Presse & blogs

 
 

Marianne

Tue, 16 Jan 2018 19:39:51 +0100

Migrants : à Calais, Macron, plus sécuritaire qu’humaniste

"Collomb ? Mais c'est Macron !", répètent en boucle les députés macronistes depuis que le ministre de l'Intérieur défend le très controversé projet de loi Asile et immigration. Le chef de l'Etat en a fait la démonstration lui-même ce mardi 16 janvier, à Calais pour un déplacement thématique consacré aux migrants. "Pas question de changer d'orientation", avait lancé le ministre de l'Intérieur dimanche dans les colonnes du Parisien.

Devant les forces de l'ordre réunies sous un hangar glacé de la caserne de la ville, le chef de l'Etat a tenu un discours digne d'un premier flic de France. Plus sécuritaire qu'humaniste. Moins lyrique que d'ordinaire. Il veut "tenir un langage de vérité", explique-t-il. Son mot d'ordre : l'ordre justement, l'ordre républicain qui, souligne-t-il, doit s'appliquer à tous, migrants compris. Gendarmes, policiers et pompiers l'écoutent attentivement. "Tout est fait pour que le passage illégal ne soit pas possible, expose-t-il. Calais n'est pas une porte d'accès dérobée. Nous ne laisserons pas se reconstituer une jungle".

"Je ne peux laisser accréditer l'idée que les forces de l'ordre utilisent la violence"

Dans une tribune publiée le matin-même pour fustiger sa politique migratoire, certains de ses proches ont dénoncé ce "pays où l'on arrache leurs couvertures à des migrants à Calais". Emmanuel Macron réplique vertement à ceux qui parlent "depuis Paris". Il fustige "les approximations et les mensonges" et lance : "Je ne peux laisser accréditer l'idée que les forces de l'ordre utilisent la violence. Si cela est fait, c'est contraire à toute déontologie. Si cela est fait et prouvé, cela sera sanctionné". Dans son viseur également : le romancier Yann Moix, présent dans la salle. Le polémiste d'ONPC prépare "Re-Calais", un documentaire qui sera diffusé dans le courant du mois de mai sur Arte. "Un film complexe, pas un film contre les CRS", explique celui qui affirme avoir été témoin de violences policières, avoir filmé des gazages, en présence d'ailleurs de Jacques Attali, ce que les deux hommes ont fait savoir. Mais "personne ne m'a demandé de preuves", poursuit Moix.

Dans les courants d'air, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux livre son explication de texte. "Ils cèdent un peu à la facilité, observe-t-il à propos des signataires de la tribune. Je ne comprends pas en quoi l'humanisme n'est pas là. L'Etat veut simplement savoir qui est présent dans les centres d'hébergement". Et d’estimer que quelques-uns ont eu une "écoute sélective" des propos tenus par Emmanuel Macron pendant la campagne.

Je ne veux plus que nous sous-traitions l'aide alimentaire à des associations qui l'utilisent pour faire prospérer de fausses informations.

Emmanuel Macronen visite à Calais

Le chef de l’Etat a également adressé un message clair aux associations d'aide aux migrants, dont certains représentants ont refusé de le rencontrer ce mardi soir. Emmanuel Macron a visiblement choisi d'opérer là un véritable tri : "Nous défendrons les associations qui vont au contact et travaillent dans un cadre organisé et régulé". Mais les autres?

Devant les élus réunis à la mairie de Calais, Macron s’est fait cassant : "Il y a une contre-vérité qui prospère : il y a des gens qui conseillent aux migrants de rester à Calais, de ne pas se faire enregistrer, de ne pas se laisser prendre leurs empreintes. C'est contraire à l'ordre public. On sera intraitable. Le cœur du travail est : avoir une approche humanitaire d'ensemble, gérée par l'Etat". Dans son discours, il avait affirmé que l’Etat prendrait désormais en charge les repas des migrants. Il s’en explique : "Je ne veux plus que nous sous-traitions l'aide alimentaire à des associations qui l'utilisent pour faire prospérer de fausses informations". Pour le coup, aucune ambiguïté dans son propos.

Soazig Quéméner

Tue, 16 Jan 2018 19:12:29 +0100

Messieurs les gouvernants, divisez par deux les délais administratifs !

Les Français n’en peuvent plus d’attendre. Les entreprises passent trop de temps dans les paperasses administratives et encore plus à espérer des réponses. Les délais administratifs deviennent inconcevables, et les recours fragilisent des secteurs entiers de notre économie. Les chiffres sont sans appel : le Forum économique mondial place la France au 115e rang sur 140 en matière de "fardeau" administratif ; selon l'OCDE, le coût de ces lourdeurs pèse 3 à 4% de notre PIB, soit 60 à 80 milliards d'euros par an.

Messieurs les gouvernants, soyez audacieux, réduisez les délais administratifs !

Depuis des années nous tâchons de simplifier les textes et force est de constater que les délais sont plus longs. Il y a 7 ans il fallait 4,5 années pour qu’un projet immobilier aboutisse. En 2018, il faut 5, 5 ans. Et pourtant, il y a eu 6 ministres en charge de la Simplification et/ou de la Réforme de l’Etat…

"Vider une baignoire avec une cuillère"

Thierry Mandon, ancien Secrétaire d’Etat chargé de la Réforme de l’Etat et de la Simplification durant le précédant quinquennat indiquait à juste titre que le travail de Ministre de la simplification consistait « à vider une baignoire avec une cuillère alors que le robinet est ouvert ». Partout,la France est reconnue et pointée du doigt pour son incapacité à pallier à cette lourdeur qui altère notre économie et qui détériore quotidiennement la confiance entre les Français et l’administration. Le Projet de loi « pour un Etat au service d’une société de confiance » donne l’occasion de réduire les délais administratifs, de bouger les lignes. Saisissez-là !

L’administration, c’est notre contact quotidien avec l’Etat, elle est sa représentation la plus directe pour nos citoyens et est incarnée par des agents publics eux-mêmes dépassés par le poids des normes et leur complexité. L’Etat, c’est la richesse de ceux qui n’ont rien. C’est la raison pour laquelle il doit protéger, soutenir, soutenir les Français et leurs entreprises dans leurs démarches et initiatives quotidiennes. C’est l’esprit du projet de loi porté par Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics. Malheureusement, en l’état, il n’intègre pas assez la réduction des délais. Oui, Monsieur le Ministre, à l’ère du numérique, diviser les délais administratifs par deux est un levier au service de la croissance. Dans un monde en perpétuelle mutation, ces délais sont un frein à l’innovation et à la compétitivité de nos entreprises. En divisant par deux les délais administratifs, vous donnerez un nouvel élan économique à la France : les emplois anticipés pourraient être crées durant le mandat en cours.

Divisons par deux les délais

Dés 2012, Guillaume Poitrinal a très justement dénoncé dans son livre « Plus vite la France malade de son temps »une situation dramatique pour notre pays et notre croissance. Depuis, nous avons simplifié tout en continuant à rajouter des normes et des lois, pour des délais toujours plus longs. D’ailleurs Jean Arthuis a dénoncé il y a peu de temps la lenteur de cette simplification « à l’allure à laquelle nous simplifions, il faudrait plusieurs centaines d’années » pour atteindre nos objectifs de simplification.

A l’aune de ce constat, la réduction des délais s’annonce comme le pendant naturel de chaque mesure de simplification, et la division par deux des délais administratifs doit devenir une démarche de simplification à part entière.

Marc Teyssier d'Orfeuil

Tue, 16 Jan 2018 18:15:18 +0100

Edouard Philippe fait le ménage chez les macronistes de gauche

Il y a des postes qu’on croyait tranquilles et qui se révèlent être des sièges éjectables… Avec celui de commissaire à la Stratégie (avec un instrument, France Stratégie, qui se veut l’héritier du commissariat au Plan), Michel Yahiel se pensait à l’abri des surprises. Patatras, l’ex-conseiller social de François Hollande a été débarqué vendredi dernier, le 12 janvier, par le Premier ministre qui a confié son siège à Gilles de Margerie, ex-directeur de cabinet d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé.

D’après ce que l’on sait, Michel Yahiel a été surpris de la décision, d’autant qu’il n’aurait reçu aucun signal de la part d'Emmanuel Macron, pourtant son ex-collègue à l’Elysée. Entre 2012 et 2014, Emmanuel Macron était en effet chargé de l’économie quand lui-même l’était du social.

Le Monde estime « obscures » les raisons de ce tour de passe-passe. Il y a bien eu une note de France Stratégie proposant qu’en cas de crise majeure de la dette publique, l’Etat lève une sorte d’impôt exceptionnel sur toutes les propriétés foncières - ce qui avait énervé les conseillers de Matignon. Mais pas de quoi casser un haut fonctionnaire ! Sauf que Michel Yahiel, est « en même temps » un des inspirateurs de la gauche sociale-démocrate ralliée à Macron. Il a notamment animé la première réunion du club « Démocratie vivante », présidée par l’avocat Dominique Villemot. D’où une question : les macronistes venus de LR ont-ils voulu tuer dans l’œuf une tentative d’entrisme d’anciens Hollandais dans le giron LREM ? Mais, chut, ne cédons pas à la théorie du complot.

Hervé Nathan

Tue, 16 Jan 2018 18:09:00 +0100

Mutuelles de Bretagne : la faille qui relance l'affaire Richard Ferrand

On pensait l’affaire définitivement close, il n’en est rien. Ce mardi 16 janvier, le Canard enchaîné révèle qu’une information judiciaire a été ouverte par le Parquet national financier (PNF) à l’encontre de Richard Ferrand, le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, dans le dossier dit des « Mutuelles de Bretagne ». Comment est-ce possible, alors que l’affaire a été classée sans suite le 13 octobre dernier par le procureur de Brest ? L’association Anticor a en fait exploité une faille de la décision dudit procureur, qui pourrait relancer toute l’affaire.

Pour comprendre ce mic-mac juridique, il faut se replonger dans les subtilités du dossier. L’affaire remonte au 25 janvier 2011, quand les Mutuelles de Bretagne, dont le directeur général s’appelle alors Richard Ferrand, se mettent à la recherche de locaux commerciaux à louer à Brest afin d'y ouvrir un centre de soins. Parmi trois propositions, l’organisme à but non lucratif choisit celle d'une société immobilière (SCI) appartenant… à la compagne de Richard Ferrand, Sandrine Doucen. Curiosité, cette SCI - qui associera la compagne de Richard Ferrand et un ami du couple - n’existe pas encore légalement au moment de la décision. Elle n'est créée qu'ensuite, le 24 février, c'est-à-dire une fois que Sandrine Doucen est assurée de louer aux Mutuelles les locaux qu'elle s'apprête à acquérir. Bingo : en juillet 2011, un prêt du Crédit Agricole lui permet d'acheter les locaux, d'une valeur de 402.000 euros, sans le moindre apport personnel : c'est le futur loyer garanti par les Mutuelles qui permettra de le rembourser. Selon l'estimation du Canard enchaîné, la compagne du macroniste se constitue ainsi, sans avoir déboursé grand-chose, un patrimoine de 600.000 euros (les Mutuelles ayant aussi payé 184.000 euros de travaux, qui revalorisent la valeur du bien).

En octobre dernier, le parquet de Brest a estimé que ce montage ne pouvait pas constituer un délit d’abus de confiance, pas plus qu'un délit d’escroquerie. Le procureur, Jean-Philippe Récappé, s’est fait toutefois moins catégorique concernant le délit de « prise illégale d’intérêts », qui correspond à un intérêt acquis par une « personne investie d’une mission de service public », grâce à l’entreprise qu’il doit administrer (en l'espèce, les Mutuelles que dirige Richard Ferrand en 2011). Le magistrat s’est contenté de relever que l’éventuelle infraction était prescrite, puisqu’il n’est plus possible de poursuivre ce délit après trois ans. Sauf qu'il existe une exception, en cas de « dissimulation avérée » de la fraude : c’est cette brèche dans laquelle s’engouffre aujourd'hui Anticor.

Anticor veut prouver une dissimulation de Richard Ferrand

L’association anti-corruption a déposé une plainte auprès du PNF, confiée au juge Renaud Van Ruymbeeke. Anticor s'est très probablement constitué partie civile, ce qui a pour effet utile de rendre l'ouverture d'une information judiciaire et la nomination d'un juge automatiques. Les associatifs espèrent convaincre le juge que Richard Ferrand a bien bénéficié de cette vente, d’abord, et ensuite que cet intérêt a été dissimulé auprès des Mutuelles de Bretagne. Pour les plaignants, le fait que le nom de Sandrine Doucen n’a jamais été mentionné au cours de la réunion du conseil d’administration du 25 janvier 2011, celle qui a tranché pour attribuer le marché à la compagne du patron, prouve la fraude. L’article L. 114-32 du Code de la mutualité semble en effet rendre cette mention obligatoire : selon cette disposition, toute convention à laquelle « un administrateur ou un dirigeant opérationnel est indirectement intéressé ou dans laquelle il traite avec la mutuelle, union ou fédération, par personne interposée est soumise à l'autorisation préalable du conseil d'administration ».

Richard Ferrand a de son côté toujours soutenu que l’opération n’avait « rien d’illégal ». En l’absence d’éléments nouveaux, il n’est pas dit que le juge prenne une décision différente du procureur de Brest. Il s’agit tout de même d’un fil à la patte gênant pour le grognard de la Macronie, qui espérait laisser définitivement l’affaire derrière lui. Le 13 octobre, il expliquait sur son blog combien l’affaire et son traitement médiatique l’avaient touché : « Aujourd’hui, mon honneur est rétabli. Je voudrais que ce que j’ai subi interroge tous les auteurs de jugements à l’emporte-pièce qui ne mesurent pas les dégâts humains qu’ils créent ».

Étienne Girard

Tue, 16 Jan 2018 16:07:15 +0100

Affaire Urvoas : la Cour de justice de la République va ouvrir une enquête

Elle est la seule instance habilitée à juger les actes des membres du gouvernement. La Cour de justice de la République (CJR) va ouvrir une enquête sur l'affaire Urvoas, annonce ce mardi 16 janvier l'AFP, confirmant une information du Parisien. Ministre de la Justice à la fin l'ère Hollande, Jean-Jacques Urvoas est soupçonné de "violation de secret professionnel". L'ex-Garde des Sceaux aurait transmis au député Thierry Solère (LR à l'époque, aujourd'hui LREM) des informations sur une enquête pour fraude fiscale le concernant.

Depuis le 6 septembre 2016, Thierry Solère, actuel questeur de l'Assemblée nationale, est visé par une enquête préliminaire pour "fraude fiscale, blanchiment, corruption, trafic d'influence et recel d'abus de biens sociaux". Selon des révélations du Canard enchaîné en décembre dernier, Jean-Jacques Urvoas, quand il était encore au gouvernement, avait envoyé à son "ami" une note à ce sujet de la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG).

Avis favorable à une enquête

La CJR avait été saisie le 13 décembre pour avis par le procureur général près la Cour de Cassation. Sa commission des requêtes a émis "un avis favorable" à l'ouverture d'une enquête, obligeant désormais le procureur général à saisir sa commission d'instruction.

La Cour, composée de six députés, six sénateurs et trois juges de la Cour de cassation, juge les membres du gouvernement pour les crimes et délits commis "dans l'exercice de leurs fonctions". Depuis sa création en 1993, elle a jugé sept membres du gouvernement, dont quatre ont été condamnés à des peines légères, voire dispensés de peine. Ainsi en décembre 2016, l'ex-ministre sarkozyste Christine Lagarde a été condamnée pour "négligence" dans l'affaire Tapie mais la CJR l'a dispensée de peine.

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