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C.I.I.P.

Thu, 19 Jul 2018 10:35:51 +0200

Comment la France embrigada "les indigènes"

Une note de lecture à partir d’un livre de Pierre Bouvier, "La longue marche des tirailleurs sénégalais : de la grande guerre aux indépendances" (BELIN-Histoire, 2018/04, 262 p.) et d’un article de Caroline Wihtol de Wengen, "L’armée française face à la diversité : une réflexion sur la citoyenneté" (MIGRATIONS SOCIETE, vol. 131, n°.5, 2010, pp. 201-214).

Malgré son racisme, dés les débuts de la colonisation l’armée française enrôla des "indigènes" pour ses opérations de conquête et de "pacification". En Afrique subsaharienne sont créés les tirailleurs sénégalais, dont le recrutement ne se limita pas au Sénégal, d’abord avec des esclaves, d’anciens esclaves et des captifs, puis avec des engagés volontaires. En jouant sur les rivalités ethniques l’armée coloniale a pu conquérir de vastes territoires avec très peu de métropolitains, essentiellement des officiers.

Pendant la première guerre mondiale, ces troupes, finalement recrutées dans le cadre du service militaire obligatoire, ont été engagées sur les fronts européens, censées ainsi rendre à la France ce que lui aurait coûté "l’apport de la civilisation". Même si des résistances locales à l’enrôlement se manifestèrent, le prestige du guerrier fournit un contingent de recrues souvent enthousiastes. Du moins au début : les horreurs des fronts douchèrent assez vite ces élans.

Conséquences inattendues : l’avènement d’un certain panafricanisme transcendant parfois les rivalités régionales, ainsi que la découverte que "le blanc" n’est pas un surhomme invincible. La vie hors du cadre habituel suscita un désir d’émancipation qui percuta les structures traditionnelles après la démobilisation. Ceci alimenta une revendication assimilationniste à la république, voire à l’ordre colonial. Fréquemment des ex-artilleurs maîtrisant suffisamment le français prirent un rôle de relais de base dans l’administration coloniale. D’autres eurent un sort beaucoup plus dur, étant enrôlés dans le travail forcé.

En 1939 des artilleurs étaient sur le front où il subirent les exactions racistes féroces des nazis. Renvoyés en Afrique par le régime collaborationniste, tout aussi raciste, certains se retrouvèrent dans les Forces Françaises Libres en premières lignes avant d’être écartés de l’armée après la victoire. Ces péripéties altérèrent encore plus pour eux "l’image de la France" et nourrirent une volonté plus marquée d’émancipation. Le problème des pensions sous-évaluées des démobilisés va aussi contribuer à ces désillusions. Certains participèrent alors à la marche vers les indépendances. En Afrique subsaharienne nombreux s’enrôlèrent dans les nouvelles armées nationales, sans pour autant renier leur passé au service de la métropole, de sorte qu’ils furent vus par les gouvernements français comme d’utiles relais. Quelques-uns prirent part à des coups d’état pro-occidentaux sans être désavoués par la France, loin de là.

Et aujourd’hui cela continue ?

Les gouvernements, qui cherchent continuellement à défendre une place privilégiée pour la France en Afrique, soutiennent les régimes ouest-africains, parfois non-démocratiques, et ont favorisé leur participation dans le cadre du G5 Sahel aux côtés des troupes françaises de l’opération Barkhane.
Par ailleurs l’armée française recherche des recrues. Elle s’est tournée vers les jeunes des banlieues, dont de nombreux issus de l’émigration qui rencontrent des problèmes de racisme une fois intégrés, malgré leur loyalisme.

L’armée persiste : la mémoire du passé trouble doit nous éclairer !

Références :

  • La longue marche des tirailleurs sénégalais : de la grande guerre aux indépendances
    Pierre BOUVIER, Éditeur : BELIN (Histoire), 2018/04, 262 pages.
    Disponible par exemple dans la bibliothèque Centre Ville de Grenoble, côte : 944.08.BOU.
  • L’armée française face à la diversité : une réflexion sur la citoyenneté
    Catherine WIHTOL DE WENDEN, MIGRATIONS SOCIETE, vol. 131, n°.5, 2010, pp. 201-214
    https://www.cairn.info/revue-migrations-societe-2010-5-page-201.htm

Olivier Potet

Wed, 18 Jul 2018 17:48:32 +0200

Silence, On parle !

Une journée pour prendre la parole dans l’espace public, pour faire entendre nos récits et nos luttes autour de la précarité, de la vie à la rue, de nos réalités et de nos idées pour faire bouger les choses dans nos vies, dans nos lieux, à Grenoble et ailleurs. C’est une "scène ouverte" pour celles et ceux qu’on n’a pas l’habitude d’écouter, n’hésitez pas à l’utiliser !
Plus d’infos sur le site de Parlons en

Tue, 17 Jul 2018 17:47:38 +0200

Leur monde et le nôtre !

En cette fin juin 2018, les dirigeants des Etats de l’UE, n’en finissent pas de se réunir pour tenter de trouver une solution à ce qu’ils nomment "la crise des migrants" ! Le cynisme des mots, l’horreur des actes !

Pendant que Mattéo Salvini éructe haineusement contre les bateaux de la solidarité "remplis de viande humaine", Macron se vante que l’UE ait réussi à "réduire fortement les flux", comme s’il parlait de marchandises ! Ils ont en effet fait baisser de manière drastique le nombre de migrants entrant "illégalement" dans l’UE : ils étaient 1,26 millions en 2015 et... 50 000 au premier semestre 2018. Pour obtenir ce "résultat", l’UE verse 3 milliards d’euros annuels à la Turquie afin qu’elle bloque les migrants sur son territoire. Les entrées dans l’UE par les Balkans ont diminué de 97%. Des accords du même type sont conclus avec la Libye, le Niger, plusieurs autres pays d’Afrique subsaharienne, faisant chuter les entrées dans l’UE par la Méditerranée de 77%. Les frontières extérieures de l’Europe ont été durcies avec le projet de renforcer FRONTEX, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes créée en 2016, qui devrait atteindre plus de 10 000 hommes en 2020. A l’intérieur, les frontières ont été réinstallées, entre l’Italie et la France, des murs ont été construits entre les pays (Macédoine/Grèce, Hongrie/Serbie/Croatie), empêchant toujours plus le passage des migrants et renforçant les nationalismes à peine endormis.

Leur objectif d’accueil c’est zéro migrant économique et un minimum de réfugiés politiques. Et pour cela, Macron et Merkel envisagent sérieusement de "délocaliser le tri entre réfugiés politiques (susceptibles de pouvoir déposer une demande d’asile) et réfugiés économiques dans des pays européens limitrophes de l’UE". Quand ils ne pourront pas être renvoyés immédiatement dans leurs pays d’origine, ils seront gardés dans des centres fermés ! C’est l’embastillement des pauvres aux portes des pays riches !

Cette politique scandaleusement inhumaine fait monter partout la xénophobie. De nombreux courants d’extrême droite se développent, encourageant discriminations, humiliations, racismes envers tout étranger. elle ne change rien aux causes qui poussent des millions de personnes à tenter de s’exiler à n’importe quel prix et au risque de leur vie !

Les causes ? Le maintien de l’enrichissement de quelques pays riches :

  • par le pillage des ressources des pays plus pauvres ;
  • par l’imposition d’un libre-échange ruineux pour ces pays dans le commerce international ;
  • par la poursuite d’un néo colonialisme qui garantit leur soumission ;
  • par le soutien à des gouvernants durs à leurs peuples et dociles aux maîtres de l’Occident ;
  • et même par des occupations militaires...

C’est d’une économie au service des besoins des populations de tous les pays, du Nord et du Sud, dont nous avons besoin. C’est un autre monde que nous voulons !

Cela passe dès aujourd’hui par nos solidarités ici et là bas, comme nous disons au CIIP, par nos combats ensemble contre tous les racismes et toutes les injustices ! Avec les citoyens et citoyennes de France et d’Europe nous devons nous dresser, nous opposer de toutes nos forces à cette politique honteuse et criminelle pour construire un tout autre monde. Et nous gagnerons !

Édito publié dans Inter-Peuples n°268, été 2018

CIIP

Tue, 17 Jul 2018 17:46:16 +0200

La France doit protéger Ricardo Palma Salamanca et Silvia Brzovic

Victimes de la dictature de Pinochet et luttant pour le retour de la démocratie au Chili, Ricardo Palma Salamanca et Silvia Brzovic ont été pourchassés sans relâche et pendant plus de 25 ans par le Chili "démocratique". Suite à une demande d’extradition ils ont du fuir le Mexique où ils étaient installés clandestinement depuis de nombreuses années. Aujourd’hui ils sont en France et demandent l’asile politique. Le Chili demande (encore) leur extradition.
Nous reproduisons ci-dessous Une tribune collective de Carmen Castillo, Olivier Duhamel, Louis Joinet, Alain Touraine et Costa-Gavras. et invitons à signer la pétition en ligne.

Pour l’asile en France de Ricardo Palma Salamanca et Silvia Brzovic

Pétition à signer ici

La France est depuis 1973 une terre d’asile pour les opposants politiques au régime de Pinochet. Accueillis à bras ouverts par Valéry Giscard d’Estaing puis François Mitterrand, particulièrement sensibles au funeste sort réservé à ceux qui s’étaient engagés aux côtés du Président Salvador Allende et, plus largement, aux démocrates hostiles à la junte militaire, nombreux sont les Chiliens qui, sous leurs mandats, ont trouvé refuge en France, s’y sont installés, y ont fondé une famille et s’y sont construits un avenir. Beaucoup sont immédiatement devenus français dans l’esprit et le cœur avant d’être officiellement naturalisés. C’est l’honneur de la France d’avoir protégé ces femmes et ces hommes dont les parcours de vie font aujourd’hui notre fierté à tous. Nous éprouvons de l’admiration pour tous ces jeunes adultes – pour ne pas dire ces enfants – qui ont eu l’extraordinaire courage de résister et de combattre la dictature féroce d’Augusto Pinochet au péril de leur vie et de leur liberté, faisant sacrifice de leur jeunesse, de leur vie familiale et de leurs études.

Ricardo Palma Salamanca et Silvia Brzovic sont de ceux-là. Comme tant d’autres combattants de la liberté, leur engagement politique contre la junte militaire est né de leur refus de l’oppression faite à leur peuple et des souffrances que ce régime leur a fait endurer. La torture du père, d’un frère ou d’une sœur, le viol d’une autre, l’exil d’un parent forcé par la crainte que le pire n’advienne, l’emprisonnement, le supplice, et même l’assassinat de proches, ont empli leur âme d’adolescents de la rage qui devait les affranchir de la peur. Animé par une telle colère, leur combat politique ne pouvait prendre fin avec l’amorce de la transition démocratique le 11 mars 1990.

En effet, si le général Pinochet n’était plus, officiellement, le Chef de l’État chilien à compter de cette date, le nouveau régime restait fondé sur un texte constitutionnel adopté en 1980 sous son autorité et qui lui confiait, en tant que Commandant en Chef des forces armées, un rôle central au sein d’un Conseil de sécurité nationale, lui permettant ainsi d’intervenir dans la vie politique du Chili et de maintenir son emprise sur toutes les institutions politiques, administratives, judiciaires et militaires du pays. Il suffit pour preuve de cette situation de se souvenir de l’opposition farouche de toutes les autorités politiques chiliennes à l’extradition de Pinochet en 1998, réclamé par la justice espagnole afin qu’il rende compte de nombreux crimes commis sous son mandat. Finalement, Augusto Pinochet, bénéficiant de la bienveillance coupable des autorités chiliennes, est mort paisiblement au Chili sans jamais avoir été condamné ni même simplement jugé.

A l’inverse, les résistants à son régime que furent Ricardo Palma Salamanca et Silvia Brzovic ont été pourchassés sans relâche pendant plus de 25 ans et jusqu’à aujourd’hui.

Comment comprendre qu’un État prétendument démocratique puisse ainsi pendant aussi longtemps poursuivre une personne – Silvia Brzovic – dont le seul tort est d’avoir été une opposante de gauche au régime de Pinochet ? Comment comprendre qu’un État prétendument démocratique puisse chercher à obtenir l’exécution d’une condamnation rendue dans des conditions inacceptables et sur le fondement d’une législation anti-terroriste adoptée en 1984 par un régime dictatorial ? Comment d’ailleurs comprendre qu’une telle loi vivement critiquée par les ONG puisse y être encore en vigueur ? Car c’est en effet en application de cette loi adoptée par la junte militaire pour lutter contre ses opposants politiques que Ricardo Palma Salamanca a été arrêté en 1992 puis condamné à la réclusion criminelle à perpétuité dans des conditions manifestement contraires au droit à un procès équitable et après des aveux extorqués sous la torture. Cette condamnation a été prononcée par un juge unique, Alberto Pfeiffer Richter, membre de l’UDI, le parti d’Augusto Pinochet fondé par Jaime Guzman, au motif notamment que Ricardo Palma Salamanca aurait participé à l’assassinat de ce même Jaime Guzman, dont le curriculum vitae sous le régime de Pinochet est comparable à celui de Philippe Henriot sous le régime de Vichy. Membre fondateur, en 1970, du groupe paramilitaire d’extrême droite Patria y Libertad, dont les crimes ont ensanglanté le régime du Président Allende, idéologue de la junte militaire lié à la secte nazie Colonia Dignidad, auteur de la Constitution de 1980, Jaime Guzman était un acteur majeur de la dictature. Il faisait partie de son noyau fasciste. Comment alors un État prétendument démocratique peut-il dresser un mémorial à Santiago en souvenir et en l’honneur de ce sordide personnage, et continuer à pourchasser Ricardo Palma Salamanca ?

Quand les tortionnaires de la junte militaire ont vécu ou vivent encore paisiblement au Chili, les autorités politiques chiliennes persistent à poursuivre les femmes et les hommes qui, comme Ricardo Palma Salamanca et Silvia Brzovic, ont tout sacrifié pour combattre le régime sanglant de Pinochet et réclament simplement que justice soit rendue à tous ceux qui ont enduré les pires souffrances durant cette période. Il s’agit là d’un résidu de la dictature auquel la France ne peut participer. Aucune autorité française ne peut accepter de collaborer à l’exécution de décisions administratives et judiciaires iniques, prises à la suite de tortures et de violations graves des droits de l’Homme, ni se compromettre en apportant son concours à la défense de la mémoire du fasciste Jaime Guzman. Au contraire, la France doit fermement et obstinément préserver ses principes en accueillant, comme l’y oblige sa Constitution et ses engagements internationaux, tout Homme persécuté en raison de son action pour la liberté. La France doit donc protéger Ricardo Palma Salamanca et Silvia Brzovic en leur reconnaissant, ainsi qu’à leurs enfants, le statut de réfugié politique. C’est son honneur et c’est le droit

Carmen Castillo, cinéaste
Olivier Duhamel, Président de la Fondation nationale des sciences politiques
Louis Joinet, Magistrat, Premier avocat général honoraire à la Cour de Cassation
Alain Touraine, sociologue
Costa-Gavras, cinéaste

Pétition à signer ici

Fri, 13 Jul 2018 17:58:53 +0200

"L'Amérique, ce grand pays démocratique..."

Des études récentes sur la société états-unienne confirment l’augmentation des inégalités, du racisme d’État, de la destruction des services publics. Retour succinct sur le "modèle américain".

Les réformes décidées par Reagan à son arrivée au pouvoir en 1981 ont accru les inégalités sociales. Ainsi la réforme fiscale de 1986 en ramenant le taux d’imposition des très hauts revenus de 90% à 28% a encouragé l’enrichissement sans fin des plus riches. Au même moment, le salaire minimum est gelé, la baisse des recettes des États entraîne la réduction voire la privatisation des services publics de moins en moins gratuits et de plus en plus dégradés, la paupérisation d’une partie des classes moyennes et l’entrée dans la misère des "déjà pauvres", principalement des Noirs. 30 ans plus tard, dans ce pays le plus riche du monde, à Los Angeles, 57794 personnes vivent à la rue dont 75% d’Afro américains et hispaniques et 10% d’enfants. Chiffre en augmentation de 24% entre 2016 et 2017. Aujourd’hui 1% des plus riches États-uniens s’approprie 20% du revenu national, soit un revenu annuel moyen de 1,3 million $ chacun alors que 50% des personnes aux revenus les plus bas perçoivent 12% du revenu national, soit 16 000 $ annuels par personne...
La reproduction sociale passe d’abord par l’éducation. Avec des écoles à deux vitesses, celle des enfants blancs des banlieues aisées qui pourront tous aller à l’université et celle des enfants noirs dont 1 sur 3 ira en prison. 10% des jeunes des classes pauvres tenteront quand même des études universitaires. Pour cela, ils devront s’endetter, parfois à vie, pour assurer les coûts de scolarité. La dette étudiante a augmenté de 500% depuis 2014 et s’élève à 1490 milliards, soit le PIB de la Corée du Sud !

"Mettre fin à la pauvreté pour mettre fin à la criminalité. La cupidité est mortelle".
Graffiti sur le viaduc Jeff Davis (Nouvelle Orléans).
Photo CC Bart Everson

En terme de santé, 30 millions de personnes ne peuvent pas se payer d’assurance maladie, la suppression de quelques avancées de la loi Obamacare devrait augmenter ce nombre de 13 millions de personnes. L’espérance de vie baisse. Les USA sont le seul pays développé où la mortalité maternelle augmente, avec 3 fois plus de décès qu’en France par exemple. 800 femmes meurent ainsi chaque année de complications post-accouchement par manque de moyens dans les hôpitaux, notamment ceux des quartiers où la population est majoritairement noire. Alors les femmes noires ont 12 fois plus de risque de perdre la vie en mettant au monde leur enfant que les autres.

Des politiques aussi inégalitaires, affichant un tel niveau de racisme, s’accompagnent toujours de politiques autoritaires et d’enfermement des populations discriminées. Les USA sont les leaders mondiaux de l’incarcération, 2,3 millions de prisonniers, proportionnellement 7 fois plus qu’en France où pourtant les politiques d’enfermement sont sévères. 80% des détenus sont des prévenus pauvres qui n’ont pas pu payer la caution leur permettant de rentrer chez eux en attendant leur jugement, ce qui peut prendre des années… Le niveau de violences à l’intérieur est l’un des plus élevés au monde, surtout dans les prisons privées de plus en plus nombreuses, où "l’ordre" est en partie géré par les détenus les plus violents. Sans surprise, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population des États-Unis, les Afro états-uniens sont 40% de la population carcérale.

Alors oui, on est loin, très loin du "sacro-saint rêve américain" !

Article publié dans Inter-Peuples n°268, été 2018

Roseline Vachetta