en Suède pour la construction d’un projet similaire. Pourquoi nous, Finlandais, serions-nous plus au point que ceux qui sont à l’origine de la technique ? » Jehki Harkonen souligne une autre conséquence de ce projet : « Le fait d’affirmer avoir trouvé LA solution pour traiter les déchets nucléaires induit que le gouvernement et Posiva ne vont pas chercher d’autres options pour ne pas créer la confusion auprès de l’opinion publique. »

L’entrée d’Onkalo, le centre d’enfouissement de déchets nucléaires.

Depuis les années 1980, le gouvernement finlandais tient le même discours concernant le traitement des déchets nucléaires. Il a pris le parti de l’enfouissement et n’en démord pas, ce qui contribue à donner de la crédibilité à cette option. « Il faut admettre que, pour l’instant, c’est la meilleure option envisageable, dit le militant de Greenpeace. C’est mieux que de stocker les déchets à l’extérieur. Par contre, l’idéal serait de pouvoir sortir les déchets du centre de stockage en sous-sol si un jour on trouve comment les traiter différemment ou les recycler. » Dans les années 1990, l’ONG a mené une grande campagne pour que la Finlande n’exporte plus ses déchets en Russie. « En Sibérie, des déchets mal stockés ont contaminé des rivières. Les populations, qui consomment l’eau, en subissent les conséquences, elles ont de gros problèmes de santé… C’est le pire endroit que j’ai vu de ma vie », se souvient Jehki Harkonen, avec émotion. De cette campagne a découlé un amendement, en 1994, de la loi sur l’énergie nucléaire. Depuis, l’exportation des déchets est interdite.

Donc, Onkalo, pour Greenpeace, c’est déjà une petite victoire dans la lutte pour le traitement des déchets. Une option, que l’ONG suit désormais de loin. « Ce n’est pas parce qu’ils ont eu le permis de construire qu’ils auront l’autorisation d’exploiter, nuance Jehki Harkonen. Posiva a encore besoin de prouver beaucoup d’aspects en matière de sécurité avant que les premiers déchets ne soient stockés à Onkalo. »


POUR ALLER PLUS LOIN

  • Le film Into Eternity de Michael Madsen
  • Le rapport Reverse Logic – Safety of Spent Nuclear Fuel Disposal, de Antti Lempinen et Marianne Silvan-Lempinen, pour Greenpeace International.

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Photos : © Posiva Oy sauf :
. chapô : Les centrales nucléaires d’Eurajoki se situent sur l’île verdoyante d’Olkiluoto. © Marion Paquet/Reporterre

Mon, 25 Sep 2017 09:44:47 +0200

Le salon de l'agriculture bio imagine les solutions de l'avenir

  • Bourg-lès-Valence (Drôme), reportage

« Nous voulions dépasser les conflits. Montrer que la bio, ce n’était pas un truc pour marginaux, que des agriculteurs pouvaient en vivre, montrer des résultats techniques et économiques. Or, discuter derrière la charrue, c’est le meilleur moyen de rassembler des agriculteurs ! » se souvient Jacques Pior, le monsieur Bio de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), à l’origine de l’initiative en 2007. D’où l’idée de faire des démonstrations sur le terrain, au début chez quelques agriculteurs qui prêtaient leurs terres, puis très rapidement, au lycée agricole de Bourg-lès-Valence, dont l’exploitation est entièrement bio. « Le choix d’un lieu de formation pour exposer est un message aux jeunes, et plus encore aux professeurs et aux proviseurs, d’autant qu’aujourd’hui, la formation aux pratiques bio est un réel enjeu », dit-il.

La première édition a rassemblé 4.000 visiteurs. Cette année, près de 17.000 sont venus les 20 et 21 septembre. Parmi eux, des professionnels dont des agriculteurs, bio ou non, tel ce jeune maraîcher, allongé sur une machine, face contre terre, en train d’essayer un « lit de désherbage ». La machine avance avec la pression des jambes, ou avec une batterie électrique. Elle permet de travailler le sol, en solitaire ou à deux, tout en soulageant le dos.

En dix ans, le nombre de visiteurs a quadruplé.

Plus loin, c’est le robot désherbeur Naïo qui trace tout seul entre les rangs. Depuis sa présentation il y a deux ans, les équipements de désherbage innovants se multiplient. Normal, le désherbage est délicat et capital en bio. Et de plus en plus problématique pour beaucoup d’agriculteurs qui veulent réduire les traitements sans pour autant sauter le pas du bio. Les machines vont devenir plus accessibles.

« Souvent, les agriculteurs bio sont en avance et ce qu’ils font intéresse tout le monde » 

Tout à l’autre bout du salon, plus exactement de l’une des parcelles, démonstration est faite de traction animale tandis qu’un poulailler monté sur roues, concept novateur venu d’Allemagne, intrigue : le déplacement aisé des poules pondeuses influe sur la qualité de leur nourriture, les parcelles se régénèrent plus rapidement. Il y a aussi une tondeuse à pré conçue pour faucher plus haut et favoriser la repousse et la biodiversité. Dans la partie dédiée aux grandes cultures (céréales…), on observe la démonstration d’un drone qui largue un invisible prédateur de la pyrale du maïs en capsules en des endroits très précis. Habituellement, l’agriculteur qui n’utilise pas de traitements chimiques de synthèse doit déposer le prédateur sur la plante à la main, en passant entre les rangs. 500 mètres et plus dans un sens, puis dans l’autre, et ainsi de suite, la balade entre les hautes tiges à feuilles coupantes n’est pas des plus agréables, explique Marie Aubele, responsable technique chez Sangosse, entreprise de biocontrôle dans le Sud-Ouest. « Les bio loin de tout, c’est fini. Souvent, ils sont en avance et ce qu’ils font intéresse tout le monde. Pour preuve, nous avons autant d’agriculteurs bios que de non bios qui s’intéressent à cette technique. Elle permet à ces derniers de diminuer les traitements chimiques. »

Un drone pour des traitements ciblés.

Cette préoccupation rend le monde agricole de plus en plus sensible aux propositions techniques des bios qui ont fait leurs preuves. Ce chargé de mission pour un pôle de compétitivité, venu de Bretagne, le confirme : « La frontière est de plus en plus ténue. C’est bien l’intérêt des échanges dans ce salon. De plus, le rôle de l’agriculteur dépasse le périmètre de sa ferme. » En témoigne la présence d’équipementiers de production d’énergie (méthanisation…). Au stand Boiron, dont « la vente des médicaments homéopathiques vétérinaires connaît une croissance à deux chiffres depuis 10 ans », « ce n’est pas le statut bio ou non bio qui détermine le choix de l’homéopathie, mais l’approche de l’agriculteur vis-à-vis de ses animaux », explique-t-on.

Dans le carré Fertilité et profils des sols, une agricultrice explicite la vie de « ce sol qui était là avant nous et qui restera après nous. Nous devons tout faire pour le renouveler et pour que les plantes y trouvent le gîte et le couvert ». Juste à côté, un large et profond trou a été creusé au tractopelle afin de bien montrer la composition du sol, de sa partie la plus organique en surface à la plus minérale, caillouteuse, bien plus bas, et leurs rôles et interactions. Deux jeunes diplômés de l’année de la licence pro Agriculture biologique espèrent trouver ici des contacts pour un emploi. De l’amont à l’aval, la filière représente 118.000 emplois directs (selon l’Agence Bio), près de 11 % de l’emploi agricole.

« En bio, on est pas trop compétition » 

Jacques Pior : « Les agriculteurs vont se convertir ont besoin de réponses techniques et économiques ».

« Les bios de demain sont les conventionnels d’aujourd’hui. Et les agriculteurs qui vont s’engager et changer de modèle ont besoin de réponses techniques, économiques », explique Jacques Pior. Qui mieux que d’autres agriculteurs pouvaient leur en donner ? Dans l’agriculture bio, on rencontre des gens particulièrement créatifs, innovants, des exploitations autonomes étonnantes, d’où l’idée en 2013 de créer une sorte de concours général de la bio. Sauf que ce n’est pas vraiment un concours parce que, « en bio, on est pas trop compétition », dit-il précisant qu’il y en a 15 chaque année, mais qu’on aurait pu en présenter plus [1]. Leur témoignage et leur expérience sont des modèles. Leurs dossiers de candidature sont analysés par les étudiants en licence pro AB dans le cadre de leur cursus à partir des critères spécifiques de la méthode Idea, mise au point par l’Institut national de recherche agronomique, qui évalue performances techniques, économiques, écologiques et sociales.

Parmi les Talents 2017, Sébastien Brache, ingénieur écologue et ornithologue de formation installé dans la Drôme, a recréé une ferme quasi autonome avec des brebis, des poules et des fruitiers, des mares et des ruisseaux restaurés et sur les principes de l’agroforesterie. Son atout principal est la performance écologique [2].

Les Talents 2017.

Au fil des éditions bisannuelles, le salon s’est étoffé et enrichi. Organisé par type de production (arboriculture, viticultures, maraichage) et par thème (semences, eau et irrigation…), le salon est immense : 25 hectares, 350 exposants, 100 démonstrations, 120 conférences et des ateliers, un Club affaire avec la présence d’une vingtaine d’entreprises pour permettre à l’amont de la filière – les producteurs — de rencontrer l’aval afin d’écouler leurs produits. Un Club des financeurs présente depuis cette année les banques ou organismes pouvant compléter financièrement un projet. « Inimaginable il y a 10 ans », observe Jacques Pior. Autre nouveauté, un « concours » des toutes dernières innovations agricoles en matière de machinisme, de service ou d’intrant. C’est le public qui vote. Exemple : ce pulvérisateur à usage viticole ou maraîcher pour la biodynamie ou l’agriculture bio, à traction animale ! Ou encore, un effaroucheur sonore électronique, dernier cri !

L’effaroucheur dernier cri.

Dans les allées, on entend parler anglais et aussi portugais, allemand, finnois… Des délégations sont venues venues de 16 pays. Celle de la Polynésie se dit impressionnée par l’avance de la métropole. « C’est formidable, ces démonstrations ! Un salon comme celui-ci n’existe nulle part ailleurs », ajoute Stoïlko Apostollov, un vétérinaire de la délégation bulgare. « L’agriculture augmente assez rapidement en Finlande, précise Johanna Helkimo, dont la délégation se compose d’agriculteurs, d’un entrepreneur, d’un chercheur et de conseillers. Nous avons un projet régional dans le nord du pays. Notre but est d’innover dans les techniques et de trouver de nouveaux contacts. » Pour son collègue représentant de la délégation italienne, Federico Marchini, « le bien commun n’est pas la propriété d’une nation ou d’une région, c’est un concept de bien-être le plus élargi possible et un service rendu à une société, à un environnement soutenable et possible économiquement ». C’est pour ça qu’il est venu à Tech et Bio. Pour connaître et partager les connaissances, « sans jalousie, et dans l’espoir de pouvoir reproduire ce salon dans notre terroir ».

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Pascale Solana

Mon, 25 Sep 2017 09:12:59 +0200

Tryo : « L'écologie, c'est le combat de David contre Goliath »

Le groupe de musique Tryo est composé de quatre membres : Guizmo (de son vrai nom Cyrile Célestin), Christophe Mali, Manu Eveno et Daniel Bravo (dit Danielito). Depuis leur rencontre en 1995, ils ont produit six albums, dont le dernier, Vent debout, est sorti en 2016. Nous avons rencontré Mali et Guizmo en août 2017, lors de leur passage au Festival du bout du monde, à Crozon (Finistère).

Christophe Mali (au centre) et Guizmo (à droite), du groupe Tryo, en août 2017, à Crozon.

Reporterre — Depuis l’Hymne de nos campagnes, en 1998, l’engagement écolo fait figure de fil rouge de votre musique… vous avez participé à diffuser les idées et la sensibilité écolo auprès d’un large public, est-ce un rôle qui vous tient à cœur ?

Guizmo — La déforestation, la malbouffe, la pollution de l’air… le combat écologiste est tellement vaste, c’est malheureusement une muse inépuisable. Depuis qu’on a des enfants, on est aussi plus conscients. Je visualise plus le futur, je me demande ce que je vais leur laisser et comment faire pour que ce ne soit pas trop le bazar.

Mali — On porte des messages, on fait des chansons avec du contenu, mais ce n’est pas forcément notre objectif premier. On chante l’écologie parce que ça nous touche. Mais je n’écris pas parce que je veux éduquer le public. Que nos chansons permettent de faire connaître des problèmes, des solutions ou des termes comme le « greenwashing », c’est bien, mais pas question de culpabiliser les gens.

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Guizmo — Plutôt que d’être des donneurs de leçons ou même de donneurs de solution, on préfère mettre en relais notre public avec des associations. On est plus des vecteurs, des médiateurs.

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Vous avez longtemps travaillé avec Greenpeace. Dans votre dernier album, Vent debout, vous faites une chanson hommage à Paul Watson, de Sea Shepherd. On sait pourtant que les deux ONG ne sont pas en très bons termes…

En chœur — On n’est pas passés de l’un à l’autre, ce sont des associations complémentaires ! Greenpeace pratique le lobbying et la communication sur le terrain avec un large spectre de thèmes. À Sea Shepherd, ils sont uniquement sur la protection des mers, avec un mode d’action pirate.

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Mali — À travers son combat, Paul Watson nous prouve qu’un homme seul, avec ses convictions, peut s’opposer à de grandes entreprises. L’écologie, c’est un peu le combat de David contre Goliath, il faut montrer que chacun peut agir à son niveau et changer les choses ! Parce qu’en face, on lutte contre de gros intérêts, de grands lobbys, qui se gavent et qui nous gavent.

Guizmo — Depuis les débuts du groupe, on a accompagné des ONG — Survival, One, Colibris. On est de la pâte à modeler pour eux, ils nous demandent d’être porte-parole, de participer à des actions, de faire des concerts… mais on accepte volontiers, ça fait partie de notre engagement !

Mali — Lors d’un fauchage d’OGM dans la Marne auquel on a participé, j’ai été le seul clairement identifié parce que j’avais laissé tomber mon passeport dans le champ…

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Est-ce que vous sentez que la sensibilité écologiste a augmenté depuis vingt ans ?

Mali — Clairement, indubitablement. Même si on a encore du retard et tant de choses à faire.

Guizmo — Quand on a commencé, il n’y avait même pas de ministère de l’Écologie ! Dans les gestes du quotidien, le tri ou l’alimentation par exemple, mais aussi dans la construction, l’éducation des enfants, ça bouge. Les gens sont plus conscients que les politiques eux-mêmes.

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Le nom de votre dernier album, Vent debout, est une référence au mouvement Nuit debout. Comment avez-vous vu, vécu ces événements du printemps 2016 ?

Mali - Nuit debout a remis le citoyen au cœur du jeu politique. Cette réappropriation citoyenne, c’est quelque chose que nous portons depuis longtemps, et c’est un signe d’espoir fort, surtout dans le climat de peur et de repli sur soi qui a précédé le printemps 2016, avec les attentats. On avait envie de réaffirmer les valeurs qui nous définissent depuis vingt ans : le partage, l’ouverture, la tolérance.

Guizmo — Vent debout, c’est aussi parce que nous avions le sentiment d’aller contre des vents contraires. Les attentats de Charlie et du Bataclan nous ont beaucoup touché, et puis on sentait une montée de l’extrême droite avant les élections, ça faisait peur. On a donc décidé de jouer nos morceaux avant même que l’album ne sorte, lors des festivals ou des concerts. Pour nous, il y avait une urgence, l’urgence de se retrouver ensemble, de partager des chansons comme Souffler.

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Quels sont ces vents contraires ?

Mali — La peur et ceux qui l’insufflent ! Elle nous fait faire n’importe quoi, voter n’importe quoi. Il y a des politiques, des chercheurs [un des titres de Vent debout est dédié au philosophe réactionnaire Alain Finkielkraut] qui entretiennent un climat de crainte qui favorise les courants d’extrême droite.

Guizmo — Dans ces moments-là, la musique permet de rassembler les gens au-delà des différences, et c’est primordial. Nous avons joué au Soudan, au Niger, dans des zones qui connaissent la violence, la guerre. Mais quand il y a un concert, les gens sont prêts à braver les dangers, ils viennent se retrouver et faire la fête. Il y a chez les humains un besoin vital de liberté.

Mali — C’est pour ça qu’en ce moment, on a envie partager de la joie, de l’optimisme avec notre public. Faire un énorme câlin à tous ces gens, en leur disant : tout va bien se passer.

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Comment garder l’optimisme malgré tout ?

Guizmo — Personnellement, la musique, les concerts, les rencontres me nourrissent et me motivent. Et puis souvent, on ne retient que les mauvaises nouvelles alors qu’il y a aussi plein de bonnes choses. Il y a vingt ans, quand on chantait l’Hymne de nos campagnes, on passait pour des gros hippies. Aujourd’hui, la plupart des gens ont conscience de l’importance de la préservation de la nature. Il y a encore de l’espoir, de l’utopie, du rêve.

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Quelle analyse faites-vous de ce qui se passe au niveau politique, avec l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron ? Vent contraire ou vent favorable ?

Guizmo — Voyons le positif ! La vieille communauté politique — droite, PS — s’est pris ses vingt ans de politique dans la figure. Et le Front national n’est pas sorti glorieux ou renforcé de ces élections. Après, Macron, ça ne fait pas vraiment rêver, et on voit bien le taux d’abstention qu’il y a eu aux élections.

Mali — L’arrivée de Nicolas Hulot au ministère de l’Écologie est aussi une très bonne chose. Hulot est un homme sans concession, il a pris des positions claires sur Notre-Dame-des-Landes, sur le nucléaire. L’écologie, c’est le combat de sa vie, et il a joué un rôle majeur dans la conscientisation des citoyens sur ces questions. Reste à savoir s’il pourra réellement peser dans le gouvernement, mais laissons-lui le temps, ne râlons pas tout de suite !

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L’utopie que vous chantez, comment peut-elle advenir ?

Guizmo — Il faut que les citoyens reprennent leur place dans la politique. N’ayons pas peur de ce mot, n’abandonnons pas la direction du monde aux multinationales ! J’espère que tout ce que nous avons vécu récemment — les attentats, l’état d’urgence, Nuit debout, les élections — va participer à un renouveau des valeurs de gauche, à une politisation des citoyens.

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  • Propos recueillis par Lorène Lavocat

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Photos : © Lorène Lavocat/Reporterre sauf :
. chapô : Le groupe Tryo en concert à Brest, le 12 novembre 2016. De gauche à droite, Guizmo, Christophe Mali et Manu Eveno. Wikipedia (Jeremy Kergourlay/CC BY-SA 4.0)

Lorène Lavocat (Reporterre)

Mon, 25 Sep 2017 09:09:00 +0200

La science écologique à la portée du plus grand nombre

  • Présentation du livre par le journal la Croix :

Ouvrage de référence, réédité depuis 1996, le Guide illustré de l’écologie se consulte ou se dévore. Sur un mode encyclopédique, on peut s’y référer quand, face à une nature extraordinaire, surgit une énigme, une question : qu’est-ce qu’un biotope ? Combien d’espèces de mammifères compte la France ? Comment fonctionnent les flux de dioxyde de carbone ou le cycle de l’eau ?

Mais on peut aussi s’y plonger des heures, page après page, à la manière d’un roman — nulle fiction pourtant ! Et voilà le lecteur parti à la découverte des 27 lapins introduits au XIXe siècle dans l’État de Victoria, en Australie, et de leurs 5 milliards de descendants !

Conçu à l’origine pour les professionnels de la protection de la nature, ce guide, dont la toute dernière édition vient de paraître, s’adresse aujourd’hui à un large public, que l’écologie intéresse et fascine.

Cette science « des relations des êtres vivants avec leur environnement physique, chimique et biologique », cette discipline « au service de la compréhension (…) de la Maison Terre », les auteurs, en vulgarisateurs assumés, la rendent accessible sans renoncer à la rigueur scientifique.

Il faut dire que les enjeux sont majeurs. Dans un « contexte environnemental incertain » — risques climatiques, extinctions massives d’espèces, pénurie d’eau, de matières premières, etc. — « les enseignements de l’écologie prennent une valeur singulière », rappellent Bernard Fischesser et Marie-France Dupuis-Tate, pour qui « l’avenir de l’humanité est désormais placé sous le signe du geste écologique ».

Marine Lamoureux


  • Le Guide illustré de l’écologie, de Bernard Fischesser et Marie-France Dupuis-Tate, éditions Delachaux et Niestlé, septembre 2017, 352 p., 39,9 €.

Source : la Croix


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Mon, 25 Sep 2017 09:07:16 +0200

Quelle suite à la manifestation de la France insoumise ?

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