Presse & blogs

Marianne

chargement...

Mon, 25 Sep 2017 18:00:00 +0200

L’état d’urgence est mort, vive l’état d’urgence !

Il n’y a point encore de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice.” Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748.

La démocrature est en marche. Ce lundi 25 septembre le projet de loi “renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme” va être soumis au débat et au vote des député.e.s à l’Assemblée nationale. Adopté par une majorité des membres de la commission des Lois, il devrait l’être également par la majorité de la représentation nationale. Et ce, malgré la très large opposition qui s’est exprimée depuis plusieurs mois contre ce texte venant d’associations de défense des droits humains, d’avocat.e.s, de magistrat.e.s, de chercheur.euse.s.

Le fil rouge de l’action politique du président de la République depuis le début de son mandat est celui du renforcement du pouvoir exécutif. D’abord dans la communication “jupitérienne” qui consacre la monarchie présidentielle. Ensuite dans la méthode politique avec les ordonnances qui transfèrent directement le pouvoir législatif au gouvernement. Et enfin dans la pratique avec le renforcement de l’autorité administrative au détriment de l’autorité judiciaire indépendante. Avec ce nouveau projet de loi, c’est une très grave remise en cause de l’Etat de droit qui est en train de s’opérer. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a lui-même mis en lumière cette dérive quand, à la question d’un journaliste qui l’interrogeait sur l’existence d’un risque de “tomber dans le despotisme doux” il a répondu de manière lapidaire : “Oui, peut-être”.

L’exécutif se retrouve pris au piège de l’état d’urgence. A force d’avoir loué ses mérites face à la menace terroriste, impossible pour lui d’y renoncer purement et simplement. Cela reviendrait à reconnaître que la prorogation à six reprises de cet état d’urgence n’a pas été efficace. Alors il s’enferre et entraîne avec lui tout le reste de la société sur la dangereuse pente du “despotisme doux” ou, dit autrement, de la “démocrature”.

Ce texte intègre durablement dans le droit commun des dispositions qui vont à l’encontre des principes hérités de la Révolution française et des Lumières

L’urgence, en matière de lutte contre les actes de terrorisme, réside dans la mise à plat de la quinzaine de textes législatifs votés depuis 1986, l’ouverture d’un débat sur l’organisation des services et l’augmentation des moyens de la justice, de la police, des douanes et du renseignement… Au lieu de quoi, le président Macron, son gouvernement et sa majorité préfèrent opter pour une énième loi sécuritaire, élaborée dans la précipitation, et qui privilégie le raccourcissement des procédures et donc l’arbitraire. Étrange manière juridique, en effet, que celle qui consiste à incriminer quelqu’un parce qu’il “existe des raisons sérieuses de penser que son comportement” le conduira à commettre un acte terroriste. Le droit devient maintenant prédictif. Nous entrons dans l’ère du soupçon généralisé en opposition à la présomption d'innocence. Il n’y a plus aucune limite. Bienvenue dans “Minority report” ! C’est ainsi que l’on se retrouve avec un projet de loi dont l’adoption se fait à marche forcée sans pour autant assurer l'efficacité de la lutte contre les actes de terrorisme. Ce texte intègre durablement dans le droit commun des dispositions qui vont à l’encontre des principes hérités de la Révolution française et des Lumières : la liberté et la sûreté.

Depuis le début de l’état d’urgence, il y a ainsi eu 4.300 perquisitions administratives qui n’ont finalement donné lieu qu’à 23 ouvertures d’enquêtes pour faits de terrorisme, soit 0,5% d’efficacité. Cela fait plus de 4.000 cas où des habitantes ont vu surgir à leur domicile, parfois en pleine nuit et à grand fracas, des forces de sécurité qui se sont introduites dans leur intimité, semant les pires soupçons à leur encontre dans tout leur voisinage, pour “lever un doute” qui s’est finalement avéré totalement infondé. Par contre, la stigmatisation à l’égard des populations ciblées, la méfiance à l’encontre des forces de police et le ressentiment envers une République qui ne garantit pas la sûreté d’une partie de ses citoyen.ne.s ont trouvé de nouvelles raisons de prospérer.

Inefficace, liberticide, l’état d’urgence a été utilisé pour réprimer les mouvements sociaux et traquer les Sans-papiers. La prochaine loi va renforcer cette politique tendance sécuritaire. Aujourd’hui, ce sont les militant.e.s écologistes, les syndicalistes, les habitant.e.s des quartiers populaires, les personnes de confession musulmane et les migrant.e.s qui sont encore directement visé.e.s et stigmatisé.e.s.

Demain, à qui le tour ?

Sortir de l’état de droit, comme l’a laissé échapper dans un lapsus révélateur le président de la République, revient finalement à céder le terrain et faire le jeu des organisations terroristes dont l’intention est précisément de nous faire renoncer à nos principes démocratiques, de briser notre cohésion sociale et nous faire vivre dans un état de peur et de suspicion permanent. Lutter efficacement contre les actes de terrorisme passe donc non par la diminution mais par le renforcement des droits et libertés démocratiques, des moyens de tous nos services publics, et de la lutte contre les inégalités et les discriminations. Il faut aussi s’attaquer de manière autrement plus déterminée aux circuits de financement, aux individus, entreprises et Etats qui soutiennent économiquement les organisations terroristes, et aux paradis fiscaux par lesquels transitent cet argent. Il faut enfin mener une toute autre politique au niveau international, une politique en faveur de la paix et de la résolution des conflits, notamment au Proche-Orient.

Le “risque terroriste zéro” n’existe pas. Il faut avoir le courage politique de le dire et l’expliquer à une population qui est capable de l’entendre - pour peu qu’on fasse appel à son intelligence plutôt que d’instrumentaliser ses émotions et qu’un débat public, rationnel et sérieux ait effectivement lieu. Un tel débat, qui devrait être celui de la représentation nationale, pourrait permettre d’élaborer une politique qui s’attaque aux racines des actes de terrorisme, pour mieux les prévenir, au moyen - et non au détriment - de l’état de droit et de nos principes républicains. C’est ce débat que le groupe de La France insoumise va s’employer à faire exister dans les prochains jours à l’Assemblée nationale.

Danièle Obono et Ugo Bernalicis

Mon, 25 Sep 2017 17:30:47 +0200

Résultats des sénatoriales : la droite a réussi sa manip' pour s'asseoir sur la parité

Au Sénat, la parité progresse à tout petits pas. A l'issue des élections sénatoriales de ce dimanche 24 septembre, la nouvelle Chambre haute compte 100 femmes en son sein, contre 95 précédemment. Comment expliquer ce chiffre étonnamment bas, alors même que dans la grande majorité des départements, les listes doivent être paritaires et présenter alternativement un homme et une femme ? Un stratagème couvert depuis plusieurs années par Les Républicains (LR) donne une partie de la réponse…

Comme Marianne vous l'expliquait il y a deux semaines, le parti de droite a déployé toute son inventivité pour favoriser l'élection de sénateurs mâles au détriment de leurs camarades de sexe féminin. Au lendemain du scrutin, force est de constater que cette petite combine a parfaitement fonctionné : dans la quasi-totalité des départements dans lesquels l'astuce a été mise en place, des sénateurs de droite ont en effet été élus en laissant les candidates sur le bord de la route.

La technique est à la fois très simple et un rien tordue. Elle consiste, là où LR peut espérer conquérir plusieurs sièges de sénateurs, à déposer une liste dissidente en face de l'officielle conduite par un homme. A la tête de cette autre, évidemment, un homme. Comme cela, en répartissant subtilement leurs votes entre les deux listes, les grands électeurs peuvent parvenir à donner deux sièges à deux hommes (les têtes des deux listes), au lieu de les donner à un homme et une femme (le numéro un et la numéro deux d'une liste unique). Malin, non ?

Manche, Loiret, Loire : 6 hommes… 0 femme

Au sein de plusieurs départements ruraux, cette astuce a particulièrement bien fonctionné. A croire que dans l'esprit des cadres LR de ces territoires, il faut être un homme pour être compétent. Dans la Manche, par exemple, la combine a marché comme sur des roulettes. Philippe Bas et Jean Bizet, tous deux soutenus par LR et (faussement) adversaires le temps du scrutin, ont chacun remporté un siège. Et tant pis pour les femmes ! Même scénario dans le Loiret, où le candidat officiel de LR, Jean-Noël Cardoux, est élu en compagnie du candidat officieux, Hugues Saury, par ailleurs président du Conseil départemental.

La manip' est aussi parfaitement passée dans la Loire où Bernard Bonne, soutenu par LR, gagne sa place au Sénat en compagnie de Bernard Fournier, sénateur sortant LR… mais qui s'est présenté (officiellement) sans l'aval de son parti.

Certains départements plus grands ne sont pas en reste. Dans le Nord, la droite remporte six sièges. Trois hommes et trois femmes ? Pas du tout ! Par le jeu des dissidences, LR, UDI et divers droite réussissent à caser quatre hommes et seulement deux femmes. Du côté des officiels, Marc-Philippe Daubresse et Brigitte Lherbier sont élus sur la liste LR, tandis que Valérie Létard - rarissime tête de liste féminine à droite - et Olivier Henno gagnent deux sièges avec la liste UDI. A cela, s'ajoutent deux dissidents… masculins, évidemment : Jean-Pierre Decool - député LR pendant quinze ans - et Dany Wattebeld, longtemps encarté UDI, les accompagneront au Palais du Luxembourg.

Accroc dans le 92

Dans les Hauts-de-Seine, l'épidémie de dissidences masculines a toutefois coûté cher. Alors que la droite pouvait espérer emporter cinq sièges, elle retourne finalement au Sénat à quatre : une femme et trois hommes. A l'UDI Hervé Marseille s'ajoute ainsi le LR Roger Karoutchi mais aussi les dissidents LR Philippe Pemezec - défait aux dernières législatives - et Christine Lavarde. Il s'en est fallu de peu pour que cette dernière liste arrache un troisième siège et creuse un peu plus le déséquilibre entre les sexes.

Les Républicains se consoleront de cet accroc en constatant que leurs petits arrangements ne leur coûteront pas un centime, bien qu'ils ne soient pas vraiment en adéquation avec l'esprit de la loi. A l'inverse de ce qu'a prévu le législateur pour les élections législatives, à savoir de lourdes pénalités pour les partis qui présentent plus d'hommes que de femmes (et inversement), rien n'a été imaginé concernant les sénatoriales. A croire que l'imagination des politiques ne fonctionnerait qu'une fois la loi votée, pour en contourner l'esprit…

L'honneur serait toutefois sauf si LR prenait la décision d'exclure les dissidents de son groupe parlementaire. Or, aux dernières nouvelles, tous ces mâles élus sont les bienvenus.

Étienne Girard

Mon, 25 Sep 2017 16:10:31 +0200

VIDEO - Florent Pagny va s'exiler fiscalement au Portugal... et s'en vante grassement

Florent Pagny a trouvé un nouvel Eldorado (fiscal). Après l’Argentine et les Etats-Unis, le chanteur aux plusieurs centaines de milliers de disques vendus s’installe désormais au Portugal ! Et pas seulement pour la douceur du climat. Au-delà du soleil, de "la bonne bouffe", et de "la gentillesse des gens", c’est surtout la politique portugaise - très avantageuse - de taxation des hauts revenus qui a attiré l’artiste français sur les bords du Tage. "Je suis en train de prendre la résidence portugaise pour de vraies raisons fiscales", confie en effet l’intéressé, sans aucun complexe, au Parisien, dans un entretien vidéo diffusé ce lundi 25 septembre.

Et de préciser volontiers son propos : au Portugal, "il n’y a pas d’impôts sur la (…) succession. Je n’en suis pas encore là, commente-t-il, mais je trouve ça sympathique quand même. (…) Il n’y a pas non plus d’impôts sur la fortune. Je ne suis pas fortuné mais j’espère y arriver. Surtout, pendant dix ans, pas d’impôts sur les royalties (les droits touchés par les artistes, ndlr) du monde entier." "Et donc beaucoup d'artistes se disent que ça peut valoir le coup", ajoute le chanteur qui monnaye aussi ses talents de "coach" pour l'émission de TF1 The Voice.

Un modèle merveilleux en somme dans un pays où 19,5% de la population, étranglée par l’austérité, vivait sous le seuil de pauvreté en 2013. Qu’importe. Pour Florent Pagny, le président Emmanuel Macron devrait s’inspirer du cadre législatif portugais sans plus attendre. "Les Italiens viennent d'adopter les mêmes règles. Et Macron, dans le genre "ça rime avec pas con", je l'ai entendu dire que ça ne serait pas con. Changez les règles pour que les gens reviennent. On pourrait très bien vivre en France", conclut le chanteur de Ma liberté de penser, un titre sorti en 2003 après ses premiers déboires… avec le fisc.

"Ferme ta gueule, casse toi et commence pas à claironner"

Condamné en 2004 à six mois de prison avec sursis et 15.000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Versailles, pour ne pas avoir payé une partie de ses impôts sur le revenus en 1996/1997, la star de la chanson française et de télé-crochet, qui avait juré en 2014 lors d’une interview accordée à France Inter "de fermer (s)a gueule, de (se) casse(r) et de ne pas commence(r) à claironner", revient donc sur sa sage promesse pour délivrer un message très politique.

Partagé entre la Patagonie et Miami, Florent Pagny ne semble pas s'être aperçu qu’Emmanuel Macron s'apprête à exaucer son souhait en faisant prochainement bénéficier les 3.000 foyers les plus riches de 3 milliards d'impôts en moins, notamment en transformant l'ISF en "impôt sur la fortune immobilière", c'est-à-dire uniquement basé sur les maisons, appartements, terrains etc.

Magazine Marianne

Mon, 25 Sep 2017 12:38:03 +0200

Comment le genou à terre est en train de devenir un symbole anti-Trump chez les sportifs

Le football, l'hymne et le drapeau. Ces trois symboles des Etats-Unis sont au cœur d'une polémique depuis ce week-end. Durant l'hymne national précédant les matchs de la NFL, la ligue professionnelle de football américain, ce dimanche 24 septembre, environ 150 joueurs, répartis dans plusieurs stades, ont mis un genou à terre en signe de protestation contre Donald Trump.

Parmi eux, 15 joueurs des New England Patriots, champions en titre, se sont agenouillés, pendant que d'autres se tenaient par les bras pendant l'hymne, dont la star de l'équipe Tom Brady. Plus de 20 joueurs des Cleveland Browns ont imité ce geste face aux Colts d'Indianapolis. L'équipe de Pittsburgh a pour sa part décidé de rester aux vestiaires durant les hymnes, soutenue par son entraîneur. Ajoutant un symbole au symbole, certains joueurs noirs ont également levé le poing et imité le geste de Tommie Smith et de John Carlos, du nom de ces deux athlètes afro-américains qui, gantés de noir sur leur podium, avaient protesté contre la situation des afro-américains pendant les jeux Olympiques de Mexico en 1968. Un geste qu'a également réalisé le chanteur Rico Lavelle à la fin de l’hymne du match entre Detroit et Atlanta.

A l'origine du genou à terre

D'où leur est venu ce geste ? Pour le comprendre, il faut revenir en octobre 2016, lorsque le footballeur américain Colin Kaepernick, alors quaterback de San Francisco, avait refusé de se lever durant l'hymne américain et avait mis un genou à terre. Il voulait alors dénoncer les meurtres de Noirs par des policiers blancs et s'opposer à "un pays qui opprime les Noirs". Durant cette saison, plusieurs joueurs l'ont imité et entretenu le débat. Signe des tensions que ces revendications ravivent, Colin Kaepernick n'a pas trouvé de nouvelle équipe depuis la fin de son contrat l'année dernière.

Mais pourquoi cette vague subite de genoux à terre ce week-end, un an après la première polémique ? C'est Donald Trump qui a ravivé ce geste et est devenu la cible des sportifs. En visite dans l'Etat très conservateur de l'Alabama ce vendredi, le président américain s'en est en effet violemment pris à Kaepernick et à ses soutiens lors d'un discours, sans toutefois les nommer. Défendant avec verve le drapeau et l'hymne américain, il a attaqué les joueurs qui refusaient de se tenir debout pendant que l'hymne américain était joué : "N’aimeriez-vous pas voir l’un des propriétaires de la NFL, quand quelqu’un ne respecte pas notre drapeau, dire 'virez moi ce fils de pute du terrain maintenant' ?", a-t-il lancé en haranguant la foule qui a répondu à coup de "U-S-A, U-S-A !".

Alors que la polémique s'étendait pendant le week-end, le président américain est revenu à la charge ce dimanche en appelant les fans de football au boycott : "Si les fans de la NFL refusent d'aller aux matchs jusqu'à ce que les joueurs arrêtent de manquer de respect à notre drapeau et notre pays, vous verrez rapidement un changement. Virez ou suspendez !". C'est après cette série d'insultes que les sportifs ont décidé de lui répondre en reprenant en masse le geste tant décrié.

La ligue et les propriétaires de franchises prennent aussi position

Alors que les autorités sportives évitent généralement au maximum de prendre parti dans les débats politiques, la NFL a été contrainte de réagir. Son patron Roger Goodell a pris position en dénonçant le "manque de respect" du Président. La NFL a également rediffusé un spot publicitaire sur les valeurs d'unité et de fraternité pendant la mi-temps du match entre Oakland et Washington.

Tout comme la ligue, la polémique a gagné les propriétaires de certaines équipes, à l'instar de celui de l'équipe de Jacksonville, Shad Khan, qui s'est joint à ses joueurs en signe de soutien. Il avait pourtant soutenu Donald Trump pendant sa campagne en lui faisant don d'un million de dollars. Comme lui, plusieurs des richissimes détenteurs d'équipes de la NFL comptent parmi les soutiens du président. C'est par exemple le cas de Woody Johnson, des New York Jets, tout récent ambassadeur des Etats-Unis au Royaume-Uni. Robert Kraft, autre proche de Trump et propriétaire des New England Patriots, s'est également désolidarisé de ses propos.

La contestation s'étend au-delà du football

La contestation semble désormais s'étendre à d'autres sports et le genou à terre devenir un symbole anti-Trump. Samedi soir, Bruce Maxwell, des Oakland Athletics, a été le premier joueur de baseball de la ligue professionnel à s'agenouiller pendant l'hymne. Un geste qu'a aussi réalisé le chanteur Stevie Wonder lors d'un concert à New-York.

De manière différente, la fronde sportive contre Trump s'est également étendue au basket et à la NBA. Vendredi, la star des Golden State Warriors Stephen Curry, champion en titre, a annoncé qu'il ne se rendrait pas à la Maison Blanche pour la traditionnelle visite des champions au président prévue en février. Le lendemain, Donald Trump a indiqué que le joueur n'était plus le bienvenu. Les joueurs des Warriors ont alors fait bloc derrière leur leader et ont annoncé qu'ils allaient à la place "utiliser de manière plus constructive" leur visite à Washington "pour célébrer la diversité et l'inclusion". Autre superstar de la NBA et rival de Curry, LeBron James, des Cleveland Cavaliers, a défendu ce dernier en publiant sur Twitter à l'attention de Donald Trump : "Aller à la Maison Blanche était un honneur avant que tu y sois". Certainement un bon résumé de la pensée des sportifs contestataires.

Robin Gabaston

Mon, 25 Sep 2017 12:30:15 +0200

Quels enjeux derrière le référendum d'indépendance du Kurdistan irakien ?

Malgré la forte contestation internationale, le référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien aura bien lieu. Ce lundi 25 septembre, les électeurs de cette région autonome du nord de l'Irak (voir carte ci-dessous) se rendent dans les urnes pour dire si oui ou non ils souhaitent rompre avec Bagdad. Annoncé en 2014 par Massoud Barzani, président du territoire, la tenue de ce vote sera restée incertaine jusqu'au dernier moment. Avec l'espoir de le repousser, le Conseil de Sécurité de l'ONU a exprimé la semaine dernière dans un communiqué sa "préoccupation face à l'impact potentiellement déstabilisateur" de ce scrutin, rappelant son "attachement continu pour la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'unité de l'Irak". En vain.

Un scrutin contesté à l'international et au Kurdistan irakien

En août, les États-Unis avaient également fait savoir leur volonté de voir ce projet repoussé. "Le gouvernement des États-Unis voudrait que le référendum soit reporté", avait plaidé le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson. La Turquie et l'Iran, qui doivent composer avec des minorités kurdes également agitées par des volontés d'indépendance, ont eux aussi fait savoir leur hostilité. Ce dimanche 24 septembre l'Iran a annoncé avoir interdit jusqu'à nouvel ordre tous les vols aériens vers le Kurdistan irakien à la demande du gouvernement de Bagdad. Seul l'Etat d'Israël a soutenu le projet de référendum depuis le début, le Premier ministre Benjamin Netanyahou voyant d'un bon oeil un potentiel affaiblissement de l'Etat irakien.

Au sein même du Kurdistan irakien, une partie des citoyens n'est pas partisane d'une rupture avec l'Etat central pour le moment. Notamment l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), historiquement opposé au Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Barzani, ou le mouvement Gorran qui a boycotté la session du Parlement kurde du 15 septembre qui devait confirmer la tenue du référendum.

Un enjeu politique et territorial

Pourquoi Massoud Barzani prend-t-il donc ce risque ? D'abord, pour une question de statut personnel. Massoud Barzani, qui est à la tête de la région autonome du Kurdistan irakien depuis sa création officielle en 2005, a vu son deuxième mandat expirer en 2015. Depuis, l'élection à la présidence a été repoussée par le Parlement à deux reprises. Une victoire du "oui" permettrait à Barzani de retrouver un soutien qui lui fait de plus en plus défaut dans la région et lui permettrait de se maintenir au pouvoir.

L'autre enjeu de ce scrutin est de permettre à la région de peser dans les discussions avec l'Etat central sur les "zones disputées". Notamment Kirkouk, une riche province pétrolière que Barzani souhaite rattacher au Kurdistan irakien. En 2014, face à l'avancée des troupes de l'Etat islamique, les forces gouvernementales irakiennes avaient abandonné leur position. Les peshmergas kurdes en avaient profité pour occuper la ville et prendre le contrôle notamment des raffineries.

Le gouverneur kurde de la région, Najim Eddine Karim, limogé en août par le Parlement de Bagdad et qui a refusé de quitter son poste, a ainsi décidé de faire participer sa région au référendum avec le soutien sans surprise du Parlement du Kurdistan irakien. "J'ai lutté toute ma vie pour un Kurdistan indépendant", a-t-il expliqué à des journalistes de France 24 précisant, sur son cas personnel : "Le Parlement de Bagdad n'a absolument aucun pouvoir pour nommer ou démettre le gouverneur de Kirkourk".

En Syrie, les Kurdes organisent également un scrutin pour réclamer leur autonomie mais pas l'indépendance

De l'autre côté de la frontière, en Syrie, les Kurdes syriens ont également décidé d'organiser un scrutin ce vendredi 22 septembre. Contrairement aux Kurdes irakiens, il n'est pas question d'indépendance mais d'officialiser l'autonomie de fait d'une grande partie du nord du pays. Une autonomie légitimée grâce aux nombreuses victoires militaires des Unités de protection du peuple (YPG/YPJ) face aux troupes de l'Etat islamique.

Un scrutin pour soutenir la création d'un Etat fédéral syrien dans lequel les Kurdes obtiendrait leur autonomie au sein du Rojava.

Bruno Rieth