CHANGER
C.I.I.P.

Fri, 16 Feb 2018 14:26:38 +0100

Assemblée générale de l'Apardap

Au programme :

  • 17h30-18h : accueil, vérification des mandats et prise des adhésions 2018
  • 18h-20h : Assemblée Générale ordinaire : présentation, débats et votes
    • Bilan d’activité
    • Rapport d’orientation pour 2018
    • Compte financier 2017 et projet de budget pour 2018
    • Élection du Conseil d’administration
    • Questions diverses
  • Pot convivial

L’AG est ouverte aux sympathisants, parrains/marraines et filleul.e.s...
Bien sûr, seul.e.s les adhérent.e.s pourront prendre part aux votes.

Grenoble, Maison des associations
6, rue Berthe de Boissieux

Fri, 16 Feb 2018 12:08:13 +0100

Ebullition sociale et politique au Maghreb

S’il est une région du monde en proie à une effervescence et à une ébullition sociale et politique c’est bien le Maghreb.
En se limitant à l’Algérie, au Maroc et à la Tunisie, les médias ne se font l’écho que des nombreuses manifestations qui se déroulent chaque jour, depuis le 10 janvier, en Tunisie. Sans expliquer, pour la plupart, les raisons profondes de cette vague de protestation. Certes, ces protestations du peuple tunisien sont en réaction contre les mesures d’austérité, la hausse des prix y compris des produits de première nécessité. Mais sans expliquer que même si les libertés politiques acquises, arrachées dans la lancée de la "Révolution de jasmin" de janvier 2011, demeurent encore préservées, le développement économique, l’amélioration des conditions de vie, la justice sociale n’ont pas été réalisés. Les gouvernements successifs ont maintenu l’ancien système, un système au service d’une minorité souvent mafieuse, locale et étrangère. La coalition gouvernementale Nida Nahda continue de se plier aux diktats du Fonds Monétaire Internationale et aux autres institutions financières internationales, soutenues elles-mêmes par l’Union Européenne et notamment par le gouvernement français. Le budget 2018, concocté sous le signe de l’austérité, est une véritable déclaration de guerre aux pauvres et aux couches populaires. Le pays s’enlise jour après jour dans une spirale d’endettement endémique sans aucune perspective de construction et de développement économique au service du peuple tunisien.

Ce constat et cette analyse pourraient s’appliquer au Maroc.
Rappel : en octobre 2016 un homme d’une trentaine d’années, Mohcine Fikri, vendeur de poisson, est contrôlé avec son véhicule chargé d’espadons par une escouade de policiers. Sur le coup, Mohcine Fikri est monté sur l’avaloir pour tenter de récupérer sa marchandise qui était jetée peu à peu dans le camion de la police. La presse hydraulique de l’engin s’est alors mise en marche et l’a écrasé sous les yeux horrifiés de plusieurs témoins. Émotion et manifestations populaires se sont succédé, jusqu’à une manifestation de 40 000 manifestants… Plus récemment le Rif marocain est en ébullition. Une révolte - faut-il dire révolution ?- sociale, politique et identitaire s’est développée. Les causes : la marginalisation historique de cette région montagneuse, un chômage de masse, un accaparement des terres aux dépens des paysans et des Rifains en général. Sans oublier une forte répression. De nombreuses manifestations se sont développées dans toute la région mais aussi dans tout le pays. Tout un mouvement dénommé "Al Hirak", s’est constitué en soutien aux habitants du Rif. Il faudrait parler aussi des femmes marocaines qui s’organisent pour faire valoir leurs droits, contre les violences dont elles sont victimes (notamment des viols). Oui, la société marocaine, en dépit d’une chape monarchique, est habitée par des révoltes revendicatives que nous devons appuyer de toute notre solidarité. Et en dénonçant le soutien inconditionnel – depuis toujours - des gouvernements français successifs à "notre ami le roi" .

Reste l’Algérie, dont ne parle quasiment jamais la presse française. Silence dont les causes devraient pour le moins être interrogées. Et pourtant, ce ne sont pas les mouvements sociaux qui manquent, fortement réprimés. Faut-il rappeler que, depuis 2001, Alger est une capitale interdite de manifestation. Le 8 décembre dernier des Algérois ont voulu manifester pour dénoncer la décision de Trump de transférer l’ambassade étatsunienne à Jérusalem et crier leur soutien au peuple palestinien. Mais à peine quelques dizaines de personnes commençaient à s’attrouper que des centaines de policiers se sont rués brutalement sur ces premiers manifestants, bloquant et empêchant tout début de rassemblement. 9 janvier 2018 : une grande manifestation de médecins et de membres des personnels de santé s’est déroulée à Oran rassemblant 50 000 personnes : violente répression, au moins une vingtaine de blessés. Il faudrait évoquer les rassemblements quasiment quotidiens contre le vie chère, le manque de logements, le chômage. Une jeunesse désespérée qui n’a souvent comme seules perspectives proposées que les matches de foot et la mosquée et qui est fortement tentée par la fuite hors de l’Algérie. Un chiffre : 750 000 jeunes Algériens se sont inscrits récemment pour suivre des cours de perfectionnement en français, diplôme ouvrant la possibilité d’arracher un visa. Tout un pays "annexé" par une minorité affairiste et militaire qui a étouffé, via le FLN, toute tentative d’expression populaire. Et l’on nous parle d’un éventuel 5ème mandat, en 2019, du président Adellaziz Bouteflika, dont on sait qu’il est impotent et devenu une marionnette… Ne pas oublier et abandonner le peuple algérien dont les aspirations et les révoltes sont littéralement bâillonnées.

La France, ex-puissance coloniale, a une responsabilité particulière vis-à-vis du Maghreb et des peuples algérien, marocain et tunisien. Nous devons faire pression sur le gouvernement pour qu’il cesse de soutenir les gouvernements de ces trois pays maghrébins, tant au niveau économique que politique. Et nouer directement des contacts avec les forces progressistes et tous ceux, toutes celles qui luttent sur place pour des sociétés plus justes, moins inégales, plus démocratiques. C’est dans cette perspective que le CIIP et Maroc Solidarités Citoyennes, en partenariat avec plusieurs organisations associatives, syndicales et politiques proposent une journée - samedi 10 février - sur l’ébullition sociale et politique au Maroc (voir annonce dans l’Agenda). Nous vous attendons nombreux, nombreuses.

Article publié dans Inter-Peuples n°263, février 2018

Jo Briant

Fri, 16 Feb 2018 11:35:23 +0100

Honduras : pour faire barrage à la dictature, l'insurrection est légitime

Juan Orlando Hernandez (JOH), président sortant du Honduras se prépare à devenir le 27 janvier prochain, le chef d’un gouvernement "de facto" imposé, comme lors du coup d’Etat du 28 juin 2009, par la force militaire et en foulant aux pieds les institutions et la Constitution qui interdit expressément la réélection. Plusieurs éléments qui laissaient présager ce glissement vers la consolidation d’un régime autoritaire n’ont pas été pris en compte par les instances internationales pourtant promptes dans d’autres cas à applaudir la destitution de dirigeants accusés d’avoir enfreint la loi (Paraguay, Brésil) ; ou à s’indigner des velléités de se perpétuer au pouvoir des présidents vénézuélien ou bolivien. La question est moins de se prononcer sur le principe que de rappeler qu’au Honduras, la non-réélection vise à empêcher la répétition des épisodes dictatoriaux qui ont entaché l’histoire du pays.
La réélection ; le contrôle des institutions par le pouvoir exécutif ; la militarisation de la société et le soutien des États-Unis sont, selon l’analyste hondurien Joaquín Mejía, les quatre "péchés originels" préexistants que le processus électoral a exacerbés. En effet, c’est avant même sa prise de fonction en janvier 2014, que JOH, alors président du Congrès, fait approuver la création de la Police Militaire de l’ordre public (PMOP) et autres corps d’élites (TIGRES, COBRAS), chevilles ouvrières de la militarisation de la société. C’est également la majorité parlementaire de son parti qui élit les membres du Tribunal Suprême électoral en charge de superviser les élections de 2017. Enfin, ce sont des magistrats de la Cour Suprême de Justice redevables de leur poste à JOH qui ont donné l’aval à la suspension de l’indésirable prohibition de briguer un second mandat.

Dans ce contexte, le tour de passe-passe technologique qui a permis de renverser la tendance qui donnait au candidat de l’Alliance d’opposition à la dictature, Salvador Nasralla, une avance – irréversible aux dires des observateurs le soir de l’élection – n’est qu’un épisode de plus du feuilleton sanglant qui se joue au Honduras depuis 8 ans. Les missions internationales d’observation (Union Européenne - UE et Organisation des Etats Américains - OEA), pour lesquelles les élections constituent l’exercice démocratique par excellence, professent une singulière conception des principes de droit en s’accommodant du fait que celles-ci aient culminé par la restriction des garanties constitutionnelles et l’imposition d’un couvre-feu, le 1er décembre. Depuis, 2 comptabilités se déroulent en parallèle : d’un côté les chiffres du scrutin, de l’autre le bilan de la répression : 34 morts (imputés principalement à la PMOP), des centaines de blessés et détenus.

Pourtant, la stratégie de JOH pourrait se révéler une victoire à la Pyrrhus. La résistance ne faiblit pas et le mécontentement s’étend à des pans de la société qu’on attendait pas. Les COBRAS et les policiers qui, les 4 et 5 décembre, se sont mis en grève et refusé de réprimer les manifestations pacifiques, ont contribué à neutraliser le principal effet du couvre-feu : terroriser la population. Ceci est un message face auquel l’opposition doit, certes, rester circonspecte mais que le pouvoir aurait tort de sous-estimer. Par ailleurs, coïncidant avec une partie de l’establishment étatsunien, certains éminents représentants de l’entreprise privée s’inquiètent pour le futur de leurs négoces dans un pays rendu durablement ingouvernable par des protestations incessantes. La position de l’OEA qui, contre l’avis de Washington, a refusé de certifier les élections, reflète le dilemme qui étreint l’oligarchie locale et ses alliés du Nord, comment éteindre l’incendie attisé par la soif de pouvoir d’un seul homme ? Pour trancher cette question, l’Alliance invoque le droit à s’insurger contre un gouvernement usurpateur. Rejointe par d’autres forces politiques, elle appelle à une grève nationale du 20 au 27 janvier (date prévue pour l’intronisation du chef d’État).

Hélène Roux est chercheuse, journaliste indépendante et membre de la direction nationale de France Amérique Latine.

Article publié dans Inter-Peuples n°263, février 2018

Hélène Roux

Fri, 16 Feb 2018 11:11:52 +0100

Révoltes persanes

Au tournant de l’année 2017-2018, la République islamique d’Iran a été secouée par des protestations populaires contre la hausse des prix des produits alimentaires, le chômage de masse, les inégalités sociales toujours plus grandes, le programme brutal d’austérité et la répression politique. Cette mobilisation qui a été brutalement réprimé a tracé des jalons pour l’avenir : rejet du pouvoir dictatorial et théocratique, rejet des politiques libérales et dévastatrices sur le plan social, rejet de la politique régionale de la mollahrchie et notamment de son soutien coûteux sur le plan financier et humain au dictateur syrien Bachar El Assad.

Les manifestations ont débuté le 28 décembre 2017 à Mashhad, deuxième ville du pays, puis se sont étendues à près de 80 villes et villages ainsi qu’à la capitale, Téhéran. Malgré une répression violente et un quadrillage militaire important, les manifestantEs, souvent jeunes et issus des couches populaires ont défié plusieurs semaines le régime avec courage. Le pouvoir reconnaît la mort de 25 manifestantEs et l’arrestation de près de 3700 personnes. Officiellement 6 détenus ont perdu la vie en prison, le pouvoir expliquant cela par des suicides (sic). De nombreuses familles sont sans nouvelles de leurs proches depuis cette vague d’arrestation, ce qui laisse craindre le pire. Selon les autorités judiciaires, 95 % des personnes arrêtées ont moins de 25 ans. À la faveur de cette nouvelle vague de répression, le régime a procédé à l’interpellation de militantEs étudiants et ouvriers reconnus, et ce sans qu’un lien direct ne soit établi avec les mobilisations actuelles.

Un mécontentement profond

La portée et l’intensité de ce mouvement, l’adoption rapide de slogans radicaux contre le gouvernement et le système théocratique et dictatorial ont surpris les autorités iraniennes et les observateurs occidentaux. Pourtant, ce mouvement a été précédé par des mois de protestations des travailleurs. 
Le mécontentement profond porte notamment sur l’explosion des inégalités sociales, les suppressions d’emplois, le non-paiement des salaires et des pensions de retraites, sur l’indifférence des autorités envers les millions d’épargnantEs ruinés par l’effondrement frauduleux de plusieurs institutions financières non réglementées. L’abandon total des victimes des récents tremblements de terre meurtriers ainsi que la corruption généralisée du pouvoir ont eu également un rôle important dans le déclenchement de la révolte populaire. 

Manifestation à Machad, la 2e mégapole d’Iran, le 28/12/2017
Source : Iran Manif

Une combinaison de facteurs

La crise sociale aiguë que connaît l’Iran est le produit d’une combinaison de facteurs : la corruption des élites au pouvoir et la confiscation des richesses du pays par la mollahrchie et les Gardiens de la révolution, la pression militaro-stratégique des États-Unis et les sanctions économiques, la crise économique mondiale et l’effondrement des cours mondiaux du pétrole, les politiques libérales et les mesures d’austérité brutales que le président Rohani a mis en place dans le but d’attirer les investisseurs occidentaux.
En effet, la politique économique violente menée par la République islamique accentue les conséquences sociales des sanctions internationales. En 2013, Rohani a convaincu le Guide Khamenei et les autres composantes clés du régime de la nécessité d’un changement de cap. Ce changement de cap devait permettre de dégager un nouveau compromis avec les puissances impérialistes étatsunienne et européenne. 

Aggravation des attaques

Cette politique s’accompagne d’une aggravation des attaques contre les concessions sociales faites à la classe ouvrière suite à la Révolution de 1979. Au cours des quatre dernières années et dans la continuité des politiques menées par Ahmadinejad, le gouvernement de Rohani a accéléré les privatisations, la déréglementation et le démantèlement du code du travail. Ainsi, la mollahrchie a suivi les prescriptions du FMI en matière d’austérité et a remanié les règles régissant le secteur pétrolier et gazier pour séduire les géants européens et étatsuniens.
En janvier 2016, les sanctions étatsuniennes et européennes les plus sévères ont été levées ou suspendues en échange du démantèlement par Téhéran d’une grande partie de son programme nucléaire. Mais les bénéfices liés à cette levée des sanctions ont exclusivement profité aux couches privilégiées de la société et aux élites au pouvoir.
Malgré cela, le régime entend aller plus loin dans les attaques contre les classes populaires. Comme en témoigne le dernier budget en discussion au Parlement, Rohani entend renforcer l’austérité pour les masses, tout en augmentant les budgets des institutions religieuses et du clergé. 

Pauvreté grandissante

La présentation du budget a été la goutte d’eau. Alors que l’Iran connaît un taux de chômage officiel de 12,7 % et qu’environ 40 % de la jeunesse est sans emploi, le budget prévoit l’augmentation du prix de l’essence de 50 % et la réduction des subventions au prix de l’énergie. Les subventions aux produits alimentaires de base et aux services essentiels ont été supprimées entre 2010 et 2014, durant les présidences d’Ahmadinejad et de Rohani. Dans le même temps le prix des produits alimentaires de base explose. Ainsi, le prix de l’œuf a par exemple augmenté de 40 % cette année. Tout cela, combiné à une inflation générale galopante (12 % selon le régime) est un nouveau coup dur porté au pouvoir d’achat des travailleurs et des couches les plus pauvres. 
Selon les estimations gouvernementales, le nombre d’Iraniens pauvres est d’environ 15 millions, et 3 millions souffrent de malnutrition. 
Selon le World Wealth and Income Database, 1 % des Iraniens les plus riches possèdent 16,3 % de la richesse. Ils possèdent l’équivalent de la richesse de 50 % de la population (sur la base des données de 2013).

Une dictature capitaliste réactionnaire

Dans le même temps des milliards d’argent public sont octroyés aux fondations religieuses. Ces fondations, qui n’ont de compte à rendre qu’au Guide et qui sont exonérées d’impôts, font partie des plus grandes holdings du Moyen-Orient. Dirigées par des dignitaires du régime et par le commandement des Gardiens de la révolution, elles détiennent des pans entiers de l’économie iranienne. Dans sa présentation du budget, le régime fait apparaître publiquement la somme de 1,7 milliard d’euros accordées aux fondations. Ce n’est évidemment que la partie émergée de l’iceberg. Selon Rohani lui-même, 1/3 du budget annuel de l’État échappe au contrôle du gouvernement et du Parlement. Cette part directement contrôlée par le Guide Khaménei est accaparée par les Gardiens de la révolution et par les différentes fondations. En 2013, le Guide contrôlait une fortune s’élevant à environ 95 milliards de dollar par le biais du Setad (" Setad ejraiyehazrateemam" qui veut dire "Siège pour l’exécution des ordres de l’imam"). Cet organisme possède des parts dans pratiquement chaque secteur de l’économie du pays, de la finance au pétrole en passant par l’immobilier et les télécommunications.
La République islamique d’Iran est une dictature capitaliste réactionnaire et corrompue, en cela ce régime n’est pas réformable. Il est urgent de soutenir la mobilisation sociale actuelle et au-delà, l’ensemble des militantEs qui luttent pour le renversement de la mollahrchie, pour la justice sociale, l’égalité et la liberté. 

Article publié dans Inter-Peuples n°263, février 2018

Babak Kia

Fri, 16 Feb 2018 10:35:23 +0100

Le "Vivre ensemble" ça veut dire quoi ?

C’est sous ce titre interpellant notre quotidien que Ras l’Front Isère a organisé à Voiron en début de mois les 10èmes rencontres départementales "luttes et résistance". Au fil des ans ce rassemblement est devenu un moment incontournable du début d’année… Une façon de mettre sur de bons rails nos luttes enrichies d’une réflexion partagée et d’échanges militants. Les organisateurs en dressent le cadre : "depuis des décennies des conflits armés (guerres économiques, pétrole…) ravagent le Proche et le Moyen-Orient aux dépens des populations civiles. L’Europe se trouve impliquée dans ces conflits et en subit les conséquences. Ces évènements agissent comme des accélérateurs des fractures de notre société", avec, en premier lieu une réponse sécuritaire…

Le "Vivre ensemble" ça veut dire quoi ?
Olivier Le Cour Grandmaison, Myriam Zerkaoui (RlF) et Omar Slaouti

Un premier débat s’intitule "la Réalité des Discriminations aujourd’hui" où Olivier Le Cour Grandmaison, enseignant en sciences politiques à l’université d’Evry-Val-d’Essonne précise la notion de "racisme d’Etat". La 3ème République s’est construite sur des bases coloniales, comme un Etat raciste et sexiste, tel l’indigénat par exemple. Et même si celui-ci disparut en 1945, des "pratiques de discrimination de population coloniale perdurent au fil du temps jusqu’à aujourd’hui". Deux exemples chiffrés étayent son analyse. En 1956, si 1,7 % de la population "européenne en France" est au chômage, pas moins de 25 % des Français musulmans d’Algérie le sont. Aujourd’hui, selon les enquêtes, 80 % des gens de couleur annoncent avoir été contrôlés dans les 5 ans… et 85 % des Blancs reconnaissent ne pas l’avoir été !
Si la France n’est plus aujourd’hui "un Etat raciste" car cela signifierait "reposer sur des dispositions juridiques où certaines parties de la population est détentrice de droits non équivalents", il existe un "racisme d’Etat" où la discrimination est assurée par les institutions au détriment de certaines parties de la population. Face à cette situation, la convergence des luttes est indispensable, mais elle ne peut se concevoir qu’en reconnaissant et en favorisant les luttes autonomes portées par les populations les plus discriminées elles-mêmes (jeunes des quartiers populaires, femmes, population de couleur…).

En droite ligne, tout naturellement, le second débat reprend le titre de cette soirée "le vivre ensemble ça veut dire quoi ?". Omar Slaouti professeur à Argenteuil, un porte-parole de la manifestation contre les violences policières et de la Marche pour la dignité et contre le racisme, en "tribun" l’introduit sans détours. "Si le vivre ensemble est un fait, puisque nous sommes dans une même société, nous vivons une situation de régression sociale (atteintes à la législation du travail, lois sécuritaires, etc.) avec un racisme qui prend chair, qui fait mal dans la chair pour ceux et celles qui subissent les contrôles. Ca fait mal ! Ca fait peur !"
Son intervention s’appuie sur "le racisme comme problème politique" qui se nourrit des inégalités sociales (en France, mais également dans le monde), car "notre société est structurée de cinq siècles d’esclavagisme et d’un siècle de colonialisme". "Les violences ne sont pas de la responsabilité de ceux qui vivent la répression policière, les ghettos, l’absence de travail, mais de la haine qu’ils produisent ". Avant de conclure : "plus que le vivre ensemble, l’objectif est la lutte ensemble car l’on sait que nous ne sommes pas égalitaires dans la société où l’État est discriminant".

Au-delà de ces propos qui interrogent notre réalité, force est de reconnaître que de telles rencontres apportent un souffle d’une solidarité à enraciner dans le quotidien.

Article publié dans Inter-Peuples n°263, février 2018