Flux Isérois

Le site du journal Le Postillon

Wed, 06 Dec 2017 17:18:51 +0100

Qu'il est beau mon glacier !

Cet été, une brève de l’AFP nous a appris que la station des Deux Alpes va « installer des canons à neige pour protéger le glacier ». Situé entre 3200 et 3600 mètres, ce fameux glacier est visiblement dans une très petite forme, comme on peut le voir sur cette vue de webcam prise fin août. Mais si la station a décidé d’installer des canons grâce à l’argent des contribuables de la région (voir Le Postillon n°39), ce n’est pas pour « protéger le glacier », mais bien ses bénéfices. La station des Deux Alpes a besoin de ce glacier pour vendre des forfaits hors de prix pas uniquement l’hiver, mais aussi l’été ou aux vacances de la Toussaint. Pour que ce puits à fric ne se tarisse pas, la station innove pour lutter contre les effets du réchauffement climatique. Ces vingt dernières années, trente des cent soixante glaciers des Écrins ont disparu. Ah, s’ils avaient eu la chance d’être dans le domaine d’une station aussi philanthrope !

Le Postillon

Wed, 06 Dec 2017 16:47:57 +0100

Un Yoga du rire pour faire passer les ordonnances ?

Du 5 au 7 octobre prochain, Grenoble accueillera le 21ème congrès national des Femmes chefs d’entreprise. Entre une visite de Minatec et une soirée à la Belle électrique, les patronnes auront droit à une journée de conférences et d’ateliers autour de la « santé du dirigeant d’entreprise ». Pendant que les conjoints de ces dames pourront jouer au golf à Saint-Quentin-sur-Isère ou visiter les caves de la Grande Chartreuse, les dirigeantes d’entreprise suivront un « réveil musculaire » avec des rugbywomen, des speechs de spécialistes du sommeil, du stress, du burn-out, de l’alimentation ou du mindfulness ( la « pleine conscience »), et même un atelier de « yoga du rire ». Aurélie Collet, animatrice de cet atelier, s’est donné pour mission de « partager, insuffler, inspirer, libérer et transmettre la Joie », notamment comme « outil de management pour les entreprises ». Selon elle, il y a « + 31% de productivité, +55% de créativité lorsque vous êtes connecté à votre Joie et à vos émotions positives, que vous travailliez en solo ou en équipe ». Le yoga du rire, une solution pour Macron pour faire taire tous les « fainéants » et autres rétrogrades attachés au code du travail ?

Le Postillon

Wed, 06 Dec 2017 16:46:46 +0100

Un Iphone, une balle

Qui a dit qu’on n’avait pas besoin de son iPhone pour se balader ? Le Daubé (9/09/2017) est tout content de nous annoncer la naissance d’une nouvelle application pour les sensibles qui ont peur de se promener dans les bois pendant la chasse. Elle s’appelle « Jour de chasse Isère » et a pour but de « permettre une cohabitation positive entre chasseurs et non-initiés (que l’on appellera promeneurs) […] L’application permet à son utilisateur (qu’il soit chasseur ou simple promeneur donc) de visualiser les communes chassables sur tout le département de l’Isère et de diminuer, dans le même temps, “le sentiment d’insécurité des promeneurs, amateurs de la nature et des non-initiés, lorsque les périodes de chasse sont ouvertes”. […] L’utilisateur peut aussi y trouver les limites communales, les réserves de chasse - zone de quiétude où les promeneurs peuvent se rendre car la chasse y est rarement pratiquée. » Ben voyons : on n’a qu’à éviter les zones de chasse pour faciliter la cohabitation positive !
D’après l’article, la fédération de rando et le CAF (Club alpin français) ont participé à ce truc. Une collaboration étonnante. Car demander aux promeneurs de participer à la baisse des accidents de chasse, c’est un peu comme demander aux cyclistes de moins se faire renverser par des voitures : ça occulte le fait que certains ont un flingue (ou une bagnole) et les autres pas. Quant à vous, naïfs qui croyez pouvoir déconnecter dans les bois ou en montagne, vous ne pourrez plus dire que vous n’étiez pas prévenus si une balle vous confond avec un sanglier.

Le Postillon

Wed, 06 Dec 2017 16:45:36 +0100

Les ultra-traileurs ont besoin d'hélicos

Non seulement ils courent, mais en plus ils ne polluent pas ! Si les traileurs pullulent de plus en plus dans les montagnes, important les valeurs de la compétition dans un univers jusque-là relativement préservé, il n’y a pas à s’inquiéter. Il s’agit d’un loisir « écologique », « en lien direct avec la nature », voire carrément « zéro carbone ». Depuis quatre ans, deux ultra-trails (courses de plus de 80 kilomètres) sont organisés à une semaine d’écart autour de Grenoble, dont les élus écolo-gauchistes aimeraient qu’elle devienne la « capitale du trail » (Place Gre’net, 21/03/2015) : l’UT4M fait le tour des quatre massifs (Vercors, Oisans, Belledonne et Chartreuse) sur 169 kilomètres, l’échappée belle propose une traversée intégrale du massif de Belledonne sur 144 kilomètres. Si les deux associations organisatrices se tirent la bourre pour attirer la lumière médiatique vers leur événement, elles se retrouvent sur l’amour de la nature. L’échappée belle assure s’inscrire « dans une démarche visant à limiter l’impact de la course sur l’environnement ». L’UT4M assure que, parmi ses valeurs, se trouve le « respect de l’environnement et de la nature bien sûr » grâce à des « éco-tasses », des couverts recyclables, ou du covoiturage. Le vice-président de la métropole grenobloise Claus Habfast, qui finance l’UT4M à hauteur de 50 000 euros, se félicite sur Twitter de cet « événement zéro carbone ». Et pourtant ! Les ultra-trails n’ont pas grand chose d’écolo. S’ils glorifient l’effort physique « zéro carbone », ils restent dépendants de nombreux moyens polluants pour se déplacer, à commencer par la voiture et l’hélicoptère. Les soutiens des traileurs, dont certains viennent de l’autre bout du monde (zéro-carbone, qu’on vous dit) font des centaines de kilomètres en bagnole pour aller de « bases-vie » en ravitaillements afin d’encourager leur poulain et lui amener son linge de rechange et ses gels nutritifs favoris. Encore plus « zéro carbone » : les organisateurs utilisent des hélicos pour amener aux ravitaillements non accessibles en bagnole de la bouffe, des tentes ou même du bois pour faire des feux : le 23 août dernier, un hélico faisait des rotations depuis Le Pleynet pour alimenter différents ravitos de l’échappée belle. La semaine d’avant, ils avaient également amené du matériel au refuge de la Pra. Pour faire le beau devant les appareils photo avec sa belle tenue fluo ultra-lègère, il y a du monde, mais pour faire quelques portages « à l’ancienne », il n’y a plus personne. Une solution : embaucher des ânes.

Le Postillon

Wed, 06 Dec 2017 16:43:57 +0100

La noix connectée : Sylha

116 ans après la création du concours Lépine, le fameux concours français d’inventions, Le Postillon lance son propre challenge, dénommé le concours de la noix connectée. À chaque numéro, nous honorerons l’innovation grenobloise la plus stupide du moment, celle qui pique le bon sens et la décence ordinaire. Les postulants étant chaque jour plus nombreux, la sélection d’un seul lauréat est un combat acharné ; aussi réclamerons-nous votre indulgence.

Pour cette seconde édition, le jury du journal a élu en toute solidarité le projet Sylha. Cette « jeune pousse grenobloise » a pour but de « développer le cashless solidaire », avec l’ambition de devenir « leader européen du paiement alternatif » - rien de moins. Concrètement, l’idée est de mettre en circulation des « pièces connectées », pouvant être fixées sur un bracelet, et qui permettraient de faire « des achats chez tous les commerçants et structures adhérentes de la solution Sylha. (…) Plus tu utilises ta pièce, plus tu vas générer des points qui auront une valeur monétaire en fonction des revenus que l’on aura générés dans le mois. Tu peux ensuite redistribuer tes points aux associations ou projets présents sur Sylha », s’émerveille Hélène, la chargée de com’ (lasalopette.net, 7/04/2017). Dans le clip de présentation, on promet à une petite fille de devenir une « citoyenne proactive d’une ville agile, où chacun de manière transparente donne du sens à ses dépenses » grâce à Sylha, qui va « révolutionner notre quotidien ». Rien n’est dit sur la paix dans le monde et la résolution du conflit israélo-palestinien, mais à l’issue du clip de promo, on ne peut qu’être persuadé que Sylha emmènera l’humanité vers un futur radieux. Tout ça pour un gadget s’engouffrant dans la mode du « sans-contact-connecté-NFC » et voulant donner l’illusion que les nouvelles technologies pourraient faciliter des « démarches solidaires ». C’est encore plus compliqué que la monnaie locale le Cairn (voir Le Postillon n°41) et on ne parierait pas le moindre euro - connecté ou pas – sur la réussite de sa mise en place en dehors d’un cercle très restreint de jeunes branchés. Et si jamais ça marche, cette « innovation » supposée être « data-responsable » développerait encore plus le flicage des dépenses et des goûts. Lors d’une présentation à la Belle électrique (le 8 septembre dernier), le fondateur Lucas Duchaine, a voulu rassurer sur les risques de « flicage par le Big data » dénoncés par un membre du public : « dans tous les cas, on est fliqués, avec Sylha cela sera de manière éthique ». Il y a pourtant tellement d’autres manières d’être solidaire loin du « cashless » et du « flicage éthique ».

Le Postillon