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Ladies & gentlemen

Fri, 12 Jan 2018 09:30:59 +0100

J’ai essayé de sublimer le viol. Je n’ai pas réussi

Longtemps, je n’ai pas eu d’orgasmes. Longtemps, j’ai pensé que c’est parce que je manquais de connaissance de mon corps et d’aisance avec lui.

Longtemps, j’ai pensé que c’était peut-être lié au fait que mes partenaires maîtrisaient mal l’art du cunni.

Longuement, j’ai instruit l’hypothèse qu’avoir été sexuellement agressée pouvait parasiter les messages du plaisir venant de là-même où j’avais reçu ceux de la douleur et de la terreur.

Maintenant, grâce à Brigitte Lahaie, je sais que c’est juste parce que j’ai été mal violée. Si le boulot avait été mieux fait, j’aurais pris mon pied dès l’âge de 9 ans et tous les jours depuis.

Vous voulez rire un peu? Le trauma étant ce qu’il est, producteur de culpabilités mortifères, cette idée de la possibilité que j’aurais pu et dû y prendre du plaisir, je l’ai nourrie pendant des années dans mon petit coin sombre et je l'ai assidûment travaillée sur le divan de mes psys. J’ai même cru avec ferveur que l’adopter me guérirait, en me donnant une place de sujet pensant et agissant dans ce que j’espérais requalifier en "interaction", en "rencontre" voire en "relation" plutôt que de l'appeler par son nom de viol. J’ai échoué. Je me suis fracassée la tronche sur mes cauchemars persistants. Et non contente de vivre avec le chagrin directement lié à la violence subie, je me suis infligée la déception à l’égard de moi-même de n’avoir pas su le sublimer, pas été capable d’en faire quelque chose d’intéressant. J’aurais voulu, tellement voulu, à la façon de Catherine Millet, démontrer que ça se surmonte très bien, traiter cela comme une expérience à l’équivalent d’autres épreuves pénibles traversées dans ma vie et que je regarde aujourd'hui avec humour et dont je peux dire qu'elles m'ont appris.

L’honnêteté m’oblige à reconnaître, 31 ans après qu’un homme m’a, sous la menace, mis un objet dans le vagin, et 12 ans après avoir été sexuellement harcelée puis embrassée de force au travail, que je ne suis pas assez intelligente, pas assez artiste, pas assez philosophe, pas assez dotée d’humour, pas assez ouverte d’esprit, pas assez créative, pas assez forte pour sublimer ça. Je ne me donne désormais pas d'objectif plus ambitieux que de vivre avec. C'est pas glorieux, mais ça suffit à ma fierté.

Marie Donzel

Thu, 11 Jan 2018 17:49:20 +0100

Défendre le droit des hommes à « importuner », c’est les prendre pour des (sales) gosses

Des millions de femmes de tout âge, de tous horizons sociaux, partout à travers le monde font collectif pour lever le tabou du harcèlement sexuel et des agressions sexuelles... Et une centaine de Françaises dont le pedigree socio-économique indique une diversité toute relative se fait remarquer en défendant le droit des hommes à "importuner", au bénéfice de la liberté sexuelle des femmes qui se manifesterait quand-elles-disent-non-mais-pour-ça-il faut-avoir-des-propositions...

Curieux euphémisme aux accents désuets que cette convocation de "l’importun" tour à tour insistant, galant, dragueur lourd aux mains — intentionnellement ou "accidentellement" — baladeuses, voleur de baiser, maladroit... Tout le portrait d’un pas mauvais gars qui ne mérite pas d’être traité de porc ni jeté en pâture aux réseaux sociaux où pullulent les délatrices féministes hystériques et victimaires. Un pas méchant bonhomme soudain élu au rang de rempart ultime contre le puritanisme rampant qui va finir par nous livrer tout cru aux "extrémistes religieux" (sic). Ouf! "L’importun", même s’il n’est pas toujours bien malin, va nous préserver du désastre en nous demandant notre 06 dix fois de suite, en nous envoyant des messages graveleux et en nous collant de temps en temps sa pogne au cul.

C’est pour notre bien : ça nous permet de dire non, si on veut pas. Oui, si on veut bien. C’est la liberté, quoi! La vraie, celle des femmes qui s’en foutent de se faire traiter de salope-même-pas-belle et éventuellement de se prendre une mandale quand elles repoussent notre sauveur "l’importun" ; celles que ça ne heurte pas dans leur "dignité" (sic) de se faire sexuellement agresser ; celles qui sont plus fortes que ça, au-dessus de la peur, imperméables à l’intimidation, celles qui prennent tout ce qui leur arrive comme une expérience, voire une occasion rêvée de vivre des choses intenses ; celles qui osent, celles qui winnent au grand concours de la sélection naturelle des fort·es de l'espèce. Et n’ont que du mépris pour celles qui se sentent proie, qui se sentent victimes, qui ne surmontent pas les traumas, ces petites natures que pour rien au monde elles ne considèreraient comme leurs "sœurs". Car la sororité, c’est minable à côté de la fraternité qu’on peut rejoindre d’un coup de baguette universaliste (mais c'est bien sûr).

Il faudrait donc, pour être une femme libre et épanouie, vivre en bonne intelligence avec les "importuns". Et garder son énergie pour s’occuper des "vrais problèmes" de droits des femmes, comme les écarts salariaux précise la tribune (au cas où on y aurait pas pensé). En voilà un bon sujet. Dès la sortie de l’école, à diplôme égal et pour un même poste, les filles demandent 15% de moins que les garçons (Baromètre Trendance, 2014). Les connes! Ça n’a rien à voir, penses-tu, avec le fait que toute une culture leur raconte depuis qu’elles sont nées que les garçons font ce qu’ils veulent et que les filles prennent sagement ce qu’on leur laisse. En remerciant. Il y a entre 5% et 20% de filles dans les formations aux métiers de la tech, aujourd’hui les plus porteurs pour faire carrière, et l’étude Social Builder 2017 montre clairement que le sexisme décomplexé qui y règne décourage jusqu’aux plus audacieuses de poursuivre dans une filière insuffisamment accueillante pour elles. Du coup, elles vont plutôt dans le secteur du care, ça rapporte moins, les perspectives d'évolution sont modérées, mais que veux-tu, si t’as pas les couilles tripes pour résister à la litanie quotidienne des blagues scabreuses potacheries et à ton petit lot de harcèlement sexuel taquineries, c’est que ne tu mérites pas ta place parmi les warriors de notre ère, ma chère. Idem si tu n'es pas trop bien en ce moment parce que la semaine dernière, ton manager t’a plaquée contre le mur du cagibi à papeterie. Me dis pas que ça va t’empêcher d’aller négocier sereinement ton augmentation de salaire après-demain? Chochotte, va! Qu’est-ce que c’est que ces coquetteries de fifille coincée du cul, m’enfin?

Il faudrait donc que nous prenions la vie comme une excitante expédition qui prendrait tout son sel dans la rencontre frissonnante avec le loup (c’est plus flatteur que "porc" pour les alpha mâle egos, on en conviendra). Quelle grotesque caricature ! Quelle prison narrative pour le jeu de séduction ! Quand celui-ci est pourtant tellement plus passionnant quand l’échange entre des êtres singuliers (avant d’être des hommes ou des femmes) s’est débarrassé des figures imposées du rapport social pour laisser enfin toute place à la découverte d’un·e autre.

Ma liberté sexuelle, elle est précisément là, elle commence à l’instant où je suis pleinement moi avec l’autre, non pas objet d'un désir étranger tombé sur moi par hasard ou par réflexe, mais sujet désirant face à un autre sujet désirant.

Je ne suis pas responsable d’une prétendue "misère sexuelle" et je n’ai pas vocation à lutter contre la faim de cul dans le monde. Je ne suis pas la Mère Teresa des crève-la-nique ni la baballe rebondissante de ceux qui prennent l’espace collectif pour leur terrain de jeu privatif. Je ne suis pas une pièce de gibier lâchée dans une réserve de rapports de genre archaïque. Je ne suis pas là pour arbitrer quelque compétition des hommes entre eux.

Je suis une femme, une humaine, une égale singulière. J’ai mes désirs. J’aime séduire. J’ai le goût du jeu. Je sais quand on me plait, je sens ce que je peux signifier de cela en contexte et je m’intéresse à ce que l’autre signifie pour savoir si je peux proposer, ce que je peux proposer et comment proposer. Proposer, c’est opportuner ; le contraire même d’imposer et importuner. Il arrive que je me confronte, comme chacun·e, à l’absence de désir retour ou à l'indifférence. Si j’en conçois de la déception, de la frustration, de la blessure narcissique et pourquoi pas une forme de peine, comment pourrais-je en tenir responsable un·e autre qui précisément ne se sent pas concerné·e par ce que je ressens ? Plus encore, comment pourrais-je exiger qu’il/elle soit concerné·e quand même parce que je le veux et le vaux bien ?

Cette impériosité du désir exigeant prise en compte immédiate et éprouvant les limites du cadre pour tester sa puissance et/ou obtenir réassurance sur son existence, c’est l’affaire des enfants dans le rapport à leurs parents. En affirmant, en contexte hétéronormatif, le droit des hommes à "importuner" et en creux le devoir des femmes de prendre en charge leurs besoins (d’attention, d’affirmation, de décharger des pulsions…) et d'y répondre, on prend les hommes pour des gamins. Quand on nous explique que leur droit est à solliciter notre attention, un câlin, une faveur quand ils le veulent et comme ils le veulent parce qu’on est assez grandes et assez fortes pour dire non si on n’est pas d’accord, on nous positionne en mères qui détiennent sur eux le pouvoir de dire "oui, mon chéri, si ça te fait plaisir, ça me fait plaisir de te faire plaisir" ou "non, mon chaton, tu ne peux pas tout avoir. Et puis il faut demander mieux que ça. J’ai pas entendu le mot magique".

C’est peut-être confortable pour certains hommes de se reposer ainsi sur des mamans-putains à qui adresser affects et besoins en leur remettant la charge d’accepter ou refuser, offrir ou priver, gratifier ou punir. Mais qui est vraiment libre là-dedans? Des hommes-enfants prisonniers de la condition de "pervers polymorphe" désignée par Freud comme la soumission (plutôt malheureuse) à ses pulsions ? Des femmes conditionnées aux archétypes du féminin ? Chacun.e voit midi à sa porte, bien sûr, mais moi, c’est dans cet ordre-là des rapports femmes/hommes que je vois un sérieux risque de conservatisme... Et de fond puritain seulement rhabillé de pelures libertines.

Marie Donzel

Wed, 29 Nov 2017 19:50:19 +0100

Le mouvement #MeToo inquiète les hommes et c’est une très bonne chose

On l’appelle « l’affaire Weinstein et ses conséquences ». Improbable tentative de requalifier en fait-divers buzzant ce qui n’est pas une affaire à effet boule de neige mais un authentique mouvement sororal de femmes du monde entier qui veulent en finir avec les violences sexuelles ordinaires. Un mouvement historique, de nature à donner un coup d’accélérateur sans équivalent à l’égalité entre les femmes et les hommes.

200Ce n’est pas la première fois que des femmes font massivement porter leur voix sans frontière pour exiger le changement de société qui passera par l’égalité en même temps qu’il la concrétisera. Le mouvement des suffragettes aux XIXe et XXe siècles est de ces dynamiques qui ont inscrit durablement les droits des femmes comme un fondamental des droits humains. Dans une autre mesure, les mouvements pour le droit à contrôler les naissances dans les années 1960-1970 comptent aussi parmi ces moments de l’histoire où les femmes ont fait sororité pour s’affirmer en sujettes libres de leur destinée. Mais le mouvement #MeToo de dénonciation massive du fait systémique de harcèlement et agressions sexuels n’est pas qu’une troisième vague. Car il contient plusieurs éléments distinctifs de tous les précédentes mobilisations de femmes pour leur liberté et l’égalité.

giphy-5Le premier d’entre ces éléments qui font de #MeToo un mouvement inédit, c’est que les femmes ne demandent pas : ni l’autorisation de parler ni des droits que les hommes voudraient bien leur concéder selon leur agenda et leurs conditions, comme ce fut le cas pour un droit de vote réclamé pendant des décennies avant qu’il soit magnanimement accordé quand on décida que la société (tel que des hommes, alors écrasante majorité aux commandes, la voulaient) était prête ; comme ce fut le cas pour la contraception et l’IVG dont il fallut qu’on supplie de les obtenir en exposant plein fard nos utérus charcutés par des aiguilles à tricoter et dont il faut encore aujourd’hui qu’on nous fasse leçon de bon usage. Cette fois-ci, les femmes ne demandent pas. Elles prennent. Elles prennent la parole. Et elles la prennent comme elles veulent, où elles veulent, quand elles veulent.

200-1C’est d’ailleurs bien ce qui en fait hoqueter, pour ne pas dire s’étrangler, certain.es : d’où que ces femmes prennent si facilement et si rapidement la parole alors que tout a été fait pour que leur voix sur les violences sexuelles soient si difficile à exprimer et à se faire entendre? On nous enjoint à fermer la fenêtre du réseau social et à la place, de filer porter plainte au commissariat. Ben, tiens! C’est tellement plus sécurisant pour les hommes agresseurs et pour leurs complices, cette démarche inconfortable, longue et éprouvante pour les femmes qu’est la procédure judiciaire qui n'aboutira à une condamnation qu'exceptionnellement, pourvu pour commencer que le délai de prescription ne soit pas échu ! Ça décourage la majorité, et celles qui persistent peuvent se préparer à un interminable parcours de la combattante qui verra chirurgicalement auscultés leur personnalité, leur comportement, leur tenue, leur passé de « victime présumée » (curieuse invention du langage ordinaire – sans existence légale – qui déplace le principe de présomption d’innocence des mis·es en cause vers un principe prétendument symétrique de présomption d’accusation calomnieuse de la part des plaignant·es).

will-you-listen-to-meNon seulement les femmes prennent aujourd’hui à leur guise la parole, mais elles la prennent d’abord pour exiger qu’on les écoute. Elles ne viennent pas avec une solution à leur problème dont on pourrait discuter de la pertinence, de la faisabilité et du calendrier d'application en contexte établi. Elles viennent avec une parole sur un problème qui n’est pas que le leur, mais qui interpelle et interroge tout le monde. À commencer par les hommes, bien obligés de se questionner sur leur propre attitude.

Comme plusieurs de mes amies féministes, j’ai vu ces dernières semaines, des hommes venir me demander discrètement et humblement ce que je pensais de telle ou telle situation dans laquelle ils avaient été impliqués : si de mon point de vue, cette fois où l’un avait été insistant dans un bar, par SMS ou sur un site de rencontres relevait du harcèlement ; si d’après moi, tel autre qui avait lâché sans penser à mal une grosse blague scabreuse avait pu mettre en grand embarras les femmes de l’assistance ; si d’après mon vécu, les avances qu’un troisième avait fait à une collègue avaient pu être reçues comme intrusives et déplacées ; si c’est dans les clous ou pas de demander son 06 à une nana dans la rue ; ce qu’il en est de mater assidûment les seins de sa collègue, de lui faire des compliments sur son décolleté, et qu'en penser s’il s’agit d’une personne sur qui on a autorité ; si pour un banquier, draguer une cliente venue solliciter un financement, ça craint ; s’il faudra faire signer une décharge administrative de 10 pages avant de prendre rendez-vous pour un verre etc.

tenor-1Le mouvement #MeToo inquiète les hommes, et c’est une très bonne chose. Il y a ceux qui ripostent crétinement en brandissant le fantasme de l’émasculation programmée des mâles par le féminisme hystérique. Il y a ceux qui ressortent d’on ne sait où le fameux hoax des eighties sur l’accusatrice américaine dans l’ascenseur. Et puis il y a ceux, dont on espère qu’ils sont les plus nombreux et que leur nombre ira encore croissant, qui se posent des questions. Sur leur comportement et ce qu’il peut inspirer (de crainte, de dégoût, de sentiment d’agression... mais aussi de désir) chez les femmes.

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Alors, ils développent une empathie envers l’autre moitié du genre humain à laquelle leur situation dans la société ne les a pas forcément habitués. Les hommes se trouvent aujourd’hui obligés de penser la réception de leurs signaux de désir chez les femmes auxquelles ils s’adressent avant d’appréhender leur envie propre. Ils ne peuvent plus considérer qu’ils ont un droit de tirage légitimant qu’ils « tentent leur chance », plus exiger qu’on la leur donne au nom de leur « besoin » (coucou, nous aussi, les femmes, on a des besoins sexuels!) et de leurs « pulsions » réputées irrépressibles (coucou, nous aussi, parfois on trouve hyper frustrant qu'un·e partenaire potentiel·le ne soit pas dispos·e à nous satisfaire), ils ne peuvent plus trouver d’excuses à ceux qui volent ce qu'on leur a refusé.

Il leur faut à tous accepter que la rue comme les lieux de travail, de divertissement et même les sites de rencontre ne sont pas des réserves de chasse, que les femmes n’y sont pas lâchées (de salopes, comme dirait l’autre) comme des proies, et que la drague n’est pas une partie de chasse à courre à l’issue de laquelle on décroche un trophée ou bien l’on rentre bredouille, la queue entre les jambes et la fierté en berne.

FUUcR0aNe me dites pas qu’il y a quand même des hommes bien qui n’ont jamais emmerdé une femme et ne le feront jamais. On le sait tou.te.s, mais ce n’est pas la question. La question, c’est celle de la séduction. Voilà ce que le mouvement #MeToo met sur la table, les pieds dans le plat. Qu’est-ce que séduire ? Peut-on penser une forme de continuum entre séduction, drague (plus ou moins lourde), harcèlement (plus ou moins conscient) et agression (plus ou moins attribuée à une intention de la part de qui la perpètre) ? C’est cela qu’on nous raconte depuis plusieurs semaines, à grands renforts de discours sur le risque de société tristement puritaine (parce que vous croyez vraiment que les femmes ont envie de ça? Coucou, nous aussi on aime le sexe!!) et de quiz ludiques sur la qualification (en droit ou en perception collective) de tel ou tel fait : que tout ça, séduction, drague, harcèlement, agressions sexuelles, serait d’une même nature s’étalant seulement sur un nuancier qui va du désirable à l’intolérable. Mais c’est une erreur ontologique : la séduction et le harcèlement sexuel n’ont rien à voir. Comme l’amour et la passion n’ont rien à voir avec les violences conjugales et les féminicides.

giphy-6La séduction est une relation, faite de la rencontre entre individus qui construisent un rapport singulier reposant sur l’excitation mutuelle du désir. Elle s’exerce dans l’échange de signes qui autorisent une montée en intimité, laquelle s’infuse de confiance. Elle est traversée par des sublimations qui convoquent l’imaginaire de chacun·e et par la découverte de la réalité de l’autre, objet de curiosité et sujet à part entière de la relation. C’est-à-dire en capacité à tout instant d’accepter, refuser, inviter à accélérer ou ralentir la montée en intimité. On appelle ça le consentement et pour cela, on ne signe jamais un chèque en blanc : à tout instant, on est en droit de dire oui ou non, de poursuivre l’échange ou de se retirer du jeu.

anigif_enhanced-buzz-16253-1412093257-4Le harcèlement et les agressions sexuelles sont tout le contraire de cette forme relationnelle : ils ne posent pas l’adresse à autrui comme un partage du désir montant, mais comme l’expression d’un désir individuel qui vise ses propres objectifs (d’apaisement de frustration, de conquête, de possession, de domination…) ; il ne tient pas compte de la qualité de sujet désirant de l’autre mais l’utilise égoïstement comme objet de désir ; il ne considère le consentement que comme un frein à son entreprise. Quant à l’agression sexuelle, elle n’est qu’effraction et vol en bonne et due forme. C’est un cambriolage sans vergogne et il est bien surprenant (et révoltant) que l’on se demande encore si ça procède du comportement ambigu de la victime et/ou de l’esprit libertin de l’auteur·e des faits quand on sait se refuser de poser la question de l’irrépressibilité de l’appétence de celui qui braque pour du fric, un smartphone ou une bagnole.

Marie Donzel

Tue, 21 Nov 2017 18:50:31 +0100

Oui, l’écriture inclusive est bien un hommage à la langue française !

Tribune co-écrite par Marie Donzel, cheffe d'entreprise, experte de l'égalité professionnelle et Erwan Balanant, député de la 8è circonscription du Finistère.

Nous pratiquons l’écriture inclusive et nous aimons la langue française. Passionnément. Fièrement. Nous aimons cette langue riche de plus de 100 000 mots qui puisent leurs racines dans le latin et le grec, mais nous viennent aussi des langues indo-européennes, slaves, arabes et de nos langues régionales... Nous aimons cette langue riche d’inspirations multiples, témoignant de l’ouverture au monde de notre pays tout au long de son histoire.

Nous aimons notre langue qui est vivante et n’a cessé d’évoluer. Une langue qui a su par le passé parler de médecines, de moinesses, d’autrices pour désigner fidèlement les femmes qui exerçaient ces fonctions. Une langue qui a longtemps pratiqué l’accord de proximité, lequel procède de la grammaire latine et se trouve être bien plus intuitif et plus simple à pratiquer que la règle alambiquée du « masculin qui l’emporte sur le féminin ».

Nous aimons cette langue débordante de possibilités créatives, qui a permis à nos plus grand·es écrivain•es d’en jouer avec génie en fabriquant des néologismes (Stendhal, Rimbaud, Michaux, Claudel...), en la contraignant pour mieux la pousser au bout de sa puissance poétique (Le Lionnais, Perec, Queneau, Garréta...), en en faisant varier les registres pour sortir par le haut des codes élitistes du « bien-écrire » (Flaubert, Hugo, Baudelaire, Despentes...) en en trahissant délibérément les règles grammaticales ou celles de ponctuation pour renouveler l’expérience de l’écriture et de la lecture (encore Perec, Sollers, Duras...).

Nous sommes fier·es de cette langue française qui en inspire d’autres. Savez-vous, par exemple que l’anglais « manager » vient de « ménagère », qui vient lui-même de l’italien maneggiare, construit à partir du latin « mano », la main ? La main, organe commun aux femmes et aux hommes, avec lequel elles et ils prennent et donnent, fabriquent… et écrivent. Ecrivent leur histoire commune. Une histoire qui ne peut plus laisser la moitié de l’humanité en dehors du récit. Une langue qui ne peut plus invisibiliser le féminin en attribuant par défaut l’universel au masculin. L’idéal universel mérite bien mieux que ce cache-sexe !

Nous sommes fier·es de notre langue française qui rayonne sur tous les continents, via la francophonie. Et celles et ceux qui parlent français hors des frontières de l’hexagone contribuent souvent mieux que nous-mêmes à défendre l’intégrité de cette langue. Merci notamment aux Québecois·es, champion·nes de la traduction d’anglicismes en français. En l’espèce, nos ami·es québécois·es ont peut-être mieux compris que nous ce qu’est l’essence dynamique de la langue française en ouvrant la réflexion sur l’écriture inclusive il y a plus de 40 ans et en prenant il y a 10 ans déjà, par la voie de l’Office québécois de la langue française, la décision de l’adopter. « Les discussions qui se tiennent présentement en France, on les a eues au Québec dans les années 1980, lance, amusée, la linguiste Hélène Dumais, auteure du Guide Pour un genre à part entière. C’est une avancée, au moins [les Français·es] se questionnent.» rapporte le journal Le Devoir daté du 16 novembre 2017.

Et Dumais a bien raison : que les Français·es se questionnent sur le langage, c’est une très bonne chose. A triple titre.

Premièrement, parce que si elles et ils veulent continuer à voir leur langue rayonner, il leur faut une langue vivante. Une langue jamais étriquée dans un petit costume vert, jamais figée dans un cérémonial obséquieux de grammaire, jamais blindée derrière des frontières, jamais décrochée de son pouvoir de dire le réel et de stimuler l’imaginaire. La langue inclusive dit la réalité d’une société où les femmes sont présentes dans le monde du travail, doivent prendre davantage place dans les espaces de débat et de décision, gagner en visibilité et en reconnaissance dans les médias, dans l’art... La langue inclusive ouvre l’imaginaire aux incarnations féminines du pouvoir, de la prise de parole, de la création, et nous avons la conviction que c’est aussi de cette façon-là cela que l’on stimulera et promouvra l’ambition des filles et femmes d’aujourd’hui et demain. En leur permettant de se voir et d’être vues dans le langage. Ce n’est pas tout d’une politique d’égalité, mais le symbolique n’est pas rien non plus, parce qu’il a le pouvoir de performer la réalité.

Deuxièmement, les Français·es doivent renoncer à l’idée qu’elles et ils peuvent fixer seul·es les règles. De la langue française, qui n’appartient pas qu’à la France, comme de tous autres usages sociaux, culturels, économiques que s’approprient les populations. Nous ne sommes plus le centre du monde, il faut s’y faire. Ce n’est pas une déchéance, c’est juste que le monde n’a plus de centre. Le temps où la France pouvait imposer son agenda et ses codes est révolu. Advient celui où son influence passera par sa participation à la définition et à la mise en œuvre de règles du jeu équitables et progressistes, dont la mixité est une valeur essentielle et dont sa langue peut être un vecteur. Ne nous privons pas de notre légitimité à prendre la parole sur la mixité à l’échelle mondiale en nous enfermant dans des postures réactionnaires de petit peuple chauvin qui n’a que des traditions, pas si anciennes de surcroît, à défendre. Au contraire, donnons l’exemple d’un peuple qui sait se remettre en cause et accepte de faire évoluer sa propre culture.

Troisièmement, parce que ce qui, de façon plus générale, retarde la France sur le plan de l’innovation, c’est sa résistance opiniâtre au changement. Or, à nos yeux, l’écriture inclusive a tout d’une « innovation de rupture ». Une « innovation de rupture », c’est une proposition qui va contre l’habitude, les usages et les préconçus et crée en cela de l’inconfort. On observe et on analyse les réactions que cet inconfort suscite : peur du changement, craintes de difficultés de mise en pratique, interrogations sur l’ergonomie et l’accessibilité et d’ergonomie, inquiétudes sur les coûts induits et les investissements nécessaires... On prend ces freins un par un et on cherche des solutions pour les lever jusqu’à parvenir à une solution innovante ET appropriable.

Voici ce que l’écriture inclusive nous invite aujourd’hui à faire comme exercice, à partir d’une matière qui concerne tout le monde, à savoir notre langue. Relevons le défi. Ayons un débat utile et constructif sur l’écriture inclusive, c’est à dire un débat débarrassé des réactions épidermiques stériles et des conservatismes obtus, pour engager une vraie conversation politique sur les moyens de réaliser la mixité partout et tout le temps, dans nos façons de voir et de faire, dans notre quotidien comme dans notre projet commun.

Capture d’écran 2017-11-18 à 09.54.48

Marie Donzel

Wed, 18 Oct 2017 18:19:58 +0200

#BalanceTonPorc : elles parlent, ils mecspliquent...

original.100557En moins de 48 heures, plus de 160 000 femmes (j'en suis) ont témoigné de harcèlement et d'agressions sexuelles dont elles ont été victimes. Ainsi le hashtag #BalanceTonPorc est devenu en moins de deux jours, un mouvement. Celui d'une libération de la parole de toutes celles qui, parfois depuis plusieurs années, voire décennies, gardaient sur le coeur ou bien réservaient aux conversations chuchotées dans l'intimité craintive de représailles, la vérité sur les violences dont elles ont fait l'objet.

Et l'on découvrit ce que le déni renvoyait lâchement à des cas isolés, des rencontres malheureuses, des quiproquos (de mon c...) : on découvrit — ou fit semblant de découvrir — un fait social massif. Le harcèlement sexuel touche un nombre incalculable de femmes. Celles qui l'ont directement subi, indiscutablement très très très nombreuses ; celles qui ont intériorisé le risque que ça leur arrive et vivent avec ce sentiment d'insécurité, adaptent leur comportement en fonction, espérant y échapper en évitant de "provoquer" (culture du viol, quand tu nous tiens). A savoir, à l'arrivée, presque toutes les femmes.

Une foule de représentantes de la moitié de la population parle pour dire le traumatisme vécu, mais aussi la défiance permanente dans laquelle le fait social massif de harcèlement lié à leur genre les tient, au travail, dans la rue, dans l'espace public comme dans l'intimité conviviale ou familiale. Et les hommes influents n'ont rien de mieux à leur retourner que du mansplaining. En français : de la mecsplication. C'est à dire des petites leçons condescendantes sur la façon dont on s'y prend (mal) et dont on devrait plutôt s'y prendre.

Conceptual keyboard - Law symbol (blue key)Raphaël Enthoven mecsplique ainsi que "les femmes doivent porter plainte". Mais c'est bien sûr! On n'y avait pas pensé, tas de gourdasses que nous sommes.

Alors, Raphie chéri, je vais te femspliquer : quand tu te fais agresser, par exemple sur ton lieu de travail, aussi étrange que cela puisse te paraître, tu ne dis pas à ton manager (qui plus est si c'est ton agresseur) "Scuse, j'ai une course à faire, j'en ai pour deux ou trois heures, peut-être quatre, je reviens". Parce que ça va te surprendre, mais aller porter plainte, c'est une tannée en général, et un cauchemar en particulier quand c'est pour déposer au sujet d'une agression sexuelle.

Tu as entendu parler du fait qu'on nous demande systématiquement de détailler les raisons qui ont fait qu'on s'est retrouvée dans cette situation, à ce moment-là, dans cette tenue ; qu'on nous interroge sur le comportement qu'on a bien pu avoir pour que les choses en arrivent là?

Et pendant que je suis au commissariat à me justifier sur mon attitude (inappropriée, forcément inappropriée) et mes réactions (inappropriées, forcément inappropriées), tu peux me dire qui fait mon boulot en retard, qui va chercher mes gosses à l'école, qui remplit le fridge parce qu'il n'y a plus de lait pour le petit-déj de demain matin?

Tu vas rire (jaune, j'espère), mais en fait, en plus d'être découragées de porter plainte par l'entourage qui ne voit pas "mort d'homme" (indeed... Y a massacre de femme) et recommande de "vite passer à autre chose — c'est pour toi que je dis ça", par la police qui tergiverse sur la qualification du fait, par la justice encombrée qui classe sans suite, par le risque avéré de perdre notre job (comme 95% des femmes qui ont porté plainte pour harcèlement sexuel au travail), par la menace d'une contre-plainte en diffamation (le petit plaisir à pas cher des avocats des agresseurs), on n'a pas le temps d'aller porter plainte. C'est futile, hein?! Mais ce que ça dit aussi du harcèlement sexuel, c'est que ça nous bouffe du temps et de l'énergie en plus de nous ronger la tête et le bide. C'est en ça aussi que c'est une entrave à notre liberté qui dépasse largement le moment et le cadre de "l'incident".

Alors oui, on sait que "Twitter n'est pas un tribunal", comme l'a dit la Secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les Hommes Marlène Schiappa. Oui, on est au courant de l'Etat de droit. Oui, on a entendu parler de la présomption d'innocence (même si ça nous fait un peu mal au derche qu'elle se retourne en "présomption de mensonge" entachant systématiquement notre prise de parole). Oui, on rêve que les grands principes du droit soient appliqués, à commencer par celui qui nous vient de Hobbes et Rousseau : le droit de chacun.e à être en sécurité. Nous, femmes, n'avons pas le sentiment d'être en sécurité dans l'espace public. Et contre ça, on ne veut pas des caméras vidéo pour nous surveiller (et quelques petit.es délinquant.es avec — deux en un, c'est bien, comme pour le shampooing) ni des flics pour nous chaperonner, on veut des rapports femmes/hommes débarrassés d'agressivité patriarcale.

Petite leçon n°2 : cours d'histoire de la Seconde guerre mondiale

Text Post Truth typed on retro typewriterZemmour mecsplique, lui, que #BalanceTonPorc, c'est de la délation comparable à la livraison des Juifs aux nazis pendant la Seconde guerre mondiale. Sorry? Là, j'y perds mon yiddish. Car à moins que Zemmour veuille nous dire que les victimes de la Shoah étaient en fait des salopard.es qui maltraitaient leur prochain.e à l'équivalent de ces salauds de harceleurs et agresseurs de femmes, je ne vois pas comment cette mise en miroir est possible. Et puis la suite, c'est quoi? Il va nous expliquer qu'en fait, sur le fond, les déporté.es n'étaient pas innocent.es mais que c'est pas beau de dénoncer et que la punition a été disproportionnée?

Oh! Oh! Oh! On revient à la réalité, là!!! Et puis à la décence, aussi, tant qu'on y est. Le point Godwin n'a pas lieu d'être atteint : parce que nous, les femmes qui dénonçons les agressions sexuelles, on n'a pas traité nos violenteurs de nazis, car on a suivi les cours d'histoire à l'école et qu'on ne fait pas dire n'importe quoi au passé d'une part et car on a du respect d'autre part pour les mort.es et les rescapé.es des camps qu'on ne convoque pas à tout de champ.

Mais si vraiment il faut aller chercher des échos dans l'histoire, alors faudrait quand même voir à ne pas se tromper sur qui sont les collabos. Nous femmes victimes de harcèlement et d'agressions sexuelles, on en a croisé plus d'un.e, de ces lâches qui ont su, qui ont vu ce qui nous est arrivé, qui n'ignorent pas qui nous l'a fait, et qui se taisent, pour ne pas avoir d'emmerdes... Quand ils/elles ne volent pas au secours de l'agresseur dénoncé, parce que, même s'il y a zone de tangage, on est quand même plus confort au sec dans le bateau du dominant dominateur qu'à l'eau, avec celles qui se noient dans leur chagrin et dont on enfonce volontiers la tête pour les couler d'un "arrête de faire ta victime victimaire".

Petite leçon n°3 : formation à l'empathie

original_100-organic-male-tears-ceramic-mugWoody Allen mecsplique que cette "chasse aux sorcières" le fait flipper (tu m'étonnes, Léonne) et qu'il a beaucoup de "peine" pour son ami "triste et malade" Harvey Weinstein. Un peu d'empathie, mesdames, que diable! Ces hommes qu'on dénonce souffrent terriblement de l'opprobre publique (Warning : Male Tears!).

C'est drôle pour personne, on est d'accord, de se faire lyncher sur les réseaux sociaux. Perso, chaque fois que ça m'est arrivé, non parce que j'avais violé quiconque, mais parce que j'avais eu le tort d'écrire des articles féministes qui me valurent pour commentaires de douces promesses d'être "boukakée", "coincée dans un coin pour calmer la mal-baisée" ou tabassée de "bonnes baffes pour lui remettre les idées en place", j'en ai méchamment souffert, je reconnais. Je n'ai d'ailleurs pas rencontré beaucoup d'empathie dans ces moments-là. On m'a en revanche dit que je l'avais "cherché" en balançant mes trucs provocs sur le web. Ah oui, et aussi, on m'a dit que je devais être contente de "faire le buzz" (coucou le monsieur de l'IEP de Bordeaux) avec mes petits papiers de blog et que pour bénéficier de cette visibilité, il y avait bien "un prix à payer".

Je ne suis pas très branchée loi du talion, je ne souhaite donc pas spécialement faire subir à autrui ce qui m'a fait souffrir. Mais je ne tends pas l'autre joue, non plus. L'empathie, ce n'est pas pardonner, ce n'est pas trouver des excuses, ce n'est pas retourner la charge de la preuve, ce n'est pas le syndrome de Stockholm. L'empathie, c'est se mettre à la place de l'autre pour envisager la façon dont on réagirait dans sa situation. Ben, quand je mets à la place des agresseurs de femmes aujourd'hui dénoncés, je me dis que si j'étais eux, je n'aurais rien envie de faire d'autre que d'aller me cacher. J'aurais honte, en fait. Et sans doute que j'essaierais de demander pardon, en comprenant toutefois que mes victimes ne soient pas prêtes immédiatement à me l'accorder.

Petite leçon n°4 : philosophie de la condition animale

Young pig on grassIntermède grotesque. Aymeric Caron mecsplique, de son côté, que le hashag #BalanceTonPorc n'est pas sympa pour les cochons. Tu vas rire, Aymeric, mais avec mes copines, dès dimanche, on s'est fait la remarque qu'on préfère largement les cochons aux hommes qui nous agressent. Et c'est pas juste pour le bon mot. Parce qu'en fait, pour ta culture générale, je vais te femspliquer patiemment que l'antispécisme (qui consiste à ne pas considérer l'humain comme une espèce supérieure aux autres animaux) est très répandu, et pas seulement depuis la dernière pluie, dans le féminisme.

Je ne sais pas si tu as lu les ouvrages de Carol J. Adams, par exemple. Depuis les années 1970, cette intellectuelle américaine instruit les liaisons dangereuses (pour l'écologie, pour les animaux et pour les humaines) entre spécisme et sexisme. Son ouvrage The Sexual Politics of Meat, paru en 1990, met en évidence les relations croisées entre volonté de dominer l'animal et système patriarcal, quand le principe destructeur de la conquête telle que la virilité primaire le valorise met la viande et la femme dans le même sac des consommables vivants méprisables et périssables.

Le prends pas mal, Riric, mais quand la végétarienne que je suis (comme beaucoup de mes ami.es féministes) veut faire découvrir l'antispécisme à des non-initié.es, ce n'est pas ton gentil ouvrage de 2016 que je recommande. C'est ceux de Carol Adams ou de Marti Kheel. Juste parce qu'elles étaient là avant. Et parce que ce qu'elles ont écrit est plus intelligent et plus documenté.

Petite leçon n°5 : éducation physique et sportive

Kick Boxing Martial Arts Exercise Woman Sport Group Workout TrainingOn mecsplique encore qu'il faudrait voir à arrêter de jouer les victimes et commencer à envisager de se défendre. Youpi, toutes au gymnase entre midi et deux pour l'atelier "self defense".  Ceux qui nous disent qu'on aurait "dû" riposter plutôt que de venir pleurnicher après, s'étonnent, pour ne pas dire trouvent suspect, qu'une grande gueule dans mon genre n'ait pas été foutue de remettre le harceleur à sa place et de retourner une paire de baffe au patron qui m'a coincée dans l'armoire à papeterie pour m'y embrasser de force.

Alors, mes petits chats, faut qu'on se parle : je vais vous femspliquer la sidération. C'est un étrange réflexe neuropsychique qui paralyse une personne subissant un choc émotionnel important, l'empêchant notamment d'avoir les bonnes réactions (de fuite, de riposte...) alors même qu'elle est normalement armée pour les avoir. Voilà, t'es une fille indépendante, intelligente, forte, en bonne santé, dynamique et vigoureuse, mais quand on te chope par derrière, qu'on te prend fermement les épaules et qu'on t'embrasse dans le cou alors que t'étais juste venue chercher un stylo dans le cagibi, t'es pas en meilleur état qu'une huître ouverte au couteau qui prend un coup de fourchette : tu as la chair à l'air, le cerveau et les tripes dans les talons et au mieux une petite contraction pour te replier sur toi-même.

Et vous voulez que je vous dise, c'est double peine, parce que quand le mec t'a lâchée la grappe, le cou et/ou le sein, non seulement t'es traumatisée par ce qui vient de t'arriver, mais de surcroît, tu t'en veux à mort d'avoir été si nulle, complètement incapable de te défendre, alors même que dans la vie, normalement, t'es tout sauf une victime (ce qui, au passage, n'est pas une insulte, mais seulement la situation d'une personne qui a subi une violence).

Petite leçon n°6 : vous reprendrez bien un peu de positive attitude ? 

Beautiful girl showing okayAllez, une petite dernière. Là, c'est Laurent Bouvet qui mecsplique qu'au lieu de balancer mon porc à grands renforts de scabreux détails sur ce qu'il m'a imposé, ce serait vachement plus joyeux pour tout le monde de balancer son "mec super cool". Ah! Bravo, champion, des femmes parlent d'elles (et ça ne leur est pas si simple) et un homme les invite à plutôt parler d'eux.

J'entends que pour Laulau, le sujet soit plus intéressant et plus "positive attitude", mais j'ai quand même envie de demander : c'est quoi, un mec super cool? C'est un mec qui ne cherche pas à m'intimider? C'est un mec qui ne me regarde pas comme un objet de consommation ou de possession, à l'équivalent de quelque bon vin, belle montre ou grosse bagnole? C'est un mec qui lave ses chaussettes tout seul? C'est un mec qui s'occupe de ses gosses? Perso, j'appelle pas ça un mec super cool, j'appelle ça un mec normal. Le minimum exigible.

Ou alors, un "mec super cool", c'est un mec qui au lieu de mecspliquer la vie en général et comment je dois réagir en particulier quand un mec pas cool m'agresse, se tait et m'écoute quand je parle. Mais ça aussi, j'estime que c'est juste normal.

Marie Donzel