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Mon, 25 Sep 2017 23:42:16 +0200

OROBON FERNANDEZ Valeriano ( 1901 - 1936 )

Théoricien espagnol de l’anarcho-syndicalisme ; c’est lui qui a écrit les paroles du chant « A las barricadas ».

José Peirats cite les propos élogieux de Nettlau à propos de Valeriano : « ... il possède un sens historique et il comprend la « continuity of history ». Cela le préserve des exagérations qui ne débouchent que sur des sophismes. Car, finalement, la croyance en la toute puissance de la révolution qui prétend briser d’un coup tous les liens avec le passé et créer à partir du néant quelque chose de nouveau, n’est qu’une croyance messianique. Les jacobins et Napoléon croyaient réellement en une telle possibilité, mais les anarchistes devraient être les derniers à partager cette vision fantastique ... » (in Los anarquistas en la crisis politica española, 1962, page 203, repris des Cahiers du CTDEE p. 75)

Orobón Fernández, soulignant la menace fasciste, écrit encore dans La Tierra (1933) : « Pour vaincre l’ennemi qui accumule ses forces face au prolétariat, il est indispensable de constituer le bloc de granit des forces ouvrières. La faction qui tournera le dos à cette nécessité restera seule et portera une grave responsabilité devant elle-même et devant l’Histoire. Car plutôt qu’une défaite, qu’un isolement entraînerait inéluctablement, mieux vaut une victoire partielle [...] avec des conquêtes minima qui commencent par la destruction du capitalisme et la socialisation des moyens de production. » (José Peirats, T.I p. 83.)

A las barricadas, chant de la CNT pendant la Guerre civile espagnole :

Negras tormentas agitan los aires.
Nubes oscuras nos impiden ver.
Aunque nos espere el dolor y la muerte
Contra el enemigo nos llama el deber.
El bien más preciado es la libertad
Hay que defenderla con fe y valor.
Alza la bandera revolucionaria
Que del triunfo sin cesar nos lleva en pos
Alza la bandera revolucionaria
Que del triunfo sin cesar nos lleva en pos
En pie el pueblo obrero, a la batalla
Hay que derrocar a la reacción.
¡ A las barricadas ! ¡ A las barricadas !
Por el triunfo de la Confederación.
¡ A las barricadas ! ¡ A las barricadas !
Por el triunfo de la Confederación.

Des tempêtes noires agitent les airs Des nuages sombres nous empêchent de voir. Même si la mort et la douleur nous attendent Le devoir nous appelle contre l’ennemi. Le bien le plus précieux est la liberté. Il faut la défendre avec foi et courage. Lève le drapeau révolutionnaire Qui mène le peuple à l’émancipation Debout peuple ouvrier au combat Il faut vaincre la réaction : Aux barricades ! Aux barricades ! Pour le triomphe de la Confédération ! Aux barricades ! Aux barricades ! Pour le triomphe de la Confédération !

— José Luis GUTIÉRREZ MOLINA Valeriano Orobón Fernández : anarcosindicalismo y revolución en Europa (Ediciones CGT, 302 pages - 2002).

L’anarchisme espagnol eut ses grands hommes et ses martyrs, tous héros d’une geste grandiose et tragique, on le sait. La mémoire n’en a retenu que certains noms - ou certains plus que d’autres. C’est un tort, surtout quand elle ignore une figure aussi importante que celle de Valeriano Orobón Fernández (1901-1936), dont la mort prématurée priva sans doute le mouvement libertaire espagnol d’un de ses plus brillants analystes. En ce sens, la biographie intellectuelle que lui consacre l’historien José Luis Gutiérrez Molina [1] fait œuvre grandement utile.

Natif de Valladolid et fils d’un militant socialiste, c’est par la fréquentation d’une école largement inspirée des méthodes pédagogiques de Francisco Ferrer qu’Orobón Fernández s’éveillera aux idées libertaires. Son adhésion à la CNT date de 1920. Insoumis, il quitte le pays en 1923 pour chercher asile en France.

En ces temps, l’intellectuel libertaire est une denrée rare parmi les anarchistes espagnols. L’autodidacte y domine, un autodidacte à la conscience de classe aiguë, sûr de son combat et exceptionnellement disposé à le mener jusqu’à son terme. Dans cet univers, Orobón Fernández est sûrement, avec quelques autres, une exception. Chez lui, certains dons s’affirment très jeune : une disposition pour les langues et une évidente capacité conceptuelle et analytique. L’exil lui offrira la possibilité de les cultiver et de devenir une des principales figures intellectuelles de la CNT des années 1930.

En suivant les traces d’Orobón Fernández, à Paris d’abord - d’où il sera expulsé en juin 1925 après avoir milité au Groupe international d’éditions anarchistes, fondé le journal Tiempos nuevos et participé aux activités conspiratrices contre la dictature de Primo de Rivera -, puis à Berlin - où il connaîtra sa compagne, Hilde Taege -, à Vienne et à Londres, enfin, J. L. Gutiérrez Molina saisit la singularité de cet homme qui, loin de se complaire dans cet hispano-centrisme si caractéristique de l’anarcho-syndicalisme espagnol, se construit au contact des militants qu’il rencontre - principalement de Rudolf Rocker et de Max Nettlau -, collabore au secrétariat de l’AIT [2], s’intéresse de très près aux questions internationales et saisit parfaitement les soubresauts d’un monde qui court à sa perte. Ces années d’exil, Orobón Fernández les mettra à profit pour devenir traducteur, parfaire sa connaissance du mouvement ouvrier international et aiguiser ses analyses politiques. A son retour en Espagne, en 1931, il va donner, pendant cinq ans, toute la mesure de son talent et attirer vers la CNT quelques-unes de ses grandes plumes. On citera, pour mémoire, Cánovas Cervantes, García Pradas, Eduardo de Guzmán et Sender.

Au plan des idées, J. L. Gutiérrez Molina a raison d’insister sur cette troisième voie que prétendit incarner Orobón Fernández entre les deux approches - possibiliste et activiste - de l’anarchisme espagnol. Très tôt, il passa d’ailleurs pour un hétérodoxe, ou pour le moins pour un rénovateur, et s’attira, par exemple, les foudres d’Abad de Santillán pour avoir mis en cause l’usage immodéré d’une violence défensive et minoritaire par des anarchistes méprisant le travail d’élaboration théorique et prisonniers d’un messianisme hors d’âge. Pour lui, la révolution ne relevait pas de la magie, mais d’une parfaite connaissance des mécanismes d’exploitation et d’un esprit de révolte suffisamment conscient pour imaginer la société future et déjouer tout à la fois le double risque de l’aventure et de l’intégration. Exigeante, la démarche d’Orobón Fernández était sans doute en avance sur un mouvement tout à la fois sûr de lui et hésitant, dominateur et naïf. En avance encore - et probablement de très loin - sur ses élites, oscillant bien souvent entre un républicanisme radicalisé et un blanquisme conspirationniste. Sur bien des points, cette supériorité théorique d’Orobón Fernández est évidente - juste compréhension de la situation internationale et des perspectives historiques qu’elle ouvrait, évaluation critique et non idéologique du marxisme -, mais ce goût pour le concept ne l’entraîne jamais vers le retrait sur l’Aventin des idées. C’est toujours de l’intérieur de la CNT qu’il s’exprime et pour ses militants, dans sa presse, dans ses meetings, de conférences en polémiques publiques avec des dirigeants socialistes ou staliniens, dans les geôles de la République également, puisque celle-ci ne l’épargne pas, pas moins que d’autres en tout cas.

Intellectuel organique, Orobón Fernández le fut par excellence et c’est ainsi qu’il fut perçu et respecté tant par les « faistes » que par les « syndicalistes » de la CNT. En une période qu’Orobón Fernández qualifia lui-même, dès 1932, de transitoire entre le fascisme et la révolution sociale, ses analyses ne cessèrent d’être entendues et discutées à l’intérieur de la CNT, du moins par ses militants les plus conscients. Penser la révolution fut, d’ailleurs, une de ses tâches prioritaires. Son point de vue reposait sur une assez claire vision du rapport des forces au sein du mouvement ouvrier espagnol. Malgré sa puissance, la CNT seule n’avait pas, pensait-il, la capacité de mener à terme, avec quelque chance de succès, un processus révolutionnaire. L’histoire récente des tentatives insurrectionnelles - qu’il avait soutenues - avait débouché sur des impasses. Pour sortir du cercle de l’échec, la CNT devait par obligation créer les conditions d’un accord d’alliance révolutionnaire avec l’UGT reposant sur deux points essentiels : « la destruction du capitalisme et la socialisation des moyens de production ».

En soulevant publiquement la question de l’alliance, deux articles d’Orobón Fernández publiés en janvier 1934 dans l’important quotidien madrilèneLa Tierra auront un grand retentissement. Ils posaient les jalons d’un débat qui ne cessera de traverser l’existence agitée de la CNT jusqu’à juillet 1936. Minoritaire, son point de vue gagnera peu à peu du terrain, sera adopté par les insurgés d’Asturies en octobre 1934 et fera l’objet d’un accord majoritaire au congrès de Saragosse de la CNT de mai 36. Entre-temps, Orobón Fernández passera un an en prison et, atteint de tuberculose, n’en sortira que très diminué. Il mourut, le 28 juin 1936, à quelques jours de ce 19 juillet où des foules enthousiastes reprenaient en cœur, dans bien des villes d’Espagne, les paroles de A las barricadas qu’il avait composées, en 1933, en les adaptant à la musique de la Varsovienne.

En fin d’ouvrage et en sus d’une bibliographie détaillée, J. L. Gutiérrez Molina a eu l’excellente idée de reproduire une importante anthologie des textes d’Orobón Fernández, dont celui de La Tierra. D’autres, plus rares, sont proprement remarquables et disent le grand talent de ce trop méconnu théoricien de l’anarcho- syndicalisme espagnol. Malgré quelques défauts mineurs de construction - comme ce cloisonnement trop strict, d’après nous, entre la vie et l’œuvre d’Orobón Fernández et quelques répétitions -, nul doute que ce livre lui rend l’hommage qu’il méritait. (José Fergo, in « A contretemps » N° 9 septembre 2002 ; www.acontretemps.plusloin.org)


Bibliographie indicative :

— Les Cahiers du CTDEE (Centre toulousain de documentation sur l’exil espagnol) numéro 2 (octobre 2014) - 12, rue des Cheminots ; 31 500 Toulouse - exilespagnol.tlse@gmail.com ;

— ABAD DE SANTILLAN Diego & OLIVER Garcia Juan (Collectif) : D’une Espagne rouge et noire ;


Sur la toile :

— Vidéo YouTube : Congrès de l’AIT en 1931.

[1] Né en 1952. Après des études de lettres et de philosophie, il se spécialise en psychologie, puis fait un doctorat en histoire. José Luis Gutiérrez Molina est l’un des chercheurs les plus prolifiques de l’anarchisme et de l’histoire sociale contemporaine de l’Andalousie.

[2] « L’Association internationale des travailleurs est une organisation internationale de syndicats anarcho-syndicalistes. Elle reprend le nom de l’Association internationale des travailleurs, connue aussi sous le nom de Ire Internationale (1864-1872 ou 1877 ? Cf. Mathieu Léonard, L’émancipation des travailleurs, Une histoire de la Première Internationale, La Fabrique 2011.). L’Association est créée à Berlin, le 22 décembre 1922, par des partisans du syndicalisme révolutionnaire, de l’anarcho-syndicalisme et de l’anarchisme ouvrier (FORA) qui refusent le neutralisme syndical de la charte d’Amiens et l’allégeance des syndicats au partis politiques, soit-il communiste (Internationale syndicale rouge) ou social-démocrate (Fédération syndicale internationale). [...] Des organisations puissantes de plusieurs centaines de milliers de membres comme la FORA en Argentine, l’USI en Italie, la CGT Portugaise, les IWW Chiliens sont les principales organisations constituant l’AIT dans la première moitié du XXe siècle. La plus connue, la CNT espagnole ressemblait plus de 1 500 000 adhérents au plus fort de la guerre civile espagnol. L’AIT a également toujours eu la particularité de regrouper, outre des organisations de masses, des groupes de propagandes anarcho-syndicalistes (comme, dans les années 1930, la Fédération anarchiste polonaise, membre à part entière de l’AIT) ... » [source : fr.wikipedia.org/wiki Association_internationale_des_travailleurs_(anarcho-syndicaliste)

sam

Wed, 28 Jun 2017 14:39:56 +0200

LANDAU Kurt ( 1903 - 1937 )

Ancien dompteur de fauves, membre de l’opposition de gauche à Vienne puis à Berlin. Il se réfugie avec sa femme Katia à Paris où ils collaborent au groupe « Que faire ? » autour d’André Ferrat (1902-1988). A Barcelone en novembre 1936, ils travaillent avec le POUM. Enlevé et exécuté par les staliniens en septembre 1937.

Katia, arrêtée plusieurs fois lors de ses tentatives d’obtenir des explications, est libérée sur intervention de socialistes français, et notamment de Marceau Pivert, mais est expulsée d’Espagne en 1938.


Source :

— Des notices plus complète sont disponibles sur le site « La Bataille socialiste » mais aussi sur « marxists.org » : Kurt Landau, Also known as Agricola, Wolf Bertram, and Spectator ;

— Voir aussi Victor Serge, Mémoires d’un révolutionnaire, Bouquins 2001, pages 776-786 ; Pavel et Clara Thalmann, Combats pour la liberté, La Digitale 2010, pages 108 et 155 ; Paul Preston, Une guerre d’extermination (Espagne 1936-1945), Belin 2016 ;


Sur notre site :

— BALBOA Lopez ;

— BILAN 42, La répression en Espagne et en Russie (Juillet - Août 1937) ;

— Le Groupe des Amis de Durruti (1937) ;

sam

Tue, 06 Jun 2017 08:30:35 +0200

Journée Rosa Luxemburg à l'ENS

Cette journée d’introduction à la figure de Rosa Luxemburg cherche à rendre accessible ses idées et à permettre la lecture de ses œuvres, dans le prolongement du séminaire de traduction de l’ENS et de la publication de ses Œuvres complètes en français chez Agone et Smolny.


PROGRAMME

-  16h30 : Rosa Luxemburg et les révolutions 1917-1919
par Jean-Numa Ducange (Université de Rouen, histoire)

-  17h : Discussion et débat

-  17h30 : Rosa Luxemburg, un marxisme « pur » avant la Première Guerre Mondiale
par Guillaume Fondu (Université de Rennes I, philosophie)

-  18h : Discussion et débat

-  18h30 : Brève pause dînatoire

-  19h-21h : Projection du film Rosa Luxemburg (1986) de Margarethe von Trotta

-  21h : Discussion sur le film entre Margarethe von Trotta et Antoine de Baecque (ENS-DHTA)


INFORMATIONS PRATIQUES :

Cette journée est ouverte à toutes et à tous.

Les visiteurs extérieurs à l’ENS sont invités à s’inscrire en confirmant leur présence sur Facebook ou en envoyant un message à l’adresse luxemburg@ens.fr , avant le 6 juin.


Sur la toile :

— Cet événement sur hypothèses.org ;

collectif

Wed, 03 May 2017 10:54:05 +0200

En mémoire de Miguel Abensour ( 1939 - 2017 )

Texte écrit par Louis Janover à la mémoire de Miguel Abensour, mort le samedi 22 avril. Publié conjointement sur les sites de Smolny et de Libertalia. Photo : Yann Levy

Pour Miguel,

Je voudrais seulement dire quelques mots sur ce qui a été tellement important dans l’amitié qui me liait à Miguel et qui je crois a la même importance dans son œuvre. C’est sur cette part que je veux mettre l’accent parce qu’elle n’apparaît pas toujours dans ce qu’on sait de lui. On a tendance quand on parle de sa place comme penseur à insister sur ce qu’il a apporté dans le domaine de l’utopie à une époque où elle avait été plutôt reléguée dans ce qu’on appelait le pré-marxisme. On peut dire à juste titre que c’est en grande partie grâce à Miguel que cette pensée est redevenue présente parmi nous, et c’est une part de notre rapport amical qui se retrouve là parce que cela rejoignait la pensée du surréalisme qui était loin de lui être étrangère. Tout était alors à redécouvrir et c’est à ce moment que j’ai connu Miguel. Mais surtout on mesure mal ce qu’a représenté sa collection pour sa pensée et pour un certain milieu intellectuel qui pouvait enfin discuter de l’importance de l’école de Francfort et de bien d’autres auteurs. Cela s’est fait dans un ensemble d’idées très cohérent que Miguel a condensé dans ce qu’il appelle une reconstitution des critiques pratiques de la politique.

Pour le comprendre, on doit se rappeler que le livre de Maximilien Rubel, Marx critique du marxisme, est le troisième livre de sa collection Critique de la politique. Cette publication marque une date dans l’histoire, car toute la pensée critique et révolutionnaire était alors dominée par le marxisme, et personne ne le dissociait de Marx. Faire ce pas, c’était se mettre d’une certaine façon en dehors du camp de la servitude volontaire, et c’est à travers ce retrait que Miguel Abensour a inscrit sa critique. Il faut imaginer ce que cela signifiait à l’époque pour se faire une idée de la responsabilité qu’il prenait. Cela continuait la critique de Socialisme ou Barbarie et lui donnait un nouveau sens. Le mouvement auquel se rattachait alors la pensée de Miguel, c’était celui innervé par le socialisme des conseils. La collection, comme sa pensée, s’en est trouvée fortement marquée et c’est dans cette direction qu’il n’a cessé de s’orienter. En dépit de multiples sollicitations politiques, il a su garder intacte cette pensée critique qui était pour lui ce que Marx appelait la « démocratie vraie ». Il n’a jamais varié sur ce point, comme en témoignent ses livres et ses articles. C’est le sens notamment de sa contribution à la revue les Études de marxologie, qui unissait Marx et l’utopie. Il a également écrit un texte en faveur de la Pléiade de Rubel, « Pour lire Marx », qui est paru dans la Revue française de science politique, en 1970. Il a été repris chez Sens et Tonka en 2008. Miguel m’a souvent raconté que des collègues bien intentionnés ne se sont pas fait faute de lui faire savoir clairement à quoi et à qui il s’exposait.

Le troisième titre publié par Miguel, en 1974, dans Critique de la politique est de Rubel. La reprise de la collection chez Klincksieck, en 2016, quarante ans plus tard, commence par la réédition de l’ouvrage clef de Rubel, Karl Marx. Essai de biographie intellectuelle. C’est la fidélité à une même pensée de l’émancipation qui sert à Miguel de fil conducteur, au point qu’il préparait la publication de la correspondance de Pannekoek avec Rubel. De la même manière, il a tenu à rééditer sans attendre un ouvrage capital sur Le Mythe bolchevik, le témoignage d’Alexandre Berkman, un anarchiste qui remet dans une perspective nouvelle cette histoire.

On voit ce qu’il en est de la persistante présence de cette interrogation chez Miguel et dans quel sens elle oriente sa recherche. Cette pensée m’a très tôt liée à lui, et s’il est parmi nous et avec nous, c’est à travers cette œuvre. Miguel a condensé sa réflexion à travers l’évocation de sa vie dans un Entretien qui date de 2014 et qu’il a mené avec Michel Enaudeau. Il a pour titre laboétien La communauté politique des « tous uns ». Le sous-titre se lit Désir de liberté Désir d’utopie sans ponctuation, ce qui résume en quelque sorte son point de vue. L’un est inclus dans l’autre, comme changer la vie et transformer le monde. L’utopie, c’était aussi pour Miguel l’idée que Breton exprime dans le Second manifeste du surréalisme qui assigne à l’homme « de ne pouvoir faire moins que de tendre désespérément à cette limite ».

La dédicace qu’il me fit à cet Entretien définit le sens de notre amitié. « Pour Louis, mon ami et mon premier lecteur qui ainsi me donne la force et le courage de continuer. » Je peux dire que cette lecture me donne aussi la force et le courage de continuer.

Louis Janover — Avril 2017.

Crédit photographique : Yann Levy, Montreuil, 12 mars 2016.


Sur notre site :

— Manifeste de la collection « Critique de la politique » ;

— Textes et notices de parution d’ouvrages de Miguel Abensour ;

eric

Sat, 29 Apr 2017 09:16:51 +0200

NETTLAU Max ( 1865 - 1944 )

Auteur de L’Anarchie (1897), de différentes biographies dont celles de Mikhaïl Bakounine, Errico Malatesta et Élisée Reclus, et d’une Histoire générale de l’anarchisme (trois volumes publiés de 1925 à 1931).

Son « intersocialisme » voulait faire dialoguer les tendances diverses du socialisme, contre l’hégémonie marxiste et communiste.

Après avoir étudié la littérature à Vienne, il s’est concentré sur la collecte de documents importants de l’histoire du mouvement anarchiste. Pour cela, il a voyagé à travers toute l’Europe. En 1934, Max Nettlau publie Esbozo de historia de las Utopias. Selon Régis Messac, cette œuvre documentaire, qui recense et commente les utopies réelles et fictives de l’Antiquité à 1934, « de l’infatigable chercheur, vieil historien du socialisme [qui] livre une fois de plus une partie des richesses de son érudition ».

Pendant la crise économique qui suivit la Première Guerre mondiale, l’inflation fit perdre à Nettlau la fortune héritée de ses parents, ce qui l’obligea à vivre dans des conditions très précaires. Néanmoins, il continuait de collecter et de publier. En 1935, il vendit son immense collection de livres, journaux, archives et autres documents traitant du socialisme et de l’anarchisme à l’Institut international d’histoire sociale (source Wikipedia)


Bibliographie indicative :

— NETTLAU Max, Histoire de l’Anarchie, Le Cercle / La tête de feuille, 1971 ;

— ROCKER Rudolf, Max Nettlau - Une mémoire anarchiste (1946), Éditions du Monde libertaire, 2015 ;

sam