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Mon, 20 Nov 2017 11:32:09 +0100

L’Allemagne en pleine tempête politique

Il était un peu moins de minuit, dimanche 19 novembre, quand Christian Lindner a mis fin au suspense : « Il vaut mieux ne pas gouverner que mal gouverner », a déclaré le président du Parti libéral-démocrate (FDP), rompant ainsi les pourparlers engagés après les législatives du 24 septembre avec les conservateurs (CDU/CSU) et les Verts afin de former un nouveau gouvernement. La décision du FDP ouvre une crise politique en Allemagne, qui pourraitdéboucher sur l’organisation de nouvelles élections et pousser Angela Merkel vers la sortie, après douze ans à la chancellerie.

Pour justifier sa décision, M. Lindner a expliqué que les pourparlers n’avaient permis de dégager ni « position commune » ni « confiance mutuelle » entre les différents partenaires. S’exprimant devant la presse depuis les bureaux berlinois du Land de Bade-Wurtemberg, où se tenaient les négociations ce week-end, il a toutefois refusé d’en assumer l’échec, assurant que son parti n’avait cessé de« multiplier les propositions en vue d’un compromis ».

Mme Merkel, elle, n’est apparue devant les caméras que vers 1 h 30. Le visage fermé, le débit plus lent que d’habitude, la présidente de la CDU a qualifié de« regrettable » la décision du FDP. « Nous pensons que nous étions sur la voie detrouver un accord », a-t-elle déclaré, avant d’annoncer qu’elle s’entretiendrait dès lundi avec le président de la République fédérale, Frank-Walter Steinmeier, afin de lui faire« un compte rendu des négociations » et de « discuter de la suite des événements ».

« Affaires courantes »

La suite, justement : là est la grande inconnue. Lors de sa brève intervention – à peine cinq minutes –, Mme Merkel s’est contentée d’une phrase de circonstance :« En tant que chancelière chargée des affaires courantes [ce qui est constitutionnellement la mission de son gouvernement depuis la rentrée du nouveau Bundestag, le 24 octobre], je ferai tout mon possible pour que le pays soit bien gouverné dans les difficiles semaines à venir. » Pas un mot, en revanche, sur ses intentions à plus long terme. Fidèle à elle-même, Mme Merkel en a dit le moins possible, comme si elle souhaitait surtout ne se fermer aucune porte afin de ne pas donner le sentiment de s’avouer vaincue tant que demeure pour elle quelque espoir de se maintenir au pouvoir.

Reste que celui-ci est mince. En théorie, rien n’empêche Mme Merkel de chercherà former une majorité alternative à celle qui vient d’échouer. Ayant toujours exclu de s’allier avec Alternative pour l’Allemagne (extrême droite) et Die Linke (gauche radicale), il ne lui reste pour cela qu’une possibilité : former une nouvelle « grande coalition » avec le Parti social-démocrate (SPD), comme elle l’a déjà fait en 2005 et en 2013. Arithmétiquement possible, cette hypothèse paraît toutefois politiquement peu probable.

Depuis le soir de sa défaite aux élections législatives, Martin Schulz, le président du SPD, s’y est toujours opposé. « Les électeurs ont voté contre une “grande coalition” », a-t-il répété dimanche, lors d’une réunion de militants à Nuremberg (Bavière). Vendredi, Andrea Nahles, la nouvelle présidente du groupe SPD au Bundestag, avait dit la même chose. « La position de départ du SPD n’a pas changé. Nous n’avons pas de mandat pour une nouvelle “grande coalition” », a confirmé Ralf Stegner, vice-président du SPD, dans la nuit de dimanche à lundi.

Même si Mme Merkel ne réussit pas à former une nouvelle majorité, la tenue de nouvelles élections n’est pas pour autant automatique. Pour que celles-ci aient lieu, deux voies sont en effet possibles. La première serait qu’elle propose une motion de confiance au Bundestag et que celle-ci n’obtienne pas la majorité, ce qui autoriserait le président de la République à procéder à une dissolution. C’est ce qui était arrivé en 2005, précipitant la chute de Gerhard Schröder (SPD) et l’arrivée au pouvoir de Mme Merkel. Certains juristes excluent toutefois ce scénario, estimant qu’un chancelier ne peut solliciter la confiance du Bundestag si celui-ci ne l’a pas d’abord élu, ce qui est le cas de la nouvelle assemblée, installée depuis un mois.

« Le risque de nouvelles élections »

Reste une seconde possibilité. Selon l’article 63 de la Constitution, le président de la République a un autre moyen de provoquer de nouvelles élections, mais seulement au terme d’un long processus. Pour cela, il doit d’abord proposer un chancelier au Bundestag. Si celui-ci n’obtient pas la majorité absolue, ce qui n’est jamais arrivé jusque-là, les députés ont alors quatorze jours pour trouver un candidat. Passé ce délai, si n’a été élu qu’un candidat bénéficiant d’une majorité relative, le président peut soit le nommer chancelier, mais en prenant le risque demettre en place un gouvernement minoritaire, soit dissoudre le Bundestag. De nouvelles élections doivent alors se tenir dans les deux mois.

Si M. Steinmeier en vient à prendre une telle décision, ce ne sera toutefois qu’à contrecœur. « Je ne peux pas m’imaginer que les partis engagés dans les négociations prennent sérieusement le risque de provoquer de nouvelles élections », déclarait-il, ce week-end, au quotidien Die Welt.

En lançant cet avertissement, le président allemand n’est pas seulement fidèle à l’esprit des institutions, celles d’un régime parlementaire qui privilégie le compromis et la stabilité, et qui, pour cette raison, n’envisage des élections anticipées qu’en tout dernier recours. Son observation est sans doute aussi motivée par des considérations purement politiques. Lors du scrutin du 24 septembre, un parti d’extrême droite, l’AfD, est en effet entré pour la première fois au Bundestag depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Or, plusieurs sondages montrent que celui-ci, en cas de nouvelles élections, pourrait continuerà progresser. C’est notamment ce que suggèrent deux enquêtes récentes. Dans l’une, publiée le 14 novembre par l’institut Insa, le parti est crédité de 13,5 % des voix. Dans l’autre, publiée le 18 novembre, il est donné à 13 %. Aux législatives, l’AfD avait obtenu 12,6 % des suffrages.

Source : LeMonde.fr – Par Thomas Wieder (Berlin, correspondant)

Crédit photo : MICHAEL SOHN / AP 

Laure Boni

Wed, 15 Nov 2017 12:25:08 +0100

Le Prix LUX 2017 attribué à Sami Blood !

Dans les années 30, une fille née dans une famille sámi de Norrland (nord de la Suède) allait dans une école spécialement réservée à elle et ses semblables et ne recevrait pas la même éducation que ses homologues suédois.

« Je ne veux pas être un animal dans une réserve » s’exclame Elle Marja dans le film lorsqu’elle décide de se détacher de sa famille. Au lieu d’élever des rennes, elle décide de se battre afin d’avoir une chance d’étudier à Uppsala et de devenir professeur. Elle fait face aux préjugés et à la discrimination institutionnalisée contre le peuple indigène Sámi mais sa détermination l’emporte.

« Je n’aurais personnellement jamais pu laisser derrière moi le peuple sámi et quitter ma petite sœur. Laisser les traditions sámi derrière moi, je n’aurais pas su » déclare l’actrice sur le choix difficile qu’a dû faire le personnage principal afin de pouvoir intégrer la société ordinaire.

En recevant le Prix LUX du cinéma lors de la session plénière, Lene Cecilia Sparrok (Elle Marja dans le film) a également souligné le rôle important que joue ce film pour la cause sámi : « recevoir cette récompense équivaut à une réparation et à une revanche prise pour les anciennes générations de Sámi qui ont été traitées de façon dégradante, considérées comme moins importantes et moins intelligentes ».

Lene Cecilia Sparrok a ensuite ajouté : « Le monde doit savoir ce que le peuple sámi a enduré. Ce qui est douloureux c’est que tout cela a bien eu lieu. Le film était plutôt doux. La réalité était bien plus extrême »

Lene Cecilia Sparrok et sa soeur Mia Erika Sparrok (Njenna dans le film) se sont rendues à Strasbourg ce mardi 14 novembre pour l’annonce du lauréat du Prix LUX du cinéma 2017.

Sámi Blood, une coproduction suédo-dano-norvégienne, est le premier long métrage de la réalisatrice Amanda Kernell.

Votre Prix LUX

Même si les députés ont déjà élu le lauréat, cela ne s’arrête pas là. Sámi Blood et les deux autres films finalistes du Prix LUX du cinéma 2017, à savoir 120 battements par minute et Western, sont toujours projetés en salle partout en Europe grâce aux Lux Film Days.

Vous pouvez encore voter pour votre film préféré, ce qui vous offrira peut-être l’opportunité d’être sélectionné pour annoncer le lauréat du Prix du Public lors du Festival international du film de Karlovy Vary en République Tchèque l’an prochain.

Soutenir le cinéma européen

« Le Prix LUX du cinéma est à l’avant plan pour promouvoir nos valeurs de tolérance fondamentales, notre solidarité et la protection de notre diversité et en même temps pour promouvoir la citoyenneté européenne et le droit de liberté d’expression ».

« Je pense également que le Prix LUX du cinéma est un signal fort en défense de l’identité culturelle européenne et de notre culture » a déclaré le Président du Parlement européen Antonio Tajani en session plénière juste avant d’annoncer le lauréat.

Durant les onze dernières années, le Prix LUX a contribué à la promotion de plus d’une centaine de films européens. Le Parlement européen a financé le sous-titrage de chaque film dans les 24 langues officielles de l’Union. De plus, le lauréat du Prix sera adapté pour les malentendants et malvoyants et recevra du soutien pour sa promotion internationale.

Laure Boni

Mon, 13 Nov 2017 17:01:43 +0100

Deux ans après les attaques terroristes, l’esprit du 13 Novembre

Editorial du « Monde » C’était hier. C’est aujourd’hui. Et c’est demain. Le 13 novembre 2015 a profondément et durablement changé la vie des Français. Celle des familles des 130 personnes assassinées, d’abord, au cours des multiples attentats de cette soirée. Celle des 683 blessés, dont « la vie d’après » reste souvent, deux ans plus tard, une lente et douloureuse renaissance. Celle des survivants qui n’ont pas été blessés mais qui demeurent marqués à vie, comme les agents des services de secours et personnels médicaux qui les ont accompagnés. Celle d’un pays, soumis un peu plus encore aux lois de la sécurité.

Ces attentats simultanés, revendiqués par l’Etat islamique, n’avaient guère pris la France par surprise. Au début de cette même année, les massacres de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher avaient installé le pays dans l’ère du terrorisme et de son corollaire sécuritaire, le contre-terrorisme. Les cibles étaient choisies, précises : journalistes, policiers, juifs.

Le 13-Novembre allait nous plonger dans un phénomène d’une autre dimension : le terrorisme de masse. Les cibles, cette fois, étaient aveugles. Ce n’était plus l’identité, mais le nombre qui importait. Et comme à Nice où, l’année suivante, 86 personnes seraient tuées dans la seule soirée du 14-Juillet, c’était aussi un mode de vie qui était visé. A Nice, des familles et des touristes qui célébraient la Fête nationale. A Paris, des amoureux de musique, de convivialité, de sport, de liberté. Des amoureux tout court, aussi.

Les musiciens sont revenus sur la scène du Bataclan, les terrasses des cafés sont pleines, les stades aussi. Charlie Hebdo continue de choquer, les amis de trinquer, les amoureux de s’aimer. C’est la première défaite de l’Etat islamique : ce mode de vie tant méprisé n’a pas cédé d’un pouce, pas plus que la société française ne s’est déchirée. La vie démocratique a suivi son cours, la cohésion nationale et européenne, fortement mise à l’épreuve, a tenu bon.

Qu’est-ce qui a changé ? La prégnance du terrorisme, d’abord. Il fait désormais partie de nos vies. Au quotidien, avec une organisation de la sécurité omniprésente. Au terme de près d’un an d’existence, l’état d’urgence a pris fin le 1er novembre, mais nombre de ses mesures ont été transposées dans la législation ordinaire. Le terrorisme n’est plus étranger, mais endogène. Daech a perdu son « califat » au Levant, la Syrie n’attire plus les djihadistes européens, mais des attentats continuent de se préparer au nom de cette idéologie mortifère en France, où les services de renseignement n’ont jamais été si actifs.

Ce qui a changé aussi, plus difficile à définir, est ce que l’on a appelé « l’esprit du 11-Janvier ». Ce « grand moment national », pour reprendre l’expression de Grégory Reibenberg, le patron du café La Belle Equipe, qui fut l’une des cibles du 13-Novembre, avait permis « aux Français d’avoir le dernier mot », après les tueries de janvier 2015.

Il n’y a pas eu de rassemblement similaire après le 13-Novembre, ni après Nice. La cohésion nationale a tenu bon, mais son expression est fragile. Depuis le ­13-Novembre, des proches des victimes dont la vie a été bouleversée ont entrepris avec talent – par leur engagement civique ou leur témoignage – un combat courageux pour que la mémoire de ces disparus serve une cause plus grande qu’eux : celle de la liberté et de la dignité. Ils méritent toute notre admiration. Notre attention. Notre solidarité.

Laure Boni

Thu, 09 Nov 2017 09:24:58 +0100

« Paradise Papers » : les paradis fiscaux au cœur de l’UE

Depuis deux jours, les « Paradise Papers », des fuites de documents confidentiels provenant d’un cabinet d’avocats basé aux Bermudes, révèlent des mouvements financiers internationaux qui permettent aux grandes fortunes ou aux multinationales d’échapper à l’impôt. Analysés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), ces 2,6 téraoctets de données démontrent notamment que la firme Nike bénéficie d’un montage fiscal autorisé par les Pays-Bas.

Les Pays-Bas, un paradis fiscal majeur

« ‘Just do it’ (‘Ose !’). Le célèbre slogan de Nike pourrait parfaitement s’appliquer à sa façon d’utiliser au mieux l’optimisation fiscale au cœur de l’Europe« , ironisent les journalistes de Radio France membres de l’ICIJ, sur France Inter. Car effectivement, la multinationale de la chaussure de sport « a mis au point des montages de plus en plus audacieux au fil de l’évolution de la législation contre l’évasion fiscale. En toute légalité« , poursuivent-ils. Et non pas grâce à une petite île paradisiaque, mais bien grâce aux législations fiscales particulièrement favorables des Pays-Bas. Nike utilise « le CV-BV, cette fameuse ‘double domiciliation’ qui rend l’entreprise invisible aux yeux du fisc« , explique France Culture. Selon l’économiste Gabriel Zucman, « pour [les Pays-Bas] c’est très rentable, parce qu’ils ont réussi à attirer une assiette fiscale fictive qui est colossale par rapport à la taille de leur économie » [France Culture]. Même en imposant faiblement, « ils arrivent à collecter beaucoup de recettes. Le problème, c’est que c’est un vol pur et simple ». Notamment pour les autres États membres de l’Union européenne qui voient les leurs s’évaporer.

Ce type de législation implique que « les Pays-Bas sont classés comme le troisième pire paradis fiscal, par l’ONG Oxfam, juste derrière les Bermudes et les îles Caïmans » [France Culture]. Toutefois, ce n’est pas le seul pays européen à disposer d’une législation fiscale très avantageuse. Selon Lison Rehbinder, juriste à CCFD-Terre Solidaire, « les plus grands paradis fiscaux sont au sein de l’UE : le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-Bas ont été pointés du doigt plusieurs fois (…). Ils facilitent l’accueil sur leur territoire d’entreprises qui cherchent avant tout à échapper à l’impôt » [France Culture].

Pour Philippe Lamberts, eurodéputé écologiste et spécialiste des questions fiscales, « ici on parle des Pays-Bas, un pays fondateur de l’Union européenne qui n’a aucune vergogne à permettre l’existence de structures juridiques dont les propriétaires sont non identifiés, c’est scandaleux ! » [France Info]. Malgré ces montages fiscaux, déjà bien connus de la Commission européenne, « officiellement, le ‘pays des tulipes’ ne figure pas sur la ‘liste noire’ de l’Union européenne », tout comme aucun autre pays membre [France Culture].

Une ‘liste noire’ des paradis fiscaux

Le principe d’une liste commune aux États membres de l’UE des paradis fiscaux est discutée depuis deux ans et Pierre Moscovici, le commissaire européen chargé de la fiscalité, l’avait annoncée pour l’été 2016. Ainsi, « le principe d’une liste unique propre à l’UE est acquis, celui de sanctions contre les pays qui seraient montrés du doigt se précise à chaque scandale« , selon Jean-Jacques Mével dans Le Figaro. Toutefois, les discussions patinent car l’obstacle majeur est qu’en matière de fiscalité, la règle de l’unanimité s’impose. Autrement dit, « une décision ne peut être prise que si elle rencontre l’unanimité des États membres de l’UE« , rappelle L’Express.

La fiscalité dans l’Union européenne

Chacun cherche donc à protéger ses propres intérêts. Ainsi, « le Royaume-Uni, Malte et d’autres petits États membres sont réticents à inclure comme critère, pour appartenir à la liste, des taux d’impôt sur les sociétés de zéro ou proches de zéro« , explique Euractiv. En outre, « pour ne vexer personne, les ministres ont (…) décidé qu’aucun des pays membres de l’UE ne se retrouverait au ban de l’infamie« , rappelle Le Figaro.

Ajoutée à l’ordre du jour suite aux révélations des « Paradise Papers », cette fameuse liste noire doit de ce fait être de nouveau discutée aujourd’hui, à l’occasion de la réunion des 28 ministres des Finances, selon Politico. Toutefois, les scandales successifs (Lux Leaks, Panama Papers) remettent régulièrement le sujet sur la table sans apporter de nouvelles conclusions. « La comédie peut paraître répétitive, mais elle va se rejouer ce mardi, selon un scénario éprouvé« , ironise le correspondant à Bruxelles du Figaro. « Les ‘Paradise Papers’ poussent [les Vingt-Huit] à accélérer leurs travaux, mais aucune décision n’est attendue [aujourd’hui]« , précise Le Monde. Cependant, la liste « pourrait être finalisée lors d’une prochaine rencontre des ministres des Finances de l’UE le 5 décembre« , selon L’Express.

Des réactions européennes

Tout comme de nombreux citoyens, Pierre Moscovici semble s’impatienter : « à la lumière de ces nouvelles révélations choquantes« , il a appelé les Etats membres de l’UE à « adopter rapidement la liste des paradis fiscaux, assortie de sanctions dissuasives » [L’Express]. Le commissaire a toutefois souhaité rappeler que « la Commission de Bruxelles en a fait beaucoup au cours des trois dernières années pour pousser les pays européens à changer les lois », mais que « beaucoup reste encore à faire », selon Le Monde. « Suite aux Lux Leaks » par exemple, « la directive sur les échanges d’informations sur les rescrits fiscaux » a été mise en place, a-t-il précisé à France Info.

Par ailleurs, la Commission européenne a adressé, début octobre, des demandes d’informations aux ministres des Finances de Malte et du Royaume-Uni (qui exerce la tutelle sur l’île de Man), selon Le Monde. L’exécutif souhaite ainsi « faire la lumière sur de possibles dysfonctionnements récemment identifiés dans ces territoires par les services de la Commission : mauvaise transposition de la directive européenne sur la TVA, instructions administratives erronées voire même administration défaillante… », précise le quotidien. Il s’agit en effet « d’une étape préliminaire à l’ouverture d’éventuelles procédures d’infractions prévues par le droit européen« .

Pour le ministre français des Finances Bruno Le Maire, qui retrouve ses homologues européens à Bruxelles aujourd’hui, « l’évasion fiscale (…) est une attaque contre la démocratie, contre le consentement à l’impôt« , tandis que le porte-parole du gouvernement allemand salue « une publication et un travail ‘bienvenus’ » [Le Monde]. Enfin, la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, « qui a épinglé les pays européens qui octroyaient des réductions fiscales illégales à Apple et Amazon a encensé les journalistes responsables des dernières révélations« , relate Euractiv.

Source : ToutelEurope.eu

Laure Boni

Tue, 07 Nov 2017 13:56:59 +0100

La Commission européenne prête à lancer des procédures d’infraction contre Malte et l’île de Man

Des demandes d’information ont été adressées aux deux Etats, courant octobre, par le Commissaire européen chargé de la fiscalité, Pierre Moscovici. Il s’agit d’une étape préliminaire à l’ouverture d’éventuelles procédures d’infractions prévues par le droit européen.

La Commission européenne enquête sur plusieurs Etats et territoires européens soupçonnés de ne pas appliquer les règles communautaires en matière de TVA, parmi lesquels l’île de Man et Malte, dépendance autonome de la couronne britannique, a appris Le Monde auprès de sources européennes, mardi 7 novembre.

Ces pratiques sont justement au coeur des révélations des Paradise Papers, cette enquête internationale conduite par Le Monde et les 95 autres médiaspartenaires de l’ICIJ.

Des demandes d’informations ont notamment été adressées, courant octobre, par le Commissaire européen chargé des affaires économiques, de la fiscalité et de l’union douanière, Pierre Moscovici, aux ministres des finances de Malte et duRoyaume-Uni, qui exerce la tutelle sur l’île de Man. Il s’agit d’une étape préliminaire à l’ouverture d’éventuelles procédures d’infractions prévues par le droit européen. « Nous en sommes à ce premier stade, un stade administratif où nous demandons des éclaircissements sur certaines pratiques », confirme-t-on à Bruxelles.

Ces demandes d’éclaircissements visent à faire la lumière sur de possibles dysfonctionnements récemment identifiés dans ces territoires par les services de la Commission : mauvaise transposition de la directive européenne sur la TVA, instructions administratives erronnées voire même administration défaillante…

Une série d’investigations ont en effet été lancées par Bruxelles en septembre, sur la base des révélations des Malta Files, cette grande enquête sur Malte co-conduite par le site d’information Mediapart et l’European Investigative Collaborations, parue en mai.

Selon nos sources, plusieurs schémas financiers sont dans le viseur des autorités européennes, dont la taxation à seulement 30 % par Malte des yachts acquis en leasing sur son territoire. Le leasing est cette procédure qui permet d’acheter un yacht en location-vente via une société maltaise, en se le louant à soi-même avec un taux réduit de TVA pendant une certaine durée. Durée à l’issue de laquelle le yacht devient la propriété pleine et entière de l’acheteur.

La plupart des cabinets juridiques maltais font la promotion de ce schéma qui permet de ne payer au final que 5,4 % de TVA sur des superyachts, au lieu des 18 % officiels… Un montage très avantageux qui pourrait donc bientôt être mis en cause par l’Union européenne.

En marge des yachts maltais, la Commission européenne s’intéresse aussi désormais, selon nos informations, au business de l’immatriculation de sociétés offshore sur l’île de Man, visant à acquérir des jets à usage privé en s’exonérant de TVA comme s’ils étaient à usage commercial.

Il s’agit en effet de constructions totalement artificielles qui, si elles étaient connues des autorités des Etats concernés et tolérées par leurs administrations, pourraient poser des problèmes d’abus de droit. La Commission européenne pourrait être alors en position de poursuivre les Etats concernés, pour concurrence fiscale dommageable au sein de l’Union européenne.

Les « Paradise Papers » en 3 points

Les « Paradise Papers » désignent la nouvelle enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et ses 96 médias partenaires, dontLe Monde, soit 400 journalistes de 67 pays. Ces révélations s’appuient sur une fuite de documents initialement transmis, en 2016, au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung par une source anonyme.

Cette nouvelle enquête permet de lever le voile sur les mécanismes sophistiqués d’optimisation fiscale dont profitent les multinationales et les grandes fortunes mondiales.

Les « Paradise Papers » sont composés de trois ensembles de données, qui représentent au total près de 13,5 millions de documents :

  • 6,8 millions de documents internes du cabinet international d’avocats Appleby, basé aux Bermudes mais présent dans une dizaine de paradis fiscaux.
  • 566 000 documents internes du cabinet Asiaciti Trust, installé à Singapour.
  • 6,2 millions de documents issus des registres confidentiels des sociétés de dix-neuf paradis fiscaux : Antigua-et-Barbuda, Aruba, Bahamas, Barbades, Bermudes, Dominique, Grenade, îles Caïman, îles Cook, îles Marshall, Labuan, Liban, Malte, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Samoa, Trinité-et-Tobago, Vanuatu

SOURCE : LeMonde.fr

Par Jérémie Baruch, Jean-Baptiste Chastand, Anne Michel et Maxime Vaudano

Laure Boni