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Marianne

Tue, 22 May 2018 08:54:11 +0200

Dates, délais, commissions : ce qui attend les candidats à Parcoursup à partir de 18 heures ce 22 mai

C'est le jour J pour Parcoursup. Le premier d'un long processus. Ce mardi 22 mai à partir de 18 heures, les premiers résultats seront dévoilés aux 887.600 élèves de terminale - ou en réorientation - en attente d'une affectation dans une formation de l'enseignement supérieur. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, a assuré ce mardi 22 mai sur RTL que "plus de 50% des élèves auront une réponse positive dès ce soir". Pour la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, invitée de France Inter quelques minutes plus tard, ce taux atteindra les 80% à la veille des épreuves du baccalauréat.

Concrètement, ce 22 mai et jusqu'au 5 septembre, les 887.600 candidats pourront recevoir plusieurs types de réponses. Ceux qui ont sollicité une place dans une filière non-sélective pourront se voir adresser un "oui", "en attente" ou "oui si". Cette dernière possibilité conditionne l'admission de l'élève au suivi d'un "parcours d'accompagnement personnalisé" sous la forme de modules de remise à niveau. Du côté des filières sélectives, les élèves pourront recevoir un "non" définitif.

Des délais de réponse à surveiller

Pour cette année 2018, les élèves ont pu faire jusqu'à dix vœux non hiérarchisés. Dans une première phase, les meilleurs élèves risquent donc de monopoliser une grande partie des places, multipliant par conséquent les candidats "en attente". Pas de panique, selon le ministère, qui assure que les places se libèreront au fil des jours : "Ce que je leur dis, c'est que dès demain matin, des nouvelles propositions leur seront faites et ainsi de suite, a indiqué Frédérique Vidal au micro de France Inter. Des centaines de milliers de propositions leur seront offertes. Le système est totalement dynamique".

En effet, les élèves qui recevront un "oui" ou "oui si" auront une durée limitée pour valider leur choix d'orientation : sept jours, précisément, pour les résultats tombés entre le 22 mai et le 17 juin. Ainsi, le ministère espère que les places se libèreront rapidement pour opérer un "roulement dynamique", selon Frédérique Vidal.

Du 18 au 25 juin, les opérations vont ensuite s'interrompre pour laisser les élèves se concentrer sur leurs épreuves du baccalauréat. Elle reprendront à partir du 26 juin, le délai de réponse passant alors à trois jours, avant de s'abaisser à une seule journée du 2 au 5 septembre.

Ouverture de la "phase complémentaire" le 26 juin

Pour rappeler les futurs étudiants à leur devoir de réponse, une alerte par mail leur sera envoyée trois jours après la réception d'une proposition d'admission, puis un SMS leur sera adressé en guise de dernier rappel. Ensuite, il sera trop tard. Les places seront proposées aux élèves "en attente".

Pour ceux ayant postulé seulement dans des formations sélectives, le risque existe de ne recevoir que des réponses négatives. Ces élèves pourront saisir la commission d'accès à l'enseignement supérieur, via le site de Parcoursup, à partir du 22 mai et jusqu'au 21 septembre. Ces commissions, présidées par les recteurs d'université, devront se saisir de ces dossiers pour leur trouver une formation censée correspondre au profil et aux désirs du candidat en fonction de ses "préférences" renseignées au préalable.

Pour tous les autres élèves qui se retrouveront sur le carreau, une "phase complémentaire" s'ouvrira le 26 juin qui, elle aussi, se prolongera jusqu'au 21 septembre. Elle proposera une liste de formations dans lesquelles des places sont encore disponibles et accessibles. Les étudiants pourront ainsi postuler, et à nouveau faire jusqu'à dix voeux, pour espérer enfin trouver une place.

Anthony Cortes

Tue, 22 May 2018 08:47:21 +0200

​Parcoursup à l'heure du premier résultat : une gestion dans la plus grande opacité

Les futurs bacheliers vont avoir un aperçu de leur avenir dans l'enseignement supérieur : c'est ce mardi 22 mai que tombent les résultats sur la plateforme d'orientation Parcoursup, qui remplace pour la première année celle d'Admission post-bac. Pour répondre à l'inquiétude des lycéens, le gouvernement avait promis la transparence du système. Ce pourrait être considéré comme chose faite, avec la publication, ce lundi, veille des résultats, du code source de l'algorithme de Parcoursup : "La publication du code permettra à chacun de vérifier que le fonctionnement de la plateforme est conforme au droit", assure un communiqué conjoint de Frédérique Vidal, Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation et de Mounir Mahjoubi, Secrétaire d'Etat en charge du Numérique.

Sauf que le code source ne permet pas à l'étudiant de répondre à la seule question qui vaille : pourquoi ai-je été recalé ? Selon la loi "pour une République numérique" de 2016, toute administration publique se fondant sur des algorithmes pour régir des décisions individuelles doit pourtant en informer chaque citoyen qui en fait la demande. A ces derniers doivent être communiquées les "règles" et les "principales caractéristiques de mise en oeuvre" du programme informatique qui traite leur dossier. Mais cette disposition a été contrecarrée par l'amendement sur le "secret des délibérations" des candidatures de Parcoursup, voté le 14 mai dernier au Parlement. Il entrave notamment cette obligation de clarté et devrait permettre aux établissements du supérieur de ne pas dévoiler aux lycéens les raisons pour lesquelles ils ont eu, ou non, une place dans la filière de leur choix.

La balle renvoyée aux commissions

Si la loi relative à la protection des données personnelles est promulguée en l'état, il sera donc impossible pour les futurs bacheliers de demander le détail de leur classement sur la plateforme. Officiellement, ils ne pourront prendre connaissance que des "modalités d'examen" et des "raisons pédagogiques" qui justifient leur admission ou leur refus. Que signifient ces deux termes ? Aujourd'hui encore, impossible de le savoir, notamment à cause du flou entretenu par le ministère de l'Enseignement supérieur.

On y reste très vague sur les raisons qui pourraient être éventuellement communiquées aux étudiants refusés : "Les étudiants pourront déjà se référer aux attendus nationaux publiés en janvier, nous indique-t-on. Quant aux réponses individuelles, nous ne pouvons pas répondre à la place des commissions. Il leur revient de fixer les modalités de tri des dossiers". Lorsque l'on demande un exemple type de réponse, même refus : "Nous ne pouvons pas donner d'exemple pour la simple raison que chaque filière est différente et a choisi ses propres critères."

Exit donc, la promesse du secrétaire d'Etat chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi de publier l'algorithme d'affectation utilisé par chacun des établissements ? Quelques jours avant la publication du code source de l'algorithme national, son entourage nous avait pourtant assuré avec force que les algorithmes locaux dont dépendent réellement les élèves seraient aussi publiés… soit la promesse inverse de celle faite par l'entourage de la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

Deux définitions différentes du fonctionnement de Parcoursup

Au coeur de ce quiproquo entre les deux ministères, il y a une définition différente de Parcoursup. L'Enseignement supérieur ne voit dans les algorithmes locaux "qu'un simple fichier Excel". "L'outil d'aide à la décision ne réalise qu'un travail d'organisation des dossiers", assure-t-on ainsi dans l'entourage de la ministre Frédérique Vidal. "Ce sont des professeurs qui décident les critères utilisés pour les classer, nous rétorque-t-on. C'est un processus humain, qui n'est pas régi par une machine."

Qu'importe, si, dans le Larousse, un algorithme est défini par un "ensemble de règles opératoires dont l'application permet de résoudre un problème énoncé au moyen d'un nombre fini d'opérations". Selon le raisonnement du ministère, puisque les professeurs décident des critères de classement des dossiers et que la décision finale est censée leur revenir... l'outil mis à leur disposition n'est pas un algorithme. "Par conséquent, ils sont protégés par le secret des délibérations. La décision finale n'est pas prise par une machine et n'a donc pas à être donnée dans le détail". CQFD. Les élèves restent dans le brouillard.

De son côté, le Secrétariat d'Etat au numérique, qui semble beaucoup plus convaincu de l'existence d'un processus automatisé - et donc celle des algorithmes locaux - nous a annoncé une publication "avant le 25 mai". "Algorithmes locaux et secrets des délibérations sont deux choses différentes. On peut publier l'un sans révéler l'autre !", assure-t-on au Numérique. Une affirmation qui, au ministère de l'Enseignement supérieur, n'a été accueillie que par un laconique : "La personne que vous avez eue au secrétariat d'Etat au numérique a dû confondre. Il n'y a pas d'algorithme local". Pas certain que cette incompréhension entre ministères fasse avancer les élèves.

Alexandra Saviana

Tue, 22 May 2018 08:30:00 +0200

Parcoursup : les étudiants "oui si" livrés à un avenir incertain

C'était l'un des piliers annoncés de Parcoursup. Face au reproche fait à la loi relative à l'orientation et à la réussite des étudiants (ORE) d'instituer une sélection à l'université, le gouvernement promettait la mise en place de "parcours d'accompagnement personnalisés" destinés aux étudiants nécessitant une remise à niveau pour entrer dans certaines filières. Autrement dit, les lycéens ayant reçu un "oui, si" dépôt de leur candidature sur Parcoursup. "Sur ce sujet j'ai deux convictions : je ne pense pas que laisser un lycéen s'engager dans une voie dont on sait par avance qu'elle est semée d'embuches sans l'alerter, sans lui proposer une aide, un accompagnement, ce serait lui rendre service, déclarait Edouard Philippe, le 30 octobre dernier au moment de présenter la réforme de l'Enseignement supérieur aussi appelée "Plan étudiant". Ca, pour moi, c'est la différence entre abandonner quelqu'un à son sort et lui donner les moyens de son ambition." Pourtant, au moment où les lycéens s'apprêtent à recevoir leurs premières réponses, certains établissements connaissent quelques difficultés pour mettre en place ces "modules" essentiels à l'équilibre de la réforme.

Une poignée d'universités ont d'ores et déjà fait savoir qu'elles ne mettraient pas en place ces parcours d'accompagnement. C'est le cas par exemple de celle de Poitiers. "Nous sommes strictement incapables de mettre en place ces parcours pour la rentrée prochaine, faute de moyens humains", a fait savoir Virgine Laval, en charge des formations, il y a quelques semaines. Même chose à Bordeaux, qui "au vu des délais de mise en œuvre" nous indique renoncer à mettre en place ce dispositif dès la rentrée prochaine. Du côté de l'université de Bretagne-Occidentale de Brest, la décision n'est pas arrêtée. Mais leur éventuelle mise en place semble compromise : "On ne forcera pas. Pour la rentrée 2018, nous mettrons en place ces parcours si l'on est sûr d'apporter un vrai bienfait aux étudiants", a déclaré son président Matthieu Gallou à L'Etudiant.

Changement de ton du gouvernement

D'autres veulent à tout prix jouer le jeu et assurer, coûte que coûte, l'accompagnement "personnalisé" des étudiants qui auront reçu un "oui, si". Mais dans ces universités-là, seules quelques filières auront leurs "modules" de remise à niveau, faute de moyens humains et financiers suffisants. De quoi contrarier le gouvernement ? Pas vraiment. Ou en tout cas, plus vraiment.

En effet, la communication de l'exécutif a radicalement changé ces dernières semaines. De la détermination d'Edouard Philippe, il ne reste qu'une invitation à faire au mieux avec les moyens disponibles… "Seules les universités qui seront en capacité d'accueillir des élèves dans ces ateliers pourront répondre 'oui, si', nous dit-on désormais au ministère de l'Enseignement supérieur. Les universités ne seront pas toutes en capacité de proposer des dispositifs d'accompagnements. Mettre en place ces modules demande du temps et des moyens financiers. L'objectif c'est de pouvoir développer ces parcours-là au fur et à mesure. Ce que l'on sait aussi, c'est que dans chaque université, il y a des choses qui se font…"

"Le gouvernement a simplement fait face au principe de réalité", constate Cécile Lecompte, vice-présidente de l'université Rennes-I, pour Marianne. Dans son établissement, trois formations auront leur "parcours personnalisé" (Mathématiques, informatique et électronique et droit et sciences politiques) à la rentrée prochaine. Un dispositif qu'elle juge "utile", c'est "une chance de plus donnée aux lycéens pour réussir", dit-elle. Pour preuve, elle espère "étendre" ces modules "à toutes les formations" à la rentrée 2019. Seulement, cette éventualité est suspendue à la question des moyens, donc des dotations de l'Etat… "Si nos finances ne nous permettent pas de créer davantage de parcours personnalisés, des outils hybrides pourraient être proposés. Autrement dit : du soutien en ligne. On ne sait pas quelle forme ça prendrait exactement, nous sommes en phase de réflexion, mais si on veut absolument déployer l'accompagnement des élèves en difficulté à grande échelle, il nous faut nous préparer à toutes les éventualités."

Des professeurs de lycées pour animer des modules à l'université

Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, a pourtant indiqué avoir débloqué une enveloppe de 35 millions d'euros pour "renforcer l'accompagnement des étudiants vers la réussite dès la rentrée prochaine". Le but : permettre aux universités "de procéder à des recrutements ou de financer des heures complémentaires" pour faciliter "la mise en œuvre de la réforme". "Une enveloppe conséquente, concède Patrick Lévy, président de l'université Grenoble-Alpes, auprès de Marianne. Mais pas suffisante pour permettre que les plans du gouvernement, qui sont louables selon moi, soient mis en place immédiatement."

Pour son établissement, la dotation de l'Etat en vue de la rentrée prochaine atteint 417.000 euros. Une somme spécifiquement allouée à la mise en place de ces parcours à laquelle va s'ajouter 1 million d'euros… puisé de la poche de l'université elle-même ! Des fonds obtenus grâce au prix Initiative d'Excellence (IDEX) qu'elle a reçu en 2016. "Nous avons de la chance de bénéficier de ces fonds personnels. Et même ainsi, nous ne pouvons pas tout nous permettre, explique-t-il. Dès lors, pour proposer cet accompagnement au maximum de filières, nous avons décidé de renforcer les dispositifs existants, de tutorat ou de soutien, effectué en partie par des emplois étudiants. Et nous réfléchissons actuellement au lancement de solutions innovantes : année de préparation à la licence, étalement de la L1 sur deux ans…"

Chacun trouve sa façon de "bricoler", comme l'indique Patrick Lévy. "On nous demande de mettre en place la loi ORE dans l'urgence et avec des moyens insuffisants, même si ce sont des moyens nouveaux bénéfiques. Alors évidemment que nous nous sommes plaints auprès du ministère, rapporte Corinne Mascala, présidente de l'université Toulouse-Capitole, à Marianne. Les consignes ont donc quelque peu changé. On nous accorde désormais une certaine souplesse, au moins pour cette rentrée." Pour assurer malgré tout la mise en place de ces modules et pour que tous les étudiants en première année de licence puissent en bénéficier, la présidente étudie la possibilité de "signer des conventions" avec certains lycées pour que des professeurs du secondaire tiennent certains ateliers de mathématiques ou de français "faute de ressources suffisantes" du côté de l'université. L'ambition attend ses moyens…

Anthony Cortes

Mon, 21 May 2018 15:35:28 +0200

La Commission européenne maraboutée par le lobbying d'Airbnb

Elles s'appellent Airbnb, TripAdvisor ou encore HomeAway. Ces plateformes de location sont visées en Europe par de nouvelles réglementations pour protéger le marché du logement. Mais les efforts faits par les villes en termes de réglementations sont grandement menacés par l'influence de ces entreprises à Bruxelles.

C'est en tout cas ce qu'affirme ce lundi 21 mai le chercheur Kenneth Haar dans le journal britannique The Guardian. Membre de l'Observatoire de l'Europe industrielle, un centre de recherche s'intéressant aux lobbys européens, Haar est l'auteur d'une étude publiée début mai, UnfairBnB. Il y explique comment Airbnb, sous pression dans plusieurs villes européennes, utilise son pouvoir d'influence à la Commission européenne pour outrepasser les régulations municipales : "Airbnb et les autres plateformes de location en ligne sont bien accueillies par la Commission européenne en raison de leur contribution à 'l'économie collaborative'. Mais leur effet sur les villes européennes est loin d'être utopique ou durable", écrit Haar dans son étude.

Des appartements loués à l'année

Car, loin d'être uniquement utilisée à des fins touristiques, l'application a un impact redoutable sur les logements des villes où l'entreprise s'est installée. La plateforme compte environ 20.500 adresses à Berlin, 61.000 à Paris, 18.500 à Barcelone et près de 19.000 à Amsterdam. Selon une étude de l'association InsideAirbnb, beaucoup de ces appartements sont souvent loués à l'année, éliminant des milliers de logements du marché de la location résidentielle. Les données recueillies indiquent ainsi que même dans les villes où les locations à court-terme sont limitées par la loi, près de 30% des logements sont disponibles pour trois mois ou plus par an sur la plateforme. La situation empire lorsque aucune régulation n'est mise en place : à Rome ou Venise, par exemple, plus de 90% des appartements de la plateforme sont libres pour des locations supérieures à 90 jours.

Pour remédier à ces dérives, les villes européennes répliquent en instaurant de nouvelles réglementations. La municipalité de Barcelone a imposé une amende de 600.000 euros à Airbnb et au site Homeway, avant d'interdire un an plus tard l'ouverture de nouveaux logements touristiques dans son centre. Amsterdam a réduit son permis de location à court terme de deux à un mois par an. Depuis octobre 2017, Paris oblige les propriétaires à s'enregistrer en ligne avant de louer leur appartement sur Airbnb ou d'autres plateformes de location, sous peine de s'exposer à une amende pouvant aller jusqu'à 50.000 euros. Dernièrement, le projet de loi d'évolution du logement, de l'aménagement du numérique (Elan) doit obliger les loueurs à transmettre, sur l'ensemble du territoire, le nombre de nuitées proposées sur la plateforme.

Des tentatives locales minées par le lobbying d'Airbnb à Bruxelles

Mais ces tentatives locales et nationales semblent aujourd'hui minées, selon l'Observatoire de l'Europe industrielle, par la détermination de Bruxelles à voir dans l'économie collaborative un vecteur d'emploi et d'innovation : "La commission semble presque hypnotisée par la perspective d'une forte économie du partage, et peu ou pas intéressée par ses éventuelles conséquences, déplore Haar auprès du Guardian. Les commissaires ne parlent que 'd'opportunités, pas de menaces'. Le parlement aussi a récemment condamné les tentatives de restrictions mises en place par les villes envers ces plateformes".

Réunies au sein de la European Holiday Home Association (EHHA), les principales entreprises de location en ligne constituent un lobby à Bruxelles, qui influe très régulièrement sur la législation. Selon l'étude de Haar, l'EHHA bénéficierait d'un "accès privilégié" à la Commission, "émergeant comme de puissants acteurs" au sein de l'Union européenne. Après une lettre envoyée par 12 plateformes - dont Airbnb - en 2015, la Commission a par exemple inscrit une phrase dans son plan de "Stratégie de Marché unique" qui annonce un "agenda européen pour l'économie collaborative". Publié un an plus tard, ce dernier assure que ni les villes, ni les pays de l'Union européenne ne sont en mesure de contraindre les entreprises de location à repérer les activités illégales se déroulant sur leur plateforme.

Le très puissant lobby des plateformes de location en ligne

Il ne s'agit que d'un exemple de l'influence de l'EHHA. Quelques mois plus tard, fortes de leur première victoire, une cinquantaine de plateformes, à nouveau dirigées par Airbnb, ont une nouvelle fois écrit à Bruxelles. Elles demandaient à la Commission de veiller à ce que "les lois locales ne limitent pas inutilement le développement de l'économie collaborative au détriment des Européens". Plusieurs directives européennes auraient ensuite été réécrites, largement en faveur, selon Haar, des entreprises de location en ligne.

Et ce n'est pas tout. Loin de se limiter aux couloirs feutrés de la Commission, la puissante EHHA veut désormais assigner les villes européennes en justice. Le groupe a récemment porté plainte contre Barcelone, Paris ou encore Bruxelles, les accusant de "restrictions excessives", en violation avec les lois de l'Union européenne. A terme, cette plainte pourrait arriver devant la Cour de justice européenne. "Les décideurs à Bruxelles semblent très éloignés des réalités locales, juge Haar. Si nous voulons défendre notre droit à un logement abordable, cette bataille doit être livrée maintenant".

Alexandra Saviana

Mon, 21 May 2018 12:31:08 +0200

Bourses, allocations handicapés et autonomie, APL : le gouvernement veut rogner sur toutes ces aides sociales

Ils ont sorti les ciseaux à couper les aides sociales. Pour compenser la promesse du gouvernement de ne pas augmenter les impôts pendant la durée du quinquennat, les fonctionnaires de Bercy préparent en effet... un programme copieux de baisse des aides de l'Etat. Allocation adultes handicapés, allocation personnalisée pour l'autonomie, aides personnelles au logement (APL), bourses sur critères sociaux... La direction du budget envisage de tout ratiboiser, selon un document interne que Le Monde s'est procuré, ce samedi 19 mai. Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a d'ailleurs reconnu, ce dimanche, sur Europe 1, que ces pistes étaient bien sur la table : "Réduire la dépense publique sans toucher aux aides sociales, ce n’est pas cohérent".

Concernant l'allocation adultes handicapés, les stratèges de Bercy ont constaté des "disparités fortes" entre départements. Ils prévoient donc notamment de "maîtriser les flux d’entrée en [révisant] les critères d’attribution". En langage profane, cela reviendrait à resserrer les critères d'attribution de cette aide. De quelle façon ? La note ne l'explicite pas.

Haro sur les personnes âgées propriétaires

L'allocation personnalisée pour l'autonomie, destinée aux personnes âgées, pourrait être concernée également. Le ministère des Finances souhaite la "recentrer (…) sur les publics prioritaires (…) pour garantir [sa] soutenabilité (…) dans un contexte de vieillissement démographique". Les fonctionnaires ont en tête une "modulation" de cette aide "en fonction du patrimoine" et non des seuls revenus, comme aujourd'hui. Les propriétaires de logements coûteux pourrait ainsi... être moins aidés.

Bercy n'a pas oublié les APL, déjà diminuées de 5 euros par bénéficiaire depuis le début du quinquennat. La direction du budget considère que "les APL favorisent (…) les personnes inactives", à niveau égal de ressources. Selon eux, les "APL étudiants sont peu ciblées et ont trop peu d’effet redistributif", car le montant de la prestation "dépend très peu des ressources réelles (salaires et transferts intrafamiliaux)". Aussi, le ministère préconise le "non-cumul part fiscal et APL étudiants". Autrement dit, les bénéficiaires des APL ne pourront plus être rattachés au foyer fiscal de leurs parents.

Bourses rabotées

Enfin, les bourses sur critères sociaux sont également dans le viseur de la direction du budget. Elle constate en effet avec inquiétude que "le nombre de bénéficiaires (…) atteint désormais 27 % des étudiants". Solution toute trouvée : "accroître le ciblage" du dispositif. Autres hypothèses : "limiter la progression" de la revalorisation des barèmes ou "renforcer le contrôle d’assiduité" des bénéficiaires. Autant de pistes de réformes explosives...

Sans se prononcer précisément sur le document de la direction du budget, Bruno Le Maire a assumé sur Europe 1 de futures coupes, en précisant qu'elles étaient le pendant de l'augmentation du pouvoir d'achat promise par le gouvernement : "Il y a des inégalités importantes et nous les compensons par des aides sociales toujours plus élevées. Nous voulons rompre avec ça et traiter ces inégalités à la racine, en formant mieux, en qualifiant mieux, en donnant des emplois. C’est ce que nous avons commencé à faire. Ça nous autorise ensuite à réduire le montant des aides sociales qui sont distribuées pour compenser ces inégalités".

Magazine Marianne