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GROSSE FATIGUE cause toujours....

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Thu, 13 Jul 2017 22:58:10 +0200

J'enseigne

J’ai longtemps cru que j’en finirai avec l’enseignement un jour. J’enseigne dans une boîte bidon où la plupart des étudiants viennent chercher des crédits ECTS comme d’autres cumulent des points de réduction chez Leclerc… Je ne regrette pas l’université. J’y donne un cours en septembre et plus rien d’autre. Je ne cours pas après les cours de vacataire, ça va comme ça. A la fac, ce serait encore pire. Payé au lance-pierre, mais une petite pierre de rien du tout, et en fin d’année, quand la bureaucratie comptable a bien vérifié mille fois que j’étais moi-même, comme chaque année depuis vingt ans, avec les bons diplômes, le même RIB et le même numéro de sécurité sociale, le même ! Un chèque pour acheter des chaussettes et le même cirque l’année d’après… Les comptables ! En voilà de l’emploi fictif comme j’aime, car il y aura toujours là-dedans un Kafka pour pondre ses œufs, un Houellebecq pour arrêter l’informatique.

J’ai longtemps cru, donc, que j’en finirai d’enseigner, que je ferais autre chose, David Gilmour ou Sylvain Tesson, mon auteur du moment, à traverser la France, le monde ou le temps, avec force de citations et moultes références. Il n’en est rien. Quelque chose me paralyse, comme une sorte de longue anesthésie. Je fais de mon mieux.

Et puis le contraire est arrivé. L’enseignement, c’est terminé. Pas mon enseignement ni ma capacité à parler à des nigauds connectés au monde entier en permanence pour demander à des nigauds équivalents où ils sont… Non, je continue à déblatérer ma chère Joëlle à ce qui n’est pas la crème de la crème j’en suis conscient et bien désolé. J’espère un jour pouvoir négocier mon départ la tête haute en riant, avant la retraite et la calvitie complète mais il est rare que l’on maîtrise tout. L’enseignement, à l’avenir, c’est terminé. Je veux dire : ça n’est plus possible, tout simplement. Car le principe initial s’est envolé. Fumée, brouillard, vapeur : évanescence. Aussi vrai que les abeilles, les lapins, l’espoir en général, ou le Minitel™. Il y a des choses qui disparaissent avec le temps, car avec le temps, tout s’en va. Pourtant, l’enseignement, c’était bien le fondement de notre civilisation humaniste, avec des lettres et des mathématiques, de l’histoire, ces choses dérisoires aujourd’hui.

L’enseignement subsistera comme un luxe. La Tour d’Argent contre MacDo. Car voilà. Aujourd’hui, un étudiant - un Américain, donc trois ans d’avance sur le flux de purin - m’a dit, en sortant du cours, qu’il n’était pas d’accord avec moi et que je devrais lire plus de livres… Le responsable de ce petit être s’est empressé de l’engueuler, d’autres étudiants - d’autres Américains, des survivants - firent de drôles de têtes en l’entendant… Pour certains, on ne dit pas ça à un « docteur », pour d’autres, ma crédibilité n’était pas à remettre en cause, pour d’autres encore, on avait affaire à l’un de ses bouseux du Sud… Sauf que les bouseux du sud ne viennent pas en France pour apprendre le français… Bref. Je ne me suis pas offusqué. Je connais la bête. J’en vois des dizaines chaque année, j’en côtoie de plus en plus. C’est que nous sommes égaux, et que l’autorité d’autrefois a été jetée à la poubelle de l’histoire avec l’autoritarisme. Tant pis. J’ai ensuite fait un petit calcul…. Je lis depuis l’âge de onze ans, tout et n’importe quoi. Je pense lire en moyenne un livre par semaine. Peut-être plus, sans compter les journaux et les magazines. Et mon bouseux a donc beaucoup de retard puisque j’ai trente ans de plus que lui. Ce qui ne m’a pas rassuré. Une autre fois, un étudiant m’a dit ne pas vouloir lire de livre pour écrire son mémoire. Une autre étudiante m’a, un jour, demandé qui j’étais pour la contredire. Et so on…. Qui suis-je, effectivement ?

C’est terminé. Aller en cours, c’est faire communion. C’est comme aller au cinéma. Ça ne sert strictement à rien, les DVD en soldes coûtent bien moins cher, on les garde pour soi et l’on peut les revoir à loisir. Mais aller au cinéma, c’est vouloir être avec d’autres gens à un moment donné dans un endroit précis afin de partager le silence et le noir. C’est con, hein… Que partage-t-on en classe à part l’ennui, cet ennui énorme qui voit la concurrence des « nouvelles technologies de l’information et de la communication », langage technocratique français, empêcher de penser tous les ploucs de la nouvelle plèbe consommatrice ? Rien. Il faudra demain très vite faire face à cette masse de cons connectés, jeunes et dynamiques, vides de tout, qui nous donneront des ordres avant qu’on soit morts. Quelle affaire quand on y pense…. Donc enseigner, c’est fini.

Grosse Fatigue

Fri, 12 May 2017 09:04:29 +0200

Sous l'orage

Nous sommes partis sous l’orage et nous avons eu peur. Les automobilistes nous dépassaient en criant à cause de leur nature impatiente. Nous avons roulé en prenant des relais c’est bien le seul endroit où je participe à une cause commune : le vélo.

Je roule avec des vieux, des vieux de n’importe quel genre, des prolos, des médecins, des maçons, des instituteurs, des flics de la brigade financière, des étudiants maigres et des amis aussi.

Nous sommes partis sous l’orage qui couvait, qui nous couvait, comme des œufs prêts à éclore, dans un duvet d’humidité, nous transpirions dès le départ. Nous sommes partis vers l’Armorique, du moins sa partie géologique, nous avons quitté le calcaire, direction ouest, puis de retour, car il faut revenir.

J’écoute Sylvain Tesson qui cite Kessel, faut-il rester chez soi ou bien partir ?
Il paraît que seule l’écriture peut transformer la folie.

Nous sommes partis sous l’orage et sans mot dire. Chacun se raconte les courses des autres, ceux que plus personne ne court que dans sa tête. Nous sommes bariolés dans cette laideur pratique de couleurs horribles issues du cerveau d’un clown échappé du cirque. Ce n’est pas tant un manque d’élégance qu’une opportunité de porter des couleurs fluorescentes pour ne pas être renversés tout de suite à défaut d’être renversants.

Sur la route, toujours la même conclusion : tout est propre. Des agriculteurs industriels tracent au cordeau informatique des champs limités par des herbicides qui leur filent des cancers de l’anus. Ceux-là même que je souhaite parfois à d’autres avant d’oublier.

Puis en revenant, une conne se rabat sur moi parce que je ne roule pas sur la piste cyclable. En la rattrapant au feu rouge, elle ouvre sa fenêtre car c’est son droit, pour me reprocher de payer des impôts pour une piste cyclable que l’on n’utilise pas. A défaut de lui coller une bonne baffe - les beaufs, c’est sans espoir - je lui précise qu’elle a manqué de me faire tomber, ce qu’elle confirme en me disant bien son habilité à ne pas me faire tomber, je lui explique que la piste cyclable est encombrée d’automobiles et de cailloux, et qu’avec nos jolies roues si fines, on ne peut pas se permettre.

Elle s’en fout alors je rajoute que la vie est courte et que, même si "c’est très désagréable de perdre du temps derrière vous", ce n’est que trente secondes dans la vie d’une conne, au volant d’une voiture à crédit, la pipe électronique au bec et Skyrock™ en boucle à l’oreille. La vie est courte, et trente secondes dans une courte vie, ça n’est rien.

L’orage était passé. Mais ils sont trop nombreux, et elles aussi.

Grosse Fatigue

Fri, 28 Apr 2017 21:41:15 +0200

Lettre ouverte aux beaufs de gauche qui s'abstiendront au second tour pour cause d'Alzheimer confortable

Accueil > Chroniques de 2017 > Lettre ouverte aux beaufs de gauche qui s’abstiendront au second tour pour (...)

Voilà donc Mélenchon, le petit Staline des salons, le Chavez du Sénat. Le voici qui s’y croit car d’autres y crurent… Ses fidèles partisans, ramassis improbable de croyants du socialisme déchu, de tenants des théories complotistes, d’abrutis des chaînes Youtube, de communautaristes de tous poils, j’en passe et des meilleures. Voici donc Mélenchon du haut de son podium, à préférer se taire pensez-vous ! Pensez-vous ? Non, pas eux… Tout est tellement pourri dans le monde de Mélenchon. La preuve : il ne sera pas président de la république de ses fantasmes, ramassis exotique d’une Amérique du Sud rêvée sous les palmiers avec T-shirt Che Guevara. Pour ce genre d’histoires, je préfère Bernard Lavilliers. Au moins, il chante. Mélenchon et ses partisans, quelle blague ! La démagogie à l’état pur, encore plus pur qu’une missive de l’Education Nationale sur la pédagogie de l’apprenant et de son épanouissement… Que ceux-là se moquent de Macron me fait bien rire. Entre deux vides, lequel choisir ? Même Fillon, en tête de gondole façon « Voleurs Actuels » l’hebdomadaire de la droite qui sent le cureton, a quand même eu pour une fois la décence de demander aux bourgeoises du Trocadéro de voter Macron plutôt que Le Pen, sans doute pour des raisons d’hygiène… Même Sarkozy, et pour pas un rond, s’est prononcé pour le vide sidéral de l’ancien banquier…

Oui je sais. Pour Macron, je sais. Pas de quoi être fier. Banquier d’affaires, Valeur travail et femme vieillissante en paravent des vertus du couple : mon cul. Pour Macron, comme pour les trotskistes, je suis au courant. Tout cela a de l’allure et il y a peut-être plus de sincérité chez Poutou face à Le Pen en télévisuel direct que chez Macron en costard face au prolo du coin. Il y a surtout la vieille formation de la Ligue comme on disait de mon temps, qui faisait et défaisait les rois des universités de gauche avant de finir par collectionner les Rolex™ dans les fauteuils du PS, après l’UNEF et la MNEF où l’on discutait dur de stratégie sans jamais compter ses fins de mois. Oui, les trotskistes sont aussi des staliniens ratés, et l’ouvrierisme affiché des trois godillots ne m’a jamais fait rêver. Je préfère Bernard Lavilliers qui chantait la Vallée de la Fench ma chérie, c’’est le Colorado en plus petit. Y’a moins de chevaux, moins de condors, mais ça fait quand même autant de morts… Franchement, pleurer des emplois d’assembleurs de sèche-linge dans des usines américaines alors qu’il serait temps de nettoyer le paysage de nos encombrements commerciaux, de protéger les trois abeilles qui nous restent et de retourner d’une certaine manière à la ferme mais sans Mao™ dans les années soixante, enfin bon. Je dérive. N’éteignons pas les écrans plasma.

Donc, j’assume, pour Macron : je sais. J’ai son programme en pdf téléchargé comme il se doit, j’y ai jeté un œil et puis je suis reparti lire un roman, pour comprendre un peu mieux comment perdre mon temps, j’ai lu plein de choses en ce moment, des choses vraiment bien, il reste de grands écrivains, alors pour Macron, vous pensez bien, la distance qu’il faut prendre, et la pince à linge pour se boucher le nez, et les gants pour le bulletin l’autre dimanche : je sais bien. Je préfère franchement Bernard Lavilliers même du temps où l’on se faisait croire que les 33 tours vendus en supermarchés étaient de moins bonne qualité que ceux que l’on achetait chez les disquaires du centre-ville. Mais les disquaires du centre-ville ont disparu avec les centre-ville et ce n’est pas Macron qui changera ça.

Non, Macron ne changera pas grand-chose. J’ose juste espérer que contrairement à quelque américain il n’ira pas réveiller chez l’immonde sa propension à cracher à la gueule de mes propres enfants parce qu’ils ont hérité de leur mère une peau pas forcément blanche. J’entends déjà dire mais rassure-toi tes enfants ne sont pas des voyous, un ami naïf m’a dit ça devant sa femme, le genre de type le cœur sur la main, qui ne sait pas qu’un flic, c’est comme un fusil, il faut d’abord vérifier s’il est chargé avant de lui parler, non donc, j’assume : pour Macron je sais bien.

Mais il y a des choses que je sais mieux, des choses qui sont entrées dans mon être et je sais y reconnaître l’âme du pire, le passé qui revient, et le passé qui revient n’est pas forcément une farce qui effacerait la tragédie, je ne crois guère aux bons mots. Non, je me souviens d’un copain d’enfance, on nous prenait pour des frères en primaire, et son père l’était un peu, il avait fait l’Algérie, et je me souviens de ses cousins, et de Sophie sa cousine, l’une des rares rescapées du discours des pères ces saloperies qui avaient promené leurs fusils en Algérie avant de boire pour ne plus jamais oublier. Je sais très bien que ce n’est pas tant la barbarie au millimètre de l’ancienne Allemagne qu’il faudrait craindre et que la pacotille nazillone ne fera pas des millions de morts. Je suis bien persuadé que monsieur Dupont-Lajoie s’en donnera à cœur (comment dit-on) pour balancer quelques trognons aux clodos, aux femmes, aux pédés, à qui vous voulez, afin simplement de nous faire chier.

NOUS FAIRE CHIER.

Il suffit pour cela de regarder les villes FN en France depuis trop longtemps. On y dort tranquille, car quand on promet la mort tous les jours, on a la sécurité sans joie, et puis surtout il faut marcher droit et sans fantaisie. Alors mes chers amis beaufs de gauche, vous qui croyez avoir des idées politiques quand vous n’avez que de petits sentiments partagés en ligne, je ne vous demande rien, allez donc vous faire foutre après tout Le Pen ou vous, c’est pareil, c’est juste l’horizon d’un caniche pour parodier presque l’autre. Surtout ne faites rien et confondez donc encore les perspectives d’avenir avec l’alzheimer de grand-mère.

Faudra juste pas venir vous plaindre. Parce qu’avec Macron, vous pourrez défiler sans qu’on vous dézingue trop la tronche à balles réelles.

Grosse Fatigue

Sun, 16 Apr 2017 19:04:01 +0200

Tu votes pour qui ? Qui ?

Accueil > Chroniques de 2017 > Tu votes pour qui ? Qui ?

La question classique. Et toi, tu vas voter pour qui ?

Je suis trop vieux pour voter. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi les personnes âgées continuent à voter autant : elles devraient avoir compris et puis, elles vont mourir. Ça devrait suffire comme ça. Combien d’années encore va-t-on trimbaler nos convictions ?

Oh j’entends déjà Omar me dire que l’on en a de la chance d’avoir le choix entre la peste et le choléra, la marmelade libérale et l’Etat social. Oui j’en conviens. En ne votant pour personne, en ne votant pour rien, j’ai l’impression de ne plus avoir à assumer mes impuissances. Tous les jours je suis obligé de partager l’air de mes contemporains. Et parfois, il vaudrait mieux en finir. Quand on sait que ce gamin qui met son téléphone à 600 Euros à fond pour écouter de la merde dans le tramways n’a absolument rien à foutre de Macron ou de Fillon ou de qui sais-je encore ? Quand on voit ces crétins aller acheter le pain en 4X4 à deux bornes de chez eux et à laisser le moteur allumé parce que ça consomme moins... Quand j’entends mes étudiants me dire que leurs opinons valent mon avis et que ma vie ne vaut pas grand-chose au final, tant je perds mon temps à leur débiliter des théories classiques et vieillottes vous pensez bien (ou plutôt non), je leur parle de choses d’avant internet. Heureusement que je n’enseigne pas la géologie....

Ah, et puis : l’appel au peuple, au populo, ou bien l’appel aux racines chrétiennes, à toutes ces saloperies qui nous empêchent de nous croire anarchistes, ah franchement, qu’est-ce qu’on en a à foutre du peuple ma pauvre dame ? J’en connais du peuple, j’en ai subi des connards de la maternelle au collège, ça c’était du peuple, à dire n’importe quoi comme papa parce que c’était un ancien d’Algérie et qu’il fallait cogner ou bien parce que c’est comme ça qu’on fait chez ces gens-là.... Tu parles d’un peuple. Je hais le peuple à vrai dire. Le peuple, le populo, le prolo, le bourgeois, le français et tout ce qui rentre dans la métrique d’une nation bien trop préoccupée par son identité que par la catastrophe à venir. Je hais les pavillons et le polystyrène. Vous m’avez compris...

Ce matin, des champs de colza à perpétuité. Les agriculteurs cancéreux continuent de faire des affaires en balançant pesticides et engrais pour qu’on puisse bouffer de la viande rouge à Noël. J’en ai marre de cette laideur et du spectacle où l’on nous fait croire que quelque chose va changer, que l’innovation va améliorer notre quotidien, que les gens seront meilleurs alors que les enfants gâtés n’ont jamais rien donné d’autre que des salauds.

Je ne vote plus. C’est déjà ça.

Grosse Fatigue

Sun, 16 Apr 2017 18:48:55 +0200

J'ai eu du mal à quitter les années soixante-dix


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Grosse Fatigue