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Mon, 25 Sep 2017 15:00:00 +0200

Couleurs d’automne



Couleurs d’automne. Belle lumière, pluie... nouvelle qui tombe parfois sur l’Hellade, et la première neige couvrant déjà les sommets de l’Olympe. Dans le Péloponnèse côtier, les pêcheurs regagnent le port au petit matin chaudement habillés, leurs prises sont certes modérées mais suffisantes. Une fois à quai, leur constat exprimé de règle à haute voix, relève pour ainsi dire du rituel: “Dieu nous a préservés du pire encore aujourd'hui.” Qui sait ?

Automne. Pêche à la ligne. Péloponnèse, septembre 2017

En cette Grèce primo-automnale seuls les journalistes, tous medias confondus d’ailleurs, n’en finissent pas d'évoquer, de prédire, d'annoncer comme de redire, au sujet des élections en Allemagne. Trivialités et alors truismes européens en plein hiver politique... établi en réalité depuis près de trente ans.

“Nous consacrerons ‘à chaud’ toute notre soirée du 24 septembre aux élections en Allemagne, elles sont importantes, très importantes aussi pour la Grèce” ; alertaient dès la veille les journalistes de la radio 90,1 FM, à l’instar des autres medias. On en déduira que les événements de la Métropole influencent de fait sur ceux de la Colonie, truismes toujours, et cela depuis Thucydide comme autant par exemple depuis le temps de l’Empire romain.

Sur les terrasses des bistrots du Péloponnèse, toujours durant cette soirée du 24 septembre, les habitués auront toutefois préféré suivre les matchs de football, on en déduira par conséquence que les événements du ballon rond influencent... de fait sur ceux de la Colonie, d’après une certaine doxa populaire en tout cas.

Plus au nord en Grèce, les visiteurs enchantés contemplent quant à eux la terre et le ciel des Météores, beau spectacle, tandis que les religieuses des monastères homonymes déchargent... très sérieusement de leur pick-up 4x4 les vivres achetés en ville, modernité oblige. Admirables Météores, à la spiritualité visiblement insaisissable car trop emplis de visiteurs, on dirait que seuls leurs animaux adespotes boivent encore de l’eau comme alors du petit lait. Météores, soulignons-le, du grec ancien “meteôros - élevé, dans les airs - suspendu”, réalité suspendue, car c’est autant d’époque.

Les Météores, beau spectacle. Thessalie, septembre 2017

Les visiteurs enchantés des Météores. Thessalie, septembre 2017

Religieuses des monastères homonymes déchargent... Météores, septembre 2017

Animal adespote buvant de l’eau. Monastères des Météores, septembre 2017

En ville proche et profondément thessalienne de Trikala, les retraités du coin, tout comme ceux du lointain Péloponnèse comptent notamment leurs sous... devant trois grappes de raisins de Corinthe, réputés comme on sait sans pépins. Sur le marché traditionnel car tenu à Trikala depuis le 19ème siècle, les producteurs locaux étalent leurs légumes et autant leur scepticisme. Pourtant, en cette Grèce périphérique, les existences humaines se montrent plus souriantes qu’à Athènes.

La vie s’y voudrait davantage paisible, et immanquablement elle l’est aux dires de tous. Petite allégresse locale, perceptible également jusqu’au site de l’antique dispensaire d’Asclépios, un financement (essentiellement privé) a été trouvé après plus de quatre décennies d’apraxie, et les fouilles ont ainsi pu reprendre.

En cette fin septembre, certes aux belles couleurs d’automne, à Trikala, comme dans les bistrots du Péloponnèse côtier au lendemain du temps électoral allemand, les sujets abordés sont en réalité forts différents. Tel le patron d’un café du Péloponnèse évoquant avec ses amis son expérience issue d’un récent déplacement à Thessalonique et à Vólos. Ils comparent naturellement les prix pratiqués dans les tavernes à ouzo “là-haut”, “sensiblement plus bas que chez nous” aux usages dans leur région. La saison touristique se terminer d’ailleurs en ce moment, c’est aussi l’heure du bilan... comme du foot à la télévision.

“Chez nous, les restaurateurs exagèrent. Leurs plats coûtent deux fois plus cher qu’à Vólos. C’est de la démesure, mais elle s’explique. Étant donné la situation du pays, la paupérisation des habitants, les prix devraient baisser, mais elles ne baissent pas. C’est pour cette raison que parmi ceux qui sortent, certains iront le plus souvent se restaurer auprès des petites tavernes à souvlaki. Brochettes, petits prix uniformisés, du standard alors ordinaire.”

Trikala, retraités du coin et raisins de Corinthe. Septembre 2017

Les producteurs locaux et leurs légumes. Trikala, septembre 2017

Les producteurs locaux et leurs légumes. Trikala, septembre 2017

Le marché réputé traditionnel. Trikala, Thessalie, septembre 2017

“Écoutez les gars, je peux vous exposer la raison pour la quelle les prix ne baissent pas chez nous. D’abord, nos restaurateurs veulent gratter le maximum durant la saison touristique... mais aussi durant le reste de l’année si possible. Ensuite, la réalité grecque se résume en ceci: Un tiers de la population est en train de subir une paupérisation sans précédant, ces gens, touchent rarement une petite allocation de deux cent euros par mois, le plus souvent, ils sont soutenus par leurs familles. Donc ils ne fréquentent plus nos établissements, sauf très rarement et cela pour une petite brochette souvlaki une fois tous les six mois ou pour un petit café.”

“Un deuxième tiers de la population vivote... convenablement, gagnant de cinq cents à mille euros par mois, fonctionnaires d’ailleurs compris. Ces gens sont nos clients, mais ils consommeront de manière bien modérée et pondérée, c’est normal. Vient ensuite le dernier tiers de la population, fonctionnaires parfois comme tous les autres.”

“Ces Grecs ont de l’argent capitalisé sous formes diverses depuis près de trente ans, c’était durant les années fastes, et c’est connu. Ils se plaignent car il faut faire comme les autres sauf qu’ils ont les moyens, ainsi leur manière de consommer, plus la surimposition qui pèse sur nous, font que les prix restent anormalement élevés.”

“Et les plus affaiblis en souffrent, et ils souffriront encore et encore. Les restaurateurs, par exemple de Vólos, ils l’ont compris, il faut ratisser plus large, proposer ainsi leurs plats à une clientèle beaucoup plus étendue, donc beaucoup moins aisée. C’est plus juste et à la longue, c’est à mon avis payant pour ces entreprises. Sauf que les nôtres ici ne comprendront jamais rien.”

Fouilles sur le site d’Asclépios. Trikala, septembre 2017

Le port de Vólos. Thessalie, septembre 2017

Retraités à Vólos. Septembre 2017

“Je rédige vos travaux universitaires”. Vólos, septembre 2017

Et à Vólos même, les retraités, grands habitués des bistrots auront ces discussions ainsi similaires, puis, près du grand port thessalien et de son université, une petite pancarte... artisanale publicitaire informe très précisément son éventuelle clientèle: “Je rédige vos travaux et mémoires sur de sujets de pédagogie et d’éducation spécialisées, et je peux aussi traduire de l’anglais vers le grec”.

La... marchandisation dévergondée du savoir, livré à la manière des pizzas... au service des futurs chômeurs. Il fallait autant y penser, sauf qu’à Vólos, l’ouzo et les tavernes se montrent vraiment plus abordables que dans le Péloponnèse. Époque manquée !

“Les hommes, vraiment nécessaires manquent ; les nuisibles parmi eux sont par contre bien nombreux: revendeurs, escrocs, égotiques, opportunistes, baratineurs, bons à rien, je-m'en-foutistes et tant d’autres. Il fut un temps, ces derniers ne comptaient guère, à présent, ils deviennent fléau. C’est parce que les autres sont humiliés et amputés, alors tout est susceptible d’irriter leurs plaies”, écrivait dans son carnet notre poète Yórgos Seféris, le dimanche 20 septembre 1942 (édition, “Ikaros”, Athènes 2007).

Yorgos Seféris (presse grecque)

Les obsèques de Yorgos Seféris, Athènes, 22 septembre 1971 (presse grecque)

Yórgos Seféris, nom de plume du poète et diplomate Yórgos Seferiádis, lauréat du prix Nobel de littérature en 1963, était né le 13 mars 1900 à Smyrne, et il est mort à Athènes le 20 septembre 1971... sous l’autre dictature, celle des Colonels. Ses obsèques ont donné lieu à une grande manifestation populaire et spontanée contre le régime, la poésie en plus.

En ce 20 septembre 2017, les medias de la Colonie ont (bien furtivement) évoqué la date anniversaire de la disparition physique de notre poète avant de passer à autre chose. Journalistes... revendeurs, escrocs, opportunistes, baratineurs, ont ainsi évoqué Seféris, le temps de revenir aux balivernes habituelles à usage alors plénier. Nouvelles sans cesse juxtaposées sans le moindre regard critique, ce monde que déjà en 1942 Yorgos Seféris abhorrait tant.

Parmi ces... nouvelles, la supposée grande pollution du Golfe Saronique par le naufrage du petit pétrolier près de Salamine il y a deux semaines, puis, le départ soudain du navire nettoyeur dépêché sur place afin de pomper les quantités d’hydrocarbures restant dans les cuves du pétrolier coulé... Le capitaine du navire nettoyeur a été mis en état d’arrestation pour trafic présumé illégal de carburants (presse grecque du 20 septembre) , puis... l’importance annoncée de partout des élections tenues en Allemagne.

La Grèce, et toutes ses couleurs locales, ses animaux adespotes sous les Météores, ou alors ses boutiques chinoises parfois déjà en faillite à Trikala, le tout sous cet automne... en réalité omniscient. “Dieu nous a préservés du pire encore aujourd'hui” !

La Grèce et ses couleurs locales. Thessalie, septembre 2017

Animaux adespotes sous les Météores. Septembre 2017

Animaux adespotes sous les Météores. Septembre 2017

La Grèce et ses couleurs locales. Thessalie, septembre 2017

Boutique chinoise en faillite. Trikala, Thessalie, septembre 2017

Couleurs d’automne. Dans les montagnes grecques, les traces ultimes du camping libre seront bientôt levées et sur les plages de la Grèce centrale, ceux de passage se contentent parfois que de mettre un seul pied dans l’eau. “Dans quel monde vivrons-nous ?”, suggère alors à son unique manière ce message griffonné sur un mur à Trikala, l’aporie est du moins bien claire.

Loin, très loin même des préoccupations du plus grand nombre (ou de celui dont l’esprit fonctionne encore un peu) les familles aisées de Trikala célèbrent comme toujours le baptême de leurs petits, dans les églises les plus anciennes de la région. L’histoire monumentale... au secours de l’hybris monumentale, plus l’électrifié et le kitsch.

Sinon pourtant, belle lumière, nouvelles pluies sur l’Hellade et la première neige qui couvre déjà les sommets de l’Olympe, magnifique pays... été comme hiver !

Traces ultimes de camping libre. Thessalie, septembre 2017

Mettre un seul pied dans l’eau. Grèce centrale, septembre 2017

“Dans quel monde vivrons-nous ?”. Trikala, septembre 2017

Baptême chez la classe aisée de Trikala. Thessalie, septembre 2017

Baptême chez la classe aisée de Trikala. Thessalie, septembre 2017

Belle lumière, pluies sur l’Hellade et la première neige qui couvre déjà les sommets de l’Olympe. Il était temps dans un sens. Dans les bistrots, on discute alors météo, tandis que les baignades restent encore possibles ici ou là, dans le Péloponnèse côtier par exemple.

Les petits pêcheurs reviendront à quai port au petit matin habillés chaudement, et un drôle de navire sous pavillon britannique a brièvement fait son apparition près de l’île d’Hydra.

Drôle de navire. Entre Hydra et le Péloponnèse. Septembre 2017

Automne... et quant à la survie de ce blog... les difficultés hivernales s’annoncent déjà. Belles couleurs d’automne pourtant, Hermès, le (deuxième) chat de “Greek Crisis” grandit, et l’espoir peut-être avec.

Hermès... le deuxième chat de “Greek Crisis”. Septembre 2017

* Photo de couverture: Couleurs d’automne. Péloponnèse, septembre 2017


Panagiotis Grigoriou

Sun, 24 Sep 2017 09:00:00 +0200

Donation - Appel mensuel de Septembre 2017


Panagiotis Grigoriou

Sat, 23 Sep 2017 01:00:00 +0200

Un autre regard sur la Grèce !



Ethnologue, historien, chercheur, analyste des réalités contemporaines, bloggeur, Panagiótis Grigoríou multiplie les casquettes pour décrypter son pays, une réflexion permanente qu’il met ensuite à profit pour transmettre et expliquer. Depuis avril 2015, ce goût pour le partage des connaissances s’est également matérialisé par la création et la réalisation de son concept réceptif, “Greece Terra Incognita . Son principe: faire découvrir la Grèce autrement, en mer ou sur terre, avec l’idée de sillonner les routes moins fréquentées par les touristes, tout en profitant des éclairages de ce guide pas comme les autres, aussi à l’aise sur l’histoire que sur le monde contemporain.

Panagiótis Grigoríou à Athènes

Des routes terrestres au “think tank flottant” Aussi à l’aise en mer que sur terre, Panagiótis Grigoríou a eu envie d’allier ses passions - la voile, l’enseignement et la recherche, ses terres d’origine - pour poursuivre ses différentes activités autrement. Ou plutôt, ses nombreux lecteurs ont eu envie de poursuivre l’aventure en suivant l’homme sur son terrain de prédilection...: “J’ai enseigné dans le secondaire en région parisienne pendant dix ans. Ensuite, j’ai mené des recherches sur l’entre-deux guerres dans les Balkans et en Grèce. Je publie également à travers mon blog politique et d’analyse anthropologique sur la crise grecque. À un moment, les gens qui me connaissaient, par exemple via le blog, ont voulu que je leur propose mes services d’ethnologue et d’historien sur place. Ils connaissaient la Grèce parfois, mais ils voulaient revenir avec moi. De fil en aiguille, l’idée est née”.

Créé en 2015, Greece Terra Incognita s’appuie totalement sur l’homme, avec le souhait de promouvoir un tourisme alternatif et réfléchi. Côté mer, Panagiótis Grigoríou, qui est aussi skipper, propose un périple en voilier hors des sentiers battus qui permet de découvrir les Cyclades ou le golfe Saronique (au Sud d’Athènes) autrement mais aussi, à l’envie, de jeter un regard curieux et critique sur la façon dont le tourisme y est pratiqué.

Pour cela, il privilégie les îles les moins fréquentées et fait du voilier partenaire de Greece Terra Incognita un véritable petit “think thank flottant”, qui loin d’être austère, permet de présenter la Grèce en faisant la liaison entre l’antiquité et le monde d’aujourd’hui. Côté terre, il privilégie les terres de son enfance, Athènes, où il est né et a grandi mais aussi la Thessalie (Grèce centrale), où vit sa famille, et qu’il fréquente depuis toujours.

En Golfe Saronique, 2017

Athènes autrement

À Athènes, la visite consiste en une journée guidée de quatre ou six heures qui mêlent la découverte de sites historiques à des quartiers plus vivants, tel le quartier étudiant. Panagiótis peut alors alterner entre les éclairages sur l’histoire moderne et contemporaine, la mémoire, et la découverte des bistrots, des librairies, et autres lieux de vie fréquentés par les Grecs.

Je m’adapte beaucoup à mes participants. Ainsi, s’ils le souhaitent, je peux parler de la crise, évoquer la guerre civile qu’a connue le pays après la deuxième guerre mondiale ou privilégier des rencontres particulières, avec un restaurateur historique, un compositeur, etc. Je connais très bien Athènes, où j’ai grandi, cette journée peut vraiment s’imaginer avec les participants.

Sous l'Acropole

Chant Rebétiko à Athènes

Pour ceux qui le désirent, il est également possible d’ajouter une journée pour découvrir l’Attique. L’excursion se fait en voiture. Elle permet par exemple de voir le cap Sounion où se trouve le temple dédié à Poséidon mais aussi d’évoquer l’histoire minière et notamment les mines du Laurion, ces anciennes mines d’argent situées entre Thorikos et le cap Sounion. En face l’ile de Makrónissos fut utilisée comme lieu de déportation des opposants politiques, principalement des communistes, pendant la guerre civile.

La Thessalie au-delà des Météores

“Greece Terra Incognita” propose aussi la découverte d’une région peu connue en Grèce, la Thessalie, où Panagiótis a achevé ses études au lycée, ses parents s’étant ensuite installé sur place. Il y décline quatre parcours, d’un minimum de trois jours, que les personnes intéressées peuvent choisir ou composer à la carte en fonction de leurs envies. Les Météores font partie des possibilités mais au-delà, il propose des ballades en montagnes, la découvertes de villages typiques, parfois abandonnés, des promenades en forêts, la découverte de gorges, de sites naturels, d’églises paléochrétiennes mais aussi des découvertes gastronomiques.

Sur les montagnes de Trikala

On se promène puis on fait une pause, on visite un village en plaine, un vignoble, et l’on voit comment vivent les gens avec leurs réalités et problèmes au quotidien. Il m’arrive de montrer les terres abandonnées du village où vivent mes parents, 30% des personnes l’ont quitté depuis la crise grecque...

Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, il est aussi possible de découvrir la forteresse de Trikala et sa vieille ville. Elle compte plusieurs musées intéressants et notamment un musée dédié à la musique populaire et au bouzouki, l’instrument traditionnel par excellence de la Grèce, dont Vassílis Tsitsánis ayant écrit plus de 500 chansons et est connu comme étant un joueur de bouzouki particulièrement doué et ainsi illustre musicien, est natif de la ville.

Mon père, tout petit, dans les années 30, se souvient très bien de ce joueur de bouzouki. Il m’a raconté bien des anecdotes à son sujet, sans compter tout ce qui s’est passé ici pendant l’Occupation et la guerre Civile. Les partisans de la Grèce libre s’étaient basés dans la région. Beaucoup de mes participants s’intéressent à cette histoire parallèle et veulent comprendre ce qui s’est passé en Grèce pendant cette période.

Thessalie occidentale typique

Vivre la Grèce buissonnière pour un tourisme mieux partagé Pour l’heure, Greece Terra Incognita en est encore à ses débuts. Panagiótis accompagne la totalité des partants, mais il n’exclut pas de former ou de s’associer avec d’autres personnes lorsque sa nouvelle activité aura pris sa vitesse de croisière. Il n’en reste pas moins que l’homme souhaite avant tout garder une dimension humaine, privilégiant le contact avec les habitants, les immersions dans la nature, et un tourisme respectueux des producteurs et du territoire qui puisse aider les régions moins fréquentées à trouver des revenus complémentaires.

Il projette également consolider et développer son activité. Souvent, mais seulement quand on le lui demande, il évoque son blog, “Greek Crisis”, où il suit et commente au quotidien ces années noires que vit depuis cinq ans son pays. Ces portraits, ces histoires de tous les jours, c’est toute la richesse d’un homme cultivé, humaniste, qui donnera également aux voyageurs curieux la possibilité d’un voyage bien au-delà des images.

Présentation de “Greece Terra Incognita”, texte de Geneviève Clastres réactualisé (“Voyageons autrement”, mars 2017)

Le plaisir et sa raison !

Greece Terra Incognita: entrez dans la carte postale !

Interview accordée à Gérôme Bourgine (“Voyageons autrement”, mars 2017)

Cela fait maintenant deux ans que l’historien et ethnologue Grigoríou Panagiótis propose une découverte de la Grèce “en profondeur” absolument novatrice. Sur terre comme sur mer, il accompagne chaque petit groupe de voyageurs pour associer à la fabuleuse douceur de vivre locale les sous-titres permettant d’en comprendre les tenants et aboutissants historiques et humains. Et la formule plait. Beaucoup ! Petit dialogue apéritif...

Quand et comment est né le concept Greece Terra Incognita ?

Depuis 2011, je tiens mon blog dédié à la Grèce actuelle et ai également publié, en 2013, chez Fayard, un ouvrage intitulé “La Grèce fantôme”. Petit à petit, un nombre de plus important de lecteurs qui suivaient mes écrits d’historien et d’ethnologue s’est mis à me demander s’il n’y avait pas moyen de mettre ma connaissance du terrain et de la réalité grecque au service d’une offre de découverte du pays qui sorte de l’ordinaire.

Une offre qui englobe la réalité tout entière, depuis la plus évidente: la beauté des paysages et la douceur de vivre locale jusqu’à ce que chacun d’eux dissimule en termes d’Histoire - notamment contemporaine - qui permette de mieux les appréhender et les comprendre. Après en avoir discuté à plusieurs reprises avec ces personnes, je me suis dit qu’une telle activité pourrait en effet avoir un rôle bénéfique pour tous et j’ai créé “Greece Terra Incognita”.

“Greece Terra Incognita”, périple Cycladique, 2015

Quel type de voyages proposez-vous ?

Je propose trois sortes de voyages dont le dénominateur commun est que je les accompagne tous, en personne, pour que les gens aient à la fois l’image ET le son, l’explication. Il y a d’abord, tout simplement, les visites guidées d’Athènes, l’Athènes d’aujourd’hui. Il y a ensuite des auto-tours en Thessalie (région traditionnelle et historique de Grèce située dans le centre du pays) et dans la région d’Athènes, là encore, axés sur la découverte de la Grèce contemporaine même si, naturellement, on ne saurait ignorer l’histoire ancienne ni passer à côté de certains trésors particulièrement attractifs.

Et puis il y a les croisières. Deux sortes de croisières. Celles en petit groupe de 6 à 8 personnes où l’on sillonne les Cyclades en voilier, avec un skipper. Mon regard et ma lecture des paysages rencontrés venant alors s’ajouter aux bonheurs multiples qu’il y a à baigner dans ces décors enchanteurs. On comprend ainsi par exemple pourquoi certaines îles sont si peu peuplées, voire presque vides et, d’une manière plus générale, ce qui se tient caché derrière ces panoramas touristiques idylliques mondialement connu: la vie, l’histoire, les hommes... Je raconte tout cela.

Périple Cycladique, Greece Terra Incognita

Rencontres en mer Égée. “Greece Terra Incognita” 2016

Enfin, je propose la découverte des îles situées non loin d’Athènes, dans le nord-est du Péloponnèse, sur un voilier plus petit, pour deux personnes uniquement, un couple souvent, que j’accompagne avec le skipper (francophone). Là encore, sans effacer aucun des plaisirs et de la douceur de vivre, nous voguons au-delà de la carte postale, dans la compréhension des choses, sachant que cette formule “privatisée” autorise une totale liberté de mouvements et de véritables parcours sur mesure, à la carte.

Qu’est-ce qui caractérise vos propositions de voyage ? Qu’apportent elles de spécifique qui vous différencie ?

La valeur ajoutée principale est d’abord l’échange, la participation de chacun dans la découverte des lieux. Une approche explicative, voire critique de certains aspects qui permet, seule, de parvenir à toucher la réalité profonde du pays. Sans que cela n’ait jamais rien de professoral ni d’austère, attention ; nos pérégrinations relevant bien plus de la promenade et des échanges socratiques. Les gens repartent en ayant un autre regard sur le pays, sachant que je suis constamment à l’écoute des envies de chacun et que nos discutions s’envolent souvent au-delà de la seule Grèce.

Plus d’un “client” étant devenu au terme de nos périples, un ami... Pour résumer, on pourrait dire que ces croisières offrent tout ce que les gens attendent en termes de douceur de vivre: la mer, les baignades, la gastronomie, la découverte de petits coins de paradis, avec, en plus, à leur côté, une “application” humaine toujours disponible: moi, qui déchiffre et donne vie à ce qu’ils voient et qui les interpelle.

Autre réalité cycladique. Automne 2015

À quelles clientèles vous adressez-vous en particulier ?

Aux personnes curieuses du monde contemporain. Jusqu’à présent, ce sont plutôt des gens cultivés, des professions libérales, de jeunes retraités... des personnes également qui viennent avec leurs enfants ou petits-enfants pour leur faire découvrir “autre chose”, les initier à une approche plus fructueuse du monde, au-delà d’un tourisme purement consommateur. Si les voyages proposés sur la terre ferme sont très accessibles, les croisières sont un peu plus onéreuses, tout en restant parfaitement concurrentielles avec ce que propose l’industrie du tourisme classique, surtout si l’on prend en compte l’aspect qualitatif que nous proposons.

Dans quelle mesure vos propositions participent-elles d’un tourisme durable et responsable?

En ce qu’elles offrent, d ‘abord, une alternative originale, humaine et concrète née de l’interrogation sur ce qui se faisait en matière de tourisme local dont on a voulu garder ce qui se faisait de bien et éliminer les aspects réducteurs ou nocifs. Si je fais appel à des professionnels d’expériences (nos skippers par exemple), ce sont toujours de petits acteurs, menacés souvent dans leur existence même par les “poids lourds” du secteur. Une dimension artisanale que je prolonge autant que possible dans le choix des restaurateurs et producteurs choisis à chaque étape ou escale.

En Thessalie Occidentale, 2017

Enfin, il y a le contact que nous entretenons avec les habitants notamment à travers l’accès à l’économie locale: comment mieux comprendre que Naxos ne vit pas uniquement du tourisme qu’en rencontrant les agriculteurs et éleveurs qui fabriquent le fromage local par exemple. Selon le souhait des clients accompagnés, on approfondit tel ou tel aspect de nos explorations, quitte même, parfois, à modifier le programme si les gens souhaitent s’attarder davantage dans un lieu et le comprendre à travers ces différents partages.

En quoi vos propositions de voyage comportent-elles une dimension ethnographique ?

Notre démarche d’“observateur participant” est celle-là même de l’ethnologue au travail: une collecte intelligente de ce que l’on voit, éclairée par le contact avec l’autre, le local ; la confrontation à l’altérité. Ce qui implique naturellement de parler la langue. On ne se rend pas chez les Yanomami sans comprendre leur langue. De même, lors de nos promenades, je suis à l’écoute de tout ce qui se dit autour de nous: dans les cafés, au restaurant, dans la rue... je raconte de quoi parlent les gens, ce qui occupe leur esprit, ce qu’ils ressentent.

Je suis constamment dans les allers-retours entre les voyageurs et les habitants. Certes, en une semaine par exemple, on ne va pas au fond des choses, mais toute la démarche est déjà là et les gens qui savent désormais que nos voyages comprennent cette dimension du partage humain viennent en partie pour cela et ils nourrissent alors cette dimension au fur et à mesure car ils y prennent goût.

Sous l'Acropole... exactement

En Golfe Saronique (île de Poros) 2017

Ce qui n’empêche nullement une approche sensible et sensuelle du pays: soleil, mer, baignades et douceur de vivre... Nos escapades sont tout sauf austères ! La chaleur de meilleures tavernes, un mouillage idyllique dans une crique sauvage doublée d’un barbecue sur la plage au coucher du soleil... Tout y est, les échanges en plus.

Si vous ne pouviez retenir que deux de vos propositions (de périples en mer): la plus demandée et votre favorite ; ce serait lesquelles ?

La plus demandée, ce sont les Cyclades, dont l’image paradisiaque est fortement imprimée dans l’inconscient collectif et qui a atteint, de nos jours, une dimension quasi légendaire. Quant à ma favorite, c’est bien plus difficile, car si j’apprécie beaucoup le niveau d’intimité qu’offrent les croisières sur le petit voilier, on rencontre, dans celles proposées en groupe de 6 ou 8 personnes, une dynamique différente, plus complexe, qui me plait également beaucoup. Donc, non: je ne saurais ni ne souhaite vraiment choisir...

Quand les gens repartent, quelle part de l’expérience les a le plus comblés, dont ils vous font part et vous remercient particulièrement ?

D’avoir eu une expérience complète et de pouvoir ainsi relier la forme et le fond, établissant ainsi la jonction entre cette Grèce formidable terrain de jeu et de bien-être et ce qui se tient derrière, anime ces paysages, les a modelés et continuent de les faire vivre. Cette redécouverte d’un pays que beaucoup connaissaient déjà (ou pensaient connaître) et aimaient mais sans toujours le comprendre.

Marché traditionnel à Athènes

À Athènes, dont l’Histoire récente est généralement fort mal connue des visiteurs, ils se régalent quand on se promène dans la ville et que je la décrypte pour eux, la raconte, car, comme bien souvent, ces pages d’Histoire sont passionnantes dès qu’on s’y intéresse.

Ils reviennent également souvent sur ces longues discussions qui ont souvent, chacune, bénéficié d’un cadre privilégié: au coucher du soleil sur le bateau, en terrasse dans un petit port... enfin, ils apprécient beaucoup les efforts que nous déployons pour combler leurs désirs, les adaptations au programme effectuées dans la mesure du possible car, bien entendu, la navigation possède ses propres contraintes, à commencer par la météo...

En mer Égée (voilier partenaire de Greece Terra Incognita)

De quoi n’a-t-on pas parlé qui vous soit cher ?

Si je devais émettre un souhait, ce serait de pouvoir développer plus largement ce concept qui m’apporte autant qu’aux visiteurs (j’apprends bien des choses !). Souhaitons donc que de plus en plus de personnes aient envie de voyager en pratiquant cette forme de tourisme intelligent vraiment enrichissante...

Animal... adespote à Athènes, 2016

-------- POUR ALLER PLUS LOIN ENSEMBLE ---------

www.greece-terra-incognita.com
https://www.facebook.com/greece.terra.incognita
www.athenesautrement.com

* Photo de couverture: Greece Terra Incognita en 2017


Panagiotis Grigoriou

Mon, 18 Sep 2017 22:00:00 +0200

Pays inondé



Septembre grec à la météorologie fort clémente. Penchants voyageurs familiers, vestiges chauffés au soleil, on déambule alors volontiers à travers les apparences. Un petit pétrolier trop vieux, rempli de fioul lourd ayant fait naufrage par temps paisible près de Salamine laisse déjà échapper les traces de son chargement sur les plages du Pirée et sur une partie de la Riviera d’Athènes. La presse s’enflamme, les “gouvernants” déclarent que “sur le papier tout était en règle”, la mer... à boire !

La mer... à boire. Opération de nettoyage. Salamine, presse grecque, septembre 2017

Le bateau était vieux de 47 ans, il naviguait alors avec ses brèches sans cesse colmatées, et aux certificats de navigation ayant expiré depuis juillet 2017, mais... prolongés depuis, pour une période de quelques semaines seulement “du fait d'une simple signature administrative”, c’est-à-dire sans aucun contrôle réel.

On navigue alors sans vue comme pour le reste, sauf peut-être aux derniers vieux ateliers à travailleurs et à petits patrons d’Athènes, là où précisément certaines formes de travail, si ce n’est que par curiosité muséale, attirent alors le regard et l’indiscrétion. Pays supposé normalisé et accueillant. Emmanuel Macron vient de quitter la... tombe de la Grèce, après y avoir déposé la couronne du busines alors fleuri, réalité résumée par un dessin évocateur paru dans la presse grecque en signe d’au revoir (“Quotidien des Rédacteurs” du 10 septembre.).

Certaines formes de travail. Athènes, septembre 2017

Café honnête... à 0€90. Athènes, septembre 2017

Métadonnées d’un monde disons sulfureux. Sous le regard plénier des animaux adespotes (sans maître) lesquels s’installent de fait et de plein droit sur les terrasses des cafés, les bipèdes que nous sommes seront informés des nouveautés en termes de tarification... renouvelée: “Café honnête à 0€90”. Il était grand temps, au moment...historique de la standardisation des salaires de deux euros l’heure travaillée.

“Lorsque j'ai rencontré mes futurs employeurs, j'ai profondément regretté mes années d'études, confie Eleni, diplômée en lettres et depuis au chômage. Elle a sollicité un emploi auprès d'une compagnie de vente par téléphone. Ils m'ont proposé un salaire de 200 euros par mois pour un travail à mi-temps sur cinq jours... où deux heures travaillées par jour seraient seulement déclarées. Je ne peux donc pus décrire mon état de choc. Et comment alors puis-je vivre avec 200 euros par mois ?”, (reportage de la presse grecque au 13 septembre 2017 sur la génération dite des... “100€ par mois” .

Nettoyage. Salamine, septembre 2017 (Presse grecque)

Le business de la visite Macron à Athènes. “Quotidien des Rédacteurs”, le 10 septembre

La génération des... 100€ par mois. Presse grecque du 13 septembre 2017

Animal adespote sur la terrasse d'un café. Athènes, septembre 2017

Loin d’Athènes, on respire parfois un peu mieux. Déjà, on prend de la hauteur, par exemple, dans les montagnes grecques du Pinde. Les troupeaux qui s’y trouvent iront ainsi boire directement de l’eau des lacs en altitude, non loin d’Achelóos, dieu fleuve d’Étolie, fils aîné du Titan Océan et de sa sœur Téthys, le plus grand des fleuves d’après la mythologie bien évidemment antique.

Sauf que depuis plus de vingt ans, Achelóos en Grèce est devenu synonyme de cette aberrante affaire de son grand barrage homonyme. Déjà en 2014, Adéa Guillot dans son reportage (“Le Monde” du 5 mars 2014) , notait alors ceci:

“Les défenseurs du fleuve Achelóos bataillaient depuis vingt ans pour sa sauvegarde. Ils viennent d'emporter une victoire qualifiée d'historique: le Conseil d'État grec vient de mettre un terme au très controversé projet de dérivation du plus long fleuve du pays. Les juges estiment qu'il viole le principe de développement durable inscrit dans la Constitution et qu'il doit à ce titre être abandonné.”

“‘C'est la première fois en Europe qu'une cour se réfère au principe de développement durable pour mettre fin à un projet qui constitue une véritable catastrophe écologique’, se félicite Theodóta Nantsou, du Fonds mondial pour la nature (WWF). Depuis plus de vingt ans, WWF, Greenpeace, mais aussi la Société hellénique de protection de l'environnement luttaient par tous les moyens possibles - manifestations, concerts, recours en justice - pour empêcher le détournement prévu de 600 millions de mètres cubes d'eau par an vers les plaines agricoles de Thessalie.”

Le barrage d'Achelóos, Thessalie, septembre 2017

“Achelóos vaincra”. Route du barrage, Thessalie, septembre 2017

“Jetons SYRIZA hors des luttes”. Sur le barrage d'Achelóos, septembre 2017

Les troupeaux iront boire directement... Thessalie, septembre 2017

“Le fleuve Achelóos, surnommé le ‘fleuve blanc’, prend sa source dans le massif montagneux du Pinde, au nord-ouest du pays, et s'écoule sur 220 kilomètres jusqu'à la mer Ionienne, dans l'une des régions les plus sauvages de Grèce. L'une des plus préservées aussi, dont plusieurs sites sont classés dans le réseau européen Natura 2000. Le delta de Missolonghi, où le fleuve se jette dans la mer, est l'un des dix sites grecs protégés par la convention de Ramsar sur les zones humides (1971) et abrite des espèces d'oiseaux protégées par une directive européenne.”

Sauf que les directives européennes (apparentes ou pas) au pays occupé par le totalitarisme européiste peuvent, et surtout savent en décider autrement. Une récente décision gouvernementale (août 2017) autorise désormais la Régie d’Électricité - DEI à achever les travaux et ainsi faire fonctionner le barrage dans le but de produire de l’électricité et ceci, dès 2019.

Notons que DEI, en voie de privatisation sous... la forme éprouvée de la prédation offerte aux rapaces internationaux ou locaux bien connus et nommés “investisseurs” sous la novlangue des occupants, comme d’ailleurs l’ensemble de l’administration et des entreprises du secteur public dit “grec”, est étroitement contrôlée par les administrateurs coloniaux imposés et installés par la Troïka et par les gouvernements des “pays centraux” de l’Eurocontrol.

Grèce des montagnes. Thessalie, septembre 2017

Moulin à eau. Montagnes de Thessalie, septembre 2017

Thessalie de montagne. Septembre 2017

Un ingénier-cadre travaillant chez DEI rencontré récemment, raconte volontiers comment et combien les administrateurs de la Troïka (chez DEI comme dans ses filiales) contrôlent toutes les décisions et donc l’ensemble des documents produits quotidiennement. “C'est bien un régime d'occupation que nous subissons, sans leur aval, la moindre décision, par exemple à propos d'un stage, ne peut pas être validée et encore moins exécutée.”

C’est d’autant plus vrai en ce qui concerne ces décisions d’une telle importance, celle scellant le sort barrage entre autres. Les conséquences d’une telle aberration écologique sont graves. Mésohora, la bourgade proche, est l'un de ces villages oubliés dans la province grecque de la Thessalie montagneuse, qui ont connu leur prospérité il y a plusieurs décennies et aujourd'hui, ils ont peu de résidents permanents.

Sa situation actuelle n’est pas sans rapport avec la terrible décennie 1940 pour l’ensemble de cette Grèce, jadis si fière et résistante des montagnes, comme autant fière des légendes qui sont les siennes. Le village avait été brûlé par l’armée allemande en 1943, comme à peu près tous les villages en altitude de la contrée ; ensuite, le déplacement forcée de près de 800.000 habitants de cette Grèce... des hauteurs vers les villes durant la Guerre Civile (1946-1949), a ainsi porté un deuxième coup dur à Mésohora.

La désolation actuelle due à la construction du barrage est alors perceptible. La bourgade sera en partie définitivement inondée sous les eaux du lac du barrage, de ce fait, depuis près de vingt ans Mésohora... expérimente une destinée possible et imaginée bien incertaine. L’imaginaire local est désormais figé, pas de futur, plus aucune gestion du temps n’est réellement possible, à l’exacte image de ce que ressentent les Grecs dans leur majorité depuis les années de l’inondation troïkanne.

Mésohora, au bistrot. Septembre 2017

Apiculteur. Montagnes de Thessalie, septembre 2017

Vie... très locale. Montagnes de Thessalie, septembre 2017

“Mésohora est un village historique”, déclare Niki Économou pour les besoins d’un reportage réalisé par une ONG en février 2017. Elle est la Présidente de l'Association des futurs inondés de Mésohora, et elle vit plusieurs mois au village et le reste du temps à Larissa, capitale de la Région Thessalie.

“En 1943 notre village avait été brûlé par les Allemands, et c’est avec beaucoup de sacrifices que les gens ont reconstruit leurs maisons ici, dans le but justement de ne plus quitter l'endroit où ils sont nés. Le barrage effacera le village, et l'argent des indemnisations ne nous intéresse absolument pas. Je veux que mon village ne soit pas perdu, je suis très attachée à mon pays.”, (site internet de “Dianoesis”, février 2017).

Septembre météorologique grec pour l’instant plus que clément. 37 degrés à l'ombre vers 15h en ce 18 septembre en plaine de Thessalie et en ville de Trikala. Dès les prochains jours le temps deviendra progressivement et très gentiment automnal d’après la météo.

Penchants voyageurs coutumiers, loin des apparences et loin d’Athènes les... préparations locales mûrissent comme on sait sous les fenêtres, et les saints protecteurs des lieux ne sont guère oubliés, dont Achelóos, dieu fleuve d’Étolie, fils aîné du Titan Océan et de sa sœur Téthys.

Les... préparations mûrissent sous les fenêtres. Thessalie, des montagnes, septembre 2017

Saint Nicolas des montagnes. Thessalie, septembre 2017

Ville de Tríkala. Thessalie, septembre 2017

Près de la capitale on s’embourbe toujours dans un peu de mazout, et la presse s’enflamme ainsi comme elle peut. Dans la vraie vie, il est plutôt question de “Café honnête à 0€90” ou encore, de la standardisation des salaires à deux euros l’heure travaillée.

En Thessalie comme ailleurs les... chatons nouveaux sont arrivés et notre Hermès (voir l’article précédant) grandit de jour en jour. On déambule quelquefois volontiers à travers les vérités. Beau pays inondé, barrages et romans-fleuves !

Chaton nouveau. Thessalie, septembre 2017

* Photo de couverture: Les troupeaux iront boire directement... Thessalie, septembre 2017


Panagiotis Grigoriou

Mon, 11 Sep 2017 06:00:00 +0200

Emmanuel au pays d'Hermès



Temps de l’hybris. Sur un mur d’Athènes, le dit “Parlement” caricaturé est... aspiré (et inspiré) par un imposant OVNI. C’est là bien une caractéristique imagée des disjonctions actuelles. Les supposées structures de représentation parlementaire acclimatées au totalitarisme des vanités européistes et financieristes ne peuvent alors plus être considérées autrement. Entre-temps, la “fusée” Macron est passée par Athènes, visite officielle et poussière cosmique !

Visite officielle d'Emmanuel Macron à Athènes. Athènes, septembre 2017

D’abord, la frénésie marketing a largement préparé et accompagné cette visite d’Emmanuel Macron à Athènes. Aux yeux des Grecs, à part la... sympathie certaine et au-delà de la causerie impériale européiste du type: “Ce soir je veux que collectivement nous retrouvions la force de refonder notre Europe, en commençant par l'examen critique sans concession de ces dernières années” (le Président français aux côtés du Premier ministre grec Alexis Tsipras sur le Pnyx), l’essentiel dans cette visite tient du dépeçage économique, symbolique et structurel du pays faisant exactement suite à sa vassalisation néocoloniale accélérée et très actuelle.

“La Grèce est ainsi bradée à travers les accords de type colonial imposés par la Troïka et ce n’est pas de la sorte que l’Europe deviendra démocratique”, fait remarquer dans son communiqué commentant la visite Macron, le mouvement de Yanis Varoufákis “DiEM25” .

Ainsi, les 39 hauts représentants des très grandes entreprises françaises qui ont accompagné Emmanuel Macron à Athènes, procèdent non pas dans un cadre de coopération économique avec un minimum d’équité, mais dans celui des accords néocoloniaux imposés à la Grèce par l’Eurogroupe. Je dois rappeler que l’Eurogroupe n’a pas d’existence formellement légale quant au droit international (et européen), c’est un club informel des ministres de zone euro, où c’est d’abord la loi du plus fort qui s’impose à tous les autres, c’est-à-dire la loi de l’Allemagne.

Emanuel Macron sur le Pnyx. Presse grecque du 7 septembre 2017

La... communication Macron à Athènes. Presse grecque du 7 septembre 2017

Les...gouvernants à Athènes accueillent... Emmanuel Macron. Presse grecque, septembre 2017

C’est d’ailleurs pour cette raison que les cinq ordonnances réformant le Code du travail en France ont été présentées le 31 août au Conseil des ministres en présence et avec l’approbation du vice-chancelier allemand, et nous voilà ainsi dans le... nouveau monde du néocolonialisme pluridimensionnel mais oligopolaire.

À chacun son niveau de formatage, et pour ce qui du très bas niveau de formatage de la Grèce, parmi les accompagnateurs d’Emmanuel Macron, la presse a cru remarquer la présence de Jacques Le Pape, ancien directeur adjoint de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, nommé depuis 2016 à la tête du dit Fonds grec chargé des privatisations.

En réalité, il s’agit de cette agence fiduciaire imposée à la Grèce par le carcan des colonisateurs européistes et copiée sur le modèle de la Treuhand de nom complet Treuhandanstalt, laquelle était l'organisme de droit ouest-allemand chargée de la privatisation des biens de la République démocratique allemande (RDA) après la réunification du pays.

“Vous pouvez manger autant de la brioche que vous voulez !”, presse grecque, septembre 2017

Tout le monde en Grèce sait que le directoire de cette Agence des Privatisations (autant que la dite Administration Autonome des Recettes Publiques), échappe à tout contrôle étatique (et démocratique, parlementaire) grec. Pour ce qui est de l’agence fiduciaire plus précisément, les décisions sont prises à la majorité des 3/5, entre le directeur Français et les quatre autres membres, un Espagnol et trois Grecs, tous d’ailleurs nommés depuis le grand jardin de l’acclimatation financieriste et européiste.

C’est alors ainsi que dans les cafés grecs on estime qu’en dépit des messages officiels, le but de la visite Macron c’est de participer au dépeçage des biens du pays visité (eau, énergie, transports, télécommunications, renforcement même du contrôle par la mécanique sociale): “La Grèce c'est un cadavre, donc le monde des puissants s'en sert”, analyse... publiquement énoncé dans le café du coin par le retraité Mitsos.

“Vous pouvez manger autant de la brioche que vous voulez !” nous dit ainsi d’après un dessin de la presse grecque Emanuel Macron... déguisé en reine Marie-Antoinette estampillée... Allemagne et apportant aussi le message: “Austérité - Coupes sobres - Chômage” (car la phrase présumée historique sur la brioche avait été attribuée comme on sait à Marie-Antoinette). Temps vraiment nouveaux ?

“Avgí”, quotidien Syriziste et... Macroniste. Septembre 2017

Athènes... accueil. Athènes, septembre 2017

Commerce à vendre, Athènes, septembre 2017

Temps donc de l’hybris. Emmanuel Macron est reparti d’Athènes... comme il était déjà arrivé. Il n’aura pas vu, ni les soupes populaires qui reprennent dans la foulée du temps automnal qui s’annonce, ni les messages désespérés marqués au feutre par ceux de la dite “génération 400€”, autrement-dit, ces jeunes qui ne gagneront au mieux que 400€ par mois pour un travail qualifié et à temps plein.

Des histoires finalement... à Hérodote à se raconter alors sans fin, comme celle des sans-abri face à la mer profitant de l’énergie solaire, voilà une idée ayant peut-être échappé aux... investisseurs si bien accomplis au sein du cabinet Lagarde.

Le Vélos remorqué. Le Pirée, septembre 2017

Les voyageurs autres qu’Emmanuel Macron et les touristes sont déjà moins nombreux au Pirée, puis, le vieux Vélos (visitable, depuis 2002, comme navire musée à Fáliro) a été aperçu récemment près du grand port, remorqué jusqu’aux chantiers proches pour que les travaux d’entretien puissent être effectués. Au Pirée, les passants se sont même un long moment arrêtés pour l’admirer, comme parfois pour s’en souvenir.

Car son histoire n’est pas encore tout à fait oubliée, l’USS Charrette (DD-581), destroyer de classe Fletcher de la marine américaine, ayant pris le nom de HNS Velos (D-16) en 1959 dans la marine grecque se fait remarquer le 25 mai 1973 en refusant de rejoindre la Grèce, pour protester contre la Dictature des colonels et ainsi resté durant un bref moment en Italie, lorsqu’il participait à des exercices de l’OTAN.

Soupe populaire. Athènes, septembre 2017

Génération 400€. Athènes, septembre 2017

Sans-abri et énergie solaire. Athènes-Sud, septembre 2017

Au Pirée. Septembre 2017

Temps flottant. À Athènes... sous l’Acropole, le vieux bâti est souvent acheté et rénové par des investisseurs suffisamment internationaux, c’est déjà prouvé et acquis, les vieilles colonnes ont toujours la cote.

Sur d’autres murs d’Athènes et des environs, les... aspirations du temps éphémères (et vulgaires) se mesureront ainsi à “l'argent... aimé” ou encore à “Schäuble con”. Temps de l’hybris, automne en vue. Cynisme ainsi ambiant... supposé réaliste ; dans l’air du temps toujours, le vieux journaliste et chroniqueur radio Yórgos Trangas (Radio 90,1 FM, le 8 septembre, zone matinale), donne son point de vue sur l’actualité de la visite d’Emmanuel Macron à Athènes: “Puisque la Grèce est devenue une colonie européiste, vaut mieux qu'elle soit contrôlée par la France, plutôt que par l'Allemagne”, joli monde !

Bâti rénové, acheté par des étrangers. Athènes, septembre 2017

Mur Athénien. Septembre 2017

Mur au sud d'Athènes. Septembre 2017

Voilà notre temps... entier aux réalités fragmentées ! Les supposées structures de représentation parlementaire acclimatées au totalitarisme des vanités européistes et financieristes ne peuvent certainement plus être considérées autrement.

Visite d’Emmanuel Macron... autrement-dit très sympathique humainement sauf pour ce qui est de son contexte géopolitique, voire français tout simplement. L’hybris donc. “C'est de la souillure que d'avoir prononcé son discours sur le Pnyx, de Périclès et de la Démocratie”, a déclaré à l’occasion Manólis Glézos . Comme l’écrivait déjà Badia Benjelloun (“Un Bonaparte de pacotille”) en mai 2017 :

“Les nouveaux arrivants sur le ‘marché’ du travail continueront à toucher le stabilisateur social du RSA tout en habitant chez leurs parents, à cumuler des stages de formation ou des petits boulots d’intérimaires pour un certain temps. Quelques points d’écarts sur le taux de la dette obligataire, et nous voici transformés en misérables Grecs, contraints de vendre la Tour Eiffel et le Louvre, alors que les aéroports de Toulouse, Lyon et Nice et d’autres biens publics ont déjà été cédés à des firmes privées sous la houlette de Mac(a)ron.”

“Fabius, alors au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, ambitionnait pour la France un avenir de pays touristique, une industrie de nations pauvres, certes, mais une activité non délocalisable. Mais bientôt les sites, les aéroports, les chaînes hôtelières seront tous aux mains d’entreprises étrangères au profit externalisé employant des travailleurs détachés ou des migrants chassés par les guerres.”

Vielles colonnes. Athènes, septembre 2017

Une certaine classe moyenne se marie... Cap Sounion, septembre 2017

Hérodote chez le bouquiniste. Athènes, septembre 2017

“A ignorer la situation dans laquelle ont été plongés les Hellènes sous la domination du carcan européen, à fonder leurs espoirs sur un bonimenteur qui n’offre d’autre illusion que celle de les faire marcher, les Français concourent à leur malheur et à celle du monde. Il est vrai qu’ils tirent encore avantage à la position de leur pays comme protectorat étasunien capable de conserver quelques terrains de prédation protégés en Afrique, de plus en plus restreints.”

“La classe moyenne, spectatrice et rouage de l’acceptation de cette globalisation qui la précipitera tôt ou tard dans le camp des 99% de ceux d’en bas, témoigne de son insouciante légèreté qui lui fait conjurer cette issue. Elle s’offusque de ce qu’un parti ‘fasciste’ puisse prendre le pouvoir en France. Les conditions de la réalisation d’un fascisme à la mode du 20ième siècle sont révolues. Les structures de représentation parlementaire acclimatées au gouvernement de l’argent depuis deux siècles, avec la dose requise de suffrage universel, sont devenues encombrantes, les lois d’exception (‘Patriot Act’) et les états d’urgence sont adoptés comme nouvelle norme.”

Une certaine classe moyenne, spectatrice et rouage de l’acceptation de cette globalisation qui la précipitera tôt ou tard dans le camp des 99% de ceux d’en bas, se marie encore parfois, se faisant photographier pour les besoin du... glamour de pacotille au Cap Sounion devant la beauté de l’Égée sous le Temple de Poséidon.

Les navires passent. Cap Sounion, septembre 2017

Les histoires demeurent. Bouquiniste à Athènes, septembre 2017

Mimi de Greek Crisis. Septembre 2017

Les navires passent, nos histoires demeurent, la “fusée” Macron est passée par Athènes, visite officielle et poussière cosmique appartenant déjà au passé, tandis que Mimi (le chat de Greek Crisis) restée indifférant à la politique des humains, est désormais bouleversé depuis l’arrivée à domicile du... très jeune Hermès.

Dépassant l’hybris autant que faire se peut, nous avons ainsi sauvé Hermès (jadis... l'aînée des Pléiades) resté orphelin, espérant qu’un autre foyer, si possible économiquement réellement existant, puisse l’adopter d’ici un à deux mois... Avis aussi aux amis du blog.

Les navires passent, nos histoires demeurent !

Hermès... aussi de Greek Crisis. Athènes, septembre 2017

* Photo de couverture: Le 'Parlement' et son... OVNI. Athènes, septembre 2017


Panagiotis Grigoriou