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greek crisis

Sat, 13 Jan 2018 09:00:00 +0100

Tutoyer le réel



Le temps était encore doux jusqu’à vendredi à Athènes. Ce même jour, le pseudo-gouvernement présentait au pseudo-Parlement son énième mémorandum intermédiaire, et autant fourre-tout ravageur des acquis sociaux et démocratiques depuis plus d’un siècle. Il s’agit d’un texte de loi... de 1.531 pages, lequel comme d’habitude les “députés” ne liront (presque) pas. Sa lecture (partielle sur Internet) trahit même son origine: une traduction rapide et quasi automatique, ayant comme langue source la novlangue du patois globaliste, à savoir, l’anglais des Troïkans et non pas celui de Shakespeare.

De l’arrogance. Ministère du Travail (?). Athènes, le 9 janvier 2018 (presse grecque)

Sous Alexis Tsipras, le pays déjà défait, devient alors un territoire sciemment décomposé. Et dès ce samedi, voilà la pluie et le froid qui marquent ainsi leur retour ! Telle est notre... désormais bien longue, tradition dans la “gouvernance” mémorandaire. Cette... écriture aux 1.531 pages
de tant de mesures et de nouvelles réglementations, doit être adoptable et adaptable très officiellement “d'urgence”, c’est-à-dire avant l’Eurogroupe ainsi imminent, fixé pour lundi prochain.

Tout y passe ou presque, du droit de grève... au “remodelage” de la moitié du code pénal, come autant de la privatisation de fait de la Justice, par la mise en place d’un système de conciliatoire privé rendu obligatoire. On a beau avoir fêté la Théophanie partout en Grèce avec la traditionnelle cérémonie de la bénédiction des eaux qui se déroule dans toutes les églises grecques (près des eaux) chaque année à la date du 6 janvier ; rien n’y fait.

Et comme nous le remarquions récemment sur ce même blog, les “réconciliateurs” ainsi prévues, pourront être recrutés également en dehors des formations et des professionnels du Droit, et ils seront d’ailleurs directement rétribués par les citoyens intéressés, quand en même temps, ces derniers n’auront plus vraiment la possibilité de saisir directement les Tribunaux. Tsipras, est alors et décidément... de la dernière pluie... toxique qui tombe sur le pays.

En attendant l’adoption de cette (bien énorme) loi, et en réaction de celle-ci, mardi dernier 9 janvier, certains membres du syndicat PAME (affilié au PC grec), avaient investi par surprise les locaux du Ministère du Travail (dont celui de la Ministre Achtsioglou). La motivation annoncée pour cette action fut trouvée en la réactualisation (et autant officialisation) de la mise entre parenthèse du droit de grève, mesure qui figure au présent mémorandum (dit également “intermédiaire”).

Ceux du syndicat PAME forçant l'entrée du Ministère. Athènes, le 9 janvier (presse grecque)

Ceux du syndicat PAME au Ministère du Travail. Athènes, le 9 janvier (presse grecque)

Bénédiction des eux. Théophanie, île de Póros, 6 janvier 2018 (presse locale)

Au-delà du symbole recherché (et trouvé) au moyen d’une telle action, à l’efficacité il faut l’admettre plutôt contestable, les Grecs ont tout de même pu (une fois de plus) à cette occasion, relever grâce à l’irruption des syndicalistes de PAME, toute l’animosité qui caractérise alors pareils affrontements (pour l’instant verbaux).

Sauf qu’on y relève surtout cette expression et autant posture corporelle des protagonistes, dont l’arrogance et le mépris perceptibles à travers l’attitude de la Ministre Achtsioglou. Le tout d’ailleurs, devant les photographes de presse présents sur les lieux. Arrogance, mépris et ainsi cynisme, relevant de toute évidence des tendances obsédantes fondamentales de la psychologie individuelle et collective chez les pseudo-gouverneurs actuels, c’est bien connu. À leur propos, le voisin Kostas maintient alors mordicus que “ces gens... sont manifestement mandatés et désignés par un certain au-delà”.

Pour la petite histoire, ce vendredi fut, rien que pour les besoins de l’euphémisme, décrété “journée de mobilisation générale”, en réalité, seuls les transports en commun sont restés à l’arrêt à Athènes. Et comme d’habitude, quelques milliers de manifestants seulement, se sont opposés aux forces de l’ordre devant le “Parlement”. Encore une fois, les symboles tout comme les apparences auraient été sauvés, la colère fut certes authentique et cependant, le sens (et singulièrement le bon) n’est plus. Actions décousues ou sinon simulacres, ne menant plus à rien, tout le monde l’admet désormais en Grèce.

Marché. Survivances ! Athènes, janvier 2018

“Le Prince”. Poissonnerie en faillite. Athènes, janvier 2018

“Le Prince”. "Local à louer". Athènes, janvier 2018

Autrement-dit, et en esquisse de réponse apportée aux amis (et amis du blog) depuis par exemple la France, lesquels se demandent alors pourquoi les Grecs ne se révoltent-ils pas, je dirais au préalable que l’état dépressif c’est d’abord l'incapacité de saisir toute perspective future. Et c’est ainsi car le deuil sourd et continu n’aura en rien préservé devant la douleur future, d’autant plus qu’il est en train d’assécher le présent. Les capacités et autant les ressources psychiques manquent cruellement, pour enfin réagir de manière appropriée et efficace.

La société grecque décomposée (au sens propre et figuré) se trouve en majorité plongée dans un désarroi alors profond, tandis que les “gouvernants” et leur magma médiatique proche, en rajoutent chaque jour davantage dans ce même sens, inique et unique. De part cette situation tragique et dévastatrice pour le pays et pour son tissu social, les citoyens ne sont plus capables d’avoir des attentes ou des objectifs d’avenir. Sans gestion du temps et sans gestion de l’espace qui sont les leurs, les sociétés perdent alors toute capacité d’action car il n’y a plus de projection (si ce n’est qu’eschatologique) possible.

Et en Grèce, cette dépossession du temps fabriqué (comme fabricable) s’opère au moyen des mémoranda intermédiaires et de fait calendaires, devant “l'urgence”, toujours “l'urgence” d’un soi-disant prochain Eurogroupe. Au demeurant, assemblage et processus décisionnel informel, arbitraire et illégal au vue du droit international, rappelons-le.

Bouquiniste. Athènes, années de crise

Les soldes... Athènes, janvier 2018

Boutique. Athènes, janvier 2018

De même, la dépossession de l’espace, c’est d’abord la perte des biens, surtout immobiliers mais autant des entreprises (entre les ventes et surtout les saisies opérées par milliers), puis, en même temps, par l’installation... forcée aux yeux de des Grecs, d’une nouvelle et importante population, celle des migrants et des refugiés pour laquelle plus aucun chiffre officiel n’est communiqué depuis près de deux ans.

Cette situation s’aggrave enfin par de bien nombreuses atteintes à la propriété privée comme publique au centre-ville d’Athènes sous prétexte d’actions politiques, culturelles et sociales, et cela pas uniquement dans le quartier d’Exarcheia. Le vandalisme, l’anomie, le crime et la laideur y règnent dans ces zones de non-droit (comme de non-sens), autant finalement que les intérêts bien particuliers de certains. Souvent les... victimes, sont choisies parmi les immeubles historiques, hérités de notre passé culturel, démocratique et intellectuel.

Et d’abord, le (premier) bâtiment de l’École Polytechnique (construit en 1878). Et en dépit d’un certain discours de façade, cette hybris “d'en bas”, s’ajoute et complète de manière je dirais plutôt orchestrée, l’hybris “tombée d'en haut”. Aux dernières rumeurs ayant cours jusqu’aux colonnes d’une certaine presse autorisée, ces convulsions... immobilières dans la crise grecque, présageraient ainsi la mutation alors quasi-perceptible: des investisseurs (d’après la novlangue toujours) surtout étrangers, achètent massivement les biens immobiliers saisis ou bradés, à Exarcheia et plus généralement au centre-ville.

Investisseur... grec ! Athènes, janvier 2018

Périodiques... surannés. Athènes, années de crise

Bagarres... très actuelles. Athènes, janvier 2018

Ainsi, un seul... investisseur chinois a acquis récemment une centaine d’appartements à Exarcheia, tandis que pour 25% des transactions immobilières concernant la ville du Pirée, les nouveaux acquéreurs sont des étrangers, de même que pour le 20% des transactions du même type à Athènes et dans ses proches municipalités (reportage du quotidien “Kathimeriní” en 2017)
. L'angoisse chez les... sujets grecs affligés, tout comme l’impression généralisée qu’il n’y a aucune “solution perceptible”, demeurent désormais durablement à la base de cette désarticulation des attitudes et autant des réactions. Sans guère plus de routine quotidienne pour le plus grand nombre, le temps suffisant manque cruellement, et il va être bien long avant de recréer un semblant de routine même rudimentaire... et surtout constructive.

Et c’est très exactement à ce niveau qu’intervient le visage de l’arrogance, du mépris et du cynisme, relevant de toute évidence des tendances obsédantes fondamentales de la psychologie (mode-opératoire) chez les pseudo-gouverneurs actuels. Il en rajoute suffisamment au néant imposé et cela en boucle, voire, il se positionne en miroir chez le patient-citoyen, de manière à faire perdurer la répression (et dépression) mentale imposée, et autant son incapacité à réfléchir et à mettre en œuvre toute tentative de lutte collective efficace. En attendant bien sûr, les habitants s’en vont, et en règle générale, il y a, pour ceux qui le peuvent, la possibilité (supposée) de fuir carrément à l'étranger...

À la boutique à photocopies du quartier, le patron, un homme à la quarantaine passée m’explique que son épouse et leurs deux enfants sont déjà installés à Berlin. “La situation devient intenable, la surimposition est sur le point d’anéantir près du 80% de mon chiffre d’affaire, les clients ne manquent pourtant pas sauf que c’est l’avenir qui manque dans ce pays. Nos enfants sont déjà scolarisés en Allemagne et je rejoins mon épouse d’ici-là deux mois, histoire de fermer la boutique et d’expédier les affaires courantes. Ce n’est pas par choix... mais par nécessité.”

Ce qui ne change pas ! Athènes, janvier 2018

Expressions. Athènes, années de crise

Temps des... amours. Athènes, janvier 2018

Chez nos animaux adespotes (sans maître) préférés, c’est alors le temps des amours, voilà enfin du rythme et de la routine qui ne trompent pas (mieux que la prétendue période des soldes) !

Et pour ce qui relève encore du bon côté des... choses, on boit parfois notre café au bistrot du coin, et alors les gens s’observent, comme ils discutent entre eux. Tout ne serait donc pas perdu. Je remarque également que l'angoisse généralisée... chez les sujets grecs affligés, finit même par gêner nos amis et proches, lesquels depuis leurs nouveaux pays rendent visite à leur vieille patrie achronique.

Ces Grecs (officiellement près d’un demi-million, officieusement plus de 700.000 départs depuis 2010), n’en peuvent plus de l’achronie comme de la dystopie de ceux qui sont restés derrière, en plein univers concentrationnaire de type nouveau, comme ils ne peuvent plus voir de trop près, cette dyschronie autant douloureuse des migrants et des refugiés, et qui renforce alors très précisément celle des Grecs restés au pays. La boucle... semble ainsi bouclée, entre ceux qui restent, ceux qui partent et ceux qui arrivent.

Rencontré au bistrot du coin, le voisin Kostas tire toute la sonnette d’alarme de son propre bilan ontologique. “Nous devons lutter pour nous même, pour survivre, puis pour exister. Et c’est seulement ensuite que la solution collective et carrément collective arrivera, à condition de pouvoir nous synchroniser face aux marionnettes qui font semblant de gouverner.”

Au café du coin. Athènes, janvier 2018

L'Acropole en face. Athènes, janvier 2018

Bistrot athénien. Années de crise

“Nous avions nos amis, nos petites habitudes, notre routine, notre temps ainsi départi entre le travail et les moments de détente, voire de création de sens. Cet entre-nous n’est plus, tout comme le travail d’ailleurs. Et lorsque nous retrouvons nos amis, ce qu’ils arrivent à raconter est parfois pire que notre propre expérience. Donc on tourne en boucle, et nous demeurons ainsi bouclés. Ensuite, de retour chez nous, il n’y a que l’écran, la télévision, ou plutôt Internet. C’est pour cette raison que malgré tout, je m’efforce à sortir et à voir du monde. Tout ce que j’avais aimé, tout ce qui m’avait été jusqu’alors favorable dans la vie et près de moi, n’est plus. Sauf mon épouse et nos enfants... puis quelques rares amis mentalement rescapés”

À Athènes, c’est désormais la pluie et les orages qui marquent aisément et brusquement leur temps de ce week-end. Le pseudo-gouvernement faisant adopter au pseudo-Parlement son énième mémorandum intermédiaire, et autant fourre-tout destructeur long de 1.531 pages, on s’installe dirait-on dans une autre routine achronique, car extraite du temps humain de manière totalisante et totalitaire, comme à la manière dont on s’installe dans un univers concentrationnaire.

Réalités figées dans un quartier populaire. Athènes, janvier 2018

Univers ainsi... soigné jusqu’à ses détails. La grève générale décrétée pour lundi prochain par les syndicats, et qui ne sera pas générale, concernera essentiellement les transports publics. Donc paralysie et ainsi impossibilité de se rendre au centre-ville pour manifester, par exemple devant le pseudo-Parlement. Donc paralysie et énervement en vue. Les medias se focaliseront sur la congestion dans et autours d’Athènes, plutôt que sur les 1.531 pages que les “députés” auront évidemment adopté.

Nous savons également, combien et comment ce nouvel achronisme grec, préfigure ainsi le monde de demain, monde d’après, pour ce qui est des sociétés, nations et peuples en cette Europe (et bien au-delà). Le factice gouverne au destin de cette Grèce tragique, et ce n’est qu’un produit dérivé de l’hyperbole (hyperbole en grec signifie aussi “exagération”) contemporaine, en plus des distorsions historiquement avérées en cette Hellade des (derniers) temps modernes. Ainsi va le nouveau siècle, du Logos supposé souverain, au Logos... réputé souterrain, comme d’îlot en îlot de lumière incertaine.

Notre Mimi. ‘Greek Crisis’, Athènes, janvier 2018

Chez ‘Greek Crisis’, notre Mimi vieillit, tandis que notre Hermès (dit parfois “le Trismégiste”) grandit de jour en jour.

L’année commence donc bien. La sérénité n’est pas qu’un don de la nature, un effort de l’habitude, mais peut-être aussi ce fruit à peine mûr de l’effort... Et toujours tutoyer le réel!

Hermès de Greek Crisis, dit parfois “le Trismégiste”. Athènes, janvier 2018

* Photo de couverture: De l’arrogance. Ministère (et Ministre) du Travail. Athènes, le 9 janvier 2018 (presse grecque)


Panagiotis Grigoriou

Fri, 12 Jan 2018 21:00:00 +0100

Campagne exceptionnelle de soutien - 'Greek Crisis' - Fin 2017



Votre blog, “Greek Crisis” entre dans la septième année... de son histoire. Il prend toujours note de ce qui se passe autour de lui tout en poursuivant sa route avec ses idées, ses bien piètres matériaux du quotidien et toute leur... toxicité, ses poètes, enfin ses animaux, plus ‘adespotes’ (sans maître) que jamais, une histoire de plus de 600 textes.

Le blog (libre de toute appartenance institutionnelle) ne fonctionne comme vous le savez qu’à l’aide de dons, de votre contribution, servant à couvrir ses coûts, en réalité les besoins... de plus en plus primaires de son auteur, car le blog sans ses lecteurs, il n’existerait tout simplement pas.

Cette campagne exceptionnelle de soutien financier en cette période précise, devenant ainsi par la force des réalités une campagne régulière en chaque fin d’année, est donc lancée, et elle durera un mois, jusqu’au 20 janvier 2018. Il s’agit de solliciter votre intervention et votre soutien pour atteindre les 3.000€ en plus si possible, de ce que constituent pour nous les sommes permettant respectivement un fonctionnement minimum du site “Greek Crisis”.

Pour effectuer vos donations, c’est sur la page spéciale “Donation” via le bouton ‘Pay Pal’ ou directement (si vous préférez) sur le compte bancaire indiqué.

Un Grand MERCI pour votre fidélité et votre soutien ainsi que pour vos messages, remarques et commentaires. Nous devons tenir... encore cette année.

Panagiotis Grigoriou


* Photo de couverture: Animal adespote. Thessalie, décembre 2017


Panagiotis Grigoriou

Thu, 11 Jan 2018 00:00:00 +0100

Donation - Appel mensuel - Janvier 2018


Panagiotis Grigoriou

Fri, 05 Jan 2018 20:00:00 +0100

La mesure humaine



À Athènes, l'année 2018 celle de la météo, a bien commencé avec des températures (disons) saisonnières qui ont atteint 15 °C par endroits. Les mieux pourvus, et ceux ayant pu se permettre une si rare exception qui toujours confirme la règle, se sont rués sur les plages comme sur les tavernes de la Riviera d’Attique. Au même moment, le “gouvernement” aura encore “légiféré”, essentiellement par décrets entre le 1er et le 2 janvier, pour... le meilleur des méta-mondes. Ah... la bonne année !

Bords de mer en Attique. 1er janvier 2018

Encore heureux, nous ne connaissons pas pour l’instant cette ère “prometteuse” lorsque les... avatars iront se ruer par milliers sur les exosquelettes ou sur les... bio-conservateurs (encore) réellement existants, rien que parce que ces derniers auront tout simplement voulu faire si possible preuve d’héliotropisme. Ainsi, l’époque qui est la nôtre, elle roule déjà sur l’herbe, celle que nos futures chèvres... numérisées ne mangeront plus. Autrement-dit, de... blabla-car à blabla-corps, ce ne serait finalement qu’une affaire de chemin à parcourir.

Fuyant donc les tavernes des bords de mer (et pour cause), votre humble chroniquer et toute sa crise avec, ont plutôt préféré pour cette première journée de l’année calendaire rendre hommage au... Chaos, comme autant rendre hommage au passé des humains, à leurs lieux d’une certaine mémoire, s’agissant des mines de Lávrion, vestiges allant de l’antiquité au 19e siècle. C'est un beau coin que je fais parfois visiter à mes participants aux programmes Greece Terra Incognita guère loin du Cap Sounion et du célèbre Temple de Poséidon.

Et c’est dans cette partie de l'Attique, qu’on y découvre aussi ce fameux gouffre, un effondrement géologique tel un trou béant que les locaux font semblant d’attribuer parfois à une météorite... que personne n’a certainement jamais vu. Ce... trou, se nomme paraît-il “Chaos” depuis l’Antiquité. Oui, en cette première journée de 2018 nous avons visité... Chaos, pour ensuite rendre aussi hommage à l’Homme !

Lávrion et en face ; les îles de Makrónissos et de Kéa. Janvier 2018

Taverne des bord de mer. En Attique, le 1er janvier 2018

Passé industriel et minier. Lávrion, janvier 2018

Chaos. En Attique, janvier 2018

Et comme le fait remarquer (par mail) à très juste titre mon ami (ami aussi du blog, il tient aussi son propre blog
) Jean-François: “C’est bien d’avoir revisité le site du Chaos: en prévision du prochain effondrement qui nous contraindra à remettre en question l’échange marchand, le lieu devrait reprendre une bonne charge symbolique et devrait devenir l’omphalos (nombril) du monde ! Au vu des images, je doute fort que la théorie du météore soit la bonne. Je pense plus à l’effondrement de la voûte au-dessus d’une poche soudain vidée de ce qui la remplissait - eau ou gaz.”

“C’est comme pour le capitalisme qui ne disparaîtra pas à cause d’une météorite de contestations, de grèves ou de partis politiques, mais à cause de sa base théorique, laquelle induit mécaniquement de grosses bulles, ontologiquement ‘éclatantes’ !!!”. Alors... méditons sur Chaos, comme sur tout le reste (ou le restant) !

Les pauvres et les moins... pauvres Grecs, n’aiment décidément pas vraiment marcher. Contrairement aux bords de mer, nos vestiges industriels puis notre... Chaos, n’ont pas été à l’honneur en ce 1er janvier. Nous y avons rencontré seulement quatre heureux Allemands, retraités et (quasi) habitants de la colonie. Le bon sens alors pratique !

Lávrion, alors bourgade connue depuis l'Antiquité classique pour l'exploitation des mines d'argent ayant pu permettre à Athènes de battre monnaie et surtout d'armer sa flotte durant l’époque classique (Guerres médiques et Guerre du Péloponnèse), revient dans l’actualité au XIXe siècle lorsqu’une société franco-italienne décida de relancer l’activité minière.

Depuis l'Antiquité. Lávrion, janvier 2018

Passé et présent. Lávrion, janvier 2018

Musée des mines... comme des luttes. Lávrion, janvier 2018

La localité qui se créa autour de cette activité prit alors le nom “les Usines” en français (en grec “Ergastiria”, de la Compagnie française (plutôt franco-italienne) des mines de Lávrion, “Roux - Serpieri - Fressynet CIE”, omniprésente en son temps. Les mines furent d’ailleurs la cause d'un sérieux différend diplomatique entre les deux pays (France et Grèce) entre 1871-1872, où d’ailleurs Jules Ferry avait été nommé au poste d’Ambassadeur à Athènes pour mieux suivre l’affaire.

Le Parlement hellénique avait voté une loi stipulant expressément que les minerais anciens ne faisaient pas partie de la concession (française). Reprises par une compagnie grecque, les mines firent également l'objet de la première bulle spéculative de la Grèce contemporaine par la (nouvelle) Compagnie Française des Mines du Lávrion.

Cette Compagnie Française des Mines du Lávrion introduisit d’ailleurs en Grèce, la dite “organisation scientifique du travail”, en l'occurrence le système Bedaux système qui pourrait se résumer en... “Travailler mieux ou gagner moins”. Et aussi pour rappel en cette première journée ensoleillée de 2018, Lávrion et ses mines devinrent aussi un des principaux centres des luttes sociales et politiques en Grèce, dont la révolte du 7 avril 1896. C’est le nom de la petite rue... forcement en pente, bien en face du musée des mines... comme des luttes.

Cette grande grève avait duré 18 jours, une première à l’époque. Les principales revendications des travailleurs en ce supposé lointain 1896, (les mines où ils travaillaient était propriété de la deuxième société minière franco/italienne), ont été essentiellement: la suppression des sous-traitants... au versement des salaires alors intermédiaires entre les employés et les patrons, le paiement donc des travailleurs désormais directement par l'entreprise, l'augmentation de leur paye journalière à 3,5 drachmes (au lieu de 2,5), et la mise en place d’un hôpital ou du moins d’une pharmacie près des mines pour enfin cesser le transfert des blessés vers l'hôpital de Thorikon sur la côte (5 à 10 km depuis les mines).

Car bien souvent, ces ouvriers (définitivement) infortunés mouraient lors de ce transfert en charrette. Les grévistes, réclamaient également un moyen de transfert adapté pour les blessés et les malades, et enfin, la possibilité... d’habiter une varie maison, car jusque-là, ils vécurent dans les cavernes des environs ou dans de nombreuses cabanes de fortune.

Passé industriel et manufacturier. Lávrion, janvier 2018

Traces... humaines. Lávrion, janvier 2018

Il y a plusieurs années, ceux ayant directement vécu cette grève ont livré leur témoignage, tel l’ancien ouvrier Vougioukas, et ils ont décrit plus précisément ces événements historiques:

“Il y avait une tension terrible durant cette première grande grève. Il faut noter que Serpieri - alors directeur général de l'entreprise - avait été déguisé et habillé femme ou en prêtre pour quitter les lieux ! Le gouvernement avait aussitôt dépêché sur place les ‘CRS’ de l'époque, puis un navire de guerre dans la baie, pour y enfermer les grévistes arrêtés. La tension était énorme. Une pierre avait été balancée par un gréviste sur un gendarme, et le conflit avait éclaté. Les gendarmes ont ouvert le feu et quatre ouvriers ont été touchés. La bourgade s’est aussitôt transformée en champ de bataille” (enquête du quotidien communiste “Rizospástis” 24/08/2008) .

Notons qu’en décembre 1896, le procès des 15 grévistes a finalement eu lieu, et ils ont été acquittés, ils retrouvèrent ainsi leurs postes sans conditions préalables. Suite à cette grève, un détachement militaire avait été définitivement et durablement installé près des mines, afin... de anticiper les révoltes des travailleurs.

Anciennes maisons ouvrières et bâtiments de la compagnie. Lávrion, janvier 2018

Ruines et symbolismes rajoutés. Lávrion, janvier 2018

Rue du 7 avril 1896. Lávrion, janvier 2018

Longtemps après, les révoltes ont plutôt cessé, tout comme le travail d’ailleurs. Pourtant, les avatars (déjà) politiques, en précurseurs des... futurs robotonymes se ruent sans vergogne aucune, sur les endosquelettes ou sur les... bio-conservateurs et autres travailleurs (encore) réellement existants.

Début 2018, et les mieux pourvus se sont rués sur les plages comme sur les tavernes de la Riviera d’Attique, tandis que l’escroc politique Alexis Tsipras et les siens (sous forme de commissions dites “d'experts”) décideront alors en comité restreint (clos) et sans la presse (la nouvelle vient de tomber), du sort architectural de l’ancien aéroport d’Ellinikón (ou Hellenikó, également sur la Rivier d’Athènes). Il s’agit bien de ce site dont le “gouvernement de la gauche radicale” a ainsi finalisé la vente aux “promoteurs”. Il fut un temps pas si lointain, où Tsipras se faisaient photographier avec ceux qui luttaient contre cette vente (en réalité, il a été bradé). Tsipras, dernier arriviste de l’ultime gauche dans ce pays, ira ainsi jusqu’au bout de l‘hybris.

On sait que la société privée grecque ‘Lamda Development’, soutenue par le groupe multinational ‘Global Investment’, le groupe chinois ‘Fosun’ et une société d’Abou Dhabi, a emporté le... morceau moyennant donc 915 millions d’euros. Elle devient le propriétaire de l’ancien aéroport sur une zone côtière de 3,5 kilomètres de longueur et une marina, pour lancer son... méga-projet immobilier sur le site de l’ancien aéroport, avec la construction de nombreuses résidences de toute taille et des parcs d’activités, voir d’ailleurs à ce propos les articles... dithyrambiques dans la presse plus autorisée que jamais . Pauvres journalistes, incroyables avatars !

Ce qui s’y joue, tient autant de l’autorisation accordée aux “promoteurs” pour y bâtir toute une série d’immeubles très élevés, et même l’autre dictature, celle des Colonels (1967-1974) avait pourtant renoncé à un projet analogue sous la pression collective comme culturelle (colères certes sourdes). En réalité, le POS régissant la construction à Athènes, interdit ce type d’immeubles bien grands, c’est-à-dire plus hauts que l’Acropole, et cette règle est autant et d’abord morale, d’où l’énormité dans la transgression ainsi commise par... la bande à Tsipras.

Mineurs de Lávrion du temps de jadis (presse grecque)

Mineurs de Lávrion du temps de jadis (presse grecque)

Tsipras, magnifique menteur... contre la privatisation d'Ellinikón. Temps... de jadis (Internet grec)

Vision... cauchemardesque d'Ellinikón. “Quotidien des Rédacteurs”, janvier 2018

D’ailleurs à ce sujet, même au “Quotidien des Rédacteurs” (pourtant journal pro-SYRIZA), on ne peut qu’exprimer de l’indignation devant ce nouveau crime d’Alexis Tsipras (et du “gouvernement” SYRIZA/ANEL):

“Ces... esprits ‘instruits’ du gouvernement veulent ainsi autoriser la construction d’une barrière de bâtiments imposants, une miniature (peut-être une copie) de Dubaï, de tout ce toc, alors réalisé aux limites de l’hybris, (autant) au moyen d’arrangements avec et au sein du para-État gouvernemental. Et pourtant en face, elle se trouve la population locale et les citoyens démocrates qui se révoltent, de même que la plupart des scientifiques cohérents d’esprit: archéologues, architectes, voire les artistes.” (“Quotidien des Rédacteurs” du 3 janvier 2018) .

L'Aéroport international d'Ellinikón était comme on se souvient, cet aéroport historique qui desservait la ville d'Athènes, avant d'être remplacé en 2001 par Elefthérios-Venizélos (aéroport actuel) dont ses promoteurs de l'Allemand Hochtief qui détenait encore 40 % des parts en 2013, ont expressément exigé la fermeture. Pourtant, le bon sens exprimé même publiquement à l’époque avait argumenté en faveur du maintient du site comme deuxième aéroport (à l’instar de Roissy après Orly et après Le Bourget en France). Et comme en 2017, le nombre de visiteurs du pays avoisine les 30 millions par an, voilà que le nouvel aéroport de la capitale n’est guère loin d’être saturé.

Dans ce même... (Nouvel) ordre d’idées, la Tsiprostructure actuelle, prépare une autre bien étrange loi, rendant possibles les juridictions de proximité. Le projet de loi avait été lancé pour rester soi-disant consultable, entre... le 28 décembre et le 3 janvier 2018, comme par hasard. Juridictions de proximité, pourquoi pas dans un sens ?

Sauf que contrairement par exemple, au cas analogue français, là où le juge de proximité, sauf exception, n'est pas magistrat de formation mais recruté dans la société civile, cependant parmi des praticiens du droit et selon des critères légaux (entre autres, il faut soit avoir exercé une profession judiciaire pendant au moins 4 ans, soit avoir une expérience d'au moins 25 ans dans un service juridique d'entreprise ou d'administration), en Grèce, pour ce même recrutement un simple diplôme universitaire (de n’importe quelle discipline) satisferait les exigences liées à cette mission.

De nombreux juges ont aussitôt argumenté à travers la presse pour dénoncer cette “privatisation de la justice” , et très officiellement l’Union des Magistrats laisse exprimer toute son inquiétude, à l’instar des avocats du... pauvre pays, s’exprimant également de la même manière .

2018, Quotidien des Rédacteurs, janvier 2018

Le... ‘Diable de Phalère’. Presse grecque, janvier 2018

Musique populaire et extase. Temps de jadis (presse grecque - janvier 2018)

L'année 2018, celle de la météo a certes bien commencé à Athènes. Fuyant donc les tavernes des bords de mer (et pour cause), votre humble chroniquer et toute sa crise avec, ont plutôt préféré pour cette première journée de l’année calendaire rendre hommage au... Chaos. Au même moment, la presse aime parfois publier certaines photos issues des transes comme des extases de la musique populaire et de son temps, forcément de jadis, histoire de rendre hommage à, Dieux sait, quelles originalités, constitutives de ce dont on a le plus besoin, une référence exacte dans le passé, comme à définir en quelque sorte, une unité de mesure humaine, surtout et d’abord face à l’hybris. Et ce n’est pas gagné...

L'année 2018 sera peut-être le moment où il va falloir apprendre ou réapprendre à nager... en toutes circonstances, planétaires ou comme on dit depuis la novlangue des mondialisateurs, circonstances “locales”. Il fut un temps... de mesure humaine, où nos poètes étaient encore parmi nous, ils caressaient même parfois leurs chats, peut-être aussi, pour ne pas vraiment caresser les oreilles du public.

Le poète Odysséas Elytis et son chat. (Internet grec)

Premières fleurs. Lávrion, janvier 2018

Nager... en toutes circonstances. Hermès de 'Greek Crisis', janvier 2018

Oui, ce n’est pas gagné... Au moment des premières fleures en ce 2018 et non loin de l’ancien aéroport d’Athènes, la Municipalité de Phalère vient de financer et d’installé peu avant la fin de l’année dernière, cette sculpture disons d’époque, et il faut dire fort controversée, étant donné que de bien nombreux habitants (à l’instar d’une partie de l’Église locale), estiment qu’elle représenterait... en réalité le diable.

Ah... la bonne année diabolique 2018, de... diablabla-car à diablabla-corps, ce ne serait finalement qu’une affaire de chemin à parcourir, et c’est sans doute aussi pour cette raison que nous avons ainsi visité Chaos fuyant les tavernes des bords de mer.

2018 et votre blog ‘Greek Crisis’ poursuit sa route contre vents et marées, il faut alors l’admettre, de plus en plus souvent... surveillé de près. Puis, lorsqu’on aura légiféré sur les... fausses informations en ligne, il finirait comme l’autre poète de la mer l’avait alors prédit, connaissant le même sort que “ces navires rayés du contrôle des flottes”. Ah... la si bonne année !

Votre blog 'Greek Crisis'... surveillé de près. Athènes, janvier 2018

* Photo de couverture: Lumière. Attique, janvier 2018


Panagiotis Grigoriou

Sun, 31 Dec 2017 13:00:00 +0100

Bonne année !



Dernière parution... de notre cahier du Sud pour 2017 depuis ce pays des oliviers. Notre supposé comptage calendaire marquera sa pause, toujours si bien calculée entre nos temporisations humaines, puis il reprendra son cours. Temporalité dite de crise, et en réalité, longue urgence qui persiste, voilà que ce blog n’émettra plus de bilan de fin d’année. Sinon... et plus terre-à-terre (c’est vraiment l’expression), très... beau réveil vers 6h ce matin du 31 décembre 2017. Un séisme a secoué Athènes, notre Mimi et notre Hermès se sont également et aussitôt levés de leurs... lits, sans plus d’inquiétude il faut dire. Preuve s’il en faut de l’évidence d’une... certaine intelligence naturelle malgré tout !

Mimi et Hermès de ‘Greek Crisis’ et leurs lits! Athènes, décembre 2017

Temporalité dite de crise, et alors longue urgence qui persiste. Ceux que le destin à voués à l’écart dans nos pays sans travail, pays pourtant encore hier rêvés et dont leurs prismes façonnaient autant leurs imaginaires, tout ce beau et... bas monde lira dans la presse, au demeurant plus électronique que jamais, que par exemple, l’avènement de l’intelligence sera désormais artificiel... ou il ne sera pas.

À minuit, nous autres voyageurs du sens (peut-être même accusés de faire immodérément preuve de passéisme outrancier aux yeux de certains), nous nous souhaiterons réciproquement la bonne année et ensuite nous nous coucherons en attendant le vent, qui finira par se lever au matin du 1er janvier, comme toujours avec le soleil. En attendant, nous aurons pu contempler les nuages sur le Péloponnèse proche, et ses villages pratiquement vidés de leurs habitants... mais encore, à l’huile d’olive véritable !

Le séisme du jour. Grèce, le 31 décembre 2017

Les médias auront fait remarquer que les Athéniens ont suffisamment pu décamper vers les campagnes pour ce Noël 2017 (ce n’est que partiellement vrai), et que la consommation (toujours la consommation !) en cette période de l’année a augmenté de 1,5%, en comparaison avec le mois de décembre 2016. Sauf que la surprise viendrait plutôt du choix des Grecs.

Majoritairement, ce sont alors les appareils électriques classiques, en promotion il faut dire en cette fin d’année qui auront volé la vedette aux babioles high-tech (presse grecque de la semaine). Oui, pour l’instant, ce sont toujours les cuisinières qui font bouillir les œufs... à l’instar des politiciens faisant alors bouillir les peuples comme on sait. Plus l’électricité... et les algorithmes.

Au Péloponnèse. Décembre 2017

Villages... à l'huile véritable. Péloponnèse, décembre 2017

Production locale. Péloponnèse, décembre 2017

Traditionnellement, la période de Noël correspond en Grèce à l’intervalle allant de la nuit de Noël à l’Épiphanie. Le plus souvent, les maisons étaient ornées d’une d’un bateau en maquette, décoré de bougies. Le sapin de Noël a peu a peu remplacé le bateau, ceci avec l’arrivée à Athènes de la cour Bavaroise et de son roi Othon (1832) après la guerre d’indépendance (1821) au XIXème siècle. Aussitôt, le sapin a envahi les maisons des nantis d’Athènes, puis, durant la deuxième moitié du XXème siècle, le sapin de Noël a été adopté par l’ensemble des foyers en Grèce, sans pour autant détrôner complémentent le traditionnel petit bateau.

Autre usage culturel marquant, les 24 et 31 décembre, les enfants cheminent de maison en maison pour chanter les “Kalanda” (chants traditionnels) de Noël et de Nouvel an, s’accompagnant d’un triangle métallique que l’on frappe à l’aide d’une tige, également métallique. Les habitants offrent alors aux enfants des sucreries, du chocolat, des fruits secs comme de ces incontournables petits gâteaux, les melomakarona (dessert à base de farine, d'huile d'olive, de noix et de miel), et les kourabiedes (au sucre glacé, fleur d'oranger et amandes).

Les temps ont changé, depuis plus d’un demi-siècle déjà, les sucreries offertes sont remplacées par de l’argent (s’agissant de la petite monnaie), puis, temporalité dite de crise oblige ces deux à trois dernières années, à Athènes et plus généralement en ville, les enfants qui cheminent de maison en maison pour chanter les “Kalanda”, ils sont souvent agressés par d’autres enfants, voire par des adultes, dans le but de leur faire voler leur monnaie récoltée en chantant.

Chat qui pêche. Péloponnèse, décembre 2017

Chat à bord d'un chalutier. Péloponnèse, décembre 2017

Les traditionnels Kalanda. Peinture de Nikiforos Lytras, 1872

Méta-capitalisme avancée et avarié triomphant, difficile de rêver encore de lendemains lesquels décidément ne chantent plus. Tous les enfants (au demeurant peu nombreux) que j’ai vus durant la journée du 24 décembre 2017, chantaient alors leurs Kalanda sous la bonne escorte de leurs parents. “Nous ne pouvons plus les laisser seuls cher monsieur, même en groupe... quelle époque alors !”

Pays autrement (disons) paisible. Dans le Péloponnèse, nos animaux adespotes favoris et qui ne chantent guère de kalanda, s’adonnent parfois à la pêche sur les petits ports, maintenant que les touristes se font rares, lorsqu’ils ne gardent pas de bien près les... filets, à bord des chalutiers.

Heureusement que la gastronomie grecque nous préservera quelque part paraît-il et encore longtemps, certains boulangers par exemple dans le Péloponnèse, nous ont proposé de leur spanakópita alors de temps de fêtes. La spanakópita dans la cuisine grecque, c’est un friand aux épinards, à l'huile d'olive et à la féta, voilà que nos intelligences naturelles connaissent (et reconnaissent) encore le bon et simple goût.

Kourabiedes et melomakarona. Péloponnèse, décembre 2017

Spanakópita. Péloponnèse, décembre 2017

Dans le ciel d’Athènes, le smog généré en ce moment par la généralisation du chauffage au bois persiste. Disons que c'est aussi systémique et... existentiel. Cela fera alors un moment que notre capacité à mener une vie “normale” beaucoup plus loin dans ce pays comme dans ce siècle, n’est plus. Les dessinateurs et les caricaturistes de la presse grecque l’ont d’ailleurs très bien compris, lorsqu’ils représentent l’avènement de la nouvelle année 2018. L’époque des niaiseries elle est autant finissante, et il était sans doute grand temps.

À minuit, nous autres voyageurs du sens restant (car probablement pour cela, accusés de faire immodérément preuve de passéisme outrancier), nous nous souhaiterons réciproquement la bonne année, sauf que plus personne n’est vraiment dupe, dans ce pays semble-t-il en tout cas. Nous apprécierons ainsi mieux les moments présents et peut-être restants. Comme durant cette veille de Noël ici même à Athènes ; nos si bons amis venus de loin et en surprise, un peu de notre famille, et alors Mimi et Hermès, en interlocuteurs incontournables !

Le smog dans le ciel athénien. Décembre 2017 (presse grecque)

J’ai également rencontré mon ami T., dans son quartier qu’il ne quitte pratiquement plus jamais, comme dans son chômage... journalistique, alors durable. Il est désormais désabusé: “Notre travail n'est plus, sept journalistes sur dix sont sans emploi... Notre classe, ex-moyenne est programmée à disparaître, nous cédons nos biens pour une bouchée de pain... mais alors jusqu’où ? Je me dis que je ne leur ferai pas cadeau de ma personne. Non, je ne me suiciderai pas, je vais plutôt éliminer un des politiciens...” J’ai offert ce que j’ai pu, ainsi que de la spanakópita... aux circonstances aggravantes.

Beaux moments pourtant, certes amers, car cependant moments de fête car surtout, ayant du sens. La fête, c’est d’abord et originellement du sens, ne l’oublions pas. Au même moment dans la blogosphère grecque, certains analystes annoncent leur décision... à ne plus analyser ni recenser les nouvelles accablantes. “Dénoncer les politiciens ne sert plus à rien, nous le savons tous, rien ne changera, sinon que par nos décisions et actions qui... sortiraient du cadre de la seule analyse comme de l’unique quiétude...”

On dirait qu’avec les sucreries de Noël 2017, toute une culture politique chez une partie de la population grecque est donc morte, et alors en même temps remplacée par une... culture de guerre. Notion d’ailleurs du temps des mes recherches en histoire, elle occupait notre réflexion à l’époque lorsque nous analysions la Grande Guerre... celle du siècle passé bien entendu.

2018 vu par le “Quotidien des Rédacteurs”. Décembre 2017

Paupérisation. Presse grecque, décembre 2017

2018 vu par le “Quotidien des Rédacteurs”. Décembre 2017

Dernier... feuillet numérique du Sud pour 2017, depuis ce pays décidément des oliviers. Notre supposé comptage calendaire marquera sa pause, celle que nous croyons bien calculée, entre nos trébuchantes temporisations humaines, puis il reprendra son cours.

Même si certains cafés que l’on nommait jadis de fortune ont fait faillite, et même si certaines olives ne sont pas et ne seront peut-être pas ramassées des arbres cette année, ni en 2018, le voyage en Grèce, le nôtre en tout cas, n’est pas dénué de sens.

Je tiens à remercier ici, les ami(e)s et lectrices/lecteurs de Greek Crisis, pour leur fidélité comme pour leur soutien essentiel, car je n’ai pas pour l’instant pu répondre aux nombreux messages. Les résultats de la campagne exceptionnelle de soutien au blog, lancée il y a dix jours, a couvert plus de la moitié de la somme fixée et le reste à l’avenant, nous espérons que nos lecteurs en tiendront compte dans leur action de solidarité et de soutien. Nous exprimons encore une fois notre très chaleureuse reconnaissance aux ami(e)s du blog qui sont intervenu(e)s dans le cadre de cette donation.

Le... voyage en Grèce. Athènes, décembre 2017

Au pays des oliviers. Péloponnèse, décembre 2017

Bar en faillite. Péloponnèse, décembre 2017

Votre blog... ayant déjà survécu au séisme de ce matin, il espère poursuivre dans ses cahiers du Sud, depuis ce pays des oliviers, aussi durant 2018.

Les temps ont certes bien changé, déjà depuis plus d’un demi-siècle, les sucreries offertes aux enfants qui chantent les Kalanda ont été remplacées par de l’argent, s’agissant inévitablement de la toute petite monnaie.

Les algorithmes, le virtuel mais peut-être mieux un jour, ceux que le destin à voués à l’écart dans nos pays sans travail, mettront alors fin au règne de l’argent pour alors survenir à générer “une société du don basée sur le droit d’usage plutôt que la propriété privée, une société respectueuse des hommes et de l’environnement, où les voiliers de plaisance effectuent du transport maritime, où les voitures au gaz sont collectives (...) Un monde devenu, il est vrai une pure fiction”, d’après l’ami de ce blog et ami tout court, Jean-François Aupetigendre .

Feu et cuisson. Péloponnèse, décembre 2017

C’est peut-être... je sujet de notre prochain... séisme, qui sait ? En attendant, notre Mimi et notre Hermès ont retrouvé leurs... lits, toujours sans plus d’inquiétude il faut dire.

Preuve s’il en faut de l’évidence d’une... certaine intelligence naturelle malgré tout ! Bonne année !

Hermès et Mimi de ‘Greek Crisis’. Athènes, décembre 2017

* Photo de couverture: Au pays des oliviers. Péloponnèse, décembre 2017


Panagiotis Grigoriou