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Observatoire des inégalités

Thu, 19 Jul 2018 17:53:51 +0200

Les inégalités expliquées par les jeunes

Chaque année, l’Observatoire des inégalités donne la parole aux jeunes lors du Prix « Jeunesse pour l’égalité », concours de création visuelle sur les inégalités et les discriminations ouvert aux 11-25 ans. Ils sont de plus en plus nombreux à participer (1 800 lors de la dernière édition) et à nous envoyer des vidéos et des affiches sur ces thèmes. On est bien loin d’une jeunesse désengagée et insouciante si souvent décrite.

Les jeunes composent des raps, détournent des slogans, recourent à des effets spéciaux dans leurs vidéos pour traiter des discriminations, de l’homophobie, des inégalités de santé, d’éducation, d’accès au logement ou entre les femmes et les hommes. Leurs réalisations privilégient l’émotion plutôt que l’information chiffrée.

Ces œuvres sont porteuses de nombreux messages d’espoir : des dizaines de jeunes y affirment leurs différences et, dans le même temps, revendiquent l’égalité. Les appels répétés à la solidarité, au soutien et au partage révèlent en creux le cynisme des plus âgés qui, pour certains, semblent avoir « lâché l’affaire ». Ces œuvres nous rapprochent aussi de réalités très éloignées du monde des adultes.

Exemple avec ce clip sur la puissance de la moquerie sur les réseaux sociaux :

2e prix 2018 des vidéos 16-18 ans : « SOS Homophobie »,
réalisée par Clément Olivier, Enzo Riant, Emeric Gueguen, Romain Sauzeau, Pierre Chaigne et Olivia Praud du lycée Sainte-Marie du Port aux Sables d’Olonne (85).

Elles constituent une mine d’images aux niveaux de réalisation certes inégaux mais qui, unanimement, dénoncent les injustices. Bien sûr, ces vidéos et ces affiches ne sont pas du même calibre que les produits d’une agence de publicité. Mais elles nous touchent par leur sincérité. Le ton est parfois grave. Ou plus distancé, mais néanmoins militant. Il passe de la revendication à la dénonciation par l’humour. Les affiches et vidéos que nous avons reçues lors des cinq éditions de notre concours sont autant de supports que vous pouvez voir, revoir dans notre affichothèque et notre vidéothèque. Tous ces supports sont à votre disposition ! À utiliser sans modération pour lancer la discussion, animer un débat, un cours, compléter une exposition, un exposé, etc.

#LesJeunesOntDuTalent et pour vous le prouver, voici une sélection de quelques œuvres à voir absolument !

1er prix 2018 des vidéos « Ages mixtes » : « Petits mots »,
réalisée par Virginie et Pauline Dandonneau à Alençon (61).
Stop au harcèlement de rue - Finalistes 2018 des vidéos 16-18 ans,
réalisée par Romain Dutromp, Nolween Bouhelal, Emma Bertrand, Aurelia Henning, Nolwenn Simon, Noé Mekhaoui, Manuella Lebrun, Yacinthe Relandeau, Marie Haentzler, Valentin Geneste du lycée Jean de Lattre de Tassigny à La Roche-sur-Yon (85).
1er prix 2018 des vidéos 16-18 ans : « Ça n’arrive pas qu’aux autres… »,
réalisée par Badi Benali, Nadia El Allali, Nacera Poret, Solène Forfait et Ilona Vieira Jales de la MJC d’Elbeuf (76).
Les outils pédagogiques de l’Observatoire des inégalités
Le Prix « Jeunesse pour l’égalité » s’inscrit dans un projet plus large destiné aux jeunes et aux professionnels de l’éducation. L’Observatoire des inégalités conçoit et met à disposition des outils pédagogiques.
  • L’ouvrage Les inégalités expliquées aux jeunes, paru en avril 2018, brosse un panorama complet des inégalités dans un langage accessible à tous.
  • L’exposition itinérante, prêtée gratuitement, reprend son contenu en grand format.
  • Une exposition composée d’une sélection d’affiches réalisées par les jeunes dans le cadre du Prix « Jeunesse pour l’égalité », est disponible au prêt.
  • La vidéo « Un jeu de société » réalisée en 2017 par l’agence Herezie montre les réactions d’enfants jouant à une partie de Monopoly aux règles plus proches de la réalité que du jeu.
  • Nous intervenons directement auprès des jeunes sur le panorama des inégalités et des discriminations de l’école au monde du travail, en passant par l’accès au logement, à la culture, etc., ou sur une thématique particulière (femmes-hommes, accès aux soins, etc.).
  • Un web-documentaire pédagogique sur les inégalités et les discriminations est en cours de réalisation, en partenariat avec le ministère de l’Education nationale, le réseau Canopé et de la région Centre-Val de Loire.

Illustration : affiche réalisée par Iris Ducourneau et Mila Merletti du collège Lucie et Raymond Aubrac à Paris (75) - 1er prix 2018 des affiches 11-15 ans.


Thu, 19 Jul 2018 15:03:00 +0200

C'est quoi, être pauvre ?

La pauvreté dite en « conditions de vie » (mesurée à partir de différentes privations, voir encadré ci-dessous) a diminué en dépit de la crise économique qui a sévi de 2008 à 2016 [1], selon l’Insee. Son taux a baissé de près de deux points, de 14,6 % en 2004 à 11,9 % en 2016 [2], selon les déclarations des Français publiées par l’Insee [3].

Au cours de la période 2004-2016, la quasi-totalité des indicateurs évoluent de façon positive. Les conditions de logement se sont améliorées : ainsi par exemple 15,6 % de la population indiquait vivre dans un logement trop petit en 2004, critère cité par 9,9 % des personnes en 2016. La part des retards de loyers est passée de 5,3 % à 3,8 %. Les restrictions de consommation faute d’argent sont également moins citées : 11,6 % contre 14,2 % en 2004. En matière de loisirs, un quart des personnes interrogées déclarent avoir de trop faibles revenus pour se payer une semaine de vacances une fois par an contre un tiers en 2004.

Comment expliquer l’amélioration des conditions de vie perçues par la population alors que la pauvreté monétaire a augmenté ? En partie par un effet de période : une part de l’amélioration a eu lieu entre 2004 et 2008, puis on a assisté à une nouvelle dégradation entre 2008 et 2016. Mais pas uniquement. Les difficultés économiques ont été amorties en partie par notre système de prestations sociales et d’allocations. Ces données sont des moyennes : le mal-logement, par exemple, porte sur une partie de la population, notamment les jeunes. Enfin, ces données sont subjectives : il s’agit de déclarations des ménages. En période de forte crise, il est logique d’ajuster ses réponses et de s’estimer finalement « pas si mal lotis » quand le sort d’une partie, les plus modestes, se détériore même si l’on vit un peu moins bien. Inversement, on devient plus exigeant en période de reprise.

Paradoxalement, la période de reprise depuis 2016 pourrait entraîner une remontée des indicateurs de pauvreté en conditions de vie si les Français estiment ne pas recevoir leur part de la croissance. Au fond, l’intérêt de ces données est peut-être moins de mesurer l’évolution de la perception des privations que de dresser un état des lieux des grands domaines dans lesquels la pauvreté a des conséquences très concrètes sur la qualité de vie et les préoccupations quotidiennes, tout au moins en fonction du regard subjectif de la population.

Le taux de pauvreté en conditions de vie
En France, la pauvreté en conditions de vie mesure la proportion de ménages qui déclarent connaitre au moins huit restrictions parmi les 27 répertoriées conventionnellement. Ces restrictions sont regroupées en quatre domaines : consommation, insuffisance de ressources, retards de paiement, difficultés de logement.
Taux de privations matérielles détaillées
Unité : %
2004
2008
2012
2016*
Insuffisance de ressources14,012,713,714,4
Retards de paiement (impossibilité de payer à temps à plusieurs reprises)11,58,08,58,3
Le loyer et les charges5,34,43,83,8
Restrictions de consommation (les moyens financiers ne permettent pas de)14,213,611,811,6
Maintenir le logement à bonne température6,95,96,45,7
Payer une semaine de vacances une fois par an34,832,428,424,1
Acheter des vêtements neufs13,713,513,313,6
Offrir des cadeaux10,89,99,39,0
Absence de repas au moins une journée les 2 dernières semaines2,92,93,33,5
Difficultés de logement10,18,26,96,6
Absence de toilettes à l’intérieur du logement1,61,20,70,7
Absence d'eau chaude1,00,70,50,5
Absence de système de chauffage central ou électrique7,25,94,94,4
Logement trop petit15,612,110,69,9
Logement difficile à chauffer24,326,124,122,1
Logement bruyant24,018,717,417,8
Ensemble14,612,911,911,9

* Données provisoires.
Source : Insee - © Observatoire des inégalités

Photo / © Grafix132 - Fotolia


[2Données provisoires pour 2016.


Valérie Schneider

Thu, 19 Jul 2018 14:00:00 +0200

La pauvreté selon le diplôme

En France, le diplôme joue un rôle particulier pour l’accès à l’emploi. Ne pas détenir de titre scolaire est un lourd handicap. Selon les données 2015 de l’Insee, le taux de pauvreté des personnes sans diplôme est de 10,6 % au seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian [1]. Pour les bac + 2, ce taux est de 4 %, soit trois fois moins. Au total, parmi les personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, 33,2 % n’ont aucun diplôme, 50,9 % ont un diplôme situé entre le brevet des collèges et le baccalauréat et 15,9 % disposent au moins du niveau bac + 2. On notera que le taux de pauvreté des diplômés d’un niveau supérieur à bac + 2 (4,4 %) est un peu plus élevé que pour les bac + 2 (4 %). Une partie des jeunes issus des filières généralistes de l’université ont des difficultés à s’insérer dans le monde du travail. Encore faut-il bien mesurer l’ampleur du phénomène : 361 000 personnes sont dans ce cas, contre plus d’1,2 million de non-diplômés.

L’une des difficultés spécifiques à la France est la faiblesse de la formation professionnelle. Parmi ceux qui sortent du système scolaire avec un bas niveau d’instruction, peu nombreux sont ceux qui auront droit à une « deuxième chance », qu’il s’agisse des salariés peu qualifiés ou des chômeurs.

Individus âgés de 15 ans et plus hors étudiants. Lecture : parmi la population pauvre de plus de 15 ans, 33,2 % n'ont aucun diplôme ou le CEP. 10,6 % de la population sans diplôme est pauvre.
Source : Insee - Données 2015 - © Observatoire des inégalités
      

La pauvreté selon le niveau de diplôme
Seuil à 50 % du niveau de vie médian
Nombre de personnes pauvres (en milliers)
Taux de pauvreté (en %)
Part de la population pauvre (en %)
Diplôme supérieur3614,49,6
Bac + 22324,06,2
Bac6627,217,7
CAP ou BEP8037,021,5
Brevet des collèges4409,311,8
Sans diplôme ou CEP1 24310,633,2
Ensemble3 7417,4100

Individus âgés de 15 ans et plus hors étudiants. Lecture : parmi la population pauvre de plus de 15 ans, 33,2 % n'ont aucun diplôme ou le CEP. 10,6 % de la population sans diplôme est pauvre.
Source : Insee - Données 2015 - © Observatoire des inégalités

Voir aussi notre synthèse « Qui sont les pauvres en France ? »

Photo / CC0 - pxhere.com


[1Le niveau de vie médian est celui qui partage la population en deux, autant gagne moins, autant gagne davantage. En France, on considère comme pauvre une personne dont les revenus sont inférieurs à un certain seuil, fixé en pourcentage de ce revenu médian, ici, la moitié.


Anne Brunner, Valérie Schneider

Thu, 19 Jul 2018 12:06:00 +0200

Les immigrés frappés par la pauvreté et les bas revenus

Les personnes vivant au sein d’un ménage immigré ont un niveau de vie médian [1] mensuel équivalent à 1 152 euros (après impôts et prestations sociales), contre 1 762 euros pour celles vivant dans un ménage non immigré, soit 35 % de moins selon les données 2015 de l’Insee. Cet écart varie selon le pays d’origine des personnes de référence du ménage. Celles originaires d’Afrique ont un niveau de vie médian mensuel de 1 095 euros, contre 1 448 euros pour celles originaires d’un pays d’Europe.

Niveau de vie selon l'origine
Unité : euros
Niveau de vie mensuel médian
Personnes vivant au sein d'un ménage immigré1 152
- Personne de référence née en Afrique1 095
- Personne de référence née en Europe1 448
- Personne de référence née dans un autre pays ou apatride1 104
Personnes vivant au sein d'un ménage mixte1 533
Personnes vivant au sein d'un ménage non immigré1 762
Ensemble1 692

Ménages dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne de référence n'est pas étudiante. Après impôts et prestations sociales.
Source : Insee - Données 2015 – © Observatoire des inégalités

39 % de pauvres

38,6 % des personnes vivant dans un ménage immigré sont considérées comme pauvres (au seuil à 60 % du niveau de vie médian [2]), soit 3,5 fois plus que les non-immigrés. Pour les personnes vivant au sein d’un ménage immigré dont la personne de référence est née en Afrique, le taux est même de 44 %, contre 25 % pour celles nées en Europe.


Source : Insee - Données 2015 - © Observatoire des inégalités
      

La pauvreté selon l'origine
Seuil à 60 % du niveau de vie médian
Unité : %
Taux de pauvreté
Personnes vivant au sein d'un ménage immigré38,6
- Personne de référence née en Afrique44,0
- Personne de référence née en Europe25,0
- Personne de référence née dans un autre pays ou apatride42,0
Personnes vivant au sein d'un ménage mixte19,0
Personnes vivant au sein d'un ménage non immigré11,0
Ensemble14,2

Ménages dont le revenu déclaré au fisc est positif ou nul et dont la personne de référence n'est pas étudiante.Après impôts et prestations sociales.
Source : Insee - Données 2015 - © Observatoire des inégalités,

Plusieurs facteurs expliquent ces bas niveaux de vie. Les ménages immigrés sont en moyenne plus jeunes. Les immigrés vivent dans des familles souvent plus nombreuses, ce qui a aussi un impact sur le niveau de vie par personne. Ils touchent des salaires inférieurs aux non-immigrés car ils occupent des emplois plus souvent précaires et moins qualifiés. Leur niveau de diplôme ne leur permet pas d’accéder aux mêmes emplois que la moyenne des actifs.

S’ajoute à cela l’effet des discriminations du fait des employeurs. En outre, lorsqu’ils n’ont pas la nationalité française, tout particulièrement s’ils ne sont pas issus de l’Union européenne, les immigrés sont interdits d’emploi dans toute une partie de la fonction publique. Au total, ces personnes subissent à la fois les difficultés que rencontrent en général les milieux populaires (les inégalités sociales) et des difficultés propres à leurs origines (les discriminations).

Photo / © Ivan Constantin


[1Le niveau de vie médian est celui qui partage la population en deux, autant gagne moins, autant gagne davantage.

[2En France, on considère comme pauvre une personne dont les revenus sont inférieurs à un certain seuil, fixé en pourcentage de ce revenu médian, ici, 60 %.


Anne Brunner, Valérie Schneider

Thu, 19 Jul 2018 11:00:00 +0200

La pauvreté selon l'activité

Plus de la moitié des personnes pauvres sont inactives, près de 11 % sont retraitées. La pauvreté est majoritairement composée de personnes qui ne sont pas ou plus dans l’univers professionnel. Une part d’entre elles parce qu’elles n’ont jamais réussi à y entrer compte tenu des conditions actuelles de l’emploi.

L’autre moitié de la population pauvre est active. 19,8 % sont des chômeurs qui souvent n’ont plus aucune ou très faible indemnité (lire « La moitié des chômeurs touchent moins de 500 euros par mois »). Mais près de 30 % sont en emploi : 19,6 % sont salariés et 9,5 % sont des indépendants. Pour les salariés, le taux de pauvreté est beaucoup plus faible (3,2 %) que pour les inactifs (18,3 %) et les chômeurs (25,3 %).

Les petites retraites et le manque d’emploi font basculer des millions de personnes dans la pauvreté. Mais l’activité salariée ou indépendante ne protège plus totalement : temps partiels contraints, contrats courts, intérim et bas salaires ou faible chiffre d’affaires pour les travailleurs indépendants peu qualifiés, ont donné naissance à une population de travailleurs pauvres.


Source : Insee - Données 2015 - © Observatoire des inégalités
      

La pauvreté selon l'activité
Seuil à 50 % du niveau de vie médian
Nombre de personnes pauvres (en milliers)
Taux de pauvreté (en %)
Part de la population pauvre (en %)
Salariés7323,219,6
Indépendants35411,99,5
Chômeurs74225,319,8
Retraités3962,810,6
Autres inactifs1 51618,340,5
Ensemble3 7417,4100

Individus de 15 ans et plus, hors étudiants. Lecture : parmi la population pauvre, 19,8 % sont des chômeurs. 25,3 % des chômeurs sont pauvres.
Source : Insee - Données 2015 - © Observatoire des inégalités

Photo / © elavuk81 - Fotolia.com


Anne Brunner, Valérie Schneider