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Sun, 17 Jun 2018 09:33:08 +0200

Bulletin hebdomadaire des nouvelles d’Afrin #18

Nous publions toutes les semaines les bulletins hebdomadaires des nouvelles d’ Afrin, écrits et traduits en français par le Centre d’Information de la Résistance d’Afrin. Les bulletins informent à la fois sur la situation militaire, politique et humanitaire autour d’Afrin et plus largement au nord de la Syrie, sur les initiatives de solidarité exprimées à travers le monde et analysent les prises de positions des différents acteurs politiques.

Créé au début de l’offensive turque sur Afrin, le Centre d’Information de la Résistance d’Afrin dispose d’un compte twitter, d’une chaîne Youtube et d’un site internet, où sont publiés les bulletins mais aussi des dossiers d’information écrits directement par le centre ou par différentes institutions du Nord-Syrie (Croissant Rouge du Kurdistan, TEV-DEM…) ; des analyses politiques de la situation ; des photos et vidéo documentant les crimes de guerre, la résistance populaire et témoignant du quotidien des populations d’Afrin, maintenant pour la plupart devenues réfugiées.

La plupart des informations sont en anglais mais des traductions régulières vers le  français sont effectuées, comme c’est le cas pour tous les précédents bulletins, que vous pouvez aussi trouver sur le site.

Les développements autour d’Afrin – du 8 au 14 juin 2018 Introduction 

Avec la défaite de l’Etat islamique en Syrie et particulièrement après la libération de Raqqa à l’Octobre 2017, l’Etat turc a intensifié ses menaces et attaques contre la Fédération Démocratique du Nord de la Syrie. Dans ce contexte, la Turquie a commencé sa guerre d’invasion à Afrin le 20 janvier, transgressant le droit international et violant la souveraineté de son pays voisin. L’armée turque a déclenché cette guerre en coopération avec des groupes djihadistes issus des rangs de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Beaucoup d’entre-eux sont liés à Al-Qaïda à l’auto-proclamé Etat islamique. À compter de début mars, tous les districts et la ville d’Afrin ont été sous les bombardements de l’aviation, de l’artillerie et des drones de l’armée turque, qui ont particulièrement ciblé les civils. Les 17 et 18 mars, plus de 200 000 personnes ont quitté Afrin et ont été évacués de la ville afin d’éviter un génocide physique. Depuis, la majorité des personnes sont réfugiées dans le canton de Shehba, sans garanties pour leur sécurité ni soutien international. Dans cette nouvelle étape de la guerre, la confrontation entre les puissances internationales et leurs intérêts se fait plus intense de jour en jour. 

Les développements de la semaine dernière autour d’Afrin 

Après 144 jours de résistance contre la deuxième plus grande armée de l’OTAN, des centaines de personnes du canton d’Afrin sont toujours déplacées de leurs terres et font face à des conditions de vie difficiles. L’armée turque et ses alliés de l’ASL appliquent des politiques de nettoyage ethnique, d’assimilation et de colonisation, empêchant la population de retourner dans leurs villages et poursuivant les préparatifs pour annexer la région d’Afrin au territoire de l’Etat turc. Actuellement, la résistance des forces YPG-YPJ dans tous les districts du canton d’Afrin continue ainsi que la résistance des personnes déplacées d’Afrin dans la région de Shehba. 

Afrin 

La semaine dernière, les autorités turques, avec la collaboration de groupes djihadistes soutenus par la Turquie, ont lancé une campagne de détention massive dans les districts de Rajo, Shiye et Afrin. Toutes les personnes arrêtées ont été amenées dans des lieux inconnus. Toujours dans la nuit du 9, la police turque a mené des opérations de raid contre des maisons et des magasins civils dans les districts de Rajo et Jinderse [1]. Selon le décompte d’Afrin Activist, les groupes de miliciens ont arrêté plusieurs personnes dans le village Qastal Kishak de la ville de Sharran [2]. Une source fiable a déclaré à l’agence ANHA que les forces turques avaient enlevé cinq civils du village de Kabashin, dans le district de Sherawa, dans le canton d’Afrin. La même source dit que pour la libération des addicts, les soldats demandent aux familles de verser une rançon de 1.000 dollars américains par personne [3]. 

La répression continue toujours contre les personnes qui participaient activement à l’auto- administration démocratique au cours des sept dernières années. Dans le centre-ville d’Afrin, les maisons d’un politicien actif, Jahid Agha Rubari, ont été détruites par les milices avec l’aide des forces de renseignement turques. Lui et sa famille ont été menacés [4]. Toujours selon Afrin Activist, le membre fondateur du groupe Afrin Media Center, Salah Al-Safi, qui tente de dénoncer les violations et les abus humains de l’armée turque et de leurs factions armées soutenues dans le canton d’Afrin, a été arrêté le 10 juin dernier [5]. 

Des affrontements violents, avec des armes lourdes, entre la Brigade du Sultan Mohammed Al- Fateh et Ahrar Al-Sharqiya ont eu lieu dans le centre de la ville d’Afrin. Au début, les autorités turques n’ont pas réussi à arrêter les affrontements entre les deux parties qui se sont produits sur la place du centre-ville, la place Azadî. Cinq personnes ont été tuées à la suite des affrontements, dont deux civils, dix personnes ont également été blessées [6]. 

Des sources proches du réseau Afrin activists ont révélé la présence de Massoud Ibo (Abu al-Majd Kumla) dans une prison de la ville turque d’Entebbe, une semaine après son arrestation par les services secrets turcs. Les sources confirment également que la famille d’Ibo avait présenté une demande de visite au Procureur général turc, mais qu’elle a été refusée parce que la période d’enquête n’est pas terminée. L’agence de renseignement turque a nommé Ibo à la tête du service de renseignement à Afrin avant de l’arrêter pour avoir divulgué des informations [7]. 

Les forces de l’opération “Colère des Oliviers” à Afrin ont éliminé aujourd’hui Ehmed Misto, surnommé Abu Aslan al-Kurdi, commandant du groupe djihadiste d’al-Jabha al-Shamiya, au centre du district de Shiye, dans le canton d’Afrin [8]. ] 

Une faction de l’opération «Rameau d’olivier» a expulsé à Afrin des familles déplacées qui payaient un loyer aux propriétaires kurdes de leurs maisons. Des centaines de familles se préparent à retourner dans la Ghouta orientale [9]. 

Shehba et Syrie du Nord 

Le commandant du Conseil militaire de Manbij, Mohammed Abu Adel, a déclaré dans une interview que “nos forces ne permettront à aucune puissance extérieure d’entrer dans Manbij”, après les menaces lancées par le gouvernement turc. Abou Adel se souvient que ce sont les forces YPG qui ont vaincu l’Etat islamique à Manbij et formé par la suite les forces militaires de Manbij. Maintenant les forces YPG / YPJ se sont retirées et il ne restait plus que “des conseillers des unités de protection du peuple qui étaient restés pour former les forces de Manbij. Le Conseil militaire et les combattants reçoivent à présent une formation des forces de la Coalition internationale “[10]. 

Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) ont terminé la première semaine de la campagne pour libérer Al-Dashisha dans la campagne d’Al-Hasaka avec des progrès sur les axes de combat est et ouest, selon le plan préparé par le centre des opérations pour infliger de lourdes pertes dans les rangs de Daesh. Les FDS ont pu progresser de 9 km dans l’axe est et de 13 km dans l’axe ouest. Jusqu’au 11 juin, les FDS ont également libéré 12 villages et 15 fermes [11]. 

Les habitants du village de Tel Qerah à Afrin ont dénoncé les pratiques de l’armée turque et ont appelé la communauté internationale à fournir aide et assistance aux habitants d’Afrin pour qu’ils retrouvent leurs foyers et leurs terres. La déclaration a été lue par le membre du Comité d’éducation de la Société démocratique, Alia Abdu, en kurde, et le membre du conseil du village de Tel Qerah, Mohammed Bako, en arabe [12]. 

Le vendredi 8, une mine antipersonnelle laissée par les forces soutenues par la Turquie dans le district de Tel Rifat du canton de al-Shahba a explosée sur une famille de déplacés du district de Rajo,occasionnant la mort de 4 membres de la famille et en blessant gravement 4 autres [13]. 

Une université turque a annoncé mercredi qu’elle ouvrirait un campus dans l’une des régions du nord de la Syrie sous le contrôle de l’armée turque et de ses alliés syriens rebelles, renforçant le rôle d’Ankara dans une zone qu’elle occupe depuis près de deux ans et démontrant que l’occupation est une perspective de long terme [14]. 

Turquie, Irak, Syrie, Iran 

La déclaration du “Mouvement pour la Libération d’Idlib et d’Afrin”, clarifie l’intention de libérer Afrin et Idlib, de construire là-bas un véritable conseil civil et de faire de la Syrie un lieu de vie pour permettre à tous les réfugiés syriens du monde entier de rentrer dans leur pays. 

Des soldats italiens ont été envoyés à Deir ez-Zor en Syrie pour soutenir les forces kurdes syriennes dans la guerre contre l’Etat islamique (EI), a annoncé l’agence turque Anadolu. Le nombre de soldats italiens reste inconnu, mais ils n’ont été engagés dans aucune opération militaire jusqu’à présent [15]. 

L’Etat islamique a exécuté une trentaine de ses membres dans une région proche de la frontière syrienne avec l’Irak, a déclaré mardi un responsable paramilitaire de l’Anbar. Qutri al-Samarmad, un leader des forces de mobilisation tribale à Anbar, a déclaré que “l’Etat islamique a exécuté une trentaine de ses membres dans la région de Hegeen en Syrie, près de la ville d’al-Bu Kamal, à la frontière avec l’Irak du côté de la ville de Qaim dans l’Anbar “[16]. 

La Turquie a achevé la construction du mur le long de la frontière syrienne, ont annoncé les autorités turques le samedi 9 septembre. Selon les autorités turques, le nouveau mur s’étend sur environ 764 kilomètres (475 miles) le long de la frontière syro-turque [17]. 

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré que son pays était prêt à attaquer le nord de l’Irak si le gouvernement central irakien n’agissait pas contre les groupes militants kurdes dans ce pays. Une action militaire serait également à Sinjar et à Makhmur, a-t-il ajouté. Les forces militaires turques ont régulièrement franchi la frontière avec l’Irak, sans autorisation légale du gouvernement irakien, pour mener des opérations contre les positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans la région montagneuse de Qandil, située à environ 40 kilomètres au sud-est de la frontière turque dans la province irakienne d’Erbil [18]. L’Iran a également exprimé son soutien à une éventuelle opération turque contre les forces kurdes juste au-dessus de sa frontière dans le nord de l’Irak, a annoncé mardi le ministre turc de la Défense, Nurettin Canikli [19]. 

Le chef nationaliste Moqtada al-Sadr et le chef de la milice soutenue par l’Iran, Hadi al-Amiri, qui ont respectivement remporté la première et la deuxième place lors des élections législatives irakiennes en mai, ont annoncé mardi une alliance entre leurs blocs politiques. Cette décision annoncée depuis la ville sainte chiite de Najaf est un premier pas important vers la formation d’un nouveau gouvernement après des semaines de négociations entre les partis [20]. 

Le régime AKP-MHP a augmenté la pression et les attaques contre le HDP. Selon un rapport rédigé par le HDP, au moins 208 de ses membres ont été arrêtés au cours des 45 derniers jours en raison du rôle clé du parti dans les élections, 16 membres du HDP emprisonnés et au moins 57 attaques contre divers bureaux du parti ont eu lieu dans le même laps de temps [21]. 

Solidarité avec Afrin 

Le congrès de l’ARCI, une importante association de projets culturels et solidaires en Italie (anciennement l’association culturelle du Parti Communiste d’Italie) a approuvé une motion en faveur du Rojava [22]. 

Séamas Carraher, poète et écrivain ouvrier né au sud de Dublin, en Irlande, a écrit et publié un poème pour le peuple d’Afrin. Carraher a beaucoup écrit sur le Rojava et le Kurdistan ces trois dernières années et il a consacré plus d’une œuvre poétique aux Kurdes [23]. 

Déclarations et analyses 

Le secrétaire de la Défense des USA Jim Mattis a déclaré aux journalistes mercredi qu’il n’abandonnerait pas les forces démocratiques syriennes (FDS). Malgré l’accord américain avec la Turquie concernant Manbij [24], les Etats-Unis resteront dans le nord de la Syrie, même après la défaite de l’EI [25]. 

Le Conseil militaire d’Al-Bab a publié une déclaration confirmant le rejet de toute présence de l’occupation turque dans la ville d’al-Bab ou dans toute autre ville syrienne. Le Conseil a appelé la communauté internationale et les pays actifs dans les affaires syriennes à faire pression sur les Turcs pour qu’ils se retirent d’Al Bab et du nord de la Syrie, et pour aider à revenir chez elles les personnes déplacées par les violations commises par la Turquie et de ses mercenaires [26]. Le Conseil militaire de Jarablus a également condamné les violations quotidiennes commises par les groupes soutenus par la Turquie dans la ville de Jarablus et a appelé la communauté internationale à faire pression sur l’Etat turc pour qu’il se retire de Jarablus et de toutes les villes syriennes qu’il occupe [27]. 

Elham Ahmed, coprésidente du Conseil Démocratique Syrien (CDS), a confirmé que le CDS est préparé au dialogue et à ouvrir des négociations directes avec le régime syrien si ce dernier est prêt à entamer une telle démarche [28]. 

Aux premières heures du matin du mercredi 13 juin, les bureaux du Centre de la Société démocratique kurde (NAV-DEM) et du Centre kurde des relations publiques de Civaka Azad à la Residenzstrasse à Berlin ont été envahis par la police allemande. Dans le même temps, les appartements privés d’au moins cinq personnes membres du conseil d’administration de NAV-DEM Berlin ont été fouillés. NAV-DEM condamne les raids contre les institutions kurdes à Berlin et appelle le gouvernement allemand à cesser de céder aux pressions turques [29]. 

Sources et informations supplémentaires : 

[1] https://twitter.com/afrinactivists/status/1005413961964060673 [2] https://twitter.com/afrinactivists/status/1005791706854445057 

[3] https://www.hawarnews.com/en/haber/turkish-occupation-kidnaps-civilians-forces-them-to-pay- ransom-h1936.html 

[4] https://twitter.com/afrinactivists/status/1005095053671444482 [5] https://twitter.com/afrinactivists/status/1005779260794077184 

[6] https://www.almasdarnews.com/article/infighting-between-turkish-backed-militants-in-syrias- afrin-kills-several/ 

[7] https://twitter.com/afrinactivists/status/1005933816991580161
[8] https://www.hawarnews.com/en/haber/wrath-of-olives-eliminated-mercenary-ahmed-mesto- 

h1910.html
[9] http://www.syriahr.com/en/?p=95084 

[10] https://kurddaily.com/inde.php/2018/06/09/abu-adel-our-forces-will-not-allow-any-external- force-to-enter-manbij/ 

[11] https://sdf-press.com/en/2018/06/in-the-first-week-liberation-of-12-villages-and-15-farms/
[12] https://www.hawarnews.com/en/haber/afrin-refugees-in-tel-qerah-denounced-turkish-practices- 

h1944.html
[13] https://www.hawarnews.com/en/haber/mine-blasted-in-tel-rifat-left-6-victims-h1909.html 

[14] https://uk.reuters.com/article/uk-mideast-crisis-turkey-syria-universit/turkish-university-to- open-campus-in-northern-syria-idUKKCN1J224Y 

[15] https://defence.az/en/news/128027
[16] https://www.iraqinews.com/iraq-war/islamic-state-executes-30-members-in-syria-near-borders- 

with-iraq/
[17] https://www.almasdarnews.com/article/turkey-completes-construction-of-massive-border-wall/ 

[18] https://www.presstv.com/Detail/2018/06/08/564275/Turkey-Erdogan-Iraq-PKK-YPG-Qandil- Sinjar-Makhmur 

[19] https://theregion.org/article/13634-iran-supports-attack-on-qandil-mountains-turkish-defense- minister 

[20] https://theregion.org/article/13633-iraq-039-s-sadr-amiri-announce-political-alliance 

[21] https://anfenglish.com/news/hdp-report-over-200-detentions-a-attacks-in-45-days-27384 

[22] https://anfenglish.com/news/italian-association-arci-pledges-to-support-kurds-in-rojava-27396 

[23] https://anfenglish.com/features/irish-poet-writes-poem-for-the-people-of-afrin-27386 

[24] https://theregion.org/article/13603-us-defense-secretary-mattis-say-they-will-not-drop-support- for-sdf 

[25] https://www.defense.gov/News/Transcripts/Transcript-View/Article/1545079/press-conference- by-secretary-mattis-at-the-nato-defense-ministerial-brussels-b/source/GovDelivery/ 

[26] https://www.hawarnews.com/en/haber/al-bab-military-council-condemned-turkeys-occupation- practices-h1927.html 

[27] https://www.hawarnews.com/en/haber/jrablos-military-council-commented-on-turkish- violations-h1946.html 

[28] https://www.hawarnews.com/en/haber/elham-ahmed-we-are-fully-prepared-for-direct- negotiations-with-regime-h1938.html 

[29] https://anfenglish.com/news/nav-dem-condemns-raids-on-kurdish-institutions-in-berlin-27415 

ROJINFO

Sun, 17 Jun 2018 08:58:47 +0200

Émeutes dans les prisons iraniennes pour stopper l’exécution d’un jeune Kurde

Une vingtaine de prisonniers dont Ramin Hossein Panahi ont été blessés lors d’une bagarre à la prison de Sanandaj, où il est détenu. Celle-ci avait éclaté lorsqu’un groupe de prisonniers a tenté d’empêcher les gardes de sortir Panahi de la prison. Son exécution devait avoir lieu après le  Ramadan, qui s’est achevé vendredi.

Le frère de Panahi, Amjad, a confirmé que des affrontements avaient eu lieu et que son frère avait été blessé. Il a demandé aux activistes et aux organisations de continuer leurs efforts pour sauver la vie de son frère.

Panahi, 22 ans, avait été arrêté en juin 2017 à Sanandaj , accusé d’être membre du parti d’opposition kurde Komala. Les procureurs ont déclaré que Panahi avait reçu une formation militaire et portait une arme à feu ainsi qu’une grenade lors de son arrestation. 

Son avocat a démenti le port d’arme de son client qui rendait visite à sa famille lorsqu’il a été arrêté. “L’appartenance à un parti d’opposition n’est pas une infraction qui justifie la peine de mort”, a-t-il déclaré.

L’affaire a attiré l’attention de la communauté internationale, une campagne a lieu actuellement pour tenter de stopper l’exécution de Ramin Hossein Panahi. De nombreuses personnalités tels que Sezai Temelli co-président du HDP et Osman Baydemir député du HDP ont exprimé leur soutien au prisonnier et ont appelé à sa libération.

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Sat, 16 Jun 2018 18:10:41 +0200

Opération tempête de Cizire: violents affrontements près de Dashisha

Dans le cadre de l’Opération « Tempête de Cizire», de violents affrontements ont eu lieu hier soir entre les unités des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et les djihadistes de l’EI près de Dashisha.

L’offensive des FDS visant à libérer les zones occupées par l’EI dans le sud de Hesekê se poursuit. De violents combats ont éclaté hier soir entre les combattants des FDS et les djihadistes de l’Etat Islamique près de la station-service d’Abu Mousab. Selon des sources locales, les djihadistes de l’Etat Islamique se seraient repliés près de la station-service.

Peu avant, les FDS avaient libéré le village de Tal al-Jair, qui se trouve à six kilomètres de Dashisha, et ont lancé depuis celui-ci, des attaques au mortier sur les positions de l’Etat Islamique.

La station-service Abu Mousab se trouve à trois kilomètres de Dashisha. Depuis la reprise des opérations de libération « Tempête de Cizire », 15 villages de la région frontalière syro-irakienne ont été libérées durant cette deuxième phase de l’opération.

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Sat, 16 Jun 2018 11:55:45 +0200

Démocratie radicale et droits des minorités au cœur du programme du HDP

Le dimanche 24 juin en Turquie se tiendront simultanément les élections législatives et présidentielles. À l’image des dernières échéances électorales, le HDP (Parti Démocratique des Peuples) est le seul parti à représenter une alternative réelle au mode de gouvernance actuel. 

S’il plie sous les coups de boutoirs autoritaires du gouvernement AKP devenus affaire personnelle d’Erdogan, le HDP ne rompt pas. Mieux, il demeure une force politique de premier plan en Turquie que personne ne peut ignorer, une prouesse que de nombreux partis n’auraient pu accomplir face à tant d’acharnement. Il persiste et signe, ne trahit pas ses idéaux, porté par une base électorale qui voit en lui son dernier espoir d’un avenir meilleur. Il sait pourquoi il se bat et sait combien cette lutte politique est vitale pour que la Turquie ne sombre pas définitivement dans l’obscurantisme à l’œuvre ces dernières années, bercé par le capitalisme économique et le retour du religieux dans l’espace public. Malgré une campagne électorale inéquitable, le Parti Démocratique des Peuples se tient debout et, avec lui, des millions de citoyens et de citoyennes de Turquie. 

La peur du vide démocratique est bien réelle, mais elle ne constitue pas une source d’inhibition. Depuis plusieurs semaines, chaque inauguration de QG de campagne du HDP rassemble plusieurs dizaines ou centaines de citoyen.nes, invitant les responsables locaux et candidat.es à l’investiture parlementaire à un meeting spontané. Arrestations et menaces ; comme cela a été le cas à Izmir il y a quelques jours où plusieurs militant.es ont été interpellé.es et du matériel saisi (dont un bus), d’un régime toujours plus autoritaire ne sauraient enrayer la ferveur populaire qui entoure le seul parti de gauche de Turquie présent aux élections présidentielles. 

Un.e candidat.e dans chaque circonscription

Avec les attaques répétées de l’appareil d’État turc à l’égard du HDP, on aurait pu craindre un affaiblissement de ses capacités organisationnelles et directionnelles. Son projet politique, qui accorde une importance de premier plan à une décentralisation forte du pouvoir, sera pourtant défendu dans chacune des 600 circonscriptions législatives amenées à composer la future Assemblée nationale turque. Parmi le candidat.es portant les couleurs du Parti démocratiques des peuples, 234 seront des femmes. Une telle représentation féminine sur la scène politique turque ne trouve pas d’équivalent dans les autres partis en lice aux élections. Il ne s’agit pas de choix par défaut ou de discrimination positive à l’égard des femmes. Seulement, face à la rhétorique genrée rétrograde d’Erdogan, le HDP est le parti qui présente le plus de garanties quant à la défense des droits élémentaires des femmes. Le système de co-présidence où chaque poste à responsabilité au sein du HDP et des organisations qui y sont liées est partagé par une femme et un homme en est l’exemple le plus flagrant.

Parmi les 600 candidat.es au poste de député.e, une majorité n’a jamais exercé de mandat électoral. Les inconvénients de l’inexpérience dans l’exercice de la fonction politique, qui ne devrait en aucun cas être un métier ou faire l’objet d’une carrière, sont compensés par une énergie imperméable à tout fatalisme. C’est par son enracinement local, sa prise en considération des particularismes sociaux, culturels ou religieux que le HDP se démarque des autres partis. Si l’on note par exemple dans la communauté alévie une forte hausse de la mobilisation en sa faveur, il en va de même dans les grandes métropoles de l’ouest du pays. 

Lors du seul et unique tour des élections législatives, le HDP espère constituer un groupe parlementaire d’au moins 80 député.es. Pour y parvenir, il devra passer le seuil des 10% de votes à l’échelle nationale, nécessaire pour entrer à l’Assemblée nationale turque. Si ces 10% ne sont pas atteints, la nouvelle loi électorale modifiée par et pour l’AKP prévoit que l’ensemble des votes qui n’ont pas atteint l’écueil mentionné ci-dessus soient reversés au parti majoritaire à l’issue de ce scrutin qui, selon toute vraisemblance, sera l’AKP… L’enjeu est donc énorme, conduisant un représentant du CHP (droite kémaliste) à affirmer que « l’entrée du HDP à l’Assemblée nationale était nécessaire afin de préserver l’équilibre démocratique parlementaire en Turquie. » 

De belles intentions et des souhaits louables mais avec l’hyper-présidentialisation du pouvoir exécutif et législatif à venir, l’Assemblée nationale turque n’aura désormais qu’un simple rôle consultatif. Si elle est acquise à l’AKP, elle ne fera qu’entériner les décisions du néo-sultan. Si l’opposition détient la majorité, il pourra aisément la contourner et faire valoir sa seule volonté.

Au-delà des murs

Les élections législatives ont donc leur importance, mais la nature du rôle présidentiel à venir, caractérisé par l’absence de séparation des pouvoirs, rend le vote présidentiel du 24 juin capital pour l’avenir de la Turquie. Investi par le HDP, Selahattin Demirtas est une allégorie de la situation traversée ces dernières années par les peuples de Turquie. Incarcéré depuis novembre 2016, poursuivi dans une quinzaine d’affaires judiciaires toutes plus délirantes les unes que les autres, il symbolise la seule alternative concrète à un système politique turc qui a amené le pays au bord du gouffre. Un temps évoquée par ses avocats, sa remise en liberté conditionnelle n’a pas été actée par l’équivalent turc du juge des libertés et de la détention, craignant que le candidat HDP n’en profite pour se réfugier à l’étranger. C’est donc depuis sa cellule de la prison d’Edirne qu’il aura fait la totalité de sa campagne électorale.

L’épaisseur des murs qui entourent Selahattin Demirtas n’empêche pas de mobiliser les foules et de faire passer son message politique. La défense et l’amélioration des droits fondamentaux ainsi que ceux des minorités sont les buts absolus de son programme et la démocratie radicale, le moyen pour y parvenir. Pour lui, comme pour l’ensemble du Parti Démocratique des Peuples, le pouvoir se doit de reposer entre les mains de la population. Celle-ci est la plus à même de définir ses besoins, elle a cette capacité à être son propre législateur. Cette démocratie radicale, du bas vers le haut, a été expérimentée avec succès dans une centaine de villes du sud-est de la Turquie jusqu’en 2016. Les décisions et impulsions politiques étaient données par la base populaire, mises en œuvre et coordonnées par les représentant.es élu.es. Ces conseils de quartiers, ces organisations locales autonomes au fonctionnement communaliste ont été violemment combattus par le pouvoir central d’Ankara incapable de reconnaître la volonté populaire de se gouverner par elle-même. L’État turc dessiné par Erdogan désire tout contrôler, faits et pensées de la population, comme il est de mise dans toute dictature qui se respecte.

Il est hors de question pour Selahattin Demirtas de revenir sur ces principes inaliénables. C’est la nature même du pouvoir en Turquie qu’il faut changer à terme, et cela passe dans un premier temps par faire barrage au despote en place. Une fois celui-ci écarté du pouvoir, c’est à la structure même de l’État turc qu’il faudra s’attaquer ; autrement, un.e autre partisan.e de l’autoritarisme prendra le relais. Tant que le système actuel perdurera, la souveraineté du peuple et sa liberté ne sauraient exister. 

Azad Kurkut

Fri, 15 Jun 2018 17:11:49 +0200

La Turquie d’Erdogan accusée de crimes de guerre et de crimes d’État

Déni du droit à l’autodétermination du peuple Kurde, crimes de guerre et crimes d’État avec une responsabilité directe du Président Recep Erdogan et du général Adem Huduti. C’est le verdict rendu par le Tribunal permanent des peuples sur la Turquie et les Kurdes, le 24 mai 2018, au Parlement européen à Bruxelles. 

Le Tribunal permanent des peuples (TPP) promeut le respect des droits fondamentaux en examinant les cas de violations graves et systématiques des droits de l’homme et des Conventions de Genève commis par des États ou des autorités non étatiques. C’est là une résistance au recul généralisé de ces droits et à leur violation répétée dans le monde.

Si les jugements du TPP n’ont pas force de loi, ils sont rendus selon les normes des documents internationaux et, ce n’est pas leur moindre contribution, ils mettent en évidence les lacunes ou les limites du système international de protection des droits de l’homme et des droits de la guerre.

Au terme de l’instruction, sur la base des témoignages et des documents recueillis sur « les allégations de violations du droit international et du droit humanitaire international par la République de Turquie et ses responsables à l’encontre du peuple kurde et de ses organisations », les 15 et 16 mars 2018, s’est tenue à Paris une session, du TPP. Le tribunal était composé de Philippe Texier, président (France), Teresa Almeida Cravo (Portugal), Madjid Benchikh (Algérie), Luciana Castellina (Italie), Domenico Gallo (Italie), Denis Halliday (Irlande), Norman Paech (Allemagne) avec Jan Fermon (Belgique) et Sara Montinaro (Italie) comme procureurs. Lors de ces deux journées ont été entendus par le TPP des victimes, des témoins et des experts.

Après des délibérations approfondies du tribunal, le verdict a été prononcé le 24 mai 2018.

Verdict en français et en anglais

Dans son verdict le Tribunal Permanent des Peuples a reconnu comme crime d’État, les assassinats ciblés à Paris le 9 janvier 2013, de Sankine Canziz, Fidan Dogan et Leyla Söleymez. Avec Antoine Comte, avocat des familles, nous avons été entendus sur ces assassinats par le Tribunal.

ASSASSINATS À PARIS

Témoignage de Nils Andersson au Tribunal Permanent des Peuples pour la Turquie et les Kurdes

Le 10 janvier 2013, Sakine Cansiz, cofondatrices du Parti des Travailleurs du Kurdistan, Fidan Dogan, représentante du Congrès National du Kurdistan et Leyla Soleymez, militante kurde, ont été assassinées dans Paris, au siège du Centre d’Information du Kurdistan. Le cours judiciaire de ces crimes politiques, des témoins à ce tribunal ont informé ou en informeront la Cour.

Le sens de ma déposition est de relever que de tels assassinats politiques s’ils ont un caractère exceptionnel par la gravité des faits, ne sont pas rares. Il paraît nécessaire en préalable de définir précisément la nature de ces actes criminels. Il s’agit d’assassinats ciblés, visant une ou des personnes à éliminer physiquement, en raison de leur fonction ou de leur rôle politique, de leur activité militante ou de ce qu’ils savent. Leur caractère ciblé fait qu’en France, depuis la guerre d’Algérie, situation dans laquelle ils furent une pratique usitée sous le couvert de « La Main Rouge », ces actions sont dénommées opérations « Homo », dans le sens qu’il ne s’agit pas d’un attentat aveugle, mais qu’elles visent une personne désignée.

Les assassinats ciblés ou opérations homo sont commandités par un État pour être commis dans les frontières d’un autre État. C’est là une pratique d’élimination physique des opposants ou adversaires politiques sans frontières, pratiquée par de nombreux États. Elle est officiellement tue et niée, cependant sa pratique n’est nullement une fake news, mais une cynique réalité. Ces opérations sont commanditées par des États et des services ou des officines parallèles qui agissent sous l’autorité d’un État. Ce sont donc des crimes d’État, ces crimes étant commis sur le territoire d’un État étranger, ils sont une violation du droit international et de la souveraineté territoriale de l’État où ils sont perpétrés.

Ces opérations étant organisées et perpétrées par des services étatiques, des agents dépêchés ou des mercenaires stipendiés, les exécutants disposent pour mener leur opération de moyens logistiques et financiers d’État, d’un support diplomatique pour leur entrée dans le pays, d’une couverture et de complicités dans le pays où ils interviennent, d’informations sur la personne visée, de conditions d’approche ou d’infiltration dans l’organisation ou l’entourage de la personne désignée, de capacités de repli et d’exfiltration. L’acte commis, le déni d’État est la règle.

Ces éléments précisés, j’en viens concrètement au sujet de ma déposition, les assassinats politiques en France. Ma déposition n’est pas celle d’un expert en attentat ou en criminologie, ni le résultat d’un travail de recherches ou d’investigations comme historien ou journaliste, mais d’une attention citoyenne sur ce sujet pour avoir été directement concerné au début des années 1960 par une opération homo perpétrée avec un livre que j’avais édité et pour avoir connu personnellement des personnes victimes d’attentats ciblés.

La France se trouve être l’un des pays européens où depuis une cinquantaine d’années ont été commis le plus grand nombre d’attentats ciblés. Cela ne peut être attribué à ce que la France serait plus permissive ou laxiste que d’autres États, mais, vu les personnalités victimes des attentats, il faut plutôt en chercher la raison dans la place et le rôle de la France dans le monde et dans l’importance que revêt Paris comme lieu pour établir des contacts et des liens politiques ou médiatiques. C’est plus, un fait brut, l’impunité des assassins et de leurs commanditaires qui doit nous interroger.

J’ai établi une liste des assassinats ciblés commis en France depuis 1965 que j’ai remise à la Cour, cette liste est le résultat d’une compilation et ne prétend pas être exhaustive. Elle recense21 opérations homo commises sur le sol français, dont 17 dans Paris, trois dans la proche banlieue parisienne et une à Cannes.

Ces assassinats ciblés recensés ont fait 24 victimes. Dans l’ordre chronologique des attentats énuméré dans la liste ces victimes sont : une Marocaine, quatre Palestiniennes, une Québécoise, trois Algériennes, une Tchadienne, une Libanaise, une Argentine, une Syrienne, une Sud-Africaine, deux Iraniennes, trois Tamouls et, concernant directement la tenue de ce tribunal, trois Kurdes. À cette liste doivent être ajoutés, lors du conflit opposant le mouvement indépendantiste basque à l’État espagnol, 28 Basques, dont 8 Français, assassinés sur le sol français, entre 1983 et 1987, lors de 20 opérations recensées. Cette énumération fait comprendre que c’est une pratique à laquelle les États qui y ont recours sont nombreux et qu’ils peuvent être le fait de régimes autoritaires comme de pays démocratiques.

Les attentats ciblés se distinguent d’autres attentats sur plusieurs points. Premièrement, couvert par le Secret d’État, ils ne sont jamais revendiqués ou en de rares occasions à des fins d’orienter sur de fausses pistes. Si, en raison du déroulement de l’opération ou de fuites, l’implication d’un État est avérée, il reste nié par celui-ci, des dysfonctionnements des services sont évoqués et il est procédé à des limogeages.

Deuxièmement, du fait des moyens dont disposent les exécutants et éventuellement des complicités dont ils disposent dans le pays où l’opération est conduite, souvent les assassins ne sont pas identifiés, en conséquence, alors même qu’une dizaine d’attentats ont été commis en pleine rue dans Paris, les arrestations ou extradition d’un pays tiers après leur fuite sont rares. Dans le cas de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Soleymez, l’arrestation de leur assassin fait presque exception.

Troisièmement, s’il est à chaque fois assuré par les autorités policières et judiciaires que toute la lumière sera faite sur le crime et que ses auteurs seront jugés, dans les faits, même quand une procédure judiciaire est engagée cela aboutit le plus souvent par un non-lieu et il est rare que des condamnations soient prononcées. À ce jour, l’assassinat de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Soleymezne fait pas exception.

Bien qu’il y ait atteinte au droit international et violation de la souveraineté territoriale de l’État où le crime et commis, le fait que ce qu’un État s’autorise l’autre peut aussi le faire, on peut penser que cela n’est pas sans interférer que le cours de la justice et pourrait expliquer la quasi-impunité des assassins et des commanditaires lors d’assassinats ciblés ou d’opérations homo.

L’objet n’est pas ici d’entrer dans le détail des assassinats ciblés dénombrés commis en France, mais il est des exceptions à ces trois constats qu’il se justifie de relever. Des attentats sont revendiqués, ainsi, on trouve sur internet une liste : Israël Counter-Terrorisme : Tarjet Killing of Terrorists[1](contre-terrorisme israélien : assassinats ciblés de terroristes). Cette liste inventorie, entre 1956 et 2017, plus de 220 opérations ciblées dans le monde, précisant la date, le lieu, la ou les personnes visées, leurs fonctions ou rôles politiques, les motifs et le moyen utilisés lors de l’opération.

Dans cette liste figurent les noms de trois personnes assassinées dans Paris mentionnés dans la liste que je remets au Tribunal. Ce sont Mahmoud Hamchari, représentant de l’OLP en France, Basil Al Kubeisi, dirigeant du FPLP palestinien et Mohamed Boudia, militant du FLN algérien, puis militant internationaliste pour la cause palestinienne. Leur assassinat est ainsi revendiqué, mais aucun assassin n’a été présenté devant les tribunaux et, à ma connaissance, leurs dossiers sont clos.

Des aveux peuvent servir à désigner une piste pour en couvrir une autre, ainsi l’assassinat d’Henri Curiel a été revendiqué par d’anciens groupes liés à l’OAS pendant la guerre d’Algérie. Assassiné Henri Curiel 16 ans après les Accords d’Évian, la vindicte apparaît tardive. Si l’on sait tout sur le commando, impliquant les services français, la question reste entière sur qui sont les commanditaires ? Le dossier vient d’être rouvert à la suite des aveux posthumes de l’un des assassins, il est important que la justice reprenne son cours.

Il est des assassinats ou il a été prononcé des condamnations. Dans le cadre de l’assassinat de Medhi Ben Barka, Antoine Lopez et Louis Souchon, ont été condamnés respectivement à 8 ans et 6 ans de réclusion criminelle pour arrestation illégale. Des principaux commanditaires aux exécutants de l’assassinat il a été prononcé des condamnations à la réclusion criminelle à perpétuité par contumace, mais l’État marocain n’a jamais procédé à leur extradition.

Si cet assassinat ciblé, chargé d’une forte symbolique, a vu des condamnations prononcées jusqu’au commanditaire, cela est dû à des raisons particulières. L’arrestation et l’assassinat de Mehdi Ben Barka ont été possibles en raison de la collusion des autorités et des services marocains avec des services de police et des « barbouzes », terme utilisé en France pour des membres d’officines parallèles. La déclaration du Premier ministre Georges Pompidou lors du Conseil des Ministres du 19 janvier 1966, le confirme : « des membres des services français, de la police et du SDECE sont coupables de complicité active et de participation au crime »[2]. La force de la réaction du Gouvernement lors de cet assassinat ciblé se comprend, le Général de Gaulle avait assuré Mehdi Ben Barka de sa protection sur le sol français, l’autorité de l’État et sa souveraineté avait donc été mise en cause au plus haut niveau

Il a été prononcé des condamnations dans deux autres cas, celui de Shapour Bakthiar, ancien premier ministre du chah d’Iran et celui de Redza Mazlouman, ancien vice-ministre du chah d’Iran. Concernant Shapour Bakthiar, l’un des trois assassins, arrêté en Suisse, puis extradé, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté incompressible de 18 ans, les deux autres furent jugés par contumace, un complice a été condamné à 10 ans de prison. Pour Redza Mazlouman, un des assassins, arrêté à Bonn puis extradé, s’est vu condamné à 17 ans de réclusion criminelle. Dans ces deux cas où il y a eu jugement et condamnations, il s’agissait d’anciens hauts responsables politiques du régime du chah d’Iran. Que le cours judiciaire aille à son terme est important, on ne peut qu’être plus sensible au fait que pour 18 autres assassinats ciblés commis en France il n’y a pas eu, à ma connaissance, de jugement rendu, malgré l’engagement, le dévouement et l’obstination des avocats des victimes qui doivent être soulignés devant ce Tribunal.

Chaque assassinat ciblé ou opération homo est un cas en soi. Chaque assassinat ciblé est différent quant à ses motifs politiques et ses protagonistes. Opération militaire ou paramilitaire, dont la chaine de commandement et d’exécution, du pouvoir aux exécutants implique les services de l’État, des officines parallèles et des malfrats, on comprend que l’on entre dans un monde aussi implacable que secret. Cela explique leur opacité, mais ne peut justifier ce qui est un dévoiement des rouages de l’État, une négation de l’État de droit par le pays qui pratique l’assassinat ciblé, une violation du droit international et de la souveraineté de l’État où le crime est commis, parfois avec l’implication de celui-ci.

Les assassinats ciblés couvent un large champ idéologique et politique, mais force est de constater que le plus grand nombre de victimes sont des militants pour les droits sociaux et de libération de leur peuple comme Sakine Cansiz, Fidan Dogan, et Leyla Soleymez, militantes, victimes, le dossier judiciaire le démontre, d’un crime d’État commandité par l’État turc en violation du droit international et de la souveraineté territoriale de l’État français.

[1] file:///Users/nils/Desktop/Kurdes/Israeli%20Targeted%20Killings%20of%20Terrorists.webarchive. Edité par Jewish Virtual Library a project of AICE.

[2] Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, t. III. Ed. Fayard, 2000. Alain Peyrefitte était au moment de l’assassinat de Medhi Ben Barka, Ministre de l’information.

* Dernier ouvrage: Mémoire éclatée, Éditions d’en-bas, Lausanne

Par Nils Anderson

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