Flux Isérois

Centre d'Information Inter-Peuples

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Tue, 21 Nov 2017 15:20:00 +0100

Non à l'esclavage des Noirs en Lybie

Au programme :

  • De 14h à 18h : Café UMOJA : "Pourquoi l’esclavage des Noirs en Libye ? Quelles solutions ?" (Participation Libre) à Cap Berriat- 3 rue Georges Jacquet- 38000 Grenoble
  • À 18h30 : Rassemblement devant la plaque Toussaint Louverture au Jardin de Ville / Parvis des Droits de l’homme (Maison de l’international)

Org. Ligue Panafricaine UMOJA en partenariat avec le CTNE et le FUIQP

Grenoble, Cap Berriat puis Jardin de Ville

Fri, 17 Nov 2017 10:55:53 +0100

Manifestation contre les violences faites aux femmes

Ce 25 novembre, la Journée internationale pour l’élimination des violences contre les femmes aura une tonalité particulière, en raison de l’actualité dans laquelle elle s’inscrit. Depuis près de 2 mois et le début de l’affaire Weinstein, le flot de libération de la parole des femmes victimes de violences masculines ne se tarit pas. Les plaintes pour harcèlement sexuel, agressions sexuelles et viols affluent, et touchent petit à petit tous les milieux : artistiques, religieux, sportifs, politiques.

Dans les commissariats, les plaintes ont augmenté de 30%. Enfin, le monde semble se rendre compte que les femmes victimes d’agresseurs ne sont pas une série de cas isolés mais bien le reflet d’un problème de société massif, généralisé, systémique, que l’on nomme domination patriarcale. Les chiffres, qui n’évoluent pas ou peu au fil des ans, parlent d’eux-mêmes :

  • 1 femme est assassinée tous les 3 jours par son conjoint ou ex
  • 62 000 femmes de 20 à 69 ans sont victimes de viols ou tentatives de viols chaque année (et au moins le double de filles mineures)
  • Plus de 550 000 femmes sont victimes d’agressions sexuelles (autres que viols) par an
  • 80% des femmes estiment être régulièrement confrontées à des attitudes ou décisions sexistes dans leur cadre professionnel.

La semaine du 25 novembre, nous serons mobilisé.e.s partout en France.
#MeToo nous concerne toutes, et nous serons toutes dans la rue pour le crier, nous organiser et avancer vers la fin des violences masculines.

Osez le Féminisme !

Wed, 15 Nov 2017 17:11:45 +0100

Maroc, le pouvoir rattrapé par ses démons

Le CIIP est signataire de cet appel initié par l’écrivain Abdellatif Laâbi pour soutenir le mouvement de protestation populaire et pacifique du Rif au nord du Maroc et demander la libération des détenus politiques. .

Une année vient de s’écouler depuis le déclenchement dans le nord du Maroc du plus grand mouvement de contestation citoyenne que le pays ait connu depuis l’arrivée au pouvoir en 1999 du roi Mohammed VI, suite au décès de son père Hassan II. Il dépasse en ampleur la mobilisation que le pays avait connue en 2011 lors du "printemps arabe", car il a fait sortir dans les rues hommes et femmes, toutes les classes d’âge, toutes les couches de la population. En outre, il s’est installé dans la durée et il a bénéficié dans l’ensemble du pays de multiples manifestations de soutien en sa faveur.

Le foyer de ce mouvement, appelé Hirak par ses initiateurs, est la région du Rif, dont le nom est entré dans l’histoire au début du siècle dernier grâce au combat qu’une fédération de ses tribus dirigée par Abdelkrim al- Khattabi avait mené contre l’armée espagnole d’occupation. Cette dernière a été défaite, et la région libérée en grande partie en 1921. Il aura fallu, quelques années après, l’intervention de centaines de milliers de soldats français commandés par le maréchal Pétain et prêtant main forte à l’armée espagnole, des bombardements massifs au gaz moutarde, pour venir à bout de cette révolte, inaugurale dans l’histoire de la lutte des peuples contre la domination coloniale.
Plus tard, juste au lendemain de l’indépendance, la population du Rif, désormais réputée pour son esprit frondeur, a été victime d’une répression sanglante de la part du régime dirigée par le général de triste mémoire, Oufkir, avec la participation directe de celui qui n’était encore que prince héritier, le futur roi Hassan II. Un décret royal (qui n’a d’ailleurs jamais été abrogé) avait été alors émis considérant le Rif comme une "zone militaire".

L’autre facteur à prendre en considération lorsqu’il est question du Rif tient à l’attachement de ses populations à leur langue et leur culture amazighes marginalisées, voire niées pendant des décennies par le pouvoir central et même par une bonne partie de la classe politique.
C’est ainsi qu’au cours du temps un sentiment profond d’injustice mais aussi de réelle fierté s’est ancré dans la conscience des Rifains. C’est ce sentiment, ajouté aux frustrations partagées avec l’ensemble du peuple marocain, qui va éclater au grand jour suite à un événement atroce survenu le 28 octobre 2016 à Al-Hoceima, chef lieu de la région : la mort du marchand de poissons Mouhcine Fikri, broyé dans une benne à ordures alors qu’il tentait de sauver sa marchandise confisquée, "jugée impropre à la consommation", et ce en présence des agents d’autorité qui avaient ordonné ladite confiscation. Dès la diffusion de la nouvelle, l’indignation a été immense. Avec Al-Hoceima pour épicentre, un mouvement de protestation d’une puissance inédite va gagner toute la région et, au-delà, d’innombrables villes du Royaume.

Contrairement à la manœuvre savamment politique que le pouvoir avait orchestrée suite aux grandes manifestations qui ont eu lieu en 2011 lors du printemps arabe, en proposant au pays une nouvelle Constitution satisfaisant sur le papier et en partie quelques-unes des revendications du mouvement protestataire, cette fois-ci la réponse a été exclusivement sécuritaire, et d’une violence inégalée depuis l’instauration du nouveau règne.
Loin de briser le Hirak, la répression n’a fait que l’amplifier et l’amener à se transformer tout en gardant son credo pacifiste. Le mouvement spontané du départ gagnera en organisation. C’est ainsi qu’il va créer les conditions d’une réflexion et d’un vaste débat démocratique citoyen qui débouchera sur l’élaboration d’une charte et d’un cahier de revendications dont la lecture révèle une grande maturité politique, une conscience aiguë des problèmes auxquels la région est confrontée depuis des décennies. Les propositions formulées sont porteuses d’un projet social, économique, culturel et environnemental crédible et réalisable.
Déstabilisé par un mouvement aux méthodes de lutte inédites, ayant perdu selon toute évidence sa capacité de manœuvre habituelle, le pouvoir a été rattrapé par ses vieux démons, ceux qui avaient servi à martyriser le peuple marocain et ses forces vives sous le règne précédent. La répression qui s’est abattue sur les protestataires du Rif, les militants des associations des droits humains, les journalistes qui ont essayé d’informer l’opinion sur la réalité des faits, a eu recours aux mêmes méthodes qui avaient fait leurs preuves mutilantes dans le passé : usage systématique de la violence contre les manifestants, arrestations arbitraires, enlèvements, usage de la torture (avéré et confirmé dans plusieurs cas), menaces de viol, condamnation à de lourdes peines de prison y compris pour des mineurs, violation des droits de la défense, emprisonnement de prévenus et de condamnés dans des établissements pénitentiaires très éloignés de leur lieu de résidence, etc.
Signalons toutefois une touche d’innovation à l’ère du numérique : l’orchestration, via les médias officiels et un nombre grandissant de supports officieux, journaux traditionnels ou en ligne, d’une propagande cherchant à minimiser et à justifier ladite répression, agitant insidieusement les spectres de la confrontation ethnique et du séparatisme, essayant de salir la réputation de certaines figures de proue du mouvement ou de certains journalistes.

Un an s’est écoulé depuis le déclenchement du Hirak du Rif et la mobilisation n’a pas baissé d’un cran. La répression non plus. Que doit-on en conclure ? Force est de constater que le combat pour la démocratie au Maroc est plus que jamais à l’ordre du jour. Le mouvement du Rif en est une éclatante démonstration. Avec lui, on peut dire que ce combat a mûri, a gagné en profondeur et en précision de tir.
A l’opposé, le constat est plus qu’amer. Les quelques avancées en matière de libertés et de droits qui ont été arrachées de haute lutte au sortir des décennies les plus noires dans l’histoire du Maroc indépendant sont en train d’être remises en cause par un pouvoir qui se targue d’être exemplaire quant au respect des droits humains.

Nous, signataires de cet appel, estimons que le moment est venu d’une mobilisation de tous les démocrates qui ont "le Maroc au cœur" pour dénoncer la dérive sécuritaire des autorités marocaines et la répression qui n’a cessé de s’abattre sur les protestataires du Rif. Pour soutenir la lutte exemplaire du Hirak et donner le plus large écho à ses justes revendications. Pour exiger la libération de tous les détenus de ce mouvement citoyen qui a ouvert au peuple marocain une nouvelle voie dans son combat pour la dignité, la justice sociale et la démocratie.

Premiers signataires :

  • Abdellatif Laàbi, écrivain (Maroc)
  • Gilles Perrault, écrivain (France)
  • Gilles Manceron, historien (France)
  • Fatiha Saidi, Sénatrice honoraire et adjointe au Maire (Belgique)
  • Larbi Maàninou, militant des droits de l’Homme (France)
  • Khadija Ryadi, prix des droits de l’Homme de l’ONU, exprésidente de l’AMDH, coordinatrice de la CMODH
  • Mohamed el-Moubaraki, militant associatif (France)
  • Samia Ammour, féministe internationaliste (Algérie)
  • Mouhieddine Cherbib, militant des droits de l’Homme (France)
  • Hamid Majdi, militant des droits de l’Homme (Maroc)

Si, comme Roseline Vachetta, Présidente du CIIP, vous désirez signer cet appel, vous pouvez le faire par courriel à Ayad Ahram (président de l’ASDHOM, Association de défense des droits de l’homme au Maroc) en indiquant le nom, la qualité et le pays.

Wed, 15 Nov 2017 16:34:56 +0100

Madagascar : la marche du crabe ?

Un état de non-droit

La presse quotidienne est en nombre (j’ai compté jusqu’à 31 titres), mais d’une faible diversité. Depuis peu le trimestriel "politika" [1], qui demeure très confidentiel, est un joli "poil à gratter", une mine d’interpellations. L’article "État de non-droit : l’anémie publique numéro un", sous-titré : quand les citoyens ne sont pas égaux devant la loi, les conséquences sont désastreuses pour le pays. Le rétablissement de l’État de droit est une urgence, cadre parfaitement le contexte :

  • Les syndicalistes des plateformes Conférence des travailleurs de Madagascar et Solidarité syndicale de Madagascar déplorent "L’abus de pouvoir et le non respect des lois en vigueur par certains responsables étatiques ou dirigeants d’entreprises, ainsi que par certaines catégories de personnes qui se targuent de l’impunité et se croient au-dessus des lois"…
  • Non contredit par Paul Rabary, ministre de l’Éducation qui reconnaît que "l’impunité de dirigeants politiques et des détenteurs de l’autorité ne date pas d’aujourd’hui".
  • Une enquête de l’Afrobaromètre indique que 57 % des Malgaches sondés estiment que les juges et les magistrats sont corrompus…
    et ce n’est pas les exemples concrets qui le contredisent : La dépêche du 9 octobre, "Ravalomanana se prend pour un "Tsimatimanota" : Depuis son retour en catimini au pays, Marc Ravalomanana profite de la volonté de l’État de préserver la solidarité des Malgaches pour se croire au-dessus de la loi. Ouverture forcée de Tiko (l’entreprise qu’il possède), refus de s’acquitter de ses impôts (arriéré de sa société d’une centaine de millions de dollars), non paiement de la facture de la Jirama (société d’électricité) pour 4 milliards d’ariary (environ 1,14 millions d’euros). Le lendemain "la ligne de mire", autre quotidien, dans un article intitulé "ingérence américaine..." évoque l’intervention de l’ambassadeur américain auprès du gouvernement pour soutenir l’ancien président. En janvier 2015 les députés refusent de recevoir le premier ministre pour son discours de politique générale… tant qu’ils n’auraient pas reçu chacun un 4X4 ! Hery Rajaonarimampianina, président de la République en exercice, fait dérouter un avion de la Compagnie Air Madagascar pour aller chercher sa femme à Londres…

Ces exemples ne sont pas des exceptions, mais l’illustration d’un pouvoir totalement gangréné, comme le souligne Elia Ravelomanentsoa, membre du Conseil National d’orientation : "la revendication du renouvellement de la classe politique est souvent basée sur les turpitudes, sinon les travers de celles précédentes, jugées trop corrompues, loin de la réalité du peuple, de pratique "infanticide" … Toute élection devenu essentiellement une opération de placement financier… Pour la plupart, faire de la politique c’est rejoindre un star-système, employer le pouvoir politique pour faire des affaires, pour le paraître, et quelquefois, pour pouvoir enfin se venger de quelque chose ou de quelqu’un dont personne n’a encore idée… Quant au simple citoyen, il prend juste exemple. Lui aussi marche désormais, le ventre vide, le cœur désenchanté et la tête à l’envers".

Le père Pedro, personnage emblématique pour son action sans limites auprès des plus pauvres, y va de "son coup de gueule" : "au-delà de l’échec social et économique de ce régime, c’est l’échec moral qu’il faut considérer. Au fur et à mesure que la pauvreté gagnait du terrain, se sont développés les trafics, la corruption et les vols, au point qu’aujourd’hui c’est le système D et l’insécurité qui règnent partout tandis que 80 % de l’activité économique est devenue souterraine !... La légendaire "fihavanana" (sorte de lois coutumière régissant la solidarité familiale et générationnelle) s’effrite sous les assauts répétés de l’individualisme, du chacun pour soi eux-mêmes générés par l’extrême pauvreté… Des forces occultes ont confisqué le pouvoir ou plutôt tiennent celui-ci par la barbichette. Quelques exemples :

  • Les nantis qui ne paient pas leurs impôts.
  • Les députés qui ont exigé avant de siéger, un 4X4 de fonction pour ensuite tenter de démettre le président élu.
  • Une classe politique corrompue dont la seule préoccupation est de profiter de son passage au gouvernement, qu’elle sait bref par nature, pour faire fortune pendant qu’il est temps.
  • Le frein que représente la tradition.
  • Une société désenchantée (et corrompue elle aussi) qui ne croit plus en son avenir.
  • Bref : une société tétanisée et paralysée entre la peur et la jalousie…"

Dans un article intitulé "Nomadisme politique : caméléon et fier de l’être", Alain Iloniaina écrit : dans la mesure où le pouvoir politique amène à obtenir des avantages (pour soi, pour le secteur où l’on réside), le nomadise politique est monnaie courante. Il y a des députés qui ont ainsi été supports des trois derniers présidents de la république. D’autres votent la destitution du président actuel… puis le soutiennent. Cela signifie qu’il n’y a pas de convictions précises, mais que l’intérêt personnel domine. Cela n’offre pas de stabilité politique, que tout peut s’acheter.. .Mais cela véhicule des valeurs pour toute la société. Comme il est dit "lors de la propagande (campagne électorale), tout se conçoit en terme d’ariary, de tee-shirt et de riz". CQFD ?

La corruption

Bien entendu, la corruption est au cœur de cet état de non-droit et de ces arrangements car la meilleure manière de servir, n’est-elle pas de se servir soi-même ? Sous la présidence Ravalomanana un espoir est apparu lors de la création du Bureau Indépendant Anti-Corruption (bianco) suite à l’intervention d’Eva Joly. Résultat ? Classé 123ème pays selon le classement 2010 à l’indice de perception de la corruption de Transparency International, le pays est aujourd’hui… 145ème.
Inféodée à la vie politique et économique, la corruption rejaillit sur le quotidien de toute la population et chacun, là où il est, cherche à trouver "sa solution" pour que son économie de survie finance ses besoins primaires du quotidien.

Toni est guide : "quand je pars avec des clients en 4X4, j’ai mis de côté un stock de 50 billets de 2.000 Ar (0,60 €). En général, comme je suis avec des clients, les gendarmes et les policiers m’arrêtent et cherchent un problème, même si tout et en règle. Les clients n’apprécient pas d’être coincés trop longtemps et les gendarmes le savent. Pour un séjour de trois semaines, le montant varie entre une et deux journées de location du véhicule. Mon nouveau véhicule est au nom de ma femme. En effet si les policiers voient que le véhicule est à mon nom, c’est que je suis "riche" et le montant est plus élevé…

Florette travaille à la direction régionale du tourisme d’Atsinanana. Après 20 ans de service, elle perçoit légèrement plus de 100 €. Elle élève seule ses deux enfants, dont l’un est handicapé. "C’est pas facile" ! "Alors je rends des petits services et ainsi je reçois des pourboires"…

Simonette a tenté par deux fois le concours de greffier "mais on me demandait 6 millions d’ariary (environ 1700 € !) après avoir déposé mon dossier pour que je sois prise. Ayant refusé car je n’avais pas cette somme, par deux fois j’ai échoué".

Diamandia, 25 ans, a brillamment effectué quatre années de droit. Elle s’est inscrite au concours de magistrat : "il y a cinquante places et on est plusieurs milliers à postuler. Il y a trois catégories de candidats : ceux qui ont des relations haut placées, ceux qui paient… et il reste quelques places pour les autres. Comme mes parents se serrent la ceinture pour que je fasse mes études, bien sûr je suis dans cette troisième catégorie". Diamanda est discrète sur la corruption, mais sa sœur se lâche "de toute façon on sait très bien que lors des procès, même si l’on est coupable et que cela se sait, il suffit de payer pour s’en sortir"…

Insécurité et… "vindicte populaire"

La profession la plus rayonnante dans le pays est sans conteste celle de gardien, vigile ou agent de sécurité. Ils sont omniprésents, de jour devant les banques, supermarchés, établissements publics, etc. et plus encore la nuit devant ces mêmes magasins et dans les plantations (les professionnels estiment à 10 % la vanille volée sur pied). "La Vérité" du 24 octobre titre "exactions policières, les auteurs impunis", suit une longue liste de faits divers mortels où des policiers sont accusés, à commencer par celui d’un procureur de la République de Tuléar lynché à mort en 2011… mais "le procès des 39 policiers est pour la énième fois reporté, avec visiblement la protection des plus hautes autorités".

En dépouillant deux quotidiens du 5 octobre (L’express – Les nouvelles), quelques faits divers du jour (!) :

  • Mahanoro : un policier exécuté pour banditisme. Meurtre collectif. Montré du doigt d’avoir commis un cambriolage, un agent de la police communale a été lynché à mort.
  • Mananara nord : un voleur de vanille criblé de balles. Tué sur le coup, un voleur de vanille a reçu deux balles dans la poitrine, hier. Les comparses ont pu s’échapper.
  • Alarobia Bemaha : le directeur du CEG (collège) a été mortellement blessé d’un coup de hache à la tête. Il détenait chez lui une grosse somme d’argent, celle de l’inscription des enfants.
  • Tsiroanomandidy : un couple brûlé vif. Un couple a péri dans l’incendie de sa maison incendiée par des dahalos (voleurs de bétail). Attaqués, les époux ont riposté et se sont enfermés à l’étage. Dépités, les bandits ont mis le feu à la maison.
  • Antsirabé II : 10 bandits ont attaqué un magasin. Les deux gardiens, tabassés à mort, ont rendu leur dernier souffle.
  • Antsohihy : trois bandits armés ont été lynchés. Les bandits ont été surpris par l’arrivée rapide des villageois. Les bandits ont subi une vindicte populaire.

Le kidnapping est monnaie courante, prioritairement visés les Indo-Pakistanais. Les faits divers peuvent être plus sordides les uns que les autres, comme ces trois enfants (l’ainée a 16 ans) qui décapitent un gamin de 12 ans pour le voler… Les habitants d’un village exposent la tête d’un dahalo devant la tribune des autorités "pour démontrer leur mécontentement et l’obligation de se faire justice eux-mêmes puisque la gendarmerie n’assure pas la sécurité". Deux frères sont lynchés à mort pour avoir dérobé cinq sacs de haricots…

Face à l’insécurité et à l’état de non droit, les gens se font justice eux-mêmes. Selon le sociologue Paul Rabary : "Les vindictes populaires ne sont pas devenues une mode du jour au lendemain. Elles résultent d’un processus qui s’est construit progressivement et qui est né, entre autres, de l’impunité dont jouissent certains détenteurs de l’autorité". Le mouvement Wake up Madagascar complète : "ne pouvant pas compter sur ceux en qui ils ont confié le pouvoir, les gens préfèrent se faire justice eux-mêmes".

Une économie de survie

Le gouvernement se glorifie d’une "omniprésence chinoise", fer de lance de son économie, pays avec lequel les transactions sont les plus importantes (2085 milliards d’ariary - 600 millions d’euros- de produits importés en 2016 selon la direction générale des douanes ; les exportations se montant à 552,8 milliards). Un accord bilatéral a été signé, mais comme le souligne Hery Riamarrison "on craint une braderie de nos ressources naturelles, en termes de contrepartie". La réalité de la population est tout autre, malgré l’aide publique au développement (APD) qui représente 18,4 % du PIB.

Aintsoa, mère de famille, aménage progressivement sa maison en fonction de ses rentrées d’argent. Des rideaux sont installés aux fenêtres. Ne sachant pas comment financer la nourriture de la semaine, elle les vend : j’en rachèterai d’autres plus jolis quand j’aurai un peu d’argent, me dit-elle…

Dans toutes les villes, vous ne pouvez pas faire cent mètres sans trouver une petite échoppe vendant du crédit téléphonique. La personnes perçoit 5 %, aussi doit-elle vendre pour 70 000 Ar afin de percevoir un euro… A 100, 200 ou 500 Ar la carte, je vous laisse calculer le nombre de clients journaliers qu’elle doit trouver pur y parvenir… !

Fianarantsoa : Un vendeur de charbon de bois {JPEG} Nirina élève seule sa fillette de 10 ans, depuis le départ de son mari. Elle habite un modeste deux pièces, sans électricité, à la périphérie de Toamasina. A 40 ans, ayant perdu son emploi associatif (c’est-à-dire du jour au lendemain n’ayant plus aucune ressource), pour survivre elle achète des sacs sur le marché "je sens bien ce qui est tendance", et va les revendre dans des porte-à-porte. Je gagne 5 ou 10 000 Ar selon le cas (1,50 ou 3 €). Cette semaine ça n’a pas marché, alors j’ai vendu deux de mes robes pour acheter du riz… Je voudrais que ma fille apprenne à faire du kung-fu pour pouvoir se défendre dans la vie, mais je n’ai pas de quoi l’inscrire.

Le travail informel est une pratique généralisée, qui offre de menues ressources à une majorité de la population (mais crée un énorme manque à gagner pour l’État qui ne perçoit aucune imposition liée à leur activité). "Tout est informel… sauf ce que l’on paie au propriétaire, facilitateur ou fournisseur du produit que l’on (re)vend". Voahangy vend tee-shirt, artisanat et vanille, ainsi que toutes ses sœurs. Elles forment un "groupe social" qui se croise, se recroise, mange ensemble sur le trottoir le midi, etc. Les enfants sont pris en charge tantôt individuellement, tantôt collectivement. Quand un vazaha (Blanc/touriste) passe dans les parages, elles se ruent, chacune proposant et négociant des produits. Ceux-ci proviennent d’un grossiste qui leur confie, sachant qu’il prend 10 000 Ar par tee-shirt, à charge de le vendre le plus cher possible (le fournisseur n’est pas intéressé au prix de vente final). L’argent gagné sert immédiatement aux dépenses du quotidien (à commencer par l’achat de riz 1800 Ar - 0,50 € - le kilo, hors période de soudure) et si possible "épargner" (c’est un bien grand mot) pour les charges mensuelles : l’écolage des enfants, le loyer, l’eau, l’électricité (il va s’en dire qu’il n’y a pas d’assurance). Durant la période creuse, celle où les touristes sont absents ou se font rares, "c’est la galère car il nous arrive de ne pas vendre pendant plusieurs jours". Les réserves s’amenuisent, l’écolage et le loyer non payés. Et puis il y a "le pépin", un décès dans la famille et il faut se rendre sur place, partager les dépenses funéraires ; un accident et l’opération qui s’en suit ne sera effectuée qu’une fois payée : "faute de mieux on emprunte, même si l’on ne sait pas comment l’on remboursera,on n’a pas d’autres solutions"… L’une d’entre elles a emprunté un million d’ariary - 300 € -, pour une opération chirurgicale le taux était de 71 % !

Dans cette économie de survie, les personnes ne savent pas combien elles gagnent, ne tiennent pas de comptes précis. "J’ai gagné plus, j’ai gagné moins…". Mirana avait l’impression de gagner "un peu, mais les billets partaient vites" avec les sacs de charbon de bois qu’elle allait chercher à la campagne pour les revendre à la ville. Quand ensemble nous avons fait le total des dépenses (bien sûr sans compter le temps de travail)… elle dépensait plus que ce qu’elle gagnait ! Après avoir acheté fils, tissus et fermeture éclair, il faut une trentaine d’heures pour broder et confectionner une petite pochette qui sera vendue 12.000 Ar (3,50 €).

A Antananarivo, la misère (je ne parle pas de "pauvreté") nous happe à chaque coin de rues en voyant ces femmes, ces enfants, faire la manche, vêtements en haillons, sales. Si l’on se lève tôt dans toutes les villes on voit des personnes dormir sur les trottoirs, sur/dans des cartons, sous un plastique, près des tas d’ordures…
Survie anthracite de l’instant présent. Pas question de se projeter un tant soit peu dans l’avenir, pas même celui du lendemain… Mais conserver les cartons dans lesquels on dormira, dans la "chaleur du tas d’ordures" où se trouvent quelques pluches, objets ou papiers qui serviront à une éventuelle revente ou troc pour remplir, si légèrement, le ventre. L’enfance se forge dans un milieu de manque total où seul l’amour maternel lui offre une raison d’être… et où pour la mère seul son/ses enfant-s- (l’homme - mari, père, amant… est inexistant ; où est-il ?) lui donne la force de ne pas tout "lâcher", de penser qu’un lendemain pourra (peut-être) exister. A quoi pense cette femme qui tend la main (mécaniquement), souvent même sans un mot (par lassitude ?) ? Comment donner vie au quotidien ?…

J’interpelle Haingo, membre du ROHY (voir ci-dessous) : que faire ? "On s’habitue à voir ces personnes, mais sans un soutien permanent, une main tendue de tous les instants, une acceptation par la personne de rompre avec ce quotidien, il est bien difficile d’agir. Avoir le souci de ce qui se passe autour de nous, dans nos relations, notre voisinage pour apporter un soutien concret et durable à ceux qui sont le plus en difficulté. Au niveau professionnel mener des actions ciblées (mais on ne peut partir dans toutes les directions), afin que dans quelques années nous ne puissions dire "on ne savait pas". Objectivement on ne peut pas faire grand-chose car ce n’est pas en donnant un peu d’argent que le problème sera réglé, alors que ça fait mal de voir ces enfants sans enfance, sans espoirs". Et nous, moi, comment me situer ? "Vous pouvez toujours donner de quoi s’alimenter, - surtout pas d’argent -, faire un geste humanitaire, mais cela ne changera en rien la situation. Les collectivités publiques, à commencer par l’État, ont un rôle à jouer, quelles ne remplissent pas, pris dans des égos de pouvoir. N’agissez pas directement, mais accompagnez des structures malgaches dans lesquelles vous avez confiance, interpellez. Sachez que, seuls, nous les Malgaches pouvons faire évoluer la situation !

Dans la revue Politika Hilda Hasinjo et Henitsoa Rafalia, abordent le problème dans un article intitulé "Pauvreté : péril en la demeure", sous-titré : Classé cinquième pays le plus pauvre du monde Madagascar s’enfonce de plus en plus dans la misère. Faisons-nous les efforts nécessaires pour nous en sortir ?... "Dans la plupart des régions de la Grande île, l’on a l’impression de ne pas être sortis du XIXème siècle… 90 % de la population vit avec moins de 3,10 dollars par jour, ce qui correspond à l’extrême pauvreté… Nul développement de quelque type qu’il soit ne peut se faire sans la participation de l’ensemble des citoyens… Les solutions sont connues : l’investissement dans "l’humain" pour de meilleures conditions de vie et non plus de survie, et une création de richesse surtout dans l’industrie agroalimentaire… Un bal des 4X4 dans un océan de misère. Antananarivo cultive les paradoxes et les contradictions. Les immeubles flambant neuf tutoient les cases en bois. L’opulence côtoie souvent la misère extrême. L’inégalité flagrante est l’une des manifestations les plus évidentes de la pauvreté dans la Grande île". Et de conclure : le véritable drame de la pauvreté est peut-être l’indifférence générale dans laquelle le pays sombre...

L’épidémie de peste

Comme au Pérou et en RD Congo, la peste n’est pas éradiquée à Madagascar. Une épidémie se propage en début d’année, limitée au milieu rural ; peste bubonique, qui se transmet par les puces (ordures, rats, puces), non transmissible par l’Homme. Prise à temps, elle se soigne aisément ; 19 décès sont enregistrés en 2016.

Cette année, les données sont différentes… le 28 août un Malgache décède de la peste pulmonaire, hautement transmissible, mortelle dans les trois jours si elle n’est pas soignée. Tue par les instances officielles "pour ne pas faire naître la panique", le premier internaute qui l’évoque est même arrêté. Peste "urbaine". Le décès le 29 septembre de l’entraineur de basket de l’équipe des Seychelles, contraint le gouvernement à sortir de son mutisme et rend l’épidémie "publique" (les Seychelles stoppent immédiatement leurs liaisons aériennes). Elle se propage dans les deux plus grandes villes (Antananarivo et Toamasina). Gouvernement et maires s’en renvoient la responsabilité : le premier ciblant un mauvais traitement des ordures, les seconds invoquant l’absence de subvention de l’État. L’express du 2 octobre titre "la peste empire".
C’est donc la mort de cet entraîneur, un mois après le premier décès (alors que la transmission naît d’un simple contact dans un taxi-brousse) qui contraint le gouvernement à sortir de son mutisme : un arrêté ministériel interdit toute manifestation publique, les compétitions sportives se déroulent à huis clos et la rentrée scolaire est reportée dans les principales villes (elle n’aura lieu que le 6 novembre)… tout en cherchant à rassurer la population…

Des bruits circulent sur les causes de cette absence d’intervention de l’État : en faire un enjeu politique ? Attendre l’intervention internationale pour réduire le coût de ses dépenses ? … Dans les jours qui suivent son "officialisation" l’intervention de l’OMS est essentielle "5,5 millions de dollars pour maîtriser la peste" titre la dépêche, intervention réalisée en produits pharmaceutiques à commencer par 1 190 000 doses d’antibiotique fournies immédiatement.

Ce n’est que le 10 octobre époque à laquelle "l’OMS classe l’épidémie en grade 2, ce qui signifie un risque de propagation national très élevé" (le grade 3 étant la mise en quarantaine) que le président de la République intervient sur le sujet "pour rassurer la population… déclarer la guerre à la peste" et lance "l’appel à la population à ne pas céder à la panique, car elle crée le désordre". Le fossé entre les réalités perçues par l’OMS et les discours lénifiants des politiques décrédibilisent ceux-ci et engendrent une totale perte de confiance. La moindre rumeur a un effet immédiat sur la population. "A l’évidence l’incompréhension et l’indignation qui ont semé le désarroi n’auraient pas pris une telle ampleur si l’État avait joué la carte de la transparence et si le droit à l’information des citoyens avait été respecté" comme le souligne unanimement les journalistes.

Quotidiennement les journaux titrent "rude bataille sur les cadavres de pestiférés… L’épidémie de peste s’amplifie… Propagation de la peste : des mesures énergiques nécessaires… Lutte contre la peste : la Première Dame s’approprie les dons onusiens…Pestimiste… Les agents de santé pourchassés à Toamasina… Une trentaine d’internes contaminés par la peste…". Et le gouvernement discourt : "tout est mis en œuvre… aucun risque pour les touristes… nous maîtrisons la situation…".

L'Express du 19 octobre 2017 : en Une, "Rude bataille sur les cadavres des pestiférés" {JPEG} La prise en compte d’une telle épidémie, doit se faire en intégrant des données sanitaires strictes et la culture de la population, me précise Miora. C’est dans cet esprit que l’on organise les cérémonies de retournement des morts car ils restent présents à côté de nous. L’OMS et la Croix-Rouge ont rapidement proposés des conditions "dignes et sécurisés" prenant en compte ce lien culturel en optant sur des sacs mortuaires comme ceux utilisés pour Ebola mais sa non application a créé de nombreux heurts. "Comme pour la peste on retire le mort, on le cache, on le met dans une fosse commune (il est arrivé que des personnes aillent déterrer leur mort d’une fosse pour le mettre dans un caveau familial, au risque d’être contaminé), les personnes ne vont plus voir les médecins de crainte qu’on leur prenne la personne malade, qu’elle ait la grippe ou la peste (certains symptômes sont semblables), poursuit Miora. Il y a deux jours à l’hôpital de Tamatave (vers le 15 octobre), une famille amène un enfant qui a de la fièvre. Le médecin demande à la famille d’aller acheter des médicaments. Quand ils reviennent une heure plus tard il leur annonce que leur fils est mort de la peste et refuse de rendre le corps. Il y eut des échauffourées…

Sylvain Ranjalahy, journaliste, conclut son article du 12 octobre "Aujourd’hui on constate qu’on ne peut pas appliquer les sacro-saints principes démocratiques dans un pays infesté de barbares. L’épidémie de peste rappelle, d’ailleurs, qu’on est à deux siècles d’une nation moderne, qu’il reste un long chemin à faire, plusieurs étapes à franchir pour mériter le statut d’une République, la qualification d’une démocratie".

Quelle enfance ?

"Parmi cent naissances enregistrées, soixante n’ont pas d’état civil et sont condamnés à errer dans la rue, à fouiller les bacs à ordures ou à louer un kalachnikov avec un peu plus de chance. La peste en éliminera peut-être quelques-uns alors que ceux qui n’ont pas de bol tomberont sous les balles des forces de l’ordre", s’exprime Sylvain Ranjalahy (l’express du 12 octobre).

Soa, jeune mère de famille, institutrice, précise : "dans de nombreuses familles, notamment en milieu rural, il est très valorisant que la jeune fille ait très tôt un enfant. Aussi il n’est pas rare de voir une jeune accoucher à 14 ou 15 ans. Cela explique que la jeune femme se retrouve seule et demeure dans sa famille. Le jeune garçon ne se considère pas comme un père, mais l’enfant est davantage né d’un flirt, d’une relation passagère que d’un véritable amour. Cela induit l’arrêt de la scolarité, l’absence d’une formation pour la jeune femme qui rapidement se mettra à effectuer des petits boulots. Le jeune homme poursuivra sa vie avec cette notion "d’irresponsabilité", que l’enfant est l’affaire de la mère. Il arrive fréquemment que des jeunes filles soient vendues par des familles très pauvres à des hommes âgés, qui leur font un enfant…" Lalao, sage-femme le confirme : "en brousse j’assiste des fillettes de 12 ou 13 ans qui accouchent de leur premier enfant, dès qu’elles sont en situation de procréer. Les familles sont très fières de cette précocité, preuve de leur fertilité et du "bon sang" de la famille".

Les chiffres demeurent accablants. Selon la revue Politika, 47 % des enfants malgaches sont mal nourris (il en va donc de leur développement physique, intellectuel, mental)… Selon le ministère de l’éducation, sur 100 enfants qui fréquentent l’école primaire (mais, il y a encore peu l’Unicef dénombrait 1,5 million d’enfants non scolarisés) seulement 50 % arrivent au CM2 et seulement 25 % entrent au collège. Le ministère a adopté dernièrement le "Plan Sectoriel de l’Éducation" pour limiter ce nombre d’abandons. Mais quelle réalité lorsque l’on est dans la survie et que les associations de parents d’élèves indiquent que le coût de la rentrée scolaire s’élève entre 150 000 et 300 000 Ar (45 à 90 €)… ?

Nombre d’écoles en milieu rural ne vivent que grâce à l’investissement des parents, alors qu’eux-mêmes sont dans la survie. Près des deux tiers des enfants urbains fréquentent une école privée, même pour des familles très modestes "notre espoir ce sont nos enfants. Il faut qu’ils aient une bonne éducation et seules les écoles privées la fournie. On se saigne et nos priorités sont de payer l’école et le loyer, même si certains jours il n’y a pas grand-chose dans nos assiettes" me dit Arivola, père de trois enfants.

Dans un tel contexte, il est bien "normal" de demander aux enfants de s’associer à l’ensemble des tâches familiales : aller chercher de l’eau, garder le petit frère ou petite sœur, gagner un peu d’argent en rendant "des services". Un matin à 6 h je prends mon petit-déjeuner dans une gargote de la gare routière d’Antsirabe, c’est une élève de troisième qui me sert : "je fais ça tous les matins, mon père viendra me remplacer pour que je sois à 7 h au collège". Naturel ! Ainsi, dès le plus jeune âge, les enfants entrent dans le cycle du travail comme élément du quotidien et, pour les plus chanceux, associent étroitement travail et école. L’institution scolaire l’intègre : dans la région de Bétafo, les écoles sont fermées le lundi car c’est le jour du marché et les enfants aident leurs parents. Normalité.

Monographies

Tiana et Toni se sont mariés depuis peu, elle d’une "famille pauvre d’instituteurs", lui abandonné, a été recueilli "dans une famille très gentille". Tous deux très volontaires veulent créer une agence de voyage, mais malgré des démarches engagées depuis plusieurs années, cela ne s’est toujours pas concrétisé :"il fallait qu’on ait un local qui serve de bureau, alors nous avons loué ce petit appartement, mais il a fallu que je paie 1 million d’ariary (300 €) pour que l’on me donne l’attestation. Maintenant, il faut l’enregistrement officiel, ils ont tous les papiers et en principe c’est gratuit, mais cela traîne depuis deux ans. On me demande 2 millions, mais même si je paie, je ne suis pas sûr de l’avoir, alors j’hésite à emprunter la somme...".

Tsilavo, une petite trentaine, a suivi avec assiduité une formation de technicien agricole. Un groupe de français a parrainé ses études. Depuis, aucun travail dans ses qualifications. Aujourd’hui, après divers petit boulots, il est salarié de Canal + où il s’occupe de la maintenance sur… les Caraïbes : "cela signifie que je travaille en soirée et jusqu’à deux heures du matin pour correspondre aux heures de travail là-bas. Si l’on me pose la question je dois répondre que je suis en métropole sous peine de licenciement. Je gagne 400 000 Ar (110 €), ce qui ne me permet pas de louer une chambre pour ma copine et moi. Je suis donc chez ma mère. Mais je suis sûr qu’un jour ça ira mieux : j’ai décidé de faire un élevage de poules de chair sur un petit terrain propriété de ma famille, car je veux que mes études me servent. J’ai embauché un jeune qui s’occupe de mes 300 poules, car je ne peux aller sur place qu’une fois par mois vu les frais pour s’y rendre. Je le paie 200 000 Ar (55 €). Cela ne m’a rien rapporté jusqu’ici, mais j’ai bon espoir dans l’année qui vient…

Élodie et Marc sont jeunes mariés. Lui, ingénieur, est fils de diplomate. Élodie, fille d’un agent du port, est architecte "une profession nouvelle à Madagascar mais je n’ai jamais pu l’exercer" est fonctionnaire municipale "où j’effectue des tâches administratives". L’un et l’autre ont passé une partie de leurs études en France. Ils habitent dans un modeste deux pièces "mais on a pu s’acheter un 4X4". Leur projet ? "On a fait des démarches et on va émigrer au Canada. C’est notre seul espoir pour que nos enfants aient des perspectives, car ils auront la double nationalité et ne seront plus coincés en permanence par des problèmes de visa".

Héry et Andrianina vivent avec leurs trois enfants dans une pièce de 10 m² (plus un espace dénommé "cuisine" de 2 m²) ; à l’extérieur un cabanon sert de toilettes. Un lit de 140, un lit superposé, des fauteuils. Il reste en espace "non occupé" guère plus d’un mètre carré. Électricité, mais pas d’eau (il faut aller l’acheter à une borne fontaine du quartier). Ils s’excusent de m’inviter pour manger alors qu’il n’y a pas de table : nous nous installons sur les lits et fauteuils… Les enfants vont à l’école privée "ça nous revient cher - 20 € par an par enfant -, mais on veut qu’ils aient de la bonne instruction... Moi j’ai fait tout le primaire, mais ma femme seulement quatre années, car il fallait gagner de l’argent".
Une bonne journée ? "C’est quand on a vendu deux ou trois tee-shirts à des touristes et qu’on a gagné 10 ou 15 000 Ar (3 à 4,50 €), mais c’est rare. C’est difficile durant la période creuse où pendant une semaine on ne vend rien... Le plus dur, c’est quand on a un accident". Andrianina s’est fait renverser il y a quelques mois et précise "heureusement, un vazaha (un étranger) a vu ça et a payé les frais de l’opération, sinon j’aurais été handicapée à vie" (les interventions à l’hôpital ne sont effectuées qu’après achat des médicaments, paiement des frais et… bakchichs au chirurgien)

Société civile

Face à cette situation catastrophique, des actions sont menées : on estime à environ 3000 le nombre d’ONG malgaches, "mais seules quelques unes se préoccupent de faire avancer le processus de démocratisation dans le pays" souligne l’organisation Fanabeazana – Olom – Pirenena (Réseau des jeunes pour la démocratie et la politique), qui précise en outre "on n’attribue qu’une position plutôt faible à la société civile à Madagascar, dans la vie sociale et politique au quotidien. On peut le prouver, à travers le fait que ce sont toujours aux ONGs étrangères (aux experts de différentes institutions européennes, américaines et autres pays occidentaux) que l’on demande des conseils, lorsqu’il s’agit de développer de nouvelles solutions aux problèmes".

Une lente maturation collective existe, freinée par une absence de reconnaissance de l’État, des problèmes financiers, une carence de moyens propres pour mettre à exécution leurs projets, la difficulté d’avoir à gérer à la fois un positionnement dans l’immédiateté et l’élaboration d’une stratégie à moyen et long terme. Cependant, à force d’une volonté affirmée, par exemple, le mouvement ROHY qui regroupe plusieurs dizaines d’organisation de la société civile - OSC - (l’Alliance Voahary Gasy, le SIF, la Confédération Nationale des Plateformes des Droits de l’Homme, le Comité National des Observations des Élections, etc.), s’étoffe, se fait reconnaître. Il souligne quatre secteurs "gravement viciés" : les trafics de ressources naturelles, la sécurité avec la corruption et le racket dont "les auteurs en sont parfois certains officiers et gendarmes", la politique foncière et les élections qui sont aussi un foyer de corruption et d’illégalités à travers l’achat de voix direct ou indirect et les abus d’autorité. Dans une stratégie positive et offensive, le Rohya a adopté une charte des OSC en 2016 qui s’appuie sur "un État de droit et une bonne gouvernance, dans laquelle la population a conscience de ses droits et obligations et participe à la vie publique… Une décentralisation effective, avec un partage équitable des richesses, un pays libéré de la corruption et respectueux des droits de l’Homme, dont la liberté d’information, la liberté d’expression, où les défenseurs des droits de l’homme sont protégés, etc."

L’Arc-en-ciel, une association créée en 2012 offre un exemple concret d’une action de terrain où le développement endogène est de règle. Cela se passe dans le village de Fiadanana, non loin de Betafo. Démarche contée par ses deux initiateurs, guides, Iavantsoa (originaire du village) et Virginie : "traditionnellement les tours opérators ne laissent que peux d’argent localement : le strict minimum pour que l’activité ait lieu et soit acceptée par les gens. Nous avons voulu rompre avec ce schéma et tout faire partir du village", telle est leur philosophie de base.
Jusqu’à présent, l’action s’est déroulée sans aide extérieur "c’est un choix : nous somme Malgaches, ici c’est notre pays, c’est d’abord à nous de nous prendre en charge… Si un jour nous avons besoin d’aide, il faut qu’avant nous ayons fait nos preuves, prouver nos capacités à agir et selon quelle philosophie".
La cuisine de l'association Arc-en-ciel {JPEG} L’association dispose d’une grande bâtisse qui appartient à une famille du village : "Nous sommes passés de la bougie aux panneaux solaires... Le matériel de literie a été acheté dans des friperies… Les ordures sont sélectives. Les denrées alimentaires proviennent essentiellement de la production locale. Une douzaine de jeunes du village sont embauchés pour faire la cuisine, assurer l’entretien, la lessive, etc., des formations sont organisées. Nous avançons progressivement. Sur un village de 600 adultes, nous avons démarré avec 9 adhérents, puis 22 et aujourd’hui, 40 familles".
"Pour nous il est essentiel de maîtriser les choix avec les villageois et ne jamais rien donner s’il n’y a pas de travail en contrepartie. Par exemple, l’école posait problème car il y avait 5 instituteurs dans 4 salles. Nous avons proposé aux habitants de construire une nouvelle classe, mais ils nous ont répondu qu’ils n’avaient pas les moyens. Nous leur avons proposé de financer les matériaux, qu’eux les apportent sur le terrain (4 km à faire en charrette) et soient manœuvres auprès du maçon que nous embauchions. Aujourd’hui, ils sont fiers de leur école.
"Nous avons créé une banque locale d’un million d’ariary (300 €) au sein de l’association. Elle est gérée collectivement par les villageois. Les prêts peuvent aller jusqu’à 100 000 Ar (sauf lors de période de soudure où le montant ne dépasse pas 50 000 Ar). Il n’y a pas d’intérêt, mais il est demandé aux membres que si la personne a gagné une somme conséquente qu’elle attribue un bonus, ce qui est fréquent.
"Nous sommes guides, conclut Iavantsoa, mais demain, un jour nous ne serons plus là. L’avenir ce sont ces enfants de l’école, il faut donc privilégier leur enseignement, leur éducation".

C’est dans ces initiatives de la société civile, bâties pierre après pierre, très progressivement, inscrites dans le local, qui à la fois offrent un mieux être à la population tout en lui donnant un pouvoir d’agir, la responsabilise, et lui fait prendre conscience de la dimension "politique" de la situation que repose l’espoir d’une évolution positive de la société… Mais le chemin sera encore bien long !

Philippe Savoye

Wed, 15 Nov 2017 15:51:02 +0100

Drôle d'occupation pour une grand-mère...

Marie-Jo Fressard vient de publier un ouvrage [1] aux éditions APSO qui nous fournit une riche documentation tout en nous restituant sans détours ses sentiments personnels sur les histoires qu’elle a recueillies. On pourrait aussi trouver que c’est un drôle de titre pour un ouvrage consacré au peuple du Sahara occidental et à la répression qu’il subit de la part de l’armée et de la police marocaines depuis plus de quarante ans.

Son autrice, Marie-Jo Fressard, est connue pour avoir déjà publié un livre aux éditions Antidote, stigmatisant la politique répressive du régime marocain contre sa propre population. Intitulé "Marraine des deux plus anciens détenus politiques marocains", il raconte tout ce qu’elle a vécu et appris en décidant de proposer son marrainage à deux détenus politiques marocains pendant les cinq dernières années de leurs 25 ans d’emprisonnement.

Après la libération de ses deux "filleuls" marocains, Marie-Jo a décidé d’adopter la même démarche pour dénoncer le comportement de la monarchie marocaine et de ses protecteurs (en particulier la France républicaine…) vis à vis du Sahara occidental, cette ancienne colonie espagnole que le roi Hassan II a décidé d’occuper en 1975.

C’est pourquoi elle se retrouve aujourd’hui marraine de trois Sahraouis

Deux prisonniers politiques et un sportif de haut niveau qui a dû s’expatrier pour échapper à la police marocaine. Et dans cette nouvelle publication avec son drôle de titre, elle s’appuie sur les aventures et les souffrances de ses filleuls sahraouis et de leurs familles pour raconter comment leur peuple s’est vu spolié de son droit à l’autodétermination, de sa terre et de ses richesses naturelles, et de toute possibilité (jusqu’à aujourd’hui) de construire lui-même son destin.

Un des intérêts majeurs du livre de Marie-Jo Fressard est son chapitre préliminaire consacré à l’histoire récente du territoire.
Au cours d’une vingtaine de pages sont rappelés les jalons essentiels du conflit, depuis l’époque précoloniale jusqu’à nos jours, ce qui est très utile pour les lecteurs francophones, car comme l’écrit Marie-Jo : "Il y a une vingtaine d’années, après avoir lu quelques articles qui salissaient les Sahraouis, leur pays, leur république, j’ai commencé à avoir des doutes. Des mensonges sont propagés, mais pourquoi ? Et pourquoi de si rares informations ? Pourquoi on n’en parle pas dans nos médias ?". C’est ainsi que grâce à ce chapitre préliminaire, les lecteurs apprennent les caractéristiques essentielles de la situation du peuple sahraoui :

  • que l’Espagne a hérité de ce territoire lors de la conférence de Berlin en 1884, lorsque les Européens se sont partagé l’Afrique ;
  • que l’ONU, après avoir exigé en 1963 la décolonisation du pays, a demandé en 1965 à l’Espagne de s’en retirer en affirmant le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui ;
  • qu’en 1973 le roi du Maroc Hassan II, qui veut annexer le Sahara espagnol, propose de soumettre le problème à la CIJ (Cour Internationale de Justice) et que dans son avis émis en 1975, celle-ci déclare "il n’existe aucun lien juridique susceptible d’influer sur l’application de la résolution (de l’ONU) sur la décolonisation et le principe d’autodétermination" ; la même année, de leur côté, les Sahraouis créent le POLISARIO (Front Populaire de Libération de Saguia el Hamra et Rio de Oro), mouvement politique armé pour lutter contre l’occupation espagnole ;
  • qu’en 1975, alors que Franco est mourant, le gouvernement espagnol abandonne le processus d’accès du Sahara espagnol à l’indépendance et signe les "accords tripartites de Madrid" avec le Maroc et la Mauritanie, qui cèdent les deux tiers du territoire au Maroc et le reste à la Mauritanie en maintenant les droits de l’Espagne à l’exploitation des mines de phosphate et à la pêche côtière dans les zones maritimes ; la même année, le Maroc et la Mauritanie envahissent leurs zones respectives au nord et au sud du territoire.
  • que pour les Sahraouis, la guerre de libération continue sous la conduite du POLISARIO, contre les armées mauritanienne et marocaine ; et qu’une grande partie de la population civile sahraouie, surtout femmes et enfants, doit fuir les bombardements au napalm et au phosphore blanc et trouver refuge en Algérie dans la région de Tindouf ; et que le POLISARIO crée le 27 février 1976 la RASD (République Arabe Sahraouie Démocratique) qui a été reconnue par 54 Etats, d’autres attendant les résultats du référendum d’autodétermination prévu par l’ONU ;
  • qu’en 1979 la Mauritanie décide de se retirer de la zone qu’elle occupe au Sahara occidental en signant un cessez le feu puis un traité de paix et en reconnaissant la RASD et le POLISARIO comme seuls représentants du peuple sahraoui. Et que le Maroc décide alors d’annexer la totalité du territoire et commence la construction d’un mur de sable de 2720 km du nord au sud du Sahara occidental. Il protège ainsi des incursions du POLISARIO les 80 % du Sahara utile dont il exploite les ressources naturelles : essentiellement phosphates, richesses halieutiques et ressources en eau souterraine qu’il consacre au développement d’une agriculture intensive sous serre hautement productiviste...
  • et que c’est seulement en 1991 qu’un cessez-le-feu est signé entre le Maroc et le POLISARIO, sous condition que soit organisé par une mission de l’ONU, la MINURSO (Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental) un référendum permettant aux Sahraouis de choisir librement d’être marocains ou indépendants. Mais depuis cette date, la monarchie marocaine a réussi à empêcher la réalisation de ce référendum, avec l’appui des États-Unis et surtout de la France, qui le bloquent au Conseil de Sécurité ; et cela malgré les positions répétées en faveur du droit à l’autodétermination des Sahraouis par l’Assemblée générale de l’ONU, par sa commission chargée de la décolonisation, par l’Union Africaine et même par l’Union Européenne…

Le résultat de cette politique marocaine d’annexion du Sahara occidental et de rejet des résolutions de l’ONU est un désastre pour les Sahraouis

Leur pays, légèrement plus grand que la France hexagonale, est déchiré en deux territoires séparés par un mur infranchissable de 2700 km et leur peuple est mis dans l’impossibilité de se rassembler dans sa patrie  
Selon l’institut européen de recherche MÉDÉA, les 270 000 habitants du territoire occupé par le Maroc voient leurs richesses exploitées au profit de l’occupant et leurs droits civiques foulés aux pieds par sa police, tandis que 160 000 réfugiés sahraouis survivent depuis plus de 42 ans dans des camps établis dans le désert algérien, quasi entièrement dépendants de l’assistance internationale.

Après avoir rappelé ainsi pour l’essentiel l’histoire récente du peuple sahraoui, Marie-Jo Fressard consacre le cœur de son travail à ses conditions de vie, à ses formes de résistance à l’occupation par le pouvoir marocain et aux méthodes répressives inhumaines que ce pouvoir utilise pour briser cette résistance et tenter de démanteler les réseaux du POLISARIO
En racontant les expériences vécues par ses trois filleuls sahraouis elle réussit à nous faire vivre les souffrances, parfois horribles, vécues par ce peuple déchiré. Elle les présente ainsi : "Hassan, Salek et Salah ont 30, 34 et 35 ans. Depuis leur plus jeune âge, ils ont appris à se méfier de l’occupant, à jauger l’interlocuteur, à garder leurs réponses pour plus tard … Leurs rêves d’adolescents puis d’adultes, sont sans cesse remis à plus tard, dans ce lointain avenir de liberté où il fera si bon vivre. Salek, le condamné à perpétuité, m’écrit un jour dans un grand sursaut d’espoir : "J’ai passé bientôt 12 ans en prison et je voudrais passer ma vie avec ma famille. En dépit des difficultés, je finirai par être libre, ce n’est pas possible que ça dure toute la vie, c’est contre nature...". Hassan, lui, veut faire son travail de journaliste sans risquer la prison pour un mot qui déplait au régime marocain. Quant à Salah, il explique avec humour : "J’ai commencé ma carrière de sportif avec la police... en fait elle me poursuivait ! Tous les Sahraouis des territoires occupés peuvent être de bons coureurs...".
Tout au long des déboires vécus par ses trois filleuls, Marie-Jo Fressard fournit de multiples exemples concrets sur le comportement plus que brutal des forces de l’ordre marocaines à l’égard des Sahraouis habitant la partie occupée de leur territoire et manifestant plus ou moins clairement leur hostilité à cette occupation : multiples arrestations lors des manifestations, tabassages, emprisonnements injustifiés, mauvais traitements à caractère raciste et surtout usage délibéré de la torture, refus de visites aux prisonniers par leurs familles qui sont de plus l’objet d’un harcèlement permanent. Ces exemples sont corroborés par les organisations internationales qui suivent la situation au Sahara occidental.

Elle insiste particulièrement sur les événements liés à la création du camp de Gdeim Izik le 10 octobre 2010
Une dizaine de jeunes décident de planter leurs tentes dans ce lieu désertique à une vingtaine de km d’El Aïoun, en guise de nouvelle protestation. Quelques semaines plus tard, c’est un océan de 3000 à 4000 tentes qui abritent 15 à 20 000 personnes pacifiquement auto-organisées, qui se baptisent camp de la dignité, de l’espoir ou même de la liberté.
Manifestation intolérable pour l’occupant marocain : ses forces de police commencent par entourer ce camp immense d’une barrière infranchissable et par contrôler étroitement tous les déplacements de ses habitants, puis interdisent finalement toute communication avec l’extérieur. Et finalement, la nuit du 8 novembre 2010, le camp est attaqué par les forces de sécurité : hélicoptères, gaz lacrymogènes, hurlements de sirènes, canons à eau, tirs de balles caoutchouc. Les 15 à 20 000 habitants du camp, hommes, femmes, mamans avec leurs bébés, enfants, vieillards etc s’enfuient à pied vers El Aïoun, tandis que ceux qui cherchent à leur porter secours sont arrêtés. C’est un chaos complet tandis que le camp, qui aura produit 28 jours de liberté, est détruit avec une sorte de rage par les forces de l’ordre marocaines et entièrement incendié. Selon les sources, on parle de 15 morts, 723 blessés et 159 disparus à la fin de la journée.
La violence de cette attaque entraîne des émeutes de jeunes dans certains quartiers d’El Aïoun suivies d’une vague de répression policière non moins violente : intrusions dans les maisons sahraouies sans mandats judiciaires, passages à tabac et mauvais traitements dans les commissariats, détentions injustifiées se multiplient pendant plusieurs semaines après le 8 novembre [2].

Finalement environ 130 personnes sont emprisonnées dont certaines seront libérées six mois plus tard. Mais 25 autres seront transférées à la prison militaire de Salé (ville jumelle de Rabat).
Traînées devant divers tribunaux militaires et civils, elles vont devenir les acteurs d’un feuilleton de dérives judiciaires qui durent jusqu’à aujourd’hui : accusées de crimes sans autres preuves que des aveux arrachés sous la torture [3], elles sont actuellement condamnées à 20, 30 ans de prison et à perpétuité [4]. Hassan, un des filleuls de Marie-Jo figurent parmi ces victimes expiatoires accusées de crimes imaginaires...

Quel avenir pour les Sahraouis ?

Le 6 octobre 2017, lors du 42ème anniversaire de l’annexion du Sahara par la monarchie marocaine, le roi Mohamed VI a déclaré : "Aucun règlement de l’affaire du Sahara n’est possible en dehors de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara..."  [5].
Le pouvoir monarchique marocain est donc toujours bien décidé à ne tenir aucun compte du droit international et des résolutions de l’ONU. Comment ce monarque, dont le pays n’est pas réellement une grande puissance, peut-il ainsi s’opposer frontalement à ces résolutions ?
Nous ne pouvons pas oublier que le roi du Maroc n’aurait pas les moyens de le faire à lui seul s’il n’était pas totalement soutenu tant par les États-Unis que par la France, qui usent de leur influence diplomatique et de leur droit de veto au Conseil de sécurité en sa faveur. Cette position constante de nos gouvernements pour soutenir les objectifs de la monarchie marocaine nous concerne donc directement comme citoyens français …

Mais il ne faut surtout pas confondre cette arrogance du pouvoir monarchique avec l’ensemble du peuple marocain
Pour nous en convaincre, il suffit de lire la 4ème page de couverture de l’ouvrage de Marie-Jo Fressard, écrite par un membre d’APSO : "Ce que tout le monde sait, ce que tout le monde cache, ce que tout le monde oublie : l’invasion, l’annexion, l’occupation, le pillage, la colonisation d’un territoire depuis des décennies, en dépit du droit international réaffirmé mille fois, contre la volonté d’un peuple qu’on cherche d’abord à remplacer avant de lui demander son avis … Cette vérité n’est pas beuglante. Un peuple confiant attend sans violence, remisé dans le désert de cailloux et de sel de Tindouf, réprimé dans les territoires annexés par le Maroc, nomade dans le désert à l’est du mur, que soient respectés et appliqués ses droits premiers"

Marc Ollivier