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Tue, 22 May 2018 06:44:18 +0200

A l’Elysée et face aux eurodéputés, le PDG de Facebook en terrain miné

Données personnelles, modération, fiscalité, concurrence… Mark Zuckerberg devrait être confronté à plusieurs sujets sensibles lors de sa visite à Bruxelles et Paris.

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Mark Zuckerberg devrait être confronté à plusieurs sujets sensibles lors de sa visite à Bruxelles et Paris.

Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, est attendu cette semaine au Parlement européen et à l’Elysée. A Bruxelles, il sera interrogé par les représentants des groupes politiques au Parlement et le président de l’instance, mardi 22 mai, avant de se rendre à Paris pour notamment rencontrer Emmanuel Macron mercredi.

Alors que le rôle des grandes plateformes numériques dans la société et l’économie est de plus en plus décrié, cette visite en Europe s’annonce mouvementée pour le patron du plus grand réseau social au monde. Depuis plusieurs années, l’Europe mène la charge pour réguler les géants du numérique, tant sur les données personnelles que sur les contenus illégaux, la concurrence et la fiscalité.

Des explications sur le scandale Cambridge Analytica

Mark Zuckerberg va d’abord devoir s’expliquer sur l’affaire Cambridge Analytica, du nom de cette entreprise britannique spécialisée dans l’influence politique dont un sous-traitant a aspiré, sous le nez de Facebook, les données de 87 millions d’utilisateurs dont 2,7 millions d’Européens. Mark Zuckerberg a accepté cette invitation, lancée en plein cœur du scandale par le président du Parlement, Antonio Tajani, quelques jours après avoir décliné une invitation similaire et très pressante des parlementaires britanniques.

Hasard ou non, la venue de Mark Zuckerberg devant les eurodéputés intervient trois jours avant l’entrée en vigueur du très ambitieux règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD).

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Ce dernier imposera à partir de vendredi 25 mai des obligations plus strictes aux entreprises – y compris, bien sûr, Facebook – sur la manière dont elles traitent les données personnelles de leurs utilisateurs. Les amendes en cas de violation de ces règles – jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires mondial – donnent à ce texte une vraie force de frappe face aux géants du numérique dans un domaine où ils fuient d’ordinaire toute régulation. Facebook a beau se réjouir aujourd’hui de l’entrée en vigueur de ce texte, l’entreprise a mené, comme tous les autres géants du numérique, une bataille de lobbying colossal pour tenter d’en contrarier l’adoption. Mark Zuckerberg devra d’ailleurs compter parmi les députés qui l’interrogeront l’un des principaux artisans du RGPD et l’une des voix les plus critiques vis-à-vis des nouvelles technologies, l’eurodéputé vert allemand Jan Philipp Albrecht.

Cet entretien, mené par une poignée d’eurodéputés, n’aura cependant pas les airs de grand oral décisif dont étaient parées les deux auditions du patron de Facebook face aux parlementaires américains. La réunion, contrairement aux plans initiaux de Facebook, sera tout de même diffusée en direct sur Internet. Après avoir prévu à un simple échange à huis clos, le patron de Facebook a finalement consenti, sous la pression de plusieurs groupes politiques au Parlement européen, à plus de transparence. Une pétition en ce sens lancée par un eurodéputé avait récolté 30 000 signatures et Guy Verhofstadt, le chef des libéraux au Parlement, avait même menacé d’un boycottage.

Modération, fiscalité, concurrence…

Mark Zuckerberg sera attendu sur de nombreux autres sujets sur lesquels l’Europe a poussé les feux ces derniers mois. C’est notamment le cas de la modération des contenus. La commission européenne exhorte depuis des mois les grandes plateformes à retirer plus rapidement les contenus illégaux, en particulier la propagande djihadiste, laissant planer le spectre de mesures plus coercitives.

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Plusieurs Etats membres, notamment la France, poussent aussi pour la règle dite de « l’heure d’or », un délai d’une heure dans lequel un contenu illégal doit être supprimé par les plateformes. En Allemagne, une loi prévoit de fortes amendes en cas de non-suppression d’un contenu illégal dans les 24 heures, dont Facebook est très critique. L’entreprise espère que ce texte, regardé de près par plusieurs chancelleries européennes, ne sera pas étendu à d’autres pays européens.

Le sujet de la concurrence est également brûlant pour Facebook. L’exécutif européen a proposé il y a quelques semaines une régulation destinée à limiter le pouvoir de nuisance des grandes plateformes vis-à-vis des plus petites entreprises dont l’activité est dépendante de leur présence au sein de ces mastodontes. Devenue une arlésienne depuis quelques années, la question de la fiscalité sera sûrement abordée, car même si les Etats membres avancent en rangs dispersés, la petite musique d’une taxe visant les géants du Net, prompts à contourner l’impôt par divers montages juridiques, est de plus en plus entêtante à Bruxelles.

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Mark Zuckerberg se rendra ensuite à l’Elysée, où une source citée par Reuters lui promet des « discussions assez rudes ». Il ouvrira à 17 h 30 le convoi de chefs d’entreprises devant s’entretenir avec Emmanuel Macron, précédant face au président de la République ses homologues de Microsoft, d’Uber et d’IBM. Le patron du réseau social interviendra le lendemain sur la scène du salon Viva Technologies, en compagnie de Maurice Lévy, le président du conseil de surveillance de Publicis dans un remake de « l’e-G8 », qui avait réuni les deux protagonistes en marge du G8 en 2011. Mark Zuckerberg se rendra aussi dans les locaux parisiens du réseau social pour fêter l’anniversaire de son laboratoire dédié à l’intelligence artificielle.

Tue, 22 May 2018 06:00:28 +0200

Parcoursup : l’heure de vérité

Mardi 22 mai en fin de journée, lycéens et étudiants en réorientation recevront les premiers résultats d’admission dans l’enseignement supérieur. La réforme de l’accès aux études supérieures face à l’épreuve du réel.

Page d’accueil du site Parcoursup, avril 2018.

Plusieurs centaines de milliers de candidats, 6 millions de vœux, une loi historique et une nouvelle procédure d’affectation dans l’enseignement supérieur. Mais aussi des contestations. Mardi 22 mai, à 18 heures, la plate-forme d’entrée dans l’enseignement supérieur, Parcoursup, donnera ses premières réponses aux lycéens et aux étudiants en réorientation. Cette date est aussi le baptême du feu pour la nouvelle procédure d’accès à l’enseignement supérieur incarnée par cette plate-forme, Parcoursup, qui remplace l’ancien système, Admission post-bac (APB).

810 000 candidats

Au total, ce sont 810 000 candidats qui se connecteront mardi à Parcoursup pour savoir s’ils ont reçu, ou non, une proposition d’admission correspondant à un ou à plusieurs de leurs vœux. Cela représente un chiffre record, bien supérieur aux 761 650 de 2017. La raison est, entre autres, l’arrivée dans les études supérieures des enfants du boom de l’an 2000, mais aussi une augmentation du nombre de jeunes choisissant de continuer leurs études dans le supérieur. Au total, ce sont un peu plus de 6 millions de vœux qui ont été enregistrés.

Les réponses qui commenceront à tomber mardi 22 mai sont le résultat d’une procédure inédite introduite par la loi orientation et réussite des étudiants (ORE), promulguée le 8 mars. Cette réforme de l’accès aux études supérieures, et plus particulièrement à l’université, repose sur deux piliers principaux. D’abord, l’instauration d’un examen des dossiers des candidats pour accéder aux licences universitaires, qui étaient jusqu’ici non sélectives. Mais aussi la mise en place de cette nouvelle plate-forme, Parcoursup, remplaçant Admission post-bac, qui présidait depuis plus de dix ans aux destinées des lycéens dans le supérieur.

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D’APB à Parcoursup

Ce sont les déboires de cette plate-forme APB, à l’été 2017, qui avaient permis à la toute fraîchement nommée ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, de lancer sur les chapeaux de roue cette réforme promise par le candidat Macron durant la présidentielle. En cause : les centaines de milliers de jeunes qui n’avaient encore reçu, au début de juin 2017, aucune proposition d’admission. Mais le gouvernement a surtout su s’appuyer sur le « scandale » de l’utilisation du tirage au sort à l’entrée des filières universitaires en tension (sports, psychologie, etc.) pour faire aboutir sa réforme, en un peu plus de six mois.

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Cette réforme a la particularité d’avoir été en partie appliquée avant son adoption définitive par le Parlement, en février. Dès le mois de décembre, les équipes pédagogiques des universités ont fait remonter au ministère la liste des compétences « attendues » dans leur formation. En janvier, alors que les candidats étaient déjà invités à entrer leurs vœux sur Parcoursup, les universitaires ont dû détailler les « critères » qu’ils souhaitaient prendre en compte pour vérifier que les candidats qui postulent à leurs formations ont bien ces compétences : notes de terminale, avis du conseil de classe, activités extrascolaires, etc.

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Une procédure contestée

Alors que l’opposition à la réforme, accusée de mettre en place la sélection à l’entrée de l’université, n’avait mobilisé que faiblement à la fin de l’année 2017, celle-ci devient plus prégnante en mars et en avril. Outre certaines équipes universitaires qui refusent de participer à l’examen des dossiers des candidats et à les « classer », les blocages de facultés se multiplient.

A la fin de mars, à l’université de Montpellier, l’évacuation violente d’un amphithéâtre occupé par des étudiants opposés à la loi ORE porte l’attention médiatique sur une mobilisation étudiante jusqu’alors invisible. Elle lui sert aussi de catalyseur. Pendant tout le mois d’avril et jusqu’à la mi-mai, une quinzaine d’universités (sur soixante-dix), pas toujours les mêmes, voient leur fonctionnement perturbé par des blocages partiels ou totaux. Face à la fermeté du gouvernement, et à l’incapacité du mouvement à faire descendre massivement les étudiants dans la rue, le blocage des examens devient un moyen d’action.

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Parcoursup, à l’épreuve du réel

Aujourd’hui, le mouvement de contestation est en fort recul, et les commissions d’examen des vœux ont terminé leur travail. Le ministère de l’enseignement supérieur insiste sur le fait que le 22 mai n’est pas une date « fatidique » dans la mesure où elle ne correspond qu’aux premiers résultats de Parcoursup.

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Il multiplie à cet égard les messages aux candidats leur expliquant qu’ils ne doivent pas s’inquiéter s’ils n’ont pas tout de suite une réponse à leurs vœux, que la procédure est maintenant « progressive ».

En effet, à l’occasion de cette réforme, le choix a été fait de ne pas demander aux candidats de classer leurs vœux par ordre de préférence. Auparavant, ce classement permettait à l’algorithme d’APB de leur proposer automatiquement une seule formation, la plus haute possible. Dorénavant, ils recevront des réponses pour chacun de leurs vœux — « oui », « oui si », « en attente », et « non » pour les filières sélectives —, auxquelles ils devront à leur tour répondre dans un temps imparti pour libérer des places.

Un grand nombre de candidats devraient donc recevoir des réponses « en attente » mardi soir, les meilleurs d’entre eux monopolisant, au moins dans un premier temps, de nombreuses places. De la rapidité avec laquelle ils libéreront ces places dépendra l’efficacité de la procédure. De la capacité à donner une place dans l’enseignement supérieur à tous ceux qui le souhaitent, comme la ministre l’a souvent promis face aux contestations, dépendra l’acceptation de la réforme. Réponse d’ici à quelques semaines.

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Tue, 22 May 2018 05:00:15 +0200

Qualité de l’air : Paris à la traîne des capitales européennes

Copenhague, Amsterdam et Oslo sont en tête du premier classement des villes européennes en termes de mobilité et de qualité de l’air réalisé par Greenpeace.

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Embouteillage près de la place de la Concorde à Paris.

Copenhague, Amsterdam, Oslo. Voilà le trio de tête du premier classement des capitales européennes réalisé par Greenpeace sous le prisme de la mobilité et de la pollution de l’air. Publié mardi 22 mai, Le Monde en dévoile les résultats.

Paris émerge en milieu de tableau, à la 7e place, également devancée par Zurich (4e) – préférée à Berne pour la Suisse –, Vienne et Madrid. Elle coiffe d’une courte tête Bruxelles (8e). Suivent Budapest, Berlin, Londres, Moscou et Rome, la lanterne rouge.

Pour établir ce classement, Greenpeace a fait appel à l’Institut Wuppertal. Spécialisé dans les questions liées au changement climatique et à la transition énergétique, le centre de recherche allemand a passé au crible treize grandes villes. Afin de mesurer et comparer leurs performances en termes de « mobilité durable », l’Institut Wuppertal a sélectionné vingt et un critères répartis en cinq catégories : transports publics (densité de stations, pourcentage de trajets en transport en commun ou prix du billet), sécurité routière (accidents et décès de cyclistes et de piétons), qualité de l’air (exposition au dioxyde d’azote et aux particules fines), gestion des déplacements (embouteillages, prix des parkings, vélos et autos partagés, zones à basse émission) et mobilités actives (part de la marche et du vélo dans les déplacements, espaces verts dans la ville). Les chercheurs ont ensuite attribué des notes sur 20 pour chaque catégorie avec un total maximal de 100 points.

Congestion du trafic

Avec un score de 38,75 sur 100, Paris est loin de la moyenne. Berlin et Londres, deux capitales avec lesquelles elle rivalise sur la scène internationale, font pire avec 34,50 chacune. Elle se consolera aussi en constatant que seules les trois villes sur le podium obtiennent la moyenne et qu’aucune ne décroche de mention : Copenhague (57), Amsterdam (55) et Oslo (50).

Si le trio de tête n’a pas vraiment surpris les chercheurs, tant ces trois villes du nord de l’Europe sont réputées depuis des années comme des paradis pour les cyclistes, la mauvaise place de Paris a été une découverte. « Les analyses empiriques nous ont apporté des résultats inattendus comme le classement bas de Paris », commente Santhosh Kodukula, qui a piloté l’étude pour l’Institut Wuppertal.

« Paris est souvent citée au niveau international comme un très bon exemple en matière de mobilités et nous avions en tête les annonces audacieuses de la ville telle l’interdiction du diesel d’ici à 2024. Nous nous attendions donc à retrouver des actions aussi audacieuses sur le terrain. Or ce que nous avons constaté avec l’étude, c’est qu’il y a des aspects qui méritent encore de gros efforts », relève le chercheur.

Principal point noir, la qualité de l’air. La maire de Paris, Anne Hidalgo, en a fait l’un des combats de son mandat avec notamment la fermeture des voies sur berge à la circulation. Sur ce critère, Paris arrive en 12e position avec la note de 9,50/20. Pas brillant. Seul Moscou fait (beaucoup) moins bien, avec 3,50.

L’évaluation se fonde sur les niveaux d’émissions pour l’année 2017 des trois principaux polluants : le dioxyde d’azote (NO2) – pour lequel la Commission européenne vient de renvoyer la France devant la justice –, les particules fines PM10 (de diamètre inférieur à 10 micromètre) et PM2,5 (inférieur à 2,5 µm). Les Parisiens sont exposés à des valeurs annuelles qui dépassent largement les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour le NO2 (40µg/m3) et pour les PM2,5 (10µg/m3). Oslo est la seule ville qui respecte les normes de l’OMS sur l’ensemble des polluants.L

Autre point noir, la congestion du trafic. Paris est l’une des capitales les plus engorgées. Le temps de transport moyen est augmenté d’environ 38 % à cause des difficultés de circulation. Des bouchons en hausse de 10 % en 2017 en Ile-de-France, selon une étude récente réalisée par l’application d’information routière V-Traffic.

Paradoxalement, la part de la voiture dans les déplacements des Parisiens (15,8 %) est la plus faible comparée aux autres capitales. Elle atteint ainsi 34 % pour le champion, Copenhague. Paris a un handicap insurmontable par rapport aux leaders du classement : sa population totale (petite couronne comprise) et sa densité (21 000 habitants au km²), plus de deux fois supérieure à celle de la capitale du Danemark (9 000 habitants/km²).

Sans surprise, Paris est en revanche bien notée (2e) pour ses transports publics. Mais les auteurs précisent qu’un bon réseau n’est pas suffisant. Ils encouragent ainsi les pouvoirs publics à faire une plus grande place au vélo. La bicyclette ne représente que 3 % des déplacements des Parisiens, contre 30 % pour les habitants de Copenhague. Les rues de la capitale danoise sont organisées autour des besoins des piétons et des cyclistes, notent les auteurs : « Les voitures ne dominent pas, elles sont seulement un autre usage de l’espace. »

« Paris est toujours asphyxiée par la pollution de l’air, car ses rues sont encore trop encombrées par les voitures, commente Sarah Fayolle, de Greenpeace France. A l’image de Copenhague, Amsterdam ou Oslo, qui privilégient la santé de leurs habitants et l’environnement, Paris doit se montrer à la hauteur de ses ambitions et avancer très concrètement vers l’objectif qu’elle s’est fixé d’une ville libérée de la voiture individuelle. » Anne Hidalgo cite souvent Copenhague en modèle. Elle sait ce qui lui reste à faire.

Mon, 21 May 2018 06:27:11 +0200

Cinéma d’animation : pourquoi les écoles françaises rayonnent à l’étranger

Formés dans les meilleures établissements d’un pays pionnier en la matière, les jeunes diplômés français sont immergés dans une culture valorisant l’art et l’animation.

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Des étudiants à leurs tables à dessin, à l’Ecole de l’image des Gobelins, à Paris, en 2009.

« Nous avons la chance d’avoir des écoles qui enseignent l’animation de la manière la plus professionnelle possible », témoigne Arina Korczynski, diplômée de l’école des Gobelins, à Paris. A 24 ans, fraîchement diplômée, cette Française a rejoint le campus californien de Pixar, en Californie. Pour un salaire annuel d’environ 40 000 euros, elle y a joué « le rôle de la caméra en dessinant », c’est-à-dire créé le story-board d’une des futures grosses productions dont la société d’animation, multi-oscarisée, a le secret.

Aux Etats-Unis, le cinéma d’animation atteint une autre dimension. « Les studios américains produisent des films qui plaisent au plus grand nombre. Avec un budget moyen de 140 millions d’euros par film, contre 7 millions en France », chiffre Moïra Marguin, responsable du département cinéma d’animation de l’école des Gobelins, une référence planétaire.

« Les Américains peuvent s’offrir les meilleurs talents de la terre », poursuit celle qui est aussi vice-présidente du Réseau des écoles françaises de cinéma d’animation (RECA), qui fédère vingt-cinq établissements français du secteur.

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A l’instar de Pixar ou DreamWorks, les plus prestigieux studios internationaux, européens et français viennent recruter de jeunes diplômés dans les écoles de l’Hexagone connues et reconnues, telles que les Gobelins, à Paris, Supinfocom Rubika, à Valenciennes (Nord), ou MOPA (Motion Picture in Arles), à Arles (Bouches-du-Rhône), pour ne citer que celles qui figurent dans le top 10 du classement international des écoles d’animation (respectivement 2e, 3e et 6e), publié par le site anglophone Animation Career Review.

Rêve américain

Animateurs 3D, story-boarders ou spécialistes en effets spéciaux, les talents nécessaires sont même repérés en amont des diplômes, lors de séances de workshops dans ces écoles. « Mais l’appréciation de cette exportation des jeunes talents français est disproportionnée », tempère Moïra Marguin. Sur les vingt-cinq étudiants que comptait la promotion 2017 des Gobelins, seuls deux diplômés ont traversé l’Atlantique, dit-elle.

« Chez Pixar, il y avait des gens de partout et notamment beaucoup de Canadiens », confirme Arina Korczynski, désormais de retour en Europe, chez Cartoon Saloon, un studio irlandais qui compte trois films nominés aux Oscars.

Alors que le rêve américain ne dure généralement pas plus de dix-huit mois – un visa de travail de plus longue durée est très difficile à obtenir –, Gérald Blaise, 37 ans, installé à San Francisco (Californie), fait figure d’exception. Depuis 2015, il a notamment travaillé sur les films Star Wars et Transformers, comme lead modeler chez Lucas Film-Industrial Light and Magic (ILM), la compagnie pionnière des effets visuels créée par le réalisateur George Lucas dans les années 1970.

Ce diplômé d’ARTFX, à Montpellier, reconnue comme l’une des meilleures écoles européennes dans le monde des effets spéciaux, a fait ses armes à Paris, puis à Londres, en tant que modeler et concept artist, sur des films comme Harry Potter, Prometheus ou X-Men. ILM s’est intéressé à lui pour ses concepts et modèles de vaisseaux spatiaux, robots et véhicules. Son atout ? « La culture de la bande dessinée franco-belge et des mangas, très populaires en France, mais pas aux Etats-Unis ni au Royaume-Uni », juge le créateur français.

« En France, on baigne dans une culture visuelle »

Générale, artistique, littéraire ou de l’image, la culture revient sur toutes les lèvres, quand il s’agit de définir ce qui caractérise les diplômés français qui travaillent dans le secteur de l’animation. « En France, on baigne dans une culture visuelle, abonde Cécile Carre, story-boarder chez The SPA Studios (Sergio Pablos Animation), à Madrid (Espagne). C’est un pays où la culture est encouragée et accessible. Nous avons accès à de nombreuses sources et à des styles graphiques différents avec, notamment, la BD d’auteurs, les romans graphiques et toute l’histoire de la peinture. De plus, il y a des écoles d’animation partout en France. »

Approchée un an avant son diplôme des Gobelins par le studio madrilène à l’origine du concept de Moi, moche et méchant, la franchise 3D animée, la jeune femme « traduit » actuellement en dessins le scénario de Klaus, un film sur l’origine du Père Noël.

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Pour comprendre la place qu’occupe actuellement la France dans le paysage actuel du cinéma d’animation, formations incluses, Thierry Brionnet, directeur pédagogique d’Isart Digital (école de jeu vidéo et d’animation 3D en alternance, à Paris), invite à remonter le temps. « Dans les années 1980, la France était en pointe dans le développement des logiciels en lien avec le cinéma d’animation 3D, qui existe depuis la fin des années 1970, rappelle-t-il. Les studios français étaient alors plus importants que les studios étrangers. En parallèle, les écoles ont été précurseuses en France et nos formations sont désormais très recherchées à l’étranger, où elles sont plus courtes et plus spécialisées. »

« Un savoir-faire reconnu »

Responsable de section 3D à l’Ecole supérieure des métiers artistiques (Esma), à Toulouse, Yann Pannetier met en exergue la spécificité des formations françaises : « A la différence des Anglo-Saxons, nous ne formons pas des spécialistes, mais des généralistes de très haut niveau. » Régulièrement en quête de jeunes diplômés français, Hannah Price, recruteuse au studio d’animation Mill, à Londres, confirme que « la norme du travail des étudiants français est très élevée ». « Nous ne sommes pas les meilleurs, ni les seuls, mais nous avons un savoir-faire reconnu et très spécifique à la France », résume Moïra Marguin.

Ce savoir-faire français s’exporte désormais à l’étranger. Supinfocom Rubika a ouvert une école à Puné (Inde) et une à Montréal (Canada). L’Ecole Georges-Méliès, à Orly (Val-de-Marne), est présente à Sao Paulo (Brésil). Celle des Gobelins a fait un autre choix : l’ouverture d’une classe anglophone à Paris, dont la première promotion sera diplômée en 2018.

« La qualité des diplômés ne tient pas seulement à la qualité des contenus des programmes de formation, avance la responsable du département cinéma d’animation de l’école parisienne. Un Américain qui vient se former en France n’a pas besoin de parcourir 1 000 kilomètres, comme dans son pays, pour être dépaysé. Il se promène dans une encyclopédie vivante : c’est toute la culture française qui s’offre à lui. »

Une industrie florissante

Selon Moïra Marguin, la fameuse « French touch » s’exprime d’abord en France dans toute sa diversité culturelle, « elle est soutenue par la volonté du gouvernement de développer le marché du cinéma avec, notamment, la mise en place de quotas de programmation et de diffusion de films français ».

Dans une industrie du cinéma d’animation florissante, la France occupe d’ailleurs la troisième place mondiale derrière les Etats-Unis et le Japon. Elle peut même s’enorgueillir d’être en tête au niveau européen, avec 40 % de la production de l’Union européenne.

Une situation qui inspire une envolée lyrique à Charlie Bonifacio, superviseur en animation senior aux SPA Studios, à Madrid : « La France doit continuer à soutenir l’industrie et les artistes de l’animation dans tous les domaines, de l’enseignement et de la production. Cet amour, ce désir et cette passion pour l’art sont ce qui va continuer à produire un grand talent artistique français et donner à la “French touch” l’occasion de continuer à s’épanouir. »

Isabelle Maradan

  • Le Monde publiera, dans son édition datée du 24 mai, un supplément de huit pages consacré aux écoles dans les secteurs de l’excellence française – la fameuse « french touch » –, qui permettent à leurs diplômés de partir étudier ou travailler à l’étranger. Ses articles sont progressivement mis en ligne sur cette page.

    Le Forum Expat 2018, organisé par le groupe Le Monde mardi 5 et mercredi 6 juin à la Cité de la mode et du design, à Paris, réunira de nombreux acteurs de l’expatriation et d’anciens expatriés, pour permettre aux candidats au départ de s’informer pour travailler, entreprendre, vivre au quotidien et gérer son patrimoine à l’étranger. Sont également prévues des conférences thématiques animées par des journalistes de Courrier international et des experts en mobilité. Entrée gratuite, préinscription recommandée.

Sat, 19 May 2018 09:54:52 +0200

Berger, Martinez et Pavageau ensemble pour les fonctionnaires

Les leaders des confédérations syndicales défileront le 22 mai contre les projets de réforme de la fonction publique.

Manifestation pour la défense de la fonction publique, le 10 octobre 2017 à Paris.

Ils seront bien tous là. Mardi 22 mai, Laurent Berger (CFDT), Philippe Martinez (CGT), Pascal Pavageau (FO), François Homméril (CFE-CGC) et Philippe Louis (CFTC), les numéros un des confédérations représentatives au niveau interprofessionnel, seront en tête de la manifestation parisienne aux côtés d’autres leaders syndicaux pour défendre les fonctionnaires. Une photo de famille rare en ces temps de désunion syndicale. Mais la fonction publique vaut bien une exception.

Le 22 mai, les neuf syndicats représentatifs de la fonction publique (CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU, Solidaires, CFTC, CFE-CGC et FA-FP) appellent les 5,6 millions d’agents à faire grève et à défiler contre les projets du gouvernement les concernant. En cause notamment : le projet de supprimer 120 000 postes, le gel du point d’indice qui sert à calculer les rémunérations, le rétablissement du jour de carence en cas d’arrêt maladie ou encore la simple compensation de la CSG.

« Symbolique forte »

Pour M. Homméril, qui a remanié son agenda pour pouvoir être présent, « la symbolique est forte ». « Nous sommes à un moment de tensions très vives car le gouvernement ne sait pas s’y prendre avec les syndicats, expliquait au Monde le président de la CFE-CGC, début mai. Il n’a ni le savoir-faire ni la culture. Sur le service public, où l’urgence est peut-être encore plus forte qu’ailleurs, c’est important qu’il y ait quelque chose qui aide à la prise de conscience du gouvernement. »

Depuis avril, l’exécutif a lancé, dans un climat de défiance, deux des quatre chantiers de la refondation du contrat social qu’il souhaite mettre en place avec les fonctionnaires. Ces premières discussions portent sur le dialogue social et le recours accru aux contractuels. Suivront la rémunération au mérite et les plans de départs volontaires.

Dans le cadre du Comité action publique 2022, un rapport d’experts, attendu prochainement et qui doit préconiser...