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Mon, 25 Sep 2017 22:43:24 +0200

Procès du journal « Cumhuriyet » en Turquie : un journaliste remis en liberté, quatre restent détenus

Un tribunal d’Istanbul a ordonné la remise en liberté d’un des journalistes du quotidien d’opposition, mais le maintien en détention de quatre autres accusés.

Des acitivistes manifestent leur solidarité aux journalistes de « Cumhuriyet ».

Ce procès controversé est devenu emblématique du recul des libertés en Turquie. Dans le cadre du procès de dix-sept collaborateurs du quotidien d’opposition Cumhuriyet, un tribunal d’Istanbul a ordonné, lundi 25 septembre, la remise en liberté du journaliste turc Kadri Gürsel, et le maintien en détention de quatre autres accusés.

Le juge a décidé que le chroniqueur, l’une des figures les plus respectées du journalisme en Turquie, pouvait être libéré après onze mois de détention, même s’il doit être jugé pour « activités terroristes », a rapporté un correspondant de l’AFP.

Le procès des collaborateurs de Cumhuriyet, un journal très critique du président Recep Tayyip Erdogan, a été ajourné au 31 octobre. Kadri Gürsel devrait être libéré de la prison de Silivri, en dehors d’Istanbul, où il est détenu, dans la nuit de lundi à mardi.

Lire aussi :   Le procès du journal « Cumhuriyet », ou la justice turque à l’heure des purges

Accusés d’avoir aidé trois organisations terroristes

Restent en revanche en détention le patron du journal, Akin Atalay, et son rédacteur en chef, Murat Sabuncu, qui comme Kadri Gürsel sont détenus depuis trois cent trente jours, ainsi que le journaliste d’investigation Ahmet Sik, arrêté fin décembre et détenu depuis deux cent soixante-neuf jours, et Yusuf Emre Iper, un comptable du quotidien détenu depuis cent soixante-treize jours.

Lors de l’ouverture du procès fin juillet, le tribunal avait décidé de remettre en liberté provisoire sept collaborateurs de Cumhuriyet arrêtés en octobre, dont le caricaturiste Musa Kart, mais avait exclu de cette mesure cinq autres, dont le sort a été décidé ce lundi.

Les collaborateurs du journal sont accusés d’avoir aidé trois « organisations terroristes armées » : les séparatistes kurdes du PKK, un groupuscule d’extrême gauche appelé DHKP-C et le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, appelé FETO par les autorités et accusé d’avoir fomenté le coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016.

Lire aussi :   Turquie : « Près de 150 médias ont été fermés depuis le coup d’Etat raté de 2016 »

Pour les défenseurs des droits de l’homme, ce procès traduit le recul des libertés en Turquie depuis le putsch manqué, suivi de purges massives qui ont frappé les milieux critiques : élus prokurdes, médias et ONG.

Selon le site P24, spécialisé dans la liberté de la presse, 170 journalistes sont détenus en Turquie. Celle-ci occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Mon, 25 Sep 2017 18:28:46 +0200

La Corée du Nord accuse Trump de lui avoir « déclaré la guerre »

L’escalade verbale s’intensifie entre Washington et Pyongyang, qui menace d’abattre des bombardiers américains s’approchant de ses côtes.

Le ministre des affaires étrangères nord-coréen, Ri Yong-ho, prononce un discours à New York, le 25 septembre 2017.

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a « déclaré la guerre » à la Corée du Nord, a estimé lundi 25 septembre le chef de la diplomatie nord-coréenne, Ri Yong-ho. La Maison Blanche a vivement rejeté ces accusations, les qualifiant d’« absurdes ». « Tous les Etats membres (de l’ONU) et le monde entier devraient clairement se rappeler que ce sont les Etats-Unis qui ont les premiers déclaré la guerre à notre pays », a affirmé lundi à des journalistes à New York le chef de la diplomatie nord-coréenne, Ri Yong Ho.

Dans sa tirade, le ministre des affaires étrangères nord-coréen a menacé directement l’armée américaine :

« Nous avons tous les droits pour prendre des contre-mesures, y compris le droit d’abattre des bombardiers stratégiques, même s’ils ne se trouvent pas encore dans l’espace aérien de notre pays. »

Des bombardiers américains

Ces propos sont le dernier épisode de l’escalade des tensions entre Washington et Pyongyang. Dimanche, le président américain a annoncé un nouveau décret migratoire interdisant d’entrée, entre autres, les citoyens nord-coréens. La veille, des bombardiers américains avaient volé près des côtes nord-coréennes pour envoyer un « message clair » au dirigeant nord-coréen, selon le Pentagone.

Le même jour, Ri Yong-ho faisait son discours à l’Organisation des Nations unies, qualifiant M. Trump de « personne dérangée » et « mégalomane ». Quelques jours plus tôt, à la même tribune, le président états-unien avait menacé de « détruire totalement » la Corée du Nord si le pays attaquait les Etats-Unis.

Ripostant au chef de la diplomatie nord-coréenne, M. Trump l’a menacé en retour sur Twitter : « S’il se fait l’écho des pensées de “Little Rocket Man” [alias Kim Jong-un], ils ne seront plus là pour très longtemps », a-t-il écrit.

« Nous n’avons pas déclaré la guerre à la Corée du Nord et, franchement, une telle suggestion est absurde », a également rétorqué Sarah Huckabee-Sanders, porte-parole de l’exécutif américain. « Nous avons le droit de voler, de naviguer et d’opérer partout dans le monde où c’est légalement permis », a fait valoir le Pentagone.

La Corée du Sud a réclamé aux Etats-Unis d’« éviter l’escalade » face aux futures probables « provocations » de Pyongyang. « Il est impératif que nous, Corée du Sud et Etats-Unis, ensemble, puissions gérer la situation (...) de manière à éviter une escalade ultérieure des tensions ou des affrontements militaires accidentels qui pourraient rapidement dégénérer », a affirmé à Washington la ministre sud-coréenne des Affaires étrangères, Kang Kyung-Wha.

« Cours d’école »

Samedi, devant l’Assemblée générale de l’ONU, Ri Yong Ho avait déjà dénoncé les récents propos tenus au même endroit par Donald Trump contre son pays, le qualifiant de « personne dérangée » et « mégalomane ».

Lors de sa première allocution à la tribune des Nations unies, le président américain avait menacé de « détruire totalement » la Corée du Nord si ce pays attaquait les Etats-Unis.

Ces échanges verbaux, d’une violence rare à la tribune d’une institution censée garantir la paix et la sécurité dans le monde, ont suscité de multiples appels au calme, notamment de Moscou. « Quand vous avez une aggravation de la tension, de la rhétorique, alors vous avez un risque d’erreur » qui peut conduire « à de mauvaises compréhensions », a réagi lundi le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric. « La seule solution est une solution politique ».

Vendredi à l’ONU, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait réclamé que « les têtes chaudes se refroidissent ». Il faut privilégier « l’approche raisonnable et non émotionnelle - au lieu d’avoir une cour d’école où les enfants se battent sans que personne ne puisse les arrêter », avait-il dit.

« Caresses, suggestions, persuasion »

Dans une interview dimanche, il a mis en garde contre « une catastrophe imprévisible » en cas de dérapage entre les deux pays. Selon lui, la crise actuelle peut être résolue via « des caresses, des suggestions et de la persuasion ».

En un peu plus d’un mois, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé deux séries de sanctions économiques (les 5 août et 11 septembre) chaque fois plus sévères pour contraindre Pyongyang à revenir aux négociations. Les discussions entre grandes puissances et Pyongyang sur ses programmes d’armement sont interrompues depuis 2009.

Washington a pris le 21 septembre de nouvelles sanctions économiques unilatérales. « Notre objectif reste le même; nous cherchons une dénucléarisation pacifique de la péninsule coréenne », a fait valoir lundi la Maison Blanche, évoquant une « pression économique et diplomatique » aussi forte que possible.

Acte de guerre ?

Face à Donald Trump et à la gesticulation militaire américaine, la Corée du Nord semble vouloir rendre coup pour coup, des essais nucléaires et tirs de missiles balistiques aux déclarations enflammées et menaçantes. « Trump a affirmé que nos dirigeants n’allaient plus être au pouvoir pour longtemps », s’est insurgé lundi Ri Yong Ho. « La question de savoir qui ne restera pas là longtemps va trouver une réponse », a-t-il menacé.

Samedi, le ministre nord-coréen avait justifié le développement des armements nord-coréens par la crainte d’une attaque américaine. « Notre force nucléaire nationale est (...) dissuasive pour mettre un terme à la menace nucléaire des Etats-Unis et pour empêcher une invasion militaire » américaine. « Notre but ultime est d’établir un équilibre de pouvoirs avec les Etats-Unis », avait-il insisté, en assurant que son pays était « un Etat nucléaire responsable ».

La semaine dernière, la Corée du Nord a menacé de procéder à un essai de bombe H dans l’océan Pacifique. Ce serait « une démonstration choquante d’irresponsabilité », a jugé lundi le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis. Sans répondre à une question lui demandant s’il s’agirait alors d’un acte de guerre.

Mon, 25 Sep 2017 18:05:06 +0200

Stimulé, un patient dans un « état végétatif » récupère une conscience minimale

Plongé depuis 15 ans dans un état d’« éveil non répondant », un homme a recouvré des signes de conscience grâce à la stimulation du nerf vague.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Il était plongé depuis quinze ans dans un état « d’éveil non répondant », souvent encore nommé « état végétatif ». Cet homme, aujourd’hui âgé de 35 ans, a récupéré un état de conscience minimale. Comment ? Grâce à une intervention neurochirurgicale : la stimulation électrique répétée d’un nerf crânien, le nerf vague. Ce résultat, publié lundi 25 septembre dans la revue Current Biology, a été obtenu par une équipe lyonnaise, associant l’Institut des sciences cognitives-Marc Jeannerod (CNRS - université de Lyon) et les Hospices civils de Lyon.

« Cette avancée très importante ouvre une nouvelle piste thérapeutique pour des patients à l’état de conscience altéré », s’enthousiasme le professeur Lionel Naccache, de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM, hôpital de la Pitié-Salpêtrière) à Paris, qui n’a pas participé à l’étude.

Ce résultat ne manquera pas de raviver un âpre débat médical, scientifique, philosophique et éthique. Quel pronostic livrer, chez un patient qui présente un trouble grave de la conscience ? Avec quelle fiabilité ? Quelle prise en charge lui offrir ? Pour quelle qualité de vie, et dans quel espoir ?

Plasticité cérébrale

« Un vieux dogme voudrait qu’il n’existe aucune chance d’amélioration chez les patients sévèrement cérébrolésés depuis plus d’un an. Mais ce dogme est faux, comme le confirme cette étude. La plasticité cérébrale, cette capacité de remodelage et d’adaptation de notre cerveau, est parfois étonnante », explique le professeur Steven Laureys, à la tête du GIGA -Consciousness de Liège (Belgique), un des leaders du domaine – il n’a pas non plus participé à l’étude. « C’est un traitement chirurgical très prometteur », estime-t-il, regrettant toutefois la concision de la description clinique du patient.

Ils seraient mille cinq cents en France, jeunes ou moins jeunes, à être plongés dans un état d’éveil non répondant ou dans un état de conscience minimale. Ce, à la suite d’un traumatisme crânien, d’un infarctus, d’un AVC… Ces patients alternent des phases d’éveil (ouvrant alors spontanément les yeux) et de sommeil.

Dans l’éveil non répondant, la conscience semble totalement absente. Les seuls mouvements observés sont réflexes. Dans l’état de conscience minimale, il suit des yeux un miroir, sourit ou pleure dans des situations appropriées, répond parfois à des commandes simples, mais sans possibilités de communication. Pour autant, « la distinction entre ces deux états reste difficile », reconnaît Steven Laureys.

Avant et après la stimulation du nerf vague. A droite, en jaune orangé, l’augmentation de l’activité cérébrale dans la région pariétale.Current Biology

Revenons à ce patient décrit dans l’article de Current Biology, signé par Martina Corazzol en première auteure. A l’âge de 20 ans, il a été victime d’un accident de la route qui a créé de graves lésions cérébrales. Suivi dans le service du professeur Jacques Luauté, mais vivant au domicile de sa mère, il était considéré, depuis quinze ans, comme étant dans un état d’éveil non répondant.

« Nous avons voulu explorer les effets de la stimulation du nerf vague chez ce patient : nous avons discuté avec sa famille et obtenu l’accord de celle-ci, ainsi que celui du comité d’éthique », explique Angela Sirigu, coauteure et contributrice du supplément « Science & médecine » du Monde.

Double amélioration

Mais pourquoi le nerf vague ? Il innerve un territoire très étendu, qui comprend les poumons, le cœur, l’intestin… Mais, surtout, ses terminaisons pénètrent dans le tronc cérébral, à la base du cerveau, pour y stimuler la « formation réticulée ». Or, cette structure est un élément critique de la conscience : c’est un système d’allumage et d’éveil. « Pour que nous soyons conscients, il faut deux conditions : la première est ce système d’allumage du cortex, précise Lionel Naccache. La seconde est la présence d’un réseau de neurones fonctionnel, qui se caractérise par des communications à longue distance dans le cerveau. »

La stimulation du nerf vague est une technique éprouvée : dans le monde, « plus de 60 000 patients en ont bénéficié pour traiter une épilepsie ou une dépression », écrivent les auteurs d’un article paru, en 2013, dans Neurological Research. Cette équipe new-yorkaise, dirigée par Uzma Samadani, mène une étude prospective, randomisée, sur les effets de cette technique chez des patients à l’état de conscience altéré. Mais ses résultats ne sont pas connus.

En parallèle, les équipes lyonnaises avaient démarré un projet analogue. Elles ont implanté une électrode dans le cou de ce patient, à proximité de l’artère carotide gauche, pour stimuler le nerf vague gauche. Celle-ci a été reliée, sous la peau, à un générateur d’impulsions électriques implanté sous la clavicule. Jour et nuit, une stimulation de 30 hertz a été appliquée, par cycles de trente secondes, suivies de cinq minutes d’arrêt. Les auteurs ont progressivement augmenté l’intensité.

Résultat : pas d’effets immédiats. Mais, après un mois de cette stimulation, une double amélioration était observée. Le patient suivait des yeux un objet et il se conformait à des ordres simples, ce qu’il ne faisait pas auparavant. « Par exemple, lorsque nous lui demandions de tourner la tête vers la droite, il le faisait très lentement », témoigne Angela Sirigu.

Il réagissait aussi à une forme de « menace » : il écarquillait les yeux quand une personne approchait son visage très près du sien. Sa mère rapportait qu’il restait davantage éveillé quand un thérapeute lui lisait un livre. « Nous avons vu une larme couler sur sa joue quand il écoutait une musique qu’il aimait », ajoute Angela Sirigu, à propos des réactions sur le plan émotionnel.

Questions éthiques

Par ailleurs, l’enregistrement de l’activité du cerveau a révélé des changements importants. L’électroencéphalographie a retrouvé chez ce patient une « signature » spécifique d’un état de conscience minimale, précédemment découverte dans les groupes de Stanislas Dehaene et Lionel Naccache. Et le PET scan a révélé une augmentation de l’activité métabolique du cerveau, dans des régions du cortex comme dans des régions plus profondes.

La stimulation du nerf vague pourra-t-elle améliorer de façon durable la plasticité cérébrale, même après l’arrêt de la stimulation ? Qui seront les patients qui pourront en bénéficier ? « Tous ne pourront pas y répondre », estime Steven Laureys. Impossible à ce stade d’extrapoler. « Nous voyons chaque semaine des patients et leurs familles : chaque trajectoire est unique », relève Lionel Naccache.

Au-delà, la découverte conduit à s’interroger sur la notion « d’amélioration » d’un état de conscience, dès lors qu’elle permet à un patient de prendre conscience de la gravité de son état. « C’est une vraie question, admet Angela Sirigu. Pour moi, le principal enjeu est de poursuivre l’amélioration, au-delà d’un état de conscience minimale, chez certains patients. »

La technique pourrait-elle aussi redonner à certains patients un pouvoir décisionnel ? Pourrait-elle leur permettre de dire, à leurs proches et aux médecins, s’ils veulent – ou non – une poursuite de leurs soins ? Vertigineuse question, qui renvoie bien sûr à l’affaire Vincent Lambert.

« Ce drame souligne d’abord l’importance, pour chacun de nous, d’identifier une personne de confiance ou d’établir ses directives anticipées », dit Steven Laureys. Ce document écrit, daté et signé, permet de spécifier les soins médicaux que l’on voudrait – ou pas – recevoir, au cas où l’on serait devenu inconscient ou incapable d’exprimer sa volonté. « Nous sommes tous des Vincent Lambert potentiels. »

Mon, 25 Sep 2017 17:29:07 +0200

Un tiers de femmes et de nouveaux, 60 ans de moyenne d’âge : un léger coup de jeune au Sénat

Les équilibres du Palais du Luxembourg n’ont pas été bouleversés, mais le Sénat a été un peu rajeuni et renouvelé.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

La vague de renouvellement sans précédent qui avait touché l’Assemblée nationale n’a pas déferlé jusqu’au Sénat. A l’issue des élections, dimanche 24 septembre, qui ont renouvelé la moitié de la Haute Assemblée, les équilibres politiques n’ont pas été bouleversés : la droite a été confortée et La République en marche a plutôt subi un revers. Le Sénat a pourtant un peu changé de visage.

Lire :   « Agés », « cumulards », « trop payés » : les sénateurs sont-ils conformes à leur caricature ?

Un très léger rajeunissement

60 ans de moyenne, 58 ans pour les élus de 2017

Les 171 sénateurs élus en 2017 donnent un léger coup de jeune au Palais du Luxembourg, puisqu’ils n’ont « que » 58 ans en moyenne. Ils font ainsi baisser de près de quatre ans l’âge moyen des sénateurs, qui passe de 64 à 60 ans et huit mois, soit la plus jeune assemblée depuis 2004. C’est toutefois douze ans de plus que les députés élus à l’Assemblée nationale en juin.

La plupart des sénateurs ont donc dépassé 60 ans. Le frontiste David Rachline (Var), 29 ans, arrivé en 2014, reste le benjamin, puisque le plus jeune sénateur élu dimanche, Xavier Iacovelli (Hauts-de-Seine), a déjà 30 ans. Le doyen reste aussi inchangé : il s’agit de Gérard César (Gironde), 82 ans.

Une féminisation en hausse

29,3 % de sénatrices

Avec 102 élues, le Sénat n’a jamais été aussi féminin… même si la parité est loin, puisqu’elles ne représentent que 29,3 % de la totalité des élus. C’est loin des 38,8 % de femmes que compte désormais l’Assemblée nationale.

Parmi les 171 sièges remis en jeu dimanche, la proportion était très légèrement supérieure, puisqu’on comptait 33,3 % de femmes élues.

Pas de dégagisme, mais du renouvellement

40 % de sénateurs réélus dimanche

Au Sénat, les sortants n’ont pas subi un sort aussi sévère qu’à l’Assemblée nationale, puisque sur l’ensemble des sénateurs dont le mandat se terminait dimanche, 42 % avaient choisi de ne pas se représenter. Parmi les autres, 40 % ont été réélus, soit bien davantage que les députés en juin (25 % de réélus pour 35 % de battus et 39 % ayant choisi de jeter l’éponge).

Le Sénat n’étant renouvelé que moitié par moitié, il faut regarder la précédente élection pour juger du taux de renouvellement. Depuis 2014, 194 des 348 sénateurs ont été renouvelés. Il reste toutefois deux représentants « historiques » qui ont effectué leur premier mandat en 1980 : Philippe Madrelle (PS, Gironde) et Roland Courteau (PS, Aude).

Salariés du privé, enseignants ou fonctionnaires

20 % de salariés et cadres du privé

Le profil socioprofessionnel des sénateurs reste très classique. Selon le site du Sénat, la plupart d’entre eux étaient employés dans le privé (souvent cadres ou ingénieurs), ou fonctionnaires. Comme à l’Assemblée, les enseignants et professions libérales (avocats, magistrats) sont surreprésentés. Il y a toutefois davantage de sénateurs que de députés issus du milieu agricole.

Mon, 25 Sep 2017 14:24:36 +0200

Cinq questions sur la bataille autour du glyphosate

L’Europe doit décider si elle réautorise le pesticide le plus utilisé au monde, classé par l’OMS « cancérogène probable » pour l’homme. La position française est confuse.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

L’Europe doit se prononcer de manière imminente sur la réautorisation, ou non, du glyphosate, pesticide présent dans le Roundup, dont l’homologation expire d’ici à la fin de 2017. Bruxelles a proposé de renouveler la molécule contestée pour dix ans.

Quelle sera la position de la France ? A la fin d’août, Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et de la solidarité, avait annoncé que le gouvernement voterait contre la position de la Commission européenne. Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner a semé la confusion lundi 25 septembre, en annonçant sur l’antenne de RMC et de BFM-TV que le premier ministre avait « arbitré » et que le glyphosate allait être « interdit en France d’ici à la fin du quinquennat » pour tous les usages, y compris agricole.

M. Castaner est revenu sur ses propos peu après. « L’objectif est qu’on puisse trouver des produits de substitution d’ici à la fin du quinquennat », a-t-il précisé.

Lire :   Glyphosate : « des progrès significatifs » annoncés d’ici la fin du quinquennat

Matignon avait publié, lundi matin tôt, un communiqué engageant les ministres concernés à présenter, avant la fin de l’année, « les conditions d’un plan de sortie du glyphosate, compte tenu de l’état de la recherche et des alternatives disponibles pour les agriculteurs ».

Pour le premier ministre, la question semble donc porter sur une éventuelle alternative à cet herbicide très répandu et sur la durée de la nouvelle homologation.

Le gouvernement va « confronter » sa position à celle de la Commission et des autres Etats membres, explique le communiqué. Il réaffirme en outre « son engagement à obtenir avant la fin du quinquennat des progrès significatifs vers l’interdiction de l’usage des substances dangereuses et vers une agriculture moins dépendante aux pesticides ».

  • Qu’est-ce que le glyphosate ?

Le glyphosate est la principale substance active du Roundup, le pesticide le plus utilisé dans le monde et le produit phare de l’entreprise américaine Monsanto. Environ 825 000 tonnes ont été épandues au niveau mondial en 2014. En 1974, année de sa mise sur le marché, il s’en utilisait 3 200 tonnes par an dans le monde.

Ce principe actif entre aussi dans la composition de près de 750 déclinaisons commercialisées par plus de 90 fabricants dans le monde, et occupe environ 25 % du marché mondial des herbicides. En Europe, on le trouve dans plus de 300 désherbants commercialisés par plus de 40 sociétés différentes. Rien qu’en France, il s’en vend environ 8 000 tonnes par an. Selon les statistiques officielles, on retrouve ce pesticide dans environ 60 % des cours d’eau français.

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier et de classer les substances cancérogènes, a déclaré le glyphosate génotoxique (il endommage l’ADN), cancérogène pour l’animal et « cancérogène probable » pour l’homme.

Le 12 novembre 2015, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a pris le contre-pied du CIRC et a rendu un avis favorable au maintien sur le marché.

Le 15 mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), censée arbitrer le différend, a annoncé qu’elle ne classait pas le glyphosate parmi les agents cancérogènes.

Plusieurs scientifiques indépendants ont cependant manifesté leur soutien à la position du CIRC – soutien renforcé par la découverte, à la mi-septembre, par un biochimiste autrichien associé à l’ONG Global 2000, de pages entières du rapport préliminaire de l’expertise de l’EFSA, copiées-collées de documents de l’industrie agrochimique.

Lire (en édition abonnés) :   Glyphosate : l’expertise européenne truffée de copiés-collés de documents de Monsanto

  • Pourquoi y a-t-il une bataille européenne pour sa réhomologation ?

La bataille pour la réhomologation du glyphosate commence au début de 2015. A ce moment-là, les instances européennes s’apprêtent à renouveler pour quinze ans, de 2016 à 2031, l’herbicide dont l’autorisation de mise sur le marché arrive à expiration. Mais son classement comme « cancérogène probable pour l’homme » par le CIRC, en mars 2015, fait dérailler le processus.

La Commission européenne, consciente du caractère crucial de cette substance pour le modèle agricole dominant, tente d’imposer malgré tout une reconduction de l’autorisation du produit sur le Vieux Continent. Après plusieurs votes, lors desquels les Etats membres s’opposent sur le renouvellement, le glyphosate n’obtient, en juillet 2016, qu’une réautorisation provisoire, restreinte à dix-huit mois, en attente d’une ultime évaluation des risques du produit par l’ECHA.

Le 15 mars 2017, l’ECHA a finalement annoncé qu’elle ne considérait pas le glyphosate comme cancérogène ou mutagène, ouvrant la voie à sa réautorisation en Europe. Un vote des Etats membres est prévu avant la fin de l’année – c’est-à-dire avant l’expiration de l’autorisation d’exploitation du pesticide sur le Vieux Continent.

A la fin d’août, le ministère de la transition écologique et solidaire a annoncé que Paris s’opposerait à la proposition de la Commission européenne de remettre en selle pour dix ans l’herbicide controversé, « en raison des incertitudes qui demeurent sur sa dangerosité ». Position réitérée lundi 25 septembre, dans un communiqué de presse de Matignon.

  • Pourquoi ces positions sont-elles contestées ?

Le 3 juillet 2017, une initiative citoyenne européenne (ICE), lancée par une quarantaine d’associations, a été remise à la Commission européenne. Forte de 1 323 400 signatures obtenues sur le territoire de l’Union, elle appelle à « interdire les herbicides à base de glyphosate, dont il a été démontré que l’exposition est liée au développement de cancers chez l’homme, et qui dégrade les écosystèmes ».

Si une ICE recueille un million de déclarations de soutien validées provenant d’au moins sept Etats membres, la Commission doit décider d’agir ou non, et expliquer les raisons de son choix.

En France, la position du ministère de la transition écologique et solidaire est fustigée par la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), qui estime dans un communiqué du 30 août que « l’utilisation raisonnable du glyphosate » est nécessaire au développement « des bonnes pratiques agricoles, parmi lesquelles l’agroécologie, l’agroforesterie ou l’agriculture de conservation ».

  • Existe-t-il des alternatives pour les agriculteurs ?

En France, sous la mandature de François Hollande, il a été décidé d’interdire l’usage des pesticides – dont la molécule contestée des herbicides à base de glyphosate –, par les collectivités locales dans les parcs et jardins, à partir du 1er janvier 2017. Les particuliers, qui n’y ont désormais plus accès en libre-service dans les rayons des points de vente, devront à leur tour s’en passer à partir du 1er janvier 2019.

« C’est un désherbant total pour lequel il n’existe pas de substitut aussi efficace. La seule alternative possible est mécanique : retourner la terre au tracteur pour arracher toutes les mauvaises herbes, avec des conséquences en termes d’utilisation de carburant, de gaz à effet de serre et d’érosion des sols », argue la Glyphosate Task Force, au sein de laquelle une quarantaine d’entreprises du secteur (dont Dow AgroSciences, Monsanto Europe, Syngenta) sont à la manœuvre pour prolonger l’homologation de la molécule.

« Il existe bien un autre produit sur le marché, le glufosinate-ammonium, précise Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Mais, si son efficacité est équivalente à celle du glyphosate, son impact sur l’environnement l’est aussi. » Substituer l’un à l’autre ne réglerait en rien le problème de la contamination des sols et de l’eau par des pesticides.

« La nocivité du glyphosate vient surtout du fait que, depuis qu’il est apparu, les agriculteurs ont tendance, pour se simplifier la vie, à abandonner les labours et les rotations de cultures : il leur suffit de passer un coup de Roundup pour pouvoir semer à nouveau derrière », explique M. Huyghe.

Lire (en édition abonnés) :   Les agriculteurs vont-ils pouvoir se passer du glyphosate, le « désherbant total » ?

En réalité, il n’y a pas de solutions uniques en agronomie : le travail du sol, l’alternance du labour et du « non-labour », la rotation des cultures, tout cela concourt à une agriculture plus performante et moins gourmande en pesticides. Selon l’ingénieur Bertrand Omon, qui conseille et accompagne un réseau d’exploitations Dephy – qui parviennent à réduire de plus de 50 % leurs intrants chimiques –, « on pourrait dire du glyphosate comme des antibiotiques qu’il vaut mieux s’en passer, sauf en cas de réelle nécessité ».