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Observatoire des inégalités

Tue, 20 Nov 2018 16:37:00 +0100

La jeunesse face aux inégalités

Public et prérequis : destinée à un public de professionnels varié, cette journée ne nécessite pas de prérequis spécifiques.

Date : 4e trimestre 2018 - Date à confirmer
Horaires : 9h15 - 17h45 (7 heures de formation)

Lieu : Paris 7e

Formation animée par Nina Schmidt de l’Observatoire des inégalités.


Objectifs pédagogiques

  • Connaître et comprendre les principaux indicateurs de la situation sociale et de l’autonomie des jeunes ;
  • repérer l’influence de l’origine sociale sur le niveau d’éducation et l’insertion professionnelle des jeunes ;
  • connaître les domaines de politiques publiques qui agissent sur les inégalités auxquelles les jeunes sont confrontés.

Axes de travail

(sous réserve de changements)

La jeunesse en France : qui est-elle ?

« La jeunesse » est un objet plus complexe à saisir qu’on ne le dit. Les jeunes composent des populations hétéroclites selon leur âge, leur milieu social, leur lieu de résidence. En même temps, les jeunes font face à des difficultés communes d’insertion professionnelle, d’accès au logement, à la santé, etc. Nous nous demanderons comment définir la jeunesse : qui sont les jeunes ? Quel âge ont-ils ? Quelle part de la population représentent-ils ? « La » jeunesse existe-t-elle ou existe-t-il « des » jeunesses ? Ensuite, nous dresserons un état des lieux des difficultés que les jeunes rencontrent ainsi que des jeunesses particulièrement en difficulté.

Les jeunes et l’insertion professionnelle

De l’école à l’emploi, les trajectoires des jeunes sont marquées socialement. Quoi de commun entre l’étudiant dont le studio parisien est financé par les parents et celui qui travaille très jeune comme intérimaire dans le bâtiment ? La France est l’un des pays où le milieu social influe le plus sur les résultats scolaires avec des effets directs en matière d’insertion professionnelle.

Les adolescents sont-ils tous égaux face à la mobilité ?

La mobilité en dehors de son quartier constitue une expérience fondamentale à l’adolescence. Elle donne accès aux ressources urbaines, elle permet de s’affranchir de la tutelle des instances d’encadrement de la jeunesse et de découvrir de nouveaux univers sociaux. Pourtant, les adolescents ont des pratiques de mobilité très différentes selon leur genre, leur lieu de résidence et leur classe sociale. Nous réfléchirons à la question des inégalités face à la mobilité à partir du cas des adolescents de cités. Sont-ils enfermés dans des ghettos ? Ont-ils des pratiques de mobilité si différentes de celles des autres adolescents ? Quelles épreuves spécifiques, les filles et les garçons de ces quartiers, affrontent-ils au cours de leurs déplacements ?

Que faire ? Quelles politiques ?

La possibilité de poursuivre des études et les perspectives professionnelles qui en découlent, reposent pour beaucoup sur les ressources des familles. C’est ainsi que les inégalités se maintiennent et se reproduisent entre ceux qui accèderont à une formation supérieure et aux carrières qui s’ensuivent, et les autres, qui en sont exclus. On s’interrogera sur les politiques sociales en matière d’éducation, de logement, de soins, dont bénéficient plus ou moins directement les jeunes. On questionnera la nécessité de mettre en œuvre des politiques spécifiquement dédiées aux jeunes via les missions locales, les écoles de la deuxième chance, une garantie jeunes, etc.


Informations et inscriptions

Contact :
Anne Brunner, responsable du département formation
Observatoire des inégalités
info-formation@inegalites.fr
02 47 44 63 08


Anne Brunner, Nina Schmidt

Thu, 07 Jun 2018 16:40:00 +0200

Observer les inégalités territoriales

De Neuilly-sur-Seine à Roubaix, des Yvelines à La Réunion, des écarts considérables séparent les territoires. Encore faut-il bien les mesurer et savoir les analyser. L’Observatoire des inégalités propose une formation sur la question des inégalités territoriales, destinée à mieux comprendre cette situation.

Public et prérequis : destinée à un public de professionnels varié, cette journée ne nécessite pas de prérequis spécifiques.

Date : 2e semestre 2018 - Date à confirmer.

Lieu : Paris 7e

Formation animée par Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.


Objectifs pédagogiques

  • Acquérir une vision globale des inégalités territoriales.
  • Acquérir des outils pour mieux mesurer et analyser la situation des territoires, par exemple dans la perspective de la création d’un observatoire local.
  • Appréhender les politiques publiques qui agissent sur les inégalités territoriales.

Axes de travail

(sous réserve de changements)

  • Comment observer les inégalités au niveau local ?
    Les instruments de mesure des données sociales locales se développent. Encore faut-il savoir comment s’y prendre. Quels sont les bons outils ? Quelles sources utiliser ? Comment donner du sens aux données ?
  • Le panorama des inégalités territoriales.
    Un état des lieux croisant les thèmes et les échelons territoriaux, de la région au quartier.
    Quelle est la situation des quartiers prioritaires de la politique de la Ville ? La France périurbaine est-elle vraiment la plus pauvre ?
  • La ségrégation sociale du territoire s’accroît-elle ?
    Comment évolue la composition sociale des territoires en France ? Quelles sont les causes et les effets de cette ségrégation ?
  • Comment réduire les inégalités territoriales ?
    De quels outils disposons-nous pour réduire les inégalités territoriales ? Des impôts aux dépenses publiques, un ensemble de mécanismes redistribuent la richesse entre territoires. Quels sont-ils ? Comment évaluer leur impact ?

Informations et inscriptions

Contact :
Anne Brunner, responsable du département formation
Observatoire des inégalités
info-formation@inegalites.fr
02 47 44 63 08


Louis Maurin, Nina Schmidt

Tue, 13 Mar 2018 16:55:00 +0100

Comprendre les inégalités

Public et prérequis : destinée à un public de professionnels varié, cette journée ne nécessite pas de prérequis statistiques spécifiques.

Date : 16 mars 2018
Horaires : 9h15 - 17h45 (7 heures de formation)

Lieu : Tours

Formation animée par Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.


Objectifs pédagogiques

  • Appréhender les domaines et population auxquels peut s’appliquer l’analyse des inégalités
  • Identifier et comprendre les principaux indicateurs permettant d’objectiver les inégalités
  • Appréhender la situation sociale en France et son évolution
  • Repérer la manière dont les politiques publiques contribuent à réduire les inégalités

Axes de travail

(sous réserve de changements)

Approches philosophiques du débat sur les inégalités
L’objectif est de présenter et d’interroger les raisons pour lesquelles les inégalités nous sont progressivement apparues comme un problème social, éthique et politique.

Comprendre les inégalités : les outils de l’observation
Comment définir les inégalités ? Quelles inégalités ? Entre quelles catégories de personnes ? Au cours de cette séance, on s’interrogera sur la façon de comprendre les inégalités et sur les instruments dont nous disposons pour les mesurer. On montrera par ailleurs comment les inégalités sont reliées les unes aux autres dans un système d’ensemble et comment une approche individuelle doit être complétée par une vision globale du fonctionnement des organisations sociales (école, entreprise, famille, etc.).

La France inégale
Quel paysage des inégalités la France offre-t-elle aujourd’hui ? Il s’agira d’établir un panorama synthétique de la situation actuelle et des grandes tendances d’évolution. On montrera en particulier dans quels domaines la situation s’améliore, où elle se détériore et quels sont les principaux facteurs à l’œuvre.

Les politiques de réduction des inégalités
De quels leviers disposons-nous pour réduire les inégalités ? Comment les mettre en œuvre dans un contexte de crise ? À quel niveau agir ? On montrera la nécessité d’une approche multidimensionnelle de la question, des politiques fiscales à la réforme du système d’éducation, en passant par l’égalité dans la sphère privée.


Informations et inscriptions

Contact :
Anne Brunner, responsable du département formation
Observatoire des inégalités
info-formation@inegalites.fr
02 47 44 63 08


Anne Brunner

Tue, 16 Jan 2018 18:43:15 +0100

Impôts et prestations sociales réduisent les inégalités de revenus de moitié

Le revenu moyen des 20 % les plus aisés est de 54 790 euros par an selon l’Insee (données 2015 pour une personne seule, avant impôts et prestations sociales), huit fois le revenu des 20 % les plus modestes (6 630 euros par an en moyenne). À l’extrémité de l’échelle des revenus, les 10 % les plus aisés (71 270 euros par an) touchent 21 fois plus que les 10 % les plus modestes (3 370 euros). Impôts et prestations sociales réduisent très nettement l’écart : le rapport entre les niveaux de vie des 20 % les plus riches et des 20 % les plus modestes tombe alors à quatre. Entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres, le rapport se réduit de 21 à six. Dans le premier cas, les inégalités de niveau de vie ont été divisées par deux. Dans le second, par près de quatre. Le modèle social français redistribue les cartes des revenus de façon importante.

Effet de la redistribution sur les niveaux de vie
Rapport entre les 20 % les plus aisés et les 20 % les plus modestes
Revenu moyen des 20 % les plus modestes
en euros
Revenu moyen des 20 % les plus aisés
en euros
Rapport
Avant impôts et prestations sociales6 63054 7908,3
Après impôts et prestations sociales11 19044 4604,0

France métropolitaine, revenus annuels par équivalent adulte.
Source : Insee – Données 2015 – © Observatoire des inégalités

Effet de la redistribution sur les niveaux de vie
Rapport entre les 10 % les plus aisés et les 10 % les plus modestes
Revenu moyen des 10 % les plus modestes
en euros
Revenu moyen des 10 % les plus aisés
en euros
Rapport
Avant impôts et prestations sociales3 37071 27021,2
Après impôts et prestations sociales9 85055 9905,7

France métropolitaine, revenus annuels par équivalent adulte.
Source : Insee – Données 2015 – © Observatoire des inégalités

On mesure ici les effets de ce que les économistes appellent la « redistribution monétaire ». Sans notre système fiscal et de protection sociale, les inégalités de revenus seraient considérables. Mais comment cette redistribution opère-t-elle ?

Observons tout d’abord la situation du bas de l’échelle des revenus. Avant redistribution, un Français sur dix gagne 280 euros par mois et par personne en moyenne. Ces revenus sont composés de revenus d’activité (salaires et revenus des indépendants) et, pour un très faible montant, de revenus du patrimoine. Ils comprennent également les pensions alimentaires, les pensions de retraite, les allocations chômage et les indemnités journalières de l’assurance maladie [1]. Cette moyenne inclut des personnes qui travaillent et d’autres qui ne travaillent pas, ou qui travaillent de façon très aléatoire. On comprend vite le problème : personne ne peut se loger, se vêtir, se nourrir avec moins de 10 € par jour. Il existe un très large accord pour venir collectivement en aide aux plus pauvres. L’aide de la puissance publique évite à des centaines de milliers de personnes de se retrouver à la rue.

L’effet des impôts est quasiment nul sur le niveau de vie des plus pauvres : le montant de la prime pour l’emploi [2](+ 5 euros par mois en moyenne) compense à peu près celui de la taxe d’habitation (- 4 euros). Les allocations familiales et les aides au logement apportent respectivement 164 et 172 euros au budget mensuel des 10 % les plus modestes, au total davantage que les revenus issus du travail. Le RSA et les autres minima sociaux (minimum vieillesse, allocation aux adultes handicapés) complètent leur revenu pour 217 euros en moyenne. Au total, les prestations sociales procurent 552 euros mensuels à cette tranche de la population, soit les deux tiers de leurs ressources après redistribution, ce qui amène leur niveau de vie à 821 euros par mois.
Ce niveau de vie est loin de permettre à ceux qui le perçoivent d’accéder aux normes de consommation de la société moderne. Ces ressources sont complétées par l’aide de la famille ou d’amis (par exemple en matière d’hébergement) et éventuellement, pour ceux qui le peuvent, par des formes d’activités non déclarées [3].

Effet des mécanismes de redistribution sur les niveaux de vie mensuels selon le niveau de revenu
Montant moyen pour les 10 % les plus pauvres
en euros
Montant moyen pour les 10 % les plus riches
en euros
Niveau de vie avant redistribution2815 939
Cotisations patronales famille + CSG-CRDS- 13- 443
Impôts sur le revenu+ 5- 785
Taxe d’habitation- 4- 65
Allocations familiales+ 64+ 12
Autres prestations familiales+ 100+ 3
Aides au logement+ 172+ 1
RSA et autres minima sociaux+ 217+ 4
Niveau de vie après redistribution8214 666

France métropolitaine. Montants mensuels pour une personne.
Source : Insee – Données 2015 – © Observatoire des inégalités

Sans la redistribution, plus d’un Français sur cinq vivrait sous le seuil de pauvreté
14 % des Français vivent sous le seuil de pauvreté fixé à 60 % du revenu médian en 2014. Ils seraient 22 % si les transferts sociaux et fiscaux n’existaient pas, selon le ministère des Solidarités et de la Santé [4]. Le système redistributif permet de réduire de près de huit points le taux de pauvreté en France. Qui est concerné ? Une personne sans ressources dispose d’un revenu de 756 euros toutes prestations sociales confondues : c’est bien moins que les 1015 mensuels du seuil de pauvreté. Dans l’immense majorité des cas, à elles seules les prestations sociales réduisent l’intensité de la pauvreté mais ne permettent pas d’en sortir. Si l’on passe de 22 à 14 % de personnes pauvres dans la population, c’est du fait du soutien aux personnes qui disposent de ressources modestes, par exemple les salariés au Smic à temps partiel, une partie des chômeurs et des familles monoparentales.

À l’autre extrémité de l’échelle, les six millions de Français les plus riches touchent en moyenne 5 940 euros de revenus mensuels avant impôts et prestations sociales. Les prélèvements auxquels ils sont soumis représentent 1 300 euros par mois. Ce sont, pour un tiers, des cotisations patronales familiales [5] et les contributions sociales [6]. Les deux autres tiers sont constitués de l’impôt sur le revenu (785 euros par mois) et de la taxe d’habitation (65 euros). Les plus riches bénéficient peu des prestations sociales, avec 20 euros par mois en moyenne. Après impôts et prestations, leur niveau de vie moyen diminue de 21 % et s’établit à 4 666 euros par mois. Pour eux non plus, on n’intègre ni d’éventuels soutiens de la famille ou d’amis, ni les éventuelles activités non déclarées. Il faut noter qu’en dépit des progrès réalisés, une partie des revenus du patrimoine demeure mal prise en compte dans les statistiques de l’Insee.

Impôts et prestations redistribuent les cartes

Deux mécanismes de redistribution sont à l’œuvre. Du côté des prélèvements, l’impôt sur le revenu est celui qui contribue le plus à la réduction des inégalités, car, plus on s’élève dans l’échelle de revenus, plus le taux d’imposition croît (on parle de « progressivité » de l’impôt). Du côté de la protection sociale, certaines prestations sont réservées aux ménages aux revenus les plus faibles : aides au logement, RSA, minimum vieillesse, etc. Les prestations familiales jouent également un grand rôle. Les allocations familiales ne sont pas exclusivement destinées aux personnes les plus pauvres, mais depuis 2015, modulées selon les ressources du foyer. Quant aux autres prestations familiales, elles sont souvent soumises à conditions de ressources. De plus, les familles monoparentales et les couples avec enfants sont plus nombreux dans la population aux revenus les plus bas.

La redistribution monétaire contribue à diminuer les inégalités de niveaux de vie et à protéger des effets de la pauvreté. Pour dresser un panorama complet des transferts et de la redistribution opérés par l’État, il faudrait chiffrer [7] de façon précise l’effet des impôts indirects et des services publics. Les premiers, comme la TVA pèsent davantage sur le revenu des plus pauvres (voir notre article « La TVA est-elle juste ? »). Quant aux services publics, leur rôle dans la réduction des inégalités est central. L’école gratuite, les logements sociaux ou les remboursements de soins ne se limitent pas à redistribuer de la richesse, ils permettent également de réduire les inégalités sociales d’accès aux soins ou au logement et d’accroître la mobilité sociale.

Le modèle social français redistribue les cartes des revenus. Même après redistribution, les écarts restent importants : les 10 % les plus riches perçoivent en moyenne 3 845 euros de plus que les 10 % les plus pauvres chaque mois, soit 45 000 euros par an. Ce niveau d’inégalités après redistribution situe la France dans la moyenne européenne en termes d’inégalités.

On redistribue beaucoup parce que les inégalités de départ (les salaires, les revenus financiers, immobiliers, etc.) sont dans notre pays, parmi les plus grandes en Europe. Entre les revenus de départ et ceux dont les ménages disposent réellement pour dépenser, la France fait le grand écart, ce qui est en partie à l’origine du débat sur la fiscalité. Les riches gagnent beaucoup avant impôts mais s’en rendent difficilement compte, faute de pouvoir se comparer avec ce qui se passe dans les autres pays (voir notre article « France, le pays où les riches sont très riches ») ou de percevoir ce que gagnent les ménages moins aisés. En revanche, ils mesurent l’ampleur de ce qu’ils paient en prélèvements. Même si l’on s’accorde pour soutenir les plus démunis, c’est au prix de reversements conséquents, du fait des inégalités de départ. On devrait autant se poser la question de la distribution initiale des revenus, que de leur redistribution après coup. C’est pourtant rarement fait. Les privilégiés de l’entreprise comme de la fonction publique accèdent à de très hauts niveaux de salaires et des primes importantes, rarement contestées.

Anne Brunner et Louis Maurin

Photo / © Eisenhans Fotolia


[1Indemnités versées par l’Assurance maladie pendant un arrêt de travail dû à la maladie ou un congé maternité.

[2Encore versée en 2015 puis remplacée depuis par la prime d’activité, cette prime était versée sous forme de crédit d’impôt destiné aux bas salaires.

[3Si l’on prenait en compte ces formes de revenus, les inégalités seraient encore plus grandes : les plus pauvres reçoivent plutôt moins de soutiens privés que les plus riches et leurs revenus du travail non déclarés sont plus faibles (du fait de leurs qualifications).

[5L’Insee considère que ces cotisations relèvent de la redistribution par la politique familiale, et non de cotisations sociales (retraite, maladie, chômage) qui financent les revenus de remplacement et sont intégrés dans le revenu « avant redistribution » de cette analyse.

[6Ces contributions sociales (CSG et CRDS) sont prélevées sur les revenus du travail et sur les revenus du patrimoine et des placements financiers. Elles participent au financement de la sécurité sociale.


Anne Brunner, Louis Maurin, Observatoire des inégalités

Thu, 11 Jan 2018 15:00:00 +0100

Les inégalités entre les femmes et les hommes en Europe

Les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent en Europe, mais l’égalité est encore loin d’être atteinte. Où en est-on concrètement ? Des revenus à l’éducation en passant par l’emploi, nous vous proposons un tour d’horizon européen. Globalement, le bilan reste très favorable aux hommes, notamment pour ce qui est des salaires. Mais dans le domaine de la santé ou de l’éducation, les femmes sont en avance.

Espérance de vie

L’espérance de vie à la naissance des Européennes est en moyenne de 83,3 années et de 77,9 années pour les Européens en 2015 (données Eurostat), soit 5,4 années de plus pour les femmes. Cet écart se retrouve dans tous les pays avec de fortes disparités. Il est de 8,1 années en Pologne, de 3,3 années aux Pays-Bas, en passant par 6,3 années en France, 4,8 années en Allemagne ou encore 3,6 années au Royaume-Uni.

Espérance de vie à la naissance en Europe
Unité : années
Femmes
Hommes
Écart femmes/hommes
Pays-Bas83,279,93,3
Royaume-Uni82,879,23,6
Suède84,180,43,7
Norvège84,280,53,7
Irlande83,479,63,8
Danemark82,778,83,9
Italie84,980,34,6
Belgique83,478,74,7
Allemagne83,178,34,8
Autriche83,778,84,9
Grèce83,778,55,2
Union européenne (28 pays)83,377,95,4
Espagne85,780,15,6
Finlande84,478,75,7
Portugal84,378,16,2
France85,579,26,3
Hongrie79,072,36,7
Pologne81,673,58,1


Source : Eurostat - Données 2015 - © Observatoire des inégalités

Éducation

En moyenne, 29,1 % des Européennes ont un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 25,4 % des Européens. Dans la plupart des pays européens, la part d’adultes âgés de 15 à 64 ans ayant un niveau d’études de l’enseignement supérieur est plus élevé pour les femmes que pour les hommes. Seules exceptions : l’Allemagne, où les hommes sont 26,8 % dans ce cas contre 22 % des femmes, et l’Autriche, où femmes et hommes ont la même proportion de diplômés. L’écart entre les femmes et les hommes est le plus important en Suède : 41,5 % des femmes sont diplômées de l’enseignement supérieur, contre 29,4 % des hommes. La Finlande affiche également des écarts similaires, 41,9 % de femmes diplômées du supérieur, contre 30,0 % d’hommes. La France est proche de la moyenne européenne, avec 33,2 % de femmes ayant un niveau d’études de l’enseignement, contre 28,5 % d’hommes.

Part de la population ayant un niveau d'études de l'enseignement supérieur par sexe
Femmes
en %
Hommes
en %
Écart femmes/hommes
en points
Allemagne22,026,8-4,8
Autriche28,928,90,0
Pays-Bas31,430,60,8
Royaume-Uni40,036,73,6
Grèce28,224,73,5
Union européenne (28 pays)29,125,43,7
Italie17,913,44,5
France33,228,54,7
Espagne35,430,05,4
Hongrie23,617,56,1
Belgique36,530,06,5
Irlande41,533,87,7
Danemark35,227,47,8
Portugal25,417,28,2
Norvège41,332,68,7
Pologne30,120,39,8
Finlande41,930,011,9
Suède41,529,412,1

Population de 15 à 64 ans.
Source : Eurostat - Données 2016 - © Observatoire des inégalités

Pauvreté

Le taux de pauvreté [1] des femmes est équivalent à celui des hommes, en Europe, si on considère le seuil à 50 % du revenu équivalent médian [2] : 10,8 % de femmes et d’hommes vivent sous ce seuil de pauvreté (Eurostat, données 2014). C’est surtout en Belgique, au Portugal et en Norvège, que les femmes sont davantage touchées par la pauvreté que les hommes de leur pays. À l’opposé, les Polonaises, les Danoises et les Grecques sont plutôt moins pauvres que les hommes de leurs compatriotes.

En France, la pauvreté est moins élevée que la moyenne européenne pour les deux sexes, et, les femmes sont pauvres quasiment au même niveau que les hommes : 6,6 % de Françaises vivent sous le seuil de pauvreté, contre 6,3 % des hommes, au seuil à 50 %.

Taux de pauvreté selon le sexe
Au seuil à 50 % du revenu équivalent médian
Femmes
en %
Hommes
en %
Écart femmes/hommes
en points
Belgique8,17,40,7
Portugal14,013,40,6
Norvège6,86,20,6
Italie13,713,20,5
Suède8,27,80,4
France6,66,30,3
Allemagne10,310,10,2
Royaume-Uni9,89,60,2
Autriche8,48,20,2
Pays-Bas5,95,70,2
Union européenne (28 pays)10,810,80,0
Irlande8,88,9-0,1
Hongrie8,79,3-0,6
Finlande5,05,7-0,7
Espagne15,616,3-0,7
Grèce14,415,5-1,1
Danemark6,57,8-1,3
Pologne10,011,4-1,4


Source : Eurostat - Données 2014 - © Observatoire des inégalités

Salaires

Les Européennes gagneraient en moyenne 16,3 % de moins que les Européens en 2015, selon les salaires horaires brut moyens (Eurostat, données 2015). En Allemagne, l’écart atteindrait 22 % en défaveur des femmes, 21,7 % en Autriche, 20,8 % au Royaume-Uni et 17,8 % au Portugal. L’écart de rémunération entre les femmes et les hommes ne serait, par contre, que de 5,5 % en Italie, 6,5 % en Belgique et 7,7 % en Pologne de 14 % en Suède. La France se situerait en-dessous de la moyenne européenne avec, pour les femmes, une rémunération inférieure de 15,8 % à celle des hommes. Ou, dit autrement, le salaire des Françaises est équivalent à 84,2 % de celui des hommes.
Nous publions ces données pour information, avec des doutes sur leur validité. On voit mal comment les écarts pourraient être trois fois moins importants en Italie qu’au Danemark par exemple. Ces calculs ne concernent que les salaires d’une partie du secteur privé et sont collectées de manière différente selon les pays.

Écart de rémunération entre hommes et femmes
Unité : %
Les femmes gagnent ... % de moins que les hommes
Allemagne22,0
Autriche21,7
Royaume-Uni20,8
Portugal17,8
Finlande17,3
Union européenne16,3
Pays-Bas16,1
France15,8
Danemark15,1
Espagne14,9
Norvège14,9
Hongrie14,0
Suède14,0
Pologne7,7
Belgique6,5
Italie5,5
Grècen. c.
Irlanden. c.

Industrie, construction et services (sauf l'administration publique, la défense et la sécurité sociale obligatoire). Lecture : en Suède, le salaire horaire brut moyen des femmes est inférieur de 14 % au salaire horaire brut moyen des hommes. En d'autres termes, le salaire horaire des femmes est équivalent à 86 % de celui des hommes.
Source : Eurostat - Données 2015 - © Observatoire des inégalités

Chômage

Les taux de chômage des femmes et des hommes en Europe sont pratiquement équivalents – respectivement 8,8 et 8,4 % (données 2016). Mais cette moyenne cache des situations très différenciées selon les pays. En Irlande et en Norvège, le taux de chômage des femmes est plus faible que celui des hommes. La situation est la même, mais avec moins d’écarts entre les femmes et les hommes, en Allemagne, en France, ou encore au Royaume-Uni. À l’inverse, le taux de chômage des hommes est nettement moins élevé que celui des femmes en Grèce (8,2 points de pourcentage d’écart). Dans une moindre mesure, c’est également le cas en Espagne et en Italie (respectivement 3,3 et 1,9 points d’écart).

Taux de chômage selon le sexe
Femmes
en %
Hommes
en %
Écart femme/homme
en points
Grèce28,119,98,2
Espagne21,418,13,3
Italie12,810,91,9
Pays-Bas6,55,60,9
Danemark6,65,80,8
Union européenne (28 pays)8,88,40,4
Portugal11,311,10,2
Pologne6,26,10,1
Hongrie5,15,10,0
Royaume-Uni4,75,00,0
France9,910,3-0,4
Finlande8,69,0-0,4
Belgique7,68,1-0,5
Allemagne3,84,5-0,7
Suède6,57,3-0,8
Autriche5,66,5-0,9
Norvège45,4-1,4
Irlande6,59,1-2,6


Source : Eurostat - Données 2016 - © Observatoire des inégalités

Activité professionnelle

La participation au marché du travail des femmes est plus faible que celle des hommes, partout en Europe. Alors que la moyenne européenne du taux d’actifs parmi l’ensemble de la population âgée de 25 à 54 ans est de 85,5 %, le taux d’activité des femmes est de 79,6 %, contre 91,4 % pour les hommes.

C’est principalement dans les pays de l’Europe du Nord que la présence des femmes dans le monde du travail est la plus proche de celle des hommes, même si elle reste en-deçà : un écart de 4,8 points en Suède ou encore de 5 points en Norvège. Le Portugal se place aussi non loin de ces pays avec un taux d’activité des femmes de 86,6 %, contre 91,9 % pour les hommes. C’est encore le cas pour la France, plus proche de la moyenne européenne, avec 82,7 % de femmes actives, un taux inférieur de 9,7 points à celui des hommes.

À l’inverse, en Italie, le taux d’activité des femmes est bien moindre que celui des hommes : 66,8 % contre 88,2 %, soit 21,4 points d’écart. Dans une moindre mesure, la situation est comparable en Irlande et en Grèce (respectivement 15,9 et 15,5 points d’écart).

Taux de participation au marché du travail par sexe
Femmes
en %
Hommes
en %
Écart femmes/hommes
en points
Italie66,888,2- 21,4
Irlande73,489,3- 15,9
Grèce77,793,2- 15,5
Hongrie79,892,4- 12,6
Royaume-Uni80,192,2- 12,1
Union européenne79,691,4- 11,8
Pologne79,090,8- 11,8
Belgique79,890,4- 10,6
Espagne82,392,5- 10,2
France82,792,4- 9,7
Pays-Bas82,291,7- 9,5
Allemagne82,691,9- 9,3
Danemark83,890,8- 7,0
Autriche84,991,8- 6,9
Finlande82,889,7- 6,9
Portugal86,691,9- 5,3
Norvège83,888,8- 5,0
Suède88,593,3- 4,8

Population active (actifs occupés et chômeurs) parmi les 25-54 ans, rapportée à la population totale du même âge.
Source : Eurostat - Données 2016 - © Observatoire des inégalités

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[1Le taux de pauvreté est défini comme la part des personnes ayant un revenu disponible (après transferts sociaux) inférieur au seuil à 50 % du revenu disponible équivalent médian (autant gagne moins, autant gagne davantage). Ce revenu disponible équivalent médian est calculé au niveau national. Le montant du seuil diffère donc selon le pays considéré.

[2Le revenu disponible équivalent correspond au revenu total d’un ménage, après impôts et autres déductions, divisé par le nombre de membres du ménage converti en équivalents adultes.


Valérie Schneider