Presse & blogs

❯ Flux Isérois
greek crisis

Sun, 20 May 2018 20:00:00 +0200

Problème technique



Les démocraties dont on n’use plus depuis longtemps deviennent ridicules. C’est dans l’air du temps. Les “gouvernants”, à l’instar de la marionnette Tsakalotos au ministère des Finances, évoquent cet énième “accord technique” entre eux et la Troïka. Il ne s’agit pas d’un accord car c’est un dictat, et il n’y a rien de technique car c’est de la politique, ou plus exactement de la métapolitique. On habille les termes comme on déshabille leur sens.

Dans Athènes, ceux qui manifestent. Mai 2018

Et lorsqu’il n’y a guère d’autre langage et encore moins de logos, de raison à opposer face à l’hybris, voilà que Boutaris, le pauvre maire de Thessalonique et très largement “open socaty”, il se fait tabasser par la foule dans sa ville même. Désaccord… technique !

Dans Athènes, rue Hermès, il y a ceux qui manifestent pour dénoncer “le scandale de la viande, lié à la souffrance animale”. Et à Thessalonique le 19 mai, lors de la commémoration du génocide des Grecs du Pont Euxin (en Mer Noire) par la Turquie des années 1915 à 1923 (plus de 350.000 victimes), Yannis Boutaris, le maire dont la présence avait été jugée scandaleuse par les nombreux descendants des Pontiques à cause de certaines positions du maire considérées comme pro-turques chez les Pontiques, il a été frappé par une foule déchaînée.

La situation sur le terrain grec appauvri dégénère et c’est alors comme un bien triste avertissement on dirait, ainsi lancé aux politiciens dont d’abord ceux de la bande à Tsipras. Les démocraties dont on n’use plus depuis longtemps deviennent même dangereuses.

Pays aux apparences pourtant paisibles, à ses concerts bien du moment, ville d’Athena aux ruines contemporaines, où on y expose les photographies d’antan. Pays ainsi splendide, aux belles matinées, lorsque par exemple celles et ceux du service de la voirie ne chôment pas, sous le curieux regard des animaux adespotes et finalement authentiques maîtres des lieux.

Ruines contemporaines. Athènes, mai 2018

Concerts du moment. Athènes, mai 2018

Sous le regard des adspotes. Athènes, mai 2018

En attendant... Athènes, mai 2018

Les eaux territoriales du tourisme de masse débordent déjà pour un mois de mai, entre les voiliers au départ des marinas de la capitale et surtout les très nombreux Airbnbiens et si fiers de l’être. Sinon, bien au coeur vidé du pays réel, les autoroutes, d’ailleus parfois récentes sont alors désertes, la terre est en friche et les cafés... plutôt remplis !

Au pays mordu, ses messages sont ainsi de plus en plus mordants. Au bout de huit années de dite “crise grecque” le pays se transforme rapidement d’après une programmation riche en mutations et pourtant si pauvre en harmonie et en sagesse, toute proportion gardée, à l’image de notre si bas monde, lequel se représente alors même les anciennes déesses de manière fort carricaturale.

C’est ainsi un univers fort en contrastes qui est formé, dont même nos touristes finissent parfois par en saisir les dynamiques, entre autres, demeures d’il y a un sècle à Athènes, aux côtés de commerces chinois. “Athènes, ville des Arts et de l’espoir” peut-on alors lire sur un mur près de l’Acropole. Pas si certain !

Voiliers en Attique. Mai 2018

Voiliers en Attique. Mai 2018

Messages mordants. Athènes, mai 2018

Inspiration antique. Athènes, mai 2018.

Contrastes. Athènes, mai 2018

“Athènes, ville des Arts et de l’espoir” Athènes, mai 2018

Puis, aux dernières nouvelles… si peu contrastées finalement, le “gouvernement Tsipras” se prépare à dorer la pilule de cette énième diminution des montants des retraites décidée il faut préciser en toute… technicité avec l’aimable participation de la Troïka. D’où toute... cette utopie instable quant à la date probable des futures élections legislatives, entre l’automne prochain et l’année 2019, au moment le supposé mandat démocratique des Tsiprosaures irait à son terme et le pays avec.

Ces décisions de toute sorte sont ainsi adoptées actuellement et d’ailleurs en accéléré depuis que Tsipras et son cirque de SYRIZA/ANEL règnent alors en rois bouffons au pouvoir des marionnettes. Sans la moindre consultation démocratique, au détriment du pays, des droits, des règles en matière d’environnement, les gouvernants alors salissent et détruisent tout, laissant derrière eux l’odeur si nauséabonde de l’hybris.

Leur dernière decision en date, si peu présente à travers la presse, tient de ce terrible décret du ministrion de l’Energie, ayant provoqué déjà l’indignation chez habitants et aux collectivités locales à Agrafa, région montagneuse dont l’autonomie et l’autogestion furent même respectées sous les Ottomans, c’est pour dire.

Le décret, impose sans la moindre consultation la construction de deux immenses parcs d’éoliennes, et un scandale d’après le Mouvement des citoyens pour la protection de l’environnement de la région Evritania/Agrafa. Faisant suite à plusieurs ajournements et rejets, le ministère de l'Environnement et de l'énergie, a finalement accordé la licence d'installation pour deux projets éoliens géants dans cette région d'Agrafa, ces décisions ont été signées par le ministre par simple ordonnance adréssée au... Gestionnaire des Energies, un certain Alexopoulos.

Montagnes de Thessalie. Mai 2018

Thessalie profonde. Mai 2018

Thessalie profonde. Trikala, mai 2018

Thessalie. Ville de Trikala, mai 2018.

Ceux du Mouvement des citoyens pour la protection de l’environnement de la région Evritania/Agrafa rappellent d’abord, que pour ce qui est du grand ensemble montagneux du Pinde, son cœur se situe très exactement à Agrafa. Ainsi, une économie viable et surtout intelligente dans la région, n’est alors possible qu’en mettant l'accent entre autres, sur le tourisme alternatif, sur l'agriculture et sur certaines autres activités traditionnelles.

“Seule une telle option viable peut redonner vie et ainsi espoir aux réalités humaines de la région, pour la maintenir même dans la mesure du possible au sein d’une économie nationale ayant enfin du sens.” Pauvre pays, dévasté durant la décennie 1940 entre l’Occupation et la Guerre Civile, Grèce des montagnes alors vidée de plus de 700.000 habitants et dont le coup de grâce se concrétise sous les escrocs politiques actuels.

Ces derniers, largement téléguidés (et très probablement… concrètement et correctement remerciés) par les constructeurs des éoliennes, éventuellement Allemands ; marionnettes politiques grecques faisant alors de leur… mieux. Deux grandes installations éoliennes doivent être construites aux sommets vierges de la région d’Agrafa et cela à une altitude d’ailleurs inhabituelle en Grèce comme dans le reste monde, se situant entre 1600 et 2000 mètres. L’Hybris et la démesure… qui atteignent des sommets jusque-là inimaginables.

Le tout, dans une zone très protégée et classée Natura... aux conséquences désastreuses alors incalculables, (“Quotidien des Rédacteurs” du 16 mai 2018).

Sur le pont cenral. Trikala, mai 2018

Vendeur de billets de loterie. Trikala, mai 2018

Souvenir du bus automatisé. Trikala, mai 2018

Pendant ce temps, à Athènes, on exhibe encore les tissus devant les dernières boutiques du genre encore ouvertes entre la rue Éole et la rue Hermès. Notre Hermès bien à nous chez Greek Crisis, fort de ses neuf mois préfèrera ainsi souvent dormir, presque autant que notre Mimi et ses quatorze ans de vie féline. Au village thessalien, Hercule, l’autre chat presque adespote, vient de retrouver mon cousin Kostas, tout juste rentrée d’Allemagne. Il n’y retournera plus, les enfants doivent se débrouiller seuls, ils n’ont guère le choix pense-t-il. Des trois enfants Kostas, deux vivent en Allemagne et le troisième près de Londres depuis la crise. C’est ainsi, en se promenant dans le village, on constate que près de la moitié des habitations sont alors fermées.

D’autres se débrouillent alors comme ils le peuvent, dans la région, certains proposent à la vente du miel trafiqué et acheté au département voisin, tout pretexte est bon pour faire vendre, la parentèle, les supposées amitiés, les devoirs largement familiaux. Survivre, c’est autant faire feu de tout bois… familial au risque même d’aggraver encore davantage certains liens. Travail… famille, patrie !

Survivalisme et clientélisme toujours, l’administration régionale s’apprête à embaucher pour quelques mois seulement, près de mille employés payés moins de 400€ par mois, histoire de faire tomber les chiffres du chômage. Ces gens… travailleurs nouveaux, seront envoyés de manière désordonnée et au-delà des supposées compétences aux différents services… lesquels n’ont même pas les chaises et les bureaux nécessaires pour les installer à ne rien faire. Revenus en sorte… d’existence !

Dans Athènes, marchands de tissu. Mai 2018

Mimi de Greek Crisis. Athènes, mai 2018

Haute actualité, drapeaux exotiques et alors réclames pour ce petit vin grec à boire si possible et seulement… en cas de grand besoin. Les démocraties dont on n’use plus depuis longtemps deviennent ridicules. C’est dans l’air du temps. Pour faire court, rappelons ici ce que le poète Yorgos Séféris avait écrit dans son journal à la date du 1er septembre 1940:

“Pour un homme de l’esprit, losrqu’il ne peut pas dire la vérité, il devrait peut-être se resoudre au silence”. En exil durant l’Occupation des années 1940, le poète rêvait des paysages d’Attique, pendant que depuis l’Égypte ou l’Afrique du Sud constatait déjà... la mort de la civilisation européenne, occidentale. Nous y sommes toujours et pour tout dire… de manière aggravée car mondialisée.

Séféris, vivait alors avec l’exil au cœur de lui, voyageant souvent, regardant autour de lui et en lui : “J'ai maintenu ma vie, j'ai maintenu ma vie en voyageant - Parmi les arbres jaunes, selon les pentes de la pluie - Sur des versants silencieux, surchargés de feuilles de hêtre. - J'ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l'infini silence”.

D’après une bien belle et alors juste analyse, “la terre grecque lui tend ses deux mains pour lui dire ses chimères, lui en exil au cœur de la lumière. Il apparaît dans la poésie grecque comme un solstice d’été et dans son souffle passe la douleur et la grandeur de la résurrection de l’histoire de la Grèce, antique et contemporaine”.

Drapeaux exotiques. Athènes, mai 2018

Petit vin. Athènes, mai 2018

En Attique, mai 2018

Pluie brève et fine sur Athènes dimanche soir, nos touristes n’apprécient pas vraiment il faut dire. Le pauvre maire de Thessalonique a quitté l’hôpital, dimanche soir, fort heureusement rien de bien grave tandis que deux hommes sont en état d’arrestation en rapport avec l’agression. Dans la presse, tout le monde condamne cet acte, dans la rue… c’est alors plus délicat.

Votre blog Greek Crisis, aux difficultés survivalistes que vous connaissez et qui refont alors surface en ce moment, se maintenant alors coûte que coûte, autant à travers sa phase actuelle, où d’ailleurs un problème réellement technique rend sa rédaction encore plus délicate et surtout deux fois plus demandeuse en termes de temps. J’espère le résoudre… et me résoudre à cette technicité avant la fin du mois de mai.

Les démocraties dont on n’use plus depuis longtemps deviennent ainsi ridicules. C’est dans l’air du temps, sous le regard… de notre Hermès, dit parfois le Trismégiste !

Notre Hermès, dit parfois le Trismégiste !. Athènes, mai 2018

* Photo de couverture: Imagerie. Athènes, mai 2018


Panagiotis Grigoriou

Sat, 19 May 2018 03:30:00 +0200

Donation - Appel mensuel

Panagiotis Grigoriou

Fri, 11 May 2018 21:00:00 +0200

Genre musical !



Dans Athènes, nos musiciens et chanteurs des trottoirs et du chant Rebétiko sont de plus en plus nombreux à se produire devant les badauds et les touristes. La façon dont la vie et la mort s’incarnent ainsi tout à coup dans ces lieux, parfois devant ces boutiques du centre-ville en faillite est éloquente. Leur musique prend corps dans le silence. Le situationnisme existentiel comme politique actuel se prête forcément au chagrin délicieux du Rebétiko, ce genre populaire anticonformiste qui anime les âmes grecques depuis près d’un siècle. Le pays... et son genre musical !

Sous l'Acropole. Athènes, mai 2018

Sous l’Acropole, comme parfois sous les orages aussi de saison, ces musiciens de Rebétiko “s'offrent” aux passants pour interpréter en réalité la complainte, voire, le chant à la fois héroïque et funèbre de la Grèce contemporaine. Les touristes apprécient le rythme, hélas sans comprendre les paroles, pour eux c’est du folklore disons bien interprété.

Les Grecs quant à eux, ils se figent parfois durant un moment devant ces musiciens pour écouter, et saisir justement tout ce verbe venu tout droit des entrailles de leur propre culture populaire pas encore morte en dépit des orages, entre pays imagé et pays magique.

Ceux du Rebétiko des rues et des trottoirs auront ainsi le visage crispé, et ce que les touristes ne remarquent pas toujours, c’est que ces Rebètes des rues se situent visiblement dans la petite cinquantaine plutôt entamée. De leur autre vraie vie, ils sont fatalement tous chômeurs... issus de tous les métiers réunis, et parfois même, ils sont ces musiciens professionnels sans-emploi, et alors tous autant virtuoses et porteurs très sains de cette culture populaire grecque.

D’autres praticiens du Rebétiko et du chant populaire, plus chanceux, accompagnent... les repas dans les tavernes, même à midi, ce qu’avant la dite crise était exclusivement réservé à un... usage nocturne. Pays figuré et pays... féerique, Zorba... forcément le Grec, et les journaux étrangers si différents des nôtres il faut dire. Les journaux grecs, ont fait leurs gros titres ces derniers jours sur les diminutions des montants des pensions, vaste mouvement. Rien que depuis 2015, c’est-à-dire depuis le temps des escrocs à Tsipras, les retraités du pays ont perdu plus de 7 milliards d’euros, pertes qui se rajoutent aux diminutions forcées du même genre depuis 2010.

Toujours depuis 2010, toute une partie du centre-ville d’Athènes tient plutôt de la friche économique, culturelle et humaine, entre activités mortes, remplacement des habitants par les nouveaux et anciens migrants, lesquels il faut dire, ils se débrouillent aussi comme ils le peuvent donc très mal. Notre... admirable méta-monde le-voilà, depuis peu autant comblé en cellules Airbnbiennes qui poussent comme des champignons après l’orage... radioactif de l’ultime capitalisme avant la mort, la sienne, ou la nôtre, c’est selon. Pays pourtant de Zeus !

Friche économique et humaine. Athènes, mai 2018

Presse grecque et étrangère. Athènes, mai 2018

Friches économique et humaines. Athènes, mai 2018

En attendant... le futur. Athènes, mai 2018

Dans cette vie et par cette vue du siècle d’après qui est le nôtre, les portes des vieilles demeures néoclassiques d’Athènes en décrépitude, elles restent hermétiquement fermées, et les Athéniens, ne raisonnent alors que par la nostalgie. Autrement-dit, par cette douleur du non-retour à domicile, un chez-soi pourtant rongé par plus d’un demi siècle de mondialisation porteuse autant de mutations que de mutilations.

Ceux du voisinage ou de passage dans ces quartiers, se contenteront du moins pire, en contemplant par exemple la désolation des intérieurs clos oubliés à jamais, sinon, jusqu’à leur futur effondrement ou démolition, urbaine comme autant humaine. Il y a ainsi de quoi se consoler en nourrissant les chats adespotes, animaux sans maître attitrés, jour et nuit dans ces ruelles, comme autant devant le bâtiment très officiel du “Parlement”, place de la “Constitution”. Finalement... la société sans classes pourrait alors exister diront certains.

Il y donc de quoi chanter et interpréter tout le chagrin délicieux du Rebétiko, surtout en public. L’effondrement grec, cette désagrégation de la société qui ne se relève pas, déjà tout simplement parce qu’elle n’existe plus, ou plus tout à fait comme avant. Tous les voyants sont alors passablement au rouge. D’où d’ailleurs la multiplication des accidents de la route, en réalité ils sont autant des accidents de la crise, des actes anomiques et criminels, des meurtres même il faut dire, parfois très inhabituels en Grèce.

La fermeture de plus de la moitié des lits en psychiatrie hospitalière et le non-suivi de tant de milliers de malades, ont conduit par exemple ces derniers, à être théoriquement pris en charge par les seules familles, ce qui reste en réalité très hypothétique. Un tel homme malade, âgé de 38 ans, dont le suivi psychiatrique aurait cessé d’après les reportages, vient d’assassiner sa mère à plusieurs coups de couteau cette semaine dans un quartier d’Athènes.

Alertés par la persistance de l’odeur cadavérique dans leur immeuble, les voisins ont alors prévenu la Police. Lorsque les policiers ont pénétré dans l’appartement, ils se sont retrouvés face à deux chaises, sur l’une se trouvait attaché le corps de la mère, et sur l’autre se tenait le fils, immobile, lequel n’a d’ailleurs pas réagi à son arrestation, (d’après une autre version des faits... il n’y aurait pas de chaises, presse grecque de la semaine).

Maison néoclassique à l’abandon. Athènes, mai 2018

Intérieur clos oublié. Athènes, mai 2018

Animaux adespotes nourris. Athènes, mai 2018

Animaux adespotes nourris près du “Parlement”. Athènes, mai 2018

Réalités exprimées. Athènes, mai 2018

L’autre bien... grosse nouvelle de cette semaine, fut celle du semi-remorque dont le conducteur a perdu le contrôle pour traverser la barrière séparant les deux chaussées d’une autoroute urbaine à Athènes, causant en face, deux morts et un blessé grave. L’originalité de cet accident réside... en somme à ses particules élémentaires de temps de crise.

Son conducteur était d’abord aussi son propriétaire, le gérant d’une petite entreprise de transport routier. Ensuite, d’après les reportages, cet homme avait déjà perdu son fils et son frère dans deux accidents de la route, et au moment où il a provoqué son propre accident, il avait plus de 0,5 gr d’alcool dans le sang. Le hasard qui n’en est pas un, a voulu que son camion n’était aucunement enregistré, ni au fichier des certificats d’immatriculation, et encore moins à celui du contrôle technique.

Ce véhicule lourd aurait été importé illégalement d’après le reportage, puis cannibalisé, les numéros de série du châssis et du moteur ne correspondaient pas non plus aux documents du camion, ces derniers avaient été tout simplement “empruntés” à un autre véhicule du même type (90.1 FM, zone matinale du 11 mai).

Cette histoire résume aux yeux de la doxa commune toutes les insuffisances, voire les infractions et alors crimes quotidiens commis ici ou là, d’en bas comme d’en haut, lorsque plus rien ne fonctionne vraiment dans l’appareil de l’État grec, sauf lorsqu’il s’agit de détruire le cadre du travail ou de faire entrer les impôts nouveaux, entre autres.

Beau pays donc visitable, où chez ses bouquinistes on y déniche parfois cette ancienne “Revue du Travail” de 1977, autre musée des curiosités de jadis il faut dire dans ce pays, entre les couleurs des îles à l’instar de Póros en Golfe Saronique, et les moments touristiques... méritées et savourés au Cap Sounion.

Ancien quotidien historique. Athènes, mai 2018

“Revue Internationale du Travail”. Mai 2018

Vue de l'île de Póros. Mai 2018

Touristes au Cap Sounion. Mai 2018

Pendant ce temps, l’embellie... grecque du tourisme comme de l’immobilier concerne plutôt certains autres, grecs, comme surtout étrangers. Comme l’analyse ainsi dans son excellent article, Marie-Laure Coulmin Koutsaftis: “Appauvris par les memoranda, les Grecs vont perdre tous leurs biens - Les emprunts non performants, la situation du parc immobilier en Grèce et les saisies des résidences principales”, article daté du 30/04/2018, “l’étau se resserre sur les Grecs. Appauvris par les mesures d’austérité imposées par trois memoranda, ils doivent désormais se battre pour conserver leurs maisons, menacées par les emprunts hypothécaires non performants. Contractés avant la crise et les 25% de réduction du PIB, souvent dans des termes léonins, ces emprunts ne peuvent plus être honorés après des pertes d’emploi ou des baisses des revenus dépassant les 40%.”

L’auteur note à très juste titre, qu’en “Grèce, pendant de nombreuses décennies après la seconde guerre mondiale, l’achat d’un bien immobilier constituait pour la plupart des ménages la seule manière à long terme de faire des économies susceptibles d’échapper à l’inflation. La plus grande part de la richesse des Grecs a longtemps été placée dans l’immobilier et en particulier dans leur résidence principale, qui constituait traditionnellement un moyen d’assurer leurs vieux jours, en l’absence de prestations d’un État social inexistant même avant la crise.”

“D’après différentes études, en 2002 le patrimoine des foyers grecs étaient constitués à 81,8% de biens immobiliers, à 17% de dépôts et seulement à 1,2% d’actions. Les Grecs sont propriétaires de leur habitation à 80,1%, le deuxième taux le plus élevé, après l’Espagne, de l’ancienne Union européenne des ‘15’. Dans les régions agricoles ce pourcentage atteint même les 97% contre 73,5% dans les zones urbaines.”, Marie-Laure Coulmin Koutsaftis, documentariste, essayiste et traductrice du grec moderne, permanente au CADTM, (l’article dans son intégralité c’est ici).

Dans Athènes, mai 2018

Zorba le... Grec. Athènes, mai 2018

Vieille musique. Athènes, mai 2018

Pour faire court, Zorba le Grec, se fait saisir sa demeure, et dans ce pays... qui n’a plus de maison perd la raison. Ainsi, la presse de la semaine et dans le même nouvel ordre d’idées, elle rapporte qu’en 2017, près de 130.000 Grecs ont renoncé aux biens immobiliers qu’ils venaient d’hériter, les cédant à l’État, car étant dans l’impossibilité à faire face aux impôts et taxes foncières additionnées depuis le temps mémorandaire, quotidien “Kathimeriní” du 11 mai.

Ce chiffre est d’ailleurs en hausse de 345% depuis 2013, faisant ainsi de l’État... le premier héritier des Grecs ! Socialisme... réellement existant ! Ce génocide social, culturel, économique et ethnique se dissimule alors très mal sous le seul lustre du tourisme comme de l’Airbnbisation d’une partie seulement du pays ainsi déréalisé. Ma tante Evangelía du village Thessalien, veuve, et qui ne peut que très difficilement survivre de sa bien maigre retraite au montant mensuel de 360€, vient de recevoir l’avis du fisc quant à la saisie à terme de son seul bien immobilier, c’est-à-dire, sa résidence, plus principale que jamais. Sa faute, fut de ne pas avoir réglé la taxe immobilière depuis trois ans, s’élevant à 450€ par an. Alerte... et alors solidarité familiale, mais pour combien de temps encore ?

Au même moment, et au sujet du démantèlement et de la vente forcée de la Régie grecque d’Électricité DEI, Státhis Stavrópoulos, sous le titre: “La trahison porte un nom, elle s'appelle trahison”, fait remarquer tant au sujet de la marionnette Allemande et Étatsunienne de l’arriviste Alexis Tsipras, que “la Grèce est devenu un protectorat, non seulement pour que ses richesses puissent être pillées, mais aussi pour que ses richesses exploitées dans le futur puissent l’être également. DEI ainsi violée et écartelée, elle incarne un exemple typique de ce qui va se reproduire lorsque les gisements, comme on sait importants, de gaz naturel seront alors exploités” (...).

“Cette histoire des gisements en Grèce, elle est connue depuis les années 1950, largement connue depuis 1970, et très largement connue car médiatisée actuellement. Entre temps, les Grecs ont été psychologiquement détruis, ils sont ces prisonniers économiques actuels, et ils ont basculé de la catégorie d’une nation ayant son État, à celle du Protectorat, lequel désormais appartient à certaines entreprises privées de taille, aux banques, et également à d’autres États.”, Státhis, “To Pontíki”, 10 mai 2018.

Cette même analyse vaut également pour le pillage des biens privés des Grecs, d’après par exemple ce que Marie-Laure Coulmin Koutsaftis expose à travers son article. La boucle est donc bouclée, celles aussi des pseudo-protestations des syndicats comme des autres partis essentiellement de gauche au-delà des escrocs de SYRIZA. Ceux de la droite et du centre y étaient déjà historiquement dans... le mauvais coup, à l’image du petit Mitsotakis à la tête de la Nouvelle Démocratie, autant il faut dire docile marionnette de Berlin.

En plus, SYRIZA/ANEL au pouvoir se constituent depuis 2015 une véritable armée de prétoriens/électeurs à travers les créations de près de 100.000 postes supposés provisoires dans la fonction publique et territoriale, d’après le seul critère, celui du pire des clientélismes car s’exerçant au détriment de ce qui reste de la société comme de l’économie en lambeaux. Les autres Grecs alors haïssent littéralement cette classe politique, sauf que la haine n’aboutit pas forcément à une alternative politique raisonnée et raisonnable. Sauf que le temps de la raison n’est certainement plus et pas qu’en Grèce.

Chant populaire dans une taverne. Athènes, mai 2018

Au Cap Sounion. Mai 2018

Ces autres Grecs, ils vont aussi se recueil devant ce nouveau magasin vendant des articles de sport, car c’est précisément ce bâtiment, abritant une banque, incendié le 5 mai 2010, ayant été la cible des supposés antifa et autres gauchistes, individus incités et/ou encadrés par des agents en somme du para-État grec, des services secrets d’autres pays, le tout, avec la présumée bien aimable participation pécuniaire de l’Empire du financier Soros (certains medias grecs évoquent ces faits ouvertement, dont une partie des journalistes radio sur 90.1 FM, et 98.9 FM entre autres, semaine du 5 mai 2018).

Le but de ce crime fut bien clair, briser l’élan des premières manifestations populaires très massives durant la période initiale de la politique mémorandaire, générant depuis le deuil interminable, la peur, la douleur et alors le chaos. Oui, le deuil, car lors de cette attaque criminelle trois employés de l’agence ont trouvé la mort, Angelikí Papathanassopoúlou 32 ans femme enceinte, Paraskeví Zoúlia, 35 ans, et Épaminondas Tsakális 36 ans. Les Grecs s’en souviennent, sauf évidemment l’amoraliste et “salopard” d’après ce que disent dans les cafés 80% des Grecs, Alexis Tsipras et son “gouvernement”.

Les Grecs s'en souviennent. Athènes mai 2018

Dans Athènes, nos musiciens et chanteurs des trottoirs de Rebétiko sont donc de plus en plus nombreux à se produire devant les badauds et les touristes. La façon dont la vie et la mort s’incarnent ainsi tout à coup dans ces lieux, parfois devant ces boutiques et les vies humaines du centre-ville en faillite est éloquente.

Les badauds et les touristes passeront ainsi, le plus souvent bien au-delà du deuil, comme un peu ces visiteurs du Cap Sounion ayant gravé leurs seules traces restantes sur les marbres du Cap Sounion au siècle dernier. Ah, le bien beau pays !

Traces laissées par les visiteurs d'antan. Cap Sounion, mai 2018

Entre les salopards d’en bas avec plus de 0,5 gr d’alcool dans le sang, et ceux d’en haut... avec 100% d’amoralisme dans le sang, le pays n’est pourtant pas encore tout à fait perdu.

“Entre-temps, ils nous tuent à de bien petites doses, de manière bien ordonnancée, savante et ceci en silence. Chaque jour nous rentrons chez nous pour y enterrer alors nos morts: tantôt une pensée, tantôt un sentiment. D’ici peu, nous n’aurons rien d’autre à réaliser, que de chercher notre gamelle, à la manière des chiens et des chats. Le tout hélas avec comme seul différence, le fait de porter en nous les restes des humains que nous étions”, écrivait ainsi avec amertume, le poète Yórgos Seféris dans son journal, à la date du 8 juillet 1940. Autre guerre ?

Premiers chattons. Athènes, mai 2018

Rebétiko, genre populaire anticonformiste qui anime toujours certaines âmes grecques depuis près d’un siècle.

Dans Athènes, nos chats adespotes, parfois fraîchement stérilisés par tous ceux qui s’en occupent, retrouveront sans doute leurs gamelles des rues et des fenêtres. Sinon, lorsqu’ils n’ont pas été encore stérilisés, c’est autant il faut dire le moment des premiers chattons de l’année 2018. Le pays... et son genre musical n’est donc pas encore tout à fait perdu !

Nos chats adespotes fraîchement stérilisés. Athènes, mai 2018

* Photo de couverture: Genre musical. Athènes, mai 2018


Panagiotis Grigoriou

Mon, 07 May 2018 05:00:00 +0200

L'homme fardeau



Incroyable poids, paraît-il de ce monde. Sous l’Acropole très exactement, qui en a vu bien d’autres... poids bien entendu, les touristes et les badauds s’attardent un bref moment devant cet homme incarnant étant donné les circonstances de son gagne-pain, l’entière symbolique du fardeau de la Terre qui est surtout le nôtre. Entre-temps, l’homme... fardeau, tel Atlas le Titan condamné par Zeus à porter pour l'éternité la voûte céleste sur ses épaules a déserté les lieux, car la pluie est alors de retour à Athènes, un retour “bien bref comme d'habitude”, nous dit-on. Mois de mai !

Manifestants et touristes. Athènes, le 1er mai 2018

Dans presque cette même vie des symboles, les syndicats, toujours dispersés et pour tout dire pratiquement disparus du champ de l’utilité publique, ont fait défiler les leurs autour de la place de la “Constitution”, tout juste le temps de cette belle matinée muséale du 1er mai pendant que l’agglomération athénienne s’était déjà déplacée coûte que coûte sur les rivages de l’Attique. Sous le pavé, la plage.

Nos touristes, photographiant tout de même les manifestants avec boulimie, drapeaux rouges et visages cependant serrés. Revue des... deux mondes. Le tout, après avoir si certainement croqué à la Grèce éternelle, au nouveau musée de l’Acropole et pour finir, aux mets supposons plus authentiques que jamais.

Et devant le “Parlement”, les cars des unités des MAT, les CRS du pays de Zeus, occupèrent les lieux pour empêcher de la sorte toute velléité populaire à l’encontre... des très chers élus, maintenant que le mystère de la politique semble totalement élucidé, dès l’arrivée au pouvoir en 2015 des Syrizistes et si fières de l’être.

Cependant, ceux et celles qui n’ont guère chômé en ce 1er mai, n’auront fait que traverser les lieux comme les artères de la ville pour se rendre à leur travail, désormais payé en règle rependue et générale près de 500€ par mois pour un temps finalement trop plein. Femmes et hommes alors cheminant la tête surtout baissée, le traditionnel café froid dans la main. Poids encore et surtout du monde.

Manifestants. Athènes, 1er mai 2018

Le traditionnel café froid dans la main. Athènes, le 1er mai 2018

Manifestants. Athènes, le 1er mai 2018

Et pendant que ceux de la... République populaire des Airbnbiens s’adonne aux emballements de la ville d’Athéna... d’ailleurs présentée comme étant “le nouveau Berlin”, Alexis Tsipras, illustre locataire de l’hybris comme de l’absurde, s’est envolé pour l’île de Lesbos, en visite officielle jeudi dernier 3 mai, le tout, après avoir dépêché sur Mytilène, capitale de l’île, plus de dix compagnies de CRS hellènes, l’escrocrise est ainsi un plat... qui mange décidemment son chapeau.

Les habitants et les commerçants de l’île avaient aussitôt décrété Mytilène ville-morte, et en effet, pratiquement pas un seul commerce n’a ouvert ses portes pendant la visite du cynique Alexis. Des heurts ont même opposé forces de l’ordre et manifestants, ces derniers exprimant leurs désarroi devant la mutation forcée et violente que leur île connait, sous le double effet de l’austérité comme de celui des flux migratoires incontrôlés.

Cette... autre vie réelle grecque, indique alors que la Tsipoparade gouvernementale ne se déplace plus sans une protection policière importante par les temps qui courent décidément si vite. Et depuis les micros des radios, certains journalistes ont voulu rappeler que parmi les promesses électorales de l’imparable Alexis de 2014, y figurait également la suppression pure et simple des unités de CRS “pour n’agir qu’à travers le cadre d'une police de proximité”, histoires toujours simples, racontées à chaque fois avec force et conviction, aux peuples trompés, et pour tout dire ainsi mourants.

Mytilène, le 2 mai, Presse grecque

Mytilène ville morte, le 2 mai, Presse grecque

Mytilène, le 2 mai, Presse grecque

Ainsi, à travers une émission touchante sur le Deuxième Programme de la radio publique grecque ERT, dimanche 6 mai, dont l’invité fut le spécialiste du chant Rebétiko et plus amplement de la musique populaire grecque, Panagiótis Kounádis, il a été rappelé que “finalement certains peuples et cultures peuvent parfois disparaitre complètement... du fardeau de ce monde, suite notamment à une attaque généralisée, une guerre alors totale, dont une guerre totale culturelle”.

Le journaliste, un peu gêné, il a aussitôt compris ce que Panagiótis Kounádis voulait alors exprimer, le peuple grec pourrait ainsi ne pas faire exception à cette règle, d’ailleurs, “dans un monde où les mots concurrence et profit ont depuis longtemps remplacé les termes bonté et paix, dans un monde enfin, où seulement six bandes de salopards alors gouvernent au destin des mortels, d’où la généralisation des ‘gouvernants’ marionnettes et de surcroît incultes, contrairement par exemple au temps des dirigeants comme Charles de Gaulle, lequel au moins comprenait le monde, ainsi que ses interlocuteurs”, (Panagiótis Kounádis, le 6 mai, ERT).

Je me souviens, au sujet de mon ami Panagiótis Kounádis, j’écrivais au lointain Printemps 2014: “On commence alors à voir si possible plus loin que notre nez en crise. Mercredi soir, c’est dans une salle de la mairie d’Athènes qu’à l’initiative de Panagiótis Kounádis (musicologue) et de Fondas Ládis (écrivain et poète), que le nouveau SFEM (Association des amis de la musique grecque), reprend enfin le chemin du légendaire SFEM des années 1960, de Míkis Theodorakis, de Mános Hadjidákis et des autres.”

Visiteurs. Cap Sounion, mai 2018

Visiteurs et animal adespote. Athènes, mai 2018

Travailleurs et travailleuses du 1er mai. Athènes, 2018

En 2018, Panagiótis Kounádis rappelle déjà avec nostalgie que les grands noms de la musique grecque ont été essentiellement ceux du premier SFEM, espoirs d’alors que la dictature des Colonels a alors brisés net. “Le régime des Colonels a surtout occasionné des dégâts culturels énormes, finalement plus que politiques dans un sens. Toute l’énormité de la chanson de mauvais goût et de piètre existence actuelle nous parvient alors de cette période. Ce fut la fin de la musique populaire de qualité et en même temps massivement adoptée par les Grecs.”

“Ce n’est plus le cas, c’est la sous-culture, celle que les medias vont sans cesse promouvoir que les Grecs suivent et chantent sans cesse. Pourtant, tout n’est pas perdu. De nombreux jeunes suivent avec sérieux et conviction le cursus que nos lycées musicaux leur proposent encore. Dans la mesure où ils ne sont pas écrasés par les petits boulots payés 20€ par jour, ils peuvent, et ils sauront encore sauvegarder notre culture du chant populaire, sinon...”

Le chant populaire, c’est aussi ces petits orchestres, un bouzouki, une guitare et deux voix qui se reproduisent sur les terrasses des tavernes, et ce n’est pas tout à fait qu’un phénomène touristique. Le gagne-pain a conduit de bien nombreux musiciens à se reproduire dans les bistrots à défaut d’autres possibilités, à part cela... “Athènes, c'est le nouveau Berlin”, pauvres villes !

Musique populaire et taverne. Athènes, mai 2018

Athènes... nouveau Berlin

Animal adespote. Athènes, mai 2018

Dieu merci, la musique populaire est encore vivante, et les pluies des dernières heures ont causé des dégâts à Athènes et en Thessalie. Après-tout, les Grecs ne sont plus de la dernière pluie paraît-il. Les Chinois non plus, et c’est peut-être pour cette raison que le bien officiel “Bureau d'information pour les ressortissants Chinois”, vient d’ouvrir ses portes récemment au centre-ville.

Incroyable poids, paraît-il de ce monde. Sous l’Acropole très exactement, qui en a vu bien d’autres... poids bien entendu, nos touristes et les badauds, Chinois compris, s’attardent un bref moment devant cet homme incarnant étant donné les circonstances de son gagne-pain, l’entière symbolique du fardeau de la Terre qui est surtout le nôtre. Un peu plus loin, dans un quartier périphérique, certains Grecs accrochent sur un mur d’un trottoir étroit sacs et chaussures destinés à être aussitôt récupérés par les encore plus pauvres. Ailleurs, les francophones du... Temple de l’hybris, iront prétendre qu’un certain avenir... alors brûlant leur appartient, poids du monde !

Bureau d'information pour ressortissants Chinois. Athènes, mai 2018

Sac... offert. Athènes, mai 2018

Sac... offert. Athènes, mai 2018

Avenir... brûlant. Athènes, mai 2018

Pluies passagères au beau pays des plages et des ruines de toute sorte. D’après une récente étude du de l’universitaire Sávvas Robolis, avec l’introduction des réductions à venir pour 2019-2020 concernant les retraites que SYRIZA a signé entre 2015 et 2016, la pension mensuelle moyenne, qui est actuellement à 722€, tombera à 480€, et si en plus l’abaissement du seuil d’imposition mesure également adoptée, est alors appliquée en 2020, la pension nette moyenne, celle des retraités en Grèce sera de 450 euros.

C’est dans cet esprit, que le professeur Robolis estime qu’il sera alors très difficile de survivre pour cette catégorie de la population, surtout gardant à l'esprit que, selon les données officielles, déjà 48% de la population grecque, soit 5,1 millions de personnes, vit en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire, 382 euros par mois. Et sur ce 48%, il y a 1,5 million de personnes qui vivent dans une extrême pauvreté, soit moins de 182 euros par mois, Sávvas Robolis, mars 2018.

L’horizon depuis les plages pour les uns, nos cormorans, nos animaux adespotes qui nous observent derrière nos fils de fer barbelés et autres clôtures civilisationnelles, le poids du monde en réalité pour tous et surtout pour la majorité écrasante et écrasée.

Nos animaux adespotes. Athènes, mai 2018

Nos oiseaux marins. Attique, mai 2018

Nos plages. Attique, mai 2018

Les manifestants de ce 1er mai plus dispersés que jamais sont rentrés chez eux, Entre-temps, l’homme... fardeau, tel Atlas le Titan condamné par Zeus à porter pour l'éternité la voûte céleste sur ses épaules a déserté aussi les lieux de l’Acropole, car la pluie est alors de retour à Athènes.

Un retour “bien bref comme d'habitude”, nous dit-on. Mois de mai !

Animaux adespotes. Athènes, mai 2018

* Photo de couverture: L'homme... fardeau. Athènes, mai 2018


Panagiotis Grigoriou

Mon, 30 Apr 2018 20:00:00 +0200

Mariage à la grecque



Dans nos familles, les bonnes nouvelles se font de plus en plus rares. Le plus souvent, à la question triviale: “Comment ça va ?”, la réponse devenue autant rebattue devient: “On se maintient...”. Ainsi, le mariage de mon neveu, à la mode de Bretagne comme de Grèce samedi dernier a été l’occasion de fêter et de souhaiter pour une fois le meilleur. Comme pour cette Grèce déjà des plages sous le soleil... on se laisse débrancher.

Cette Grèce déjà des plages. En Attique, avril 2018

Après avoir allumé un cierge à l’église de St George il y quelques jours d’après la coutume, la famille et d’abord mon neveu, nous attendions l’arrivée de la mariée devant l’église, car cela faisait depuis la préhistoire de la Grèce mémorandaire en 2010, que nous n’étions pas revenus sur une telle expérience... dans la parentèle.

Retrouvailles heureuses, aux photographes et amis cameramen lesquels ont eu fort à faire pour “croquer” ensemble celles et ceux qui ne s'étaient pas rencontrés depuis de bien longues années. Curiosités réciproques, et parfois hésitation dans le style... “Ah, tu travailles encore, tu as donc un job?”, le tout, entre deux euphémismes relâchés devant les moins chanceux entre deux plats: “La chance peut parfois tourner”.

Notre mariage, quasi-surprise pour la famille étendue car annoncé il n’y a guère trop longtemps, n’a pas eu toute cette... massivité des mariages d’antan. Soixante invités, pour moitié du côté de la mariée et pour l’autre de la nôtre, difficilement triés il faut dire, au lieu et place de plus de trois cent convives en pareilles circonstances avant la crise. C’est alors ainsi que la petite taverne crétoise d’Athènes réservée pour fêter aussitôt après la cérémonie célébrée à l’église, avait été bien remplie.

Le patron Crétois a même retrouvé parmi nos invités un autre Crétois, marié à une fille de la Thessalie et depuis installé non loin des Météores. Histoires et boutades crétoises et thessaliennes, comparaisons gastronomiques, puis, cette la tsikoudia bien spéciale, offerte en plus du vin, variante de raki de Crète parfumé, donnant toujours le même et immuable signal: la fête peut commencer. La tsikoudia crétoise n’est pas simplement un produit du pays, c’est toute l’identité d’une culture et elle exprime l’hospitalité et la proximité, d’où d’ailleurs les discussions et échanges... non sans une certaine hilarité.

Devant l'église, arrivée de la mariée. Athènes, avril 2018

La fête des mariés. Athènes, avril 2018

Église et fête de Saint Georges. Athènes, avril 2018

Grèce d'antan. Athènes, avril 2018

Et en ce mariage... à la grecque, la politique a été complètement absente des discussions, contrairement il faut dire aux usages du passé. Le pays réel ne gâche plus son rare temps festif pour revenir dans la boue et dans le poison. Preuve s'il en était besoin que le succès de la soirée ne faisait aucun doute, et qu’accessoirement, l’herbage politique est définitivement classé... offshore, apparenté à une sorte d’au-delà, concret comme autant symbolique.

Même un ancien élu local de notre commune d’origine, du temps où elle n’était pas encore rattachée administrativement à la ville voisine, c’est-à-dire avant la reforme de 2010, il n’a pas évoqué un seul instant les affaires communes... comme si ces dernières n’existent alors plus. Le temps est révolu, celui en tout cas des discussions politiques agitées à l’occasion des mariages et des baptêmes. Notre cousin capitaine à la marine marchande et depuis un moment retraité, a ainsi évoqué ses années en mer, puis ces autres longs mois où mes parents l’avaient aidé, “tu ne t’en souviens plus c'est normal”, j’étais à peine né en ces années 1960 si lointaines.

Toute une antiquité ou presque. Depuis et dans notre ville, d’autres retraités et parfois handicapés, moins chanceux que mon cousin de la mer, ils vendent de plus en plus souvent de la camelote pour survivre. C’est aussi cela le visage du pays réel que les convives n’évoqueront pas, mariage oblige. Cela-dit, il a été souvent question des destins personnels et familiaux, comme de ceux qui ne sont plus, histoires du village et du pays, mais essentiellement conjuguées au passé.

Cette Grèce de 1967 à Igoumenítsa

Réalités essentiellement conjuguées au passé donc, à l’image très exacte de cette Grèce de 1967, photographiée par les parents de mon amie Anne que je remercie pour cette photo, voyageurs alors fidèles depuis leur France, du temps il faut dire du pré-tourisme sans masse, bel instant d’Igoumenítsa et de son port à l’aube, ainsi... souvenirs.

Toute une Antiquité. Monument restauré, Athènes, avril 2018

Handicapés et retraités. Athènes, avril 2018

Athènes, avril 2018

Mon autre neveu, toujours à la même mode, nous a raconté son récent voyage en Allemagne, où d’ailleurs une partie de notre famille demeure depuis les années 1960-1970, rejointe par une autre partie depuis 2011. “Eh bien... te souviens-tu de la rue Schwarzbach ; là où notre oncle Státhis habite toujours ? Elle est presque vidée, les habitants Allemands et autres Européens sont partis, les commerces sont fermés et seulement quelques logements sont depuis quelques années habités par ces migrants récents venus du Moyen Orient et d’Asie.”

“Puis, Mihális, mon cousin a pu saisir toute la gravité de la situation et il s’est installé dans un village paumé en basse montagne mais suffisamment touristique, près de la frontière avec la Tchéquie. Il a ouvert un restaurant, brasserie et café et il se débrouille travaillant pratiquement tous les jours toute l’année. Ton cousin Kostas, son père, était venu l’aider, ensemble, ils ont transformé la ruine que Mihális a loué en établissement digne de ce nom, pendant que Miranda, sa mère gardait ses petites enfants.”

“Sauf que Kostas a alors sombré dans une sorte de dépression, il ne s’imaginait pas émigrer à l’âge de la retraite, il reviendra donc bientôt en mai au village pour ne plus repartir. Les temps sont durs et l’Allemagne n’est plus ce qu’elle était non plus. Comme tu sais, ma sœur s’est installée à Chypre pour un meilleur salaire. Finalement, le village s’est vidé, seuls les vieux y demeurent et encore. Je ne me plains pas, je travaille à la Poste je gagne près de mille euros par mois, en comparaison avec tant d’autres en Grèce, je suis... un roi, non ?”

Local d'une entreprise morte. Athènes, avril 2018

Boutique en faillite. Athènes, avril 2018

Athènes, avril 2018

En effet, le village Thessalien, le nôtre, a perdu près de 350 jeunes habitants sur un total de 1400 habitants en 2010. Ils se sont installés en Allemagne, et parfois en Suisse, au Royaume-Uni, ou à Chypre. La dernière... foutaise en date de Tsipras quant à la supposé reprise de l’économie liée à la fin du mémorandum ne les concernera plus jamais, et même ceux qui restent au pays, n’ont plus envie de souiller leurs agapes en évoquant de tels sujets si bas. Après tout, les mariages sont si rares dans nos familles pour les gâcher de la sorte.

Notre cousin Thymios, très digne retraité... à 590 euros par mois, s’est souvenu de sa vie professionnelle intense ; serveur dans les restaurants de la Pláka sous l’Acropole au début des années 1970, au salaire élevé, et aux pourboires ayant un sens, tant le pouvoir d’achat des touristes leur était favorable du temps de la drachme. Par la suite, il a progressé, il a ouvert son propre restaurant dans une petite Cyclade et il ne s’est jamais ennuyé il faut dire. “Aucun très bon serveur de notre époque ne peut économiser sur son salaire pour monter son affaire quelques années plus tard”, précise-t-il en soupirant.

Dans Athènes des salaires en euro, certaines affiches expriment le désarroi, celui que nos touristes ne peuvent hélas pas lire: “Aucune maison saisie, ne doit être mise en vente forcée”, mais ce n’est guère évident. SYRIZA est passé par là, après tous les autres escrocs de la politique. Nous attendrons les nouvelles de la famille depuis la frontière entre l’Allemagne et la Tchéquie, et contemplerons alors si possible la belle mer d’Attique... tout en étant surveillés par nos animaux adespotes. “Abra Cat Abra”.

“Abra Cat Abra”. Athènes, avril 2018

La belle mer de l'Attique. Avril 2018

“Aucune maison...” Athènes, avril 2018

Surveillés par nos animaux adespotes. Athènes, avril 2018

Mariage à la grecque, mariage heureux. Mon neveu a un travail, de même que son épouse, c’est ainsi et obligatoirement la fête !

Car dans la vraie vie d’antan, les mariages étaient alors beaucoup plus fréquents, un peu comme ces bagarres entre nos matous adespotes et toujours fiers de l’être.

Nos matous qui se bagarrent. Athènes, avril 2018

Nous avons donc surtout remercié ceux de notre famille qui se sont mariés par les temps qui courent: “Santé, courage et amour”, voilà pour l’essentiel quant aux vœux.

Nous avons également salué le Crétois de la taverne, ainsi que la famille de la mariée. Prochain rendez-vous familial mais resté volontairement dans le flou, au village thessalien, en attendant d’ailleurs le retour du cousin Kostas depuis son exil en Allemagne près de la frontière avec la Tchéquie.

Retour tardif, Mimi dormait, seul Hermès nous attendait le pied alors ferme. Animaux attitrés de ce blog qui survit alors difficilement par les temps qui courent, peut-être aussi... parce que dans nos familles les bonnes nouvelles se font de plus en plus rares.

“Santé, courage et amour”, mariage à la grecque !

Hermès de ‘Greek Crisis’. Athènes, avril 2018

* Photo de couverture: Mariage à la grecque


Panagiotis Grigoriou